Le Soulier de satin (page 6)
Non, j’irai jusqu’au bout qui est à l’extrémité ! je mettrai la main sur ces sacrées émeraudes !
Ces croix dont parlait le Senhor à l’instant, je les ai reconnues, ce sont bien celles dont le sergent Castro m’a parlé, je sais ce qu’elles veulent dire, tout cela est marqué sur mon papier.
DON GUSMAN. ― Et toi, Remedios ?
REMEDIOS. ― Si je reviens à Santarem ma femme numéro un m’y guette. Votre Excellence sait fort bien que mon cas est d’être pendu et peut-être brûlé.
DON GUSMAN. ― En avant par la grâce de Dieu !
RUIS PERALDO. ― Vous-même, Senhor Gusman, ce ne sont pas les émeraudes qui vous attirent en lieu détestable, ni le bourreau en arrière qui vous barre la route.
DON GUSMAN. ― Je veux rendre à l’humanité ce peuple deux fois mort, je veux élever la Croix sur leur tombe, je veux chasser le Diable de son repaire empesté, qu’il n’y ait pas un endroit au monde où il soit sûr !
Colomb a découvert les vivants, et moi je veux posséder tous ces peuples que la mort a soustraits au Roi d’Espagne.
Je veux apaiser avec la Vraie Croix les anciens maîtres. Qui était notre conquête, je veux que cet ancien monde devienne notre héritage !
OZORIO. ― En avant !
RUIS PERALDO. ― Adieu ! Ni pour vous, ni pour moi, il n’y a aucune chance de retour.
SCÈNE XIII L’OMBRE DOUBLE
L’OMBRE DOUBLE d’un homme avec une femme, debout, que l’on voit projetée sur un écran au fond de la scène.
Je porte accusation contre cet homme et cette femme qui dans le pays des Ombres ont fait de moi une ombre sans maître.
Car de toutes ces effigies qui défilent sur la paroi qu’illumine le soleil du jour ou celui de la nuit,
Il n’en est pas une qui ne connaisse son auteur et ne retrace fidèlement son contour.
Mais moi, de qui dira-t-on que je suis l’ombre ? non pas de cet homme ou de cette femme séparés,
Mais de tous les deux à la fois qui l’un dans l’autre en moi se sont submergés
En cet être nouveau fait de noirceur informe.
Car comme ce support et racine de moi-même, le long de ce mur violemment frappé par la lune,
Comme cet homme passait sur le chemin de garde, se rendant à la demeure qu’on lui avait assignée,
L’autre partie de moi-même et son étroit vêtement,
Cette femme, tout à coup commença à le précéder sans qu’il s’en aperçût.
Et la reconnaissance de lui avec elle ne fut pas plus prompte que le choc et la soudure aussitôt de leurs âmes et de leurs corps sans une parole et que mon existence sur le mur.
Maintenant je porte accusation contre cet homme et cette femme par qui j’ai existé une seconde seule pour ne plus finir et par qui j’ai été imprimé sur la page de l’éternité !
Car ce qui a existé une fois fait partie pour toujours des archives indestructibles.
Et maintenant pourquoi ont-ils inscrit sur le mur, à leurs risques et périls, ce signe que Dieu leur avait défendu ?
Et pourquoi m’ayant créée, m’ont-ils ainsi cruellement séparée, moi qui ne suis qu’un ? pourquoi ont-ils porté aux extrémités de ce monde mes deux moitiés palpitantes,
Comme si en moi par un côté d’eux-mêmes ils n’avaient pas cessé de connaître leurs limites ?
Comme si ce n’était pas moi seule qui existe et ce mot un instant hors de la terre lisible parmi ce battement d’ailes éperdues.
SCÈNE XIV LA LUNE
L’OMBRE disparaît et l’écran n’est plus occupé pendant toute la durée de cette scène que par une palme de plus en plus indistincte et qui remue faiblement.
LA LUNE. ― L’Ombre Double s’est disjointe sur le mur qui au fond de cette prison correspond à ma présence en haut du ciel,
Et à la place de ce rameau unique qui s’en détachait, de ce bras nu d’une femme avec la main au bout qui remuait lentement et faiblement,
Il n’y a plus que cette palme que le vent de la mer par reprises après de longs suspens fait remuer et qui tremble,
Libre et cependant captive, réelle sans poids.
Pauvre plante ! N’en a-t-elle pas eu assez tout le jour à se défendre contre le soleil ?
Il était temps que j’arrive. C’est bon ! Ah ! qu’il est doux de dormir avec moi !
Je suis là de toutes parts en elle, hors d’elle, mais la créature que j’aime, comme elle sait que ma lumière n’est propre qu’à son obscurité !
Elle n’a plus rien à faire, elle n’est pas sans cesse occupée à remplacer ce que la vie lui ôte,
Elle cède, elle veut bien, c’est moi qui suis là pour la soutenir, elle sait, elle croit, elle est close,
Elle est pleine, elle flotte, elle dort.
Toutes les créatures à la fois, tous les êtres bons et mauvais sont engloutis dans la miséricorde d’Adonaï !
Ignoreraient-elles cette lumière qui n’est pas faite pour les yeux du corps ?
Une lumière non pas pour être vue mais pour être bue, pour que l’âme vivante y boive, toute âme à l’heure de son repos pour qu’elle y baigne et boive.
Quel silence ! à peine un faible cri par instants, cet oiseau impuissant à se réveiller.
L’heure de la Mer de lait est à nous ; si l’on me voit si blanche, c’est parce que c’est moi Minuit, le Lac de Lait, les Eaux.
Je touche ceux qui pleurent avec des mains ineffables.
Sœur, pourquoi pleures-tu ? n’est-ce point ta nuit nuptiale aujourd’hui ? regarde le ciel et la terre illuminés ! et où donc pensais-tu la passer avec Rodrigue autre part que sur la croix ?
Voyez-la, vous qui m’écoutez, non pas telle que sur cet écran elle interromprait ma lumière avec son corps,
Ni selon l’épreuve morte que par moment je pourrais tirer de son âme sur cette surface magique,
Il ne s’agit pas de son corps ! mais ce battement sacré par lequel les âmes l’une dans l’autre se connaissent sans intermédiaire, comme le père avec la mère dans la seconde de la conception : c’est ce que je sers à manifester.
Je la dessine avec mes eaux où elle se baigne.
Cette crise, cette sortie désespérée tout à coup,
Et tout à coup ce relâchement affreux, cet abîme, ce vide où elle était qu’elle me laisse !
Regardez-la à genoux, cette douleur de femme ensevelie dans la lumière ! Cela n’aurait pas commencé si je ne l’avais baisée dans le milieu du cœur.
Cela a commencé par ces grandes larmes, pareilles aux nausées de l’agonie, qui naissent au-dessous de la pensée, au fond de l’être profondément entaillé,
L’âme qui veut vomir et que le fer pénètre !
Et peut-être qu’elle aurait expiré à ce premier amant entre mes bras, si pendant l’arrêt de son cœur
(Cependant qu’un grand morceau de mer brille là-bas et qu’une petite voile blanche cingle vers cet Étang de la Mort),
Je ne lui avais présenté ce mot : « Jamais !
« Jamais, Prouhèze ! »
« Jamais ! » crie-t-elle, « c’est là du moins lui et moi une chose que nous pouvons partager, c’est « jamais » qu’il a appris de ma bouche dans ce baiser tout à l’heure en qui nous avons été faits un seul !
« Jamais ! c’est là du moins une espèce d’éternité avec nous qui peut tout de suite commencer.
« Jamais je ne pourrai plus cesser d’être sans lui et jamais il ne pourra plus cesser d’être sans moi.
« Il y a quelqu’un pour toujours de la part de Dieu qui lui interdit la présence de mon corps
« Parce qu’il l’aurait trop aimé. Ah ! je veux lui donner beaucoup plus !
« Que tiendrait-il si je le lui donnais ? comme si ce que je lis dans ses yeux qu’il me demande pouvait avoir une fin !
« Ah ! j’ai de quoi lui fournir ce qu’il me demande !
« Oui, ce n’est pas assez de lui manquer, je veux le trahir,
« C’est cela qu’il a appris de moi dans ce baiser où nos âmes se sont jointes.
« Pourquoi lui refuserais-je ce que son cœur désire ? pourquoi manquerait-il quelque chose à cette mort du moins que je puis lui donner, puisqu’il n’attend point de moi la joie ? Est-ce qu’il m’a épargnée ? pourquoi épargnerais-je ce qu’il y a en lui de plus profond ? pourquoi lui refuserais-je ce coup que je vois dans ses yeux qu’il attend et que je lis déjà au fond de ses yeux sans espoir ?
« Oui, je sais qu’il ne m’épousera que sur la croix et nos âmes l’une à l’autre dans la mort et dans la nuit hors de tout motif humain !
« Si je ne puis être son paradis, du moins je puis être sa croix ! Pour que son âme avec son corps y soit écartelée je vaux bien ces deux morceaux de bois qui se traversent !
« Puisque je ne puis lui donner le ciel, du moins je puis l’arracher à la terre. Moi seule puis lui fournir une insuffisance à la mesure de son désir !
« Moi seule étais capable de le priver de lui-même.
« Il n’y a pas une région de son âme et pas une fibre de son corps dont je ne sente qu’elle est faite pour être fixée à moi, il n’y a rien dans son corps et dans cette âme qui a fait son corps que je ne sois capable de tenir avec moi pour toujours dans le sommeil de la douleur,
« Comme Adam, quand il dormit, la première femme.
« Quand je le tiendrai ainsi par tous les bouts de son corps et par toute la texture de sa chair et de sa personne par le moyen de ces clous en moi profondément enfoncés,
« Quand il n’y aura plus aucun moyen de s’échapper, quand il sera fixé à moi pour toujours dans cet impossible hymen, quand il n’y aura plus moyen de s’arracher à ce cric de ma chair puissante et à ce vide impitoyable, quand je lui aurai prouvé son néant avec le mien, quand il n’y aura plus dans son néant de secret que le mien ne soit capable de vérifier,
« C’est alors que je le donnerai à Dieu découvert et déchiré pour qu’il le remplisse dans un coup de tonnerre, c’est alors que j’aurai un époux et que je tiendrai un dieu entre mes bras !
« Mon Dieu, je verrai sa joie ! je le verrai avec vous et c’est moi qui en serai la cause !
« Il a demandé Dieu à une femme et elle était capable de le lui donner, car il n’y a rien au ciel et sur la terre que l’amour ne soit capable de donner ! »
Telles sont les choses dans son délire qu’elle dit et elle ne s’aperçoit qu’elles sont déjà passées et qu’elle-même pour toujours en un moment
Passe en ce lieu où elles sont passées, —
Il n’y a plus que la paix,
L’heure est minuit, — et que cette coupe de délices est pleine jusqu’aux bords que Dieu présente à toutes ses créatures.
Elle parle et je lui baise le cœur !
Et quant à ce navigateur dont tant de fois l’ouvrage confus de l’ouragan n’a pu retenir l’ardente navette empressée à mettre un fil entre les deux mondes,
Il dort les voiles repliées, il roule au fond de mon gisement le plus perdu,
Le sommeil sans bords d’Adam et de Noé.
Car comme Adam dormait quand la femme lui fut enlevée du cœur, n’est-il pas juste que de nouveau il
Dorme en ce jour de ses noces où elle lui est rendue et succombe à la plénitude ?
Pourquoi être ailleurs désormais ?
Non point sommeil, ce qu’il dort est la prélibation d’un autre système.
Lorsque sa coupe est pleine, — et ne l’ai-je point remplie, — ne serait-il pas ivre ? Il n’en faut pas une seconde, elle a suffi !
On ne peut mourir sans toucher au delà de la vie.
Et lorsque son âme s’est séparée de lui dans ce baiser, lorsque sans corps elle en rejoignait une autre, qui pouvait dire qu’il restait vivant ?
À quelle époque et comment la chose s’est-elle passée, il ne sait plus ; en avant et derrière, le passé et l’avenir ont été également détruits. Tout ce qui pouvait être donné, c’est fait. Un des côtés par où l’être est limité a disparu. En un lieu où il n’y avait plus de retour.
Rodrigue, et cependant entends-tu, cette voix qui te dit : Rodrigue ?
Le connais-tu à présent que l’homme et la femme ne pouvaient s’aimer ailleurs que dans le paradis ?
« Ce paradis que Dieu ne m’a pas ouvert et que tes bras pour moi ont refait un court moment, ah ! femme, tu ne me le donnes que pour me communiquer que j’en suis exclu.
« Chacun de tes baisers me donne un paradis dont je sais qu’il m’est interdit.
« Où tu es il y a l’impuissance désormais pour moi d’échapper à ce paradis de torture, à cette patrie de toutes parts, à chaque coup, qui me pénètre et dont je suis forclos.
« Ô femme, tu l’as découverte, cette place que tu ne pouvais en moi atteindre que les yeux fermés ! la voilà donc au fond de moi, cette blessure que tu ne pouvais me faire que les yeux fermés !
« C’est toi qui m’ouvres le paradis et c’est toi qui m’empêches d’y rester. Comment serais-je avec tout quand tu me refuses d’être autre part qu’avec toi ?
« Chaque pulsation de ton cœur avec moi me rend le supplice, cette impuissance à échapper au paradis dont tu fais que je suis exclu.
« Ah ! c’est en cette blessure que je te retrouve ! C’est par elle que je me nourris de toi comme la lampe fait de l’huile,
« De cette huile dont brûlera éternellement cette lampe qui ne réussit pas à en faire de la lumière. »
Il parle et je lui baise le cœur.
fin de la deuxième journée
PERSONNAGES DE LA PREMIÈRE JOURNÉE
L’ANNONCIER.
LE PÈRE JÉSUITE.
DON PÉLAGE.
DON BALTHAZAR.
DONA PROUHÈZE (Dona Merveille).
DON CAMILLE.
DONA ISABEL.
DON LUIS.
LE ROI D’ESPAGNE.
LE CHANCELIER.
DON RODRIGUE.
LE CHINOIS.
LA NÉGRESSE JOBARBARA.
LE SERGENT NAPOLITAIN.
DON FERNAND.
DONA MUSIQUE (Dona Délices).
L’ANGE GARDIEN.
L’ALFÉRÉS.
SOLDATS.
PREMIÈRE JOURNÉE
Coup bref de trompette.
Le scène de ce drame est le monde et plus spécialement l’Espagne à la fin du xvie, à moins que ce ne soit le commencement du xviie siècle. L’auteur s’est permis de comprimer les pays et les époques, de même qu’à la distance voulue plusieurs lignes de montagnes séparées ne font qu’un seul horizon.
Encore un petit coup de trompette.
Coup prolongé de sifflet comme pour la manœuvre d’un bateau.
Le rideau se lève.
SCÈNE PREMIÈRE L’ANNONCIER, LE PÈRE JÉSUITE
L’ANNONCIER. ― Fixons, je vous prie, mes frères, les yeux sur ce point de l’Océan Atlantique qui est à quelques degrés au-dessous de la Ligne à égale distance de l’Ancien et du Nouveau Continent. On a parfaitement bien représenté ici l’épave d’un navire démâté qui flotte au gré des courants. Toutes les grandes constellations de l’un et de l’autre hémisphères, la Grande Ourse, la Petite Ourse, Cassiopée, Orion, la Croix du Sud, sont suspendues en bon ordre comme d’énormes girandoles et comme de gigantesques panoplies autour du ciel. Je pourrais les toucher avec ma canne. Autour du ciel. Et ici-bas un peintre qui voudrait représenter l’œuvre des pirates — des Anglais probablement, — sur ce pauvre bâtiment espagnol, aurait précisément l’idée de ce mât, avec ses vergues et ses agrès, tombé tout au travers du pont, de ces canons culbutés, de ces écoutilles ouvertes, de ces grandes taches de sang et de ces cadavres partout, spécialement de ce groupe de religieuses écroulées l’une sur l’autre. Au tronçon du grand mât est attaché un PÈRE JÉSUITE, comme vous voyez, extrêmement grand et maigre. La soutane déchirée laisse voir l’épaule nue. Le voici qui parle comme il suit : Seigneur, je vous remercie de m’avoir ainsi attaché… Mais c’est lui qui va parler. Écoutez bien, ne toussez pas et essayez de comprendre un peu. C’est ce que vous ne comprendrez pas qui est le plus beau, c’est ce qui est le plus long qui est le plus intéressant et c’est ce que vous ne trouvez pas amusant qui est le plus drôle. (Sort L’ANNONCIER.)
LE PÈRE JÉSUITE. — Seigneur, je vous remercie de m’avoir ainsi attaché ! Et parfois il m’est arrivé de trouver vos commandements pénibles
Et ma volonté en présence de votre règle
Perplexe, rétive.
Mais aujourd’hui il n’y a pas moyen d’être plus serré à Vous que je ne le suis et j’ai beau vérifier chacun de mes membres, il n’y en a plus un seul qui de Vous soit capable de s’écarter si peu.
Et c’est vrai que je suis attaché à la croix, mais la croix où je suis n’est plus attachée à rien. Elle flotte sur la mer.
La mer libre à ce point où la limite du ciel connu s’efface
Et qui est à égale distance de ce monde ancien que j’ai quitté
Et de l’autre nouveau.
Tout a expiré autour de moi, tout a été consommé sur cet étroit autel qu’encombrent les corps de mes sœurs l’une sur l’autre, la vendange sans doute ne pouvait se faire sans désordre,
Mais tout, après un peu de mouvement, est rentré dans la grande paix paternelle.
Et si je me croyais abandonné, je n’ai qu’à attendre le retour de cette puissance immanquable sous moi qui me reprend et me remonte avec elle comme si pour un moment je ne faisais plus qu’un avec le réjouissement de l’abîme,
Cette vague, voici bientôt la dernière pour m’emporter.
Je prends, je me sers de toute cette œuvre invisible que Dieu a faite toute à la fois et à laquelle je suis étroitement amalgamé à l’intérieur de Sa sainte volonté, ayant renoncé la mienne,
De ce passé dont avec l’avenir est faite une seule étoffe indéchirable,
De cette mer qui a été mise à ma disposition,
Du souffle que je ressens tour à tour avec sa cessation sur ma face, de ces deux mondes amis, et là-haut dans le ciel de ces grandes constellations incontestables,
Pour bénir cette terre que mon cœur devinait là-bas dans la nuit, tant désirée !
Que la bénédiction sur elle soit celle d’Abel le pasteur au milieu de ses fleuves et de ses forêts ! Que la guerre et la dissension l’épargnent ! Que l’Islam ne souille point ses rives, et cette peste encore pire qu’est l’hérésie !
Je me suis donné à Dieu et maintenant le jour du repos et de la détente est venu et je puis me confier à ces liens qui m’attachent.
On parle d’un sacrifice quand à chaque choix à faire il ne s’agit que de ce mouvement presque imperceptible comme de la main.
C’est le mal seul à dire vrai qui exige un effort, puisqu’il est contre la réalité, se disjoindre à ces grandes forces continues qui de toutes parts nous adoptent et nous engagent.
Et maintenant voici la dernière oraison de cette messe que mêlé déjà à la mort je célèbre par le moyen de moi-même : Mon Dieu, je Vous prie pour mon frère Rodrigue ! Mon Dieu, je Vous supplie pour mon fils Rodrigue !
Je n’ai pas d’autre enfant, ô mon Dieu, et lui sait bien qu’il n’aura pas d’autre frère.
Vous le voyez qui d’abord s’était engagé sur mes pas sous l’étendard qui porte Votre monogramme, et maintenant sans doute parce qu’il a quitté Votre noviciat il se figure qu’il vous tourne le dos,
Son affaire à ce qu’il imagine n’étant pas d’attendre, mais de conquérir et de posséder
Ce qu’il peut, comme s’il y avait rien qui ne Vous appartînt et comme s’il pouvait être ailleurs que là où Vous êtes.
Mais, Seigneur, il n’est pas si facile de Vous échapper, et s’il ne va pas à Vous par ce qu’il a de clair, qu’il y aille par ce qu’il a d’obscur ; et par ce qu’il a de direct, qu’il y aille par ce qu’il a d’indirect ; et par ce qu’il a de simple,
Qu’il y aille par ce qu’il a en lui de nombreux, et de laborieux et d’entremêlé,