Le Château intérieur (Le Château de l'âme, ou les Demeures) (page 3)

Thérèse d'Avila · Vie de piété

Texte français, domaine public · Source : archive.org — trad. Arnauld d'Andilly, Œuvres t. V 1818 (OCR) · 23 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

Quel malheur sei oit donc le nôtre , mes Filles, si après avoir évité tant de pièges, et être passées dans les autres demeures plus honorables de ce château , nous retombions , par notre foute , dans nos premières imperfections > ainsi qu'il est arrivé à plusieurs qui avôient reçu > corfimc nous , des faveurs de Dieu ? Notre condition nous garantit des périls extérieurs; et Dieu veuille qu'elle nôus délivre aussi des intérieurs. Mais prenez-gardé , mes Sœurs y à ne vous mêler jamais des choses qiri né vous regardent poirtt ; et songez qu'il y a peu de demeures de ce céleste château où nôus ne soyons obligées dé combattre Contre les démons. Il est vrai que dans quelques-unes nos puissances* , qui sont comme les gardes de notre ame , sont plus capables de leur résister ; marte nous avons toujours besoin de veiller pour découvrir leurs artifices , puisqu'ils sont si grands , que se transformant , comme ils font, en anges de lumière, ils pourraient autrement nous avoir fait beaucoup dé mal avant que nous nous en aperçussions.

Je vous ai dit autrefois que la malice du diable est comme une lime sourde dont il faut se défier de bonne heure , et

je veux maintenant vous l'expliquer davantage. Cet esprit malheureux inspirera a une Sœur un si violent désir de foire pénitence, qu'elle croira ne pouvoir trouver du repos que dans d'extrêmes mortifications. Mais si la Supérieure lui défend de rien faire en cela sans sa permission , et qu'au lieu de lui obéir , elle s'imagine de les pouvoir continuer secrètement > et ruine ainsi sa santé en contrevenant à l'obéissance, vous voyez à quoi se termine cette dévotion déréglée. Ce même ennemi de notre salut mettra dans l'esprit d'une autre qu'elle doit aspirer à une très-grande perfection. Cela est très-bon en soi ; mais il pourra arriver de là que les moindres petites fautes de ses Soeurs lui paroîtront de si grands péchés, qu'elle se rendra attentive à les observer, pour en avertir la Prieure , sans que souvent elle voie les siens propres , et que les autres , remarquant qu'elle les observe de la sorte , et ne sachant quelle est en cela son intention , pourront en être scandalisées.

L'avantage que le démon prétend tirer de là est très-grand , puisqu'il va à refroidir la charité et à relâcher ce lien d'amour qui doit unir si étroitement eusemble celles qui servent un même Seigneur et un même maître ; ce qui seroit , l'un des plus grands malheurs qui leur pourrait arriver. Car, ne savez-vous pas , v mes Filles , que la véritable perfection consiste en l'amour de Dieu et du pro^ chai ri , et qu'ainsi nous serons d'autant plus parfaites , que nous garderons plus parfaitement ces deux importans commandemens? Toute notre règle et toutes nos Constitutions ne tendent qu'à cela seul. Renonçons donc à ce zèle indiscret , qui . ne peut que nous beaucoup nuire , et que chacune de nous considère ses propres défauts , sans examiner avec tant de soin ceux des autres. Comme j'en ai assez parlé ailleurs , je n'en dirai pas ici davantage, et me contenterai d'ajouter que cet amour qui vous doit lier toutes ensemble est si important , que je souhaiterais que vous l'eussiez continuellement devant les yeux , au lieu de vous amuser à considérer des bagatelles, qui, bien que n'étant pas en elles-mêmes des imperfections , ne laisseraient pas d'être capables , faute de discernement , de nous faire perdre cette paix intérieure qui nous doit être si chère , et de la faire peindre aux autres j ce qui seroit acheter bien

cher cette prétendue perfection , qui seroit encore beaucoup plus dangereuse , si le diable l'inspiroit à l'égard de la Prieure.

Il faut néanmoins y agir avec une grande discrétion , puisque si c'étaient des eho- • ses contraires à la Règle «t aux Constitutions 3 au lieu de le dissimuler , la charité obligeroit d'en avertir la Prieure ; et si elle ne s'en corrigeoit , d'en informer le Supérieur. De même, si on remarquoit dans les Sœurs quelques fautes importantes , on seroit aussi obligé de se conduire de la sorte , sans se laisser aller à une vaine crainte qu'il y eût de la tentation. Mais pour empêcher les tromperies du diable » il faut bien se garde? de s'entretenir de ces sujets les unes avec les autres , parce qu'il s'en serviroit pour commencer à exciter du murmure , et l'on doit seulement en parler aux personnes qui peuvent y apporter du remède. Comme nous sommes dans un silence continuel ^ cet avis ue nous est pas 5 grâces h Dieu , si nécessaire qu'à d'autres ; néanmoins il est toujours bon de se tenir sur ses gardes*

Comparaison des ames qui sont (fans la première demeure à des sourds et muets , et de celles qui sont dans la seconde à des muets qui ne sont pas sourds. Que Famé se doit prépare? alors à soutenir de grands

Différence dé Vètat des ames qui sont dans la première et la seconde demeure.

J'ai maintenant S dire quelles sont les ames qui entrent dans la seconde de-» meure et ce quelles y font. Je voudrois le pouvoir faire en peu de mots , parce que j'en ai parlé ailleurs fort amplement, et qu'il me sera impossible de lie pas répéter une grande partie de ce que j'en ai écrit, à cause que je ne m'en souviens point. Que si je pou vois varier la manière d'en traiter , peut - être ne vous enmuerois-je pas, de même que nous ne

nous lassons point de lire les livres qui en parlent , quoiqu'ils soient en grand nombre.

Il s'agit ici de ceux qui ont commencé de s'appliquer à Poraison , et qui connoissent l'importance de ne pas s'arrêter dans la première demeure , mais qui ne sont pas encore absolument résolus d'en sorlir, puisqu'ils ne se séparent point des occasions qui les mettent en si grand péril. C'est néanmoins une grande grâce que Dieu leur fait de connoitre combien ces bétes venimeuses sont à craindre , et de ce qu'ils tâchent par intervalles de les fuir. Quoiqu'ils ne courent pas tant de fortune que les premiers dont nous avons parlé 3 ils souffrent toutefois davantage , parce qu'ils connoissent le danger où ils sont > et il y a sujet d'espérer qu'ils entreront plus avant dans le château. Je dis qu'ils souffrent davan-r tage y à cause que les premiers sont comme des sourds et muets qui n'en-» tendant ni ne parlant point , endurent plus patiemment la peine de ne point parler 3 au lieu que ceux-cî ressemblent à des personnes qui ont l'ouïe bonne mais qui sont muettes > et sentent ainsi beaucoup plus le déplaisir de ne pouvoiç

parler- L'état de ces premiers n'est pas néanmoins le plus désirable , puisque c'est toujours un grand avantage d'entendre ce que l'on nous dit , et que ces derniers étant plus proches de Dieu entendent sa voix lorsqu'il les appelle Car bien qu'ils s'occupent encore des affaires , des plaisirs > et des divertisseTnens du monde > et qu'ils retombent dans le péché après s'en être relevés , parce qu'il est comme impossible que ces bêles venimeuses en la compagnie desquelles ils continuent d'être ne les fassent pas broncher , la bonté et la miséricorde de Dieu sont si grandes , et il désire tant qu'ils l'aiment et s'efforcent de s'approcher de lui y qu'il continue de les appeler pour leur en donner la hardiesse ; et cela d'une manière si douce que ce leur est une peine insupportable de ne pouvoir exécuter à l'heure même ce qu'il leur commande. Ainsi n'ai-je pas raison de dire que ces a mes souffrent davantage que si elles étoient sourdes h sa voix ?

; Ce n'est pas que cette voix par laquelle Dieu les appelle soit aussi forte que celle dont je parlerai dans la suite. Il se sert seulement pour se faire entendre des

discours de gens de bien, de la lecture des lions livres , des maladies y des afflictions , et des vérités dont il nous donne quelquefois la eonnoissance dans l'oraison qu'il considère toujours beaucoup quoique peu fervente^ Ne laissez donc pas , mes Sœurs r de faire une grande estime de cette grâce de Notre-Seigneur , et que ce que vous n'y répondez pafr à l'heure même ne vous fasse point perdre courage. Sa patience est si grande qu'elle ne s'étend pas seulement à plusieurs jours , mais à plusieurs années , lorsqu'il Voit que nous persévérons dans- nos bons désirs ; et il nous importe tellement d'y persévérer qu'il est impossible que nous n'en tirions de grands avantages. Mais c'est une chose terrible de voir les efforts que le démon fait alors en mille manières pour attaquer Famé , et qui la font beaucoup plus souffrir que lorsqu'elle n'éloit encore que dans la première demeure , parce qu'y étant sourde et muette , ou au moins entendant très-peu, elle éleit comme veux qui ayant presque perdu l'espérance de vaincre , se rallentissent dans leur résistance , au lieu qu'ici l'entendement est plus vif Y les puissances plus éclairées, et le combat si échauffé

qu 3 il est impossible que l'aine n'en entende pas le bruit. Le diable se sert alors de ces serpens et de ces couleuvres dont j'ai parlé pour empoisonner ces âmes de leur venin , en leur représentant les plaisirs du monde comme s'ils dévoient toujours durer , l'estime que l'on y avoit pour elles , leurs parens , leurs amis , la perte de leur santé par le* austérités de la pénitence que ton ne peut manquer de vouloir faire lorsque l'on est arrivé dans cette seconde demeure , et mille choses semblables.

Jésvs mon Sauveur , dans quel trouble et quelles peines ces esprits de ténèbres ne jettent-ils pointées pauvres aines par de si dangereux artifices? Elles ne savent si elles doivent passer outre ou retourner dans la première demeure. Car d'un côté la raison leur représente l'artifice dont le démon se sert pour les tromper , et que tout ce qu'il y a dans le monde doit être considéré comme un néant en comparaison du bonheur où elles aspirent. La foi leur apprend que ce bonheur doit être l'objet de tous leurs désirs ; la mémoire leur fait voir à quoi se terminent toutes les chosès^d'ici - bas , ceux qui sojrt tombés d'une teès-graadç

prospérité dans une extrême misère, tant de morts subites de ceux qui étoient plongés dans les délices y et que ces corps qu'ils nonrrissoient avec tant de délicatesse sont maintenant la pâture des vers dans le tombeau , et autres choses semblables. La volonté les porte à aimer celui dont elles n'ont pas seulement reçu l'être et la vie , mais qui leur a dorme tant d'autres preuves de son amour qu'elles souhaiteroient de pouvoir, par des effets, lui en témoigner leur reconnoissance. L'entendement leur fait connoître que quand elles vivroient des siècles entiers , <>Iles ne sauroient acquérir un ami si fidèle et si véritable; que le monde n'est que vanité et que mensonge ; que les plaisirs que le démon leur promet et les peines dont il les veut effrayer , ne sont que des illusions ; qu'en quelque lieu qu'elles puissent aller elles ne sauroient trouver hors de ce château de sûreté et de paix ; qu'il y auroit de l'imprudence d'aller chercher hors de sa maison ce dont on abonde chez soi , et où Ton a pour hôte le Seigneur et le maître de tout ce qu'il y a de richesses dans le ciel et sur la terre , pour se trouver réduit comme l'enfaut prodigue , à manger du gland avec les pourceaux après avoir dissipé tout son bien. Et ces raisons sont si fortes , qu'elles devraient suffire à ces anies pour leur faire vaincre les démons. Mais , mon Seigneur et mon Dieu , la coutume que la vanité a établie ~ a tant de force et est si généralement reçue qu'elle renverse tout , parce que la* foi étant comme morte , nous préférons ce que nous voyons à ce qu'elle nous enseigne. Ainsi il n'y a qu'imperfection et que misère en ceux qui ont encore l'esprit rempli des choses visibles^ et Ton doit en attribuer la causa à ces bêtes venimeuses dont elles ne sont pas délivrés. Car de même qu'une, personne mordue par une vipère et empoisonnée de son venin devient toute enflée, et mourroit si on ne lui faisoit beaucoup de remèdes , l'ame se trouve en cet état , et a besoin pour en sortir d'une grâce particulière. Il ne faut donc pas s'étonner qu'elle ait tant h souffrir, principalement si le diable voit qu'elle veut faire tous ses efforts pour s'avancer dans le service de Dieu , puisqu'il employé alors toutes les forces de l'enfer pour lâcher à la faire tourner en arrière.

n'a-f-elle point en cet état de vôtre assistance , puisque sahs elle elle ne peut rien ? Ne souffrez donc pas , s'il vous plaît , que se laissant surprendre elle abandonne son entreprise. Failes-lui con*- noître que tout son bonheur eu dépend , combien il lui importe dè se séparer des mauvaises compagnies pout né con<- verser lion-seulement qu'avec ceux qui ayant de bons sentimens se trouvent dans la même ctemeure , mais aussi avec ceut qui sont passés plus avant , afin qu'ite l'aident à y aller , et qu'elle se tienne toujours sur ses gardes polir rte se point laisser vaincre. Car si le diable la voit absolument résolue à tout souffrir et à mourir plutôt que de retourner dans les premières demeures, il la laissera bientôt €n repos.

C'est ici où il faut que Pame témoigne sa générosité et ne ressemble pas à ces . lâches soldats qiie Gédéon renvoya lorsqu'il atloit au combat, mais considère qu'elle entreprend d'en soutenir un contre les démons , quand même ils se joindroient tous ensemble pour l'attaquer , et qu'étant armée de la croix de son Sauveur , elle n'a rien a appréhender. Je l'ai déjà dit et je le répète encore.

Elle ne doit point en cet état se proposer des contentement et des plaisirs. Ce seroit une manière bien basse de commencer à travailler à tin- si grand édifice , et bâtir sur le sable une maison qui tomberait aussitôt par terre. 11 faut y an contraire , se préparer à souffrir des» peines et des- tentations, parce que ee n'est pas dans ces premières demeures que tombe la manne^ Il est besoin de passer plus» avant pour la ramasser à pleines mains dans ces autres demeures , ou il n'y a? rien que de délicieux , et où Pame jouit de tout le bonheur qu'elle sauroit sou-, haiter , n'ayant point alors d'autre volonté que celle de Dieu.

N'est-ce pas une chose plaisante que nos vertus ne faisant que de naître et étant encore mêlées de mille imperfections , nous osions prétendre de trouver des douceurs dans l'oraison et nous plaindre de nos sécheresses ? Qu'il ne vous arrive jamais , mes Sœurs , d'en user ainsi. Embrassez ht croix que votre divin Epoux a portée , n'oubliez jamais que c'est à quoi vous vous êtes si solennellement engagées , et que celles qui pourront souffrir davantage pour l'amour de. lui y s'estiment les plus heureuses*

C'est là le capital , et vous ne devetf considérer tout le reste que comme un accessoire dont vous lui rendrez de grandes actions de grâces s'il vous en favorise.

Il vous semblera peut-être, mes Sœurs, que pourvu que vous receviez de Dieu des faveurs intérieures , il n'y a point de peines extérieures que vous ne soyez résolues de souffrir. Mais il connoît mieux que nous ce qui nous est propre ; il ne nous appartient pas de lui donner conseil , et il nous peut dire avec raison que nous ne savons ce que nous demandons. N'oubliez jamais > je vous prie , puisqu'il vous importe tant de vous en souvenir , que ceux qai commencent à faire oraison se doivent résoudre à travailler continuellement de tout leur pouvoir pour conformer leur volonté à celle de Dieu , et croire fermement que c'est en quoi consiste la plus grande perfection que l'on puisse acquérir dans cet exercice spirituel et ce chemin qui conduit au ciel. Ceux qui s'en acquitteront avec plus de soin recevront de plus grandes récompenses , et s'avanceront davantage dans cetfe divine voie. En quoi je n'exagère point , puisqu'il est très-véritable que c'est en cela que consiste tout

notre bonheur. Car si d'abord nous nous égarons en voulant que Dieu fasse notre volonté et non pas la sienne, et qu'il nous mène par le chemin qui nous est le plus agréable , quelle fermeté peut avoir le fondement de cet édifice spirituel ? Pensons donc seulement h faire ce qui dépend de nous , et lâchons de nous défendre de ces bètes venimeuses qui nous donnent tant de peine par de mauvaises pensées dont nous ne pouvons nous garantir, pâr des sécheresses, et même quelquefois par leurs morsures ; Dieu le permettant ainsi afin de nous rendre plus vigilantes v et éprouver si nous sommes Vivement touchées du rc± jgret de l'avoir offensé. Que vos chutes ne vous empêchent donc point, mes Filles, de vous efforcer de passer outre. Dieu en tirera môme du bien , ainsi que pour éprouver la bonté du thériaque on prend auparavant du poison.

Quand nous n'aurions point d'autres preuves de notre faiblesse et du préjudice que nous recevons (Je ces distractions, celle-là seule de vroitsuffire pour nous porter à nous recueillir. Car peut-il y avoir un plus grand mal que de se voir hors de chez soi? Et comment espérer de rencontrer ailleurs du repos lorsque Ton n'en trouve pas dans sa maison propre ? Rien ne nous est si proche que nos puissanoes puisque nous en sommes inséparables , et ces puissances nous font la guerre comme *si elles vouioient se venger de celle que leur font nos imperlions et nos péchés. Nptre-Seigneur n'a , mes Sœurs , rien tant recommandé à ses Apêtres que la paix ; et croyez-moi , si nous ne la, trouvons en nous , nous travaillerons en vainÀ chercher hors de nous. ...

Jé conjure , par, le Sang que ce divin Sauveur a répandu sur la , croix pour notre salut, taut ceux qui n'ont point ' encore commencé de rentrer (pans euxmêmes , que ceux qui y sont déjà rentrés , de^e tien garder de rien faire qui les porte à retourner en arrière ; qu'ils ponsidèrent que les rechutes étaat plus dangereuses que les chutes , leur perte seroit inévitable ; qu'ils se défient d'euxmêmes , qu'Us mettent toute leur confiance .en la miséricorde de Dieu , et il les fera passer d'une demeure a une autre , où non - seulement ils n'auront plus sujet d'appréhender ces bêtes venijnaeuses , mais se moqueront de leurs

efforts , les verront soumises à eux * et jouiront de tout le bonheur que Ton sauroit souhaiter eu cette yie. . Gomme J'ai fait voir dès le comment nement de quelle sorte on se doit conduire dans ces tentations que le dîabta suscite pour nous troubler* et que ce n'est pas avec violence , niais avec douceur qu'il faut travaillera se receuillir, afin de pouvoir continuer , je ne le répéterai point ici. Je jne contenterai de dire qu'il est très-avantageux d'en communiquer avec des personnes qui en aient l'expérience. Que si vous vous imaginez qu'il; i puisse arriver un fort grand

. jmal de manquer à certaines choses qui ne sont point .essentielles , je vous assure que pourvu que vous ne quittiez point l'exercise de l'oraison , Dieu les fera réussir à voirie avantage 3 quoique vous ne trouviez personne qui vous en instruise. Mais si vous aviez abandonné l'oraison , il n'y auroit d'autre remède ppur empêcher que peu à peu vos chutes ne 3e multipliassent , que de rentrer dans l'exercice de l'oraison ; et Dieu veuille

si importanteSi l'on dit (jue puisqu'il est si dangereux de retourner en arrière , il vaut donc mieux ne pas commencer et demeurer hors de ce château , je répons , et Notre Seigneur Ta dit lui-même ; Que celui qui cherche le péril y rencontrera sa perte , et qu'il n'y a point d'autre porte que l'oraison pour entrer dans ce château. Car n'y a-t-il pas de la folie à s'imaginer de pouvoir entrer dans le ciel sans entrer auparavant dans nous-mêmes par ' la connoissance de notre misère et de ce que nous devons à Dieu , et sans implorer souvent sa miséricorde ? Ne nous a-t-il pas dit aussi de sa propre bouche : Que nul n'ira à son Père que par lui ? Ce sont , ce me semble y ses mêmes paroles , et Qui me voit voit mon Père. Or , je ne comprends pas comment nous pouvons le connoître et travailler pour son service , si nous ne considérons les obligations que nous lui avons , et la mort qu'il a soufferte pour l'amour de nous. Car la foi sans les œuvres est une foi morte ; et à quoi nous peut-elle servir si nous ignorons le prix des souffrances de Jésus-Christ , doù procède tout notre honheur , et si nous ne nous excitons pas par cette considération à l'aimer ? Je le prie de nous faire eonnoître combien

cher lui a coûté l'amour qu'il nous a porté ; Que le serviteur n'est par pardessus le maître ; que l'on ne peut sans travail arriver à la gloire , et que l'on ne sauroit que par la prière éviter de tomber à toute heure dans La tentation*

Tous les livres