Le Château intérieur (Le Château de l'âme, ou les Demeures) (page 16)
peine à connoîlre quand ^ps larmes viendront de cette source , parce qu'au lieu de vous mettre dans l'inquiétude et le trouble, elles vous laisseront dans une grande tranquillité et une grande paix , vous donneront do la force , et rarement vous feront mal. Quand il y auroit même de la tromperie , pourvu que l'on demeure dans l'humilité , cette tromperie ne seroit préjudiciable qu'au corps et non pas à i'ame , quoiqu'il soit toujours bon de l'appréhender- Ne nous imaginons pas néanmoins que tout est fait lorsque l'on pleure beaucoup. Il faut mettre la main à l'œuvre et s'avancer dans les vertus. Que si après cela Dieu nous favorise du don des larmes sans que nous y contribuions , nous pouvons les recevoir avec joie. Mais moins nous travaillerons à les attirer , et plus elles arroseront la terre aride de notre cœur , à cause que c'est une eau qui tombe du ciel } au lieu qu'il arrive souvent qu'après nous être bien tourmentées à creuser la terre pour y trouver quelque source , nous n*y rencontrons point du tout d'eau. Ainsi , mes Sœurs , j'estime que le meilleur est de nous mettre en la présence
ricorde , et de considérer quelle est sa grandeur et notre bassesse- Qu'il nous donne après cela ce qu'il lui plaira , soit de Peau ou de la sécheresse ; il sait mieux que nous ce qui nous est propre. Par ce moyen nous nous mettrons l'esprit eu repos , et il sera plus difficile au démon de nous tenter.
Parmi ces choses pénibles et agréables tout ensemble, Dieu donne quelquefois à l'ame certaines joies et une oraison si extraordinaire , qu'elle en est surprise et n'y comprend rien. Je vous en parle afin que si sa Majesté vous fait cette grâce , vous ne vous imaginiez pas qu'elle doive toujours durer. C'est , à mon avis, une grande union de toutes les puissances , qui ne leur ôte pas non plus qu'aux sens la liberté de connoîlre qu'elles jouissent d'un très-grand bonheur , sans comprendre néanmoins ni quel il est , ni la manière dont elles en jouissent. Ceci paroi t incroyable, quoique certainement il se passe de la sorte ; et cette joie que Tarne ressent est si excessive , que ne se contentant pas d'en jouir, elle voudroit la pouvoir dire et en faire part à tout le monde , afin qu'on l'aidât à en louer
tout ce qu'elle désire. Que ne feroit-elle donc point si elle l'osoit déclarer , pour faire que personne n'ignorât jusqu'à quel point va son bonheur ? Elle croit s'être retrouvée elle-même, et voudrait, comme le père de l'enfant prodigue , que chacun prît part à son contentement. Car elle ne sauroit douter qu'elle ne soit alors en assurance ; (*) en quoi je trouve qu'elle a raison , parce qu'une si grande joie si intérieure , accompagnée d'une si grande paix , et qui ne tend qu'à exciter tout le monde à louer Dieu , ne sauroit provenir du démon. Ainsi tout ce que l'ame peut faire , même avec beaucoup de peine dans un tel excès de joie , est de ne la pas faire éclater ; mais de demeurer dans le silence.
C'est l'état où devoit être saint Fran-r cois lorsque jetant de grands cris , et des voleurs qui le rencontrèrent lui en ayant demandé la raison , il leur répondit qu'il étoit le Hérault du grand Roi; et c'est aussi ce que d'autres grands Saints faisoient comme lui quand ils quit(*) Cette assurance dont la Sainte parle est qu'elle &e sauroit douter que ce bonheur dout elle jouit n'est point une illu&ion du démon , mais une faveur 4e Dieu ; comme la suite le fait voir.
toient le monde pour s'en aller dans les déserts, afin de ne s'occuper d'autre chose que de publier les louanges de Içur Créateur. J'ai connu l'un de ces fidèles serviteurs de Dieu nommé le Père Pierre d'Alcantara, dont la vie a été si sainte que je crois ne pouvoir faillir en le mettant de ce nombre. 11 crioit comme eux à haute voix , et de telle sorte que ceux qui l'entendoient le prenoient pour un. insensé. O mes Sœurs , que souhaitable est cette folie , et que nous serions heureuses s'il plaisoit à Dieu de nous la donner à toutes ! Nous ne saurions trop le remercier de l'obligation que nous lui avons de ce qu'en nous séparant du monde il nous a mises en un lieu où s'il nous favorisait d'une si grande grâce , ces cris que l'excès de notre joie nous ferait pousser nous seroient avantageux , bien loin d'exciter contre nous des murmures comme ils le feroient si nous étions dans le monde , où c'est une chose si extra* ordinaire d'en entendre de semblables, qu'il n'y auroit pas sujet de s'étonner qu'on les prit pour des marques de folie.
O que déplorable est la vie de ceux qui en ce malheureux temps se trouvent engagés dans le siècle, et qu'heureuses
sont les ames à qui il plaît à Dieu de faire la grâce de les en dégager! Je ne saurois , mes Sœurs , quand nous sommes toutes ensemble , voir sans une consolation particulière, que vous êtes si vivement touchées des obligations que vous avez à Dieu , que vous lui rendez à l'enyi des remerciraens de la faveur qu'il vous a faite de vous mettre dans cette sainte maison consacrée à son service , parce que je vois clairement que ces actions de grâces partent du fond de votre cœur. Ainsi je désirerois que cela vous arrivât souvent , et celle qui commence a l'avantage d'exciter les autres à faire la même chose. A quoi votre langue et votre voix peuvent-elles être mieux employées qu'à publier les louanges de ce Dieu tout - puissant à qui nous avons tant de sujet d'en donner sans cesse ? Je lui demande souvent qu'il lui plaise de vous favoriser de cette sorte d'oraison si avantageuse et si assurée. Je dis de vous ep. favoriser , parce que nous ne la pourvons avoir de nous - mêmes > c'est une chose toute surnaturelle , çt elle dure quelquefois un jour tout entier. L'ame est alors comme une personne qui a beaur coup bu, et qui néanmoins n'est pas
ivre j ou comme un mélancolique qui n'a pas entièrement perdu le sens , et qui s'est mis si fortement quelque fantaisie dans l'esprit, qu'il est impossible de l'en détromper. J'avoue que ces comparaisons sont bien grossières pour exprimer une chose si sublime et si difficile à comprendre , mais mon peu de lumière ne m'en fournit point d'autres. Je sais seulement que l'ame , par un effet qui procède de l'excès de sa joie , oublie le reste , s'oublie elle-même , et ne sauroit ni penser ni parler d'autre chose que des louanges de Dieu. Secondons cette ame , mes Filles , dans une si sainte occupation. Il faudroit avoir perdu Pesprit pour nous croire plus sages qu'elle. Et à quoi pourrions-nous nous employer qui nous satisfit davantage ? Cette occupation est si sainte que ce doit être celle de toutes les créatures dans tous les siècles. Ainsi soit-il.
Des peines que souffrent les ames à qui Dieu a lait de grandes grâces. Qu'il n'y a point d'oraisou si élevée qui doive empêcher que Ton ne s'occupe de la méditation de l'Humanité de Jésus- Christ.
Des peines que souffrent les ames à qui Dieu a fait de grandes grâces*
Celles de vous, mes Sœurs , que Dieu n'a pas favorisées de la grâce dont je viens déparier, pourront s'imaginer que d'autres qui Font reçue n'ont plus sujet de tien craindre ni de pleurer leurs péchésCe seroit une grande erreur, puisqu'au contraire, plus elles sont obligées à Dieu, et plus elles sont vivement touchées de la douleur de leurs fautes ; et je suis persuadée que Ton n'est délivré de cette peine que lorsque Ton est arrivé dans ce Lienheureux séjour où rien n'est capable d'en donner. Il est vrai qu'elle est plus grande , ou moindre , en des temps que non pas en d'autres, et se fait sentir ea différentes manières. Car l'a me , au lien de penser au châtiaient que méritoient
Ses péchés , se représente quelle a été son ingratitude envers vin Dieu à qui elle est si redevable, et qui mérite tant d'être servi ; et elle en est d'autant plus touchée , que les grâces qu'il lui fait la rendent plus capable de connoître son adorable grandeur. Elle déplore son aveuglement d'avoir manqué de respect à une Majesté $i redoutable ; elle ne peut comprendre comment elle a eu la hardiesse de l'offenser ; et elle ne sauroit se consoler d'avoir préféré à lui des choses si méprisables. Ainsi , la vue de ses péchés lui étant beaucoup plus présente que celle des faveurs dont nous avons parlé , et dont nous parlerons encore , elle est comme entraînée par le torrent des larmes qu'ils lui font répandre ; et ces mêmes péchés sont comme de la fangç qui s'attache de telle sorte à sa mémoire , qu'elle s'en souvient toujours , ce qui ne lui est pas une petite croix.
Je connois une personne qui désiroit de mourir non - seulement afin de voir Dieu , mais pour être délivrée de la peine presque continuelle qu'elle souffroit de reconnoître si mal les extrêmes obligations qu'elle lui avoit , tant elle étoit persuadée que nulle ingratitude n'égaloi{
la sienne , et ne croyoit pas que Dieu eût usé d'une si grande patience envers aucune autre , à qui il eût fait les mêmes grâces dont il l'avoit favorisée.
Quant à la crainte de l'enfer , les personnes qui sont en cet état n'en ont point. Elles sont seulement vivement touchées , mais rarement , de Pappréhension que Dieu ne les abandonne pour les laisser à elles-mêmes j et qu'étant ainsi si malheureuses que de l'offenser , elles tomberont dans le déplorable état ou elles étoient auparavant. Pour ce qui regarde les peines qu'elles pourroient souffrir ou la gloire dont elles pourroient jouir , c'est à quoi elles ne pensent point ; et si elles désirent de sortir promptement du purgatoire y ce n'est pas pour être délivrées du tourment que l'on y endure, mais c'est pour n'être pas éloignées de la présence de Dieu.
Quelque favorisée que l'on soit de lui , je crois qu'il est périlleux d'oublier l'état misérable où l'on s'est vu , parce que ce souvenir > qui donne sans doute de la peine , peut être utile à plusieurs. Cela me paroît peut-être ainsi > à cause que j'ai été si mauvaise et si imparfaite , que mes péchés, me sont sans cesse présens j .
ce qui n'arrive pas à celles qui ont mené une vie irrépréhensible , quoiqu'il y ait toujours sujet d'appréhender de tomber , jusqu'à ce que nous soyons délivrées de la prison de ce corps.
Ce n'est pas un soulagement dans cette peine , de penser que Dieu nous a pardonné tant de péchés. Elle s'accroît , au contraire , par la considération de son extrême bonté , qui lui fait répandre des grâces sur ceux qui ne méritent que l'enfer. Je crois que c'étoit le grand tourment de saint Pierre et de Madeleine, parce qu'ayant reçu des faveurs si extraordinaires de Notre-Seigneur , ayant une si claire connoissance de son infinie grandeur , et brûlant d'un si violent amour pour lui , quelle ne devoit point être leur douleur de ravoir offensé ?
Il vous semblera peut-être, mes Filles, que lorsque que l'on est favorisé de ces grâces si sublimes , on ne s'arrête pas à méditer les mystères de la très -sacrée humanité de Notre-Seigneur JésusChrist, parce que Ton ne pense qu'à
l'aimer. J'ai traité amplement ce sujet en un autre lieu ; quoique l'on ne soit pas demeuré d'accord, de ce que j'en ai dit, mais qu'on ait voulu me faire croire qu'après qu'une ame est fort avancée, il lui est plus avantageux de ne s'occuper que de ce qui regarde la divinité , sans plus penser h rien de corporel , on ne me persuadera jamais qu'il faille marcher par ce chemin. Il se peut faire que je m'abuse , et que ce n'est que faute de nous bien entendre que nous ne sommes pas d'accord ; mais j'ai éprouvé que le diable me vouloit tromper par cette voie , et l'expérience que j'en ai me fait répéter ce que j'ai dit tant de fois , que l'on doit en cela se tenir extrêmement sur ses gardes. J'ose morne ajouter que , qui que ce so l qui vous dise le contraire , vous ne devez point le croire. Je tâcherai à me mieux faire entendre ici que je n'ai foit ailleurs , parce que si quelqu'un en a écrit, il ne se sera pas peut-être assez bien expliqué , et qu'il est fort dangereux de ne traiter qu'en général des choses si difficiles h entendre.
D'autres personnes s'imagineront qu'il ne faut point penser à la passion de NotreSeigneur > et eacorc woij&s à la trèssainte Vierge et aux actions des Saints , quoique cela nous puisse être si utile , et nous tant animer à servir Dieu. J'avoue ne pouvoir comprendre à quoi ils pensent de vouloir ainsi que nous détournions nos yeux de tous les objets corporels , comme si nous étions des Anges toujours embrasés d'amour , et non pas des créatures engagées dans un corps mortel , qui nous oblige à nous représenter les actions héroïques faites par ces grands Saints pour le service de Dieu , lorsqu'ils étoient encore sur la terre , comme nous y sommes maintenant ; au lieu qu'en tenant x;ette autre conduite , ce seroit nous priver volontairement du souverain remède de nos maux, qui est la très-sacrée humanité de Notre - Seigneur , en quoi toute notre espérance consiste. En vérité, je ne saurais croire que ces personnes s'entendent elles-mêmes , et elles peuvent beaucoup se nuire , et aux autres ; au moins puis-je hardiment assurer qu'elles n'entreront jamais dans les dernières demeures , parce que n'ayant plus pour guide Jésus-Christ , qui seul les y peut conduire , elles n'en sauroient trouver le chemin. Ce sera beaucoup si elles demeurent en sûreté dans les premières demeures ; car , n'a-t-il pas dit de sa propre bouche : Qu'il est le chemin et la lumière ; que Von ne peut que par lui aller à son Père ; que qui le voit , voit son Père ? Et si Ton dit que ces paroles ne doivent pas s'en tendre de la sorte , je réponds que je n'y ai jamais compris d'autre sens ; que celui-là me paroît etare le véritable , et que je me suis très-bien trouvée de l'avoir suivi.
J'ai connu plusieurs personnes qui, après que Dieu les a élevées à une contemplation parfaite , voudraient toujours y demeurer j mais cela ne se peut , et il arrive qu'en agissant de la sorle > elles ne sauroient plus méditer sur les mystères de la vie et de la passion de Jésus-Christ, comme elles faisoient auparavant. Je ne sais qui en est la cause ; je sais seulement qu'il est assez ordinaire que leur entendement demeure, par ce moyen, incapable de méditer; ce qui vient, à mon avis y de ce que le but que l'on se propose dans la méditation étant de chercher Dieu , lorsque Famé l'a une fois trouvé , elle s'accoutume à ne le plus chercher que par l'opération de la volonté , qui étant la plus généreuse de toutes les puissances , voudroit > dans le grand amour qu'elle a
pour Dieu , se passer de l'entendement; mais elle ne le peut , jusqu'à ce qu'elle soit arrivée à ces dernières demeures , • parce qu'elle a souvent besoin de lui pour s'enflammer.
Comme cela , mes Sœurs , est fort important, jei'expliquerai davantage. L'ame voudroit ne s'occuper toujours qu'à aimer, «ans penser à autre chose ; mais quelque désir qu'elle en ait, cela n'est pas en sa V puissance , parce qu'encore que la volonté ne soit pas morte , le feu dont elle avoit accoutumé de brûler est amorti, el qu'ainsi il a besoin d'être excité pour lui redonner de la chaleur. Lorsque l'ame est en cet état , elle doit attendre que le feu descende du ciel pour consumer le sacrifice qu'elle fait d'elle-même à Dieu , comme il consuma celui de notre saint Père Elie? Non certes , il ne faut pas attendre des miracles ; Notre-Seigneur , ainsi que je le dirai dans la suite , en fera quand il lui plaira en faveur de cette ame ; mais il veut que nous nous croyions indignes d'une telle grâce , sans manquer néanmoins de faire tout ce qui peut dépendre de nous ; et je suis persuadée que , quelque sublime que soit notre oraison, nous devons demeurer jusqu'à la mort dans
cette humilité et ce mépris de nousmêmes. Il est vrai que ceux qui ont le bonheur d'entrer dans la septième demeure , n'ont besoin que très-rarement de faire ces réflexions , pour la raison que j'en dirai en son lieu , si je m'en souviens. Ils marchent presque toujours en la compagnie de Jésus-Christ d'une manière admirable , dans laquelle la divinité et l'humanité ne sont jamais séparées ; et quand le feu dont j'ai parlé n'est pas allumé dans la volonté , et que l'on ne sent point la présence de Dieu , il veut que nous le cherchions, comme l'Epouse le cherche dans les cantiques, et saint Augustin dans ses confessions , en interrogeant les créatures , sans demeurer comme des stupides , et perdre le temps 1 à attendre qu'il nous accorde encore la même grâce qu'il nous a déjà accordée peut-être dans les commencemens. 11 se pourra faire qu'il se passera une année , et même plusieurs , sans qu'il nous fasse cette faveur ; lui seul en sait la raison , et il ne nous appartient pas de la savoir ; il nous doit suffire de n'ignorer pas que ses commaademens et ses conseils nous montrent le chemin que nous devons tenir pour lui plaire. Marchons-y , mes Filles,
avec courage , en pensant à sa vie , à sa mort , et aux extrêmes obligations que nous lui avons ; le reste viendra quand il hii plaira. Que si ces personnes répondent que ces méditations ne sont pas capables d'arrêter leur esprit , ce que j'ai dit fait voir qu'elles auront peut-être quelque raison.
Vous avez déjà vu qu'il y a de la différence entre lé discours que fait l'entendement , et ce que la mémoire lut représente ; et si vous me dites qu'en parlant ainsi , je ne m'entends pas moi-même , je réponds qu'il se peut faire que je ne l'entends pas assez pour le bien expliquer, mais que c'est comme je l'entends. J'appelle méditation le discours que feit l'entendement en cette sorte. Nous commençons par nous représenter la grâce que Dieu nous a faite en nous donnant son Fils unique; nous considérons ensuite les mystères de sa glorieuse vie , en commençant par sa prière dans le jardin , et le suivons des yeux de l'esprit jusqu'à la croix ; ou bien nous prenons un point de la passion , comme la capture de NotreSeigneur, et considérons dans ce mystère, toules les circonstances qui se présentent à notre esprit , et qui peuvent toucher
notre cœur. De même de la trahison de - Judas , de la fuite des Apôtres et de tout le reste ; et cette sorte d'oraison est très-excellente et très-utile. C'est celle à laquelle je demeure d'accord que ces ames à qui Dieu a fait des faveurs surnaturelles , et qu'il a élevées à une parfaite contemplation , ont sujet de dire qu'elles ne sauroient s'arrêter , comme en effet elles ne le peuvent pas toujours , et je n'en sais pas la raison. Mais elles auroient tort de soutenir qu'elles ne puissent souvent considérer ces mystères , principalement lorsque l'Eglise catholique en fait l'office, n'étant pas possible qu'elles perdent alors le souvenir de la grâce que Dieu leur aura faite de leur donner des marques si extraordinaires de son amour, parce que ces faveurs sont comme des étincelles si vives , qu'elles augmentent encore l'ardeur de celui qu'elles lui portent ; si ce n'est que , comprenant ces mystères d'une manière beaucoup plus parfaite , elles n'aient point besoin de faire ces réflexions , à cause qu'ils sont tellement gravés dans leur mémoire , et si présens à leur esprit , que la simple considération de cette épouvantable sueur de sang de Notre-Seigneur suffit pour les
•ccuper non-seulement durant une heure, mais durant plusieurs jours. Car , Pame voit alors par un seul regard , combien grand et adorable est ce divin Sauveur , et quelle est notre ingratitude de reeonnoître si mal tant de douleurs ; et la volonté qui commence aussitôt , quoique sans une tendresse sensible , à désirer de souffrir quelque chose pour celui qui a tant souffert pour nous , fait que l'entendement et la mémoire s'occupent de ces t sentimens et d'autres semblables. Voilà , à mon avis , ce qui est cause que ces personnes ne méditent point sur les mystères de la passion , et leur fait croire qu'elles ne le peuvent. Mais c'est une mauvaise raison pour ne le pas faire, puisqu'il n'y a point d'oraison si élevée qui les en doive empêcher , et je crois qu'elles feroient une grande faute de ne se pas occuper souvent à un si saint exercice. Que si Notre-Seigneur, mettant alors lame dans la suspension et dans l'extase , l'arrache comme par force d'une application si sainte , je crois très-certainement, ainsi que je l'ai dit ailleurs , qu'elle en tirera beaucoup plus d'avantage , que de tous les efforts qu'elle feroit pour continuer de discourir avec l'entendement , et je