La Guerre civile (De bello civili)

Jules César · Histoire

Texte français, domaine public · Source : remacle.org — trad. Nisard · 3 pages

Aussi en latin.

Fiche de l’œuvre dans le savoir

[1] (1) Les lettres de C. César ayant été remises par Fabius aux consuls, ce ne fut qu'avec beaucoup de peine et sur les vives instances des tribuns du peuple qu'on obtint d'eux qu'il en fût fait lecture dans le sénat; mais, quand il fut proposé que le sénat délibérât sur le contenu de ces lettres, on ne put l'obtenir. (2) Les consuls ne parlent que du danger de la république. Le consul L. Lentulus promet de défendre la république et le sénat, si l'on opine hardiment et courageusement; (3) "mais, si l'on ne cherche qu'à ménager César et à gagner ses bonnes grâces, comme on a fait jusqu'alors, il ne prendra conseil que de lui-même et ne déférera plus à l'autorité du sénat; il a, lui aussi, un asile dans l'amitié de César." (4) Scipion parle dans le même sens. "Pompée, dit-il, est prêt à soutenir la république, pourvu que le sénat le seconde; mais, si l'on hésite, si l'on agit mollement, ce sera en vain que plus tard le sénat implorera son secours".

[2] (1) Ce discours de Scipion, tenu dans Rome en plein sénat, tandis que Pompée était aux portes de la ville, semblait sorti de la bouche même de Pompée. (2) Quelques-uns avaient proposé des avis plus modérés. Ainsi, d'abord, M. Marcellus, parlant sur ce sujet, demanda qu'on ne fît au sénat aucun rapport sur cette affaire avant d'avoir levé par toute l'Italie une armée à l'abri de laquelle le sénat pût librement et sans crainte ordonner ce qui lui plairait; (3) ainsi M. Calidius voulait que Pompée se rendît dans les provinces de son gouvernement pour ôter tout prétexte de guerre, parce que César, à qui l'on avait retiré deux légions, pouvait craindre qu'on ne les employât contre lui tant que Pompée les retiendrait aux portes de Rome; ainsi, encore, M. Rufus avait, à peu de chose près, opiné comme Calidius. (4) Mais tous les trois furent fortement réprimandés par le consul L. Lentulus, (5) qui même refusa de mettre aux voix l'avis de Calidius. Marcellus, effrayé par ces reproches, retira le sien. (6) Ainsi les cris du consul, la présence d'une armée, les menaces des amis de Pompée entraînent la plupart des sénateurs et les forcent, malgré eux, à se ranger à l'avis de Scipion. L'on décrète "que César licenciera son armée dans un délai prescrit; et que, s'il y manque, il sera déclaré ennemi de la république". (7) M. Antonius et Q. Cassius, tribuns du peuple, s'opposent au décret. Un rapport est fait aussitôt sur l'opposition des tribuns: (8) on ouvre des avis pleins de violence; et plus les mesures qu'on propose sont acerbes et cruelles, plus on est applaudi par les ennemis de César.

[3] (1) Sur le soir, au sortir de l'assemblée, Pompée mande tous les sénateurs. Il loue les uns et les encourage pour l'avenir; il réprimande et excite ceux qui se sont montrés timides. (2) En même temps il rappelle de tous côtés un grand nombre de vétérans de ses armées, par l'espoir des récompenses et de l'avancement; et la plupart des soldats des deux légions envoyées par César sont également appelés sous les drapeaux. (3) Rome est remplie de compagnons d'arme de Pompée, tribuns, centurions, rengagés. (4) Les amis des consuls, les partisans de Pompée, tous ceux qui avaient de vieilles inimitiés contre César, se rendent en foule au sénat: (5) par leurs cris et par leur concours, ils intimident les faibles, rassurent ceux qui hésitent, enfin enlèvent au plus grand nombre le pouvoir d'exprimer franchement leur opinion. (6) Le censeur L. Pison offre d'aller vers César pour l'informer de ce qui se passe; le préteur L. Roscius fait la même proposition: ils ne demandent pour cela qu'un délai de six jours. (7) Quelques-uns même sont d'avis qu'on envoie à César des députés qui lui exposent la volonté du sénat.

[4] (1) Ces divers avis sont rejetés; on oppose à chacun d'eux le discours du consul, de Scipion et de Caton. D'anciennes inimitiés et le chagrin d'un refus animent Caton contre César. (2) Lentulus, accablé de dettes, espère obtenir une armée, des provinces, compte sur les largesses des rois qui désirent notre alliance, et se vante parmi ses amis d'être un autre Sylla, qui arrivera un jour à l'empire. (3) Scipion se flatte également d'avoir une province et une armée, dont il partagera le commandement avec Pompée dont il est l'ami: ajoutez à cela la crainte d'un jugement, l'intérêt de sa vanité, et la faveur des hommes qui avaient alors le plus de pouvoir dans la république et dans les tribunaux. (4) Pompée lui- même, excité par les ennemis de César, et ne voulant pas avoir d'égal, s'était séparé entièrement de lui, et réconcilié avec leurs ennemis communs, qu'il avait attirés en grande partie à César dans le temps de leur alliance. (5) D'ailleurs, honteux de sa conduite peu loyale par rapport aux deux légions destinées pour l'Asie et la Syrie, et qu'il avait retenues pour établir par elles son pouvoir et sa domination, il souhaitait qu'on en vint aux armes.

[5] (1) Par ces motifs, tout se décide à la hâte et en tumulte; on ne donne pas le temps aux parents de César de l'avertir; on ne laisse pas aux tribuns du peuple le moyen de détourner le péril qui les menace, ou de faire valoir leur dernier privilège, le droit d'opposition que L. Sylla avait respecté. (2) Ils sont forcés, dès le septième jour, de songer à leur sûreté; or, auparavant, les tribuns les plus séditieux ne rendaient aucun compte et n'étaient pas inquiétés avant le huitième mois. (3) Enfin on a recours à ce sénatus-consulte, qui, par son importance, venait le dernier de tous, alors que Rome était, pour ainsi dire, menacée d'incendie, et que chacun désespérait de son salut: "Que les consuls, les préteurs, les tribuns du peuple, et les consulaires qui sont près de Rome, veillent à ce que la république ne reçoive aucun dommage." (4) Ce décret fut rendu le sept des ides de janvier. Ainsi, des cinq premiers jours du consulat de Lentulus où le sénat put s'assembler, deux furent employés à la tenue des comices, et le reste à porter les décrets les plus hautains et les plus durs contre l'autorité de César et contre les tribuns du peuple, si dignes de respect. (5) Les tribuns du peuple s'enfuient aussitôt de la ville et se rendent près de César. Celui-ci était alors à Ravenne, où il attendait une réponse à ses offres pleines de modération, souhaitant que l'équité des hommes pût permettre le maintien de la paix.

[6] (1) Les jours suivants, le sénat s'assemble hors de Rome. Pompée y répète tout ce que Scipion a déjà dit de sa part; il loue le courage et la fermeté du sénat; il énumère ses forces; il a toutes prêtes dix légions; (2) en outre il sait d'une manière certaine que les soldats ne sont pas affectionnés à César, et qu'on ne pourra les persuader de le défendre ou de le suivre. (3) Pour le reste, on en réfère au sénat: on propose de faire des levées dans toute l'Italie, d'envoyer Faustus Sylla en Mauritanie en qualité de propréteur, et de tirer de l'argent du trésor public pour Pompée. On parle aussi de déclarer le roi Juba ami et allié, du peuple romain. (4) Mais Marcellus dit qu'il ne le souffrira pas; et Philippus, tribun du peuple, s'oppose de son côté à ce qu'on a demandé pour Faustus. (5) Le reste passe en décrets. On accorde des gouvernements à de simples particuliers: deux de ces gouvernements étaient consulaires, les autres prétoriens. À Scipion échoit la Syrie; à L. Domitius la Gaule. Philippus et Cotta sont oubliés par des intrigues particulières; leurs noms ne sont pas tirés au sort. (6) On envoie des préteurs dans les autres provinces, et ils partent sans attendre, comme cela se pratiquait les autres années, que le peuple ait ratifié leur élection, qu'ils aient revêtu l'habit de guerre, et prononcé les voeux accoutumés. (7) Ce qui ne s'était jamais vu jusque là, les consuls sortent de la ville; et de simples particuliers se font précéder de licteurs à Rome et au Capitole, contre tous les exemples du passé. (8) On fait des levées par toute l'Italie, on commande des armes, on exige de l'argent des villes municipales, on en prend dans les temples: tous les droits divins et humains sont confondus.

[7] (7) Informé de ce qui se passe, César harangue ses troupes. Il rappelle les injures dont ses ennemis l'ont accablé dans tous les temps, et se plaint que les efforts d'une malignité envieuse lui aient à ce point aliéné Pompée dont il a toujours favorisé, secondé le crédit et la puissance. (2) Il se plaint que par une nouveauté, jusqu'alors sans exemple dans la république, on en soit venu à diffamer, à étouffer, par les armes, le droit d'opposition tribunitienne, rétabli les années précédentes. (3) Sylla, quoiqu'il eût dépouillé le tribunal de tout crédit, lui avait du moins laissé la liberté d'opposition: (4) Pompée, qui passe pour lui avoir rendu ses anciens droits, lui a même ôté ceux qu'il possédait auparavant. (5) Il ajoute que, toutes les fois que l'on a décrété que les magistrats eussent à veiller au salut de la république (lequel sénatus-consulte appelle aux armes tout le peuple romain), ce décret n'a été rendu qu'à l'occasion de lois désastreuses, de quelque violence tribunitienne, d'une révolte du peuple, alors que les temples et les lieux fortifiés ont été envahis; (6) que ces excès des siècles passés ont été expiés par la mort de Saturninus et des Gracques; que, pour le présent, il n'a été rien fait, rien pensé de semblable; aucune loi n'a été promulguée, aucune proposition soumise au peuple, aucune séparation consommée. (7) Il les exhorte à défendre contre ses ennemis l'honneur et la dignité du général sous lequel ils ont, pendant neuf ans, si glorieusement servi la république, gagné tant de batailles, soumis toute la Gaule et la Germanie. (8) À ce discours, les soldats de la treizième légion (César l'avait rappelée auprès de lui dès le commencement des troubles; les autres n'étaient pas encore arrivées) s'écrient, d'une voix unanime, qu'ils sont prêts à venger les injures de leur général et des tribuns du peuple.

[8] (8) Assuré des dispositions des soldats, César part avec cette légion pour Ariminium, et y rencontre les tribuns du peuple qui venaient se réfugier vers lui. Il tire ses autres légions de leurs quartiers d'hiver, et leur ordonne de le suivre. (2) Là, le jeune L. César, dont le père était un de ses lieutenants, vient le joindre. Ce jeune homme, après lui avoir rendu compte des motifs qui l'amènent, lui annonce "qu'il a été chargé par Pompée d'une mission particulière: (3) que Pompée désire justifier sa conduite aux yeux de César, afin que ce qu'il a fait pour le bien de la république ne lui soit pas imputé à crime; qu'il a toujours préféré l'intérêt public à ses affections particulières; que c'est aussi un devoir pour César de sacrifier ses passions et ses ressentiments au bien de l'état, de peur qu'en voulant, dans sa colère, frapper ses ennemis, il n'atteigne la république." (4) Lucius ajoute quelques mots de ce genre, tendant à la justification de Pompée. Le préteur Roscius s'exprime, sur le même sujet, à peu près dans les mêmes termes, et déclare parler au nom de Pompée.

[9] (1) Bien que cette démarche ne parût en rien pouvoir réparer les anciennes injures, néanmoins, croyant ces deux hommes propres à rapporter à Pompée ce qu'il avait à lui dire, César les pria, l'un et l'autre, puisqu'ils s'étaient chargés du message, de vouloir bien aussi se charger de la réponse; ils pourraient peut-être, sans prendre trop de peine, mettre fin à une querelle déplorable et délivrer toute l'Italie de ses craintes. (2) "Lui aussi, il avait toujours considéré avant tout la gloire de la république, qui lui était plus chère que la vie: il avait vu avec douleur que ses ennemis voulussent lui arracher, par un affront, la faveur du peuple romain, lui ôter les six derniers mois de son gouvernement et le forcer de retourner à Rome, quoique le peuple eût autorisé son absence des prochains comices: (3) toutefois, dans l'intérêt de la république, il avait souffert patiemment ce tort fait à sa gloire: il avait écrit au sénat pour demander que toutes les armées fussent licenciées, et n'avait pu l'obtenir; (4) on faisait des levées dans toute l'Italie; on retenait deux légions qu'on lui avait retirées sous prétexte d'une guerre contre les Parthes: toute la ville était sous les armes. Tous ces mouvements avaient-ils d'autre but que sa perte? (5) Cependant il était prêt à consentir à tous les sacrifices, à tout souffrir pour l'amour de la république. Que Pompée se rende dans son gouvernement; que tous deux licencient leurs troupes; que chacun pose les armes en Italie; que Rome soit délivrée de ses craintes; que les comices soient libres, et les affaires publiques remises au sénat et au peuple romain. (6) Enfin, pour aplanir ces difficultés, pour arrêter les conditions d'un accord, et les sanctionner par un serment, que Pompée s'approche ou qu'il se laisse approcher par César: une entrevue pourra terminer leurs différends."

[10] (1) Après avoir accepté la mission, Roscius se rend à Capoue avec L. César, et là il trouve les consuls et Pompée. Il leur rapporte les demandes de César. (2) Ceux-ci, après en avoir délibéré, le renvoient avec une réponse par écrit, laquelle portait: (3) "Que César retournerait en Gaule, sortirait d'Ariminium, licencierait son armée: que, moyennant cela, Pompée irait en Espagne. (4) En attendant, jusqu'à ce que César eût garanti l'exécution de ses promesses, les consuls et Pompée ne discontinueraient point les levées.

[11] (1) Il etait injuste de demander que César sortît d'Ariminium et retournât dans son gouvernement, tandis que Pompée retiendrait des provinces et des légions qui n'étaient pas à lui; que César licenciât son armée pendant qu'on faisait des levées; (2) que Pompée promît de se rendre dans son gouvernement, et de ne pas fixer le délai dans lequel il partirait: de sorte que si, à la fin du consulat de César, Pompée n'était pas parti, on ne pourrait l'accuser d'avoir faussé son serment. (3) D'ailleurs, ne marquer aucun temps pour une entrevue, ne pas s'engager à se rapprocher de César, c'était ôter tout espoir d'accommodement. (4) En conséquence, César fait partir M. Antoine d'Ariminium, et l'envoie à Arrétium avec cinq cohortes: pour lui, il reste à Ariminium avec deux légions, et y ordonne des levées. Il occupe Pisaurum, Fanum, Ancône, en mettant une cohorte dans chacune de ces places.

[12] (1) Cependant, informé que le préteur Thermus tenait Iguvium avec cinq cohortes, et qu'il faisait fortifier cette ville, mais que les habitants lui en étaient tout dévoués, César y envoya Curion avec trois cohortes qu'il tira de Pisaurum et d'Ariminium. (2) Ayant appris leur arrivée, Thermus, se défiant des dispositions des citoyens, retire ses cohortes et s'enfuit: ses soldats l'abandonnent en chemin et retournent chez eux. (3) Curion entre dans Iguvium à la grande satisfaction des habitants. Après ce succès, plein de confiance dans les sentiments des villes municipales, César tire des garnisons les cohortes de la treizième légion, et part pour Auximum où Attius s'était jeté avec quelques cohortes, et d'où il envoyait des sénateurs faire des levées dans tout le Picénum.

[13] (1) À la nouvelle de l'arrivée de César, les décurions d'Auximum se rendent en grand nombre vers Attius Varus. Ils lui disent "qu'ils n'ont pas à juger la querelle présente, mais que ni eux-mêmes, ni leurs concitoyens ne peuvent souffrir que C. César, après avoir si bien mérité de la république par tant de belles actions, soit exclu de la ville et des murs: qu'ainsi il songe à son nom dans l'avenir, et pourvoie à sa sûreté." (2) Effrayé par ces paroles, Attius Varus retire la garnison qu'il avait amenée, et s'enfuit. (3) Quelques soldats de César, appartenant aux premiers rangs, le poursuivent et le forcent à s'arrêter: (4) on en vient aux mains, et Varus est abandonné de ses troupes: une partie de ses soldats se retirent chez eux, le reste va joindre César, amenant avec eux prisonnier L. Pupius, premier centurion, qui avait déjà eu ce même grade dans l'armée de Pompée. (5) Quant à César, il donne aux soldats d'Attius les éloges qu'ils méritent, renvoie Pupius, remercie les Auximates, et leur promet de se souvenir de leur belle conduite.

[14] (1) Ces nouvelles étant arrivées à Rome, la terreur y fut si grande, que le consul Lentulus, qui était venu, d'après un décret du sénat, ouvrir le trésor pour en tirer de l'argent qu'on devait porter à Pompée, s'enfuit tout à coup de la ville en laissant le trésor ouvert, parce qu'il courut un faux bruit que César approchait et que déjà sa cavalerie avait paru. (2) Marcellus, son collègue, et la plupart des magistrats le suivirent. (3) Pompée était parti le jour précédent pour aller joindre les deux légions qu'il avait reçues de César et mises en quartiers d'hiver dans l'Apulie. (4) On suspendit les levées qui se faisaient dans la ville, et personne ne se crut en sûreté en deçà de Capoue. À Capoue seulement on se rassure, on se réunit, on s'occupe d'enrôler les colons qui y avaient été conduits d'après la loi Julia; et, comme César y entretenait une troupe de gladiateurs, Lentulus les rassemble sur la place publique, leur assure la liberté et leur donne des chevaux en leur commandant de le suivre; (5) mais bientôt, averti par ses affidés que tout le monde blâmait cette mesure, il les distribua dans les environs de la Campanie pour veiller à la garde des esclaves.

[15] (1) César, sorti d'Auximum, parcourut tout le Picénum. Il n'y eut pas une préfecture de ce pays qui ne l'accueillît avec joie, et ne fournît à son armée toute espèce de secours. (2) La ville même de Cingulum, que Labiénus avait fondée et bâtie à ses frais, lui envoie des députés, et lui promet de faire avec le plus grand zèle tout ce qu'il ordonnera. (3) Il demande des soldats: on les donne. Cependant la douzième légion le rejoint. Avec ces deux légions César marche sur Asculum Picénum. Lentulus Spinther tenait cette place avec dix cohortes. À la nouvelle de l'arrivée de César, il se hâte d'en sortir, et, après de vains efforts pour emmener ses cohortes, il est abandonné par la plus grande partie de ses troupes. (4) Laissé en chemin avec un petit nombre de soldats, il rencontre Vibullius Rufus que Pompée envoyait dans le Picénum pour y rassurer les esprits. Vibullius, ayant appris de Lentulus Spinther ce qui se passe dans le Picénum, prend ses soldats et le laisse aller. (5) Il rassemble, autant que possible, les cohortes que Pompée avait levées dans les pays voisins; ayant rencontré Lucilius Hirrus qui s'enfuyait de Camérinum avec six cohortes qu'il y avait eues en garnison, il les joint aux siennes; en sorte qu'il se trouve en avoir treize. (6) Avec ces troupes il se rend à grandes journées à Corfinium vers Domitius Ahénobarbus, et lui annonce que César arrive avec deux légions. (7) De son côté, Domitius avait levé environ vingt cohortes à Albe, chez les Marses, les Péligniens, et dans les pays voisins.

[16] (1) Après la prise de Firmum, d'où Lentulus s'était sauvé, César fit rechercher les soldats qui l'avaient abandonné, et ordonna de nouvelles levées. Pour lui, après s'être arrêté un jour à Asculum, à cause des approvisionnements, il marche sur Corfinium. (2) Lorsqu'il y arriva, cinq cohortes envoyées, détachées de la ville par Domitius, travaillaient à rompre un pont qui était environ à trois milles pas. (3) Là, un combat s'étant engagé entre les éclaireurs de César et la troupe de Domitius, celle-ci fut bientôt repoussée loin du pont, et se sauva dans la ville. César fit passer ses légions, et vint camper sous les murs de la place.

[17] (1) Instruit de ces faits, Domitius dépêcha en Apulie vers Pompée des hommes qui connaissent le pays; il leur promet de grandes récompenses et les charge de lettres par lesquelles il demande instamment du secours. "Avec deux armées, dit-il, on pourra aisément enfermer César dans ces défilés et lui couper les vivres. (2) Mais si Pompée ne vient pas lui-même avec plus de trente cohortes et un grand nombre de sénateurs et de chevaliers romains, il se trouvera dans le plus grand péril." (3) En même temps il exhorte ses troupes, dispose ses machines sur le rempart, et assigne à chacun son poste: ayant assemblé les soldats, il promet à chacun d'eux quatre arpents de ses propriétés, et autant à proportion aux centurions et aux vétérans.

[18] (1) Sur ces entrefaites, on apprend à César que ceux de Sulmone, ville à sept milles de Corfinium, voulaient se donner à lui, mais qu'ils en étaient empêchés par le sénateur Q. Lucrétius et par Attius Pélignus qui la gardaient avec sept cohortes. (2) César y envoie M. Antoine avec cinq cohortes de la treizième légion. Ceux de Sulmone, dès qu'ils virent nos enseignes, ouvrirent leurs portes, et tous ensemble, citoyens et soldats, vinrent avec joie au-devant d'Antoine. (3) Lucrétius et Attius se jetèrent du haut des murs. Attius, conduit vers Antoine, demanda d'être envoyé à César. Antoine revient avec Attius et les cohortes le même jour qu'il était parti. (4) César joint ces cohortes à son armée, et renvoie Attius sain et sauf. Dès les premiers jours du siège, César s'occupe de fortifier son camp, fait venir du blé des villes municipales des environs, et attend le reste de ses troupes. (5) Dans les trois premiers jours, arrivent vers lui la huitième légion, vingt-deux cohortes nouvellement levées dans la Gaule, et environ trois cents cavaliers envoyés par le roi de la Norique. Avec ce renfort, il forme un autre camp de l'autre côté de la ville: il en donne le commandement à Curion. (6) Les jours suivants il travaille à entourer la place de retranchements et de forts. La plus grande partie de ces ouvrages était achevée presque en même temps que les députés envoyés vers Pompée étaient de retour.

[19] (1) Après avoir lu la lettre, Domitius en cache le contenu et annonce que Pompée viendra bientôt à leur secours: il les exhorte à ne pas perdre courage et à tout disposer pour la défense de la ville. (2) Cependant il a une conférence secrète avec quelques-uns de ses familiers, et forme le projet de s'enfuir. (3) Comme la contenance de Domitius démentait son langage, comme il montrait dans sa conduite moins d'assurance et de fermeté qu'auparavant, et que, contre sa coutume, il était sans cesse à tenir des conseils secrets avec ses amis, en évitant de paraître en public, la vérité ne put demeurer plus longtemps cachée. (4) Au reste, Pompée avait répondu "qu'il n'était pas disposé à courir une chance si périlleuse; que ce n'était ni par son conseil ni par son ordre que Domitius s'était jeté dans Corfinium; qu'ainsi il tâchât de venir le joindre avec toutes ses troupes." (5) Mais cela ne se pouvait; le siège et la circonvallation de la place ne le permettaient pas.

[20] (1) Le projet de Domitius ayant été divulgué, les soldats qui étaient à Corfinium se rassemblent sur le soir, et s'entretiennent alors de la situation avec leurs tribuns, leurs centurions et les principaux d'entre eux. (2) "Ils sont assiégés par César; les ouvrages, les fortifications sont presque entièrement achevés; leur général Domitius, en qui ils ont placé leur confiance et leur espoir, les trahit et songe à fuir: c'est donc à eux de pourvoir à leur sûreté." (3) Les Marses s'y opposent et s'emparent de la partie de la ville la plus fortifiée; la querelle s'échauffe au point qu'ils sont près d'en venir aux mains: (4) mais bientôt, après quelques pourparlers, les Marses apprennent l'abandon de Domitius qu'ils ignoraient. (5) Alors tous d'un commun accord, ayant amené Domitius sur la place, l'entourent, le surveillent, et envoient des députés à César pour l'assurer qu'ils sont près à lui ouvrir leurs portes, à obéir à ses ordres, et à remettre Domitius en son pouvoir.

[21] (1) A cette nouvelle, César, bien que persuadé qu'il lui importait d'être au plus tôt maître de la ville, et de joindre à ses troupes les cohortes qui s'y trouvaient, de crainte que des largesses, une harangue ou de fausses nouvelles ne vinssent à changer les esprits, tout, à la guerre, dépendant du moment; (2) craignant néanmoins que, dans la licence d'une entrée nocturne, la ville ne fût pillée par ses soldats, il se contenta de donner de grands éloges aux députés, et les renvoya en leur recommandant de s'assurer des portes et des remparts. (3) En même temps il place ses troupes le long des lignes, non plus de distance en distance, comme les jours précédents, mais de façon que les gardes et les sentinelles se touchent l'un l'autre et garnissent tous les retranchements. (4) Il fait faire des rondes par les tribuns et les préfets militaires, et leur recommande d'avoir toujours l'oeil, non seulement sur les sorties, mais encore sur toute évasion d'individus isolés. (5) Personne dans l'armée n'eut le coeur assez mou, assez languissant, pour se permettre cette nuit-là un moment de repos. (6) Tous les esprits étaient dans l'attente de ce qui allait arriver; tous, emportés loin d'eux-mêmes, se demandaient avec inquiétude ce que deviendraient et les habitants de Corfinium, et Domitius, et Lentulus, et les autres, et quelle serait la suite de ces événements.

[22] (1) Vers la quatrième veille, Lentulus Spinther adresse la parole du haut de la muraille à nos sentinelles et à nos gardes, disant qu'il désire qu'on lui permette de parler à César. (2) La permission lui en ayant été accordée, il sort de la ville, et les soldats de Domitius ne le quittent que lorsqu'il est en présence de César. (3) Alors il lui demande la vie, il le conjure de l'épargner, invoque leur ancienne amitié, et lui rappelle les grandes bontés que César a eues pour lui: (4) ainsi il l'avait fait admettre dans le collège des pontifes, lui avait fait obtenir le gouvernement de l'Espagne au sortir de sa préture, et avait appuyé sa demande pour le consulat. (5) César l'interrompt, et lui dit qu'il n'a point quitté sa province avec de mauvaises intentions, mais pour se défendre des injures de ses ennemis, pour rétablir dans leur dignité les tribuns du peuple qu'on n'a bannis de la ville qu'à cause de lui, et pour recouvrer sa liberté et celle du peuple romain qu'opprime une faction. (6) Rassuré par ces paroles, Lentulus demande qu'il lui soit permis de retourner à la ville, afin que la grâce qu'il a obtenue serve aux autres de consolation et d'espoir; car, dans leur effroi, plusieurs ne voient plus d'autre ressource que de s'arracher la vie. Cette permission lui est accordée; il se retire.

[23] (1) Dès que le jour parut, César fit venir devant lui tous les sénateurs, leurs enfants, les tribuns militaires et les chevaliers romains. (2) Il y avait, de l'ordre des sénateurs, L. Domitius, P. Lentulus Spinther, L. Cécilius Rufus, Sex. Quintilius Varus, questeur, L. Rubrius; en outre le fils de Domitius, une foule d'autres jeunes gens, et un grand nombre de chevaliers romains et de décurions que Domitius avait fait venir des villes municipales. (3) Quand ils furent en sa présence, César les garantit des insultes et des reproches des soldats; se plaignit en peu de mots de l'ingratitude dont plusieurs d'entre eux payaient ses nombreux bienfaits, et les renvoya tous sans leur faire aucun mal. (4) Comme les duumvirs de Corfinium lui offraient six millions de sesterces que Domitius avait apportés et déposés au trésor, il les rendit à Domitius pour qu'on ne pensât pas qu'il avait plus de respect pour la vie des hommes que pour leur argent; et cependant il était certain que cette somme provenait du trésor public, et qu'elle avait été donnée par Pompée pour la solde des troupes. (5) Quand il a pris le serment des troupes de Domitius, César lève son camp après être resté sept jours devant Corfinium, fait une marche ordinaire, et, longeant les frontières des Marrucins, des Frentani et des Larinates, arrive en Apulie.

[24] (1) Pompée, instruit de ce qui s'était passé à Corfinium, va de Lucéria à Canusium, et de là à Brindes. (2) Il y fait venir de toutes parts les troupes nouvellement levées, arme les esclaves et les pâtres, et leur donne des chevaux: il forme avec eux un corps d'environ trois cents cavaliers. (3) Le préteur L. Manlius s'enfuit d'Albe avec six cohortes; le préteur Rutilius Lupus de Terracine avec trois: ces dernières, ayant aperçu de loin la cavalerie de César, commandée par Vibius Curius, abandonnent le préteur et passent du côté de Curius avec leurs enseignes. (4) Quelques-unes, fuyant par d'autres chemins, rencontrent les légions de César, d'autres sa cavalerie. On arrête et l'on amène à César N. Magius de Crémone, commandant des ouvriers de Pompée. (5) César le renvoie à Pompée, avec ordre de lui dire que, n'ayant pu jusque là conférer avec lui, et devant bientôt le joindre à Brindes, il importe à la république et au salut commun qu'ils aient ensemble une entrevue; qu'il est, d'ailleurs, bien différent de communiquer de loin et par des tiers, ou de discuter ensemble toutes les conditions.

[25] (1) Bientôt après, il arrive devant Brindes avec six légions, dont trois de vétérans, et trois nouvellement levées qu'il avait complétées en chemin; car, pour les troupes de Domitius, il les avait tout d'abord envoyées de Corfinium en Sicile. (2) En arrivant, il trouve que les consuls sont partis pour Dyrrachium avec une grande partie de l'armée, et que Pompée est resté à Brindes avec vingt cohortes. (3) On ne savait pas si, en restant, son intention avait été de garder cette place, afin de dominer plus facilement toute la mer Adriatique par les extrémités de l'Italie et de la Grèce, et de pouvoir ainsi diriger la guerre des deux côtés, ou s'il avait été retenu par le manque de vaisseaux. (4) César, craignant que Pompée ne voulût pas quitter l'Italie, résolut de fermer la sortie du port de Brindes, et d'empêcher le service. (5) Voici les travaux qu'il fit pour cela. Là où l'entrée du port était le plus resserrée, il jeta aux deux côtés du rivage un môle et des digues, chose que les bas-fonds rendaient facile en cet endroit. (6) Plus loin, comme la digue ne pouvait se maintenir à cause de la profondeur des eaux, il plaça, à trente pieds des digues, (7) deux radeaux qu'il fixa aux quatre angles par des ancres, pour que les vagues ne pussent les ébranler. (8) Quand ces radeaux furent posés et établis, il en ajouta d'autres de pareille grandeur, (9) et les couvrit de terre et de fascines, afin qu'on pût marcher dessus librement quand il s'agirait de les défendre. Sur le front et sur les côtés, il les garnit de parapets et de claies; (10) et de quatre en quatre de ces radeaux il éleva des tours à deux étages, pour les mieux garantir de l'attaque des vaisseaux et de l'incendie.

[26] (1) À ces travaux Pompée opposa de grands vaisseaux de transport qu'il avait trouvés dans le port de Brindes. Il éleva dessus des tours à trois étages, les remplit de machines et de toute sorte de traits, et les envoya contre les ouvrages de César pour rompre les radeaux et troubler les travailleurs. Ainsi chaque jour on combattait de loin avec les frondes, les flèches et les autres traits. (2) Cependant, malgré ces hostilités, César ne renonçait pas à un accommodement. Quoiqu'il s'étonnât que Magius, qu'il avait dépêché vers Pompée avec des propositions, ne lui fût pas renvoyé, et bien que ces tentatives réitérées fussent autant de retards dont souffraient son activité et ses entreprises, il résolut de persévérer à tout prix dans son premier dessein. (3) En conséquence il envoya Caninius Rébilus, son lieutenant, ami intime de Scribonius Libon, conférer avec ce dernier. Il le charge d'exhorter Libon à procurer la paix; il demande surtout à parler lui-même à Pompée. (4) Il ne peut douter qu'une entrevue consentie par ce dernier ne rétablisse la paix à des conditions équitables; si, par l'entremise de Libon, les deux partis se décidaient à poser les armes, une grande partie de l'honneur lui en reviendrait. (5) Celui-ci, après avoir entendu Caninius, va trouver Pompée. Un moment après, il revient et lui dit que les consuls sont sortis, et qu'on ne peut traiter sans eux d'un accommodement. (6) Après toutes ces tentatives inutiles, César croit devoir enfin renoncer à son projet et ne plus songer qu'à la guerre.

[27] (1) César en était à peu près à la moitié des travaux, à quoi il avait employé neuf jours, quand les vaisseaux qui avaient transporté les consuls et la première partie de l'armée revinrent de Dyrrachium à Brindes. (2) Pompée, soit qu'il fût effrayé des travaux de César, soit qu il eût résolu, dès le commencement de la guerre, de quitter l'Italie, se disposa à partir dès qu'il vit ses vaisseaux de retour; (3) et pour mieux retarder une attaque de César, pour empêcher l'ennemi d'entrer dans la ville au moment où il en sortirait, il fit murer les portes, barricader les carrefours et les places, creuser des fossés en travers des rues. On enfonça des bâtons pointus et des pieux, (4) qu'on recouvrit légèrement de claies et de terre. Quant aux deux avenues ou chemins qui conduisaient du dehors de la ville au port, il les ferma au moyen de hautes poutres pointues. (5) Lorsque tout est prêt, il ordonne à ses troupes de s'embarquer sans bruit, et dispose çà et là sur le rempart et sur les tours des vétérans, des archers, des frondeurs. (6) Ceux-ci ont l'ordre de partir à un certain signal, quand ils verront toutes les troupes embarquées; et pour cela il leur laisse dans un lieu sûr quelques barques légères.

[28] (1) Les habitants de Brindes, mécontents des outrages de Pompée et des insultes de ses soldats, favorisaient le parti de César. (2) Aussi, dès qu'ils apprennent le départ de Pompée, tandis que ses soldats courent çà et là pour s'y préparer, ils en donnent avis du haut des toits: alors César, ne voulant pas laisser échapper l'occasion, fait prendre les armes et préparer les échelles. (3) Pompée, vers la nuit, lève l'ancre. Les gardes placés sur la muraille quittent leur poste au signal convenu, et gagnent leurs vaisseaux par des chemins qu'ils connaissent. (4) Nos soldats escaladent le mur; mais, avertis par les habitants de prendre garde aux fossés et aux pièges, ils s'arrêtent; puis, guidés par ceux-ci, ils prennent un long détour qui les conduit au port, et là se rendent maîtres, avec des esquifs et des bateaux, de deux navires chargés de soldats qui avaient échoué contre la digue de César.

[29] (1) César pouvait espérer de terminer à souhait cette affaire, s'il assemblait des vaisseaux et poursuivait Pompée avant que celui-ci eût tiré des secours d'outre-mer; mais il craignit d'être obligé d'attendre trop longtemps, parce que Pompée avait emmené avec lui tous les vaisseaux, et par là lui avait ôté, pour le moment, tout moyen de le poursuivre. (2) Il n'avait donc qu'à attendre des vaisseaux des contrées lointaines de la Gaule, du Picénum et du détroit de Sicile; mais la saison était un grand obstacle. (3) Cependant il craignait que les vieilles troupes et les deux Espagnes, dont l'une avait été comblée de bienfaits par Pompée, ne s'attachassent à lui encore plus, qu'on n'assemblât des secours, de la cavalerie, et qu'on n'attaquât la Gaule et l'Italie en son absence.

[30] (1) Il renonce donc pour le moment à poursuivre Pompée, se décide à partir pour l'Espagne, et ordonne aux décemvirs de toutes les villes municipales de lui chercher des vaisseaux et de les amener à Brindes. (2) Il envoie en Sardaigne Valérius, son lieutenant, avec une légion, et Curion en Sicile, comme propréteur avec quatre légions, lui recommandant de passer en Afrique aussitôt que la Sicile sera soumise. M. Cotta commandait alors en Sardaigne, M. Caton en Sicile; l'Afrique était échue à Tubéron. (3) Dès que les habitants de Caralis apprirent qu'on leur envoyait Valérius, sans même attendre qu'il fût parti d'Italie, ils chassèrent spontanément Cotta de la ville. Celui-ci, effrayé de voir que toute la province était d'intelligence, s'enfuit de Sardaigne en Afrique. (4) En Sicile, Caton faisait réparer les vieilles galères et s'en faisait fournir de nouvelles par les villes. II y portait le plus grand zèle. Il faisait faire par ses lieutenants dans la Lucanie et le Bruttium des levées de citoyens romains, et exigeait des villes de Sicile un nombre déterminé de cavaliers et de fantassins. (5) À peine ces préparatifs sont-ils achevés, qu'il apprend l'arrivée de Curion: sur quoi il assemble le peuple et se plaint d'être abandonné, trahi par Pompée, qui, sans être prêt en rien, a commencé une guerre sans nécessité, en affirmant dans le sénat, devant lui et les autres, sur leur demande, qu'il avait pourvu à tout. Après avoir exhalé ces plaintes, Caton s'enfuit de son gouvernement.

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