Épître aux Corinthiens (page 7)
ÉPÎTRE AUX CORINTHIENS. (suite)
Puisque nous avons tout reçu de lui, nous devons lui rendre grâce de tout : à lui donc la gloire dans tous les siècles des siècles.
Le fou et l’insensé, l’homme vain et l’ignorant, se moquent et se rient de nous ; ils cherchent, par l’orgueil de leurs pensées, à s’élever au-dessus des autres.
Mais que peut un faible mortel ? Quelle force dans un peu de terre ? Car il est écrit : « Une image inconnue s’arrêta devant mes yeux, et j’entendis sa voix comme un léger souffle. L’homme sera-t-il justifié devant Dieu ? Sera-t-il pur devant son créateur ?
« Ceux qui étaient ses ministres ont été ébranlés, et il a trouvé le mal dans les anges, et les cieux mêmes ne sont pas purs devant lui. Le sont-ils, ceux qui habitent des maisons d’argile et qui sont faites de boue ainsi que nous ? Dieu les a frappés ; ils seront rongés des vers. Du matin au soir, la faux les moissonne ; et parce qu’aucun d’eux n’a compris, ils périront éternellement. Toute leur gloire meurt avec eux ; ils ont passé, ils n’avaient pas la sagesse.
« Appelle maintenant quelqu’un pour te répondre ; invoque le secours des esprits célestes ; la colère tue l’insensé et l’envie achève sa ruine. J’ai vu l’impie affermi dans ses racines, et aussitôt j’ai maudit son éclat. Ses enfants ont vécu dans la misère ; foulés aux pieds près des portes de la ville, nul ne les a défendus. L’homme affamé a dévoré ses moissons, malgré la haie qui les entoure ; l’homme altéré a bu ses richesses. »
4o Ordre que Dieu a établi dans son Église, respect dû à cet ordre.
Puisque toutes ces vérités nous ont été dévoilées, puisque nous pénétrons maintenant jusque dans les profondeurs de la science divine, faisons avec ordre tout ce que Dieu nous a prescrit de faire.
Il a voulu qu’à des temps marqués, à des heures, à des moments déterminés, on fît les offices et les oblations avec ordre et décence.
Il a même prescrit, d’après sa volonté souveraine, en quel lieu et par qui serait fait tout ce qui tient à son culte, afin que toutes les fonctions remplies avec un cœur pur et droit et selon son désir lui fussent agréables.
Ainsi donc ceux qui font leurs oblations aux temps marqués sont sûrs d’être agréés, et par là même heureux ; car ils suivent les règles établies par le Seigneur lui-même, et dès lors ils ne peuvent s’égarer.
Chez les Juifs, le souverain pontife a des fonctions particulières, le prêtre un rang qui lui est propre, les lévites un ministère déterminé, le laïque des observances qui lui conviennent.
C’est ainsi, mes frères, que chacun de vous doit, dans la place où il se trouve, rendre grâce à Dieu, vivre avec une conscience pure, sans jamais sortir des règles de son ministère, ni des bornes de la modestie.
Chez les Juifs encore, on n’offre point partout le sacrifice perpétuel, ni le sacrifice pour les vœux, ni le sacrifice pour les péchés et les fautes légères, mais à Jérusalem seulement ; et là même, on ne l’offre pas dans tous les endroits de la ville indistinctement, mais devant le temple, à l’autel, quand la victime a été trouvée bonne par le souverain pontife et les autres prêtres dont nous avons parlé. Si quelqu’un enfreint les règles que Dieu même a fixées, il est puni de mort.
Vous le comprenez, mes frères : plus les lumières dont nous avons été honorés au sujet du sacrifice[5] l’emportent sur celles des Juifs, plus il nous faut craindre d’en abuser.
Les apôtres nous ont prêché l’Évangile de la part de notre Seigneur Jésus-Christ, et Jésus-Christ de la part de Dieu. Dieu a envoyé Jésus-Christ, et Jésus-Christ les apôtres ; tout ici s’est passé régulièrement d’après la volonté du Seigneur. La mission donnée, les apôtres déjà persuadés par le miracle de la résurrection de Jésus-Christ, affermis depuis dans la foi par le Verbe lui-même, pleins des dons de l’Esprit saint, et par là au-dessus de toute crainte, sortirent du Cénacle annonçant l’approche du royaume de Dieu.
Lorsqu’ils annoncèrent la vérité dans les villes et les provinces, ils éprouvèrent les premiers convertis, à la faveur des lumières du Saint-Esprit, et les établirent évêques ou diacres sur ceux qui devaient croire. Et ce n’était pas une innovation, car depuis longtemps l’Écriture avait parlé d’évêques et de diacres, puisqu’il est dit quelque part : « J’affermirai leurs évêques dans la justice et leurs diacres dans la foi. »
Faut-il s’étonner si les apôtres, à qui le pouvoir de Jésus-Christ fut confié par le Seigneur lui-même, ont établi ceux dont nous venons de parler, puisque Moïse, ce saint et fidèle serviteur, fut ainsi placé sur toute la maison du Seigneur, et qu’il a consigné dans les livres saints tout ce qui lui fut prescrit ; et il eut en cela pour imitateurs les autres prophètes, qui s’accordent tous à rendre hommage à la sagesse de ses ordonnances.
Dans la rivalité du sacerdoce, à l’époque de la division des tribus qui se disputaient ce glorieux privilége, Moïse ordonna aux douze chefs de lui présenter des verges sur lesquelles chacun d’eux avait écrit le nom de sa tribu. Moïse les prit, les lia, les marqua du sceau des chefs, et les déposa immédiatement après dans l’arche d’alliance, sur l’autel du Seigneur ; et, les portes fermées, il mit un sceau sur les clés, ainsi qu’il l’avait mis sur les verges, et il dit aux chefs : « Mes frères, la tribu dont la verge aura fleuri sera celle que Dieu choisit pour lui offrir des sacrifices et l’attacher à ce ministère. » Or, le lendemain, au lever du jour, Moïse assemble tout Israël, et, à la vue de six cent mille hommes qui se trouvaient réunis, il montre les sceaux des clés aux chefs des tribus, ouvre le tabernacle d’alliance et tire les verges : et c’est alors qu’on vit que celle d’Aaron n’avait pas seulement des fleurs, mais encore des fruits. Que pensez-vous de ce prodige ? Moïse ne l’avait-il pas prévu ? Oui, sans doute, et il s’en servit pour arrêter la sédition dans le camp d’Israël, et faire glorifier le nom du seul et vrai Dieu. Gloire soit rendue à ce Dieu dans tous les siècles !
Les apôtres, éclairés par Jésus-Christ, ont connu qu’un jour des disputes s’élèveraient dans son Église, au sujet de l’épiscopat ; et voilà pourquoi, d’après cette connaissance certaine qu’ils avaient reçue d’avance, ils ont établi ceux dont nous avons parlé plus haut, et ont déterminé un ordre de succession ; ils ont voulu qu’après leur mort le ministère et les fonctions qu’ils exerçaient passassent à des hommes éprouvés.
Les prêtres établis par les apôtres et ceux qui furent choisis depuis par des hommes recommandables avec l’assentiment et l’approbation de toute l’Église, et qui gouvernèrent le troupeau de Jésus-Christ avec une humilité, une modération, une noblesse qui leur a concilié l’estime générale, ces hommes, tel est mon sentiment, ne peuvent sans injustice être exclus de leurs fonctions.
Nous-mêmes nous ne pourrions, sans nous rendre très-coupables devant Dieu, déposer de l’épiscopat des hommes dont la conduite fut sainte et irréprochable dans l’exercice de leur ministère. Heureux les prêtres qui, parvenus au terme de la carrière, trouvent dans une sainte mort la récompense d’une sainte vie ! ils ne craignent plus de se voir enlever la place qui leur était destinée.
Et vous, vous arrachez des ministres du Seigneur d’une vie exemplaire aux fonctions qu’ils exerçaient, non-seulement sans reproche, mais avec honneur !
5° Hautes considérations au sujet du schisme ; pressantes exhortations pour les déterminer à le faire cesser.
Vous êtes d’un esprit contentieux, jaloux pour des choses qui ne mènent point au salut. Méditez les Écritures, ces vrais oracles de l’Esprit saint ; lisez-les avec attention, voyez si elles favorisent l’injustice et l’iniquité. Vous n’y verrez pas que les justes aient été chassés par les saints. Ils ont souffert des persécutions, mais de la part des méchants ; ils ont été jetés dans des prisons, mais par des impies ; ils ont été lapidés, mais par des hommes iniques ; ils ont été mis à mort, mais par des scélérats qu’animait une détestable jalousie. Et toutes ces souffrances, ils les ont supportées avec le plus noble courage.
Quels exemples produirons-nous ici ? Est-ce par des hommes pénétrés de la crainte de Dieu que Daniel fut jeté dans la fosse aux lions ?
Est-ce par des hommes qui rendaient au Très-Haut un culte parfait et digne de lui qu’Ananias, Azarias, Misaël furent enfermés dans une fournaise ardente ? Non, sans doute.
Quels sont donc les auteurs de pareilles violences ? Des misérables chargés d’iniquités, dignes de haine et de malédiction, ont accablé d’outrages et de tortures des hommes dont toutes les vues étaient pures et irréprochables, des hommes tout occupés du service de Dieu.
Ils ne savent donc pas que le Très-Haut défend et protége ceux qui travaillent avec une conscience pure à la gloire de son nom tout-puissant ? Que cette gloire lui soit à jamais rendue !
Mais la confiance des justes au milieu des souffrances leur a valu un héritage de gloire et d’honneur. Témoin ce degré d’élévation où Dieu les a placés ; cette grandeur, cette félicité qu’il attache à leur nom pour la suite des siècles.
Voilà vos modèles et les hommes qu’il faut suivre. « Unissez-vous aux saints, nous dit l’Écriture, et cette union vous rendra saints vous-mêmes. Vous deviendrez justes avec les justes ; vous vous perdrez avec les méchants. Attachez-vous donc à ceux qui vivent dans l’innocence et la justice. Ce sont là les vrais élus de Dieu. »
Je vous le demande, pourquoi, parmi vous, ces querelles, ces disputes, ce schisme, ces guerres ? N’avons-nous pas un même Dieu, un même Christ, un même esprit de grâce répandu sur nous, une même vocation en Jésus-Christ ? Pourquoi donc déchirer ses membres ? pourquoi les mettre en lambeaux ? Pourquoi faire ainsi la guerre à notre propre corps ? Sommes-nous assez insensés pour oublier que nous sommes les membres les uns des autres ?