Le Pédagogue (page 10)

Clément d'Alexandrie · Doctrine

Texte français, domaine public · Source : remacle.org — pedagogue1–6.htm — trad. de Genoude 1839 · 18 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

« Race indocile et rebelle, dit David; race dont le cœur n'a pas été droit et dont l'esprit n'a pas été fidèle au Seigneur. »

Telles sont les causes qui appellent enfin le châtiment ; mais la bonté de Dieu retarde, autant qu'elle peut, l'heure de la justice, afin de laisser au coupable un dernier moment pour la désarmer et éviter la mort. Voyez la cause de ces menaces : ils ont oublié ses bienfaits et les miracles qu'il a manifestés. Quand il les frappait, alors ils le cherchaient, ils revenaient a lui, ils l'imploraient avec ardeur, ils se souvenaient que le Seigneur était leur force, et le Très-Haut leur appui. Ainsi la crainte seule les convertissait, et ils méprisaient sa bonté. On méprise la bonté parce qu'elle est toujours bienfaisante ; on respecte la bonté unie au pouvoir et à la justice. Il y a deux espèces de crainte. L'une, qui est mêlée de respect, c'est celle que les sujets ont de leurs princes et nous de Dieu ; celle que les fils sages et vertueux éprouvent devant leurs parents :

« Un cheval indompté devient intraitable, et l'enfant abandonné à lui-même devient téméraire. »

L'autre espèce de crainte est mêlée de haine ; c'est celle que les esclaves ont de leurs maîtres ; celle que les Hébreux avaient du Seigneur, qu'ils regardaient comme leur maître bien plus que comme leur père. Les respects volontaires et spontanés ont bien plus de 67 prix devant le Seigneur que les hommages contraints et forcés. Dien est miséricordieux, il aura pitié des pécheurs ; il les guérira et ne les perdra point ; il retiendra sa colère, il n'allumera point son indignation. Vous le voyez, la justice du Fils brille dans ses reproches ; la bonté du Père, dans ses miséricordes. David, ou plutôt l'Esprit saint qui parle par sa bouche, réunit ainsi ces deux vertus dans un seul et même Dieu.

« La justice et le jugement sont le fondement de votre trône ; la miséricorde et la vérité marchent devant votre face. »

Le prophète avoue qu'il appartient au même pouvoir de juger et de faire du bien. Ce double pouvoir constitue la Divinité : il n'est pas plus possible de le diviser que de la diviser elle-même. Direz-vous au miroir qui vous montre votre laideur que c'est lui qui la cause ? Accuserez-vous le médecin qui vous annonce une maladie de l'avoir fait naître ? Non sans doute. Ne regardez donc pas comme votre ennemi celui qui vous reproche vos crimes ; car il le fait pour vous les faire haïr et pour vous empêcher d'en commettre de nouveaux. Dieu est bon par lui-même et juste à cause de nous. Sa justice naît de sa bonté. Il ne nous laisse donc point ignorer ce qui est juste, mais il envoie son propre fils pour nous l'apprendre. Avant d'être créateur, il était Dieu, il était bon. C'est parce qu'il est Dieu qu'il a voulu être créateur; c'est parce qu'il est bon qu'il a voulu être père. L'amour est le principe de la justice. Leur réunion fait luire le soleil dans les cieux et descendre le Fils sur la terre. Le Fils lui-même nous annonce en ces termes cette inséparable union de la justice et de la bonté ;

« Personne n'a connu le Fils, si ce n'est le Père, et personne n'a connu le Père si ce n'est le Fils. »

Cette connaissance mutuelle que le Père et le Fils ont éternellement l'un de l'autre est le symbole de la justice primitive. La justice descend enfin elle-même au milieu des hommes, les excitant à la pénitence 68 dans la personne du Verbe et les écrits des prophètes. Le Verbe est son corps, et la loi sa parole. Elle est donc bonne ; mais vous n'obéissez point à Dieu. A qui donc la faute ? Prenez-vous-en à vous seul des châtiments que vous vous attirez ; c'est vous qui appelez le juge.

CHAPITRE X. Comment le même Dieu, par le même Verbe, nous détourne du péché par la menace, et nous sauve par l'exhortation. Après avoir montré que l'action rigoureuse du Verbe sur la nature humaine est bonne et salutaire, et qu'elle s'étend nécessairement jusqu'à la pénitence et à la défense du péché, nous montrerons quelle est sa douceur, car nous avons déjà prouvé sa justice. Les instructions par lesquelles sa volonté paternelle s'efforce de nous conduire au salut, en nous faisant connaître ce qui est bon et utile pour y parvenir, sont de plusieurs sortes : les unes expriment l'éloge, les autres le blâme. Ce sont les mêmes exhortations sous une forme différente; car elles ont le même but et nous prouvent l'égalité de son amour et de sa justice. Après avoir montré l'usage qu'il fait du blâme, montrons celui qu'il fait de l'éloge et de l'exhortation. Ce dernier moyen d'instruction est celui qu'il préfère, parce qu'il est le plus conforme à sa douceur naturelle. Voici donc de ses exhortations à ce qui est bon et utile un exemple pris dans Salomon :

« Je vous exhorte et j'élève la voix pour instruire les enfants des hommes; écoutez-moi, je vous dirai des choses dignes de votre attention. » Il conseille ce qui est salutaire : les bons conseils déterminent les bons choix.

« Heureux l'homme, nous dit-il par la bouche de David, qui n'est pas entré dans le conseil de l'impie, qui ne s'est pas arrêté dans la voie des pécheurs, et qui ne s'est point assis dans la chaire de dé- 69 rision, mais qui repose son amour dans la loi du Seigneur. »

Tout conseil s'appuie sur un exemple. Celui qui conseille prend tantôt ses exemples dans le passé, comme on ferait si on rappelait les châtiments qui frappèrent les Israélites coupables du crime d'idolâtrie par l'adoration du veau d'or ; tantôt on les prend dans le temps présent, comme le fait le Seigneur lorsqu'il répond à ceux qui lui demandaient : Êtes-vous celui qui doit venir ou en attendons-nous un autre ?

« Allez raconter à Jean ce que vous avez vu et entendu : les aveugles voient, les boiteux marchent, les lépreux sont guéris, les sourds entendent, les morts ressuscitent, l'Évangile est annoncé aux pauvres ! heureux celui qui ne sera point scandalisé en moi ! »

Ce sont là les miracles que David prédisait en ces termes :

« Nous avons vu et entendu. » Tantôt celui qui conseille prend ses exemples dans l'avenir.

« Ceux qui tomberont dans le péché, nous dit-il, seront jetés dans les ténèbres extérieures : là il y aura des pleurs et des grincements de dents. »

Tous ces exemples prouvent que Dieu n'épargne aucun soin pour nous sauver. Il console les pécheurs pour ralentir l'ardeur qui les porte au mal et pour leur rendre l'espérance. Il leur dit donc, par la bouche d'Ézéchiel :

« Si vous vous convertissez de tout votre cœur, et si vous me dites : Mon Père ; je vous écouterai comme un peuple saint. »

« Venez à moi, vous tous qui êtes fatigués et qui êtes chargés, et je vous soulagerai. » Le Seigneur nous exhorte évidemment à la vertu dans ce passage de Salomon :

« Heureux l'homme qui trouve la sagesse, et l'homme qui est riche en prudence ! Celui qui cherche la sagesse la trouve et la goûte lorsqu'il l'a trouvée. » Le prophète Jérémie fait ainsi l'éloge de la prudence :

« Heureux, dit-il, le peuple d'Israël, à qui il a été donné de connaître ce qui est agréable à Dieu ! »

C'est au Verbe, qui nous rend heureux et 70 prudents, que nous devons cette connaissance dont le même prophète exalte encore le prix dans un autre endroit :

« Écoute, Israël, les ordres qui donnent la vie, écoute, afin de devenir prudent. »

Sa bienveillance envers les hommes, et les récompenses qu'il leur prépare, s'ils marchent dans ses voies, brillent dans les promesses qu'il fait à son peuple par la bouche de Moïse :

« Je vous introduirai dans cette terre fertile que j'ai juré à vos pères de vous donner. »

« Je vous conduirai sur ma montagne sainte et je vous comblerai de joie, dit-il encore par la bouche d'Isaïe. » L'espérance d'une vie heureuse est encore une autre espèce d'instruction.

« Heureux celui qui ne pèche point, disait David, il sera comme l'arbre planté près du courant des eaux, qui donne des fruits en son temps et dont les feuilles ne tombent point. » Les paroles qui suivent semblent annoncer le mystère de la résurrection :

« Toutes les entreprises de l'homme de bien lui succéderont. »

Il veut nous rendre bons, afin que nous lui donnions le pouvoir de nous rendre heureux. Aussi nous montre-t-il le châtiment de l'autre côté de la balance, et l'égalité de sa justice. Après nous avoir avertis que les pécheurs seront punis, que leurs œuvres périront comme la paille et la poussière livrées à la fureur des vents, le Pédagogue nous montre le supplice pour nous détourner du péché qui le produit, et il nous montre la récompense pour nous exciter à la mériter. Il nous fait connaître la route que nous devons suivre. Si vous marchez dans la voie du Seigneur, vous habiterez le séjour de l'éternelle paix. Il promet aux uns la récompense de leurs bonnes œuvres, aux autres le pardon de leurs crimes.

«Convertissez-vous, nous crie-t-il, convertissez-vous. »

Sa bonté nous excite à une pénitence sincère qui satisfasse sa justice. Il remet lui-même dans le bon chemin ceux qui se sont égarés. Voici ce que dit le Seigneur :

« Arrêtez-vous et voyez, de- 71 mandez les voies éternelles du Seigneur, choisissez la voie droite, suivez-la, et vous trouverez la sanctification de vos âmes. » Il dit encore, dans ce même désir de nous conduire au salut par la pénitence :

« Si tu fais pénitence, le Seigneur purifiera ton cœur et le cœur de tes fils. »

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