Épître aux Corinthiens (page 4)
ÉPÎTRE AUX CORINTHIENS. (suite)
Les vents, tenus en équilibre, s’acquittent de leur devoir dans leur temps et ne rencontrent pas le plus léger obstacle.
Des sources toujours jaillissantes, créées pour l’usage de la vie et la santé du corps, ne cessent de présenter à l’homme leurs eaux inépuisables et de soutenir son existence.
Enfin, les plus petits animaux forment des familles où règnent l’union et la paix.
C’est ainsi que le grand ouvrier, le maître de l’univers, a voulu que tout se maintînt dans la paix et dans l’harmonie, prodiguant ses bienfaits à tous, mais les répandant avec surabondance sur nous, qui trouvons sans cesse dans sa clémence un refuge assuré par notre Seigneur Jésus-Christ. Honneur et gloire lui soient rendus dans tous les siècles des siècles !
Craignons, mes bien-aimés, que tant de bienfaits de sa part ne tournent contre nous, si notre vie n’est pas conforme à sa volonté, si nous ne faisons point sous ses yeux ce qu’il lui plaît, dans un esprit d’union et de paix.
L’Écriture nous dit quelque part : « L’esprit de Dieu est un flambeau qui pénètre les cœurs. »
Songeons que le Seigneur est près de nous ; que pas une de nos pensées, pas un des raisonnements que nous formons ne lui échappe.
Il est donc juste de ne pas se dérober à sa volonté comme des transfuges. Ce n’est point à des hommes insensés, superbes, pleins de vanité dans leurs discours, qu’il faut craindre de déplaire, mais à Dieu.
Rappelons nos femmes à leurs devoirs ; qu’elles montrent des mœurs pures et aimables, un esprit de douceur véritable et sincère ; qu’elles manifestent leur discrétion par leur silence ; qu’elles n’écoutent pas leurs affections particulières, mais qu’elles montrent une égale tendresse à tous ceux qui craignent véritablement le Seigneur.
Élevons nos enfants selon la doctrine de Jésus-Christ ; qu’ils apprennent quel est le prix de l’humilité aux yeux de Dieu, combien ont de force auprès de lui la charité et l’innocence du cœur ; combien sa crainte est utile et honorable, comme elle est la sauve-garde de toute âme pure et sainte, qui vit selon lui. Et qui ne l’aurait pas cette crainte ?
Le Seigneur pénètre nos pensées et nos desseins, lui dont l’esprit habite en nous et se retire quand il lui plaît.
C’est une vérité que nous enseigne la foi en Jésus-Christ. Il nous presse ainsi lui-même par l’Esprit-Saint : « Venez, mes enfants, écoutez-moi ; je vous enseignerai la crainte du Seigneur. Quel est l’homme qui veut la vie, qui soupire après les jours de bonheur ? Préservez votre langue de la calomnie et vos lèvres des discours artificieux ; éloignez-vous du mal et faites le bien ; cherchez la paix et poursuivez-la sans relâche. Les yeux du Seigneur sont ouverts sur les justes ; ses oreilles sont attentives à leurs cris. Mais le regard de sa colère est sur ceux qui font le mal ; il efface de la terre jusqu’à leur souvenir. Les justes ont poussé des cris, et le Seigneur les a exaucés et les a délivrés de tous leurs maux. »
Les maux des pécheurs sont sans nombre ; mais le Seigneur environne de sa miséricorde ceux qui espèrent en lui.
Père de bonté et de miséricorde, il a des entrailles de charité pour ceux qui le craignent, et il répand ses grâces, si douces, si suaves, pleines de charité, sur ceux qui s’approchent de lui avec un cœur droit.
Soyons donc sans défiance, sans incertitude sur la grandeur et la richesse de ses dons.
Loin de nous le langage de ces hommes dont parle l’Écriture :
« La misère est le partage de ceux qui ont le cœur double et incertain, et qui disent : Oui, voilà ce que nous entendions répéter par nos pères ;
« Nous sommes parvenus à la vieillesse, et rien de tout cela ne se réalise pour nous. »
Ô insensés ! comparez-vous à un arbre. Supposez la vigne : elle bourgeonne d’abord ; un bouton se montre, puis la feuille, ensuite la fleur ; après cela un raisin d’abord vert et acerbe, puis enfin mûr et parfait.
Vous voyez comme, en peu de temps, le fruit de cet arbre est parvenu à sa maturité ; aussi certainement s’accomplira, dans peu et tout à coup, la volonté de Dieu ; témoins ces paroles de l’Écriture :
« Le Seigneur, le Saint que vous attendez, viendra bientôt dans son temple. »
Voyez, mes bien-aimés, comme le Seigneur place sans cesse sous nos yeux des preuves de cette résurrection, dont il nous a donné les prémices dans Jésus-Christ, son fils, en le rappelant à la vie. Voyez, dis-je ; cette résurrection qui se renouvelle à tout moment.
Le jour et la nuit nous la manifestent : la nuit se couche, le jour se lève ; le jour s’en va et la nuit arrive.
Voyons les fruits. Ce qui arrive à la semence est connu de tout le monde : le semeur va dans son champ, il la jette en terre. Ainsi répandues, les graines, qui tombent arides et desséchées, se décomposent au bout d’un temps marqué ; après leur décomposition, la vertu toute-puissante de Dieu les ranime, et, d’une seule, elle fait naître plusieurs fruits qui en produisent beaucoup d’autres à leur tour.
Considérons encore le prodige qui a lieu dans certaines contrées de l’Orient, c’est-à-dire en Arabie.
On y trouve un oiseau qui s’appelle phénix ; il est seul et unique de son espèce. Cet oiseau vit environ six cents ans ; quand sa fin approche, il se fait un nid composé de myrrhe, d’encens et d’autres aromates ; puis il entre dans ce nid et y meurt. De sa chair putréfiée naît un ver qui se nourrit d’abord de la substance de l’oiseau mort, et qui se couvre ensuite de plumes.
Devenu plus fort, il emporte le petit tombeau qui renferme les restes de son prédécesseur, et, chargé de ce précieux fardeau, il passe d’Arabie en Égypte, jusqu’à la ville d’Héliopolis ; et là, en plein jour, sous les yeux de tous les spectateurs, il vient, en volant, le déposer sur l’autel du soleil et disparaît aussitôt.
De leur côté, les prêtres égyptiens consultent avec soin leurs livres sur les époques, et trouvent que cet oiseau est venu précisément au bout de cinq cents ans[4].
Devons-nous, après cela, trouver surprenant si le divin ouvrier de toutes choses ressuscite un jour ceux qui l’ont servi avec piété et avec une foi pleine de confiance, puisque, par l’exemple de cet oiseau, il met au grand jour la magnificence de ses promesses ?
Car il est dit : « Vous ranimerez ma poussière, et je chanterai vos louanges ; » et ailleurs : « Je me suis endormi, j’ai été plongé dans un sommeil profond, et je me suis réveillé parce que le Seigneur est avec moi. »
Et Job s’écrie de son côté : « Vous la ressusciterez cette chair qui a souffert tant de maux ! »
Que nos cœurs soutenus de cette espérance s’attachent à ce Dieu, fidèle dans ses promesses et juste dans ses jugements. Loin de nous tromper, il nous défend de mentir. Rien n’est impossible à Dieu, si ce n’est le mensonge.