Le Château intérieur (Le Château de l'âme, ou les Demeures) (page 17)
tiens même que lorsqu'elle est arrivée à un état si élevé , elle ne le pourroit quand elle le voudroit j mais il se peut faire que je me trompe ; car Dieu conduit les ames par diverses voies. Je me contenterai donc d'assurer que l'on ne doit point condamner celles qui ne marchent pas par celle-là , ni ne juger incapables de jouir des grands avantages qui se rencontrent dans la méditation des mystères de la passion de Jésus-Christ , et nul , pour spirituel qu'il soit, ne me persuadera jamais le contraire.
Il y a des ames qui étant arrivées comme par degrés à l'oraison de quiétude , et commençant à y goûter les consolations que l'on y reçoit , s'imaginent qu'il est très-avantageux d'en jouir toujours ; mais je les prie > ainsi que je l'ai dit ailleurs , de ne se point mettre cela dans l'esprit. Cette vie est longue , et dans les travaux qui s'y rencontrent , nous avons besoin , pour les souffrir d'une manière parfaite, de considérer en quelle sorte Jésus-Christ, qui est notre modèle, a enduré ceux dont il s'est vu accablé pour l'amour de nous , et comment les Apôtres et les Saints ont agi pour l'imiter. Ce divin Sauveur est une trop bonne
compagnie pour nous en séparer , non plus que de celle de sa très-sainte Mère ; et il prend plaisir de voir que nous renoncions quelquefois à nos consolations et à nos contentemens , pour compatir à ses peines et à ses souffrances ; à plus forte raison devons-nous donc le faire, puisque ces consolations ne sont pas si ordinaires dans l'oraison , qu'il n'y ait du temps pour tout. Que si une personne me disoit qu'elle les a toujours , et qu'ainsi il ne lui reste point de loisir pour envisager ces mystères de notre salut , sa dévotion me seroit fort suspecte. C'est pourquoi je vous prie , mes Sœurs , de vous détromper de cette erreur; de travailler de tout votre pouvoir à vous guérir d'une si chimérique persuasion , et si vous y avez de la peine d'en parler à la Supérieure , afin qu'elle vous emploie à quelque office du monastère, qui vous occupe.de telle sorte qu'il vous tire de ce péril , dans lequel vous ne pourriez demeurer longtemps sans en recevoir un très -grand dommage.
Je crois avoir assez fait connoître combien il importe , quelque spirituel que l'on soit , de ne se pas éloigner tellement de tous les objets corporels, que l'on
s'imagine n'en devoir pas même excepter la très-sainte humanité de Notre-Seigneur, Et je ne saurois souffrir qu'on allègue sur cela ce qu'il dit à ses disciples , qu'il étoit besoin qu'il les quittât. J'oserois assurer qu'il ne dit point cela à sa sainte Mère, parce qu'il savoit combien elle étoit ferme d<*ns sa foi , qu'elle étoit trèsassurée qu'il étoit Dieu et homme tout ensemble , et qu'encore qu'elle l'aimât plus qu'eux tous , la manière dont elle l'aimoit étoit si parfaite, que sa divine présence ne lui pouyoit être qu'avantageuse ; mais ses Apôtres n'étoient pas alors si affermis dans la foi qu'ils le furent depuis , et que nous sommes maintenant obligés de l'être.
Je vous assure donc , mes Filles , que ce chemin me paroît fort dangereux , et qu'il pourroit arriver que le démon nous feroit perdre y par ce moyen , la dévotion que nous avons pour le très-saint Sacrement. L'erreur dans laquelle j'étois n'approchoit point de celle-là , car elle n'alloit qu'à ne prendre pas tant de plaisir à penser à Notre-Seigneur Jésus-Christ , et de m'entretenir dans ce transport et cette suspension , en attendant que je fusse fevoriséc de ces grâces qui m'étoient si
agréables. Mais je connus clairement que cela m'étoit désavantageux , à cause que ne pouvant toujours les recevoir , mon esprit alloit errant deçà et delà , et mon ame resserabloit à un oiseau qui voltige de tous côlés , sans savoir où s'arrêter ; ainsi , je perdois beaucoup de temps , ne m'avançois point dans les vertus , et ne profitois point de l'oraison. Je n'en penétrois pas la cause , et je pense que je ne Paurois jamais sue , tant je croyois ne pas mal faire > si une personne d'une trèsgrande piété , avec qui je traitai de mon oraison , ne me I'avoit fait clairement connoître. Je vis depuis combien grande étoit mon erreur; et je ne saurois penser, sans en être très-sensiblement touchée , qu'il y ait eu un temps dans lequel j'ignorois qu'il n'y avoit qu'à perdre , et rien à gagner par cette voie. Mais quand on pourroit en tirer de l'avantage , je n'en désirerai jamais aucun , s'il ne me vient par le moyen de ce divin Sauveur , qui est la source de tous les biens. Qu'il soit loué à jamais* Ainsi soit-il.
Des visions intellectuelles , et des effets et des avantages qu'elles produisent. Que l'on doit en communiquer avec des personnes savantes et spirituelles , et se mettre ensuite l'esprit en repos touchant les peines que l'on pourroit avoir sur ce sujet. Qu'il ne faut pas juger de la vertu des personnes par ces grâces extraordinaires qu'elles reçoivent de Dieu , mais par leuis actions.
Afin de vous faire encore mieux comprendre , nies Sœurs , combien ce que je viens de dire est véritable , et que plus une ame s'avance dans la piété et dans l'oraison , plus elle est en la compagnie de Jésus -Christ > Notre - Seigneur , je dois vous apprendre de quelle sorte il n'est pas en notre pouvoir de n'être point toujours avec lui quand il lui plaît, et de ne le pas connoître clairement par la manière dont il se communique à nous , et par les témoignages qu'il nous donne de son amour dans des visions et des apparitions admirables. Je vais donc vous les rapporter, afin que s'il vous fait de si grandes grâces , vous n'en soyez point
étonnées ; et que s'il me fait celle de me Lien expliquer , nous Pen remercions toutes ensemble. Mais quand ce seroit à d'autres qu'à nous qu'il accorderoit ces faveurs extraordinaires , nous ne devrions pas laisser de le louer de ce que son infinie grandeur daigne tant s'abaisser que de se communiquer ainsi à ses créatures.
Lorsque l'ame, dans une si humble disposition , ne pense point à recevoir cette grâce qu'elle croit si peu mériter, JesusChrist , Notre-Seigneur , se trouve auprès d'elle , sans qu'elle le voie ni des yeux du corps , ni de ceux de l'ame. C'est ce que l'on appelle une vision intellectuelle , et je ne sais pourquoi on la nomme ainsi. Je connois une personne que Dieu a favorisée de cette grâce , et d'autres encore dont je parlerai dans la suite, à qui cela donnoit, au commencement, beaucoup de peine, parce qu'elle ne pouvoit comprendre ce que c'étoit , à cause qu'elle ne voyoit rien ; et elle ne laissoit pas toutefois d'être assurée que
c'étoit Notre-Seigneur qui se montrent k elle en cette manière. Toutefois , nonobstant cela , et quoique cette vision produisît en elle de grands effets , qui la confirmoient encore dans cette créance , elle ne laissoit pas de craindre , à cause qu'elle n'avoit jamais entendu parler de visions intellectuelles, ni pensé qu'il y en eût; mais alors elle comprit clairement que c'étoit Notre-Seigneur qui lui parloit souvent en cette sorte > au lieu • qu'avant qu'il lui eût fait cette faveur, quoiqu'elle entendît distinctement les paroles , elle ne savoit qui étoit celui qui lui parloit.
Je sais aussi que ces visions intellectuelles ayant mis cette personne dans une grande crainte , parce qu'elles sont fort différentes des visions imaginaires ou représentatives , qui passent fort promptement , au lieu que celles-ci durent plusieurs jours , et quelquefois plus d'un " an , elle en parla à son Confesseur , et lui dit qu'encore qu'elle ne vît rien , elle étoit très-assurée que ces visions venoient de Notre-Seigneur. Il lui demanda quel étoit son visage , et elle lui répondit qu'elle n'avoit garde de le lui dépeindre ,
savoit pas davantage que ce qu'elle lui rapportait ; mais qu'elle étoit très-assurée que c'éloit lui qui lui parloit , et qu'il n'y avoit point en cela d'imagination. Celte personne étant en cet état, quelques appréhensions qu'on lui voulût donner , elle demeuroit toujours ferme à ne pouvoir douter que ce ne fût NotreSeigneur qui étoit auprès d'elle > principalement lorsqu'il lui disoit : N'ayez point de peur ; c'est moi. Ces paroles ne lui donnoient pas seulement de la force et du courage , elles lui donnoient aussi une très -grande joie de se voir en si bonne compagnie , et qui l'aidoit à marcher, par le souvenir presque continuel qu'elle avoit de son Dieu , et par son extrême désir de ne rien faire qui lui pût déplaire. Car il lui sembloit qu'il la regardoit toujours y et que lorsqu'elle lui vouloit parler , soit dans l'oraison ou hors de l'oraison , elle le trouvoit si proche d'elle , qu'il ne pouvoit pas ne la point entendre , quoiqu'il ne lui parlât pas toutes les fois qu'elle l'auroit désiré > et seulement selon les besoins qu'elle en avoit, et lorsqu'elle y pensoit le moins. Elle sentoit qu'il étoit à son côté droit j
celui qui nous fait connoître qu'une personne est proche de nous ; ce sentiment étant d'une manière si subtile , qu'on ne sauroit l'exprimer , et néanmoins beaucoup plus certain que l'autre. Car , on peut se tromper dans la créance qu'une personne est à côté de nous ; au lieu qu'ici on ne le peut , parce que l'on en reçoit des avantages , et que l'on en ressent des effets intérieurs , qu'il seroit impossible d'avoir si cela venoit de mélancolie ou d'une illusion du démon ; outre que l'ame se trouve dans une grande paix , dans un désir continuel de plaire à Dieu , dans un entier mépris de tout ce qui ne l'approche pas de lui, et qu'il lui feit ensuite clairement connoître que le démon n'y a point de part. Mais cepen-* dant je sais que cette personne ne laîssoit pas d'être quelquefois dans la crainte , et d'autres fois dans une très-grande confusion , parce qu'elle ne pou voit comprendre d'où lui arrivoit un si grand bonheur. J'en puis parler avec certitude , et vous m'en pouvez croire , puisque cette personne ejt moi étions tellement unies , ou pour mieux dire une même chose , que je connolssois comme elle-même le fond de son ame. -
Cette faveur de Dieu met l'ame dans une grande confusion et une grande humilité 5 au lieu que si c'étoit un ouvrage du démon il produiroit des effets contraires. Ainsi comme elle ne peut douter que ce ne soit une grâce qui lui vient de Dieu et que nuls efforts humains ne pourroient lui procurer , elle ne sauroit se persuader d'y avoir part. Or , quoiqu'il nie semble qu'entre les autres faveurs de Dieu dont j'ai parlé , il y en a quelqu'une qui surpasse celle-ci , elle a cet avantage qu'elle donne à l'ame une connoissance très-particulière de Dieu ; que le bonheur d'être continuellement en sa compagnie ajoute une extrême tendresse à son amour pour lui ; que le désir de s'employer entièrement à son service surpasse celui dont ses autres faveurs sont accompagnées, et que ce qu'elle le sent si proche d'elle la rend si attentive à lui plaire, qu'elle se trouve dans une plus grande pureté de conscience. Car encore que nous sachions que Dieu est présent à toutes nos actions, nous sommes naturellement si peu appliqués à ce qui regarde nofre salut que nous n'y faisons point de réflexion ; au lieu qu'ici on ne sauroit n'y pas penser , parce que Dieu qui est
alors si proche de nous réveille l'ame pour lui faire considérer cette importante vérité , et lui donne ainsi presque continuellement un amour actuel pour lui.
Enfin les avantages que l'ame voit qu'elle tire de cette faveur de Dieu qu'elle ne sauroit jamais mériter , sont si grands et si estimables , qu'elle ne les changeroit pas contre tous les trésors de la terre } et lorsque Dieu se retire elle se trouve dans une extrême solitude sans que quelques efforts qu'elle fasse , elle puisse recouvrer cette adorable compagnie dont il ne la favorise que quand il lui <plaît. L'ame se trouve quelquefois aussi en celle de quelques Saints et en profite beaucoup. Que si vous me demandez , mes Sœurs , comment , puisque l'on ne voit personne, on sait que c'est Jésus-Christ, ou sa glorieuse Mère , ou quelqu'un des Saints ; je réponds qu'on ne sauroit dire ni comprendre de quelle jnanière on le sait y quoiqu'on ne laisse pas de le savoir très-certainement. Quand c'est Dieu luimême qui nous parle^cela ne nous paroît pas si é ( range ; mais de voir un Saint qui ne parle point et qu'il semble que Notre - Seigneur n'ait rendu présent à Vame que pour lui teair compagnie et
Il y a d'autres choses spirituelles qui ne peuvent non plus s'exprimer par des paroles , et qui servent à faire connoître combien notre foiblesse et notre bassesse nous rendent incapables de comprendre les grandeurs de Dieu. Ainsi ceux qui les reçoivent ne sauroient trop les admi^- rer , lui rendre grâces de les avoir préférés à tant d'autres > ni trop s'efforcer à se servir des moyens qu'il leur donnc^ de lui rendre de plus grands services. ' C'est ce qui fait que l'aime au lieu de s'élever de vanité croit qu'étant si obligée à Dieu , nulle autre ne s'acquitte plus mal de ce qu'elle lui doit, et elle ne fait point de faute qui ne lui perce Iç cœur de douleur ; en quoi elle a trèsgrande raison. Celles de vous , mes Filles , à qui Dieu fera la grâce de les conduire par ce chemin , pourront connoître à ces marques que ce n'est ni une imagination ni une illusion du démon j parce , comme je l'ai dit , que si c'était une imagination elle ne dureroit pas si long-temps , et que si c'étoit une illusion elle ne laisseroit pas l'ame dans une si grande paix > cet ennemi de notre
salut ne voulant ni ne pouvant noms procurer de tels avantages , mais ne pensant , au contraire , qu'à exciter dans notre cœur ces dangereuses vapeurs qui nous rempliraient de l'estime de nousmêmes et de l'opinion que nous valons mieux que les autres. Joint que cette grande adhérence de Pame à Dieu et cette application à y penser, sont si opposées à l'esprit du démon , que quand il tenteroit de foire ces vains efforts ce me seroit pas si souvent, et Dieu est si bon qu'au lieu de souffrir qu'il nuise à une ame qui n'a d'autre désir que de lui plaire , et qui seroit prête de donner sa vie pour son honneur et pour sa gloire , il la détromperoit aussitôt.
Je suis persuadée que lorsque Pame se conduit de la sorte que j'ai dit, ce gui est un effet des grâces de Dieu , s'il permet que le démon ose quelquefois la tenter , elle en recevra de l'avantage et cet esprit malheureux de la confusion et de la honte. C'est pourquoi , mes Sœurs , si quelqu'une de vous marche par ce chemin , qu'elle ne s'étonne pas si cela lui arrive , quoiqu'il soit toujours bon de craindre et de veiller sur sa conduite , puisque si vous vous imaginça
quêtant favorisées de Dieu vous n'avez rien à appréhender, ce seroit un signe que ces grâces que vous penseriez venir de lui seraient des illusions du démon ^ et qu'elles ne produiraient point en vous les effets dont j'ai parlé.
II sera bon dans les commencement que vous en communiquiez sous le secret de confession avec quelque homme sa-r vaut qui soit capable de vous éclaircir de vos doutes , et avec une personne spirituelle et fort expérimentée en semblables choses , si vous la pouvez rencontrer. Mais si vous ne pouvez trouver que l'un ou l'autre , il faut préférer le savant à celui qui n'est que spirituel. Si ces personnes vous disent que ce que vous croyez avoir entendu n'est qu'une imagination , mettez-vous l'esprit en repos , puisque l'imagination ne saurait faire grand mal à l'ame , et que vous recommandant à Dieu il est trop bon pour permettre que vous soyez trompée. Que s'ils croyent que c'est une tentation , ce que je ne. pense pas qu'un homme savant puisse vous dire lorsqu'il verra les effets dont j'ai parlé ; quoique ce vous soit un plus grand sujet de peine , je vous assure que Notre-Seigneur en la compagnie duquel vous serez vous rassurera , vous consolera , et vous donnera la lumière dont vous aurez besoin pour vous éclaircir de ces doutes , et dissiper vos appréhensions et vos craintes. Mais s'il arrive que la personne d'oraison à qui vous en communiquerez aussi ne marche pas par cette voie , comme elle en sera surprise elle ne manquera pas de la condamner* C'est pourquoi je crois que le meilleur est de s'adresser à quelque homme fort savant , et tout ensemble , s'il se peut, .intelligent dans les choses spirituelles. Encore que la vertu de la personne qui reçoit ces grâces fasse juger à la Prieurç qu'il n'y a rien à appréhender , elle ne doit pas laisser > tant pour la sûreté de cette Sœur que pour la sienne propre , de lui permettre cette communication. Mais après cela il faut , s'en mettre l'esprit en repos sans en plus parler à qui que ce soit , parce qu'il arrive quelquefois que bien qu'il n'y ait point sujet de craindre , le démon donne de si grandes appréhensions que J'on voudroit pour se soulager de ses peines les communiquer encore. Et s'il se rencontre que le Confesseur soit appréhensif et peu expérimenté en semblables choses , lui-*
même y portera cette personne. Ainsi ce qui devoit être tenu secret étant divulgué , la persécution et Je déplaisir qu'elle en recevra lui seront très-sensibles , et dans les temps où nous vivons il pourra arriver que cela nuira beacoup à tout l'Ordre.
C'est ce qui oblige d'agir avec beaucoup de prudence ; et je ne saurois trop exhorter les Prieures de ne pas s'imaginer qu'une Sœur pour être favorisée de ces grâces , soit meilleure que les autres , Dieu conduisant chaque ame selon le besoin qu'elle en a. Il est vrai que ces grâces peuvent porter les personnes à une grande perfection si elles y répondent par leurs actions. Mais comme il arrive quelquefois que Dieu conduit les plus foibles par cette voie , c'est principalement la vertu qu'il faut considérer, et tenir pour les plus saintes celles qui sont les plus mortifiées , les plus humbles , et qui servent Dieiwavee une plus grande pureté de cœur. Cela ne suffit pas néanmoins pour en porter un jugement assuré ; nous ne saurions le bien connoître que quand le juste Juge viendra dans sa majesté et dans sa glaire récompenser ou punir chacun selon ses œu+
vrcs , et nous verrons alors avec étonjiement combien ses jugemens son! différens des nôtres et impénétrables. Qu'il soit loué aux siècles des siècles* Ainsi «oit-il, *
Je viens maintenant aux visions que Ton nomme imaginaires ou représentatives. Le diable peut sans douté plus s'y mêler que dans les intellectuelles dont je viens de parler , et lorsqu'elles procèdent de Dieu elles me paroissent plus profitables , à cause qu'elles sont plus conformes à notre nature. Mais il en faut excepter celles que l'on a dans la septième et dernière demeure , auxquelles nulles autres ne sont comparables. Voyons donc ensuite de ce que j'ai dit dans le chapitre précèdent , de quelle sorte NotreSeignetfr se trouve ici. C'est comme si nous avions dans une boîte d'or une pierre précieuse d'une valeur et d'une vertu admirable , et que nous fussions taè*-as$uiées qui y serpit parce que noua
en aurions ressenti Jes effets dans des maladies dont elle nous auroit guéris, sans que néanmoins nous l'ayons jamais vue ni la puissions voir , s'il ne plaît à celui à qui elle appartient , qui nous l'a prêtée, et qui en a la clef, de nous la montrer.
Ainsi , comme si lorsque nous l'espérions le moins il nous faisoit la faveur: d'ouvrir la boîte pour nous faire voir durant un instant cette pierre merveilleuse, afin de graver encore plus fortement dans notre esprit l'estime que nous en devrions faire par le souvenir de l'éclat dont son incomparable beauté nous auroit frappé les yeux. De même lorsque Notre-Seigneur veut favoriser une ame d'une grâce toute extraordinaire , il lui fait voir clairement sa très-sainte humanité , en se montrant à elle ou tel qu'il étoit quand il conversoit dans le monde , ou tel qu'il est depuis sa résurrection. Et quoique cela passe si vite que l'on peut le comparer à un éclair, ' cette glorieuse image demeure si vivement imprimée dans l'imagination , qu'il me paraît impossible qu'elle s'en efface, jusqu'à l'heureux jour qu'elle verra ce divin Sauveur et le possédera dans l'éternité de sa gloire. Or, quoique j'use du nom d'image ce n'est pas comme un tableau que l'on présenterait à nos yeux , c'est une chose véritablement vivante, et qui quelquefois parle à l'ame et lui montre de grands secrets.
Mais vous devez savoir , mes SœuKS ; que pendant le peu de temps que cela dure , on ne sauroit regarder Notre-Seigneur que comme Ton regarde le soleil , sans que néanmoins sa splendeur donne > ainsi que celle du soleil , de la peine aux yeux de l'ame qui la voit intérieurement. De savoir si elle la voit extérieurement , <i'est ce que j'ignore , parce que la personne dont j'ai parlé n'en avoit point d'expérience. Cette splendeur est comme une lumière infuse et semblable à celle du soleil s'il étoit couvert d'un voile aussi transparent que le diamant. Le vêtement de ce Rédempteur du monde est comme d'une toile très -fine , et lorsqu'il fait cette faveur à une ame , elle tombe presque toujours dans le ravissement, ^a bassesse ne pouvant soutenir l'éclat d'un tel objet, tant elle est épouvantée de ses inefables perfections: Je dis épouvantée à cause que sa beauté est si merveilleuse 3 et le plaisir de le voir si inconcevable ,