Le Soulier de satin (page 28)

Paul Claudel · Lettres

Texte français, domaine public · Source : fr.wikisource.org — Le Soulier de satin · 30 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

DON CAMILLE. ― Il suffit à le remplacer.

DONA PROUHÈZE. ― Lui-même, n’ai-je pas renoncé à lui en ce monde ?

DON CAMILLE. ― Afin de mieux dans l’autre le posséder.

DONA PROUHÈZE. ― Resterai-je sans récompense ?

DON CAMILLE. ― Ah ! j’attendais ce mot ! Les chrétiens n’en ont pas d’autre à la bouche !

DONA PROUHÈZE. ― Tant mieux s’il me sert à écraser celle d’un renégat.

DON CAMILLE, confidentiellement. — Dites-moi, vous qui êtes restée de la maison, j’ai toujours été curieux de savoir l’effet qu’a produit ma brillante sortie

Et si j’ai vraiment réussi à faire de la peine au vieux propriétaire.

DONA PROUHÈZE. ― Celui qui est la cause de toute joie on ne peut lui infliger aucune peine.

DON CAMILLE. ― Ta ta ta ! Vous parlez comme un petit sansonnet qui répète l’air qu’on lui siffle !

Moi, je crois autre chose. Tâchez de suivre mon raisonnement. Au secours, mes souvenirs d’école ! l’agissant — oui c’est là le mot que je cherchais. (Pédantesquement.)

Tout ce qui est contre le vœu de l’agissant inflige à cet agissant une souffrance conforme à sa nature.

Si je tape un mur je me fais mal et si je tape avec une grande force je me fais un grand mal.

DONA PROUHÈZE. ― Il est vrai.

DON CAMILLE, heurtant l’un contre l’autre ses deux poings. — Et si je tape avec une force infinie, je me fais un mal infini.

Ainsi, moi fini, si je tiens bon, j’arrête la Toute-Puissance, l’Infini souffre en moi limite et résistance, je lui impose ça contre sa nature, je puis être la cause en lui d’un mal et d’une souffrance infinie !

Une passion telle qu’elle a pu arracher le Fils du sein du Père ! Selon ce que vous autres chrétiens nous dites.

DONA PROUHÈZE. ― Nous disons grâce gratuite et non point arrachée, bonté et non point souffrance.

DON CAMILLE. ― Dites ce que vous voudrez. Que fera-t-Il si moi je ne veux point de cette bonté ?

DONA PROUHÈZE. ― Dieu ne se soucie point de l’apostat. Il est perdu. Il est comme s’il n’était pas.

DON CAMILLE. ― Et moi je dis que le Créateur ne peut lâcher sa créature. Si elle souffre Il souffre en même temps. C’est Lui qui fait en elle ce qui souffre.

Il est en mon pouvoir d’empêcher cette figure qu’Il voulait faire de moi

En qui je sais que je ne puis être remplacé. Si vous pensez que toute créature est à jamais irremplaçable par une autre,

Vous comprendrez qu’en nous il est en notre pouvoir de priver le sympathique Artiste d’une œuvre irremplaçable, une parcelle de Lui-même.

Ah ! je sais qu’il y aura toujours cette épine dans son cœur ! J’ai trouvé ce passage jusqu’au plus profond de son Être. Je suis la brebis bien perdue que les cent autres à jamais ne suffisent pas à compenser.

Je souffre de Lui dans le fini, mais Lui souffre de moi dans l’infini et pour l’éternité.

Cette pensée me console en cette Afrique à quoi je suis condamné.

DONA PROUHÈZE. ― Quelle affreuse méchanceté !

DON CAMILLE. ― Méchanceté ou non,

J’ai affaire à quelqu’un de difficile et de moins simple que vous pensez. Je n’ai pas d’avantage à perdre.

J’occupe une forte position. Je détiens quelque chose d’essentiel. On a besoin de moi. Je suis ici.

Je suis en position de Le priver de quelque chose d’essentiel. (Ricanant.)

Beaucoup d’admirateurs ignorants qui ne savent que dire amen à tout ne valent pas un critique éclairé.

DONA PROUHÈZE. ― Si Dieu a besoin de vous, ne croyez-vous pas que vous aussi de votre côté ayez de Lui besoin ?

DON CAMILLE. ― J’ai nourri quelque temps en effet cette prudente et salutaire pensée. Le vieillard dangereux que nous racontent les prêtres, pourquoi ne pas nous mettre bien avec Lui ?

Cela ne coûte pas grand’chose, Il est si peu gênant et Il tient si peu de place !

Un coup de chapeau, et Le voilà content. Quelques égards extérieurs, quelques cajoleries qui ne trouvent jamais les vieillards insensibles. Au fond nous savons qu’Il est aveugle et un peu gâteux.

Il est plus facile de Le mettre de notre côté et de nous servir de Lui pour soutenir nos petits arrangements confortables,

Patrie, famille, propriété, la richesse pour les riches, la gale pour les galeux, peu pour les gens de peu et rien du tout pour les hommes de rien. À nous le profit, à Lui l’honneur, un honneur que nous partageons.

DONA PROUHÈZE. ― J’ai horreur de vous entendre blasphémer.

DON CAMILLE. ― J’oubliais. Un bel amant pour les femmes amoureuses en ce monde, ou dans l’autre,

L’éternité bienheureuse dont nous parlent les curés

N’étant là que pour donner aux femmes vertueuses dans l’autre monde les plaisirs que les autres s’adjugent en celui-ci,

Est-ce encore moi qui blasphème ?

DONA PROUHÈZE. ― Toutes ces choses grossières dont vous vous moquez, tout de même cela est capable de brûler sur le cœur de l’homme et de devenir de la prière.

Avec quoi voulez-vous que je prie ?

Tout ce qui nous manque, c’est cela qui nous sert à demander.

Le saint prie avec son espérance et le pécheur avec son péché.

DON CAMILLE. ― Et moi je n’ai absolument rien à demander. Je crois avec l’Afrique et Mahomet que Dieu existe.

Le prophète Mahomet est venu pour nous dire qu’il suffit pour l’éternité que Dieu existe.

Je désire qu’Il reste Dieu. Je ne désire pas qu’Il prenne aucun déguisement.

Pourquoi a-t-Il si mauvaise opinion de nous ? Pourquoi croit-Il qu’Il ne peut nous gagner que par des cadeaux ?

Et qu’Il a besoin de changer son visage afin de se faire reconnaître de nous ?

Cela me fait de la peine de Le voir ainsi s’abaisser et nous faire des avances.

Vous vous rappelez cette histoire du Ministre qui se met en tête d’assister à la noce de son garçon de bureau et qui ne réussit qu’à causer la consternation générale ?

Qu’Il reste Dieu et qu’Il nous laisse à nous notre néant. Car si nous cessons d’être intégralement le Néant,

Qui est-ce qui prendra notre place pour attester intégralement que Dieu existe ?

Lui à sa place et nous à la nôtre pour toujours !

DONA PROUHÈZE. ― L’amour veut qu’il n’y ait pas deux places mais une seule.

DON CAMILLE. ― La chose par quoi Il est ce qu’Il est puisqu’Il ne peut nous la donner, qu’Il nous laisse donc où nous sommes. Je n’ai pas besoin du reste.

Je ne peux pas devenir Dieu et Il ne peut pas devenir un homme. Je n’ai pas plaisir à Le voir sous notre apparence corporelle.

Notre corps est ce qu’il est. Mais qui ne serait froissé de voir notre honnête vêtement de travail

Devenir sur le dos d’un autre un déguisement ?

DONA PROUHÈZE. ― Ce qui a été cloué sur la croix n’était pas un déguisement.

Cette union qu’Il a contractée avec la femme était vraie, ce néant qu’Il est allé rechercher jusque dans le sein de la femme.

DON CAMILLE. ― Ainsi c’est le néant que Dieu a désiré au sein de la femme ?

DONA PROUHÈZE. ― De quoi d’autre manquait-Il ?

DON CAMILLE. ― Et ce néant même depuis lors ainsi vous dites qu’il n’est pas à nous et qu’il ne nous appartient pas ?

DONA PROUHÈZE. ― Il ne nous appartient que pour faire exister par l’aveu que nous en faisons

Davantage Celui qui est.

DON CAMILLE. ― La prière n’est donc pas autre chose qu’un aveu de notre néant ?

DONA PROUHÈZE. ― Non pas un aveu seulement mais un état de néant.

DON CAMILLE. ― Quand je disais tout à l’heure : Je suis le néant, je faisais donc une prière ?

DONA PROUHÈZE. ― Vous faisiez le contraire, puisque la seule chose dont Dieu manque

Vous vouliez la garder pour vous, la préférant à ce qui est,

Vous reposant sur votre différence essentielle.

DON CAMILLE. ― Ainsi peu à peu, comme un habile pêcheur,

Je vous ai amenée où je voulais.

DONA PROUHÈZE, troublée comme si elle se souvenait. — Pourquoi parlez-vous de pêcheur ?

Un pêcheur… un pêcheur d’hommes,… il me semble qu’on m’en a montré un déjà.

DON CAMILLE. ― Prouhèze, quand vous priez, êtes-vous toute à Dieu ? et quand vous Lui offrez ce cœur tout rempli de Rodrigue, quelle place Lui reste-t-il ?

DONA PROUHÈZE, sourdement. — Il suffit de ne point faire le mal. Dieu demande-t-il que pour lui nous renoncions à toutes nos affections ?

DON CAMILLE. ― Faible réponse ! Il y a les affections que Dieu a permises et qui sont une part de Sa Volonté.

Mais Rodrigue dans votre cœur n’est aucunement effet de Sa Volonté mais de la vôtre. Cette passion en vous.

DONA PROUHÈZE. ― La passion est unie à la croix.

DON CAMILLE. ― Quelle croix ?

DONA PROUHÈZE. ― Rodrigue est pour toujours cette croix à laquelle je suis attachée.

DON CAMILLE. ― Pourquoi donc ne lui laissez-vous pas achever son œuvre ?

DONA PROUHÈZE. ― Ne revient-il pas du bout du monde pour l’achever ?

DON CAMILLE. ― Mais vous n’acceptez la mort de sa main que pour rendre par là votre âme de lui plus proche.

DONA PROUHÈZE. ― Tout ce qui en moi est capable de souffrir la croix ne le lui ai-je pas abandonné ?

DON CAMILLE. ― Mais la croix ne sera satisfaite que quand elle aura tout ce qui en vous n’est pas la volonté de Dieu détruit.

DONA PROUHÈZE. ― Ô parole effrayante !

Non, je ne renoncerai pas à Rodrigue !

DON CAMILLE. ― Mais alors je suis damné, car mon âme ne peut être rachetée que par la vôtre, et c’est à cette condition seulement que je vous la donnerai.

DONA PROUHÈZE. ― Non, je ne renoncerai pas à Rodrigue !

DON CAMILLE. ― Mourez donc par ce Christ en vous étouffé

Qui m’appelle avec un cri terrible et que vous refusez de me donner !

DONA PROUHÈZE. ― Non, je ne renoncerai pas à Rodrigue !

DON CAMILLE. ― Prouhèze, je crois en vous ! Prouhèze, je meurs de soif ! Ah ! cessez d’être une femme et laissez-moi voir sur votre visage enfin ce Dieu que vous êtes impuissante à contenir

Et atteindre au fond de votre cœur cette eau dont Dieu vous a faite le vase !

DONA PROUHÈZE. ― Non, je ne renoncerai pas à Rodrigue !

DON CAMILLE. ― Mais d’où viendrait autrement cette lumière sur votre visage ?

‌

SCÈNE XI LE VICE-ROI, DON RAMIRE, DONA ISABEL, DON RODILARD

La flotte espagnole au large de Darien dans le Golfe du Mexique prête à appareiller pour l’Europe. La dunette du bâtiment-amiral.

LE VICE-ROI. ― Seigneur lieutenant, je suis vraiment fâché de vous priver de la flotte en ce moment critique.

Je sais en effet que les boucaniers préparent une expédition contre Carthagène.

Et si vous me demandez comment vous vous y prendrez pour résister à ces messieurs, sans bateaux, sans munitions, dont j’ai dû me pourvoir à vos dépens,

Privé de vos meilleures troupes que je me suis permis de vous emprunter, sans argent,

Je vous réponds, que vous ferez comme vous pourrez.

DON RAMIRE. ― Je tâcherai de pouvoir.

DON RODILARD. ― Et d’ailleurs, une fois Son Altesse partie, il serait immoral et choquant que tout allât bien.

LE VICE-ROI, vague et léger. — Le Roi m’appelle.

DON RODILARD. ― Un de ces appels silencieux dans le secret de la chapelle intérieure que le devoir d’un sujet est non seulement de deviner mais de prévenir.

LE VICE-ROI. ― J’ai une grande masse d’argent et d’or à apporter en Espagne et je ne veux laisser à nul autre le soin de l’accompagner.

Il faut que l’on me voie à Madrid.

Et je profiterai de mon passage pour en finir avec ces pillards africains qui me coupent chaque année mes convois.

Il faut qu’il y ait entre les deux Espagnes un fil sûr.

DON RODILARD. ― Le même, comme disait l’autre jour cet orateur municipal,

Qui par-dessus les Andes et ce membre monstrueux entre les Amériques par quoi le monde est verrouillé,

Vient de tirer votre bateau comme le char même de Jupiter

Des étendues Pacifiques jusqu’au domaine de ces Eaux impatientes et toujours agitées.

LE VICE-ROI, frappant le pont du pied. — C’est fait, Monsieur le Bel-Esprit ! J’ai réussi ! Cette grande machine que mon esprit par-dessus les montagnes avait conçue, ça a marché !

Cette chose que tous les esprits raisonnables refusaient avec fureur, elle vit, elle marche ! Tout ce grand corps de cordes, de poulies et de contrepoids, cela grince d’une rive à l’autre dans sa triomphale absurdité ! Les Grecs et les Romains n’ont jamais vu rien de pareil !

Que parle-t-on dans les classes d’Annibal et de ses éléphants ? Moi, à la tête de douze vaisseaux, j’ai gravi les monts et des volées de perroquets se sont mélangées à mes cordages ! J’ai ouvert sous mon étrave une houle de montagnes et de forêts !

Et cent mille hommes sous la terre couchés de l’un et l’autre côté de ce chemin que j’ai établi témoignent que grâce à moi ils n’ont pas vécu en vain.

Ce n’est pas en ingénieur que j’ai travaillé, c’est en homme d’État.

J’ai créé le passage central, l’organe commun qui fait de ces Amériques éparses un seul corps.

Je tiens la position médiane, en travers des deux continents, à cheval sur les deux versants,

Cette barre qui ne permet à aucun de mes ennemis de joindre l’autre, le trajet vers tous les points le plus court, cette clef qui donne à tout moment raison à l’ensemble contre chacune de ses parties.

C’est cette clef que je m’en vais remettre entre les mains du Roi d’Espagne.

Il était temps que nous lui apportions des nouvelles de l’autre Océan que j’ai trouvé de l’autre côté de cette barrière d’or, d’argent et d’aromates, que je retourne la tête de mon cheval,

Et que lui faisant sauter comme une barre de manège cette limite où le temps s’arrête,

Je voie de nouveau son poitrail écumant sous moi s’enfoncer dans les eaux de cette Mer séquestrée !

(DON RODILARD tient devant lui sa main étendue comme s’il lisait dedans.) — Que lisez-vous dans votre main, Monsieur le Secrétaire ?

DON RODILARD. ― L’histoire de Charlemagne, Monseigneur.

LE VICE-ROI. ― Et qu’est-ce qu’il y a d’intéressant dans la vie de Charlemagne ?

DON RODILARD. ― Charlemagne chaque printemps quand ses piqueurs avaient tout préparé

Avait l’habitude de monter à cheval et d’aller à la chasse.

On baptisait les Saxons à tas, on amenait à Marseille par longs chapelets enfilés les adorateurs de Mahomet pour en garnir les galères de Sa Majesté.

Fanfares, discours, feux d’artifice, arcs de triomphe, communiqués aux journaux. En automne l’Empereur rentrait à Arcueil-Cachan.

Roland restait en arrière :

On le voit dans les livres des enfants qui souffle tant qu’il peut dans sa petite trompette.

— De là cette expression bien connue : faire Charlemagne.

LE VICE-ROI. ― Si je fais Charlemagne, le féal Ramire fera Roland et gare aux Sarrazins qui le viendront chatouiller !

Prends l’Amérique, mon Roland, chevalier sans peur et sans sourire, et tâche de la garder comme il faut.

Quand tu seras embarrassé je t’ai laissé un petit livre tout entier recopié de la main de Rodilard. Tu n’auras qu’à t’y reporter.

Il y a un index alphabétique à la fin.

DON RAMIRE. ― Je supplie Votre Altesse de ne pas partir.

Au nom de tous ceux qui d’un pôle à l’autre de ce monde nouveau croient en vous et vous ont pris pour chef, je vous prie sérieusement et solennellement, Votre Altesse, de ne pas partir.

LE VICE-ROI. ― Et pourquoi ne partirais-je pas, Monsieur de l’Intérim ?

DON RAMIRE. ― Vous avez engagé votre foi à l’Amérique jusqu’à la mort.

LE VICE-ROI. ― Grand Dieu, si cela était vrai, quelle envie tu me donnerais de la trahir !

DON RAMIRE. ― Ne détruisez pas dans l’esprit de ceux qui vous aiment, cette image qu’ils se sont faite de vous.

LE VICE-ROI. ― Elle n’est pas intéressante.

DON RAMIRE. ― Ne quittez pas à cause d’une femme le poste qu’on vous a confié.

LE VICE-ROI. ― Une femme ? Quelle femme ? Ce n’est pas une femme qui me fait partir.

DON RAMIRE. ― Prétendez-vous, Monseigneur, que ce n’est pas à cause d’une certaine femme que vous partez ?

LE VICE-ROI, léger et ricanant. — Non pas, Monsieur le Questionneur. Le devoir seul (presque chantonnant) le devoir, le devoir seul m’appelle.

DON RAMIRE, s’inclinant profondément. — Il ne me reste plus qu’à prendre congé de Votre Altesse. Je souhaite à Votre Altesse un bon voyage.

LE VICE-ROI. ― Adieu, Monsieur. (Sort DON RAMIRE.)

DON RODILARD, s’inclinant à son tour et remettant au Vice-Roi un petit volume. — Je me permets de remettre à Votre Altesse mes Obras completes. C’est un témoignage de l’estime que j’ai pour Elle.

LE VICE-ROI. ― Adieu, cher Rodilard. — Toi seul m’as compris. (Sort DON RODILARD.)

DONA ISABEL. ― Il n’y a que Rodilard qui vous ait compris, Monseigneur ?

LE VICE-ROI. ― Il n’y a que Rodilard qui m’ait compris.

DONA ISABEL. ― Pourquoi avez-vous menti ainsi à Don Ramire ?

LE VICE-ROI. ― Cela m’amuse de mentir quelquefois et de vaquer à mes affaires à l’abri de ce Rodrigue faux que j’ai planté sur un bâton.

DONA ISABEL. ― Il vous aime.

LE VICE-ROI. ― Je déteste la familiarité.

DONA ISABEL. ― Et moi ne me direz-vous pas une parole aimable avant de partir ?

LE VICE-ROI. ― Adieu, je penserai à vous quelquefois.

DONA ISABEL. ― Je vous déteste !

LE VICE-ROI. ― Tant mieux. J’ai le caractère ainsi fait que la haine et le mépris des gens me sont plus faciles à supporter que leur admiration.

Et là-dessus

‌

SCÈNE XII

deux mois plus tard, la flotte espagnole au large de Mogador, une sombre après-midi sans un souffle de vent. Entre le CAPITAINE tenant une longue-vue qu’il remet au VICE-ROI.

LE VICE-ROI, regardant la terre. — C’est fini. Les Mores se sauvent à toutes jambes. Morbleu, ils ont eu leur compte. Ils ne recommenceront plus l’attaque aujourd’hui.

Tous les livres