Le Soulier de satin (page 10)

Paul Claudel · Lettres

Texte français, domaine public · Source : fr.wikisource.org — Le Soulier de satin · 30 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

Quelqu’un d’humain comme moi dont la présence et le visage hors la laideur et la misère de ce monde ne sont compatibles qu’avec un état bienheureux !

LE CHINOIS. ― Un festin pour tous les sens !

DON RODRIGUE. ― Les sens ! je les compare aux goujats qui suivent l’armée

Pour dépouiller les morts et profiter de la ville prise.

Je n’accepterai point si facilement cette rançon payée par le corps pour l’âme qui s’est dérobée,

Et qu’il y ait une chose en elle dont je cesse d’avoir besoin.

Mais je dis mal, je ne calomnierai pas ces sens que Dieu a faits.

Ce ne sont point de vils acolytes, ce sont nos serviteurs qui parcourent le monde tout entier,

Jusqu’à ce qu’ils aient trouvé enfin la Beauté, cette figure devant laquelle nous sommes si contents de disparaître.

Tout ce que nous lui demandons est que nous n’ayons plus pour toujours qu’à ouvrir les yeux pour la retrouver.

LE CHINOIS. ― Pas autre chose, vraiment ? Ce n’était pas la peine de nous déranger. Je crains que notre conversation pour cette dame ne soit pas d’un grand profit.

DON RODRIGUE. ― Est-ce pour rien que, si bien cachée, je l’ai découverte ?

LE CHINOIS. ― La peste soit de cette tempête qui nous jeta sur la côte d’Afrique,

Et de cette fièvre qui nous retint là-bas !

DON RODRIGUE. ― Ce fut son visage que je vis en me réveillant.

Dis, crois-tu que je l’aie reconnue sans qu’elle le sache ?

LE CHINOIS. ― Il faudrait savoir tout ce qui s’est passé avant notre naissance. À ce moment je ne voyais rien, oui, je me rappelle que je n’en étais pas encore à mes yeux :

Pour que rien ne vînt déranger ma préparation du papillon Isidore.

DON RODRIGUE. ― Laisse là ta vie antérieure ! à moins que dans la pensée de Celui qui nous a faits déjà nous ne fussions étrangement ensemble.

LE CHINOIS. ― C’est sûr ! nous étions déjà ensemble tous les trois.

DON RODRIGUE. ― Déjà elle était l’unique frontière de ce cœur qui n’en tolère aucune.

LE CHINOIS. ― Déjà, mon cher parrain, vous pensiez à me la donner pour marraine.

DON RODRIGUE. ― Déjà elle contenait cette joie qui m’appartient et que je suis en route pour lui redemander !

Déjà elle me regardait avec ce visage qui détruit la mort !

Car qu’est-ce qu’on appelle mourir, sinon de cesser d’être nécessaire ? quand est-ce qu’elle a pu se passer de moi ? quand est-ce que je cesserai d’être cela sans quoi elle n’aurait pu être elle-même ?

Tu demandes la joie qu’elle m’apporte ? Ah ! si tu savais les mots qu’elle me dit pendant que je dors !

Ces mots qu’elle ne sait pas qu’elle me dit, et je n’ai qu’à fermer les yeux pour les entendre.

LE CHINOIS. ― Des mots qui vous ferment les yeux et à moi qui me ferment la bouche.

DON RODRIGUE. ― Ces mots qui sont le poison de la Mort, ces mots qui arrêtent le cœur et qui empêchent le temps d’exister !

LE CHINOIS. ― Il n’existe plus ! Regardez ! déjà un de ces astres pour vous qui ne servent plus à rien, le voilà qui s’en va,

Et qui au travers de la page céleste fait une grande rature de feu !

DON RODRIGUE. ― Que j’aime ce million de choses qui existent ensemble ! Il n’y a pas d’âme si blessée en qui la vue de cet immense concert n’éveille une faible mélodie !

Vois, pendant que la terre comme un blessé qui a cessé de combattre exhale un souffle solennel,

Le peuple des cieux sans aucun déplacement, comme employé à un calcul, tout fourmillant de sa mystérieuse besogne !

LE CHINOIS. ― Au milieu les trois étoiles, le bâton de cet énorme Pèlerin qui tour à tour visite les deux hémisphères,

Ce que vous appelez le Bâton de Saint Jacques.

DON RODRIGUE à demi-voix et comme se parlant à lui-même. — « Regarde, mon amour ! Tout cela est à toi et c’est moi qui veux te le donner. »

LE CHINOIS. ― Étrange lumière que ce million de gouttes de lait !

DON RODRIGUE. ― Là-bas, sous les feuilles, il éclaire une femme qui pleure de joie et qui baise son épaule nue.

LE CHINOIS. ― Qu’importe cette épaule, je vous prie, Monsieur le sauveur d’âmes ?

DON RODRIGUE. ― Cela aussi fait partie des choses que je ne posséderai pas en cette vie.

Ai-je dit que c’était son âme seule que j’aimais ? c’est elle tout entière.

Et je sais que son âme est immortelle, mais le corps ne l’est pas moins,

Et de tous deux la semence est faite qui est appelée à fleurir dans un autre jardin.

LE CHINOIS. ― Une épaule qui fait partie d’une âme et tout cela ensemble qui est une fleur, comprends-tu, mon pauvre Isidore ? Ô ma tête, ma tête !

DON RODRIGUE. ― Isidore, ah ! si tu savais comme je l’aime et comme je la désire !

LE CHINOIS. ― Maintenant je vous comprends et vous ne parlez plus chinois.

DON RODRIGUE. ― Et crois-tu donc que ce soit son corps seul qui soit capable d’allumer dans le mien un tel désir ?

Ce que j’aime, ce n’est point ce qui en elle est capable de se dissoudre et de m’échapper et d’être absent, et de cesser une fois de m’aimer, c’est ce qui est la cause d’elle-même, c’est cela qui produit la vie sous mes baisers et non la mort !

Si je lui apprends qu’elle n’est pas née pour mourir, si je lui demande son immortalité, cette étoile sans le savoir au fond d’elle-même qu’elle est,

Ah ! comment pourrait-elle me refuser ?

Ce n’est point ce qu’il y a en elle de trouble et de mêlé et d’incertain que je lui demande, ce qu’il y a d’inerte et de neutre et de périssable,

C’est l’être tout nu, la vie pure,

C’est cet amour aussi fort que moi sous mon désir comme une grande flamme crue, comme un rire dans ma face !

Ah ! me le donnât-elle (je défaille et la nuit vient sur mes yeux)

Me le donnât-elle (et il ne faut pas qu’elle me le donne)

Ce n’est point son corps chéri jamais qui réussirait à me contenter !

Jamais autrement que l’un par l’autre nous ne réussirons à nous débarrasser de la mort,

Comme le violet s’il se fond avec l’orange dégage le rouge tout pur.

LE CHINOIS. ― Tse gue ! Tse gue ! Tse gue ! nous savons ce qui se cache sous ces belles paroles.

DON RODRIGUE. ― Je sais que cette union de mon être avec le sien est impossible en cette vie et je n’en veux aucune autre.

Seule l’étoile qu’elle est

Peut rafraîchir en moi cette soif affreuse.

LE CHINOIS. ― Pourquoi donc nous rendons-nous présentement à Barcelone ?

DON RODRIGUE. ― T’ai-je point dit que j’ai reçu d’elle une lettre ?

LE CHINOIS. ― Les choses s’éclairent peu à peu.

DON RODRIGUE, récitant comme s’il lisait. — « Venez, je serai à X… Je pars pour l’Afrique. On a de grands reproches à vous faire. »

C’est une femme gitane qui m’a apporté ce papier. Je suis parti,

Cédant à tes sollicitations, pendant que les gens du Roi me poursuivaient.

LE CHINOIS. ― Oui, c’est moi ! Accusez-moi, je vous prie ! Les affaires de mon âme et de ma bourse, vous n’aviez que cela à cœur !

DON RODRIGUE. ― Tout pesait dans le même sens. La goutte d’eau qui s’accumule.

Et l’Espagne tout entière pour moi comme un plateau qu’on incline.

LE CHINOIS. ― Ah ! cette noire statue là-bas et cet argent à moi, oïe, oïe !

Ô cette bourse que je lui ai donnée dans l’impétuosité de mon sentiment intestinal !

J’espérais qu’au-dessous de ce sein exotique elle s’enflerait peu à peu mélodieusement comme un fruit !

DON RODRIGUE. ― Des reproches, a-t-elle dit ! Ah ! je me suis mépris ! Oui, ce sont des reproches seulement qu’elle veut me faire entendre.

Il faut que je n’existe plus. Il faut me faire comprendre ces choses qui font qu’elle ne m’aimera jamais.

LE CHINOIS. ― J’en fournirai de mon côté quelques-unes.

DON RODRIGUE. ― Il faut que je voie bien qu’elle a raison et que je l’approuve ! Il me faut l’entendre condamner ce cœur qui ne bat que pour elle !

J’ai soif de ces mots destructeurs ! Encore ! Je suis avide de ce néant qu’elle veut établir en moi.

Car je sais que c’est seulement dans le vide absolu de toute chose que je la rencontrerai.

Est-ce parce que je suis beau ou noble ou vertueux que je voudrais qu’elle m’aime ? ou pour rien autre chose que ce besoin désespéré que j’ai de son âme ?

Ou quand je pense à elle, est-ce que je désire rien d’elle autre que tout à coup vers moi ce mouvement sacré de son cœur ? est-ce que tout d’elle alors ne disparaît pas, oui, même ces yeux si beaux !

Je veux la confronter pour témoin de cette séparation entre nous si grande que l’autre par le fait de cet homme avant moi qui l’a prise n’en est que l’image,

Cet abîme qui va jusqu’aux fondements de la nature,

Et que franchira seul hors de tout motif et mérite cet acte de foi que nous ferons l’un dans l’autre, ce serment dans l’éternité.

Je sais qu’elle ne peut être à moi que par un acte gratuit.

LE CHINOIS. ― Rien n’est gratuit que ce précieux élixir caillé au fond de cette fiole mince que liquéfie la bénédiction de Notre-Dame de la Pitié.

Et voyez, les gouttes qui s’en échappent prennent feu dès qu’elles touchent notre air épais.

DON RODRIGUE. ― Ce n’est pas Notre-Dame que tu vois, mais cette idole chinoise sur un follicule que tu avais retrouvé et dont tu ne pouvais détacher tes regards.

LE CHINOIS. ― Une seule goutte de parfum est plus précieuse que beaucoup d’eau éparse.

DON RODRIGUE. ― Dis-tu cela de toi-même ou de qui cette parole est-elle prise ?

LE CHINOIS. ― Quand je ferme les yeux par une nuit comme celle-ci bien des choses me reviennent d’on ne sait où à la pensée.

J’entends un son grave comme celui d’un tambour de bronze et cela est associé à une idée de désert et de grand soleil et d’une ville sans aucun nom derrière des murailles crénelées.

Je vois un canal où se reflète le croissant de la lune et l’on entend le froissement d’une barque invisible dans les roseaux.

DON RODRIGUE. ― Cependant tu étais bien petit encore, m’as-tu dit, quand tu as quitté la Chine, après que les Jésuites en t’achetant t’avaient sauvé de la mort.

LE CHINOIS. ― Mort du corps et celle de l’âme, grâces soient au Ciel suprême !

Dont je vois ce soir comme une coulée gagner

Sur ce pont que fait la Terre entre les deux Maisons de la Nuit.

DON RODRIGUE, se dressant sur les coudes. — En effet ! Qu’est ceci ? Du fond de l’Occident je vois s’avancer en bon ordre une quantité de petites lumières.

LE CHINOIS. ― Et là-bas à l’Orient à la crête de cette colline apparaît un autre cortège.

DON RODRIGUE. ― C’est Jacques qui chaque année au jour de sa fête s’en vient rendre visite à la Mère de son Dieu.

LE CHINOIS. ― Et celle-ci maternellement fait le tiers du chemin à sa rencontre,

Selon qu’il a été solennellement stipulé par-devant notaire après de longues disputes.

DON RODRIGUE. ― Attention ! Je vois les petites lumières à l’ouest qui se dispersent, tout s’éteint ! Mais c’est la flamme rouge des arquebuses ! Écoute ! On crie !

LE CHINOIS. ― Je crains que ce ne soient nos pèlerins de tout à l’heure, ceux que nous avons vus se tapir derrière la pinède.

DON RODRIGUE. ― Penses-tu qu’ils vont se prendre à Saint Jacques ?

LE CHINOIS. ― Ce sont sans doute des hérétiques ou des Mores et la statue est d’argent massif.

DON RODRIGUE, se levant. — Mon épée ! Volons au secours de Monsieur Saint Jacques !

LE CHINOIS, se levant aussi. Et quand nous l’aurons arraché aux mécréants, nous ne le rendrons pas sans une bonne rançon. (Ils sortent.)

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SCÈNE VIII LA NÉGRESSE JOBARBARA LE SERGENT NAPOLITAIN

L’auberge de X… au bord de la mer.

LA NÉGRESSE, se jetant sur le Sergent. — Traître, oh ! il faut que je te tue ! fi ! fi ! fi ! dis-moi qu’as-tu féfi de mon joli zizouilli que tu m’as pris ?

LE SERGENT. ― Bonjour, Madame !

LA NÉGRESSE. ― Méchant, je te reconnais bien !

LE SERGENT. ― Et moi, je ne veux pas vous écouter. (Il se prend le nez avec deux doigts de la main droite en imitant avec le bras gauche le bâton de Polichinelle.)

LA NÉGRESSE, retrouvant haleine. — … en or que je t’ai donné, mon joli bracelet tout en or que je t’ai donné, il valait plus de deux cents pistoles !

Où il y avait accrochés une main, une guitare, une clef, une goyave, un sou, un petit poisson et vingt autres jolies choses qui font bonheur ensemble !

Prends garde, j’ai prié dessus, oui, j’ai chanté dessus, j’ai dansé dessus et je l’ai arrosé avec le sang d’une poule noire !

De sorte que c’est joliment bon pour moi, mais celui qui me l’aura pris, ça le rend malade, il crève !

LE SERGENT. ― Je suis content d’en être débarrassé.

LA NÉGRESSE. ― Quoi, c’est vrai, tu l’as vendu, mauvais chien ?

LE SERGENT. ― Ne me l’aviez-vous pas donné ?

LA NÉGRESSE. ― Je te l’avais prêté, tu disais que ça te porterait bonheur, méchant,

Pour une certaine affaire que tu avais à faire en enfer !

Après quoi tu es parti d’ici par une fente de la muraille, retirant ta jambe,

Comme les lézards, les scorpions, les Cheval-bon-Dieu et les autres animaux secs.

LA NÉGRESSE. ― Dis-moi, le capitaine qui part pour l’Inde, la première chose qu’il fait, ce n’est pas d’aller chez le banquier, qui lui procure des armes et des vivres,

De l’argent pour la paye de ses soldats et de ses marins ?

Il revient l’année prochaine avec dix sacs d’or.

LA NÉGRESSE. ― Mais tu ne reviens pas avec un sac !

LE SERGENT. ― Je ne reviens pas avec un sac ? et ce ne sera pas joli si je te donne un grand morceau de soie verte et rouge de quoi faire quinze mouchoirs, et un collier en or qui te fera quatre fois le tour du cou ?

Et un bracelet en or ? et encore un bracelet en or ? et item un autre bracelet en or ? et derechef un autre troisième, quatrième et cinquième bracelet en or ?

LA NÉGRESSE, le regardant partout. — Où c’est que tu as mis tout cela ?

LE SERGENT. ― Où c’est que j’ai mis tout cela ? et où c’est qu’il l’avait mis, ta maman,

Après que s’étant caché derrière une touffe de bananiers il l’eut prise avec toutes les femmes de son village pendant qu’elles pilaient du mil au clair de lune,

Ce brave Portugais de Portugal, quand il l’amena au Brésil pour lui apprendre les bonnes manières et le goût de la canne à sucre il n’y a rien de meilleur ?

S’il n’avait eu cette inspiration, au lieu d’être aujourd’hui cette matrone respectée, oracle de la maison du Juge,

Les cheveux accommodés avec de l’huile de palme et vêtue d’un morceau de papier,

Tu serais encore à danser comme une niaise sur les bords du fleuve Zaïre, essayant d’attraper la lune avec tes dents.

LA NÉGRESSE, éperdue. — La matrone,… le clair de lune,… l’huile de canne,… tu me tournes la tête, je ne sais plus où j’en suis. (Avec un cri.) J’en étais à mon argent que tu m’as pris, voleur !

LE SERGENT. ― Cet argent que je t’ai pris ? et ce n’est pas beaucoup plus que de l’argent cette étoile que j’ai été cueillir dans la montagne avec les doigts,

Cette mouche à feu que j’ai attrapée avec la main et placée dans une petite cage,

Au moment qu’avec le dessous de son cœur elle essayait d’embraser une fleur de jasmin ?

LA NÉGRESSE. ― Tu parles de cette pauvre jeune fille avec laquelle tu nous es arrivé l’autre jour,

Tous deux cachés dans le fond de cette charrette chargée de roseaux ?

LE SERGENT. ― Maintenant la barque est prête. Ce soir, si le vent l’est aussi,

Nous faisons route vers le rivage latin.

LA NÉGRESSE. ― Et le bracelet que tu m’as pris ? et la chaîne que tu dois me donner à la place ?

LE SERGENT. ― Suis-les ! Attache-toi fort à moi ! qui t’empêche de nous accompagner ?

LA NÉGRESSE. ― Que veux-tu faire de cette pauvre jeune fille ?

LE SERGENT. ― J’ai promis de lui donner le Roi de Naples, pourquoi pas ? C’est une idée qui m’est venue tout à coup, je suis sûr qu’il y a un Roi à Naples !

Je lui ai dit que le Roi de Naples l’avait vue en songe, ah ! quel délicieux jeune homme j’ai fabriqué aussitôt ! il m’envoie fouiller le monde pour la trouver.

Je la reconnaîtrai à ce signe d’une tache en forme de colombe qu’elle a au-dessous de l’épaule.

LA NÉGRESSE. ― Et elle avait ce signe en effet ?

LE SERGENT, frappant dans ses mains. — Voilà qui est étrange, elle l’avait ! elle me l’a dit. Jamais elle n’a voulu me le montrer.

LA NÉGRESSE. ― Comment l’appelle-t-on ?

LE SERGENT. ― On l’appelle Dona Musique à cause d’une guitare dont heureusement elle ne joue jamais. Son vrai nom est Dona Délices.

LA NÉGRESSE. ― Et personne ne s’est aperçu de son départ ?

LE SERGENT. ― On voulait la marier de force à une espèce de grand vilain toucheur de bœufs vêtu de cuir, une mâchoire solennelle qui vous descend des Goths !

Le pauvre petit cœur a dit qu’elle voulait aller dans un couvent du voisinage pour demander lumière et conseil, et nous sommes partis pour demander lumière et conseil, tous les deux sur le même cheval.

LA NÉGRESSE. ― On vous poursuit ?

LE SERGENT. ― On ne nous aura pas. (Il mouille son doigt et le lève en l’air.) Et déjà je sens les premières bouffées de ce béni vent de Castille qui tout à l’heure va entraîner notre léger esquif !

LA NÉGRESSE. ― Que vas-tu faire de cette pauvre jeune fille ?

LE SERGENT. ― Crois-tu donc que je vais l’endommager ? ce serait comme un pâtissier qui consommerait ses flans.

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