Mémoires d’outre-tombe (page 136)
Bonaparte était un grand magicien, mais il n’avait pas le pouvoir de transformer le général Bon, tué à Ptolémaïs en Raoul, sire de Coucy, qui, expirant au pied des remparts de cette ville, écrivait à la dame de Fayel : Mort por loïalement amer son amie.
Napoléon n’aurait pas été bien reçu à rejeter la chanson des canteors, lui qui se nourrissait à Saint-Jean-d’Acre de bien d’autres fables. Dans les derniers jours de sa vie, sous un ciel que nous ne voyons pas, il s’est plu à divulguer ce qu’il méditait en Syrie, si toutefois il n’a pas inventé des projets d’après des faits accomplis et ne s’est pas amusé à bâtir avec un passé réel l’avenir fabuleux qu’il voulait que l’on crût. « Maître de Ptolémaïs », nous racontent les révélations de Sainte-Hélène, « Napoléon fondait en Orient un empire, et la France était laissée à d’autres destinées. Il volait à Damas, à Alep, sur l’Euphrate. Les chrétiens de la Syrie, ceux même de l’Arménie, l’eussent renforcé. Les populations allaient être ébranlées. Les débris des mameloucks, les Arabes du désert de l’Égypte, les Druses du Liban, les Mutualis ou mahométans opprimés de la secte d’Ali, pouvaient se réunir à l’armée maîtresse de la Syrie, et la commotion se communiquait à toute l’Arabie. Les provinces de l’empire ottoman qui parlent arabe appelaient un grand changement et attendaient un homme avec des chances heureuses ; il pouvait se trouver sur l’Euphrate, au milieu de l’été, avec cent mille auxiliaires et une réserve de vingt-cinq mille Français qu’il eût successivement fait venir d’Égypte. Il aurait atteint Constantinople et les Indes et changé la face du monde. »
Avant de se retirer de Saint-Jean-d’Acre, l’armée française avait touché Tyr : désertée des flottes de Salomon et de la phalange du Macédonien, Tyrne gardait plus que la solitude imperturbable d’Isaïe ; solitude dans laquelle les chiens muets refusent d’aboyer.
Le siège de Saint-Jean-d’Acre fut levé le 20 mai 1799. Arrivé à Jaffa le 24, Bonaparte fut obligé de continuer sa retraite. Il y avait environ trente à quarante pestiférés, nombre que Napoléon réduit à sept, qu’on ne pouvait transporter ; ne voulant pas les laisser derrière lui, dans la crainte, disait-il, de les exposer à la cruauté des Turcs, il proposa à Desgenettes de leur administrer une forte dose d’opium. Desgenettes lui fit la réponse si connue : « Mon métier est de guérir les hommes, non de les tuer. » « On ne leur administra point d’opium, dit M. Thiers, et ce fait servit à propager une calomnie indigne et aujourd’hui détruite. »
Est-ce une calomnie ? est-elle détruite ? C’est ce que je ne saurais affirmer aussi péremptoirement que le brillant historien ; son raisonnement équivaut à ceci : Bonaparte n’a point empoisonné les pestiférés par la raison qu’il proposait de les empoisonner.
Desgenettes, d’une pauvre famille de gentilshommes normands, est encore en vénération parmi les Arabes de la Syrie, et Wilson dit que son nom ne devrait être écrit qu’en lettres d’or.
Bourrienne écrit dix pages entières pour soutenir l’empoisonnement contre ceux qui le nient : « Je ne puis pas dire que j’aie vu donner la potion, dit-il, je mentirais ; mais je sais bien positivement que la décision a été prise et a dû être prise après délibération, que l’ordre en a été donné et que les pestiférés sont morts. Quoi ! ce dont s’entretenait, dès le lendemain du départ de Jaffa, tout le quartier général comme d’une chose positive, ce dont nous parlions comme d’un épouvantable malheur, serait devenu une atroce invention pour nuire à la réputation d’un héros ? »
Napoléon n’abandonna jamais une de ses fautes ; comme un père tendre, il préfère celui de ses enfants qui est le plus disgracié. L’armée française fut moins indulgente que les historiens admiratifs ; elle croyait à la mesure de l’empoisonnement, non seulement contre une poignée de malades, mais contre plusieurs centaines d’hommes. Robert Wilson, dans son Histoire de l’expédition des Anglais en Égypte, avance le premier la grande accusation ; il affirme qu’elle était appuyée de l’opinion des officiers français prisonniers des Anglais en Syrie. Bonaparte donna le démenti à Wilson, qui répliqua n’avoir dit que la vérité. Wilson est le même major général qui fut commissaire de la Grande-Bretagne auprès de l’armée russe pendant la retraite de Moscou ; il eut le bonheur de contribuer depuis à l’évasion de M. de Lavallette. Il leva une légion contre la légitimité lors de la guerre d’Espagne en 1823, défendit Bilbao et renvoya à M. de Villèle son beau-frère, M. Desbassyns, contraint de relâcher dans le port. Le récit de Robert Wilson a donc, sous divers points de vue, un grand poids. La plupart des relations sont uniformes sur le fait de l’empoisonnement. M. de Las Cases admet que le bruit de l’empoisonnement était cru dans l’armée. Bonaparte, devenu plus sincère dans sa captivité, a dit à M. Warnen et au docteur O’Meara que, dans le cas où se trouvaient les pestiférés, il aurait cherché pour lui-même dans l’opium l’oubli de ses maux, et qu’il aurait fait administrer le poison à son propre fils. Walter Scott rapporte tout ce qui s’est débité à ce sujet ; mais il rejette la version du grand nombre des malades condamnés, soutenant qu’un empoisonnement ne pourrait s’exécuter avec succès sur une multitude ; il ajoute que sir Sidney rencontra dans l’hôpital de Jaffa les sept Français mentionnés par Bonaparte. Walter Scott est de la plus grande impartialité ; il défend Napoléon comme il aurait défendu Alexandre contre les reproches dont on peut charger sa mémoire.
C’est pour ainsi dire la première fois que je parle de Walter Scott comme historien de Napoléon, et je le citerai encore : c’est donc ici que je dois dire qu’on s’est trompé prodigieusement en accusant l’illustre Écossais de prévention contre un grand homme. La vie de Napoléon (Life of Napoleon) n’occupe pas moins de onze volumes. Elle n’a pas eu le succès qu’on en pouvait espérer, parce que, excepté dans deux ou trois endroits, l’imagination de l’auteur de tant d’ouvrages si brillants lui a failli : il est ébloui par les succès fabuleux qu’il décrit, et comme écrasé par le merveilleux de la gloire. La Vie entière manque aussi des grandes vues que les Anglais ouvrent rarement dans l’histoire, parce qu’il ne conçoivent pas l’histoire comme nous. Du reste, cette vie est exacte, sauf quelques erreurs de chronologie ; toute la partie qui a rapport à la détention de Bonaparte à Sainte-Hélène est excellente : les Anglais étaient mieux placés que nous pour connaître cette partie. En rencontrant une vie si prodigieuse, le romancier a été vaincu par la vérité. La raison domine dans le travail de Walter Scott : il est en garde contre lui-même. La modération de ses jugements est si grande qu’elle dégénère en apologie. Le narrateur pousse la débonnaireté jusqu’à recevoir des excuses sophistiquées par Napoléon et qui ne sont pas admissibles. Il est évident que ceux qui parlent de l’ouvrage de Walter Scott comme d’un livre écrit sous l’influence des préjugés nationaux anglais et dans un intérêt privé ne l’ont jamais lu : on ne lit plus en France. Loin de rien exagérer contre Bonaparte, l’auteur est effrayé par l’opinion : ses concessions sont innombrables ; il capitule partout ; s’il aventure d’abord un jugement ferme, il le reprend ensuite par des considérations subséquentes qu’il croit devoir à l’impartialité ; il n’ose tenir tête à son héros, ni le regarder en face. Malgré cette sorte de pusillanimité devant l’infatuation populaire, Walter Scott a perdu le mérite de ses condescendances pour avoir, dans son avertissement, fait entendre cette simple vérité : « Si le système général de Napoléon, dit-il, a reposé sur la violence et la fraude, ce n’est ni la grandeur de ses talents, ni le succès de ses entreprises qui doit étouffer la voix ou éblouir les yeux de celui qui s’aventure à devenir son historien. « If the general system of Napoleon has rested upon force or fraud, it is neither the greatness of his talents, nor the success of his undertakings, that ought to stifle the voice or dazzle the eyes of him who adventures to be his historian. »
L’humble audace qui essuie, comme Madeleine, la poussière des pieds du Dieu avec sa chevelure passe aujourd’hui pour un sacrilège.
La retraite sous le soleil de la Syrie fut marquée par des malheurs qui rappellent les misères de nos soldats dans la retraite de Moscou au milieu des frimas : « Il y avait encore, dit Miot, dans les cabanes, sur les bords de la mer, quelques malheureux qui attendaient qu’on les transportât. Parmi eux, un soldat était attaqué de la peste, et, dans le délire qui accompagne quelquefois l’agonie, il supposa sans doute, en voyant l’armée marcher au bruit du tambour, qu’il allait être abandonné ; son imagination lui fit entrevoir l’étendue de son malheur s’il tombait entre les mains des Arabes. On peut supposer que ce fut cette crainte qui le mit dans une si grande agitation et qui lui suggéra l’idée de suivre les troupes : il prit son havresac, sur lequel reposait sa tête, et, le plaçant sur ses épaules, il fit l’effort de se lever. Le venin de l’affreuse épidémie qui coulait dans ses veines lui ôtait ses forces, et au bout de trois pas il retomba sur le sable en donnant de la tête. Cette chute augmenta sa frayeur, et, après avoir passé quelques moments à regarder avec des yeux égarés la queue des colonnes en marche, il se leva une seconde fois et ne fut pas plus heureux ; à sa troisième tentative il succomba et, tombant plus près de la mer, il resta à la place que les destins lui avaient choisie pour tombeau. La vue de ce soldat était épouvantable ; le désordre qui régnait dans ses discours insignifiants, sa figure qui peignait la douleur, ses yeux ouverts et fixes, ses habits en lambeaux, offraient tout ce que la mort a de plus hideux. L’œil attaché sur les troupes en marche, il n’avait point eu l’idée, toute simple pour quelqu’un de sang-froid, de tourner la tête d’un autre côté : il aurait aperçu la division Kléber et celle de cavalerie qui quittèrent Tentoura après les autres, et l’espoir de se sauver aurait peut-être conservé ses jours. »
Quand nos soldats, devenus impassibles, voyaient un de leurs infortunés camarades les suivre comme un homme dans l’ivresse, trébuchant, tombant, se relevant et retombant pour toujours, ils disaient : « Il a pris ses quartiers. »
Une page de Bourrienne achèvera le tableau :
« Une soif dévorante, disent les Mémoires, le manque total d’eau, une chaleur excessive, une marche fatigante dans des dunes brûlantes, démoralisèrent les hommes, et firent succéder à tous les sentiments généreux le plus cruel égoïsme, la plus affligeante indifférence. J’ai vu jeter de dessus les brancards des officiers amputés dont le transport était ordonné, et qui avaient même remis de l’argent pour récompense de la fatigue. J’ai vu abandonner dans les orges des amputés, des blessés, des pestiférés, ou soupçonnés seulement de l’être. La marche était éclairée par des torches allumées pour incendier les petites villes, les bourgades, les villages, les hameaux, les riches moissons dont la terre était couverte. Le pays était tout en feu. Ceux qui avaient l’ordre de présider à ces désastres semblaient, en répandant partout la désolation, vouloir venger leurs revers et trouver un soulagement à leurs souffrances. Nous n’étions entourés que de mourants, de pillards et d’incendiaires. Des mourants jetés sur les bords du chemin disaient d’une voix faible : Je ne suis pas pestiféré, je ne suis que blessé ; et, pour convaincre les passants, on en voyait rouvrir leur blessure ou s’en faire une nouvelle. Personne n’y croyait ; on disait : Son affaire est faite ; on passait, on se tâtait, et tout était oublié. Le soleil, dans tout son éclat sous ce beau ciel, était obscurci par la fumée de nos continuels incendies. Nous avions la mer à notre droite ; à notre gauche et derrière nous le désert que nous faisions ; devant nous les privations et les souffrances qui nous attendaient. »
« Il est parti ; il est arrivé ; il a dissipé tous les orages ; son retour les a fait repasser dans le désert. » Ainsi chantait et se louait le triomphateur repoussé, en rentrant au Caire : il emportait le monde dans des hymnes.
Pendant son absence, Desaix avait achevé de soumettre la Haute-Égypte. On rencontre en remontant le Nil des débris à qui le langage de Bossuet laisse toute leur grandeur et l’augmente. « On a, » dit l’auteur de l’Histoire universelle, « découvert dans le Saïde des temples et des palais presque encore entiers, où ces colonnes et ces statues sont innombrables. On y admire surtout un palais dont les restes semblent n’avoir subsisté que pour effacer la gloire de tous les plus grands ouvrages. Quatre allées à perte de vue, et bordées de part et d’autre par des sphinx d’une matière aussi rare que leur grandeur est remarquable, servent d’avenues à quatre portiques dont la hauteur étonne les yeux. Quelle magnificence et quelle étendue ! Encore ceux qui nous ont décrit ce prodigieux édifice n’ont-ils pas eu le temps d’en faire le tour, et ne sont pas même assurés d’en avoir vu la moitié ; mais tout ce qu’ils ont vu était surprenant. Une salle, qui apparemment faisait le milieu de ce superbe palais, était soutenue de six-vingt colonnes de six brassées de grosseur, grandes à proportion, et entremêlées d’obélisques que tant de siècles n’ont pu abattre. Les couleurs mêmes, c’est-à-dire ce qui éprouve le plus tôt le pouvoir du temps, se soutiennent encore parmi les ruines de cet admirable édifice et y conservent leur vivacité : tant l’Égypte savait imprimer le caractère d’immortalité à tous ses ouvrages ! Maintenant que le nom du roi Louis XIV pénètre aux parties du monde les plus inconnues, ne serait-ce pas un digne objet de cette noble curiosité de découvrir les beautés que la Thébaïde renferme dans ses déserts ? Quelles beautés ne trouverait-on pas si on pouvait aborder la ville royale, puisque si loin d’elle on découvre des choses si merveilleuses ! La puissance romaine, désespérant d’égaler les Égyptiens, a cru faire assez pour sa grandeur d’emprunter les monuments de leurs rois. »
Napoléon se chargea d’exécuter les conseils que Bossuet donnait à Louis XIV. « Thèbes, » dit M. Denon, qui suivait l’expédition de Desaix, « cette cité reléguée que l’imagination n’entrevoit plus qu’à travers l’obscurité des temps, était encore un fantôme si gigantesque qu’à son aspect l’armée s’arrêta d’elle-même et battit des mains. Dans le complaisant enthousiasme des soldats, je trouvai des genoux pour me servir de table, des corps pour me donner de l’ombre… Parvenus aux cataractes du Nil, nos soldats, toujours combattant contre les beys et éprouvant des fatigues incroyables, s’amusaient à établir dans le village de Syène des boutiques de tailleurs, d’orfèvres, de barbiers, de traiteurs à prix fixe. Sous une allée d’arbres alignés, ils plantèrent une colonne milliaire avec l’inscription : Route de Paris… En redescendant le Nil, l’armée eut souvent affaire aux Mecquains. On mettait le feu aux retranchements des Arabes : ils manquaient d’eau ; ils éteignaient le feu avec les pieds et les mains ; ils l’étouffaient avec leurs corps. Noirs et nus, dit encore M. Denon, on les voyait courir à travers les flammes : c’était l’image des diables dans l’enfer. Je ne les regardais point sans un sentiment d’horreur et d’admiration. Il y avait des moments de silence dans lesquels une voix se faisait entendre ; on lui répondait par des hymnes sacrés et des cris de combat. »
Ces Arabes chantaient et dansaient comme les soldats et les moines espagnols dans Saragosse embrasée ; les Russes brûlèrent Moscou : la sorte de sublime démence qui agitait Bonaparte, il la communiquait à ses victimes.
Napoléon rentré au Caire écrivait au général Dugua : « Vous ferez, citoyen général, trancher la tête à Abdalla-Aga, ancien gouverneur de Jaffa. D’après ce que m’ont dit les habitants de Syrie, c’est un monstre dont il faut délivrer la terre… Vous ferez fusiller les nommés Hassan, Joussef, Ibrahim, Saleh, Mahamet, Bekir, Hadj-Saleh, Mustapha, Mahamed, tous mameloucks. » Il renouvelle souvent ces ordres contre des Égyptiens qui ont mal parlé des Français : tel était le cas que Bonaparte faisait des lois ; le droit même de la guerre permettait-il de sacrifier tant de vies sur ce simple ordre d’un chef : vous ferez fusiller ? Au sultan du Darfour il écrit : « Je désire que vous me fassiez passer deux mille esclaves mâles, ayant plus de seize ans. » Il aimait les esclaves.
Une flotte ottomane de cent voiles mouille à Aboukir et débarque une armée : Murat, appuyé du général Lannes, la jette dans la mer ; Bonaparte instruit le Directoire de ses succès : « Le rivage où l’année dernière les courants ont porté les cadavres anglais et français est aujourd’hui couvert de ceux de nos ennemis. » On se fatigue à marcher dans ces monceaux de victoires comme dans les sables étincelants de ces déserts.
Le billet suivant frappe tristement l’esprit : « J’ai été peu satisfait, citoyen général, de toutes vos opérations pendant le mouvement qui vient d’avoir lieu. Vous avez reçu l’ordre de vous porter au Caire, et vous n’en avez rien fait. Tous les évènements qui peuvent survenir ne doivent jamais empêcher un militaire d’obéir, et le talent à la guerre consiste à lever les difficultés qui peuvent rendre difficile une opération, et non pas à la faire manquer. Je vous dis ceci pour l’avenir. »
Ingrat d’avance, cette rude instruction de Bonaparte est adressée à Desaix qui offrait à la tête des braves, dans la Haute-Égypte, autant d’exemples d’humanité que de courage, marchant au pas de son cheval, causant de ruines, regrettant sa patrie, sauvant des femmes et des enfants, aimé des populations qui l’appelaient le Sultan juste, enfin à ce Desaix tué depuis à Marengo dans la charge par laquelle le premier consul devint le maître de l’Europe. Le caractère de l’homme perce dans le billet de Napoléon : domination et jalousie ; on pressent celui que toute renommée afflige, le prédestinateur auquel est donné la parole qui reste et qui contraint ; mais sans cet esprit de commandement Bonaparte aurait-il pu tout abattre devant lui ?
Prêt à quitter le sol antique où l’homme d’autrefois s’écriait en expirant : « Puissances qui dispensez la vie aux hommes, recevez-moi et accordez-moi une demeure parmi les dieux immortels ! » Bonaparte ne songe qu’à son avenir de la terre : il fait avertir par la mer Rouge les gouverneurs de l’île de France et de l’île de Bourbon : il envoie ses salutations au sultan du Maroc et au bey de Tripoli ; il leur fait part de ses affectueuses sollicitudes pour les caravanes et les pèlerins de la Mecque ; Napoléon cherche en même temps à détourner le grand vizir de l’invasion que la Porte médite, assurant qu’il est prêt à tout vaincre, comme à entrer dans toute négociation.
Une chose ferait peu d’honneur à notre caractère, si notre imagination et notre amour de nouveauté n’étaient plus coupables que notre équité nationale ; les Français s’extasient sur l’expédition d’Égypte, et ils ne remarquent pas qu’elle blessait autant la probité que le droit politique ; en pleine paix avec la plus vieille alliée de la France, nous l’attaquons, nous lui ravissons sa féconde province du Nil, sans déclaration de guerre, comme des Algériens qui, dans une de leurs algarades, se seraient emparés de Marseille et de la Provence. Quand la Porte arme pour sa défense légitime, fiers de notre illustre guet-apens, nous lui demandons ce qu’elle a, et pourquoi elle se fâche ; nous lui déclarons que nous n’avons pris les armes que pour faire la police chez elle, que pour la débarrasser de ces brigands de mameloucks qui tenaient son pacha prisonnier. Bonaparte mande au grand vizir : « Comment Votre Excellence ne sentirait-elle pas qu’il n’y a pas un Français de tué qui ne soit un appui de moins pour la Porte ? Quant à moi, je tiendrai pour le plus beau jour de ma vie celui où je pourrai contribuer à faire terminer une guerre à la fois impolitique et sans objet. » Bonaparte voulait s’en aller : la guerre alors était sans objet et impolitique ! L’ancienne Monarchie fut du reste aussi coupable que la République : les archives des affaires étrangères conservent plusieurs plans de colonies françaises à établir en Égypte ; Leibnitz lui-même avait conseillé la colonie égyptienne à Louis XIV. Les Anglais n’estiment que la politique positive, celle des intérêts ; la fidélité aux traités et les scrupules moraux leur semblent puérils.
Enfin l’heure était sonnée ; arrêté aux frontières orientales de l’Asie, Bonaparte va saisir d’abord le sceptre de l’Europe, pour chercher ensuite au nord, par un autre chemin, les portes de l’Himalaya et les splendeurs de Cachemire. Sa dernière lettre à Kléber, datée d’Alexandrie, 22 août 1799, est de toute excellence et réunit la raison, l’expérience et l’autorité. La fin de cette lettre s’élève à un pathétique sérieux et pénétrant.
« Vous trouverez ci-joint, citoyen général, un ordre pour prendre le commandement en chef de l’armée. La crainte que la croisière anglaise ne reparaisse d’un moment à l’autre me fait précipiter mon voyage de deux ou trois jours.
« J’emmène avec moi les généraux Berthier, Andréossy, Murat, Lannes et Marmont, et les citoyens Monge et Berthollet.
« Vous trouverez ci-joints les papiers anglais et de Francfort jusqu’au 10 juin. Vous y verrez que nous avons perdu l’Italie, que Mantoue, Turin et Tortone sont bloqués. J’ai lieu d’espérer que la première tiendra jusqu’à la fin de novembre. J’ai l’espérance, si la fortune me sourit, d’arriver en Europe avant le commencement d’octobre. »
Suivent des instructions particulières.
« Vous savez apprécier aussi bien que moi combien la possession de l’Égypte est importante à la France : cet empire turc, qui menace ruine de tous côtés, s’écroule aujourd’hui, et l’évacuation de l’Égypte serait un malheur d’autant plus grand, que nous verrions de nos jours cette belle province passer en d’autres mains européennes.
« Les nouvelles des succès et des revers qu’aura la République doivent aussi entrer puissamment dans vos calculs.
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« Vous connaissez, citoyen général, quelle est ma manière de voir sur la politique intérieure de Égypte : quelque chose que vous fassiez, les chrétiens seront toujours nos amis. Il faut les empêcher d’être trop insolents, afin que les Turcs n’aient pas contre nous le même fanatisme que contre les chrétiens, ce qui nous les rendrait irréconciliables.
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« J’avais déjà demandé plusieurs fois une troupe de comédiens ; je prendrai un soin particulier de vous en envoyer. Cet article est très important pour l’armée et pour commencer à changer les mœurs du pays.
« La place importante que vous allez occuper en chef va vous mettre à même enfin de déployer les talents que la nature vous a donnés. L’intérêt de ce qui se passera ici est vif, et les résultats en seront immenses pour le commerce, pour la civilisation ; ce sera l’époque d’où dateront les grandes révolutions.
« Accoutumé à voir la récompense des peines et des travaux de la vie dans l’opinion de la postérité, j’abandonne avec le plus grand regret l’Égypte. L’intérêt de la patrie, sa gloire, l’obéissance, les événements extraordinaires qui viennent de se passer, me décident seuls à passer au milieu des escadres ennemies pour me rendre en Europe. Je serai d’esprit et de cœur avec vous. Vos succès me seront aussi chers que ceux où je me trouverais en personne, et je regarderai comme mal employés tous les jours de ma vie où je ne ferai pas quelque chose pour l’armée, dont je vous laisse le commandement, et pour consolider le magnifique établissement dont les fondements viennent d’être jetés.
« L’armée que je vous confie est toute composée de mes enfants ; j’ai eu dans tous les temps, même dans les plus grandes peines, des marques de leur attachement. Entretenez-les dans ces sentiments ; vous le devez à l’estime et à l’amitié toute particulière que j’ai pour vous et à l’attachement vrai que je leur porte.
« Bonaparte. »
Jamais le guerrier n’a retrouvé d’accents pareils ; c’est Napoléon qui finit ; l’empereur, qui suivra, sera sans doute plus étonnant encore ; mais combien aussi plus haïssable ! Sa voix n’aura plus le son des jeunes années : le temps, le despotisme, l’ivresse de la prospérité, l’auront altérée.
Bonaparte aurait été bien à plaindre s’il eût été contraint, en vertu de l’ancienne loi égyptienne, à tenir trois jours embrassés les enfants qu’il avait fait mourir. Il avait songé, pour les soldats qu’il laissait exposés à l’ardeur du soleil, à ces distractions que le capitaine Parry employa trente-deux ans après pour ses matelots dans les nuits glacées du pôle. Il envoie le testament de l’Égypte à son brave successeur, qui sera bientôt assassiné, et il se dérobe furtivement, comme César se sauva à la nage dans le port d’Alexandrie. Cette reine que le poète appelait un fatal prodige, Cléopâtre, ne l’attendait pas ; il allait au rendez-vous secret que lui avait donné le destin, autre puissance infidèle. Après s’être plongé dans l’Orient, source des renommées merveilleuses, il nous revient, sans toutefois être monté à Jérusalem, de même qu’il n’entra jamais dans Rome. Le Juif qui criait : Malheur ! malheur ! rôda autour de la ville sainte, sans pénétrer dans ses habitacles éternels. Un poète, s’échappant d’Alexandrie, monte le dernier sur la frégate aventureuse. Tout imprégné des miracles de la Judée et des souvenirs de la tombe aux Pyramides, Bonaparte franchit les mers, insouciant de leurs vaisseaux et de leurs abîmes : tout était guéable pour ce géant, événements et flots.
Napoléon prend la route que j’ai suivie : il longe l’Afrique par des vents contraires ; au bout de vingt-un jours, il double le cap Bon ; il gagne les côtes de Sardaigne, est forcé de relâcher à Ajaccio, promène ses regards sur les lieux de sa naissance, reçoit quelque argent du cardinal Fesch, et se rembarque ; il découvre une flotte anglaise qui ne le poursuit pas. Le 8 octobre, il rentre dans la rade de Fréjus, non loin de ce golfe Juan où il se devait manifester une terrible et dernière fois. Il aborde à terre, part, arrive à Lyon, prend la route du Bourbonnais, entre à Paris le 16 octobre. Tout parait disposé contre lui, Barras, Sieyès, Bernadotte, Moreau ; et tous ces opposants le servent comme par miracle. La conspiration s’ourdit ; le gouvernement est transféré à Saint-Cloud. Bonaparte veut haranguer le conseil des Anciens : il se trouble, il balbutie les mots de frères d’armes, de volcan, de victoire, de César ; on le traite de Cromwell, de tyran, d’hypocrite : il veut accuser et on l’accuse : il se dit accompagné du dieu de la guerre et du dieu de la fortune ; il se retire en s’écriant : « Qui m’aime me suive ! » On demande sa mise en accusation ; Lucien, président du conseil des Cinq-Cents, descend de son fauteuil pour ne pas mettre Napoléon hors la loi. Il tire son épée et jure de percer le sein de son frère si jamais il essaye de porter atteinte à la liberté. On parlait de faire fusiller le soldat déserteur, l’infracteur des lois sanitaires, le porteur de la peste, et on le couronne. Murat fait sauter par les fenêtres les représentants : le 18 brumaire s’accomplit ; le gouvernement consulaire naît, et la liberté meurt.
Alors s’opère dans le monde un changement absolu : l’homme du dernier siècle descend de la scène, l’homme du nouveau siècle y monte ; Washington, au bout de ses prodiges, cède la place à Bonaparte, qui recommence les siens. Le 9 novembre, le président des États-Unis ferme l’année 1799 ; le premier consul de la République française ouvre l’année 1800 :
Un grand destin commence, un grand destin s’achève.
(Corneille.)
C’est sur ces événements immenses qu’est écrite la partie de mes Mémoire que vous avez vue, ainsi qu’un texte moderne profanant d’antiques manuscrits. Je comptais mes abattements et mes obscurités à Londres sur les élévations et l’éclat de Napoléon ; le bruit de ses pas se mêlait au silence des miens dans mes promenades solitaires ; son nom me poursuivait jusque dans les réduits où se rencontraient les tristes indigences de mes compagnons d’infortune, et les joyeuses détresses, ou, comme aurait dit notre vieille langue, les misères hilareuses de Peltier. Napoléon était de mon âge : partis tous les deux du sein de l’armée, il avait gagné cent batailles que je languissais encore dans l’ombre de ces émigrations qui furent le piédestal de sa fortune. Resté si loin derrière lui, le pouvais-je jamais rejoindre ? Et néanmoins quand il dictait des lois aux monarques, quand il les écrasait de ses armées et faisait jaillir leur sang sous ses pieds, quand, le drapeau à la main, il traversait les ponts d’Arcole et de Lodi, quand il triomphait aux Pyramides, aurais-je donné pour toutes ces victoires une seule de ces heures oubliées qui s’écoulaient en Angleterre dans une petite ville inconnue ? Oh ! magie de la jeunesse !
Je quittai l’Angleterre quelques mois après que Napoléon eut quitté l’Égypte ; nous revînmes en France presque en même temps, lui de Memphis, moi de Londres : il avait saisi des villes et des royaumes, ses mains étaient pleines de puissantes réalités ; je n’avais encore pris que des chimères.
Que s’était-il passé en Europe pendant l’absence de Napoléon ?
La guerre recommencée en Italie, au royaume de Naples et dans les États de Sardaigne ; Rome et Naples momentanément occupées ; Pie VI prisonnier, amené pour mourir en France ; un traité d’alliance est conclu entre les cabinets de Pétersbourg et de Londres.
Deuxième coalition continentale contre la France. Le 8 avril 1799, le congrès de Rastadt est rompu, les plénipotentiaires français sont assassinés. Suwaroff, arrivé en Italie, bat les Français à Cassano. La citadelle de Milan se rend au général russe. Une de nos armées, forcée d’évacuer Naples, se soutient à peine, commandée par le général Macdonald. Masséna défend la Suisse.
Mantoue succombe après un blocus de soixante-douze jours et un siège de vingt. Le 15 octobre 1799, le général Joubert, tué à Novi, laisse le champ libre à Bonaparte ; il était destiné à jouer le rôle de celui-ci : malheur à qui barrait une fortune fatale, témoin Hoche, Moreau et Joubert ! Vingt mille Anglais descendus au Helder y restent inutiles ; leur flotte en partie est bloquée par les glaces ; notre cavalerie charge sur des vaisseaux et les prend. Dix-huit mille Russes, auxquels les combats et les fatigues ont réduit l’armée de Suwaroff, ayant passé le Saint-Gothard le 24 septembre, se sont engagés dans la vallée de la Reuss. Masséna sauve la France à la bataille de Zurich. Suwaroff, rentré en Allemagne, accuse les Autrichiens et se retire en Pologne. Telle était la position de la France, lorsque Bonaparte reparaît, renverse le Directoire et établit le Consulat.
Avant de m’engager plus loin, je rappellerai une chose dont on doit déjà être convaincu : je ne m’occupe pas d’une vie particulière de Bonaparte ; je trace l’abrégé et le résumé de ses actions ; je peins ses batailles, je ne les décris pas ; on les trouve partout, depuis Pommereul, qui a donné les Campagnes d’Italie, jusqu’à nos généraux, critiques et censeurs des combats où ils assistèrent, jusqu’aux tacticiens étrangers, anglais, russes, allemands, italiens, espagnols. Les bulletins publics de Napoléon et ses dépêches secrètes forment le fil très peu sûr de ces narrations. Les travaux du lieutenant général Jomini fournissent la meilleure source d’instruction : l’auteur est d’autant plus croyable, qu’il a fait preuve d’études dans son Traité de la grande tactique et dans son Traité des grandes opérations militaires. Admirateur de Napoléon jusqu’à l’injustice, attaché à l’état-major du maréchal Ney, on a de lui l’histoire critique et militaire des campagnes de la Révolution ; il a vu de ses propres yeux la guerre en Allemagne, en Prusse, en Pologne et en Russie jusqu’à la prise de Smolensk ; il était présent en Saxe aux combats de 1813 ; de là il passa aux alliés ; il fut condamné à mort par un conseil de guerre de Bonaparte, et nommé au même moment aide de camp de l’empereur Alexandre. Attaqué par le général Sarrazin, dans son Histoire de la guerre de Russie et d’Allemagne, Jomini lui répliqua. Jomini a eu à sa disposition les matériaux déposés au ministère de la guerre et aux autres archives de royaume ; il a contemplé à l’envers la marche rétrograde de nos armées, après avoir servi à les guider en avant. Son récit est lucide et entremêlé de quelques réflexions fines et judicieuses. On lui a souvent emprunté des pages entières sans le dire ; mais je n’ai point la vocation de copiste et je n’ambitionne point le renom suspect d’un césar méconnu, auquel il n’a manqué qu’un casque pour soumettre de nouveau la terre. Si j’avais voulu venir au secours de la mémoire des vétérans, en manœuvrant sur des cartes, en courant autour des champs de bataille couverts de paisibles moissons, en extrayant tant et tant de documents, en entassant descriptions sur descriptions toujours les mêmes, j’aurais accumulé volumes sur volumes, je me serais fait une réputation de capacité, au risque d’ensevelir sous mes labeurs moi, mon lecteur et mon héros. N’étant qu’un petit soldat, je m’humilie devant la science des Végèce : je n’ai point pris pour mon public les officiers à demi-solde ; le moindre caporal en sait plus que moi.
Pour s’assurer de la place où il s’était assis, Napoléon avait besoin de se surpasser en miracles.
Le 25 et le 30 avril 1800, les Français franchissent le Rhin, Moreau à leur tête. L’armée autrichienne, battue quatre fois en huit jours, recule d’un côté jusqu’au Voralberg, de l’autre jusqu’à Ulm. Bonaparte passe le Grand Saint-Bernard le 16 mai ; et le 20, le Petit Saint-Bernard, le Simplon, le Saint-Gothard, le Mont-Cenis, le Mont-Genèvre, sont escaladés et emportés ; nous pénétrons en Italie par trois débouchés réputés imprenables, caverne des ours, rochers des aigles. L’armée s’empare de Milan le 2 juin, et la République cisalpine se réorganise ; mais Gênes est obligée de se rendre après un siège mémorable, soutenu par Masséna.
L’occupation de Pavie et l’affaire heureuse de Montebello précèdent la victoire de Marengo.
Une défaite commence cette victoire : les corps de Lannes et de Victor épuisés cessent de combattre et abandonnent le terrain ; la bataille se renouvelle avec quatre mille hommes d’infanterie que conduit Desaix et qu’appuie la brigade de cavalerie de Kellermann : Desaix est tué. Une charge de Kellermann décide le succès de la journée qu’achèvera de compléter la stupidité du général Mélas.
Desaix, gentilhomme d’Auvergne, sous-lieutenant dans le régiment de Bretagne, aide de camp du général Victor de Broglie, commanda en 1796 une division de l’armée de Moreau, et passa en Orient avec Bonaparte. Son caractère était désintéressé, naïf et facile. Lorsque le traité d’El-Arisch l’eut rendu libre, il fut retenu par lord Keith au lazaret de Livourne. « Quand les lumières étaient éteintes, dit Miot, son compagnon de voyage, notre général nous faisait conter des histoires de voleurs et de revenants ; il partageait nos plaisirs et apaisait nos querelles ; il aimait beaucoup les femmes et n’aurait voulu mériter leur amour que par son amour pour la gloire. » À son débarquement en Europe, il reçut une lettre du premier consul qui l’appelait auprès de lui ; elle l’attendrit, et Desaix disait : « Ce pauvre Bonaparte est couvert de gloire, et il n’est pas heureux. » Lisant dans les journaux la marche de l’armée de réserve, il s’écriait : « Il ne nous laissera rien à faire. » Il lui laissait à lui donner la victoire et à mourir.
Desaix fut inhumé sur le haut des Alpes, à l’hospice du Mont-Saint-Bernard, comme Napoléon sur les mornes de Sainte-Hélène.
Kléber assassiné trouva la mort en Égypte, de même que Desaix la rencontra en Italie. Après le départ du commandant en chef, Kléber avec onze mille hommes défait cent mille Turcs sous les ordres du grand vizir, à Héliopolis, exploit auquel Napoléon n’a rien à comparer.
Le 16 juin, convention d’Alexandrie. Les Autrichiens se retirent sur la rive gauche du bas Pô. Le sort de l’Italie est décidé dans cette campagne appelée de trente jours.
Le triomphe d’Hochstedt obtenu par Moreau console l’ombre de Louis XIV. Cependant l’armistice entre l’Allemagne et l’Italie, conclu après la bataille de Marengo, était dénoncé le 20 octobre 1800.
Le 3 décembre amena la victoire de Hohenlinden au milieu d’une tempête de neige ; victoire encore obtenue par Moreau, grand général sur qui dominait un autre grand génie. Le compatriote de Du Guesclin marche sur Vienne. À vingt-cinq lieues de cette capitale, il conclut la suspension d’armes de Steyer avec l’archiduc Charles. Après la bataille de Pozzolo, le passage du Mincio, de l’Adige et de la Brenta, survient, le 9 février 1801, le traité de paix de Lunéville.