Le Soulier de satin (page 14)

Paul Claudel · Lettres

Texte français, domaine public · Source : fr.wikisource.org — Le Soulier de satin · 30 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

LE JAPONAIS. ― Si vous aviez voulu, je vous aurais appris à dessiner à notre manière.

DON RODRIGUE. ― Jamais je n’aurais pu. Je n’aurais pas eu la patience ! j’ai la main comme un gant de bois.

Je n’aurais pas pu offrir mon esprit à la nature comme une feuille de papier parfaitement blanc, une chose à jeun,

Sur laquelle les ombres peu à peu se présentent, se dessinent et se teignent de diverses couleurs.

Ce qui peut être dit et non pas ce qui est fait pour rester à jamais dans les délices et le secret d’une lumière ineffable,

Comme ces eaux d’où le lotus émerge et vos Îles elles-mêmes qui font dans l’Océan quatre ou cinq pierres.

Je n’étais pas venu ici pour me laisser enchanter.

LE JAPONAIS, parlant comme s’il déposait chaque idée en hiéroglyphes sur le papier. — Il est écrit que les grandes vérités ne se communiquent que par le silence. Si vous voulez apprivoiser la nature, il ne faut pas faire de bruit. Comme une terre que l’eau pénètre. Si vous ne voulez pas écouter, vous ne pourrez pas entendre.

DON RODRIGUE. ― Et crois-tu que je n’aie rien entendu, toutes ces longues journées d’hiver sans jambes où je déchiffrais les archives de vos prêtres et de vos ermites ?

Où je faisais jouer l’un après l’autre les panneaux de cette chambre où vous m’aviez enfermé ? Prisonnier non pas de murs et de barreaux de fer mais de la montagne et de la mer et des champs et des fleuves et des forêts,

Éternellement autour de moi développés sur le papier inconsistant.

J’entendais ! j’ai entendu.

Deux paroles qui ne cessaient de m’accompagner dans ce merveilleux pèlerinage, pas à pas, sur un chemin de papier.

Et l’une de ces paroles était : pourquoi ?

Pourquoi ? Quel est le secret sur soi-même qui se lie et se replie au nœud de ces hiéroglyphes, pareils à des bulles montant d’un seul coup de la pensée ?

Il y a quelque chose qui dit : Pourquoi ? avec le vent, avec la mer, avec le matin et le soir et tout le détail de la terre habitée.

Pourquoi le vent sans fin qui me tourmente ? dit le pin. À quoi est-ce qu’il est si nécessaire de se cramponner ? Qu’est-ce qui meurt ainsi dans l’extase ? dit le chrysanthème.

— Qu’y a-t-il de si noir pour que j’existe, un cyprès ? — Qu’est-ce qu’on appelle l’azur pour que je sois si bleu ? — Qu’existe-t-il de si doux pour que je sois si rose ? — Quelle est cette invisible atteinte qui oblige mes pétales un par un à se décolorer ? — Que l’eau est une chose forte pour qu’elle m’ait valu ce coup de queue et cette jaquette d’écailles ! — De quelle ruine, dit le rocher, suis-je le décombre ? À quelle inscription absente mon flanc est-il préparé ? — Tout monte, tout émerge avec un sourire secret de la grande lacune que recouvre une fumée d’or.

LE JAPONAIS. ― Quelle est la seconde parole ?

DON RODRIGUE. ― Il n’y a personne dans toutes ces peintures ! L’artiste a beau poser quelques bateaux sur la mer, faire poudroyer une grande ville, là-bas, dans l’anse de ce golfe ténébreux.

Cela ne remplit pas davantage l’attente de ces montagnes pour mieux voir l’une par-dessus l’autre étagées.

Cela ne diminue pas plus la solitude que le chœur des grenouilles et des cigales.

LE JAPONAIS. ― Oui, c’est une grande leçon de silence que les peintres suspendent autour de nous. Même cette troupe d’enfants qui jouent, cela devient en un instant dès que le papier l’attrape sous le pinceau,

Silence et immobilité, un spectacle pour toujours.

DON RODRIGUE. ― Ami Daibutsu, ce n’est pas pour devenir à mon tour silence et immobilité que j’ai rompu un continent par le milieu et que j’ai passé deux mers.

C’est parce que je suis un homme catholique, c’est pour que toutes les parties de l’humanité soient réunies et qu’il n’y en ait aucune qui se croie le droit de vivre dans son hérésie,

Séparée de toutes les autres comme si elles n’en avaient pas besoin.

Votre barrière de fleurs et d’enchantements, oui, celle-là aussi devait être rompue comme les autres et c’est pour cela que je suis venu, moi, l’enfonceur de portes et le marcheur de routes !

Vous ne serez plus seuls ! Je vous apporte le monde, la parole totale de Dieu, tous ces frères qu’ils vous plaisent ou non à apprendre bon gré mal gré, tous ces frères en un seul géniteur.

Et puisque vous m’aviez coupé le pied, puisque vous aviez enfermé dans une prison ce qui me restait de corps,

Il ne me restait plus pour passer que l’âme, l’esprit, et par le moyen de ces tiennes mains, frère Daibutsu, dont je m’étais emparé,

Ces images auxquelles vous me provoquiez, ces grandes possibilités de moi-même que je dessinais sur des morceaux de papier.

LE JAPONAIS. ― Dites-vous que tous ces Saints sont des images de vous-même ?

DON RODRIGUE. ― Ils me ressemblent bien plus que je ne le fais à moi-même avec ce corps flétri et cette âme avortée !

C’est quelque chose de moi qui a réussi et qui a obtenu son événement !

Ils vivent tout entiers ! Il n’y a plus en eux de résistance et d’inertie ! Ils répondent tout entiers à l’esprit qui les anime. Ce sont des pinceaux excellents dans la main d’un artiste parfait comme celui dont s’est servi Sesshiu quand il a dessiné ce cercle, une perfection pour toujours, sur la paroi de Kyotô.

Vous n’aviez pas autre chose à faire que de bien orner votre prison. Mais moi j’ai construit avec mes dessins quelque chose qui passe à travers toutes les prisons !

J’ai établi le dessin de quelque chose qui s’adapte au mouvement de votre cœur comme la roue fait de l’eau qui frappe ! Qui reçoit par les yeux à l’intérieur de son âme la figure de cette espèce d’engin inépuisable qui n’est que mouvement et désir,

Adopte une puissance en lui désormais incompatible avec toutes les murailles !

Comme le montrèrent vos martyrs de l’Île du Sud quand j’étais là-bas, qu’on crucifiait et qu’on arrosait avec du soufre liquide !

LE JAPONAIS. ― Seigneur Rodrigue, vos paroles m’empêchent de dessiner. J’ai compris ce que vous vouliez. J’ai établi vos repères. La chose ne vous appartient plus et si vous permettez, je l’achèverai tout seul.

DON RODRIGUE. ― Tâche du moins de ne pas me rater ça, comme tu avais fait du Saint Georges. Tu n’y avais rien compris, mon pauvre vieux.

Il faut bien me servir de toi, faute de mieux. — Ne prends pas ton air pincé !

— Et achève vite ton travail, car il y a une autre idée qui me vient. C’est bien plus amusant de semer un Saint que de le fabriquer avec soi-même.

LE JAPONAIS, montrant DON MENDEZ LEAL. — Que ferons-nous en attendant de ce bon seigneur que voici dans ce coin tout pensif et morfondu ?

DON RODRIGUE. ― Cela ne lui fera pas de mal de méditer et mûrir encore quelque temps le message dont le Roi pour moi l’a chargé. Ça lui fait descendre les idées.

J’ai remarqué que la plupart des gens ont un certain vide dans la tête par où la moisissure s’introduit.

Il faut les soigner comme les bouteilles qu’on a soin de pencher un peu tout le temps qu’elles attendent au fond de la cave,

De manière que le vin toujours presse un peu sur le bouchon.

LE JAPONAIS. ― N’êtes-vous pas curieux de savoir ce que le Roi par le canal et orifice de Don Mendez Leal ici présent a à vous communiquer ?

DON RODRIGUE. ― Si bien, j’en meurs d’envie et tu m’y fais penser. D’autant que le bon seigneur s’impatiente et je vois ses flancs qui s’agitent, tout travaillé du désir d’exister. Debout, Monsieur ! (Il le met debout.) Bonjour, Monsieur. Je vous écoute.

LE JAPONAIS. ― Mais comment voulez-vous qu’il parle quand il est tout plat ?

DON RODRIGUE. ― Je vais lui boucher le nez et tu le verras qui s’emplit tout de suite de cet air qui est sa substance.

LE JAPONAIS. ― Mais d’où viendra, je vous prie, cet air et ce petit vent substantiel ?

DON RODRIGUE. ― Mon pauvre Daibutsu, je vois que tu n’es pas au courant de la science moderne

Qui nous dit que tout vient de rien et que c’est le trou peu à peu qui a fabriqué le canon.

C’est ainsi que l’Amibe primitif

En dilatant sa propre bulle par la vertu de la déesse appelée Évolution, a fini par devenir un éléphant, auquel est promis à son tour, n’en doutons pas, un avenir non moins flatteur.

Vois notre homme déjà tout raboté de borborygmes anxieux !

Regarde Son Excellence en proie à son génie intérieur et comme recueillant les émanations arcanes d’une source tellurique qui commence à se dresser et regimber et qui voudrait échapper à la pince vitale que je lui applique. Un moment, Monsieur, s’il vous plaît.

Je vais lui attacher le nez, ce sera plus sûr. Passe-moi ton cordon de soulier. (Il lui attache le nez avec un cordon de soulier.)

LE JAPONAIS. ― Pourquoi lui attachez-vous le nez ?

DON RODRIGUE. ― Je lui attache le nez pour qu’il dise la vérité. C’est par le nez que passent tous les mensonges. C’est pour cela qu’on dit aux enfants : Le bout de ton nez remue.

LE JAPONAIS. ― Vous avez raison. Le nez est comme un poteau au milieu de la figure qui indique la localité. Chez nous quand quelqu’un veut dire : C’est moi, il montre son nez.

DON RODRIGUE. ― Eh bien, j’ai fait un nœud à son moi, il ne pourra plus se sauver comme un gaz. Regarde-le qui se remplit peu à peu et qui prend forme et rondeur.

Le néant a produit le vide, le vide a produit le creux, le creux a produit le souffle, le souffle a produit le soufflet et le soufflet a produit le soufflé,

Comme en témoigne Monsieur l’Ambassadeur que voici tout tendu et gonflé et réalisé de partout comme un petit cochon de baudruche.

— Don Mendez Leal, je vous présente mes humbles hommages et vous demande pardon de l’infimité de ce lieu où vous n’avez pas craint d’amener avec vous

Cette compagne fidèle qui ne cesse de vous précéder,

Madame, ou dirai-je Mademoiselle, Votre Excellence.

DON MENDEZ LEAL, parlant légèrement du nez. — Don Rodrigue, malgré vos égarements et votre pauvreté et le dégoût que vous inspirez à tout le monde, cependant je m’intéresse à vous et je suis prêt à vous tendre une main magnanime.

DON RODRIGUE. ― Merci, Monsieur.

DON MENDEZ LEAL. ― Vous me remercierez tout à l’heure, mais veuillez, premièrement, m’écouter quand je vous adresse la parole.

DON RODRIGUE. ― Je vous demande pardon.

DON MENDEZ LEAL. ― Hier encore Sa Majesté n’était-elle pas disposée à vous constituer le gardien d’un de ses principaux entrepôts de tabac dans la plus belle ville de l’Andalousie ?

DON RODRIGUE. ― Le tabac me fait pleurer.

DON MENDEZ LEAL. ― Pleurez, pleurez, Monsieur, pleurez votre insolence et votre ingratitude ! Après votre insigne désobéissance au Maroc, après vos aventures au Japon, c’est une prison qui depuis longtemps aurait dû vous escamoter.

DON RODRIGUE, montrant sa jambe. — Impossible de me mettre en prison tout entier. Il y aura toujours quelque chose qui restera dehors.

DON MENDEZ LEAL. ― Le Roi, sur ma prière, a consenti à se souvenir des services que vous lui avez rendus jadis aux Indes occidentales.

Certains prétendent que c’est vous, en effet, qui avez eu la première idée, qui avez crayonné, si je puis dire, le rude et grossier dessin

De cette entreprise qu’a réalisée Don Ramire, le Chemin Royal de Panama, et qui à jamais portera le nom de ce grand homme.

DON RODRIGUE. ― C’est un bien grand honneur pour moi que le mien puisse lui être humblement associé.

DON MENDEZ LEAL. ― Et comment, je vous prie, avez-vous remercié Sa Majesté des bienfaits qu’Elle ne cherchait qu’une occasion de répandre sur vous ?

DON RODRIGUE. ― Je frémis de l’apprendre.

DON MENDEZ LEAL. ― Quelle est cette insolence inouïe de promener ainsi sous les yeux du Roi en ce moment même où il tient ses assises solennelles sur la mer,

Cette espèce de détritus et de guenille qu’est devenu l’homme que jadis il avait chargé de représenter dans l’autre monde

Sa propre et personnelle Majesté ?

DON RODRIGUE. ― Je vous répondrai tout à l’heure. Mais n’est-ce pas Foin qui est votre prénom ?

DON MENDEZ LEAL. ― Je ne m’appelle pas Foin, je m’appelle Inigo, et ma famille est la meilleure des Asturies.

DON RODRIGUE. ― Je vous dis cela parce que j’ai là Foin que je viens d’achever. Saint Foin, patron des nourrisseurs et herbagers. Vert sur vert, c’est un rafraîchissement pour l’œil, un pur délice que de le regarder. Continuez, je vous prie.

DON MENDEZ LEAL. ― Je ne sais plus où j’en étais.

DON RODRIGUE. ― Vous en étiez à « insolence inouïe » et moi je vous demandais votre prénom.

DON MENDEZ LEAL. ― Oui, et pendant que nous y sommes, n’est-il pas honteux pour un gentilhomme de s’être fait ainsi colporteur de peinturlures ?

DON RODRIGUE. ― Peinturlures de Saints, Monseigneur.

DON MENDEZ LEAL. ― Quelle est cette familiarité de représenter les Saints comme s’ils étaient des hommes ordinaires sur quelque sale papier que le pêcheur ou le menuisier épingle au mur de sa cabane, associé aux spectacles les plus fétides ?

N’est-ce pas manquer de respect aux choses saintes ?

Laissons en leur lieu sur les autels et dans les oratoires ces figures vénérables et respectables et qu’on ne les entrevoie qu’à travers les vapeurs de l’encens.

S’il faut les représenter, que ce soit par le pinceau bénit et consacré de quelque marguillier de l’art à ce commis,

Un Velasquez, un Léonard de Vinci, un Luc-Olivier Merson.

DON RODRIGUE. ― Je dois vous avouer, Monsieur, que ma principale raison d’embrasser la carrière des Beaux-Arts

A été le désir de ne pas ressembler à Léonard de Vinci.

DON MENDEZ LEAL. ― Il faut qu’un Saint ait une figure comme qui dirait générale puisqu’il est le patron de beaucoup de gens,

Qu’il ait un maintien décent et des gestes qui ne signifient rien en particulier.

DON RODRIGUE. ― Fiez-vous à messieurs les peintres pour ça. Ce n’est pas l’imagination qui les étouffe ! (Il crache.)

— Et moi, j’ai horreur de ces gueules de morues salées, de ces figures qui ne sont pas des figures humaines mais une petite exposition de vertus !

Les Saints n’étaient que flamme et rien ne leur ressemble qui n’échauffe et qui n’embrase !

Le respect ! toujours le respect ! le respect n’est dû qu’aux morts, et à ces choses non pas dont nous avons usage et besoin !

Amor nescit reverentiam, dit Saint Bernard.

DON MENDEZ LEAL. ― Et c’est Saint Bernard, par exemple, qui vous a conseillé de faire ce cavalier que je vois là à la renverse, la tête sous son manteau et découvert de la manière la plus indécente,

Étreignant de la fourche de ses cuisses ce cheval vertical,

Jamais un cheval ne s’est tenu de cette manière !

DON RODRIGUE. ― C’est Saint Paul que j’ai voulu représenter. Et c’est sur un cheval comme ça qu’on monte au ciel.

Mais si vous êtes amateur, je vous conseille plu tôt d’acheter cette belle image des XIV Saints Auxiliaires à quoi Daibutsu a mis tous ses soins.

Et voici encore les Saints Damien et Cosme, patrons des médecins et tous les savants hommes entre les mains de qui, peu à peu, nous guérissons de la santé.

DON MENDEZ LEAL. ― Tout ce que je vois est une offense aux traditions et au goût et provient du même désir pervers d’étonner et de vexer les honnêtes gens !

DON RODRIGUE. ― C’est possible, mais qu’est-ce que vous feriez par exemple si on vous avait commandé le Paradis terrestre ?

DON MENDEZ LEAL. ― Le Paradis terrestre ?

DON RODRIGUE. ― Précisément, le Paradis terrestre. Si on vous avait dit comme ça de faire le Paradis terrestre sur un bout de papier ?

DON MENDEZ LEAL. ― Je ne sais. Je suppose que je tâcherais de faire une espèce de jungle ou de fouillis inextricable.

DON RODRIGUE. ― Vous n’y êtes pas. Vous n’avez pas réfléchi.

Le Paradis terrestre, c’était le commencement de tout. Par conséquent, il n’y avait pas de fouillis, mais un échantillon soigné de chaque espèce, chacun dans son carré de terrain avec les instructions appropriées. Les Jardins de l’Intelligence !

Cela devait ressembler aux plantations de l’École de Pharmacie de Barcelone, avec de jolis écriteaux en porcelaine. Un endroit de délices pour les poètes classiques.

DON MENDEZ LEAL. ― Il n’y a pas moyen de causer sérieusement avec vous.

DON RODRIGUE. ― Je ne demande qu’à vous écouter.

DON MENDEZ LEAL, amical et confidentiel. — Don Rodrigue, je vous méprise, mais qui peut connaître l’esprit du Roi ? Qui peut pénétrer les desseins de ce Souverain qui tient sa Cour sur la mer inconsistante ?

Est-il admissible que vous reveniez en faveur et que je n’aie pas été le premier à vérifier cet endroit surprenant où le rayon de Sa Grâce s’est posé ? On n’en saurait trouver de plus répugnant.

Quand vous serez puissant, j’espère que vous me donnerez beaucoup d’argent.

Oh ! comme je désire tout ce que vous êtes capable de me donner !

Le Roi a parlé de vous deux fois le même jour. C’est un signe qu’il veut vous pendre ou vous nommer chancelier,

À bon entendeur, salut ! (Il fait le mouvement de s’en aller.)

DON RODRIGUE. ― Avant de partir vous prendrez bien un verre de vin.

DON MENDEZ LEAL. ― Excusez-moi, votre bateau remue, j’ai un peu mal au cœur.

DON RODRIGUE. ― Alors laissez-moi au moins vous offrir une petite image. Voilà justement Gabriel qui est le patron des ambassadeurs. Voyez comme il est reluisant et doré !

C’est en souvenir de lui que ces messieurs ont le droit de porter une plume blanche à leur chapeau.

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SCÈNE III DONA SEPT-ÉPÉES, LA BOUCHÈRE

Un petit bateau sur la mer. LA BOUCHÈRE est à l’avant. DONA SEPT-EPÉES à l’arrière, tient le gouvernail et l’écoute. Toutes les deux sont de très jeunes filles habillées en hommes. Le petit matin.

DONA SEPT-ÉPÉES, à la BOUCHÈRE, lui jetant de l’eau à la figure. — Finis tout de suite de pleurer, la Bouchère, ou je vas te rejeter à la figure toute l’eau salée que tu as versée dedans la mé depuis que nous avons quitté Majorque.

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