La Farce de Maître Pathelin
ACTE Ier
Scène Ire
PATHELIN, GUILLEMETTE.
Maistre Pierre commence.
Saincte Marie ! Guillemette,
Pour quelque paine que je mette
A cabasser, n’a ramasser,
Nous ne povons rien amasser :
Or vy-je que j’avocassoye
Guillemette.
Par Nostre Dame ! je y pensoye,
Dont on chante en avocassaige ;
Mais on ne vous tient pas si saige
De quatre pars, comme on souloit.
Je vy que chascun vous vouloit
Avoir, pour gaigner sa querelle ;
Maintenant chascun vous appelle
Par tout : Avocat dessoubz l’orme.
Pathelin.
Encor’ ne le dis-je pas, pour me
Vanter ; mais n’a, au territoire
Où nous tenons nostre auditoire,
Homme plus saige, fors le maire.
Guillemette.
Aussi, a-il leu le grimoire,
Et aprins à clerc longue piece.
Pathelin.
A qui veez-vous que ne despieche
Sa cause, et je m’y vueil mettre ?
Et si n’aprins oncques à la lettre,
Que ung peu ; mais je m’ose vanter
Que je sçay aussi bien chanter
Au livre, avecques nostre prestre,
Que se j’eusse esté à maistre
Autant que Charles en Espaigne.
Guillemette.
Que nous vault cecy ? Pas un peigne.
Nous mourons de fine famine ;
Noz robes sont plus qu’estamine
Reses ; et ne povons sçavoir
Comment nous en peussons avoir.
Et que nous vault vostre science ?
Pathelin.
Taisez-vous. Par ma conscience,
Si je vueil mon sens esprouver,
Je sçauray bien où en trouver,
Des robbes et des chapperons !
Se Dieu plaist, nous eschapperons,
Et serons remis sus en l’heure.
Dea, en peu d’heure Dieu labeure :
Car, s’il convient que je m’applicque
A bouter avant ma practique,
On ne sçaura trouver mon per.
Guillemette.
Par saint Jacques ! non, de tromper ;
Vous en estes un fin droict maistre.
Pathelin.
Par celuy Dieu qui me fit naistre !
Mais de droicte avocasserie…
Guillemette.
Par ma foy ! mais de tromperie :
Combien vrayement je m’en advise,
Quant, à vray dire, sans clergise,
Et de sens naturel, vous estes
Tenu l’une des saiges testes
Qui soit en toute la paroisse.
Pathelin.
Il n’y a nul qui se cognoisse
Si hault en avocation.
Guillemette.
M’aist Dieu, mais en trompacion.
Au moins, en avez-vou le los.
Pathelin.
Si ont ceulx qui de camelos
Sont vestuz, et de camocas,
Qui dient qu’ilz sont avocas,
Mais pourtant ne le sont-ilz mie.
Laissons en paix cest baverie ;
Je m’en vueil aller à la foire.
Guillemette.
A la foire ?…
Pathelin.
A la foire ?… Par saint Jehan ! voire :
A la foire, gentil’ marchande,
Vous desplaist-il, se je marchande
Du drap, ou quelque autre suffrage
Qui soit bon à nostre mesnage ?
Nous n’avons robe qui rien vaille.
Guillemette.
Vous n’avez ne denier ne maille.
Que ferez-vous ?
Pathelin.
Que ferez-vous ? Vous ne sçavez.
Belle dame, se vous n’avez
Du drap, pour nous deux largement,
Si me desmentez hardiment.
Quel’ couleur vous semble plus belle ?
D’ung gris vert ? d’ung drap de Brucelle ?
Ou d’autre ? Il me le faut sçavoir.
Guillemette.
Tel que vous le pourrez avoir :
Qui empruncte ne choisit mye.
Pathelin, en comptant sur ses doigts.
Pour vous, deux aulnes et demye,
Et, pour moy, trois, voire bien quatre,
Ce sont…
Guillemette.
Ce sont… Vous comptez sans rabattre
Qui dyable les vous prestera
Pathelin.
Que vous en chault qui ce sera ?
On me les prestera vrayement,
A rendre au jour du Jugement :
Car plus tost ne sera-ce point.
Guillemette.
Avant, mon amy, en ce point,
Quelque sot en sera couvert.
Pathelin.
J’acheteray ou gris ou vert.
Et, pour ung blanchet, Guillemette,
Me fault trois quartiers de brunette,
Ou une aulne.
Guillemette.
ou une aulne. Se m’aist Dieu, voire !
Allez, n’oubliez pas à boire,
Se vous trouvez Martin Garant,
Pathelin.
Gardez tout.
Il sort.
Guillemette, seule.
Gardez tout.Hé dieux ! quel marchant ?
Pleust or à Dieu qu’il n’y veist goutte !
Scène II.
PATHELIN, puis GUILLAUME.
Pathelin, devant la boutique du drapier.
N’est-ce pas ylà ? J’en fais doubte.
Or si est ; par saincte Marie !
Il se mesle de drapperie.
Il entre.
Dieu y soit !
Guillaume Joceaume, drappier.
Dieu y soit ! Et Dieu vous doint joye !
Pathelin.
Or ainsi m’aist Dieu, que j’avoye
De vous veoir grant voulenté !
Comment se porte la santé ?
Estes-vous sain et dru, Guillaume ?
Le Drappier.
Ouy, par Dieu !
Pathelin.
Ouy, par Dieu ! Ça, ceste paulme,
Comment vous va ?
Le Drappier.
Comment vous va ? Et bien, vrayement,
A vostre bon commandement
Et vous ?
Pathelin.
Et vous ? Par sainct Pierre l’apostre
Comme celuy qui est tout vostre.
Ainsi, vous esbatez ?
Le Drappier.
Ainsi, vous esbatez ? Et voire !
Mais marchans, ce devez-vous croire,
Ne font pas tousjours à leur guise.
Pathelin.
Comment se porte marchandise ?
S’en peut-on ne soigner ne paistre ?
Le Drappier.
Et, se m’aist Dieu, mon doulx maistre,
Je ne sçay ; tousjours hay ! avant !
Pathelin.
Ha ! qu’estoit ung homme sçavant !
Je requier Dieu qu’il en ait l’ame,
De vostre pere. Doulce Dame !
Il m’est advis tout clerement
Que c’est-il de vous proprement.
Qu’estoit ce ung bon marchand et saige !
Vous luy ressemblez de visaige,
Par Dieu, comme droicte painture.
Se Dieu eut oncq’ de creature
Mercy, Dieu vray pardon luy face
A l’ame !
Le Drappier.
A l’ame ! Amen, par sa grace,
Et de nous, quand il luy plaira !
Pathelin.
Par ma foy, il me desclaira,
Maintefois et bien largement,
Le temps qu’on voit présentement.
Moult de fois m’en est souvenu.
Et puis lors il estoit tenu
Ung des bons…
Le Drappier.
Ung des bons… Seez-vous, beau sire :
Il est bien temps de le vous dire ;
Mais je suis ainsi gracieux.
Pathelin.
Je suis bien, par Dieu, précieux.
Il avoit…
Le Drappier.
Il avoit… Vrayement, vous seerez…
Pathelin.
Voulentiers. Ha ! que vous verrez
Qu’il me disoit de grans merveilles !
Ainsi, m’aist Dieu ! que des oreilles,
Du nez, de la bouche, des yeulx,
Oncq’ enfant ne ressembla mieulx
A pere. Quel menton forché !
Vrayement, c’estes-vous tout poché…
Or, sire, la belle Laurence,
Vostre belle ante, mourut-elle ?
Le Drappier.
Nenny dea.
Pathelin.
Nenny dea.Que la vy-je belle,
Et grande, et droicte, et gracieuse !
Par la Mere-Dieu precieuse,
Vous luy ressemblez de corsaige,
Comme qui vous eust fait de naige.
En ce pays n’a, ce me semble,
Lignage qui mieulx se ressemble…
Quel vaillant bachelier c’estoit,
Le bon preud’homme ! et si prestoit
Ses denrées à qui les vouloit.
Dieu lui pardoint ! Il me souloit
Tousjours de si très-bon cueur rire !
Pleust à Jesus-Christ, que le pire
De ce monde luy ressemblast !
On ne tollist pas, ne n’emblast
L’ung à l’autre, comme l’en faict !
Que ce drap icy est bien faict !
Qu’est-il souef, doulx, et traictis !
Le Drappier.
Je l’ay faict faire tout faictis
Ainsi des laines de mes bestes.
Pathelin.
Hen, hen, quel mesnagier vous estes !
Vous n’en ystriez pas de l’orine
Du pere, vostre corps ne fine
Incessament de besoingner !
Le Drappier.
Que voulez-vous ? Il faut soingner.
Qui veult vivre et soustenir paine.
Pathelin.
Cestuy-cy est-il taint en laine ?
Il est fort comme ung courdouen.
Le Drappier.
C’est ung très-bon drap de Rouen,
Je vous prometz, et bien drappé.
Pathelin.
Or vrayement j’en suis attrapé ;
Car je n’avoye intention
D’avoir drap, par la passion
De Nostre Seigneur ! quand je vins.
J’avoye mis à part quatre vingts
Escus, pour retraire une rente :
Mais vous en aurez vingt ou trente,
Je le voy bien ; car la couleur
M’en plaist très-tant, que c’est douleur.
Le Drappier.
Escus ? Voire, se peut-il faire
Que ceulx, dont vous devez retraire
Ceste rente, prinssent monnoye ?
Pathelin.
Et ouy dea, se je le vouloye ;
Tout m’en est ung en payement.
Quel drap est cecy ? Vrayement.
Tant plus le voy, et plus m’assotte.
Il m’en fault avoir une cotte,
Brief, et à ma femme de mesme.
Le Drappier.
Certes, drap est cher comme cresme !
Vous en aurez, se vous voulez :
Dix ou vingt francs y sont coulez
Si tost !
Pathelin.
Si tost ! Ne m’en chault, couste et vaille !
Encor’ ay-je denier et maille
Qu’oncq’ ne virent pere ne mere.
Le Drappier.
Dieu en soit loué ! Par sainct Pere,
Il ne m’en desplairoit empiece.
Pathelin.
Brief, je suis gros de ceste piece ;
Il m’en convient avoir.
Le Drappier.
Il m’en convient avoir. Or bien.
Il convient adviser combien
Vous en voulez ? Premierement,
Tout est à vostre commandement,
Quant que il y en a en la pille !
Et n’eussiez-vous ne croix ne pille.
Pathelin.
Je le sçay bien : vostre mercy !
Le Drappier.
Voulez-vous de ce pers cler cy ?
Pathelin.
Avant, combien me coustera
La premiere aulne ? Dieu sera
Payé des premiers ; c’est raison :
Vecy ung denier ; ne faison
Rien qui soit, où Dieu ne se nomme.
Le Drappier.
Par Dieu, vous estes un bonhomme,
Et m’en avez bien resjouy !
Voulez-vous à ung mot ?
Pathelin.
Voulez-vous à ung mot ? Ouy.
Le Drappier.
Chascune aulne vous coustera
Vingt et quatre solz ?
Pathelin.
Vingt et quatre solz ? Non sera.
Vingt et quatre solz ! Saincte Dame !
Le Drappier.
Il le m’a cousté, par ceste ame !
Autant m’en fault, se vous l’avez…
Pathelin.
Dea, c’est trop.
Le Drappier.
Dea, c’est trop. Ha ! vous ne sçavez
Comment le drap est enchery ?
Trestout le betail est pery,
Cest yver, par la grant froidure.
Pathelin.
Vingt solz, vingt solz.
Le Drappier.
Vingt solz, vingt solz. Et je vous jure
Que j’en auray ce que je dy.
Or attendez à samedy :
Vous verrez que vault ? La toyson,
Dont il souloit estre foyson,
Me cousta, à la Magdeleine,
Huict blancs, par mon serment, de laine,
Que je soulois avoir pour quatre.
Pathelin.
Par le sang bieu ! sans plus debattre,
Puis qu’ainsi va, donc je marchande ;
Sus, aulnez ?
Le Drappier.
Sus, aulnez ? Et je vous demande
Combien vous en faut-il avoir ?
Pathelin.
Il est bien aysé à sçavoir.
Quel lé a-il ?
Le Drappier.
Quel lé a-il ? Lé de Brucelle.
Pathelin.
Trois aulnes pour moy, et pour elle
(Elle est haute) deux et demye.
Ce sont six aulnes… Ne sont mye…
Et ne sont… Que je suis bec jaune !
Le Drappier.
Il ne s’en fault que demye aulne,
Pour faire les six justement.
Pathelin.
J’en prendray six tout rondement ;
Aussi me faut-il chaperon.
Le Drappier.
Prenez-la, nous les aulneron.
Si sont-elles cy, sans rabattre :
Empreu, et deux, et trois, et quatre,
Et cinq, et six.
Pathelin.
Et cinq, et six. Ventre sainct Pierre !
Ric à ric !
Le Drappier.
Ric à ric ! Aulneray-je arriere ?
Pathelin.
Nenny, ce n’est qu’une longaigne.
Il y a plus perte ou plus gaigne,
En la marchandise. Combien
Monte tout ?
Le Drappier.
Monte tout ? Nous le sçaurons bien.
A vingt et quatre solz chascune :
Les six, neuf francs.
Pathelin.
Les six, neuf francs. Hen, c’est pour une…
Ce sont six escus ?
Le Drappier.
Ce sont six escus ? M’aist Dieu ! voire.
Pathelin.
Or, sire, les voulez-vous croire,
Jusques à jà quand vous viendrez ?
Non pas croire, mais les prendrez
A mon huys, en or ou monnoye.
Le Drappier.
Nostre Dame ! je me tordroye
De beaucoup, à aller par là.
Pathelin.
Hé ! vostre bouche ne parla
Depuis, par monseigneur sainct Gille,
Qu’elle ne dit pas evangile…
Jamays trouver nulle achoison
De venir boire en ma maison :
Or y burez-vous ceste fois.
Le Drappier.
Et, par sainct Jacques, je ne fais
Gueres autre chose que boire.
Je yray ; mais il faict mal d’accroire,
Ce sçavez-vous bien, à l’estraine ?
Pathelin.
Souffist-il, se je vous estraine
D’escus d’or, non pas de monnoye ?
Et si mangerez de mon oye,
Par Dieu ! que ma femme rostit.
Le Drappier.
Vrayement, cest homme m’assotist !
Allez devant : sus, je iray doncques,
Et les porteray.
Pathelin.
Et les porteray. Rien quiconques.
Que me grevera-il ? Pas maille,
Soubz mon aisselle.
Le Drappier.
Soubz mon aisselle. Ne vous chaille :
Il vaut mieulx, pour le plus honneste,
Que je le porte.
Pathelin.
Que je le porte.Male feste
M’envoye la saincte Magdaleine,
Se vous en prenez jà la paine !
C’est très-bien dit : dessoubz l’aisselle.
Cecy me fera une belle
Bosse !… Ha ! C’est très-bien allé !
Il y aura beu et gallé
Chez moy, ains que vous en saillez.
Le Drappier.
Je vous prie que vous me baillez
Mon argent, dès que j’y seray ?
Pathelin.
Feray. Et, par bieu, non feray,
Que n’ayez prins vostre repas
Très-bien : et si ne voudroye pas
Avoir sur moy dequoy payer.
Au moins, viendrez-vous essayer
Quel vin je boy. Vostre feu pere,
En passant, huchoit bien : Compere !
Ou Que dis-tu ? ou Que fais-tu ?
Mais vous ne prisez un festu,
Entre vous riches, povres hommes !
Le Drappier.
Et, par le sang bieu ! nous sommes
Plus povres…
Pathelin.
Plus povres… Voire. Adieu, adieu.
Rendez-vous tantost audict lieu ;
Et nous beurons bien, je me vant’!
Le Drappier.
Si feray-je. Allez devant,
Et que j’aye or !
Scène III.
PATHELIN.
Pathelin, seul, dans la rue.
Et que j’aye or ! Or ? et quoy doncques ?
Or ! dyable ! je n’y failly oncques !
Non. Or ! Qu’il puist estre pendu !
Endea, il ne m’a pas vendu
A mon mot ; ce a esté au sien ;
Mais il sera payé au mien.
Il luy faut or ? on le luy fourre !
Pleust à Dieu qu’il ne fist que courre,
Sans cesser, jusque à fin de paye !
Sainct Jehan ! il feroit plus de voye,
Qu’il n’y a jusque à Pampelune.
Il rentre chez lui.
Scène IV.
LE DRAPPIER.
Le Drappier, dans sa boutique.
Ilz ne verront soleil ny lune,
Les escuz qu’il me baillera,
De l’an, qui ne les m’emblera.
Or, n’est-il si fort entendeur,
Qui ne treuve plus fort vendeur :
Ce trompeur-là est bien bec jaune,
Quand, pour vingt et quatre solz l’aulne
A prins drap qui n’en vaut pas vingt !
fin du premier acte.
ACTE II
Scène I
PATHELIN, GUILLEMETTE.
Pathelin, rentrant chez lui.
En ay-je !
Guillemette.
En ay-je ! De quoy ?
Pathelin.
En ay-je ! De quoy ? Que devint
Vostre vieille cotte hardie ?
Guillemette.
Il est grand besoin qu’on le die !
Qu’en voulez-vous faire ?
Pathelin.
Qu’en voulez-vous faire ? Rien, rien.
En ay-je ? Je le disoye bien.
Est il ce drap-cy ?
Guillemette.
Est il ce drap-cy ? Saincte Dame !
Or, par le peril de mon ame,
Il vient d’aucune couverture.
Dieu ! d’où nous vient ceste aventure ?
Helas ! Helas ! qui le payera ?
Pathelin.
Demandez-vous qui ce sera ?
Par sainct Jehan ! il est jà payé.
Le marchand n’est pas desvoyé.
Belle seur, qui le m’a vendu.
Parmy le col soye pendu,
S’il n’est blanc comme ung sac de plastre !
Le meschant vilain challemastre
En est ceint sur le cul !
Guillemette.
En est ceint sur le cul ! Combien
Couste-il doncques ?
Pathelin.
Couste-il doncques ? Je n’en doy rien !
Il est payé : ne vous en chaille.
Guillemette.
Vous n’aviez denier ne maille !
Il est payé ? En quel’ monnoye ?
Pathelin.
Et, par le sang bieu ! si avoye,
Dame : j’avoye ung parisi.
Guillemette.
C’est bien allé ! Le beau nisi
Ou ung brevet y ont ouvré :
Ainsi l’avez-vous recouvré.
Et, quand le terme passera,
On viendra, on nous gagera ;
Quanque avons, nous sera osté.
Pathelin.
Par le sang bieu, il n’a cousté
Qu’ung denier, quant qu’il en y a.
Guillemette.
Benedicite ! Maria !
Qu’ung denier ? Il ne se peut faire !
Pathelin.
Je vous donne cest œil à traire,
S’il en a plus eu, ne n’aura,
Jà si bien chanter ne sçaura.
Guillemette.
Et qui est il ?
Pathelin.
Et qui est il ? C’est ung Guillaume,
Qui a surnom de Joceaume,
Puisque vous le voulez sçavoir.
Guillemette.
Mais la maniere de l’avoir
Pour un denier ? et à quel jeu ?
Pathelin.
Ce fut pour un denier à Dieu :
Et encore, se j’eusse dict :
« La main sur le pot ! » par ce dict,
Mon denier me fust demouré.
Au fort, est-ce bien labouré ?
Dieu et luy partiront ensemble