La Farce de Maître Pathelin (page 4)

Anonyme · Lettres

Texte français, domaine public · Source : fr.wikisource.org — La Farce de Maître Pathelin, trad. Fournier, 1872 · 8 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

D’aller aux champs, pour abregier,

Je le fis estre mon bergier.

Et le mis à garder mes bestes :

Mais, aussi vray comme vous estes

Là assis, monseigneur le juge,

Il en a faict ung tel deluge

De brebis et de mes moutons,

Que sans faulte…

Le Juge.

Que sans faulte… Or, escoutons :

Estoit-il point vostre aloué ?

Pathelin.

Voire ; car, s’il s’estoit joué

A le tenir, sans alouer…

Le Drappier, reconnaissant Pathelin, qui se couvre le visage avec la main.

Je puisse Dieu desavouer.

Se n’estes-vous sans nulle faulte !

Le Juge.

Comment, vous tenez la main haute ?

A’vous mal aux dents, maistre Pierre ?

Pathelin.

Ouy ; elles me font telle guerre,

Qu’oncques-mais ne senty tel raige :

Je n’ose lever le visaige.

Pour Dieu, faites-les procéder !

Le Juge.

Avant, achevez de plaider.

Suz, concluez appertement ?

Le Drappier.

C’est-il, sans autre, vrayement !

Par la croix où Dieu s’estendy !

C’est à vous à qui je vendy

Six aulnes de drap, maistre Pierre.

Le Juge.

Qu’est-ce qu’il dit de drap ?

Pathelin.

Qu’est-ce qu’il dit de drap ? Il erre.

Il cuide à son propos venir,

Et il n’y scet plus advenir,

Pour ce qu’il ne l’a pas apprins.

Le Drappier.

Pendu soye, se autre l’a prins,

Mon drap, par la sanglante gorge !

Pathelin.

Comme le meschant homme forge

De loing, pour fournir son libelle !

Il veut dire (il est bien rebelle !)

Que son bergier avoit vendu

La laine (je l’ay entendu)

Dont fut faict le drap de ma robbe

Comme il dict qu’il le desrobe,

Et qu’il luy a emblé la laine

De ses brebis.

Le Drappier.

De ses brebis. Male semaine

M’envoye Dieu, se vous ne l’avez !

Le Juge.

Paix ! par le dyable ! vous bavez !

Et ne sçavez-vous revenir

A vostre propos, sans tenir

La court de telle baverie ?

Pathelin, ayant toujours sa main au visage.

Je sens mal, et faut que je rie.

il est desja si empressé,

Qu’il ne scet où il l’a laissé :

Il faut que nous luy reboutons.

Le Juge.

Suz, revenons à ces moutons :

Que fit-il ?

Le Drappier.

Que fit-il ? Il en print six aulnes

De neuf francs.

Le Juge.

De neuf francs. Sommes-nous bejaunes,

Ou cornarts ? Où cuidez-vous estre ?

Pathelin.

Par le sang bieu ! il nous fait paistre !

Qu’est-il bon homme par sa mine !

Mais, je le loz, qu’on examine

Un bien peu sa partie adverse.

Le Juge.

Vous dictes bien : il le converse !

Il ne peut qu’il ne le cognoisse.

Vien çà ! Dy !

Le Bergier.

Vien çà ! Dy ! Bée !

Le Juge.

Vien çà ! Dy ! Bée ! Vecy angoisse !

Quel Bée est-ce cy ? Suis-je chievre ?

Parle à moy.

Le Bergier.

Parle à moy. Bée !

Le Juge.

Parle à moy. Bée ! Sanglante fievre

Te doint Dieu ! Et te moques tu !

Pathelin.

Croyez qu’il est fol, ou testu,

Ou qu’il cuide estre entre ses bestes.

Le Drappier, à Pathelin.

Or regnie-je bieu, se vous n’estes

Celuy, sans autre, qui avez

Eu mon drap… Ha ! vous ne sçavez,

Monseigneur, par quelle malice…

Le Juge.

Et taisez-vous ! Estes-vous nice ?

Laissez en paix cest accessoire.

Et venons au principal.

Le Drappier.

Et venons au principal. Voire,

Monseigneur ; mais le cas me touche :

Toutesfois, par ma foy, ma bouche

Meshuy un seul mot n’en dira.

Une autre fois, il en yra

Ainsi qu’il en pourra aller :

Il le me convient avaller

Sans mascher… Or çà, je disoye,

A mon propos, comment j’avoye

Baillé six aulnes… Doy-je dire

Mes brebis… Je vous en pry, sire,

Pardonnez-moy… Ce gentil maistre…

Mon bergier, quant il devoit estre

Aux champs… Il me dit que j’auroye

Six escus d’or, quant je viendroye…

Dy-je, depuis trois ans en çà.

Mon bergier me convenança

Que loyaument me garderoit

Mes brebis, et ne m’y feroit

Ne dommaige ne villenie…

Et puis, maintenant il me nie

Et drap et argent plainement !

Ah ! maistre Pierre, vrayement,

Ce ribaut-cy m’embloit les laines

De mes bestes ; et, toutes saines.

Les fesoit mourir et perir,

Par les assommer et ferir

De gros baston sur la cervelle…

Quant mon drap fut soubz son aisselle,

Il se mist en chemin grant erre,

Et me dist que j’allasse querre

Six escus d’or en sa maison…

Le Juge.

Il n’y a rime ne raison

En tout quant que vous rafardez.

Qu’est cecy ? Vous entrelardez

Puis d’un, puis d’autre. Somme toute.

Par le sang bieu ! je n’y voy goute !

Il brouille de drap, et babille

Puis de brebis, au coup la quille !

Chose qu’il dit ne s’entretient.

Pathelin.

Or, je m’en fais fort, qu’il retient

Au povre bergier son salaire.

Le Drappier.

Par Dieu ! vous en peussiez bien taire !

Mon drap, aussi vray que la messe…

Je sçay mieux où le bas m’en blesse,

Que vous ne un autre ne sçavez…

Par la teste bieu ! vous l’avez !

Le Juge.

Qu’est-ce qu’il a ?

Le Drappier.

Qu’est-ce qu’il a ? Rien, monseigneur.

Certainement, c’est le greigneur

Trompeur… Holà ! je m’en tairay

Si je puis, et n’en parleray

Meshuy, pour chose qu’il advienne.

Le Juge.

Et non ! Mais qu’il vous en souvienne !

Or, concluez appertement !

Pathelin.

Ce bergier ne peut nullement

Respondre aux fais que l’on propose,

S’il n’a du conseil ; et il n’ose

Ou il ne scet en demander.

S’il vous plaisoit moy commander

Que je fusse à luy, je y seroye.

Le Juge.

Avecques luy ? Je cuideroye

Que ce fust trestoute froidure :

C’est peu d’acquest.

Pathelin.

C’est peu d’acquest. Mais je vous jure

Qu’aussi n’en veuil rien avoir :

Pour Dieu soit ! Or, je voys sçavoir

Au pauvret, qu’il voudra me dire,

Et s’il me sçaura point instruire

Pour respondre aux fais de partie.

Il auroit dure departie

De ce, qui ne le secourroit !

Vien çà, mon amy. Qui pourroit

Prouver ?… Entens ?

Le Bergier.

Prouver ?… Entens ? Bée !

Pathelin.

Prouver ?… Entens ? Bée ! Quel Bée, dea ?

Par le sainct Sang que Dieu crea !

Es-tu fol ? Dy-moy ton affaire.

Le Bergier.

Bée !

Pathelin.

Bée ! Quel Bée ? Oys-tu tes brebis braire ?

C’est pour ton prouffit : entens-y.

Le Bergier.

Bée !

Pathelin.

Bée ! Et dy : Ouy ou Nenny,

C’est bien faict. Dy tousjours. Feras ?

Le Bergier.

Bée !

Pathelin.

Bée ! Plus haut ! Ou tu t’en trouveras

En grans depens, ou je m’en doubte,

Le Bergier.

Bée !

Pathelin.

Bée ! Or est plus fol cil qui boute

Tel fol naturel en procès !

Ha ! sire, renvoyez-l’en à ses

Brebis. Il est fol de nature.

Le Drappier.

Est-il fol ? Sainct Sauveur d’Esture !

Il est plus saige que vous n’estes.

Pathelin.

Envoyez-le garder ses bestes.

Sans jour que jamais ne retourne.

Qtie maudit soit-il qui adjourne

Tels folz, que ne fault adjourner !

Le Drappier.

Et l’en fera-l’en retourner

Avant que je puisse estre ouy !

Pathelin.

M’aist Dieu ! Puis qu’il est fol, ouy.

Pourquoy ne fera ?

Le Drappier.

Pourquoy ne fera ? Hé dea, sire,

Au moins, laissez-moy avant dire

Et faire mes conclusions.

Ce ne sont pas abusions

Que je vous dy, ne mocqueries !

Le Juge.

Çe sont toutes tribouilleries,

Que de plaider à folz ne à folles !

Escoutez : à moins de parolles,

La Court n’en sera plus tenue.

Le Drappier.

S’en iront-ilz, sans retenue

De plus revenir !

Le Juge.

De plus revenir ! Et quoy doncques ?

Pathelin.

Revenir ? Vous ne veistes oncques

Plus fol, ne en faict, ne en response :

Et cil ne vault pas mieulx une once.

Tous deux sont folz et sans cervelle :

Par saincte Marie la belle !

Eux deux n’en ont pas un quarat.

Le Drappier.

Vous l’emportastes, par barat,

Mon drap, sans paye, maistre Pierre !

Par la chair bieu, ne par sainct Pierre !

Ce ne fut pas faict de preud’homme.

Pathelin.

Or, je regny sainct Pierre de Romme,

S’il n’est fin fol, ou il affolle !

Le Drappier.

Je vous cognois à la parolle,

Et à la robbe, et au visaige.

Je ne suis pas fol ; je suis saige,

Pour congnoistre qui bien me faict.

Je vous compteray tout le faict,

Monseigneur, par ma conscience.

Pathelin.

Hé, sire, imposez-luy silence !

Au Drappier.

N’avous honte de tant debatre

A ce bergier, pour trois ou quatre

Vieilz brebiailles ou moutons,

Qui ne valent pas deux boutons ?

Il en faict plus grand kyrielle !…

Le Drappier.

Quelz moutons ? Cest une vielle :

C’est à vous-mesme que je parle,

A vous ! Et me le rendrez, par le

Dieu qui voult à Noël estre né !

Le Juge.

Veez-vous ! Suis-je bien assené ?

Il ne cessera huy de braire.

Le Drappier.

Je luy demande…

Pathelin, au Juge.

Je luy demande… Faictes-le taire !

Au Drappier.

Et, par Dieu, c’est trop flageollé.

Prenons qu’il en ait affollé

Six ou sept, ou une douzaine,

Et mengez en sanglante estraine :

Vous en estes bien meshaigné !

Vous avez plus que tant gaigné,

Au temps qu’il les vous a gardez.

Le Drappier.

Regardez, sire ; regardez !

Je luy parle de drapperie,

Et il respond de bergerie !

Six aulnes de drap, où sont elles,

Que vous mistes soubz vos aisselles ?

Pensez-vous point de me les rendre ?

Pathelin.

Ha ! sire, le ferez-vous pendre

Pour six ou sept bestes à laine ?

Au moins, reprenez vostre halaine :

Ne soyez pas si rigoureux

Au povre bergier douloureux,

Qui est aussi nud comme un ver !

Le Drappier.

C’est très-bien retourné le ver !

Le Dyable me fist bien vendeur

De drap à ung tel entendeur !

Au Juge.

Dea, monseigneur, je luy demande…

Le Juge, au Drappier.

Je l’absoulz de vostre demande.

Et vous deffens le proceder.

C’est un bel honneur de plaider

A ung fol !…

Au Bergier.

A ung fol !…Va-t’en à tes bestes.

Le Bergier.

Bée !

Le Juge, au Drappier.

Bée ! Vous monstrez bien quel vous estes

Sire, par le sang Nostre Dame !

Le Drappier.

Hé dea, monseigneur, bon gré m’ame,

Je luy vueil…

Pathelin.

Je luy vueil… S’en pourroit-il taire ?

Le Drappier, à Pathelin.

Et c’est à vous que j’ay affaire :

Vous m’avez trompé faulcement,

Et emporté furtivement

Mon drap, par vostre beau langaige.

Pathelin, au Juge.

Ho ! j’en appelle à mon couraige :

Et vous l’oyez bien, monseigneur.

Le Drappier.

M’aist Dieu ! vous estes le greigneur

Trompeur !…

Au Juge.

Trompeur !… Monseigneur, quoy qu’on die…

Le Juge.

C’est une droicte conardie

Que de vous deux : ce n’est que noise.

Il se lève.

M’aist Dieu, je loe que je m’en voise.

Au Bergier.

Va-t’en, mon amy ; ne retourne

Jamais, pour sergent qui t’adjourne.

La Cour t’absout : entends-tu bien ?

Pathelin, au Bergier.

Dy grand mercy.

Le Bergier.

Bée !

Le Juge, au Bergier.

Bée ! Dy-je bien ?

Va-t’en, ne te chault ; autant vaille.

Le Drappier.

Mais est-ce raison qu’il s’en aille

Ainsi ?

Le Juge.

Ainsi ? Ouy. J’ay affaire ailleurs.

Vous estes par trop grands railleurs :

Vous ne m’y ferez plus tenir :

Je m’en voys. Voulez-vous venir

Souper avec moy, maistre Pierre ?

Pathelin.

Je ne puis.

Le Juge s’en va.

Scène V.

PATHELIN, LE DRAPPIER, LE BERGIER.

Le Drappier, à Pathelin.

Je ne puis. Ha ! qu’es-tu fort lierre !

Dictes : seray-je point payé ?

Pathelin.

De quoy ? Estes-vous desvoyé ?

Mais qui cuidez-vous que je soye ?

Par le sang de moy ! je pensoye

Pour qui c’est que vous me prenez.

Le Drappier.

Hé, dea !

Pathelin.

Hé, dea ! Beau sire, or vous tenez.

Je vous diray, sans plus attendre,

Pour qui vous me cuidez prendre :

Est-ce point pour escervellé ?

Voy : nenny, il n’est point pellé,

Comme je suis, dessus la teste.

Le Drappier.

Me voulez-vous tenir pour beste ?

C’estes-vous en propre personne,

Vous de vous : vostre voix le sonne,

Et ne le croy point aultrement.

Pathelin.

Moy de moy ! Non suis, vrayement.

Ostez-en vostre opinion.

Seroit-ce point Jean de Noyon ?

Il me ressemble de corsaige.

Le Drappier.

Hé dea ! il n’a pas le visaige

Ainsy potatif, ne si fade.

Ne vous laissay-je pas malade

Orains dedans vostre maison ?

Pathelin.

Ha ! que vecy bonne raison !

Malade ! Et quelle maladie ?

Confessez vostre conardie :

Maintenant elle est bien clere.

Le Drappier.

C’estes vous ! je regnie sainct Pierre !

Vous, sans aultre, je le sçay bien

Pour tout vray !

Pathelin.

Pour tout vray ! Or n’en croyez rien ;

Car, certes, ce ne suis-je mye.

De vous, onc aulne ne demye

Ne prins : je n’ay pas le loz tel

Le Drappier.

Ha ! je voys veoir en vostre hostel,

Par le sang bieu, se vous y estes.

Nous n’en debatrons plus nos testes

Icy, se je vous treuve là.

Pathelin.

Par Nostre Dame, c’est cela :

Par ce poinct le sçaurez-vous bien.

Le Drappier sort.

Scène VI.

PATHELIN, LE BERGIER.

Pathelin.

Dy, Aignelet ?

Le Bergier.

Dy, Aignelet ? Bée !

Pathelin.

Dy, Aignelet ? Bée ! Vien çà, vien ?

Ta besogne est-elle bien faicte ?

Le Bergier.

Bée !

Pathelin.

Bée ! Ta partie est retraicte :

Ne dy plus Bée; il n’y a force.

Luy ay-je baillé belle estorse ?

T’ay-je point conseillé à poinct ?

Le Bergier.

Bée !

Pathelin.

Bée ! Hé dea ! On ne te orra point !

Parle hardiment : ne te chaille.

Le Bergier.

Bée !

Pathelin.

Bée ! Il est jà temps que je m’en aille.

Paye-moy.

Le Bergier.

Paye-moy. Bée !

Pathelin.

Paye-moy. Bée ! A dire voir,

Tu as très-bien faict ton devoir,

Et aussy bonne contenance.

Ce qui luy a baillé l’advance,

C’est que tu t’es tenu de rire.

Le Bergier.

Bée !

Pathelin.

Bée ! Quel Bée ! Il ne le fault plus dire.

Paye-moy bien et doulcement.

Le Bergier.

Bée !

Pathelin.

Bée ! Quel Bée ! Parle sagement,

Et me paye ! Si m’en iray.

Le Bergier.

Bée !

Pathelin.

Bée ! Scez tu quoy je te diray ?

Je te prie, sans plus m’abayer,

Que tu penses de moy payer.

Je ne vueil plus de bayerie.

Paye-moy.

Le Bergier.

Paye-moy. Bée !

Pathelin.

Paye-moy. Bée ! Est-ce mocquerie ?

Est-ce à tant que tu en feras ?

Par mon serment ! tu me payeras,

Entends-tu, se tu ne t’envolles !

Çà, argent.

Le Bergier.

Ça, argent. Bée !

Pathelin.

Ça, argent. Bée ! Tu te rigolles !

Se parlant à lui-même.

Comment ! N’en auray-je autre chose ?

Le Bergier.

Bée !

Pathelin.

Bée ! Tu fais le rimeur en prose !

Et à qui vends-tu tes coquilles ?

Scez-tu qu’il est ? Ne me babilles

Meshuy de ton Bée, et me paye.

Le Bergier.

Bée !

Pathelin.

Bée ! N’en auray-je autre monnoye ?

A qui cuides-tu te jouer ?

Et je me devoye tant louer

De toy ! Or fay que je m’en loë.

Le Bergier.

Bée !

Pathelin.

Bée ! Me fais-tu manger de l’oë ?

Maugré bieu ! Ay-je tant vescu

Qu’un bergier, un mouton vestu,

Un villain paillart, me rigolle ?

Le Bergier.

Bée !

Pathelin.

Bée ! N’en auray-je autre parolle ?

Se tu le fais pour toy esbatre,

Dy-le : ne m’en fais plus debatre.

Vïen-t’en souper à ma maison.

Le Bergier.

Bée !

Pathelin.

Bée ! Par sainct Jean ! tu as bien raison :

Les oysons menent les oes paistre.

À lui-même.

Or cuidois-je estre sur tous maistre

Des trompeurs d’icy et d’ailleurs,

Des forts coureux, et des bailleurs

De parolles en payement,

A rendre au jour du jugement :

Et un bergier des champs me passe !

Au Bergier.

Par sainct Jacques ! si je trouvasse

Un bon sergent, te feisse prendre.

Le Bergier.

Bée !

Pathelin.

Bée ! Heu, Bée ! L’en me puisse pendre,

Se je ne voys faire venir

Un bon sergent ! Mesavenir

Luy puisse-il, s’il ne t’emprisonne !

Le Bergier, s’enfuyant.

S’il me treuve, je luy pardonne !

cy fine pathelin

ACTE Ier

Scène Ire

PATHELIN, GUILLEMETTE.

Pathelin.

Par notre Dame, Guillemette,

Quel que grand’ peine que je mette

A ruse sur ruse entasser,

Nous ne pouvons rien amasser.

Comme jadis que ne plaidé-je ?

Guillemette.

Aussi, Sainte Vierge, y pensais-je,

Mais on ne vous tient plus, je vois,

Sage du tout comme autrefois.

Chacun, pour gagner sa querelle,

Lors vous vouloit, qui vous appelle

Avocat sous l’orme.

Pathelin.

Avocat sous l’orme.Chansons !

Sans me vanter, où nous plaidons,

Nul n’est plus sage, fors le maire.

Guillemette.

Lui du moins sait-il la grammaire,

Et, grand clerc, en remontre à tous.

Pathelin.

Quand on s’y met, où voyez-vous

Cause qu’on ne dépèce en maître ?

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