Le Pédagogue (page 3)

Clément d'Alexandrie · Doctrine

Texte français, domaine public · Source : remacle.org — pedagogue1–6.htm — trad. de Genoude 1839 · 18 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

L'enfant est naturellement simple et doux ; mais ceux qui sont enfants selon Dieu ajoutent à cette douceur une simplicité qui ignore la ruse et la dissimulation, un cœur plein de droiture et d'élévation. C'est là le véritable fondement de la simplicité et de la vérité.

« Sur qui arrêterai-je mes regards, dit le Seigneur, si ce n'est sur l'homme doux et tranquille? »

les jeunes gens parlent avec une franchise en quelque sorte virginale; on ne remarque dans leurs discours ni ruse ni dissimulation. De là vient que nous avons coutume d'appliquer aux jeunes gens de l'un et de l'autre sexe des épithètes qui expriment la flexibilité et la douceur de leur caractère. Quant à nous, ce n'est point la faiblesse de notre âge qui nous rend semblables aux enfants, mais la facilité avec laquelle nous nous laissons persuader et conduire au bien, l'absence de toute espèce de fiel et de tout mélange de perversité. L'ancienne génération est perverse et a le cœur dur ; la nouvelle l'a simple et innocent comme celui d'un enfant. C'est nous, dis-je, qui sommes cette génération nouvelle, et l'apôtre exprime vivement combien lui plaisent cette simplicité et cette innocence, lorsque, dans son épître aux Romains, il définit, pour ainsi dire en ces termes, le véritable caractère de l'enfance :

« Je désire que vous soyez sages dans le bien et simples dans le mal. » Dans le mot nêpios, qui veut dire enfant, la particule né n'est point privative, quoique les grammairiens décident que telle est ordinairement la force de cette particule. Si donc quelques personnes, se fondant sur le sens faux qu'ils attribuent au mot népios, nous traitaient d'insensés, ce serait Dieu lui-même qu'ils blasphémeraient, en regardant comme des insensés ceux qui se réfugient dans le sein de Dieu. Si, au 18 contraire, en nous appelant népious, ils veulent parler de notre simplicité, nous acceptons volontiers leur qualification. La simplicité de l'enfance remplace en nous l'orgueil de la raison, depuis que les lumières du nouveau Testament nous ont éclairés. Nous devons depuis peu au Christ la véritable connaissance de Dieu:

« Nul ne connaît le Père, si ce n'est le Fils, et celui à qui le Fils aura voulu le révéler. » Nous sommes donc un peuple nouveau, distingué de l'ancien peuple. Nous sommes jeunes, parce que nous avons appris à connaître les nouveaux biens. Nous trouvons dans la loi nouvelle une source intarissable de vie, une jeunesse qui ne connaîtra jamais la vieillesse, une vigueur sans cesse renaissante pour nous élever à la connaissance de Dieu, une source inaltérable. Il est nécessaire, en effet, que les disciples d'un Verbe nouveau soient nouveaux comme lui, et que ceux qui s'attachent à celui qui est éternel deviennent incorruptibles aussi bien que lui. Notre vie ressemble à un printemps perpétuel, parce que la vérité qui est en nous ne connaît point la vieillesse, et que cette vérité, qui se répand dans toutes nos actions, nous renouvelle sans cesse. La sagesse qui nous éclaire est comme un arbre toujours vert. Cette sagesse, loin d'être changeante et variable, est éternellement la même. « Les enfants, dit le prophète,

« seront portés entre ses bras et bercés sur ses genoux. Comme une mère console son enfant, ainsi je vous consolerai. »

De la même manière qu'une mère rassemble ses enfants autour d'elle, ainsi nous nous réunissons autour de l'Église qui est notre mère. Tout ce qui est jeune et faible encore nous inspire un vif intérêt, nous charme, nous touche, nous attendrit par cette faiblesse même qui réclame nos secours. Nous sommes naturellement disposés à soulager les êtres qui ont besoin de nos soins. Comme donc les pères et les mères ne voient rien de plus doux que leur progéniture;

19 les chevaux, leurs jeunes poulains ; les vaches, leurs petits veaux; les lions, leurs lionceaux; la biche, son faon; l'homme, son enfant : ainsi le Père commun de tous les êtres reçoit avec plaisir ceux qui se réfugient dans son sein. Les voyant pleins de douceur et régénérés par le Saint-Esprit, il les adopte comme ses enfants, il les aime, il les secourt, il combat pour eux, il les défend et leur donne le doux nom de fils.

Isaac me semble être l'image des véritables enfants; le nom d'Isaac veut dire le rire. Un jour qu'il jouait avec Rebecca, son épouse et son soutien, un roi examinait leurs jeux avec une curieuse attention. Ce roi, dont le nom était Abimélech, me semble être l'image de cette sagesse, bien au-dessus de celle du monde; sagesse qui se plaît à étudier les mystères renfermés dans les jeux et l'éducation des enfants. Le nom de Rébecca se traduit par celui de patience. Quels jeux aimables ! quelle sage instruction ! le rire est secouru par la patience, et le roi, qui les considère, s'étonne et admire l'esprit de ceux qui sont enfants selon Dieu, et dont toute la vie est un exercice de patience et de douceur. Ces jeux renferment je ne sais quoi de mystérieux et de divin.

Héraclite suppose que son dieu Jupiter jouait ainsi. Quoi de plus convenable, en effet, à un homme sage et parfait, que de jouer, pour ainsi dire, et de se réjouir dans l'attente des biens véritables, et de célébrer des fêtes en l'honneur de Dieu ! Cette prophétie peut signifier encore que nous devons nous réjouir, comme Isaac, à cause de notre salut.

Délivré de la crainte de la mort, il joue avec son épouse, image de l'Église qui est notre soutien, pour nous aider à nous diriger vers le salut. On donne à l'Église le nom d'upomonê, qui signifie patience, stabilité, soit qu'on veuille dire par là qu'elle demeure éternellement dans une joie inaltérable, soit qu'on exprime qu'elle se soutient par la patience et la constance des fidèles qui la composent, et qui, membres de Jésus- 20 Christ, rendent constamment témoignage à sa divinité par de perpétuelles actions de grâces. Ce serait donc là ce jeu mystérieux de la joie et de la patience pour consoler et soutenir les fidèles. Jésus-Christ, qui est notre roi, contemple nos jeux du haut de sa gloire, et lorsque, pour me servir des termes de l'Écriture, il voit à travers la fenêtre nos actions de grâces, nos bénédictions, notre joie, cette patience qui prête son appui à tout, l'ensemble enfin, la réunion de toutes ces choses, il reconnaît son Église, et, lui montrant sa face, il lui donne la perfection qui lui manquait.

Mais quelle est cette fenêtre au travers de laquelle se montre le Seigneur? Cette fenêtre est la chair dont il s'est revêtu. Lui-même est Isaac ; car Isaac (nous pouvons encore le prendre en ce sens) est le type et la figure du Seigneur, comme enfant et comme fils. Il est en effet le fils d'Abraham comme le Christ est le fils de Dieu. Victime offerte en holocauste comme le Seigneur, quoique son sacrifice n'ait pas été accompli, ainsi que celui du Christ, il a porté le bois qui devait le consumer comme Jésus-Christ le bois de sa croix. Son rire mystérieux exprime la joie dont le Seigneur doit nous remplir en nous délivrant de la corruption et de la mort par l'effusion de son sang. Isaac n'est point immolé, afin de laisser au Seigneur la plus noble part du sacrifice. On peut même dire qu'en ne mourant pas il fait voir la divinité et l'immortalité du Christ. De même qu'Isaac échappe à la mort, de même Jésus-Christ sort du tombeau victorieux et impassible.

Je citerai encore un autre passage qui appuie et défend, on ne peut mieux, le sujet que je traite. Le Saint-Esprit, prophétisant par la bouche d'Isaïe, donne le nom d'enfant à Jésus-Christ;

« Voilà qu'un enfant nous est né ; un fils nous est donné ; il porte sur son épaule le signe de sa domination et est appelé l'ange du grand conseil. »

Quel est cet 21 enfant ? C'est celui que nous imitons en nous faisant enfants. L'Esprit saint, par la bouche du même prophète, nous raconte et nous fait admirer la grandeur de cet enfant divin. Il l'appelle l'admirable, le conseiller, Dieu, le fort, le Père éternel, le prince de la paix. Il lui donne ce nom, parce qu'il sait compléter notre éducation, et que la paix qu'il apporte au monde n'aura point de fin. Quelle puissance dans ce Dieu! quelle perfection dans cet enfant! Comment les instructions que nous recevons de cet enfant ne seraient-elles pas parfaites, ces instructions, dis-je, qu'il nous donne comme Pédagogue, à nous qui sommes ses enfants? Il étend sur nous ses mains, ses mains qui ont répandu la foi dans le monde. Saint Jean, le plus grand des prophètes entre les enfants des femmes, rend aussi témoignage de cet enfant :

« Voici, dit-il, l'agneau de Dieu. »

Et, en effet, l'Église qui donne le doux nom d'agneau aux petits enfants, donne également au Verbe qui est Dieu, qui s'est fait homme à cause de nous, et qui a voulu nous ressembler en tout, le nom d'agneau de Dieu, de fils de Dieu, d'enfant du Père.

CHAPITRE VI. Contre ceux qui pensent que le nom d'enfant nous est donné comme une marque de la faiblesse naissante de notre instruction. Il doit, sans doute, nous être permis de reprendre ceux qui se plaisent à reprendre les autres. Le nom d'enfant ne nous est point donné, parce que notre instruction est encore faible et méprisable, comme nous le reprochent ceux à qui leur science inspire un orgueil insensé. Non, sans doute; car du moment où nous fûmes régénérés, nous reçûmes cette perfection à laquelle tendaient tous nos efforts ; nous avons 22 reçu la lumière, c'est-à-dire la connaissance de Dieu. Est-ce être imparfait que de connaître ce qui est parfait; et me reprendra-t on, si j'avoue que je connais Dieu? Le Verbe lui-même l'a dit : celui qui connaît Dieu est libre. À l'instant même où le Seigneur recevait le baptême, une voix descendit du ciel, et, rendant témoignage à l'amour que Dieu lui portait, s'écria :

« Tu es mon fils bien-aimé; je t'ai engendré aujourd'hui. » Interrogeons donc les sages. Le Christ régénéré aujourd'hui est-il parfait ; ou, ce qui est le comble de l'absurdité, lui manque-t-il quelque chose pour l'être? Dans cette dernière hypothèse, il aurait dû apprendre quelque chose. Mais il n'est pas convenable de croire qu'il ait eu la moindre chose à apprendre, étant Dieu. Y a-t-il eu quelqu'un de plus grand que le Verbe? Le maître par excellence a-t-il eu besoin d'un maître? Ou plutôt nos adversaires ne seront-ils pas forcés d'avouer, même en dépit d'eux, que le Verbe né d'un Père parfait, est parfait lui-même, et qu'il a été parfaitement régénéré d'après un ordre préexistant et mystérieux?

Pourquoi donc, s'il était parfait, fallait-il qu'il fût baptisé? Il le fallait, disent-ils, afin qu'étant homme il remplît tous les devoirs imposés à l'humanité D'accord. Du moment qu'il est baptisé par Jean, il devient parfait. Je l'accorde encore. N'a-t-il point encore appris de lui quelque chose ? Nullement. Le baptême a suffi pour le rendre parfait, l'Esprit saint est descendu sur lui pour le sanctifier. Telle est la vérité. La même chose nous arrive à nous qui sommes, si je puis m'exprimer ainsi, des copies de ce divin modèle. Baptisés, nous recevons la lumière ; éclairés, nous sommes faits enfants de Dieu; enfants de Dieu, nous devenons parfaits; parfaits, nous devenons immortels.

« Je l'ai dit, vous êtes tous les fils du Très-Haut . »

Plusieurs noms divers distinguent cette opération divine et mystérieuse. On l'appelle grâce, illumi- 23 nation, perfection, baptême. Baptême, parce qu'elle efface et lave nos péchés ; grâce, parce qu'elle nous remet les peines que nos péchés méritent; illumination, parce qu'elle nous fait voir cette lumière sainte et salutaire au travers de laquelle nous apercevons les choses divines; perfection, parce qu'il ne manque rien à celui qui la reçoit. Que manque-t-il en effet, à celui qui connaît Dieu ? Ne serait-il pas absurde d'appeler grâce de Dieu une grâce qui ne serait point parfaite et entière ? Un Dieu parfait peut-il nous accorder des grâces imparfaites ? Non. Comme la création de toutes choses a eu lieu en même temps que l'ordre qu'il a donné, nous n'avons besoin que de sa volonté pour recevoir la pleine et entière effusion des grâces. Lorsque Dieu agit, ce qui paraît le temps aux yeux-des hommes disparaît devant lui par la force de sa volonté. La fin du mal est le commencement du salut. Nous autres chrétiens, nous sommes les seuls qui soyons parfaits dès notre début dans la carrière. Nous vivons aussitôt que nous nous sommes soustraits à l'empire de la mort. Le salut consiste à suivre Jésus-Christ, parce que ce qui est en lui est la vie.

« En vérité, en vérité, je vous le dis, celui qui écoute ma parole et croit à celui qui m'a envoyé à la vie éternelle, et il ne sera point condamné. » Il a passé de la mort à la vie. Ainsi la perfection dans la vie repose sur la foi et sur la régénération. Dieu, en effet, n'est jamais ni faible ni impuissant. Comme donc sa volonté est l'ouvrage même de ses mains, et que sa volonté s'appelle le monde, ainsi sa volonté est le salut de l'homme, et cette volonté s'appelle l'Église. Il a connu, dès le commencement, ceux qu'il a appelés et sauvés. Ils ont été appelés et sauvés tout à la fois.

« C'est Dieu lui-même, dit l'apôtre, qui vous a instruits. »

N'est-ce pas un crime de penser que ceux qu'il instruit restent imparfaits? Ce que nous apprenons de lui, c'est l'étemel 24 salut que nous recevons de notre éternel rédempteur à qui grâces en soient rendues dans les siècles des siècles. Amen. A peine sommes-nous baptisés que les ténèbres qui nous aveuglaient se dissipent et que la lumière de Dieu nous éclaire. Nous sommes semblables à ceux qui viennent de s'éveiller d'un profond sommeil, ou plutôt à ceux qui, faisant tomber une taie de dessus leurs yeux, ne se donnent point pour cela la faculté visuelle qu'il n'est pas au pouvoir de l'homme de se donner, mais rendent la liberté à leur prunelle en la débarrassant de l'obstacle qui empêchait la lumière d'y pénétrer. Ainsi le baptême, en nous lavant de nos péchés, qui sont comme d'épaisses ténèbres, ouvre notre âme à l'esprit divin. L'œil de notre âme devient aussitôt clair et lucide ; l'Esprit saint descend en nous, et nous voyons clairement les choses divines. Nous sommes capables d'apercevoir les choses éternelles et la lumière éternelle. Le semblable cherche son semblable ; ce qui est saint est naturellement porté à aimer celui qui est la source de la sainteté, et proprement appelé la lumière.

« Car, vous étiez autrefois ténèbres, vous êtes maintenant lumière dans le Seigneur. »

C'est pour cela, je pense, que les anciens Grecs appelaient l'homme phôtà, c'est-à-dire lumière. Mais, disent-ils, il n'a point encore reçu la plus parfaite des grâces. J'en conviens; mais il marche dans la lumière, et les ténèbres ne l'arrêtent point dans sa marche. Il n'y a point de milieu entre la lumière et les ténèbres. La résurrection est la fin dernière des croyants. Il ne s'agit d'autre choses pour eux que de recueillir le fruit de la promesse. La fin et les moyens ont l'un et l'autre une époque différente, comme le temps et l'éternité ne sont point une seule et même chose, non plus que le deuil et la jouissance. Il est vrai que l'un conduit à l'autre, et qu'ils n'ont tous deux qu'une visée. Mais je dirai que le désir est la foi qui prône la naissance dans le temps, et que la jouissance 25 est la possession de la promesse qui durera dans les siècles des siècles. Le Seigneur nous révèle lui-même la stabilité de l'état du salut :

« Quiconque voit le fils et croit en lui a la vie éternelle et je le ressusciterai au dernier jour. » Nous sommes parfaits autant que nous pouvons l'être en ce monde que Jésus-Christ appelle ici le dernier jour, et dont la durée est subordonnée à la volonté de son Créateur. La foi est la perfection de la doctrine.

« Celui qui croit au fils a la vie éternelle. »

Si donc la vie éternelle est le prix de la foi, peut-on dire qu'il y ait quelque chose au-dessus de la possession de ce prix ? La nature de la foi est d'être entière et parfaite. S'il lui manquait quelque chose, elle ne serait point ; elle ne peut être faible et défectueuse. Elle n'attend pas les croyants dans l'autre monde; c'est dans celui-ci qu'elle leur donne des arrhes à tous et indistinctement; en sorte que c'est pour avoir cru d'abord en ce monde ce qui arrivera à la résurrection, que nous serons récompensés ; afm que cette parole s'accomplisse :

« Qu'il vous soit fait selon votre foi. »

La foi suppose nécessairement une promesse ; la perfection de la promesse est son accomplissement. La lumière donne la science, la science produit le repos, repos éternel dont la possession satisfait et termine nos désirs. Comme l'inexpérience est corrigée par l'expérience, et le doute détruit par la certitude, les ténèbres le sont nécessairement par la lumière. Les ténèbres sont cette ignorance qui nous entraîne dans le péché en fermant nos yeux à la vérité; la lumière est cette science qui dissipe l'ignorance et nous communique la faculté de voir. Vous le voyez, rejeter le mal c'est déjà connaître le bien. Le bandeau que l'ignorance avait attaché sur nos yeux est arraché par la science ; les liens qui ncus retenaient dans le mal sont brisés, d'un côté par la foi de l'homme ; d'un autre côté par la grâce de Dieu.

26 Le baptême, comme un remède souverain, guérit nos péchés ; oui, tous sans exception, et il en fait disparaître jusqu'à la moindre trace. Il arrive, par la grâce de la lumière qui se répand en nous, que nous ne sommes plus les mêmes qu'avant d'avoir reçu le baptême. Si la science nous apparaît en même temps que la lumière, si la lumière vient tout-à-coup illuminer notre esprit, si, de grossiers et ignorants que nous étions tout à l'heure, nous méritons en un instant d'être appelés disciples, est-ce là un effet de l'instruction que nous avons reçue ? Il serait difficile d'en marquer le temps. L'instruction que nous recevons par le sens de l'ouïe nous conduit à la foi. La foi nous est enseignée par le Saint-Esprit, en même temps que nous recevons le baptême. Que la foi, en effet, soit l'universel salut du genre humain, et que la justice et la bonté de Dieu se communiquent également à tous les hommes, l'apôtre saint Paul nous l'assure en ces termes :

« Or, avant que la foi fût venue, nous étions sous la garde de la loi, qui nous retenait pour nous préparer à la foi qui devait être révélée. »

Ainsi la loi a été d'abord notre pédagogue en Jésus-Christ, afin que la foi nous justifiât. La foi étant venue, la loi n'est plus notre Pédagogue. Ne savez-vous pas que nous ne sommes plus sous l'empire de cette loi sévère qui nous gouvernait par la crainte, et que nous sommes, au contraire, sous la conduite du Verbe, qui est le Pédagogue du libre arbitre ? L'apôtre ajoute ensuite des paroles qui nous font voir que Dieu n'a aucune acception de personne :

« Vous êtes tous enfants de Dieu, par la foi en Jésus-Christ, vous vous êtes revêtus de Jésus-Christ. II n'y a plus de juif ni de gentil, d'esclave ni d'homme libre, plus d'homme ni de femme ; car vous êtes tous en Jésus-Christ . »

Non-seulement les vrais gnostiques et 27 ceux qui ne forment qu'une joie avec le Verbe, mais tous ceux qui ont rejeté loin d'eux les désirs charnels, sont égaux devant Dieu et vivent dans son esprit. Le même apôtre écrit ailleurs :

« Car nous avons été baptisés dans le même esprit pour faire un seul corps, soit juifs ou gentils, soit esclaves ou libres, et nous buvons tous du même breuvage. » Il n'est point hors de propos d'emprunter les paroles et le sentiment de ceux qui veulent que le souillures ; en sorte que revenir au bien ou quitter le mal serait la même chose. Car, de ce qu'un homme se tourne vers le bien, il suit nécessairement qu'il doit se repentir d'avoir mal fait; il est donc ramené à la vertu par le repentir. C'est ainsi que nous-mêmes, touchés du repentir de nos fautes et renonçant au péché et à ses suites désastreuses et nous sommes lavés par le baptême, et que nous courons à la lumière éternelle, comme des enfants à leur père. C'est encore pour cela que notre Sauveur s'écrie, transporté d'une joie sainte:

«Je vous rends gloire, mon père, Seigneur du ciel et de la terre, parce que vous avez caché ces choses aux sages et aux prudents et que vous les avez révélées aux petits. »

Il nous appelle enfants et petits, parce que nous sommes plus disposés à marcher vers le salut que les sages du monde; ces faux sages, qui, fiers de leur sagesse, s'aveuglent eux-mêmes dans les fumées de leur orgueil. Il s'écrie donc, dans un transport de joie, et comme étant lui-même au nombre de ces enfants chéris :

« C'est justice, ô mon père, puisque telle est votre volonté. »

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