Stromates — Livre IV (page 8)

Clément d'Alexandrie · Doctrine

Texte français, domaine public · Source : remacle.org — stromates4/41/42/43/44.htm — trad. de Genoude 1839 · 13 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

Voilà pourquoi le Seigneur a découvert à ceux qui peuvent la voir, la résurrection de cette vie qui rampe sur le ventre, mais résurrection dont le principe est encore enseveli dans la chair. C'est de là aussi qu'il a nommé, « race de vipères, » ceux qui rampent tristement sur la terre, les voluptueux, les dissolus, les intempérants, et tous ceux qui, livrés aux désirs du monde, se déchirent réciproquement la tête.

« Mes petits enfants, n'aimons ni de parole ni de langue, »

dit Jean, pour nous enseigner à être parfaits ;

« aimons par les œuvres et en vérité. Par là, nous connaitrons que nous sommes enfants de la vérité. »

et que l'amour soit aussi la piété,

« la crainte n'est pas où est l'amour ; mais l'amour parfait chasse la crainte, et l'amour que nous avons pour Dieu, consiste à garder ses commandements. »

Ailleurs, il est encore écrit pour celui qui aspire à devenir gnostique :

« Soyez l'exemple des fidèles dans vos discours, dans votre conduite avec le prochain, par votre charité, votre foi et votre chasteté. »

C'est que, selon moi, la charité parfaite se distingue de la foi commune. Or, le divin apôtre nous trace en ces termes la règle du gnostique :

« J'ai appris à être content de l'état où je me trouve. Je sais vivre dans la pauvreté et dans l'abondance. Ayant tout éprouvé, je suis fait à tout, aux bons traitements et à la faim, à l'abondance et à l'indigence. Je puis tout en celui qui me fortifie. »

Ailleurs, s'adressant à d'autres, Paul ne craint pas de les confondre en ces termes :

« Or, rappelez en votre mémoire le premier temps, où après avoir été éclairés, vous avez soutenu de grands combats et de grandes afflictions, exposés d'un côté, au monde par les injures et les mauvais 324 traitements que vous avez reçus, et de l'autre, participant aux tribulations de ceux qui souffraient de semblables indignités. Car vous avez compati à mes chaînes, et vous avez vu avec joie tous vos biens enlevés, sachant que vous avez des biens meilleurs, et qui ne périront jamais. Ne perdez donc pas la confiance que vous avez, et qui doit recevoir une grande récompense; car la patience est nécessaire, afin que faisant la volonté de Dieu, vous obteniez l'effet de ses promesses. Encore un peu de temps, dit le Seigneur, et celui qui doit venir, viendra, et il ne tardera point. En attendant, le juste qui m'appartient vit de la foi. Que s'il s'éloigne, il ne me sera plus agréable. Mais nous, nous n'avons garde de nous retirer pour notre perte, loin de là; nous demeurons fermes dans la foi pour le salut de nos âmes. » L'apôtre nous met ensuite sous les yeux une réunion de modèles inspirés et soutenus par Dieu.

« Ne se sont-ils pas illustrés dans la foi par la patience, ceux qui ont souffert les outrages, les fouets, les chaînes et les prisons ? Ils ont été lapidés, ils ont été mis aux plus rudes épreuves, ils sont morts par le tranchant du glaive; ils ont mené une vie errante, couverts de peaux de brebis et de peaux de chèvres, abandonnés, affligés, persécutés, eux dont le monde n'était pas digne; errant dans les déserts et dans les montagnes, se retirant dans les antres et dans les cavernes de la terre. Et tous ceux que leur foi a rendus si recommandables, n'ont point reçu l'effet des promesses de Dieu. »

Il faut comprendre cette phrase en y sous-entendant le mot seuls, exprimé tacitement. C'est pourquoi l'apôtre ajoute :

« Dieu ayant voulu, par une faveur particulière pour nous, car il est bon, qu'ils ne reçussent qu'avec nous l'accomplissement de leur félicité. Nous donc, puisque nous sommes environnés d'une si grande nuée de témoins, nuée sainte et transparente, dégageons-nous de tout ce qui appesantit, et des liens du péché; courons par la patience dans la carrière qui nous est ouverte, jetant les yeux sur Jésus, l'auteur et le consommateur de la 325 foi. »

Bien que l'apôtre ait déjà dit clairement qu'il n'y a qu'un seul et même salut dans le Christ, pour les justes qui l'ont précédé comme pour nous, néanmoins, parlant aussi de Moïse, il ajoute :

« Il pensait que l'opprobre de Jésus-Christ est un plus grand trésor que toutes les richesses de l'Égypte, parce qu'il envisageait la récompense. Par la foi, il quitta l'Egypte sans craindre la fureur du roi ; car il demeura ferme comme s'il eût vu l'Invisible. » La divine Sagesse dit des martyrs:

« Ils ont semblé mourir aux yeux des insensés, et leur fin a été estimée une affliction, et leur sortie du milieu de nous un anéantissement ; mais ils sont en paix, et si devant les hommes ils ont souffert des tourments, leur espérance est pleine d'immortalité. »

Puis, afin de nous enseigner que le martyre est une purification, la Sagesse ajoute:

« Leur affliction a été légère, et leur récompense sera grande, parce que Dieu lus a tentés, »

c'est-à-dire, a permis qu'ils fussent tentés, pour les mettre eux-mêmes à l'épreuve, et pour couvrir de confusion le tentateur,

« et il les a trouvés dignes de lui, »

c'est-à-dire, d'être appelés ses fils.

« Il les a éprouvés comme l'or dans la fournaise, et les a reçus comme un holocauste, et ils resplendiront au jour qu'il les visitera, et ils brilleront comme la flamme qui court dans le chaume aride. Ils jugeront les nations et ils domineront les peuples, et leur Seigneur régnera à jamais. »

Passages de l'épitre de saint Clément, pape, aux Corinthiens, cités à l'appui de ce qui précède. L'apôtre Clément, dans son épitre aux Corinthiens, nous trace aussi une sorte de portrait du Gnostique.

« De tant d'étrangers qui se rendaient en foule dans vos murs, qui ne se sentait frappé de cette foi vive, inébranlable et ornée de toutes les vertus qui étaient en vous ? qui n'admirait cette piété envers Jésus-Christ si pleine de douceur et de sagesse ? 326 qui ne louait ces mœurs libérales et magnifiques que vous faisiez éclater dans l'exercice de l'hospitalité? qui enfin ne « publiait partout que vous étiez heureux par l'étendue et la certitude inébranlable de vos connaissances ? En effet, vous vous conduisiez en toutes choses sans aucun égard à la qualité des personnes, et vous marchiez avec fidélité dans les voies du Seigneur, etc.»

L'apôtre ajoute en termes encore plus formels :

« Ayons toujours les yeux fixés sur ces hommes qui lui ont rendu un culte digne de sa gloire et de sa magnificence. Considérons Enoch, qui ayant plu à Dieu par son obéissance, a été transporté au ciel ; Noé qui, pour avoir cru, fut sauvé du déluge, et Abraham, qui, pour récompense de sa foi et de son hospitalité, fut appelé ami de Dieu et père d'Isaac. Ce n'est pas tout ; Loth, recevant le prix de sa foi et de l'hospitalité qu'il exerça, sort de Sodome sans aucun mal. La courtisane Bahab est garantie de l'anathème général à cause de sa foi et de son hospitalité. Soyons les imitateurs de ceux qui, revêtus de peaux de chèvres et de brebis, allaient partout, prédisant le règne de Jésus-Christ. Tels furent les saints prophètes Élie, Élizée, Ézéchiel et Jean. Abraham qui reçut un glorieux témoignage, et fut appelé l'ami de Dieu, à cause de la générosité de sa foi, loin de s'enorgueillir de sa gloire, s'écrie dans les sentiments d'une humilité profonde: Je ne suis que cendre et que poussière. Voici ce que l'Écriture dit de Job : Job était un homme juste, simple, droit de cœur, servant Dieu et fuyant le mal. » Toutefois celui qui, par l'héroïsme de sa patience, triompha du tentateur; celui qui rendit témoignage à Dieu et auquel Dieu rendit témoignage à son tour, s'accuse lui-même avec humilité :

« Personne n'est exempt de souillures, n'eût-il vécu qu'un seul jour. »

Moïse, qui a été trouvé fidèle dans toute la maison de Dieu, répondit à la voix qui lui parlait du milieu du buisson ardent :

« Qui suis-je, pour que vous m'envoyiez ? J'ai la langue trop faible et la voix trop tardive, pour qu'une bouche humaine soit l'interprète de la parole divine. »

« Je suis la de l'eau qui bout. Dieu résiste aux superbes et donne 327 sa grâce aux humbles. »

Mais que dirons-nous de David, à qui Dieu rend un si illustre témoignage :

« J'ai trouvé un homme selon mon cœur, David, fils de Jessé; je l'ai sacré roi pour l'éternité? »

Et lui-même parle ainsi à Dieu :

« Ayez pitié de moi, mon Dieu, selon la grandeur de votre miséricorde, et selon la multitude de vos bontés, effacez mon iniquité. Lavez-moi de plus en plus de mes souillures et purifiez-moi de mon péché. Car je connais mon iniquité, et mon crime est toujours devant moi. »

Puis, faisant allusion au péché qui n'est point soumis à la vindicte de la loi, il ajoute, avec l'humilité d'un Gnostique :

« J'ai péché contre vous seul ; j'ai fait le mal en votre présence. »

L'Écriture ne dit-elle pas quelque part :

« L'esprit de Dieu est un flambeau qui pénètre les cœurs, »

et plus nous nous élevons vers la connaissance, en marchant dans les sentiers de la justice, plus l'esprit de lumière est près de nous. C'est ainsi que le Seigneur s'approche des justes, et que rien ne lui est caché de nos pensées et de nos plus secrètes réflexions. Et quel est cet esprit de lumière ? Jésus-Christ notre Seigneur qui, par sa toute-puissante volonté, scrute nos cœurs, et dont le sang a été notre sanctification. Respectons donc ceux qui nous sont préposés; honorons les vieillards; élevons les jeunes gens dans la crainte de Dieu.

Bienheureux, en effet, celui qui enseigne et qui accomplit, comme il convient, les préceptes du Seigneur! C'est la marque d'un esprit élevé et adonné à la contemplation de la vérité.

Instruisons nos femmes à pratiquer le bien, en se rendant aimables par la pureté de leurs mœurs; en montrant dans toute leur conduite une douceur parfaite ; en modérant par le silence l'excès de leurs paroles, en faisant voir envers tous ceux qui craignent Dieu véritablement, une charité toujours égale. Que nos enfants soient élevés selon les maximes de Jésus-Christ; qu'ils apprennent combien l'humilité est puissante auprès de Dieu ; de quel prix est à ses yeux cette charité pure et sans tâche; combien sa crainte est bonne, honorable et salutaire à tous ceux*qni marchent devant lui dans la sainteté et dans la pureté. Je le répète, le Seigneur pénètre nos pensées et nos desseins; car son esprit est en nous 328 et il le retire quand il lui plait. La foi que nous avons en Jésus-Christ nous rend toutes ces vérités certaines.

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