Le Soulier de satin (page 9)

Paul Claudel · Lettres

Texte français, domaine public · Source : fr.wikisource.org — Le Soulier de satin · 30 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

Ainsi cette mer où le soleil se couche, la miroitante étendue,

Là où les poètes voyaient se précipiter chaque soir l’impossible attelage au milieu des sardines de je ne sais quel dieu ridicule, l’orfèvrerie d’Apollon,

L’œil audacieux de mes prédécesseurs par-dessus elle, leur doigt

Désignait impérieusement l’autre bord, un autre monde.

Et déjà l’un de leurs serviteurs cingle vers le Sud, il retrouve Cham, il double le Cap détesté,

Il boit au Gange ! à travers maints passages difformes il atterrit à la Chine, c’est à lui cet immense remuement de soies et de palmes et de corps nus,

Tous ces bancs palpitant de frai humain, plus populeux que les morts et qui attendent le baptême ;

L’autre…

LE CHANCELIER. ― Notre grand Amiral !

LE ROI. ― Lui, c’est quelque chose d’absolument neuf qui lui surgit à la proue de son bateau, un monde de feu et de neige à la rencontre de nos enseignes détachant une escadre de volcans !

L’Amérique, comme une immense corne d’abondance, je dis ce calice de silence, ce fragment d’étoile, cet énorme quartier du paradis, le flanc penché au travers d’un océan de délices !

Ah ! que le ciel me pardonne ! mais quand parfois comme aujourd’hui, des bords de cet estuaire, je vois le soleil m’inviter d’un long tapis déroulé à ces régions qui me sont éternellement disjointes,

L’Espagne, cette épouse dont je porte l’anneau, m’est peu à côté de cette esclave sombre, de cette femelle au flanc de cuivre qu’on enchaîne pour moi là-bas dans les régions de la nuit !

Grâce à toi, fils de la Colombe, mon Royaume est devenu semblable au cœur de l’homme :

Alors qu’une part ici accompagne sa présence corporelle, l’autre a trouvé sa demeure outre la mer ;

Il a mouillé ses ancres pour toujours en cette part du monde qu’éclairent d’autres étoiles.

Celui-là ne pouvait se tromper qui prend le soleil pour guide !

Et cette plage du monde que les savants jadis abandonnaient à l’illusion et à la folie,

C’est d’elle maintenant que mon Échiquier tire l’or vital qui anime ici toute la machine de l’État, et qui fait pousser de toutes parts plus dru que l’herbe en mai les lances de mes escadrons !

La mer a perdu ses terreurs pour nous et ne conserve que ses merveilles ;

Oui, ses flots mouvants suffisent mal à déranger la large route d’or qui relie l’une et l’autre Castille

Par où se hâtent allant et revenant la double file de mes bateaux à la peine

Qui me portent là-bas mes prêtres et mes guerriers et me rapportent ces trésors païens enfantés par le soleil

Qui au sommet de sa course entre les deux Océans

Se tient immobile un moment en une solennelle hésitation !

LE CHANCELIER. ― Le Royaume que Ses serviteurs d’hier ont acquis à Votre Majesté,

La tâche de ceux d’aujourd’hui est de l’ouvrir et de le conserver.

LE ROI. ― Il est vrai, mais depuis quelque temps je ne reçois de là-bas que nouvelles funestes :

Pillages, descentes de pirates, extorsions, injustices, extermination des peuples innocents,

Et ce qui est plus grave encore, fureur de mes capitaines qui se taillent part pour eux de ma terre et se déchirent l’un contre l’autre,

Comme si c’était pour cette nuée de moustiques sanguinaires et non pas pour le Roi seul à l’ombre de la Croix pacifique

Que Dieu ait fait surgir un monde du sein des Eaux !

LE CHANCELIER. ― Où le maître n’est pas, les muletiers se gourment.

LE ROI. ― Je ne puis être à la fois en Espagne et aux Indes.

LE CHANCELIER. ― Qu’un homme soit là-bas la personne de Votre Majesté, au-dessus de tous Un seul, revêtu du même pouvoir.

LE ROI. ― Et qui choisirons-nous pour être là-bas Nous-même ?

LE CHANCELIER. ― Un homme raisonnable et juste.

LE ROI. ― Quand les volcans de mon Amérique se seront éteints, quand ses flancs palpitants seront épuisés, quand elle se sera reposée de l’immense effort qui vient de la faire sortir du néant toute brûlante et bouillonnante,

Alors je lui donnerai pour la régir un homme raisonnable et juste !

L’homme en qui je me reconnais et qui est fait pour me représenter n’est pas un sage et un juste, qu’on me donne un homme jaloux et avide !

Qu’ai-je à faire d’un homme raisonnable et juste, est-ce pour lui que je m’arracherai cette Amérique et ces Indes prodigieuses dans le soleil couchant, s’il ne l’aime de cet amour injuste et jaloux ?

Est-ce dans la raison et la justice qu’il épousera cette terre sauvage et cruelle, et qu’il la prendra toute glissante entre ses bras, pleine de refus et de poison ?

Je dis que c’est dans la patience et la passion et la bataille et la foi pure ! car quel homme sensé ne préférerait ce qu’il connaît à ce qu’il ne connaît pas et le champ de son père à cette pépinière chaotique ?

Mais celui que je veux, quand il a passé ce seuil que nul homme avant lui n’a traversé,

D’un seul éclair il a su que c’est à lui, et cette sierra toute bleue il y a longtemps qu’elle se dressait à l’horizon de son âme ; il n’y a rien, dans cette carte sous ses pieds qui se déploie, qu’il ne reconnaisse et que d’avance je ne lui aie donné par écrit.

Pour lui le voyage n’a point de longueurs et le désert point d’ennuis, il est déjà tout peuplé des villes qu’il y établira ;

Et la guerre point de hasards, et la politique est simple, il est seulement surpris de toutes ces résistances frivoles.

Et de même quand j’ai épousé l’Espagne, ce n’était pas pour jouir de ses fruits et de ses femmes à la manière d’un brigand,

Et de la toison de ses brebis, et des mines dans sa profondeur, et des sacs d’or que les marchands versent à la douane, à la manière d’un rentier et d’un propriétaire.

Mais c’était pour lui fournir l’intelligence et l’unité, et pour la sentir tout entière vivante et obéissante et comprenante sous ma main, et moi à la manière de la tête qui seule comprend ce qui fait toute la personne.

Car ce n’est pas l’esprit qui est dans le corps, c’est l’esprit qui contient le corps et qui l’enveloppe tout entier.

LE CHANCELIER. ― Je ne connais qu’un homme qui réponde au désir de Votre Majesté. Il s’appelle Don Rodrigue de Manacor.

LE ROI. ― Je ne l’aime pas.

LE CHANCELIER. ― Je sais que l’obéissance lui va mal. Mais l’homme que vous me demandez ne peut être fait autrement qu’avec de l’étoffe du Roi.

LE ROI. ― Il est trop jeune encore.

LE CHANCELIER. ― Cette Amérique que vous allez lui donner l’est moins à peine que lui.

Il était tout enfant que déjà elle était sa vision prodigieuse quand il accompagnait son père qui lui racontait Cortez et Balboa.

Et plus tard ses passages à travers les Andes, sa descente non point comme Magellan sur la mer sans obstacles,

Mais du Pérou au Para au travers d’un océan de feuillages,

Son gouvernement de Grenade ravagée par la sédition et la peste

Ont montré qui était Rodrigue, votre serviteur.

LE ROI. ― Je consens à Rodrigue. Qu’il vienne !

LE CHANCELIER. ― Sire, je ne sais où il est. Déjà je lui avais fait comprendre que l’Amérique de nouveau allait le requérir.

Il m’a écouté d’un œil sombre sans répliquer.

Et le lendemain il avait disparu.

LE ROI. ― Qu’on me l’amène de force !

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SCÈNE VII DON RODRIGUE, LE SERVITEUR CHINOIS

Le désert de Castille. Un site parmi les arbustes bas d’où l’on découvre une vaste étendue. Montagnes romanesques dans l’éloignement. Une soirée d’une pureté cristalline. DON RODRIGUE et le SERVITEUR CHINOIS sont allongés sur un talus à l’abri duquel paissent leurs chevaux débridés et ils inspectent l’horizon.

DON RODRIGUE. ― Nos cavaliers ont disparu.

LE CHINOIS. ― Ils sont là-bas dans le petit bois tapis, faisant coucher leurs chevaux, l’un d’eux est blanc et éclaire tout le reste.

DON RODRIGUE. ― Cette nuit nous leur fausserons compagnie.

LE CHINOIS. ― Ce n’est pas nous qu’ils cherchent. N’est-ce pas ici la grand’route de Galice à Saragosse et par où chaque année, le jour de sa fête,

Saint Jacques (c’est aujourd’hui, voyez-vous cette étoile qui file ?)

Va solennellement rendre visite à Notre-Dame du Pilier ?

DON RODRIGUE. ― Ce sont des pèlerins qui vont se joindre au cortège ?

LE CHINOIS. ― Pèlerins, — j’ai vu des armes à la lueur de ce coup de pinceau phosphorique, —

Peu soucieux de se faire voir trop tôt.

DON RODRIGUE. ― Fort bien, cette affaire ne nous concerne pas.

LE CHINOIS. ― Cependant je garde un œil sur ce petit bois de pinasses.

DON RODRIGUE. ― Et moi, je garde l’œil sur toi, cher Isidore.

LE CHINOIS. ― Oh ! ne craignez pas que je fuie,

Pour autant que vous respecterez notre pacte et ne me ferez passer la nuit auprès d’aucun cours d’eau, source, puits.

DON RODRIGUE. ― Crains-tu si fort que je te baptise subrepticement ?

LE CHINOIS. ― Et pourquoi donc vous donnerais-je ainsi pour rien le droit de me faire chrétien et d’entrer au Ciel avec l’ornement que je vous aurai fourni ? Et compensation à d’autres desseins moins purs,

Il faut d’abord que vous serviez quelque peu Monsieur votre serviteur.

DON RODRIGUE. ― Et que je t’accompagne là où certaine main noire t’appelle ?

LE CHINOIS. ― Tout près une main blanche vous fait signe.

DON RODRIGUE. ― Ce n’est rien de vil que je veux.

LE CHINOIS. ― Appelez-vous de l’or une chose vile ?

DON RODRIGUE. ― C’est une âme en peine que je secours.

LE CHINOIS. ― Et moi, la mienne qui est captive.

DON RODRIGUE. ― Captive au fond d’une bourse ?

LE CHINOIS. ― Tout ce qui est à moi, c’est moi.

DON RODRIGUE. ― Te plains-tu que je te veuille aider ?

LE CHINOIS. ― Monsieur mon maître, plaise humblement Votre Seigneurie accepter que je n’aie pas confiance en Votre Seigneurie.

Oui, j’aimerais beaucoup être en d’autres mains que les vôtres, pourquoi m’y suis-je mis ?

DON RODRIGUE. ― C’est moi qui suis dans les tiennes.

LE CHINOIS. ― Nous nous sommes pris l’un par l’autre et il n’y a plus moyen de nous dépêtrer.

Ah ! j’ai eu tort de vous faire cette promesse à la hâte dans le transport de mon tempérament !

Au fond qu’est-ce que cette eau que vous voulez me verser sur la tête et pourquoi y tenez-vous tellement ? Qu’est-ce que vous y gagnez ? qui m’assure que les choses sont comme vous dites ?

Et quand à ce changement spirituel dont vous parlez, croyez-vous que ce soit agréable ? qui aimerait qu’on lui change ses rognons de place ? mon âme est bien comme elle est et je n’aime pas beaucoup que les autres y regardent et me la tripotent à leur idée.

DON RODRIGUE. ― Si tu renies ta parole, c’est mauvais, elle se vengera sur toi.

LE CHINOIS avec un soupir. — Allons, c’est dit, je renonce à cet or là-bas, et vous, renoncez à cette idole bien colorée.

DON RODRIGUE. ― Tu t’égares, Isidore. Je répète que seul me presse le secours que je dois à cette âme en danger.

LE CHINOIS. ― Et vous ne voulez pas que j’aie peur quand j’entends un homme parler de cette façon !

Pauvre Isidore ! Ah ! quel maître as-tu tiré au sort ! en quelles mains par le désagrément des éléments lourd et subtil de ta matière as-tu chu ?

Vous m’avez mené à la comédie à Madrid, mais je n’y ai vu rien de pareil ! Salut au sauveur de la femme des autres !

Revenez à vous ! Rapetissez votre cœur ! Ouvrez-vous à mes sages paroles raisonnables et laissez-les enduire votre esprit malade comme le son d’un instrument.

Qu’est-ce que cette femme que vous aimez ? Au dehors cette bouche peinte comme avec un pinceau, ces yeux plus beaux que s’ils étaient des boules de verre, ces membres exactement cousus et ajustés ?

Mais au dedans c’est le chagrin des démons ; le ver, le feu, le vampire attaché à votre substance ! La matière de l’homme qui lui est entièrement soutirée et il ne reste plus qu’une forme frisée et détendue comme un corpuscule de cricri, horreur !

Ne suis-je pas dans la dépendance de Votre Seigneurie ? que de fois ne l’ai-je pas suppliée de songer au salut de son âme et de la mienne ?

Que seront dans cent ans ces cent livres de chair femelle auxquelles votre âme s’est amalgamée comme avec un crochet ?

Un peu d’ordure et de poussière, des os !

DON RODRIGUE. ― Pour le moment elle vit.

LE CHINOIS. ― Et moi je certifie que dans une existence antérieure cette diablesse vous a fait signer un papier et promesse de conjonction corporelle !

Si vous le voulez, je m’engage à exhorter cette créature disgracieuse et à lui faire rendre par le moyen de tourments et sollicitations physiques votre chirographe prénatal.

DON RODRIGUE. ― Tu m’étonnes, Isidore. La Sainte Église ne reconnaît la vie d’aucune âme antérieure à sa naissance.

LE CHINOIS froissé. — J’ai cependant étudié tous les livres que vous m’avez donnés et je pourrais les réciter d’un bout à l’autre. Frère Léon prétend que j’en sais autant que lui.

DON RODRIGUE. ― Ni à ces choses qui sont derrière moi et me poursuivent,

Ni à celles qui sont devant moi, un point blanc là-bas sur la mer entre les arbres sombres,

Je sens que je ne pourrai échapper.

LE CHINOIS. ― Qu’est-ce qui est derrière vous ?

DON RODRIGUE. ― Le galop de ces chevaux qui me poursuivent, le commandement du Roi sur son trône qui m’a choisi entre tous les hommes pour me donner la moitié du monde,

Celle-là qui depuis l’éternité était inconnue de tous jusqu’à moi, ensevelie comme un enfant dans ses langes,

Cette part du monde toute nouvelle et fraîche comme une étoile qui a surgi pour moi de la mer et des ténèbres.

Et ce n’est pas moi plus tard qui aurai à m’y faire une place, à m’y tailler une courte province,

C’est moi qui la contiens tout entière alors que toute fraîche et humide encore elle s’offre à recevoir pour toujours mon empreinte et mon baiser.

LE CHINOIS. ― Et qu’est-ce qui est en avant de vous ?

DON RODRIGUE. ― Un point fulgurant là-bas pareil à la vision de la mort. Est-ce un mouchoir qu’on agite ? est-ce un mur sur lequel frappe le soleil de midi ?

LE CHINOIS. ― Je sais. C’est là que se trouve un certain monstre noir à qui dans l’hilarité de mon âme, parce qu’un sage même n’est pas exempt d’incertitude, et quasi in lubrico, si je puis dire,

Je me suis laissé aller à prêter argent. (Il se tord les mains en levant les yeux au ciel.)

DON RODRIGUE. ― Non point sans intérêts, j’en suis sûr. Je connais ton genre de libéralité.

LE CHINOIS. ― Quoi, n’est-ce point vertu que de donner illico aux petentibus ?

Et à quoi reconnaît-on la vertu, sinon à ce qu’elle comporte subitement sa récompense ?

DON RODRIGUE. ― Va, nous retrouverons ton argent, puisque tu tiens à ne l’avoir que de ta négresse.

Le diable sait quel trafic vous avez manigancé !

Et je te baptiserai et je serai débarrassé de toi. Tu pourras retourner à ta Chine.

LE CHINOIS. ― C’est mon vœu le plus cher. Il est temps que je fructifie entre les infidèles.

Car à quoi sert le jeune vin sinon aux aubergistes pour le mettre dans de vieilles bouteilles ? à quoi le boisseau sinon pour en mesurer ces perles qu’il nous est commandé de distribuer aux cochons,

Plutôt que d’y emmagasiner le vain éclat de notre lumignon personnel ?

DON RODRIGUE. ― Tu te sers de l’Écriture comme un épicier luthérien.

LE CHINOIS. ― Ramenez-moi seulement à Barcelone.

DON RODRIGUE. ― N’est-ce point là où tu me conjurais de ne pas aller ?

LE CHINOIS. ― Si je ne puis vous détourner de votre folie, au moins que j’en profite.

DON RODRIGUE. ― Folie comme chacun l’appellerait, mais j’ai follement raison !

LE CHINOIS. ― C’est raison que de vouloir sauver une âme en la perdant ?

DON RODRIGUE. ― Il y a une chose que pour le moment je puis seul lui porter.

LE CHINOIS. ― Et quelle est cette chose unique ?

DON RODRIGUE. ― La joie.

LE CHINOIS. ― Ne m’avez-vous pas fait lire cinquante fois que pour vous, chrétien, c’est le sacrifice qui sauve ?

DON RODRIGUE. ― C’est la joie seule qui est mère du sacrifice.

LE CHINOIS. ― Quelle joie ?

DON RODRIGUE. ― La vision de celle qu’elle me donne.

LE CHINOIS. ― Appelez-vous joie la torture du désir ?

DON RODRIGUE. ― Ce n’est point le désir qu’elle a lu sur mes lèvres, c’est la reconnaissance.

LE CHINOIS. ― La connaissance ? dites-moi seulement la couleur de ses yeux.

DON RODRIGUE. ― Je ne sais. Ah ! je l’admire tellement que j’ai oublié de la regarder !

LE CHINOIS. ― Excellent ! Moi, j’ai vu de grands vilains yeux bleus.

DON RODRIGUE. ― Ce ne sont point ses yeux, c’est elle-même tout entière qui est une étoile pour moi !

Jadis sur la mer des Caraïbes, quand à la première heure du matin je sortais de ma caisse étouffante pour prendre la veille,

Et qu’une seconde on me montrait cet astre réginal, cette splendide étoile toute seule au bandeau du ciel transparent,

Ah ! c’était le même saisissement au cœur une seconde, la même joie immense et folle !

Aucun homme ne peut vivre sans admiration. Il y a en nous l’âme qui a horreur de nous-mêmes,

Il y a cette prison dont nous avons assez, il y a ces yeux qui ont le droit de voir à la fin ! il y a un cœur qui demande à être rassasié !

Mais bientôt je ne trouvais plus au firmament que ce feu de plomb trop connu,

L’opaque et sûr falot, triste guide du navigateur sur les eaux inaltérées.

Or cette fois voici bien autre chose qu’une étoile pour moi, ce point de lumière dans le sable vivant de la nuit,

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