Partage de midi (page 5)

Paul Claudel · Lettres

Texte français, domaine public · Source : fr.wikisource.org — Partage de midi (1949) · 8 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

Il lui est facile de céder et tout à coup de se trouver abjecte et soumise et attendante ;

Et pesante, et gourde, et interdite entre la main de son ennemi, et incapable de remuer aucun doigt.

Ô mon Mesa, tu n’es plus un homme seulement, mais tu es à moi qui suis une femme,

Et je suis un homme en toi, et tu es une femme avec moi, et je cueille ton cœur sans que tu saches comment.

Et je l’ai pris, et je l’arrange avec moi pour toujours entre mes deux seins !

Et il ne faut pas que je puisse comprendre mon Mesa, et il ne faut pas m’appeler

Par des mots que les autres savent, comme « ma colombe » tantôt,

(Bien que ce soit doux), et « ma bien-aimée » que tu n’as pas dit,

(Et « laide », et « bête », et « vilaine », ce serait plus doux encore),

Mais par de tels mots si drôles, comme il y en a sans aucun bruit,

Que je ne puisse aucunement les comprendre, ou mon nom

Seulement, comme vous le dites, Ysé,

Pour qu’ils ne soient pas ailleurs que dans mon cœur,

Bien lourds comme l’enfant inconnu

Qu’on porte lorsque l’on est grosse.

MESA

Je ne vous gronderai plus, Ysé.

YSÉ

Bien vrai ? Vous êtes content maintenant, professeur ? Vous ne me ferez plus de réprimande ?

MESA

Pauvre docteur que j’ai été !

YSÉ

Ai-je bien ou non

Profité de vos leçons, professeur ? Dis, petit Mesa,

Est-ce qu’il n’est pas meilleur

De ne plus se retrouver supérieur à personne, mais ce qu’il y a de plus faible,

Un homme entre les bras d’une femme, comme une chose par terre

Qui ne peut plus tomber, rien qu’un pauvre homme à la fin entre mes bras.

MESA

Ah, je ne suis pas un homme fort ! ah, qui dit que je suis un homme fort ? mais j’étais un homme de désir,

Désespérément vers le bonheur, désespérément vers le bonheur et tendu, et aimant, et profond, et descellé !

Et qui dit que tu es le bonheur ? ah, tu n’es pas le bonheur ! tu es cela qui est à la place du bonheur !

J’ai frémi en te reconnaissant, et toute mon âme a cédé !

Et je suis comme un homme qui s’abat sur le visage, et je t’aime, et je dis que je t’aime, et je n’en puis plus,

Et je t’épouse avec un amour impie et avec une parole condamnée,

Ô chère chose qui n’es pas le bonheur !

Moi, pas plus que l’arbre ou la bête sacrée leur femelle,

Je n’ai langue pour t’appeler une femme, mais seulement que tu es présente,

Comme quelqu’un qui est précédé par le sommeil, à l’instant que tout trahit !

Ainsi le travailleur d’or sous la lampe, tu arrives avec le souffle de minuit qui amène un papillon blanc.

YSÉ, le caressant.

Mesa n’est plus qu’un homme qui vous aime.

MESA

Un homme et qui est pris.

YSÉ

Un homme et qui est à moi.

Toute la pièce sous la main que je tiens sur ton épaule comme une grosse bête assommée.

Et moi, est-ce que je suis un homme ?

Elle rit aux éclats.

MESA

Ne soyez pas une folle.

YSÉ

Répands ! est-ce que je suis un homme ?

MESA

Tu es une femme.

YSÉ

Et cependant j’ai des bras et des jambes comme un autre et je puis répondre quand tu parles. Mais c’est bien meilleur et plus beau et plus gentil.

Mais dis la vérité et s’il est vrai que tu n’as jamais connu aucune femme ?

MESA

Si tu veux. Cela est vrai.

YSÉ

Cela est vrai, Mesa ?

MESA

Cela est vrai.

YSÉ

Je suis contente.

Contente d’être tout

Pour toi, contente d’avoir tout pour moi.

Mais quoi, montre-moi tes yeux

Qui ont la couleur des miens et ne les tiens pas ailleurs un moment !

Et cela me donne confusion et désir, de voir tes yeux.

Et moi, regarde-moi aussi, me voici,

Et regarde chaque chose bien comme un vase que tu viens d’acheter,

Et que tu fais reluire au soleil, et l’émail, et ce défaut que l’on éprouve avec l’ongle,

Et la marque du fabricant.

MESA

Tu es radieuse et splendide ! tu es belle comme le jeune Apollon !

Tu es droite comme une colonne ! tu es claire comme le soleil levant !

Et où as-tu arraché sinon aux filières mêmes du soleil d’un tour de ton cou ce grand lambeau jaune

De tes cheveux qui ont la matière d’un talent d’or ?

Tu es fraîche comme une rose sous la rosée ! et tu es comme l’arbre Cassie et comme une fleur sentante ! et tu es comme un faisan, et comme l’aurore, et comme la mer verte au matin pareille à un grand acacia en fleurs et comme un paon dans le paradis.

YSÉ

Certes il convient que je sois belle

Pour ce présent que je t’apporte.

MESA

Une chose inestimable en effet.

YSÉ

Une chose encombrante, Mesa, une chose énorme et difficile à loger,

Et qu’un homme sage n’acceptera point dans sa maison !

MESA

Je ne suis pas un homme sage.

YSÉ

C’est l’amour, Mesa, et je ne l’appellerai point une chose bonne et usagère, et l’on plaint ce fou qui ne sait point s’en servir

À tempérament pour son plaisir et le bien de son ménage comme le feu bien fait

Qui cuit la soupe et qui fond l’or sous le chalumeau.

Sais-tu bien ce que tu fais, Mesa ?

MESA

Je ne sais que toi, Ysé.

YSÉ

D’un côté Ysé, et de cet autre,

Tout moins que je n’y suis pas.

MESA

Je te préfère, Ysé !

YSÉ

Ô parole comme un coup à mon flanc ! ô main de l’amour ! ô déplacement de notre cœur !

Ô ineffable iniquité ! Ah viens donc et mange-moi comme une mangue ! Tout, tout, et moi !

Il est donc vrai, Mesa, que j’existe seule et voilà le monde répudié, et à quoi est-ce que notre amour sert aux autres ?

Et voilà le passé et l’avenir en un même temps

Renoncés, et il n’y a plus de famille, et d’enfants et de mari et d’amis,

Et tout l’univers autour de nous

Vidé de nous comme une chose incapable de comprendre et qui demande la raison ?

MESA

Il n’y a pas de raison que toi-même.

YSÉ

Moi, je comprends, mon bien-aimé,

Et je suis comprise, et je suis la raison entre tes bras, et je suis Ysé, ton âme !

Et que nous font les autres ? mais tu es unique et je suis unique.

Et j’entends ta voix dans mes entrailles comme un cri qui ne peut être souffert,

Et je me lève vers toi avec difficulté comme une chose énorme et massive et aveugle et désirante et taciturne.

Mais ce que nous désirons, ce n’est point de créer, mais de détruire, et que ah !

Il n’y ait plus rien d’autre que toi et moi, et en toi que moi, et en moi que ta possession, et la rage, et la tendresse, et de te détruire et de n’être plus gêné

Détestablement par ces vêtements de chair, et ces cruelles dents dans mon cœur,

Non point cruelles !

Ah, ce n’est point le bonheur que je t’apporte, mais ta mort, et la mienne avec elle,

Mais qu’est-ce que cela me fait à moi que je te fasse mourir,

Et moi, et tout, et tant pis ! pourvu qu’à ce prix qui est toi et moi,

Donnés, jetés, arrachés, lacérés, consumés,

Je sente ton âme, un moment qui est toute l’éternité, toucher,

Prendre

La mienne comme la chaux astreint le sable en brûlant et en sifflant !

MESA

Ysé !

YSÉ

Me voici, Mesa. Pourquoi m’appelles-tu ?

MESA

Ne me sois plus étrangère !

Je lis enfin, et j’en ai horreur, dans tes yeux le grand appel panique !

Derrière tes yeux qui me regardent la grande flamme noire de l’âme qui brûle de toutes parts comme une cité dévorée !

La sens-tu bien maintenant dans ton sein, la mort de l’amour et le feu que fait un cœur qui s’embrase ?

Voici entre mes bras l’âme qui a un autre sexe et je suis son mâle.

Et je te sens sous moi passionnément qui abjure, et en moi le profond dérangement

De la création, comme la Terre

Lorsque l’écume aux lèvres elle produisait la chose aride, et que dans un rétrécissement effroyable

Elle faisait sortir sa substance et le repli des monts comme de la pâte !

Et voici une sécession dans mon cœur, et tu es Ysé, et je me retourne monstrueusement

Vers toi, et tu es Ysé !

Et tout m’est égal, et tu m’aimes, et je suis le plus fort !

YSÉ

Je suis triste, Mesa. Je suis triste, je suis pleine ;

Pleine d’amour. Je suis triste, je suis heureuse.

Ah, je suis bien vaincue, et toi, ne pense pas que je te laisse aller, et que je te lâche de ces deux belles mains !

Et à la fin ce n’est plus le temps de rien contraindre, ô comme je me sens une femme entre tes bras,

Et j’ai honte et je suis heureuse.

Et tantôt regardant ton visage, au mien

Je sens comme un coup de honte et de flamme,

Et tantôt comme un torrent et un transport

De mépris pour tout et de joie éclatante

Parce que je t’ai et que tu es à moi, et je l’ai, et je n’ai point honte !

MESA

Ysé, il n’y a plus personne au monde.

YSÉ

Personne que toi et moi. — Regarde ce lieu amer !

MESA

Ne sois point triste.

YSÉ

Regarde ce jardin maudit !

MESA

Ne sois point triste, ma femme ?

YSÉ

Est-ce que je suis ta femme et ne suis-je pas la femme d’un autre ?

Ne me fais point tort de ce sacrement entre nous.

Non, ceci n’est pas un mariage

Qui unit toute chose à l’autre, mais une rupture et le jurement mortel et la préférence de toi seul !

Et elle, la jeune fille,

La voici qui entre chez l’époux, suivie d’un fourgon à quatre chevaux bondé, du linge, des meubles pour toute la vie.

Mais moi, ce que je t’apporte aussi n’est pas rien ! mon nom et mon honneur,

Et le nom et la joie de cet homme que j’ai épousé,

Jurant de lui être fidèle,

Et mes pauvres enfants. Et toi,

Des choses si grandes qu’on ne peut les dire.

Je suis celle qui est interdite. Regarde-moi, Mesa, car je suis celle qui est interdite.

MESA

Je le sais.

YSÉ

Et est-ce que je suis pour cela moins belle et désirable ?

MESA

Tu ne l’es pas moins !

YSÉ

Jure !

Et moi, je jure que tu es à moi et que je ne te laisserai point aller et que je suis à toi,

Oui, à la face de tout, et je ne cesserai point de t’aimer, oui, quand je serais damnée, oui, quand je serais près de mourir !

Et qu’on me dise de ne plus t’aimer.

MESA

Ne dis point des paroles affreuses !

YSÉ

Et voici d’autres paroles :

Il faut que cet homme que l’on appelle mon mari et que je hais

Ne reste point ici, et que tu l’envoies ailleurs,

Et que m’importe qu’il meure, et tant mieux parce que nous serons l’un à l’autre.

MESA

Mais cela ne serait pas bien.

YSÉ

Bien ? Et qu’est-ce qui est bien ou mal que ce qui nous empêche ou nous permet de nous aimer ?

MESA

Je crois que lui-même

Désire aller dans ce pays dont je lui ai parlé.

YSÉ

Il te demandera de rester ici

Mais il ne faut pas le lui permettre et il sera bien forcé de faire ce que tu veux,

Et il faut l’envoyer ailleurs, que je ne le voie plus !

Et qu’il meure s’il veut ! Tant mieux s’il meurt ! Je ne connais plus cet homme.

Le voici.

‌

☆

Entre de Ciz.

DE CIZ

Bonjour.

Les deux hommes se prennent la main.

YSÉ

Mesa, voici mon mari qui a à voir par ici pour ses affaires

Qui ne vous regardent pas.

Et, Ciz, voici Monsieur le Commissaire des Douanes, regardez-le bien,

Qui se méfie et tient un œil sur vous, on ne peut pas lui en faire accroire.

Il m’ennuie ; puisque vous êtes là, gardez-le, je m’en vais.

Je vais voir, mon grass cloth, le bleu et blanc, vous savez ? l’adresse que vous m’avez donnée, Mesa, le gros Cantonais,

Ah Fat, — ah, mon Dieu ! c’est Ah Toung que je veux dire.

Adieu, Ciz.

DE CIZ

Adieu.

Il veut lui donner la main, mais elle lui tend la joue et il l’embrasse.

YSÉ

Adieu Mesa.

Elle lui donne la main.

Il faut venir me voir, pendant que mon mari est parti. Je suis veuve !

Elle sort.

‌

☆

MESA

Comment vont les affaires, Ciz ?

DE CIZ

Doucement. Drôle de pays. Tout vient autrement qu’on ne le croit.

MESA

Et est-il vrai que vous connaissez cet Ah Fat ?

DE CIZ

Je ne le connais point.

MESA

Je vous en loue. Il n’y a rien à gagner avec les Chinois. Vous vous en apercevrez.

L’on me dit que vous partez. Où allez-vous ?

DE CIZ

Demain…, peut-être — je ne sais au juste. Je vais à Manille.

MESA

Eh bien, je vous conduirai au bateau.

DE CIZ

N’en faites rien ! Je vous en prie ! On part de bonne heure.

MESA

Et avez-vous réfléchi à ce que je vous ai dit l’autre jour ?

DE CIZ

J’y ai pensé.

MESA

Et qu’avez-vous décidé, car il faut que je le sache.

DE CIZ

Eh bien, c’est ma femme qui le veut ; je ne puis la laisser ainsi.

Évidemment ce n’est pas brillant, mais c’est régulier ; je crois

Que j’accepterai cette proposition que vous m’avez faite

Si aimablement, cette place.

MESA

C’est ferme ?

DE CIZ

C’est ferme.

MESA

Je vais donc m’en occuper. Je crois que vous avez pris le bon parti.

DE CIZ

Je l’espère. Moi, ce n’est pas ce que je rêvais !

MESA

Je le sais, vous êtes un poète, un homme d’imagination ! Mais vous avez charge de famille :

Il faut voir le positif et le sûr.

DE CIZ

C’est ce que je m’entends dire tout le jour.

MESA

Il me faut quelqu’un maintenant pour le chemin de fer. Du courage, voilà ce qu’on demande, du sens, de l’initiative.

Quelqu’un dans le genre d’Amalric. Avez-vous de ses nouvelles ?

DE CIZ

Je crois qu’il a rejoint sa plantation.

MESA

Voilà un homme !

DE CIZ

C’est un hâbleur brutal.

MESA

Vous avez d’autres qualités. Vous êtes souple et fin. Vous auriez fait avec les indigènes.

C’est pour cela que j’avais pensé à vous.

DE CIZ

Et quelle est cette place que vous me proposez aux Douanes ?

MESA

Ah,

Là il ne s’agit point d’hommes à conduire, d’une œuvre à faire.

Il ne faut qu’être ponctuel.

Si encore on pratiquait soi-même,

Usant de la longue aiguille ou de force à grands coups de maillet

Vous faisant sauter une planche, ou prélevant avec la pipette l’échantillon,

C’est un métier de connaisseur d’hommes, au plus serré de qui la bourse,

Mais l’employé agencé à une table exerce tristement son fisc.

Mais il ne s’agit pas de votre goût,

Mais de votre pain à gagner et des vôtres.

DE CIZ

}e ne suis pas une machine ! Si cette mission réussit, ma vie est faite.

MESA

Il ne faut plus y penser.

DE CIZ

Laissez-moi le temps de réfléchir encore.

MESA

Non, Ciz, croyez-moi.

Le pays est mauvais, les pirates, la misère, la fièvre des bois.

Moi, je n’hésiterais pas, mais je ne suis pas marié. Madame de Ciz

M’a recommandé de ne pas vous laisser partir. Pourtant ce n’est qu’un an ou deux à passer.

DE CIZ

Ma femme n’a rien à voir là et je sais ce que j’ai à faire.

Mesa, je suis votre homme, je partirai.

MESA

Donnez-vous le temps de réfléchir.

DE CIZ

C’est tout réfléchi. Je ne change point d’avis aisément.

MESA

C’est donc vous seul qui le voulez. Vous partez contre mon sens et mon conseil.

DE CIZ

C’est entendu, Mesa, je vous donne quittance.

MESA

Qu’il en soit donc ce que vous voulez.

DE CIZ

Ah, vous êtes un ami pour moi !

MESA

Un sincère ami.

DE CIZ

Un bon, un sincère ami !

MESA

Vous n’en trouverez pas un pareil.

Ils sortent.

ACTE TROISIÈME

L’action est dans un port du Sud de la Chine, au moment d’une insurrection.

Maison construite dans l’ancien style « colonial » du temps des « princes-marchands » ; une vaste pièce au premier étage. Elle est tout entourée de larges vérandas. Au dehors d’énormes banyans, à leurs branches pendent des paquets de racines pareilles à de longues chevelures noires.

Traces d’un siège qui vient d’être soutenu, sacs de terre, fenêtres obstruées avec des matelas. Cependant, comme s’il ne valait plus la peine de se défendre, on a débouché plusieurs baies de côtés différents. D’une part on aperçoit les deux bras d’un fleuve couvert de bateaux, et, derrière, entourée de sa muraille crénelée, une immense ville chinoise avec ses portes et ses pagodes. D’autre part, vers le couchant, la rizière et de belles montagnes bleues. De temps en temps on entend des batteries de gongs et des détonations de pétards et d’armes à feu, et par bouffées la musique d’un théâtre au loin avec les cris sauvages des acteurs.

Le soleil se couche. De longs rayons rouges passant à travers le mur de feuilles des banyans traversent la pièce déserte. Au milieu un grand lit de cuivre entouré de sa moustiquaire. Entre deux fenêtres une coiffeuse avec sa psyché, et de l’autre côté une armoire à glace. Affaires de femme : une lampe à esprit, des robes suspendues. Et ça et là des choses d’homme, de gros souliers, une pipe, et sur une table un fusil de guerre avec les culots de cuivre des cartouches tirées épars.

‌

On entend un moment dans la pièce voisine de faibles cris d’enfant qui s’apaisent. Entre Ysé vêtue d’un large peignoir de laine blanche, les cheveux en une longue tresse sur le dos. Elle arrive devant la psyché et se regarde de face et de profil, et les dents, écartant ses lèvres avec le petit doigt. Puis elle s’assied et se polit méditativement les ongles.

Bruit de pas. Entre Amalric.

Elle se tourne à demi vers lui sans le regarder et lui tend les bras. Ils s’embrassent longuement, et comme il veut se relever elle le retient violemment. Il pousse une exclamation.

AMALRIC

Aïe !

YSÉ

Je t’ai fait mal, mon chéri ?

AMALRIC

C’est rien. Ces vieilles pétoires

Ont un recul absurde. J’ai l’épaule démanchée.

Avec cela je suis sale comme un cochon ; je m’en vais prendre un bain tout à l’heure.

YSÉ

Je t’aime.

AMALRIC

Et voilà le soleil qui se couche, Ysé.

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