Stromates — Livre IV (page 7)

Clément d'Alexandrie · Doctrine

Texte français, domaine public · Source : remacle.org — stromates4/41/42/43/44.htm — trad. de Genoude 1839 · 13 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

« Je n'ai personne, écrit-il, qui soit autant uni avec moi d'esprit et de cœur, ni qui se montre plus sincèrement prêt à prendre soin de ce qui vous touche ; car tous cherchent leurs propres intérêts et non ceux de Jésus-Christ. »

Que les hérétiques, nommés plus haut, ne nous fassent donc plus l'injure de nous appeler organisations animales, (psychiques). J'en dis autant aux Phrygiens; car ils attachent cette même flétrissure à ceux qui ne croient pas à la nouvelle prophétie. Nous réfuterons leur doctrine lorsque nous traiterons de la prophétie. Il faut donc que l'homme parfait s'exerce à la charité, et par elle s'élève jusqu'à l'amitié de Dieu, en accomplissant ses préceptes par amour pour lui. Quand le Seigneur nous enjoint d'aimer nos ennemis, il ne nous recommande pas d'aimer le mal, l'impiété, l'adultère, le vol, mais d'aimer le voleur, l'impie, l'adultère, non pas en tant qu'ils pèchent et qu'ils couvrent d'ignominie la dignité d'homme, mais en tant qu'ils sont hommes et l'œuvre clé Dieu. Le péché est indubitablement un acte, il 319 n'est pas une substance. Voilà pourquoi il n'est pas l'ouvrage de Dieu. Nous disons que les pécheurs sont ennemis de Dieu ; pourquoi ? parce qu'ils sont les ennemis des préceptes contre lesquels ils se révoltent. Par une raison contraire, nous nommons amis de Dieu ceux qui se soumettent aux commandements. Amis donc, à cause des liens volontaires qui unissent ceux-ci à Dieu ; ennemis, à cause de l'éloignement volontaire qui les sépare de Dieu. L'inimitié et la haine n'existeraient point sans l'existence d'un ennemi et d'un pécheur. « Tu ne désireras point. »

Ce commandement, ainsi que l'ont pensé les hérésiarques qui distinguent du premier dieu le Démiurgue ou créateur, ne nous défend pas de désirer les choses désirables, en tant qu'elles seraient étrangères et du domaine de l'autre dieu. Ce commandement ne flétrit pas davantage la génération, comme si elle était un acte abominable ; c'est là une doctrine impie. Nous disons que les choses du monde nous sont étrangères, non qu'elles soient déshonnêtes et mauvaises en elles-mêmes, non qu'elles n'aient rien de commun avec le Dieu, maître de l'univers, mais parce que, hommes d'un jour, nous ne vivons pas éternellement au milieu d'elles. Envisagées sous le rapport de la possession, elles nous sont étrangères, puisqu'elles nous échappent pour passer aux mains de nos successeurs ; sous le rapport de l'usage, elles sont à chacun de nous, puisque c'est pour nous qu'elles ont été créées, dans la mesure toutefois où il est nécessaire que nous soyons mêlés à elles pendant notre apparition ici-bas. Il faut donc user dans les limites de la nature des choses dont le précepte nous éloigne sagement, nous tenant en garde contre tout excès et contre toute affection aux biens matériels.

Il faut aimer jusqu'à ses ennemis. Jusqu'où s'étend la bonté? Le Seigneur va nous répondre :

« Bénissez ceux qui vous maudissent, et priez pour ceux qui 320 vous persécutent et vous calomnient. » Il poursuit dans le même sens, puis il ajoute :

« Afin que vous soyez les enfants de votre père qui est dans les cieux, »

désignant ainsi la ressemblance par laquelle nous nous rapprochons de Dieu.

« Hâtez-vous, dit-il ailleurs, de vous réconcilier avec votre adversaire pendant que vous êtes en chemin avec lui. » L'adversaire dont il est ici question n'est pas ce corps, comme le veulent quelques-uns, mais le démon et ceux qui lai ressemblent; le démon qui fait route avec nous par l'intermédiaire des hommes qui reproduisent ici-bas sa perversité. Que nous ne courions pas au devant des maux les plus cruels, quand nous appartenons de bouche aux œuvres du Christ, tandis que nos actes appartiennent réellement au démon, c'est chose impossible. Il est écrit :

« De peur que peut-être votre adversaire ne vous livre au juge, et que le juge ne vous livre au ministre impie de l'empire du démon. »

Car je suis assuré que ni la mort

« celle que donnent les persécuteurs ; »

ni la vie, « celle du temps ; » ni les anges,

« les anges rebelles ; » ni les principautés, »

la principauté de Satan est la révolte qu'il a préférée; telles sont les principautés qui relèvent de ces puissances des ténèbres;

au milieu desquelles nous sommes pendant le cours de la vie, telles que l'espérance du soldat et le gain du trafiquant ;

« ni tout ce qu'il y a de plus haut ou de plus profond, ni aucune autre créature, »

ne saurait triompher dans les actes particuliers à l'homme, de la foi de celui qui agit dans l'exercice de sa volonté. La créature est appelée ici du même nom que l'acte humain comme étant notre ouvrage. Un tel acte donc

« ne pourra jamais nous séparer de l'amour de Dieu, Jésus-Christ notre Seigneur. »

Vous avez l'abrégé du martyr gnostique.

Fuyez le scandale. « Nous savons, dit l'apôtre, que nous avons la science com- 321 mune qui s'occupe des choses à la portée de tous, et qu'il n'y a pour nous qu'un seul Dieu. »

L'apôtre écrivait ces mots à des fidèles; aussi, ajoute-t-il :

« Mais tous ne sont pas éclairés »

des lumières qui ne sont transmises qu'à un petit nombre. Suivant quelques interprètes, il ne faut pas divulguer à tous la connaissance des viandes immolées aux idoles,

« de peur que notre liberté ne soit aux faibles une occasion de faillir, car notre science perdrait notre frère encore faible. »

« Il faut acheter tout ce qui se vend dans les marchés, »

ajoutant par voie d'interrogation ces mots :

« que vous demandiez ou que vous ne demandiez pas; »

c'est donner au texte une interprétation ridicule. L'apôtre a dit :

« Mangez de toutes les viandes que l'on vend, sans vous informer de rien par scrupule de conscience, »

à l'exception toutefois des viandes qui sont nommées dans l'épître catholique des apôtres réunis. Cette épître catholique, revêtue de la sanction du Saint-Esprit, a été insérée dans les Actes des apôtres et portée aux fidèles par le ministère de Paul lui-même.

« II est nécessaire que vous vous absteniez des victimes sacrifiées aux idoles, dit-elle, et du sang, et des chairs étouffées et de la fornication, toutes choses dont vous ferez bien de vous garder. »

Aussi Paul dément-il ainsi une pareille explication :

« N'avons-nous pas le droit de boire et de manger? n'avons-nous pas le pouvoir de mener partout avec nous une femme qui soit notre sœur en Jésus-Christ, comme font les autres apôtres, et les frères du Seigneur, et Céphas ? Cependant nous n'avons point usé de ce pouvoir, et nous souffrons tout pour n'apporter à l'Evangile de Jésus-Christ aucun obstacle, »

ou bien, en transportant avec nous un fardeau embarrassant, lorsque nous devons être prêts à tout appel ; ou bien, parce que servant d'exemple à ceux qui veulent vivre dans la tempérance, nous ne sommes pas faits pour dédaigner ce qu'on nous sert, ou pour lier d'imprudentes relations avec une femme. Loin de là: il convient surtout à ceux qui sont chargés d'un ministère si relevé, de présenter à ceux qu'ils enseignent un modèle de pureté.

« Voilà pourquoi, poursuit l'apôtre, libre à l'égard de 322 tous, je me suis fait le serviteur de tous, pour les gagner tous. Tous les athlètes vivent dans une grande continence, Mais la terre et tout ce qu'elle contient est au Seigneur. A cause de la conscience, il faut donc s'abstenir de toutes les choses dont l'abstinence est ordonnée. Quand je dis, la conscience, je ne parle pas de la vôtre ; »

elle a ses lumières et sa connaissance, je parle de celle du prochain. Abstenez-vous donc, de peur que votre frère ne soit mal édifié par ignorance, en imitant ce qu'il ne connaît pas, ou que le mépris ne prenne chez lui la place des sentiments élevés.

« Pourquoi m'exposerai-je à faire condamner par la conscience d'un autre cette liberté que j'ai de manger de tout? Si je prends avec action de grâces ce que je mange, pourquoi ferai-je mal parler de moi pour une chose dont je rends grâces à Dieu ? Quelque chose que vous fassiez, faites tout pour la gloire de Dieu ; »

tout, c'est-à-dire les choses que permettent les règles de la foi.

Explication de plusieurs passages des Écritures sur la constance, la patience et la charité des martyrs. « Il faut croire de cœur pour obtenir la justice, et confesser de bouche pour obtenir le salut. De là cette promesse de l'Ecriture : Tous ceux qui croient en lui ne seront pas confondus. Cette parole est la parole de la foi que nous prêchons, parce que je vous confesse de bouche que Jésus est le Seigneur. Et si vous croyez de cœur que Dieu l'a ressuscité après sa mort, vous serez sauvés. »

Il est évident que l'apôtre fait ici le portrait de la justice parfaite, dont la plénitude réside dans les œuvres et dans la contemplation.

« Il faut donc bénir ceux qui nous persécutent. Bénissez-les, dit l'apôtre, et gardez-vous bien de les maudire ; car notre gloire, c'est le témoignage de notre conscience d'avoir connu Dieu dans la pureté et dans la sincérité du cœur, »

manifestant dans une occasion de peu d'importance, les œuvres de la charité, et 323 prouvant que nous

« avons vécu en ce monde, non pas selon la sagesse de la chair, mais selon la grâce de Dieu. »

Ainsi s'exprime l'apôtre sur la connaissance ; mais il appelle, dans sa seconde Epitre aux Corinthiens, bonne odeur de la connaissance, la doctrine commune de la foi.

«Car, pour la plupart, jusqu'à ce jour, lorsqu'ils lisent l'ancien Testament, le même voile demeure sans être levé, parce qu'il ne le peut être que par leur conversion à Jésus-Christ.»

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