Stromates — Livre III (page 10)

Clément d'Alexandrie · Doctrine

Texte français, domaine public · Source : remacle.org — stromates3/31/32.htm — trad. de Genoude 1839 · 11 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

il flétrit du nom d'impiété, les premières impulsions qui suivent notre naissance charnelle, et sous l'empire desquelles nous ne connaissons pas Dieu. Si la génération est mauvaise, envisagée de ce côté, elle est bonne, en tant que par elle nous connaissons la vérité en Dieu.

« Tenez-vous dans la vigilance de la justice et gardez-vous de tout péché ; car il y en a quelques-uns parmi vous qui ne connaissent point Dieu. »

« Nous avons à combattre, non contre des hommes de chair et de sang, mais contre les esprits. »

Or, les princes des ténèbres ont le pouvoir de nous tenter ; c'est pour cela que le pardon nous est offert. Voilà pourquoi Paul dit aussi :

« Je châtie rudement mon corps et le réduis en servitude. »

Voyez, en effet, l'athlète ! Il pratique une sévère continence, non pas une abstinence générale, mais une modération qui n'use qu'avec réserve de ce qu'elle croit devoir se permettre ; et cependant à quoi aspire-t-il ? à une couronne corruptible, tandis 261 que nous combattons, nous, pour une couronne incorruptible, vainqueurs dans la lutte, mais vainqueurs couverts de sueur et de poussière. Dans cette lutte généreuse, il en est qui donnent à la veuve la palme de la continence préférablement à la vierge : la veuve s'est élevée avec le dédain d'une grande âme au dessus des voluptés qu'elle a connues.

Soutenir que le mariage et la génération sont chose mauvaise, c'est attaquer l'œuvre de Dieu et le don même de l'Évangile. La génération est un mal, dites-vous? — Soutenez donc alors que le Seigneur a passé par la souillure du mal, puisqu'il est ne par la voie de la génération ; que la Vierge a passé par la souillure du mal, puisqu'elle a enfanté. Hélas! quel déluge de maux ! En s'attaquant à la génération, l'hérésie se soulève contre la volonté du Dieu, et blasphème le mystère de la création. De là, un Cassien, soutenant que nos corps sont de vaines apparences ; de là, un Marcion, un Valentin, affirmant qu'il n'y a dans l'homme rien que d'animal, parce que, selon eux, en touchant à l'œuvre de la chair, il s'assimile aux animaux. Assurément, lorsque précipité en aveugle par la passion, il se rue sur des voluptés étrangères, il descend véritablement au niveau de la brute.

« Ils sont devenus, dit l*Écriture, comme des chevaux enflammés qui courent et hennissent après les cavales : chacun a poursuivi la femme de « son prochain. » Avancer que le serpent, empruntant aux animaux privés de raison ses machinations contre l'homme, réussit à persuader Adam de s'unir à Eve par les liens de la chair, sans quoi nos premiers parents n'auraient jamais connu ces fonctions naturelles, ainsi que le veulent plusieurs ; c'est encore attacher le blâme à la création, et lui adresser le reproche d'avoir fait l'homme plus faible que la brute, dont le roi de l'univers aurait suivi les grossiers exemples. Toutefois, je vous l'accorde, 262 la nature a poussé nos premiers parents à l'œuvre de la génération ; séduits par les suggestions de l'ennemi, entraînés par la fougue de la jeunesse, ils ont obéi, plutôt qu'il ne convenait, aux instincts de la chair. Qu'arrivera-t-il ? La condamnation que Dieu prononça contre eux est donc juste, puisqu'ils devancèrent ses ordres. En second lieu, la génération est donc sainte, puisque par elle le monde existe; par elle les essences, par elle les nations, par elle les anges, par elle les puissances, par elle les âmes, par elle les préceptes, par elle la loi, par elle l'Évangile, par elle, enfin, la connaissance de Dieu.

« Toute chair est comme l'herbe, et sa beauté ressemble à la fleur des champs. L'herbe sèche, la fleur tombe; mais la parole de Dieu reste; » la parole qui s'est répandue sur l'âme, à la manière d'une huile sainte, et qui l'a unie étroitement à l'esprit. Sans le corps, comment la divine économie de l'Église eût-elle été conduite à sa fin, puisque le Seigneur lui-même, chef de l'Église, vécut ici-bas dans la prison de la chair, obscur et sans gloire devant les hommes, pour nous apprendre à ne tourner les yeux que vers l'essence incorporelle et invisible de la cause première, qui est Dieu.

« Dans le bon désir, dit le prophète, est un arbre de vie; »

pour nous apprendre que les désirs honnêtes et purs sont dans le Dieu vivant. A cette occasion, les hérétiques ne veulent-ils pas encore que le commerce légitime de l'époux et de l'épouse soit un péché ! Selon eux, ce commerce désigné par l'action de manger du fruit de l'arbre du bien et du mal, est exprimé par ce mot, il connut, qui indique la transgression du commandement divin. Mais si cette explication est plausible, la connaissance de la vérité est aussi l'action de manger du fruit de l'arbre de vie. Un mariage que règle la tempérance et la chasteté peut donc participer à ce bois. Mais déjà la loi nous a dit que l'homme a la faculté d'user bien ou mal du mariage. Voilà l'arbre de la connaissance pour lui; c'est de ne point violer les lois de l'union conjugale. Mate quoi ! notre Sauveur lui-même n'a-t-il pas guéri les maladies du corps comme les maladies de l'âme? Si le corps était l'ennemi nécessaire de l'âme, 263 eût-il fortifié la chair contre l'âme en rendant à la première sa vigueur et sa santé?

« Je veux dire, mes frères, que la chair et le sang ne peuvent posséder le royaume de Dieu, et que la corruption ne possédera point cet héritage incorruptible. » En effet, entre le péché, œuvre de corruption, et l'héritage incorruptible, c'est-à-dire la justice, que peut-il y avoir de commun?

« Êtes-vous si dépourvus de sens, dit l'apôtre, qu'après avoir commencé par l'esprit, vous prétendiez maintenant arriver à la perfection par la chair ? »

Deux opinions extrêmes à fuir également : l'opinion de ceux qui s'abstiennent du mariage par haine du Créateur, et l'opinion de ceux qui prennent occasion du mariage pour se livrer aux dissolutions. Parmi les hérétiques, les uns, ainsi que nous l'avons prouvé, ont exagéré les œuvres de la justice et du salut, comme un instrument que l'on monte à an ton trop élevé. Ils ont admis la continence, mais en partant d'un principe blasphématoire et impie,, lorsqu'il fallait choisir pieusement la chasteté qui se gouverne d'après les règles d'une saine raison, remerciant Dieu de la faveur qu'il leur avait accordée, se gardant bien de haïr la créature, ni de mépriser ceux qui sont engagés dans le mariage. En effet, le monde a été créé, la virginité a été créée; au monde et à la virginité, par conséquent, de rendre grâces à Dieu dans l'état où chacun a été placé, pourvu que chacun en connaisse bien les règles et les charges. Les autres, au contraire, lâchant la bride à la passion, se sont jetés dans tous les excès;

« chevaux enflammés, courant et hennissant après les cavales, chacun d'eux a poursuivi la femme de son prochain ; »

incapables de se commander à eux-mêmes, engageant les autres à n'avoir souci que de la volupté, et interprétant d'une manière déplorable ce texte sacré :

« Mets ton héritage au milieu de nous ; n'ayons qu'une ceinture et qu'une bourse.»

C'est pour nous prémunir 264 contre eux que le même prophète nous dit :

« Ne marchez pas avec eux ; détournez vos pas de leurs sentiers. On ne tend pas impunément des pièges à l'innocence ; car les complices du meurtre amassent sur leurs propres têtes un trésor de maux;»

c'est-à-dire, ceux qui aspirent à la débauche, qui convient le prochain aux mêmes infamies ;

« toujours prêts à la guerre, et frappant avec leurs queues, selon le langage du prophète. »

A qui la bouche inspirée fait-elle allusion dans ce passage ? aux hommes de luxure et d'intempérance, pareils aux animaux lascifs qui battent l'air de leurs queues, enfants de ténèbres et de colère, couverts de sang, meurtriers d'eux-mêmes et homicides de leurs proches.

« Purifiez-vous donc du vieux levain, afin que vous soyez une pâte toute nouvelle, » nous crie l'apôtre. Ailleurs, s'élevant contre des pécheurs semblables, il nous prescrit

« de n'avoir aucun commerce avec notre frère, s'il est ou impudique, ou avare, ou idolâtre, ou médisant, ou adonné au vin, ou ravisseur du bien d'autrui, et de ne pas manger avec un pareil homme. Car, dit-il, je suis mort à la loi par la loi même, afin de ne vivre plus que pour Dieu. Je suis crucifié avec Jésus-Christ; et je vis, ou plutôt, ce n'est plus moi qui vis, comme je vivais quand j'étais l'esclave des voluptés, c'est Jésus-Christ qui vit en moi, d'une vie chaste et bienheureuse, par l'obéissance aux commandements. Ainsi, je vivais alors charnellement dans la chair, et si je vis maintenant dans ce corps mortel, je vis en la foi du fils de Dieu. N'allez point dans la voie des Gentils, et n'entrez point dans les villes des Samaritains, »

nous dit le Seigneur, pour nous détourner des errements qu'ils suivent, en contradiction avec les préceptes,

« parce que la fin des méchants est mauvaise, et que telles sont « les voies de tous ceux qui font le mal. Malheur à cet homme! s'écrie le Seigneur. Il vaudrait mieux pour lui n'être jamais né, que de scandaliser un seul de mes élus. Il vaudrait mieux qu'on attachât à son cou une meule de moulin, et qu'on le jetât dans la mer, que de pervertir un seul de mes élus; car ils sont cause que le nom de Dieu est blasphémé parmi les 265 nations.»

C'est de là que l'illustre apôtre dit :

« Je vous ai écrit dans une de mes épitres que vous n'eussiez point de commerce avec les impudiques, etc.,»

jusqu'à ces mots : « mais le corps n'est point la fornication ; il est pour le Seigneur et le Seigneur pour le corps. »

Puis, pour nous convaincre encore mieux qu'il n'appelle point le mariage une fornication, il ajoute :

« Ne savez-vous point que celui qui se joint à une prostituée, devient un même corps avec elle ?»

Je le demande, appelle-t-on prostituée une vierge avant qu'elle soit mariée ?

« Ne vous refusez point l'un à l'autre, si ce n'est du consentement mutuel de l'un et de l'autre pour un temps.»

Par le mot refusez, l'apôtre montre que la dette du mariage est la procréation des enfants, et il l'exprime d'ailleurs textuellement dans un verset qui précède :

« Que le mari rende à sa femme ce qu'il lui doit, et la femme ce qu'elle doit à son mari. » Une fois la dette conjugale acquittée, la femme est une aide pour surveiller l'intérieur de la famille et entretenir son mari dans la foi du Seigneur. Mais voilà qui est plus clair encore :

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