De l'âme (De anima) (page 6)
Il suffit pour affirmer d'un être qu'il vit. Cuvier définit la vie (Règne animal, t. I, p. 11) « le mouvement des molécules qui entrent et qui sortent pour entretenir le corps de l'animal. » La vie ne serait que la nutrition.
La sensibilité, le mouvement. Cuvier dit aussi, ib., p.46, que les caractères les plus influents pour classer les animaux sont la sensibilité et la locomotion ; ils établissent le degré de l'animalité. Il s'occupe aussi, ib., p. 40, des fonctions intellectuelles des animaux ; mais il ne revendique pas cette étude pour les naturalistes exclusivement, comme Aristote semble le faire; voir plus haut, liv. I, ch. I, § 11.
Qui se rapporte à la nutrition, à l'accroissement. Je préfère cette leçon, adoptée par M. Trendelenhourg d'après les manuscrits, à celle de l'édition de Berlin, qui met « l'accroissement et le dépérissement » au nominatif, au lieu de les rapporter à l'idée de mouvement relative aux trois termes qui la suivent. Simplicius et Philopon paraissent avoir eu cette dernière leçon.
II faut bien remarquer que ces grandes divisions, dans les facultés qui constituent la vie, sont encore aujourd'hui reconnues et suivies par la science moderne, qui n'a point eu à les modifier. Voir le Manuel de physiologie de M. Muller, t. I, p. 35, de la trad. française. On ne saurait trop insister sur ce point.
§ 3 Qu'elles vivent. C'est aussi ce que dit Platon : il va même jusqu'à appeler la plante un animal, Timée, p. 2t2, traduction de M. Cousin.
En sens contraires. La leçon vulgaire est : « dans des lieux contraires. »J'ai préféré celle de l'édition Aldine, qui me semble s'accorder mieux avec ce qui suit.
Par en haut seulement. Voir plus loin l'opinion d'Empédocle sur l'accroissement des végétaux, chap. 4, § 7.
§ 4. Indépendamment de toutes les autres. C'est là ce qui donne à la nutrition la première place : elle ne dépend pas des autres fonctions ; les autres fonctions dépendent d'elle, au contraire.
Dans les êtres mortels. Je ne sais si cette restriction était bien nécessaire, quoique Philopon l'approuve fort. — Qui n'ont pas d'autre puissance de l'âme. La faculté végétative, qui se retrouve aussi dans les animaux.
C'est par ce principe que la vie appartient... Je crois qu'Afistole a bien fait de donner cette importance suprême à la nutrition ; et Cuvier, dans ses Considérations générales, n'a peut-être pas assez suivi son exemple.
L'animal n'est constitué primitivement que par la sensibilité. C'est que la sensibilité est le premier caractère qui distingue l'animal proprement dit de tous les autres êtres. Pour Cuvier, c'est tantôt la sensibilité aussi (Règne animal, t. 1, p. 18), tantôt c'est la respiration (ib., p. 21), avec trois autres caractères qui complètent ce premier : cavité intestinale, système circulatoire, composition chimique, où entre l'azote de plus que dans celle des végétaux. Peut-être la division d'Aristote, qui a le grand mérite d'être plus simple, a-t-elle aussi le mérite d'être plus profonde. Linné semble l'avoir adoptée.
Et qui ne changent pas de place, comme les zoophytes.
§ 5. Le premier sens qui appartient à tous les animaux, c'est le toucher. Cuvier remarque aussi (Règne animal, t. I, p. 3t1 que le toucher ne manque jamais dans les animaux. C'est, de plus, du toucher et des organes de la manducation que sont pris les caractères variables qui établissent les diversités essentielles des mammifères entre eux, ib., p. 65.
Le toucher peut s'isoler de tous les autres sens. Voir plus loin, § 11.
Nous dirons plus tard, dans les chapitres suivants : la nutrition dans le chap. 4, la sensibilité dans les chap. 5 et suiv.
§ 6. Des facultés suivantes. C'est l'ordre qu'il suivra dans tout ce traité pour l'étude de ces quatre facultés.
§ 7. Ou bien aussi séparée matériellement. Le texte dit : « Par le lieu. »
Quelques autres prétendent de grandes difficultés. On voit sans peine qu'ici, en effet, les difficultés sont immenses : attribuer à l'âme la nutrition, comme on lui accorde la pensée, la sensibilité, la locomotion, c'est un problème que la science, jusqu'ici, n'a pas pu résoudre. Le système de Stahl, qui n'admet qu'un seul principe pour toutes les fonctions diverses, se rapproche en ceci de celui d'Aristote, bien qu'il en dif fère si complètement à tant d'autres égards. Descartes a consacré ta première partie presque entière du traité de la Formation du fœtus à démontrer que les fonctions du corps ne peuvent être attribuées à l'âme. Voir t. 4, p. 431, de l'édition de M. Cousin, et aussi le traité des Passions de l'âme. § 3. De même que dans les plantes. Voir plus haut, liv. I, cbap. 4, § 18, et chap. 6, § 26, la même observation déjà exprimée.
Avec une autre différence de l'âme, dans un autre ordre d'êtres, où l'âme n'est plus seulement nutritive, mais où elle est sensible et locomotrice.
Pour les insectes que l'on coupe. Voir aussi plus haut, liv. 1, chap. 5, § 26. Aristote veut sans doute parler surtout des vers.
Il y a nécessairement désir. Voir plus loin, chap. 3, § 3. § 9. On ne saurait ici encore affirmer rien. Ceci se rapporte à ce qui a été dit plus haut, § 7. Y a-t-il des parties de l'âme qui soient distinctes et séparables matériellement? Aristote n'affirme rien encore pour l'intelligence : il se réserve de le faire dans la théorie spéciale de l'intelligence, liv. III, chap. 5, § 2.
Ni de la faculté de percevoir. Le mot grec a peut-être un sens plus étendu ; mais je n'ai pu trouver de meilleur équivalent.
L'intelligence semble être. Alexandre d'Aphrodise se fondait sur cette forme dubitative pour soutenir qu'Aristote n'admet pas l'immortalité de l'âme. Philopon combat avec raison cette interprétation un peu subtile d'Alexandre. Mais si Aristote s'était prononcé plus nettement qu'il ne l'a fait sur cette question, le doute même n'eût pas été possible. Après avoir lu le Phédon, qui peut demander, par exemple, quelle est l'opinion de Platon? Comme l'éternel s'isole du périssable. Voir plus loin, chap. 3, § 7, à la fin; et liv. lll. chap. 5, § 2. § 10. Qu'elles ne sont pas séparables, les unes des autres.
Ainsi qu'on le soutient quelquefois. Comme l'a fait Platon dans la République, liv. IV, p. 233 et suiv., et dans le Timée, p. 197 et suiv., trad. de M. Cousin.
Au point de vue de la raison. On a déjà vu une expression pareille, § 7, plus haut. On la trouvera encore liv. III, chap. 4, §,1. Je crois que c'est bien la pensée d'Aristote que j'ai rendue ; mais il serait possible de comprendre le texte dans un sens plus vulgaire, qui reviendrait, du reste, à peu près à celui que je donne " Pour le langage, verbalement. »
Tout autre chose d'être sensible et d'être pensant, parce que sentir et juger sont choses très différentes. Aristote n'a jamais hésité sur ce point, comme pourraient le faire croire les accusations de sensualisme dont il a été l'objet, et auxquelles, il faut le dire, il a quelquefois prêté, par la forme de son langage tout au moins. Voir les Derniers Analytiques, liv. Il, c. 19.
Et de même pour chacune des facultés. Ceci n'est pas très clair, et l'on peut comprendre, ou que les facultés de l'âme autres que l'intelligence ne sont pas séparables, ou bien qu'elles sont aussi différentes entre elles que le sont sentir et juger. Les commentateurs grecs n'ont rien dit sur ce point.
§ 11. De plus, certains animaux. Aristote essaie donc, comme il l'a promis implicitement, d'étendre sa théorie à la série entière des êtres animés. Voir plus haut, liv. I, chap. 6, § 13.
Et nous verrons plus tard quelle en est la cause. Il s'agit sans doute ici, comme le croient Simplicius et Philopon, de la suite même de ce traité, et peut-être de l'Histoire des animaux, où les faits sont exposés tout au long en ce qui concerne l'organisation diverse des êtres animés.
Pour les sens. Plus haut, § 5, il a remarqué que le toucher est le seul sens qui se retrouve dans tous les animaux sans exception. Voir aussi passim dans ce traité. § 12. Ce par quoi nous vivons et sentons. C'est la traduction exacte du texte; peut-être eût-il mieux valu dire simplement : » Vivre et « sentir peuvent s'appliquer à « deux choses diverses, tout aussi « bien que savoir. » J'ai préféré rester plus fidèle, au risque d'être moins élégant. L'acte des choses capables d'agir. Voir sur ces rapports de l'acte, au sujet qui le souffre ou qui le fait, le neuvième
livre de la Métaphysique.
Primitivement. J'ai conservé la formule péripatéticienne. On comprend sans peine que l'âme est le principe premier qui nous fait vivre, sentir et penser.
Raison et forme. Voir, dans le chapitre précédent, la définition de l'âme, à laquelle Aristote semble revenir ici.
Et non pas matière ou sujet. Voir plus haut, chap. 1, § 4. § 13. Ainsi que nous l'avons dit. Voir plus haut, ch. 1, § 9, où Aristote se sert à peu près des mêmes termes pour rendre la même idée.
C'est l'âme au contraire. Répétition de ce qui a été dit dans le chapitre précédent, et surtout § 6. Constitué de certaine façon. C'est-à-dire étant pourvu d'organes qui le rendent capable de vivre. Voir plus haut/ ch. 1, §§ 5 et 6. § 14. A ceux qui prétendent. Il est bien difficile de savoir à quels philosophes Aristote veut ici faire allusion. C'est peut-être de Platon qu'il s'agit : du moins ce sont bien là les doctrines du Phédon et de la République.
Elle est quelque chose du corps. Il semblerait alors que l'âme est inséparable du corps et meurt avec lui. Pour prévenir cette conséquence évidente, Philopon rappelle ce qu'Aristote a dit plus haut de l'intelligence, § 9.
Dans le corps fait de telle façon. Dans le corps formé par la nature et pourvu d'organes qui le rendent capable de vivre ; voir le paragraphe précédent, et plus haut, ch. 1, § 6 Comme les philosophes antérieurs l'ont dit. Critique qu'il a déjà faite plus haut, et qui s'adresse aux Pythagoriciens surtout; voir liv. I, ch. 3, § 23. § 15. Celle loi parfaitement raisonnable. La formule dont je me sers ici paraîtra peut-être bien moderne, Aristote disant seulement : « suivant la raison. » Mais j'ai cru devoir l'employer pour être plus clair, et dans tous les cas elle n'est pas contraire à la rigueur aristotélique.
Dans la madère qui est propre à la recevoir. Voir le livre IX de la Métaphysique.
Et raison. Ce mot est fort vague ; celui du texte ne l'est pas moins, et je n'ai pu trouver un équivalent meilleur. On pourrait encore traduire : et notion.
CHAPITRE III. Rapports divers des facultés entre elles. Rôle général du toucher ; il est le sens de la nutrition. Il ne peut pas y avoir pour les diverses facultés une notion commune, de même qu'il n'y en a pas pour les diverses figures de géométrie; seulement, la faculté supérieure suppose et contient la faculté inférieure : la sensibilité suppose la nutrition, etc. — Subordination régulière des facultés entre elles: nutrition, sensibilité, locomotion, intelligence.
§ 1.
414a27 Les facultés de l'âme, que nous avons énumérées, ou bien appartiennent toutes ensemble à quelques êtres, ainsi que nous l'avons dit ; ou bien d'autres êtres n'en ont que quelques unes seulement; ou même d'autres n'en ont qu'une seule. Nous appelons facultés : la nutrition, les appétits, la sensibilité, la locomotion, la pensée. § 2. Les plantes n'ont que la nutrition; d'autres êtres 414b ont à la fois la nutrition et la sensibilité. Quand il y a sensibilité, il y a de plus appétit; car l'appétit est désir, passion et volonté. Il est un seul sens que tous les animaux sans exception possèdent, c'est le toucher. Mais l'être qui a sensibilité a aussi peine et plaisir, selon que l'objet est agréable ou pénible; et les êtres qui ont ces qualités ont en outre le désir, carie désir est l'appétit de ce qui fait plaisir.
§ 3. De plus, ces êtres ont aussi le sens de la nourriture, car le toucher est le sens de l'alimentation. Tous les animaux, en effet, se nourrissent de matières sèches et liquides, chaudes et froides : et le sens propre de toutes ces choses, c'est le toucher. S'il s'applique aux autres choses sensibles, c'est indirectement; en effet, ni le sou, ni la couleur, ni l'odeur, ne contribuent en rien à la nourriture de l'animal ; mais la saveur est une des choses accessibles au sens du toucher. La faim et la soif sont des désirs ; la faim se rapporte au sec et au chaud, la soif se rapporte au froid et au liquide ; mais la saveur est comme l'assaisonnement de tous les aliments. Nous nous expliquerons plus tard à ce sujet : disons seulement ici que ceux des animaux qui ont le toucher ont aussi l'appétit. Ont-ils aussi l'imagination? c'est ce qui est incertain, et nous reviendrons plus loin sur cette question. § 4. Quelques animaux ont, outre ces facultés, la locomotion. D'autres, comme l'homme, ont de plus la pensée et l'intelligence, et quelque autre faculté, s'il y en a, qui soit analogue ou même supérieure à celles-là.
§ 5. Il est donc clair que la définition de l'âme ne peut être une, que comme l'est celle de la figure en géométrie. Si, dans cette science, il n'y a pas d'autres figures que le triangle et les figures qui le suivent, ici non plus il n'y a pas d'autres espèces d'âmes que celles qu on a énumérées. Toutefois on pourrait chercher, même pour les figures, une notion commune qui convînt à toutes sans exception, et qui ne fût spécialement propre à aucune. Et de même pour les âmes que Ton a indiquées. Mais il serait ridicule de chercher pour elles, aussi bien que pour les figures géométriques, une notion commune qui ne serait ni la notion propre d'aucune des choses en question, ni relative à l'espèce particulière et individuelle que l'on considérerait. Laissons donc cette recherche de côté.
§ 6. Mais à un autre égard, il en est de même à peu près pour l'âme que pour les figures. Pour celles-ci et pour les êtres animés, le terme qui suit contient également, en puissance, le terme qui le précède; et, par exemple, le triangle est dans le carré, la nutrition dans la sensibilité; de telle sorte que, pour chaque être, il faut chercher spécialement quelle est l'âme dont il est doué; et ainsi, quelle est lame de la plante, celle de l'homme ou celle de la bête.
§ 7. Examinons quelle est la loi de cette série régulière. Sans nutrition, point de sensibilité: mais la nutrition dans les plantes est séparée de la sensibilité. D'autre part, sans le toucher, aucun des autres sens n'existe. Mais le toucher peut exister sans les autres : ainsi beaucoup d'animaux n'ont ni la vue, ni l'ouïe, et sont tout-à-fait privés du sens de l'odorat. Parmi les êtres doués de sensibilité, les uns possèdent la locomotion, d'autres ne l'ont pas. Enfin très peu d'animaux ont le raisonnement et la pensée. Ceux qui, parmi les êtres périssables, ont le raisonnement, ont aussi toutes les autres facultés ; mais ceux qui n'en ont qu'une n'ont pas tous le raisonnement. En outre, les uns sont dénués même de l'imagination, tandis que d'autres ne vivent que par elle. Quant à l'intelligence spéculative, c'est une tout autre question. Il est donc évident que la définition qui convienne mieux a chacune de ces facultés, est aussi celle qui convient le mieux à l'âme.
§ 1. Ainsi que nous l'avons dit, Plus haut, ch. î, §§ 2 et 11.
Nous appelons facultés... les appétits. Aristote ajoute l'appétit ou les appétits aux quatre facultés qu'il a énumérées plus haut, ch. 2, § 2, et qui, suivant lui, constituent la vie. Descartes fait des appétits un sens a part. Voir les Principes, ive partie, § 190, éd. de M. Cousin, Aux appétits, Descartes joint les passions, et porte ainsi les sens au nombre de sept. § 2. Les plantes n'ont que la nutrition. Voir plus haut, ch. 2, § 3 et 4.
Il a de plus appétit. Plus haut, ch. 2, § 5, il a dit désir, et non point appétit ; dans sa théorie, l'appétit parait être antérieur au désir, et appartenir au corps, comme le désir appartient à l'âme, L'appétit est désir, passion et volonté. Ceci semblerait faire de l'appétit un acte moral, et non corporel.
C'est le toucher. C'est ce qui a déjà été dit plus haut, ch. 8, § 5. A aussi peine et plaisir. Voir plus haut la même pensée, ch. 2, § 3. § 3. De plus, ces êtres. Le texte dit seulement et d'une manière toute indéterminée : Ils. J'ai traduit « ces êtres, » pour préciser davantage et montrer qu'il s'agit des êtres dont il vient d'être parlé, et qui ont nutrition et sensibilité. Le toucher est le sens de l'alimentation. Aristote donne plus loin, liv. iii, ch. 12, § 7, ce rôle au goût, dont il fait, il est vrai, une sorte de toucher.
Tous les animaux se nourrissent. Comme il a dit plus haut que les plantes se nourrissent aussi, ch. 2, § 3, il semblerait qu'elles aussi devraient avoir le sens de la nutrition. Mais la nutrition est possible sans le secours des sens, et le toucher ne sera le sens de la nutrition que dans les êtres doués de sensibilité.
S'il s'applique aux choses sensibles, c'est indirectement, ou « par accident, » comme dit le texte. Cette opinion parait trop absolue, et Aristote lui-même ne semble pas la soutenir, plus loin dans ce livre, ch. 2, où le toucher paraît être applicable à toutes les choses sensibles, et non pas seulement aux choses destinées à la nutrition de l'animal. Voir sur le toucher, outre la théorie spéciale, le liv. III. ch. 12 et 13. La saveur est une des choses accessibles au sens du toucher. Voir plus loin, ch. 9, § 2, le goût assimilé au toucher, et aussi ch. 10, § 1 et suiv.
Plus tard. Voir plus loin la théorie du goût, ch. 10.
Ont-ils aussi l'imagination? Voir plus haut, ch. 2, § 8.
Nous y reviendrons plus loin. Voir la théorie de l'imagination, liv. III, ch. 38. § 4. Outre ces facultés, la locomotion. Voir liv. III, ch. 9.
D'autres ont la pensée et l'intelligence. Voir liv. III, ch. 4. On doit remarquer ici, comme je l'ai déjà dit plus haut, que le mot du texte qui exprime la pensée est un dérivé de celui qui exprime l'intelligence. Notre langue n'a pu m'offrir des rapports analogues entre les mots que j'ai dû employer.
Et quelque autre faculté s'il y en a. Simplicius et Philopon entendent autrement ce passage, où le vague de l'expression grecque peut en effet prêter à l'équivoque. Au lieu de faculté, ils comprennent qu'il s'agit ici d'une espèce analogue à l'espèce humaine ou même supérieure, celle des démons, par exemple, et des dieux, dont il est parlé au ch. 8 du livre XII de la Métaphysique. J'ai préféré le sens que je donne, quoique Aristote ne semble nulle part reconnaître de faculté au-dessus de l'intelligence, laquelle nous met en rapport avec les principes. Si l'on admettait l'interprétation des commentateurs grecs, il faudrait traduire : « Ou quelque autre espèce a d'êtres qui soit analogue, ou même supérieure à l'espèce humaine. » § 5. La définition de l'âme ne peut être une. C'est une des questions qu'Aristote a indiquées, liv. I, ch. 1, § 5.
Le triangle et les figures qui le suivent. Le triangle forme toutes les figures rectilignes qui ont plus de trois côtés ; c'est-à-dire que toutes ces figures peuvent être divisées en triangles, le carré en deux triangles, le pentagone en trois, l'hexagone en quatre, etc. La géométrie a plus tard réduit ceci en théorème exprès.
Il n'y a pas d'autres espèces d'âmes. En dehors des espèces réelles: nutritives, sensibles, etc., il n'y a pas d'âme en général, d'âme universelle.
Qu'on a énumérées. Plus haut, ch. 2, § 2.
Mais il serait ridicule de chercher. C'est déjà ce qu'Aristote fait entendre, liv. I, ch. 1, § 5. Pacius suppose avec raison qu'il s'agit ici de la théorie des idées qu'Aristote attaque indirectement.
Une notion commune. Ou une définition qui ne conviendrait à aucune espèce d'âme en particulier, et qui pourtant conviendrait à toutes en général. La définition qu'il a donnée lui-même au ch. 1 de ce livre doit donc pouvoir s'appliquer spécialement à chaque espèce d'âme qu'il a distinguée. § 6. Le triangle est dans le carré, puisque le carré peut se partager en deux triangles.
La nutrition dans la sensibilité. C'est-à-dire que la sensibilité suppose nécessairement la nutrition.
Quelle est l'âme de la plante. C'est uniquement l'âme nutritive, comme il l'a dit plus haut, ch. 2, §§ 3 et 5. § 7. La loi de cette série régulière. Le texte dit mot à mot : « Par quelle cause ils sont dans le suivant. »
Sans la nutrition point de sensibilité. On doit remarquer tout ce qu'a de simple et de profond cette subordination des facultés de la vie entre elles. La science moderne ne pourrait mieux dire; et rarement elle a aussi bien dit.
Quant à Inintelligence spéculative. Voir plus haut, chap. 2, § 9, et plus loin la théorie de l'intelligence, liv. III, chap. 4 et chap. 5, § 2.
C'est une tout autre question, ou bien : « Il en « sera question ailleurs. »
Il est donc évident. Aristote semble clore ici la discussion, qu'il a annoncée dans les mêmes termes à peu près, au début de ce second livre, chap, l, § 1.
CHAPITRE IV. De l'âme nutritive. — Comme ii convient d'étudier les fonctions avant les facultés, et les objets des fonctions avant les fonctions mêmes, il faut savoir ce que c'est que la nutrition avant d'étudier l'âme nutritive. Théorie générale de la nutrition. La reproduction et la perpétuité des espèces est la cause finale de la nutrition dans les êtres. — Réfutation d'une opinion d'Empédocle sur l'accroissement des végétaux, et de l'opinion de quelques philosophes qui font du feu la cause de la nutrition. — La nutrition est tout à la fois une action du contraire sur le contraire, et une action du semblable sur le semblable. — La digestion exige que tous les êtres vivants soient doués de chaleur. L'âme nutritive se confond avec l'âme génératrice.
§ 1.
415a13 Pour étudier ces facultés, il est nécessaire de bien comprendre d'abord ce qu'est chacune d'elles, et ensuite de rechercher les conséquences qu'elles entraînent, et tout le reste. Mais pour dire ce qu'est chacune d'elles, et par exemple ce que c'est que la pensée, ou la sensibilité, ou la nutrition, il faut en outre dire préalablement ce que c'est que penser et sentir ; car les actes et les fonctions sont rationnellement antérieurs aux facultés. Et s'il en est ainsi et s'il faut, même encore avant les actes, étudier les opposés de ces actes, il faut ici, par le même motif, déterminer ces opposés : je veux dire qu'il faut déterminer ce que c'est que nourriture, objet sensible, objet intelligible.
§ 2. Ainsi donc, il faut tout d'abord parler de l'alimentation et de la génération, car l'âme nutritive se retrouve aussi dans les autres âmes; et c'est la première et la plus commune des facultés de l'âme, celle par laquelle la vie appartient à tous les êtres animés. Ses actes sont d'engendrer, et d'employer la nourriture. L'acte le plus naturel aux êtres vivants qui sont complets, et qui ne sont ni avortés ni produits par génération spontanée, c'est de produire un autre être pareil à eux, l'animal un animal, la plante une plante, afin de participer de l'éternel et du divin autant 415b qu'ils le peuvent. Tous, en effet, ont ce désir instinctif; et c'est en vue de cet acte qu'ils font tout ce qu'ils font selon la nature. D'ailleurs la cause finale est double, et l'on y peut distinguer le but poursuivi, et l'être pour lequel ce but est poursuivi. Mais comme ces êtres ne peuvent jouir de l'éternel et du divin par leur propre continuité, parce qu'aucun des êtres périssables ne saurait demeurer identique et un numériquement, chacun d'eux y participe pourtant, dans la mesure où il le peut, les uns plus, les autres moins ; et si ce n'est pas l'être même qui subsiste, c'est presque lui: s'il n'est pas un en nombre, il est un du moins en espèce.
§ 3. L'âme est la cause et le principe du corps vivant. Cause et principe peuvent s'entendre en plusieurs sens. Pareillement l'âme est cause, suivant les trois modes déterminés de cause ; car l'âme est cause, en ce qu'elle est le principe même d'où vient le mouvement, ce en vue de quoi il a lieu, et en tant qu'elle est l'essence des corps animés. § 4. Comme essence, cela est évident; car c'est l'essence qui est cause de l'être pour toutes choses: or, vivre pour les êtres qui vivent, c'est être ; et la cause et le principe de tout cela, c'est l'âme. De plus, la réalité parfaite, l'entéléchie, est la raison de ce qui est en puissance.
§ 5. Il n'est pas moins clair que l'âme est cause aussi en tant que cause finale ; car, de même que l'intelligence agit en vue de quelque fin, de même aussi agit la nature ; c'est une fin qu'elle poursuit, et cette fin, dans les animaux, c'est précisément l'âme faite selon la nature. Ainsi tous les corps formés parla nature sont les instruments de l'âme; et de même que le sont ceux des animaux, de même aussi le sont ceux des plantes; tous sont faits en vue de l'âme : or, la cause finale est double, c'est le but poursuivi, c'est l'être pour lequel ce but est poursuivi. § 6. Le principe d'où vient primitivement la locomotion, c'est l'âme, bien que cette faculté n'appartienne pas à tous les êtres vivants. De plus, l'altération et l'accroissement se rapportent aussi à l'âme ; car la sensation paraît bien être une sorte d'altération, et nul être ne sent, à moins qu'il n'ait une âme. De même pour l'accroissement et le dépérissement : nul être ne dépérit ni ne croît, dans la nature, sans se nourrir, et nul ne se nourrit qu'il ne participe aussi à la vie.
§ 7.
416a Empédocle n'a pas eu raison, quand il a prétendu que les végétaux prennent leur accroissement en poussant leurs racines en bas, parce que c'est là le sens dans lequel la terre est naturellement portée ; et qu'ils poussent en haut, parce que le feu se dirige ainsi. Il n'a pas bien compris le haut et le bas; le haut et le bas ne sont pas identiques pour tous les êtres et pour l'univers. Ce qu'est la tête <Jans les animaux, les racines le sont dans les plantes, si c'est par les fonctions qu'il faut distinguer ou identifier les organes. En outre, qu'est-ce qui réunit ici le feu et la terre portés en sens contraires? Ils se sépareront sans aucun doute s'il n'y a pas quelque cause qui les en empêche; et si cette cause existe, ce ne peut être que l'âme, et la cause qui fait que les plantes croissent et se nourrissent.
§ 8. Quelques philosophes ont pensé que la nature du feu est la cause absolue de la nutrition et de l'accroissement. Comme il est le seul des corps, ou des éléments, qui paraisse se nourrir et s'accroître, on était amené à supposer que c'est lui aussi qui, dans les plantes et les animaux, produit ces deux phénomènes. Il est bien possible qu'il y contribue avec d'autres causes ; mais il n'en est pas exclusivement cause, et c'est bien plutôt l'âme. L'accroissement du feu s'étend à l'infini, tant qu'il y a du combustible; mais dans tous les corps formés par la nature, il y a une limite et un rapport de grandeur et d'accroissement. Or, ceci appartient à l'âme et non au feu, au rapport plutôt qu'à la matière.
§ 9.
Puisque la même faculté de l'âme est à la fois nutritive et génératrice, il faut nécessairement parler d'abord de l'alimentation; car c'est cette fonction spécialement qui distingue cette faculté de l'âme de toutes les autres. La nourriture paraît être un contraire agissant sur un contraire, mais non pas un contraire quelconque agissant sur un contraire quelconque; elle se rapporte à tous ces contraires qui non seulement s'engendrent mutuellement, mais qui aussi s'accroissent les uns par les autres. Il y a, du reste, beaucoup de choses qui viennent les unes des autres, sans être d'ailleurs des quantités; par exemple le sain vient du malade. Mais ces contraires ne paraissent pas être de la même façon aliment les uns pour les autres; ainsi l'eau est aliment pour le feu, mais le feu ne nourrit pas l'eau. Et dans les autres corps, il semble que les deux parties principales soient, l'une la nourriture, et l'autre, le corps nourri. § 10. Mais il y a une difficulté, et la voici : les uns disent que c'est le semblable qui nourrit le semblable, de même que c'est lui qui l'accroît; et d'autres, à l'inverse, pensent, comme nous le disons ici, que c'est le contraire qui nourrit le contraire, le semblable ne pouvant être affecté par le semblable. Selon eux, la nourriture change et est digérée. Or, un changement se fait toujours soit en l'opposé, soit en l'intermédiaire. De plus, la nourriture elle-même est en un sens affectée par le corps qu'elle nourrit, et le corps ne l'est pas par la 416b nourriture; de même que l'ouvrier n'est pas affecté par la matière, tandis que la matière, au contraire, l'est par lui : seulement, l'ouvrier la fait passer de l'inertie à l'acte.
§ 11. Mais il importe de savoir si l'on parle de la nourriture dans le dernier état où elle se trouve, ou dans le premier ; si on l'appelle nourriture sous ces deux formes, bien qu'elle soit tantôt non digérée et tantôt digérée, on peut alors admettre les deux explications pour l'action de la nourriture; car en tant que non digérée, c'est le contraire qui nourrit le contraire ; en tant que digérée, c'est le semblable qui nourrit le semblable. On le voit donc, les deux opinions sont en quelque sorte en partie vraies, et en partie fausses. § 12.
416b9 Mais comme nul être ne se nourrit qui n'ait aussi la vie, le corps animé serait le corps qui se nourrit, en tant qu'animé; et par suite, le mot nourriture est un terme relatif au corps animé, et ne doit point se prendre en un sens indirect. §
13. C'est du reste tout autre chose que de donner nourriture, et de donner accroissement. C'est en tant que la nourriture est quantité que l'accroissement se produit ; c'est en tant qu'elle est chose spéciale et essence que la nutrition a lieu. L'être, en effet, conserve son essence, il subsiste tout autant de temps qu'il se nourrit. La nourriture n'engendre pas l'être qu'elle nourrit, elle est en quelque sorte l'être nourri lui-même ; car elle est déjà elle-même l'essence ; et les êtres ne s'engendrent jamais eux-mêmes, ils ne font que se conserver. En un mot\ ce principe de l'âme, c'est la force capable de conserver ce qui la possède, tel qu'il est. La nourriture le dispose à agir ainsi; et de là vient que ce qui est privé de nourriture ne peut vivre. § 14 Il y a ici trois choses : l'être nourri, ce par quoi il est nourri, et ce qui le nourrit. Ce qui le nourrit, c'est la première âme ; l'être nourri, c'est le corps qui a cette âme ; et ce par quoi il est nourri, c'est l'aliment. §
15. Mais comme il est convenable de dénommer toutes les choses par la fin à laquelle elles tendent, et qu'ici la fin c'est de produire un être semblable à soi, la première âme serait donc celle qui fait que l'être engendre un être pareil à lui. § 16. Ce par quoi l'être est nourri est double, de même qu'est double aussi ce par quoi l'on gouverne un vaisseau : la main et le gouvernail ; l'une moteur et mue tout ensemble, l'autre moteur seulement. D'autre part, il faut nécessairement que toute nourriture puisse être digérée. Or, c'est la chaleur qui fait la digestion; et voilà pourquoi tout être animé a de la chaleur. On n'a du reste fait ici qu'une esquisse de ce qu'est la nutrition. Les éclaircissements viendront plus tard dans les traités consacrés spécialement à ce sujet.
§ 1. Les conséquences qu'elles entraînent. C'est ainsi que, plus haut, liv. I, chap. i, § 1, Aristote a établi qu'il faut d'abord étudier l'âme elle-même puis les faits accessoires qui se rapportent à elle.
Et tout le reste. Ces mots sont donnés par quelques manuscrits : Thémistius, Simplicius, Philopon, ne paraissent pas les avoir connus, non plus qu'Alexandre d'Aphrodise. Je crois qu'on pont les conserver sans inconvénient; car cette expression est conforme au langage habituel d'Aristote.
Les actes et les fonctions. Je n'ai rien trouvé de mieux pour rendre les mots grecs ; mais ils sont à la fois moins précis et plus énergiques que ceux que notre langue m'a fournis.
Sont rationnellement antérieurs aux facultés, tandis que pour nous, au contraire, pour nos sens, quand nous observons, ils sont postérieurs. Aristote s'est également demandé, plus haut, liv. I, chap. 4, § 6, s'il fallait étudier les fonctions avant les facultés, ou réciproquement.
Les opposés. J'ai traduit fidèlement le mot grec, et la suite prouve clairement quel est ici le sens de la pensée; mais cette expression parait d'abord singulière, quoiqu'au fond elle soit très juste. § 2. L'âme nutritive se retrouve aussi dans les autres âmes. Voir plus haut, chap. 3, § 6.
Celle par laquelle la vie appartient à tous les êtres animés. Voir ci-dessus, chap. 2, §§ 3 et 4. Le texte dit seulement: « à tous; » j'ai cru devoir ajouter les trois derniers mots pour être parfaitement clair. Ni produits par génération spontanée. Voir le traité de la Génération des animaux, liv. III, chap. 11, p. 701, a, 18, et b, 26, édit. de Berlin, et Histoire des animaux, liv. V, chap. 1, a, 18, et aussi pour la génération des anguilles, liv. VI, chap. 16,p. 570, a, 16, edit, de Berlin. Cette théorie de la génération spontanée, soutenue jusque dans ces derniers temps, paraît aujourd'hui à peu près bannie de la science. On peut voir, sur ce point curieux, les prolégomènes du Manuel de physiologie de M. Muller, trad, franc, de M. Jourdan, t. 1, p. 9 et suiv. M. Muller laisse la question fort indécise, et la renvoie en grande partie de la physiologie, qui ne peut la résoudre par l'expérience, à la philosophie, qui, par le raisonnement, peut aller plus loin que l'expérience.