Épître aux Corinthiens (page 6)
ÉPÎTRE AUX CORINTHIENS. (suite)
Dieu s’exprime ainsi lui-même : « Faisons l’homme à notre image et à notre ressemblance. » Et après avoir fini de créer, il approuva son ouvrage, bénit ses créatures, et leur dit : « Croissez et multipliez. »
Comprenons par là que les bonnes œuvres font l’ornement des justes ; et Dieu lui-même, après s’être comme paré de ses ouvrages, se réjouit.
Puisque nous avons ce modèle sous les yeux, faisons-le revivre en nous, conformons-nous à sa volonté, et travaillons de toutes nos forces à faire des œuvres de justice.
Le bon ouvrier reçoit avec confiance le prix de son travail ; mais le lâche, le paresseux n’ose regarder en face le maître qui l’emploie. Soyons donc prompts à faire le bien ; de là dépend tout notre avenir. Car il nous est dit d’avance : « Voici le Seigneur qui vient ; le prix de la victoire est entre ses mains ; il va rendre à chacun selon ses œuvres. »
Aussi Dieu nous engage, avec effusion de cœur, à n’être ni lents, ni tardifs pour le bien.
Plaçons en lui notre gloire et notre confiance.
Voyez l’innombrable multitude d’anges qui l’environnent, et leur promptitude à exécuter ses ordres.
« Mille millions d’anges le servaient, nous dit l’Écriture ; dix mille millions étaient devant lui, et ils s’écriaient : Saint, saint, saint est le Dieu des armées ; toute créature est remplie de sa gloire ! »
Ne faisons aussi qu’un seul et même cœur ; crions vers lui de toutes nos forces, lui demandant, tous ensemble, comme d’une seule bouche, qu’il nous fasse participer à ses grandes et magnifiques promesses.
Car il nous dit par son prophète : « L’œil n’a point vu, l’oreille n’a point entendu, le cœur de l’homme n’a point conçu quels biens Dieu tient en réserve pour ceux qui espèrent en lui. »
Que de bonheur renfermé dans les dons de Dieu ! qu’ils sont admirables, ô mes bien-aimés ! La vie avec l’immortalité, la splendeur avec la justice, la vérité avec la liberté, la foi avec la confiance, la continence avec la sainteté : trésors de grâce que nous trouvons ici-bas.
Mais que de biens sont préparés dans l’avenir à ceux qui placent en Dieu leur espérance ! Le Dieu de sainteté, le père de tous les siècles, en connaît seul la grandeur et l’excellence. Oh ! faisons tous nos efforts pour être du nombre de ceux qui vivent dans cette attente et veulent avoir part aux dons qu’il a promis ! Et comment parviendrons-nous, mes frères, à ce bonheur ? Nous l’obtiendrons, si notre esprit est toujours ferme dans la foi ; si nous cherchons ce qui plaît, ce qui est agréable à Dieu ; si nous faisons tout ce qui est conforme à sa volonté sainte ; si nous suivons le chemin de la vérité, rejettant loin de nous l’injustice, l’iniquité, l’avarice, les disputes, les fraudes et les ruses, les murmures et les médisances, la haine de Dieu, l’orgueil et l’ostentation, la fausse gloire et l’amour de la vanité.
Car ceux qui font le mal sont odieux au Seigneur ; et non-seulement ceux qui le font, mais encore ceux qui l’approuvent.
Voici ce que dit le Seigneur, c’est Dieu qui parle à l’impie : « Est-ce à toi qu’il appartient de parler de mes décrets ? Pourquoi ta bouche annonce-t-elle mon alliance ? Tu hais l’ordre, et tu as rejeté ma parole derrière toi. Quand tu voyais un séducteur, tu courais à lui ; tu as partagé l’héritage des adultères.
« Tu as rassasié ta bouche de malice, et ta langue a préparé la fraude. Tranquillement assis, tu parlais contre ton frère ; tu couvrais d’opprobre le visage de ta mère. Voilà ce que tu as fait ; et je me suis tû ! Ton iniquité m’a jugé semblable à toi ; je t’accuserai, je t’exposerai à tes propres yeux.
« Comprenez maintenant, vous qui oubliez le Seigneur, de peur que je ne vous saisisse ; et personne ne vous délivrera. Le sacrifice de louange est le culte qui m’honore, c’est la voie par laquelle je manifesterai le salut du Très-Haut. »
Et cette voie où nous trouvons le salut, c’est Jésus-Christ, le pontife qui présente nos offrandes ; Jésus-Christ, le soutien, l’appui de notre faiblesse.
Par lui nous pourrons attacher nos regards au plus haut des cieux ; par lui nous contemplerons la beauté divine, souveraine, sans tache ; par lui les yeux de notre cœur se sont ouverts ; par lui, et à la clarté de son admirable flambeau, notre esprit sans intelligence et plongé dans la nuit reprend une vie nouvelle.
Par lui enfin Dieu a voulu nous faire goûter le fruit de la science immortelle. Il est, en effet, la splendeur de sa gloire, aussi supérieur aux anges que le nom qu’il a reçu l’emporte sur celui de ses créatures. Car il est écrit au sujet des anges : « Dieu a pris les esprits pour ambassadeurs et les flammes pour ministres. »
Mais voici ce que le Seigneur dit de son fils : « Tu es mon fils ; je t’ai engendré aujourd’hui ; demande-moi, et je te donnerai les nations pour héritage et la terre pour empire. »
Et ailleurs, il lui parle ainsi à lui-même : « Asseyez-vous à ma droite, jusqu’à ce que je réduise vos ennemis à vous servir de marche-pied. » Et quels sont ces ennemis ? Ceux dont le cœur est mauvais, ceux qui opposent leur volonté à la volonté divine.
Pour nous, combattons en braves soldats de toutes nos forces, sous ce chef dont les ordres sont toujours justes.
Voyons ceux qui portent les armes sous nos princes : avec quel ordre, quelle promptitude, quelle soumission ils exécutent le commandement !
Tous ne sont pas bons préfets, ni tribuns, ni centurions, ni officiers ; il ne se trouve dans un corps, ni cinquante préfets des soldats, ni cinquante officiers des grades suivants ; mais chacun dans son rang exécute les ordres du général ou des autres chefs.
Les grands ne peuvent être sans les petits, ni les petits sans les grands. Partout cette fusion existe, elle est nécessaire pour le service. Voyons notre corps : la tête sans les pieds n’est rien, ni les pieds sans la tête ; les moindre parties sont utiles, nécessaires au corps entier : toutes conspirent au même but : sa conservation, et toutes dans cette vue sont soumises à une même dépendance.
Qu’ainsi se conserve tout ce corps que nous formons en Jésus-Christ ; que chacun de nous soit soumis à son frère selon la mesure de grâce qui lui a été départie.
Que le fort n’outrage point le faible, que le faible respecte le fort ; que le riche fasse du bien au pauvre, et que le pauvre rende grâce à Dieu de lui avoir donné le riche pour l’aider dans sa misère.
Que le sage montre sa sagesse, non par de vains discours, mais par de bonnes œuvres ; que celui qui est vraiment humble ne se rende pas témoignage à lui-même, mais qu’il laisse ce soin à d’autres.
Que celui dont le corps est pur ne s’enfle pas d’orgueil. Qu’il sache que c’est d’un autre que lui que vient le don de la continence.
Rappelons-nous, mes frères, de quelle matière nous avons été formés, ce que nous étions, dans quel état nous sommes entrés dans ce monde, sortant comme d’un sépulcre et du sein des ténèbres.
Le Dieu auteur de notre être nous a introduits dans ce monde, son ouvrage, où ses dons nous étaient préparés d’avance.