Partage de midi (page 6)

Paul Claudel · Lettres

Texte français, domaine public · Source : fr.wikisource.org — Partage de midi (1949) · 8 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

YSÉ

Cela m’est égal.

AMALRIC

Il part.

Vois-tu, c’est fini. On ne nous le ramènera plus.

YSÉ

C’était un brave soleil.

Il n’y a rien à dire. Il nous a fait bon service.

Et puis il n’y en a pas d’autre. C’est triste

De se quitter, et lui, le voilà comme une grande bête jaune

Qui allonge sa tête sur votre épaule et que l’on caresse doucement de la joue. Adieu, mon beau soleil !

Et il est vrai que nous allons mourir, Amari ?

AMALRIC

Je suis obligé d’en convenir.

YSÉ

Pas le plus petit moyen d’échapper ?

AMALRIC

Aucun. Nous sommes dans une trappe.

Ils nous ont ménagés jusqu’ici. Ils m’aiment dans le fond. Ils ne sont pas méchants.

Mais maintenant que les camarades y ont passé,

C’est notre tour, il n’y a rien à faire.

YSÉ

Mais ils ne nous auront pas vivants ?

AMALRIC, clignant de l’œil.

N’aie crainte !

YSÉ

Ah !

J’ai encore dans l’oreille ces horribles cris

Quand ils ont forcé le Club hier. Comme cela a pris feu tout à coup ! et cette femme qui a sauté du toit !

Ah ! il était horrible de voir ces corps jaunes

Grouillant tous ensemble comme une galette de vers !

Et l’on dirait qu’ils n’ont point du vrai sang,

Mais comment est-ce que tu dis ? du latex, comme tu m’expliquais pour le caoutchouc,

Le lait de ces affreuses plantes de décombres !

AMALRIC

Ô blanche entre les blanches ! C’est drôle, moi je les aime !

Ça vous remplit un bateau comme du blé en vrac, c’est-à-dire que ça coule dedans, quoi ! Pas de vide avec eux !

Mon recrutement marchait fameusement. Mais Adios ! Fini, le coprah ! fini, le caoutchouc ! Fameuse idée que j’ai eue de venir ici !

Il soupire.

YSÉ

Tu ne me laisseras pas prendre vivante. — Écoute !

Elle lui saisit le poignet.

Rumeur au dehors qui s’apaise peu à peu et l’on n’entend plus que le théâtre chinois menant son train.

Écoute ! c’est bien ta ! ta ! qu’ils crient ? Mais oui. Ta ! ta ! Tu entends ?

AMALRIC

Ça n’est rien ! ce n’est pas la peine de m’enfoncer les ongles dans la peau.

C’est quelque missionnaire que l’on coupe en deux,

Ou quelque bonne dame protestante que l’on est en train de déguster.

YSÉ

Ils ne vont pas venir ici ?

AMALRIC

Rien à craindre, je te dis, ils ont été trop bien reçus l’autre jour.

Et puis il y a quelque diablerie, mon ancien boy est venu ce dernier soir,

Je ne sais quel jour du renard ou du cochon.

Et demain, demain il sera trop tard ! Plus personne !

Ftt ! Partis, les Yang koui tze ! envolés !

YSÉ

Tu as bien pris tes mesures ?

AMALRIC

Fameuse chose que cette gélatine ! tu as bien vu l’autre jour lorsque ma mine a sauté, j’ose dire que c’était de bel ouvrage.

Ça vous déracinera la cambuse comme un petit volcan !

Hein, c’est beau ? ça vaut mieux que de crever sur une pelle en porcelaine.

Nous ne mourrons pas, nous disparaîtrons dans un coup de tonnerre !

Pêle-mêle, corps et âme,

Avec le fonds de commerce et le mobilier et tout le tremblement, nous péterons par la toiture !

Le chien, les chats, et toi, et moi, et le bâtard avec !

YSÉ

(Elle lui lance un regard terrible.)

AMALRIC

Ciel ! quel regard ! Ça m’amuse de vous dire ces petites choses.

Il vous passe alors quelque chose sur le visage

Comme la flamme d’un coup de canon que l’on n’entend pas

Parce que c’est trop loin. Ne vous fâchez pas.

YSÉ

Je sais que tu m’aimes.

AMALRIC

Et que j’aime cet enfant aussi ?

YSÉ

Je le sais.

AMALRIC

Comme si je l’avais fait. Il n’a plus d’autre père que moi.

Je t’ai prise et je l’ai pris avec, et tu es à moi et il est à moi et voilà la fin de l’histoire.

Quand je t’ai retrouvée encore sur ce bateau, « Ah non, ai-je dit,

Assez de plaisanteries cette fois. Voilà encore qu’elle me revient sous le nez !

Il faut en finir. » Jamais je ne vous ai vue plus jolie.

Tant pis ! tu n’avais pas qu’à être la plus faible.

Oui, oui, malgré tes regards de tigresse, tu sais que je suis le plus fort, comme cela est écrit.

Je ne t’ai point demandé ton avis. Cette fière Ysé !

Avec ses chapeaux, et sa chaise longue, et ses éclats de rire, et ses airs de reine,

On l’a prise tout de même, et la voilà qui suit, bien soumise et bien fidele,

Avec un grand diable d’homme qui marche le premier.

Et le mari, il n’y en a plus, et les enfants, c’est comme des petits chats morts, et le dernier amant,

Comme un fruit que l’on a fini de manger, et l’on s’essuie la bouche, il y reste encore comme un petit goût,

Et les doigts dans le finger bowl où il y a un petit bout de citron.

YSÉ

Tu sais que ce n’est pas vrai ! Tu sais que je ne suis pas si mauvaise ! Tu sais que j’aime mes enfants !

Tu sais que je pensais les avoir ! Tu disais que je pourrais les reprendre !

AMALRIC

Ciel ! que de choses j’ai dites que je ne savais pas !

YSÉ

Et me voici avec toi !

AMALRIC

Pauvre Ysé ! C’est malheureux d’être une pauvre femme !

Il se lève et la baise sur la tempe.

Fais-moi du thé.

Il se dirige vers la fenêtre et, cependant qu’Ysé s’occupe à préparer le thé, il regarde, la main au-dessus de ses yeux.

Rien que la rizière qui verdoie et que la rivière qui flamboie.

Voici la marée de la nuit qui monte.

Il se retourne et l’aperçoit qui sanglote près de la bouilloire, la tête entre ses bras.

Qu’est-ce qu’il y a, mon pigeon ?

YSÉ

Ô Amalric, que tu es dur ! Ô Dieu, Dieu ! ô Ciel, que c’est dur !

AMALRIC

Ne pleure point, petit enfant.

Elle lui prend la main qu’elle applique sur son front. Elle s’apaise peu à peu. Pause.

AMALRIC

Voilà l’eau qui va déborder.

Elle se lève, met le thé dans la théière, verse l’eau.

AMALRIC, assis, la regardant.

Quelle bonne femme d’intérieur tu aurais faite ?

YSÉ

N’est-ce pas, mon chéri ? J’étais faite pour vivre tranquille et bien défendue

Comme toutes les femmes. Tu vois que je suis une bonne femme pour toi.

AMALRIC

Cela est vrai, Ysé.

YSÉ

Ah, c’est bien bon de penser que nous allons mourir et que personne ne peut plus entrer et que tout est fermé sur nous !

Il n’y a plus personne pour m’injurier et me faire honte.

Ô tout ce que j’ai fait ! Est-ce moi ou est-ce une autre ?

Mon mari, trompé, quitté, mes enfants, mes pauvres enfants,

Je les laisse, je ne sais pas même où ils sont, et ce misérable homme que j’aimais

Et qui m’aimait, plus que sa vie, à peine quitté, je le trahis, je me livre à toi

Avec son enfant que je portais dans mon sein.

AMALRIC

Le fait est que Mesa a dû être surpris.

YSÉ

Il sait tout maintenant. Ô quelle honte ! Ô ces dernières lettres que j’ai reçues avant que le port fût fermé !

Je ne suis qu’une pauvre femme. Qu’est-ce que je sais ! Qu’est-ce que je puis faire ?

Ah, une femme comme moi, il est préférable qu’elle meure et qu’elle ne fasse plus de mal à personne.

AMALRIC, à voix basse.

Tu n’as mis qu’une tasse ?

YSÉ

Il ne reste plus qu’une pincée de thé. Ce n’est pas bien bon, mon pauvre chéri.

Pour moi, je n’ai plus faim ni soif. Bois, ami !

Et le lait, tu peux prendre tout ce qui reste dans la boîte. L’enfant n’en a plus besoin.

Pour moi, j’ai faim et soif de mourir

Afin de ne plus exister et que personne ne me méprise.

AMALRIC

Et de quoi te mépriserait-on ?

YSÉ

Tu es bon, Amalric.

Je sais que je n’ai rien fait de mal. Quand je réfléchis et que tu m’expliques,

Je vois bien que j’ai fait ce qu’il fallait et que les choses ne pouvaient être autrement.

Et pour Mesa, je lui ai rendu service en le quittant, comment a-t-il su où j’étais ?

Mais que veux-tu, Amari, l’on a beau se raisonner, c’est trop !

Il y a des moments où c’est trop, et c’est trop, et c’est trop, et c’est assez, et je n’en puis plus, et je suis trop seule, arrachée, arrachée à ce que j’aime !

Et je suis trop malheureuse, et je suis trop punie, et je prie de mourir, et je suis contente de mourir !

AMALRIC

Est-ce que cela est si dur, Ysé ?

YSÉ

Non ce n’est pas dur, mon cœur ! non, ce n’est pas dur, mon cœur !

Non cela n’est pas dur avec toi. Je ne regrette rien, je suis contente.

Oui, cela m’est égal, et ce que j’ai fait,

Je le ferais encore, et je n’ai plus d’enfants, et je n’ai plus d’amis,

Et je suis en horreur à tous, et je vais mourir, et je suis contente

Qu’il n’y ait plus rien, que toi tout seul

Pour moi, et moi toute seule avec toi,

Mon cœur ! Non, mon cœur, ce n’est pas dur !

Et cependant il est terrible d’être morte.

Elle se trouble. Il lui prend la main.

Et, Amalric, est-ce que vraiment il n’y a point de Dieu ?

AMALRIC

Pour quoi faire ? S’il y en avait un, je te l’aurais dit.

YSÉ

Il n’y en a donc pas. Et je n’ai rien à me reprocher.

Et ce que j’ai fait, je le ferais encore. C’est la faute à cet homme que j’ai épousé.

Et cependant il y a des moments où, tu sais, c’est comme quand on sent que quelqu’un vous regarde

Sans relâche, et l’on ne peut échapper, et quoi qu’on fasse,

Par exemple si l’on rit ou que tu m’embrasses, il est témoin. Il nous regarde en ce moment.

Et, mon Dieu, est-ce que c’est bien digne de vous ? et qu’il y a besoin avec une femme de quelque chose de si solennel et sérieux ?

Un petit moment encore, et, patience, nous ne serons plus là !

Oui, Amalric, dès que l’on marche, le pied sonne,

Et c’est comme quand on marche dans la nuit et l’on ne voit pas ;

Mais on entend qu’il y a un mur à droite quelque part

AMALRIC

Voilà le langage de Mesa. Ce sont des rêveries absurdes.

Que ton Dieu nous regarde, pour lui il ne nous regarde pas.

Je t’ai sauvée de ce Mesa ; toi et moi,

Nous ne sommes pas des créatures de rêves, mais de réalité.

Voilà le soleil qui se couche. Est-ce qu’un homme peut vivre sans le soleil ? C’est comme s’il en était partie.

Silence.

YSÉ

Il m’a écrit des lettres affreuses ! Mais il est injuste avec moi.

Et pour cet enfant de lui qui est à moi

Que je portais dans mon sein, il est à moi, qu’est-ce que cela fait à un homme ?

Mais je savais que je lui faisais du mal et je l’ai quitté. Oui, je me suis sacrifiée pour lui.

Et moi, il me menait je ne sais où et je veux vivre ! et je t’ai rencontré sur le bateau,

Et je me suis accrochée à toi, et je pensais que tu étais la vie et que tu me sauverais et que je pourrais vivre avec toi

Sainement et honnêtement, sincèrement, raisonnablement.

AMALRIC

Et bien ! c’est drôlement la vie, que vous avez trouvée !

YSÉ

C’est aussi bien. Je suis dans la règle. D’un seul coup

Je meurs toute la vie que je t’avais donnée, avec toi !

Mais lui,

Pourquoi est-ce qu’il m’a fait partir, dès qu’il a su que j’étais prise ? est-ce qu’il aurait dû me laisser un moment ?

Je sais que je lui étais à charge.

Il est bien vrai qu’il me fallait partir.

— Et je lui demandais s’il était heureux, et il me regardait de son air de mauvais prêtre.

AMALRIC

Est-ce qu’il t’a aimée réellement ?

YSÉ

Comme tu ne m’aimeras jamais. Et je l’aimais

Comme je ne t’aime pas, c’est le devoir qui m’attache à toi, car je suis une femme loyale, et je sais ce que j’ai fait.

Mais avec lui c’était le désespoir et le désir, et un souffle tout à coup, et une espèce de haine, et la chair qui se retire, et force du fond de mes entrailles comme de l’enfant qu’on s’arrache !

Tu m’as vaincue, mais tu ne sais ce que c’est qu’une femme qui n’est point vaincue.

Et ce désert qu’on est, et la soif, et la misère de l’amour, et cela que l’autre soit vivant, et le moment où l’on se regarde dans les yeux, et ce que c’est quand on vous fourre une âme avec la vôtre !

Un an.

Un an cela dura ainsi et je sentais qu’il était captif,

Mais que je ne le possédais pas, et quelque chose en lui d’étranger

Impossible.

Qu’a-t-il donc à me reprocher ? parce qu’il ne s’est pas donné, et moi, je me suis retirée.

Et moi je voulais vivre aussi, et revoir ce soleil de la terre, et revivre, revivre

La vie qui est celle de tous et sortir de cet amour qui est la mort !

Et cela est arrivé : j’accepte tout.

AMALRIC

Je t’aime, Ysé.

YSÉ

Oui.

Il la baise sur sa tête baissée.

AMALRIC

Et maintenant je m’en vais faire ma ronde et tout arranger.

Et voici cette nuit qui est encore à nous.

Il sort.

‌

☆

Et Ysé fait lentement sa toilette du soir. Elle détache lentement les épingles d’argent et les peignes d’écaille et la masse des cheveux ruisselle sur ses épaules et sur le dossier de la chaise.

Bruit au dehors. Pas dans l’escalier. Ysé prête l’oreille et tressaille violemment. Les pas s’arrêtent derrière la porte. Ysé demeure rigide.

La porte s’ouvre. Elle ne tourne point la tête. On voit la forme sombre d’un homme qui se reflète dans le miroir à travers le tissu vaporeux de la moustiquaire. Il demeure un moment immobile.

Entre Mesa. Il fait quelques pas et se tient debout à quelque distance de la chaise où Ysé est assise. Elle ne fait pas un mouvement.

MESA, à demi-voix.

C’est moi, Ysé. Je suis Mesa.

Silence.

C’est moi.

Long silence.

… toutes mes lettres depuis un an.

N’as-tu pas reçu toutes mes lettres depuis un an ? Pourquoi ne pas m’avoir répondu,

Rien ! pas un seul mot, pas une seule petite ligne !

Dis, que t’ai-je fait, ma chérie ? pourquoi me faire souffrir ainsi ce que j’ai souffert !

Que t’ai-je fait, ma bien-aimée ? Mais à la fin c’est toi, et cela me suffit ! C’est toi.

Et je ne demande rien, et je ne reproche rien. C’est toi, mon âme ! je te vois, ma bien-aimée ! c’est toi, et cela me suffit. Je t’aime, Ysé !

C’est vrai, j’ai désiré de désir que tu partisses ! j’étais faux et tu l’as deviné,

Et j’ai vu que je ne pouvais me passer de toi, et tu es mon cœur, et mon âme, et le défaut de mon âme,

Et la chair de ma chair, et je ne puis pas être sans Ysé,

Et je ne crois point ce que l’on m’a dit. Ô les choses affreuses que l’on m’a dites ! Ô que j’ai souffert, Ysé ! Eh quoi ! pas un mot de toi, cruelle !

Et je ne crois point ce que l’on m’a dit. Et je te retrouve dans cette maison. Et je sais que tu vas tout m’expliquer.

Pardonne ces dernières lettres affreuses, j’étais fou ! Non, je ne le crois pas, que tu ne m’aimes plus ! Non, Ysé, je ne le crois pas ! Non, non, mon cœur ! Non, mon cœur ! Non, mon cœur !

Parle seulement, mon amour, et tourne-toi vers moi, et dis-moi une parole afin que je l’entende et que je meure de joie,

Parce que je t’avais perdue et voici que je t’ai retrouvée !

Silence.

Que t’ai-je fait ? pourquoi me traites-tu ainsi ?

Ne répondant pas, comme si je n’existais plus.

Ah moi dans la demeure des morts je reconnaîtrais mon unique ! Ysé, Ysé !

N’entends-tu point le son de ma voix ? que t’ai-je fait, Ysé ?

Qu’as-tu fait ? que t’ai-je fait, cœur de fer ? Parle, qu’as-tu à me reprocher ? Comment ai-je mérité

Cela ? Qu’y a-t-il que je ne t’ai donné ? dis la chose que j’ai réservée !

Mon corps, mon âme.

Mon âme pour en faire ce que tu veux, mon âme comme si elle était à moi, et tu l’as prise,

Comme si tu savais ce que c’est.:

Et si je t’ai fait partir, tu sais bien qu’il le fallait.

Et toi-même, tu le disais, puisque Ciz était absent, et nous aurions tout arrangé.

Et il ne s’agissait que de quelques mois et je te rejoignais ensuite.

Ô ces mois où je ne savais où tu étais, pas un mot, pas un mot de toi, cruelle !

Mais maintenant je t’apprends que Ciz est mort et je puis te prendre pour ma femme.

Et nous pouvons nous aimer sans secret et sans remords.

Eh quoi ! tu ne m’entends plus ? Est-il vrai, Ysé ? Tu ne m’aimes plus, Ysé ? J’ai reçu une lettre affreuse !

Non, Ysé, je ne le crois pas ! Non, mon cœur, je ne le crois pas ! Non, mon âme, je ne le crois pas ! Non, non, n’est-ce pas ?

Ah, et puis cela ne fait rien, et j’ai tout oublié, et je ne veux rien savoir !

Mais tu es ici et tu es ma bien-aimée, et viens seulement, et je saurai bien te reprendre, et qui est-ce qui t’arrachera de mon cœur ?

Lève-toi et je te sauverai, je sauverai Ysé de la mort, car tu vois que je suis venu jusqu’à toi.

Silence.

Ne me crois-tu pas ? je suis un vieux Chinois, je connais les choses secrètes.

Et j’ai un signe sur moi que tous respectent. Viens çà, prends ton enfant,

Entends-tu ? Est-ce peu de chose que la vie ? Viens. C’est la vie que je t’apporte.

Silence.

Viens, je te sauverai. Et si tu ne veux plus de moi, laisse

Moi du moins te ramener à tes enfants.

Silence.

Ainsi, cela est vrai ! ainsi, ainsi cela est vrai !

Ainsi, ainsi, cet homme,

Tu l’aimes, et moi, tu ne m’aimes plus, mais tu me hais ! Tu l’aimes et couches avec lui,

Et la mort, la mort avec lui,

Tu la préfères, plutôt que la vie avec moi.

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