Le Soulier de satin (page 5)

Paul Claudel · Lettres

Texte français, domaine public · Source : fr.wikisource.org — Le Soulier de satin · 30 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

LE VICE-ROI. ― Penses-tu que c’est moi seul qui étais capable de t’entendre et de t’absorber ?

DONA MUSIQUE. ― Sans toi je n’aurais pas commencé à chanter.

LE VICE-ROI. ― Est-ce vrai que j’ai donné le bonheur à quelqu’un ?

DONA MUSIQUE. ― Ce bonheur qui te fait tant aimer,

Ma voix quand elle te parle, cette joie, ô mon ami, que je suis confuse de te donner.

LE VICE-ROI. ― Et crois-tu que la joie soit une chose qu’on donne et qu’on retrouve telle quelle ?

Celle que tu me donnes c’est sur le visage des autres que tu la verras.

À toi seule, Musique, mon exigence et ma sévérité. Oui, je ne veux cesser de t’apprendre ta place qui est toute petite.

DONA MUSIQUE. ― Fais le fier comme si tu savais tout ! cette place que j’ai trouvée pour moi au-dessous de ton cœur, tu la connais ?

C’est la mienne et si tu m’y pouvais découvrir, je ne m’y sentirais pas aussi bien.

LE VICE-ROI. ― Tu m’expliqueras cela tout à l’heure. Viens, nous ne sommes pas bien ainsi. Cédons à ce conseil de la nuit et de toute la terre. Viens avec moi sur ce lit profond de roseaux et de fougères que tu as préparé.

DONA MUSIQUE. ― Si vous essayez de m’embrasser, alors vous n’entendrez plus la musique !

LE VICE-ROI. ― Je ne veux que dormir près de toi en te donnant la main,

Écoutant la forêt, la mer, l’eau qui fuit, et l’autre qui revient toujours,

Cette joie sacrée, cette tristesse immense, mélangée à ce bonheur ineffable.

Plus tard quand Dieu nous aura unis, d’autres mystères nous sont réservés.

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SCÈNE XI DON CAMILLE, DON RODRIGUE

Dans la forteresse de Mogador. Une salle étroite et voûtée éclairée par une fenêtre qu’on ne voit pas. Dans le fond un grand rideau d’étoffe noire, comme ceux qui voilent la grille au palais des couvents de recluses. Au plafond est suspendue une poulie avec un bout de corde. Tas de ferrailles rouillées dans un coin. DON RODRIGUE se tient debout immobile au milieu de la pièce, regardant le carré d’étoffe noire. L’ombre de DON CAMILLE derrière lui vient se dessiner sur le mur à côté de la sienne.

DON CAMILLE. ― Je dis, qui vous empêche de tirer ce rideau et d’en avoir le cœur net ?

DON RODRIGUE. ― Don Camille, je suis heureux enfin de vous avoir trouvé. Je vous croyais caché au fond de quelque trou.

DON CAMILLE. ― J’ai cru discret de ne pas me montrer tout d’abord et de vous laisser librement usage de ces lieux.

Ordre que toutes les portes s’ouvrent et que nulle présence inutile vous importune.

Rien ne s’est montré que cet officier noir à qui vous avez remis votre lettre. Je suppose que vous attendez la réponse avec quelque impatience.

Vos pas n’ont rencontré partout que le silence et le vide.

C’est comme dans cette belle histoire persane que vous connaissez : « Le Château-du-Roi-de-pierre ».

Rien que parfois cette imperceptible odeur féminine peut-être, le souffle léger d’une robe.

Et il a fallu que ce soit ici où vous aboutissiez, précisément où je voulais vous conduire, ce petit cabinet de torture, ce boudoir réservé à de pressants tête-à-tête, ce qu’on appelle une conversation serrée.

Derrière ce rideau que vous regardez, se tenait le Juge, le spectateur inconnu curieux de surveiller à la fois la victime et le bon fonctionnaire chargé de travailler icelle…

Qu’y a-t-il ? vous n’êtes pas pressé de me voir.

DON RODRIGUE. ― Je regarde mon ombre sur le mur.

DON CAMILLE, mêlant son ombre à celle de DON RODRIGUE. — Permettez-moi de m’y associer.

Voyez, nous ne formons plus à nous deux qu’un seul personnage avec plusieurs têtes et trois bras

Où que vous alliez désormais, vous ne pourrez plus empêcher que mon souvenir ne soit allié à votre réflexion.

DON RODRIGUE. ― Vous êtes habitué aux mélanges.

Mon ombre ajoutée à celle d’un chien Maure ne fait que d’en accroître la noirceur.

DON CAMILLE. ― Quand votre ombre gentille aura passé, fantôme désormais d’une autre rive,

Celle du Maure habitera encore ce château,

Familière d’une autre, couvrant, protégeant de sa noirceur une autre ;

Oui, elle n’aura qu’à s’écarter quelque peu pour en découvrir une autre.

DON RODRIGUE. ― Je me demande pourquoi je ne ferais point de vous une ombre tout à fait.

DON CAMILLE. ― Soit, je n’ai point d’armes. Vous n’avez qu’à me tuer si vous jugez qu’il n’y a pas d’autre moyen de venir à bout de moi.

Toutefois je vous demanderai au préalable de prendre connaissance de ce pli que Madame a bien voulu me charger de vous remettre.

DON RODRIGUE. ― C’est elle qui vous l’a remis pour moi ?

DON CAMILLE. ― Elle-même à moi-même pour vous-même. Son Excellence était à sa table de toilette (vous savez que mes hautes fonctions auprès de Son Excellence me donnent accès à tout moment chez Son Excellence).

Mon collègue (je veux dire la femme de chambre) s’empressait dans un coin à la guimpe de Son Excellence.

J’ai lu vos lettres et c’est à moi qu’on a confié la réponse,

Requis de vous la remettre sans retard en mains propres. (Il lui remet une lettre.)

DON RODRIGUE. ― Mais ce pli n’est autre que celui-là même que j’avais mission de lui faire tenir.

DON CAMILLE. ― Il me semble qu’au dos il y a quelque chose d’écrit.

DON RODRIGUE, lisant. — « Je reste. Partez. » (Il répète à mi-voix.) « Je reste. Partez. »

DON CAMILLE. ― C’est clair. Elle reste et vous n’avez qu’à partir.

DON RODRIGUE. ― Veuillez dire à Dona Prouhèze que je désire l’entretenir sur-le-champ.

DON CAMILLE. ― Pour me donner ainsi des ordres il faut que vous me croyiez plus noir de peau que je ne suis. Et ce camarade tout à l’heure, à la demande d’audience que vous aviez formulée ne vous a-t-il pas apporté un refus qui est fait pour vous suffire ?

Qui sait d’ailleurs ? cette pièce n’est pas si écartée que votre voix peut-être n’aille directement aux oreilles de Son Excellence.

DON RODRIGUE. ― Désobéira-t-elle à ces ordres que le Roi même m’a chargé de lui porter ?

DON CAMILLE. ― Non pas ordre, si j’ai bien lu, conseil.

DON RODRIGUE. ― À celui-là même qu’avec le Roi, son époux de par Dieu lui donne ?

DON CAMILLE. ― Elle choisit de rester ici.

DON RODRIGUE, criant. — Prouhèze, m’entendez-vous ? (Silence.)

DON RODRIGUE, criant de nouveau. — Prouhèze, Prouhèze, m’entendez-vous ? (Silence.)

DON CAMILLE. ― Peut-être n’est-elle pas là après tout. Impossible de le savoir. (Pause.)

Singulière mission que celle dont vous vous êtes fait charger. (Pause.)

Vous ne répondez rien, mais votre ombre sur le mur est là qui me dit qu’elle est de mon avis.

Vous l’aimez et tout ce que vous avez à offrir, c’est cette lettre du barbon, lui offrant de revenir. Comme c’est tentant !

Quant à vous (oui, j’ai lu votre lettre aussi, on me l’a donnée avec le reste du paquet),

Vous proposez de disparaître pour toujours ; eh bien ! vous n’avez qu’à commencer sur-le-champ. (Pause.)

Ce qu’on attendait, c’est toute une flotte empanachée foudroyant notre petit Mogador, et nous, répondant de notre mieux.

C’est vous-même, une plume rouge à votre chapeau, à la tête de cinquante bonhommes pique au poing, donnant l’assaut.

Don Camille navré et occis, et Madame qu’on emporte palpitante. Que faire contre la violence ?

Au lieu de cela vous voulez faire travailler sa petite tête. Il n’y a rien qu’une femme déteste comme de décider seule quelque chose.

« Allons, Madame, dites-moi s’il est bien vrai que vous m’aimez, et puis revenez à Monsieur votre mari pour l’amour de moi ! N’admirez-vous pas la magnifique immolation que je suis prêt à faire

De vous ? » (Pause.)

Votre ombre ne bouge pas. Elle est là, affichée sur ce triste mur,

Où, plus d’une fois, une autre ombre plus solitaire encore

S’est balancée doucement, — au bout d’une corde, — à la lueur d’un petit feu de braise qui s’éteint. (Pause.)

Moi, même avec ce bateau éclopé, j’aurais essayé de faire quelque chose. Même estropié comme vous l’êtes, je dis votre bateau,

Par la main d’une femme.

Je m’empresse de vous dire que j’ai pris mes précautions. (Pause. Marchant sur Don Rodrigue et élevant la voix.)

Vous n’en avez pas assez ? vous voulez en entendre encore plus ?

Je pense que du moins ceci vous prouvera que vous vous êtes leurrés tous les deux.

Elle ne vous aime pas, dites-vous,

Elle ne vous aime pas et je vous en vois tout étonné, mais est-ce que vous l’aimiez ? il ne tenait qu’à vous de la prendre.

Vous vouliez satisfaire à la fois votre âme et votre chair, votre conscience et votre penchant, votre amour, comme vous dites, et votre ambition.

Car il y a tout de même cette Amérique au fond de vous, plus ancienne que ce visage de femme qui vous travaille et à quoi ce serait tellement dommage de renoncer. Comme je vous comprends !

Vous vouliez sournoisement vous placer dans un tel état de tentation qu’il n’y aurait presque plus eu de faute à y céder ! Rien qu’une petite faute rafraîchissante !

Et d’ailleurs si grande magnanimité mérite bien quelque compensation.

Quoi de plus vertueux que d’obéir au Roi ? de rendre une dame à son époux et de la dérober à un ruffian ? et tout cela en se sacrifiant soi-même !

L’amour, l’honneur, la vanité, l’intérêt, l’ambition, la jalousie, la paillardise, le Roi, le mari, Pierre, Paul, Jacques, et le diable,

Tout le monde aurait eu sa part, tout cela était satisfait d’un seul coup.

DON RODRIGUE, à mi-voix. — Toutes ces choses il était bon et salutaire que je les entende.

DON CAMILLE. ― Ai-je dit la vérité ?

DON RODRIGUE. ― Il n’y manque que l’essentiel.

DON CAMILLE. ― Répondez-moi donc. On vous écoute. Par ma foi, il me semble avoir vu remuer ce rideau !

DON RODRIGUE. ― Où qu’elle soit je sais qu’elle ne peut pas s’empêcher d’entendre les mots que je lui dis,

Et moi, je sais qu’elle est là au son que fait mon âme en lui parlant,

Comme un aveugle en chantant sait qu’il est devant un mur ou des buissons ou le vide.

DON CAMILLE. ― Je suis sûr que la vertu à la voix de Votre Seigneurie empruntera des accents irrésistibles.

DON RODRIGUE. ― Pour un saint ou pour un homme de l’espèce que vous décriviez,

Tout est simple. L’esprit parle, le désir parle, c’est bien. En avant ! il n’y a plus qu’à lui obéir aussitôt.

DON CAMILLE. ― Il n’y a pas d’autre moyen de conquérir le salut dans l’autre monde et les femmes dans celui-ci.

DON RODRIGUE. ― Le choix est fait et je ne demande pas mieux que de vous laisser les femmes.

DON CAMILLE. ― Que faites-vous donc ici ?

DON RODRIGUE. ― Il ne dépend pas d’un homme sain que la peste s’attaque à lui, ou la colique, ou la lèpre, ou toute autre maladie dévorante.

DON CAMILLE. ― C’est à ces aimables accidents que vous comparez notre Prouhèze ? (Pause.)

DON RODRIGUE. ― Je n’aime pas à vous entendre dire ce nom.

DON CAMILLE. ― Pardonnez-moi, je vous prie !

DON RODRIGUE. ― Mon âme est atteinte.

DON CAMILLE. ― On essaye céans de la guérir.

DON RODRIGUE. ― Elle est comme ce grain de blé que l’épi seul guérit.

DON CAMILLE. ― L’épi, il vous attend dans cet autre monde là-bas que le Roi vous livre.

DON RODRIGUE. ― Mais d’abord j’attendais d’elle cette chose qu’elle seule peut me donner.

DON CAMILLE. ― Quelle chose ?

DON RODRIGUE. ― Comment la connaîtrai-je autrement qu’en la recevant ?

DON CAMILLE. ― Cette chose mystérieuse, pourquoi ne pas dire qu’elle ne fait qu’un avec son corps ?

DON RODRIGUE. ― Il est vrai. Comment comprendre ?

Le bien que désire mon âme est mêlé à ce corps interdit.

DON CAMILLE. ― Parlez ! vous n’avez qu’un mot à dire.

Deux fois déjà vous l’avez appelée. Je sens qu’elle n’attend que votre troisième appel : « Prouhèze, viens ! » ; elle est là, vous n’avez que son nom à prononcer.

Et elle sera devant vous aussitôt.

DON RODRIGUE. ― Bientôt quand j’aurai pris la mer, c’est alors que je l’appellerai.

DON CAMILLE. ― Ne dites pas que c’est elle qui vous chasse.

DON RODRIGUE. ― Est-ce moi qui ai écrit sur la pierre cette grande Loi qui nous sépare ?

DON CAMILLE. ― L’amour se rit des lois.

DON RODRIGUE. ― Cela ne les empêche pas d’exister. Quand je fermerais les yeux cela ne détruit pas le soleil.

DON CAMILLE. ― L’amour se suffit à lui-même !

DON RODRIGUE. ― Et moi, je pense que rien ne suffit à l’amour ! Ah ! j’ai trouvé une chose si grande ! C’est l’amour qui doit me donner les clefs du monde et non pas me les retirer !

DON CAMILLE. ― N’est-ce pas une chose risible de vous voir demander à la fois et d’un seul coup

L’assouvissement du corps et celui de l’âme ?

DON RODRIGUE. ― Est-ce ma faute si en moi les deux natures sont rejointes si fortement qu’elles ne font qu’un ?

DON CAMILLE. ― Que peut cette pauvre femme ?

DON RODRIGUE. ― Tout ce que j’avais, ah ! — et le poids est tellement lourd qu’il me semble que c’est le monde entier —

Je le lui ai apporté ici avec moi. N’a-t-elle rien à me donner en échange ?

DON CAMILLE. ― Que peut-elle vous donner en échange ?

DON RODRIGUE. ― Si je le savais, je ne le lui demanderais pas.

DON CAMILLE. ― Eh bien, il n’y a pas d’autre réponse pour vous que ce refus et cet ordre de partir.

DON RODRIGUE. ― Je l’accepte.

DON CAMILLE. ― Moi, je reste.

DON RODRIGUE, à demi-voix. — « Je reste ». (Il regarde le papier.)

Oui, ce sont bien les deux mots qu’elle m’a donné à lire sur ce papier.

C’est écrit. Il n’y a pas à douter. Oui, c’est exactement vous qu’elle a choisi.

DON CAMILLE. ― Je la comprends mieux que vous, il y a de la femme en moi, je saurai mieux que vous m’arranger avec elle quoi que vous en pensiez.

Elle peut me faire du bien et à vous elle ne peut que faire du mal.

DON RODRIGUE. ― Déjà elle vous a dépossédé de votre commandement.

DON CAMILLE. ― Je lui ai cédé ma place. Oui, c’est déjà une chose de moi que je lui ai donnée et qu’elle a prise.

DON RODRIGUE. ― Le reste viendra peu à peu.

DON CAMILLE. ― Je l’ai appelée, elle est venue. Mais je ne vous le cacherai pas, le bien qu’elle peut me faire me paraît plus redoutable que le mal.

DON RODRIGUE. ― Renvoyez-la donc.

DON CAMILLE. ― Votre Seigneurie veut se moquer, mais que vous me croyiez ou non, oui, je l’aurais déjà renvoyée si j’avais pu.

DON RODRIGUE. ― Je puis vous prêter main-forte.

DON CAMILLE. ― La raison et le hasard, l’ambition et l’aventure, je ne voulais point d’autres maîtres.

La voici qui intervient contre moi comme la destinée, sur laquelle je n’ai aucune prise.

DON RODRIGUE. ― Telle jadis Hélène.

DON CAMILLE. ― À peine vous parti, à peine votre voile disparue,

Vous pensez sans doute qu’elle tombera dans mes bras ?

DON RODRIGUE. ― Je ne dis pas aussitôt. Mais comptez sur le temps et sur cet enfer qui vous entoure,

Elle ne vivra pas longtemps impunément toute seule sur le bord de votre désir…

Je vous demanderai, Monsieur, de me conduire à cette chambre que vous m’avez réservée.

DON CAMILLE. ― Mes services déjà s’occupent à réparer votre bateau.

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SCÈNE XII DON GUSMAN, RUIS PERALDO, OZORIO, REMEDIOS, Porteurs indiens.

Une clairière dans une forêt vierge en Amérique, au bord d’une rivière encombrée d’îles et de troncs d’arbres. Un campement de bandeirantes parmi des taillis de cannes jaunes à raies vertes.

DON GUSMAN. ― Et vous dites que sur un de ces blocs vous avez reconnu le dessin de la Sainte Croix ?

RUIS PERALDO. ― Non pas sur l’un seulement, mais sur bien d’autres encore, une croix aux branches égales toute entourée de volutes qui ressemblent à des serpents.

DON GUSMAN. ― Ainsi sur le tombeau de ce peuple mort et dont le nom même a péri il y a la croix ! ils tendent du fond de leur tombeau la croix à ces vivants qui du bout du monde se sont mis en marche pour les retrouver.

RUIS PERALDO. ― Il n’y a pas seulement la croix, il y a ces monstres ou bouteilles que je vous ai décrits,

Ces géants pareils aux Chérubins précipités de l’Écriture qui à travers les lianes, tout mangés par les arbres maudits, tournent vers les quatre points de l’horizon leurs faces éthiopiennes.

L’un d’eux plus haut que les autres et tout blanchi par la fiente des perroquets était tout enveloppé, quand je l’ai vu, des replis d’un énorme serpent.

DON GUSMAN. ― Ces paroles redoublent mon désir ! je veux, l’épée au poing, me mesurer avec ces portiers de l’Enfer !

RUIS PERALDO. ― Quant à moi, je fuis, j’ai mon compte, j’ai senti la corruption de ce lieu empesté qui me saisissait aux entrailles.

Que Dieu me pardonne pour avoir pénétré en ce lieu qui à tous les yeux humains était fait pour rester caché, cimetière exécrable !

Je n’ai plus qu’une pensée qui est de retrouver la mer avant de mourir, que j’entende le bruit du ressac sur le sable blanc !

Tous mes compagnons sont morts, il ne me reste plus que ces Indiens affamés.

DON GUSMAN. ― Ozorio, donne-leur quelques poignées de maïs.

OZORIO. ― Et nous-mêmes, Seigneur Capitaine, avec quoi achèverons-nous le voyage ?

DON GUSMAN. ― Tu peux revenir, si tu le veux, avec le Seigneur Peraldo.

OZORIO. ― Et retrouver à Santarem les créanciers qui m’attendent et se préparent à me jeter dans la fosse-aux-poux !

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