Le Soulier de satin (page 7)
Et s’il désire le mal, que ce soit un tel mal qu’il ne soit compatible qu’avec le bien,
Et s’il désire le désordre, un tel désordre qu’il implique l’ébranlement et la fissure de ces murailles autour de lui qui lui barraient le salut,
Je dis à lui et à cette multitude avec lui qu’il implique obscurément.
Car il est de ceux-là qui ne peuvent se sauver qu’en sauvant toute cette masse qui prend leur forme derrière eux.
Et déjà Vous lui avez appris le désir, mais il ne se doute pas encore ce que c’est que d’être désiré.
Apprenez-lui que Vous n’êtes pas le seul à pouvoir être absent ! Liez-le par le poids de cet autre être sans lui si beau qui l’appelle à travers l’intervalle !
Faites de lui un homme blessé parce qu’une fois en cette vie il a vu la figure d’un ange !
Remplissez ces amants d’un tel désir qu’il implique à l’exclusion de leur présence dans le hasard journalier
L’intégrité primitive et leur essence même telle que Dieu les a conçus autrefois dans un rapport inextinguible !
Et ce qu’il essayera de dire misérablement sur la terre, je suis là pour le traduire dans le Ciel.
SCÈNE II DON PÉLAGE, DON BALTHAZAR
La façade d’une maison d’homme noble en Espagne. Première heure de la matinée. Un jardin rempli d’orangers. Une petite fontaine de faïence bleue sous les arbres.
DON PÉLAGE. ― Don Balthazar, il y a deux chemins qui partent de cette maison.
Et l’un, si le regard pouvait l’auner d’un seul coup, à travers maintes villes et villages
Montant, redescendant, comme l’écheveau en désordre sur les chevalets d’un cordier,
Tire d’ici directement à la mer, non loin d’une certaine hôtellerie que je connais parmi de gros arbres cachée.
C’est par là qu’un cavalier en armes escorte Dona Prouhèze. Oui, je veux que par lui Dona Prouhèze soit enlevée à mes yeux.
Cependant que par un autre chemin entre les genêts, tournoyant et montant parmi les roches parsemées,
J’accéderai à l’appel que cette tache blanche là-haut m’adresse,
Cette lettre de la veuve dans la montagne, cette lettre de ma cousine dans ma main.
Et Merveille, pour Madame il n’y a pas autre chose à faire que bien regarder la ligne de la mer vers l’Est
En attendant que ces voiles y paraissent qui doivent nous ramener, elle et moi, en notre Gouvernement d’Afrique.
DON BALTHAZAR. ― Eh quoi, Seigneur, si tôt déjà partir !
Cette maison de votre enfance, après tant de mois sur un sol barbare, quoi, de nouveau la quitter !
DON PÉLAGE. ― Il est vrai, c’est le seul endroit au monde où je me sente compris et accepté.
C’est ici où je cherchais refuge en silence, du temps où j’étais le Terrible Juge de Sa Majesté, extirpateur des brigands et de la rébellion.
On n’aime pas un juge.
Mais moi, j’ai appris tout de suite qu’il n’y avait pas de plus grande charité que de tuer les êtres malfaisants.
Que de journées j’ai passées ici, n’ayant pour compagnie du matin jusqu’au soir que mon vieux jardinier,
Ces orangers que j’arrosais moi-inême et cette petite chèvre qui n’avait pas peur de moi !
Oui, elle me donnait par jeu des coups de tête et venait manger des feuilles de vigne dans ma main.
DON BALTHAZAR. ― Maintenant voici cette Dona Merveille qui est plus pour vous que la petite chèvre.
DON PÉLAGE. ― Prenez-en soin, Don Balthazar, en ce voyage difficile. Je la remets à votre honneur.
DON BALTHAZAR. ― Quoi, c’est à moi que vous voulez confier Dona Prouhèze ?
DON PÉLAGE. ― Pourquoi non ? ne m’avez-vous pas dit vous-même que vos devoirs vous appellent en Catalogne ? Votre chemin n’en sera pas fort allongé.
DON BALTHAZAR. ― Je vous prie de m’excuser. N’est-il point d’autre cavalier à qui remettre ce soin ?
DON PÉLAGE. ― Point d’autre.
DON BALTHAZAR. ― Don Camille, par exemple, votre cousin et lieutenant là-bas, qui va partir tout à l’heure ?
DON PÉLAGE, durement. — Il partira seul.
DON BALTHAZAR. ― Et ne pouvez-vous laisser Dona Prouhèze à vous attendre ici ?
DON PÉLAGE. ― Je n’aurai pas le temps de revenir.
DON BALTHAZAR. ― Quel devoir impérieux vous appelle ?
DON PÉLAGE. ― Ma cousine Dona Viriana, qui se meurt et aucun homme auprès d’elle.
Point d’argent dans l’humble et altière demeure, à peine de pain,
Plus six filles à marier dont l’aînée ne s’éloigne de vingt ans que peu.
DON BALTHAZAR. ― N’est-ce point celle-là que nous appelions Dona Musique ? — j’ai résidé là-bas au temps que je faisais des levées pour les Flandres, —
À cause de cette guitare qu’elle ne quittait pas et dont elle ne jouait jamais,
Et de ces grands yeux croyants ouverts sur vous et prêts à absorber toutes les merveilles,
Et de ces dents comme des amandes fraîches qui mordaient la lèvre écarlate, et de son rire !
DON PÉLAGE. ― Pourquoi ne l’avez-vous pas épousée ?
DON BALTHAZAR. ― Je suis plus gueux qu’un vieux loup.
DON PÉLAGE. ― Et tout l’argent que tu gagnes passe à ton frère, le chef de la Maison là-bas en Flandre ?
DON BALTHAZAR. ― Il n’y en a pas de meilleure entre l’Escaut et la Meuse.
DON PÉLAGE. ― Je me charge de Musique et toi je te confie Prouhèze.
DON BALTHAZAR. ― Comme vous-même, Seigneur, oui-dà, malgré mon âge,
Je me sens plutôt fait pour être l’époux d’une jolie femme que son protecteur.
DON PÉLAGE. ― Ni elle ni vous, noble ami, j’en suis sûr, n’avez à redouter ces quelques jours de compagnie,
Et d’ailleurs vous trouverez toujours la servante de ma femme avec elle ; gare à la noire Jobarbara !
Un pêcher n’est pas mieux défendu qui pousse tout au travers d’un figuier de Barbarie.
Puis votre attente ne sera pas longue : en peu de temps j’aurai mis ordre à tout.
DON BALTHAZAR. ― Et marié les six filles ?
DON PÉLAGE. ― Déjà pour chacune d’elles j’ai choisi deux maris, et le commandement est parti qui convoque mes galants ; qui oserait résister à Pélage, le Terrible Juge ?
Elles n’auront qu’à choisir, ou autrement j’ai choisi pour elles, moi,
Le cloître qui les attend.
L’Aragonais n’est pas plus sûr de son affaire qui arrive sur la place du marché avec six cavales neuves. Elles sont là toutes ensemble tranquilles à l’ombre d’un grand châtaignier
Et ne voient pas l’acheteur qui passe de l’une à l’autre avec tendresse et connaissance, cachant le mors derrière son dos.
DON BALTHAZAR, avec un gros soupir. — Adieu, Musique !
DON PÉLAGE. ― Et pendant qu’il me reste un peu de temps, je vais achever de vous expliquer la situation sur la côte d’Afrique. Le sultan Mouley… (Ils s’éloignent.)
SCÈNE III DON CAMILLE, DONA PROUHÈZE
Une autre partie du même jardin. Midi. La longue muraille d’un côté à l’autre de la scène d’une espèce de charmille formée de plantes aux feuilles épaisses. Obscurité résultant de l’ombre d’arbres compacts. Par quelques interstices passent cependant des rayons de soleil qui font des taches ardentes sur le sol. Du côté invisible de la charmille et ne laissant paraître à travers les feuilles pendant qu’elle marche au côté de DON CAMILLE que des éclairs de sa robe rouge, DONA PROUHÈZE. Du côté visible DON CAMILLE.
DON CAMILLE. ― Je suis reconnaissant à Votre Seigneurie de m’avoir permis de lui dire adieu.
DONA PROUHÈZE. ― Je ne vous ai rien permis et Don Pélage ne m’a rien défendu.
DON CAMILLE. ― Cette charmille entre nous prouve que vous ne voulez pas me voir.
DONA PROUHÈZE. ― N’est-ce pas assez que je vous entende ?
DON CAMILLE. ― Où je suis je n’importunerai plus souvent Monsieur le Capitaine général.
DONA PROUHÈZE. ― Vous retournerez là-bas à Mogador ?
DON CAMILLE. ― C’est le bon côté du pays, loin de Ceuta et de ses bureaux, loin de cette grosse peinture bleue où la rame des galions en blanc écrit incessamment le nom du Roi d’Espagne.
Ce que j’apprécie le plus est cette barre de quarante pieds qui me coûte une barcasse ou deux de temps en temps et qui ennuie un peu les visiteurs.
Mais, comme on dit : ceux qui viennent me voir me font honneur, ceux qui ne viennent pas me voir me font plaisir.
DONA PROUHÈZE. ― Cela vous sépare aussi de tous renforts et ravitaillements.
DON CAMILLE. ― J’essaye de m’en passer.
DONA PROUHÈZE. ― Heureusement que le Maroc en ce moment est partagé entre trois ou quatre sultans ou prophètes qui se font la guerre ; c’est vrai ?
DON CAMILLE. ― C’est vrai, c’est ma petite chance.
DONA PROUHÈZE. ― Et personne mieux que vous, n’est-ce pas, pour en profiter ?
DON CAMILLE. ― Oui, je parle toutes les langues. Mais je sais ce que vous pensez.
Vous pensez à ce voyage de deux ans que j’ai fait à l’intérieur du pays, déguisé en marchand juif.
Beaucoup de gens disent que cela n’est pas le fait d’un gentilhomme ni d’un chrétien.
DONA PROUHÈZE. ― Je ne l’ai pas pensé. Personne n’a jamais pensé que vous fussiez un renégat. Vous le voyez par ce poste d’honneur que le Roi vous a remis.
DON CAMILLE. ― Oui, un poste d’honneur comme un chien sur une barrique au milieu de l’océan. Mais je n’en veux point d’autre.
Et beaucoup de gens aussi disent qu’il y a du Maure dans mon cas, à cause de ce teint un peu sombre.
DONA PROUHÈZE. ― Je ne l’ai pas pensé. Je sais que vous êtes de fort bonne famille.
DON CAMILLE. ― Va pour le Maure !
Tout bon gentilhomme sait qu’il n’y a qu’à taper dessus comme à la quintaine.
Théoriquement, car en fait nous nous y frottons le moins possible.
DONA PROUHÈZE. ― Vous savez que je pense comme vous. Moi aussi j’aime cette race dangereuse.
DON CAMILLE. ― Est-ce que je les aime ? Non, mais je n’aime pas l’Espagne.
DONA PROUHÈZE. ― Qu’entends-je, Don Camille ?
DON CAMILLE. ― Il y a des gens qui trouvent leur place toute faite en naissant,
Serrés et encastrés comme un grain de maïs dans la quenouille compacte :
La religion, la famille, la patrie.
DONA PROUHÈZE. ― Est-ce que vous êtes dégagé de tout cela ?
DON CAMILLE. ― N’est-ce pas, vous aimeriez que je vous rassure ? C’est comme ma mère qui voulait que je lui dise constamment les choses qu’elle pensait elle-même. Ce « sourire câlin » pour toute réponse, comme elle me le reprochait !
Ah ! ses autres fils et filles, je dois dire qu’elle n’y pensait guère ! Elle n’avait que mon nom sur les lèvres en mourant. Et cet Enfant Prodigue, pour passer à un autre sujet, un très mauvais sujet,
Est-ce que vous croyez que c’est vrai qu’il mangeait son bien avec les gloutons et les prostituées ? Ah ! il s’était mis dans des affaires autrement passionnantes !
Des spéculations à faire frire les cheveux sur la tête avec les Carthaginois et les Arabes ! C’est le nom même qui était compromis, vous sentez ?
Croyez-vous que le Père pensait à autre chose qu’à ce fils chéri ? Tout le long des jours. On ne lui en laissait guère le moyen.
DONA PROUHÈZE. ― Qu’entendez-vous par ce « sourire câlin » ?
DON CAMILLE. ― Comme si nous étions d’accord en dessous, comme si tout cela était de complicité avec elle. Un petit clin d’œil, comme ça ! C’est cela qui la mettait hors d’elle-même. Pauvre maman !
Et cependant qui diable m’a fait, je vous prie, si ce n’est elle seule ?
DONA PROUHÈZE. ― Je ne suis pas chargée de vous refaire.
DON CAMILLE. ― Qu’en savez-vous ? Mais c’est peut-être moi qui suis chargé de vous défaire.
DONA PROUHÈZE. ― Ce sera difficile, Don Camille.
DON CAMILLE. ― Ce sera difficile, et cependant vous êtes déjà là qui m’écoutez malgré la défense de votre mari, à travers ce mur de feuilles. J’aperçois votre petite oreille.
DONA PROUHÈZE. ― Je sais que vous avez besoin de moi.
DON CAMILLE. ― Vous entendez que je vous aime ?
DONA PROUHÈZE. ― J’ai dit ce que j’ai dit.
DON CAMILLE. ― Et je ne vous fais point trop horreur ?
DONA PROUHÈZE. ― À cela vous ne pouvez réussir ainsi tout de suite.
DON CAMILLE. ― Dites, personne qui m’écoutez invisible et qui cheminez d’un même pas avec moi de l’autre côté de ce branchage, ce n’est pas tentant ce que je vous offre ?
D’autres à la femme qu’ils aiment montrent des perles, des châteaux, que sais-je ? des forêts, cent fermes, une flotte sur la mer, des mines, un royaume,
Une vie paisible et honorée, une coupe de vin à boire ensemble.
Mais moi, ce n’est rien de tout cela que je vous propose, attends ! je sais que je vais toucher la fibre la plus secrète de ton cœur,
Mais une chose si précieuse que pour l’atteindre avec moi rien ne coûte, et vous vous ennuierez de vos biens, famille, patrie, votre nom et de votre honneur même !
Oui, que faisons-nous ici, partons, Merveille !
DONA PROUHÈZE. ― Et quelle est cette chose si précieuse que vous m’offrez ?
DON CAMILLE. ― Une place avec moi où il n’y ait absolument plus rien ! nada ! rrac !
DONA PROUHÈZE. ― Et c’est ça ce que vous voulez me donner ?
DON CAMILLE. ― N’est-ce rien que ce rien qui nous délivre de tout ?
DONA PROUHÈZE. ― Mais moi, j’aime la vie, Seigneur Camille ! J’aime le monde, j’aime l’Espagne ! J’aime ce ciel bleu, j’aime le bon soleil ! J’aime ce sort que Dieu m’a fait.
DON CAMILLE. ― J’aime tout cela aussi. L’Espagne est belle. Grand Dieu, que ce serait bon si on pouvait la quitter une bonne fois et pour jamais !
DONA PROUHÈZE. ― N’est-ce pas ce que vous avez fait ?
DON CAMILLE. ― On revient toujours.
DONA PROUHÈZE. ― Mais est-ce qu’il existe, ce lieu où il n’y a absolument plus rien ?
DON CAMILLE. ― Il existe, Prouhèze.
DONA PROUHÈZE. ― Quel est-il ?
DON CAMILLE. ― Un lieu où il n’y a plus rien, un cœur où il n’y a pas autre chose que toi.
DONA PROUHÈZE. ― Vous détournez la tête en disant cela afin que je ne voie pas sur vos lèvres que vous vous moquez.
DON CAMILLE. ― Quand je dis que l’amour est jaloux, vous prétendez que vous ne comprenez pas.
DONA PROUHÈZE. ― Quelle femme ne le comprendrait ?
DON CAMILLE. ― Celle qui aime, les poètes ne disent-ils pas qu’elle gémit de n’être pas toute chose pour l’être qu’elle a choisi ? Il faut qu’il n’ait plus besoin que d’elle seule.
C’est la mort et le désert qu’elle apporte avec elle.
DONA PROUHÈZE. ― Ah ! ce n’est pas la mort, mais la vie que je voudrais apporter à celui que j’aime,
La vie, fût-ce au prix de la mienne !
DON CAMILLE. ― Mais n’êtes-vous pas vous-même plus que ces royaumes à posséder, plus que cette Amérique à faire sortir de la mer ?
DONA PROUHÈZE. ― Je suis plus.
DON CAMILLE. ― Et qu’est-ce qu’une Amérique à créer auprès d’une âme qui s’engloutit ?
DONA PROUHÈZE. ― Faut-il donner mon âme pour sauver la vôtre ?
DON CAMILLE. ― Il n’y a pas d’autre moyen.
DONA PROUHÈZE. ― Si je vous aimais, cela me serait facile.
DON CAMILLE. ― Si vous ne m’aimez pas, aimez mon infortune.
DONA PROUHÈZE. ― Quelle infortune si grande ?
DON CAMILLE. ― Empêchez-moi d’être seul !
DONA PROUHÈZE. ― Mais n’est-ce pas cela à quoi vous n’avez cessé de travailler ?
Quel est l’ami que vous n’ayez découragé ? le lien que vous n’ayez rompu ? le devoir que vous n’ayez accueilli avec ce sourire dont vous me parliez tout à l’heure ?
DON CAMILLE. ― Si je suis vide de tout, c’est afin de mieux vous attendre.
DONA PROUHÈZE. ― Dieu seul remplit.
DON CAMILLE. ― Et qui sait, ce Dieu, si vous seule n’étiez pas capable de me l’apporter ?
DONA PROUHÈZE. ― Je ne vous aime pas.
DON CAMILLE. ― Et moi, je vais être si malheureux et si criminel, oui, je vais faire de telles choses, Dona Prouhèze,
Que je vous forcerai bien de venir à moi, vous et ce Dieu que vous gardez si jalousement pour vous, comme s’il était venu pour les justes.
DONA PROUHÈZE. ― Ne blasphémez pas !
DON CAMILLE. ― C’est vous qui me parlez de Dieu ; je n’aime pas ce sujet.
Et croyez-vous que ce soit le Fils prodigue qui ait demandé pardon ?
DONA PROUHÈZE. ― L’Évangile le dit.
DON CAMILLE. ― Moi, je tiens que c’est le Père, oui, pendant qu’il lavait les pieds blessés de cet explorateur.
DONA PROUHÈZE. ― Vous reviendrez aussi.
DON CAMILLE. ― Alors je ne veux pas de musique ce jour-là ! pas d’invités ni de veau gras ! pas de cette pompe publique.
Je veux qu’il soit aveugle comme Jacob pour qu’il ne me voie pas.
Vous vous rappelez cette scène quand Joseph fait sortir tous ses frères afin qu’il soit seul avec Israël ?
Nul ne sait ce qui s’est passé entre eux à ce moment, il y en a pour jusqu’à la fin du monde, de quoi remplir cinq minutes d’agonie !
DONA PROUHÈZE. ― Don Camille, est-ce donc si difficile que d’être tout simplement un honnête homme ? Un fidèle chrétien, un fidèle soldat, un fidèle serviteur de Sa Majesté,
Un très fidèle époux de la femme qui vous aura trouvé ?
DON CAMILLE. ― Tout cela est trop encombrant, et lent, et compliqué,
Les autres éternellement sur nous, j’étouffe ! Ah ! n’en avoir jamais fini de cette prison compacte et de toute cette pile de corps mous !
Tout cela qui nous empêche de suivre notre appel.
DONA PROUHÈZE. ― Quel est donc cet appel irrésistible ?
DON CAMILLE. ― Dites-moi que vous ne l’avez pas ressenti vous-même ? Les moucherons ne sont pas plus faits pour résister à cette extase de la lumière, quand elle pompe la nuit,
Que les cœurs humains à cet appel du feu capable de les consumer. L’appel de l’Afrique !