La Farce de Maître Pathelin (page 5)

Anonyme · Lettres

Texte français, domaine public · Source : fr.wikisource.org — La Farce de Maître Pathelin, trad. Fournier, 1872 · 8 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

Si jamais je n’appris la lettre

Que bien peu, je m’ose vanter

Que je sais aussi bien chanter

Au lutrin, et le prêtre y suivre

Que si j’avais mis sur un livre

Tout le temps que Charles alla

En Espagne.

Guillemette.

En EspagneHé ! que vaut cela ?

Pas un peigne. On meurt de famine,

Nos habits sont plus qu’étamine

Râpés, et ne pouvons savoir

Quels autres on pourroit avoir.

Et que nous vaut votre science ?

Pathelin.

Taisez-vous. Par ma conscience !

Si je puis mon savoir prouver,

Je saurai bien comment trouver

Robes, chaperons. Qu’à Dieu plaise !

Nous aurons bonheur et grande aise.

Qu’il veuille, nous échapperons

À pauvreté ; ses soins sont prompts,

Nous serons remis, quoi qu’il faille,

Car en peu d’heure Dieu travaille.

S’il lui plaît que je pousse avant

Ma pratique, aucun plus savant

Ne sera vu.

Guillemette.

Ne sera vu.Pour tromperie…

Pathelin.

Non, pour droite avocasserie.

Guillemette.

Pour tromperie, ai-je dit. Tel

Vous êtes de sens naturel

Plus que pas un dans la paroisse.

Pathelin.

Je n’y vois nul qui se connoisse

À plaider haut comme moi…

Guillemette.

A plaider haut comme moi… Non,

À bien tromper. C’est le renom

Qu’on vous fit, et c’est bien le vôtre.

Pathelin.

Allez ! j’en connois plus d’un autre

Sous sa robe de camocas,

Qui dit être des avocats,

Et qui n’en est pas davantage.

Laissons en paix ce bavardage.

Je vais à la foire.

Guillemette.

Je vais à la foire.Plaît-il ?

Pathelin.

J’y puis voir quelque objet gentil

De ménage, à ma fantaisie,

Ou du drap. Que diroit ma mie

Si, lors, j’allois le marchander,

Ou mieux nous en accommoder ?

Nous n’avons robe qui rien vaille.

Guillemette.

Vous n’avez ni denier, ni maille,

Que ferez-vous ?

Pathelin.

Que ferez-vous ? N’ayez souci.

Bientôt si je n’apporte ici,

Belle dame, ma pleine charge

De drap pour nous deux long et large,

Donnez-m’en bien le démenti.

Encor le faut-il assorti.

Quelle couleur vous est plus belle ?

D’un gris vert ? d’un drap de Bruxelle ?

Ou d’autre ?

Guillemette.

Ou d’autre ? Emprunteur n’a le choix.

Pathelin, comptant sur ses doigts.

Ça pour vous deux aunes, et trois

Pour moi, j’irai bien même à quatre.

C’est donc…

Guillemette.

C’est donc…Vous comptez sans rabattre.

Qui diable vous les prêtera ?

Pathelin.

Et que vous fait qui ce sera,

Si je vous en donne la fête,

Si je trouve qui me les prête

À rendre au jour du jugement,

Et non pas plus tôt, croyez-m’en.

Guillemette.

En ce point, quelque sot, je jure,

Les aura pour sa couverture

Auparavant.

Pathelin.

Auparavant.J’achèterai

Donc gris ou vert, c’est assuré,

Et pour le dessous, Guillemette,

En plus, trois quartiers de brunette.

Ou l’aune entière…

Guillemette.

Ou l’aune entière…Quel chaland !

Si vous trouvez Martin Garant,

N’oubliez avec lui de boire.

Pathelin.

Gardez tout.

Guillemette.

Gardez tout.Rencontrer en foire

Un marchand qui n’y verra rien,

Et lui vendra !… Plût à Dieu !

Scène II.

PATHELIN, puis GUILLAUME.

Pathelin.

Et lui vendra !… Plût à Dieu ! Bien !

C’est là, non, oui. Sainte Marie !

Il se mêle de draperie.

Dieu vous aide…

Guillaume.

Dieu vous aide…Et vous.

Pathelin.

Dieu vous aide… Et vous. Volonté

J’eus de vous voir. Et la santé ?

Êtes-vous sain et dru, Guillaume ?

Le Drapier.

Oui dà.

Pathelin.

Oui dà. Topez dans cette paume,

Et comment vous va ?

Le Drapier.

Et comment vous va ? Bien vraiment,

À votre bon commandement,

Vous aussi ?

Pathelin.

Vous aussi ? Saint Pierre l’apôtre !

Comme quelqu’un de cœur tout vôtre.

Et marchandise ? et ces ébats ?

Le Drapier.

À sa guise l’on ne fait pas

Tout.

Pathelin.

Tout.Marchandise donne à paître

Au moins ?

Le Drapier.

Au moins ? Ne sais trop, mon doux maître,

Mais je vais toujours de l’avant.

Pathelin.

Que c’étoit un homme savant —

Veuille le ciel avoir son âme —

Feu votre père ! Douce dame !

Il m’est avis, et clairement

Que, vous, c’est tout lui proprement.

Qu’il était bon marchand, et sage !

Vous lui ressemblez de visage.

Qui vous voit, vraiment voit ici

Sa peinture. Dieu fait merci

À bonne âme : il lui doit sa grâce.

Le Drapier.

Amen ! et que de même il fasse

À nous deux, quand il lui plaira.

Pathelin.

Maintes fois il me déclara,

De façon abondante et claire,

Ce qu’en notre temps on voit faire.

Souvent il m’en est souvenu.

Aussi, lors, il étoit tenu

Un des bons.

Le Drapier.

Un des bons.Seyez-vous, beau sire.

Il est bien temps de vous le dire,

Mais je suis ainsi gracieux.

Pathelin.

Je suis bien. — La bouche, les yeux.

Le Drapier.

Seyez…

Pathelin.

Seyez…Soit ! le nez, les oreilles

Ressemblent, que ce sont merveilles,

À votre père, tout craché,

Et même le menton fouché.

Oui, vous, c’est lui sans différence.

Et la belle tante Laurence ?

Morte ?

Le Drapier.

Morte ? Nenni.

Pathelin.

Morte ? Nenni.Votre maintien

Beau, grand et droit est tout le sien.

Oui, tels ses yeux, sa taille telle.

Ah ! qu’autrefois je la vis belle !

Vous fûtes tous les deux, allez,

Dans la même pâte moulés.

En ce pays il n’est, me semble,

Famille où mieux on se ressemble.

Quel vaillant bachelier c’étoit

Votre père ! Et comme il prêtoit,

Le bon prudhomme, ses draps ! Rire

Fut sa coutume. Ah ! si le pire

Des gens pouvoit lui ressembler,

On ne verroit pas tant voler.

Que ce drap est de fine laine !

À le prendre, on a la main pleine.

D’où vous vint-il, si doux, si frais ?

Le Drapier.

Je l’ai fait faire tout exprès

Ainsi de laines de mes bêtes.

Pathelin.

Hen ! hen ! quel ménager vous êtes !

Comme le père. À besogner

On ne se lasse.

Le Drapier.

On ne se lasse.Il faut soigner

Tout pour vivre et gagner sa peine.

Pathelin.

C’est cuir de Cordoue, et non laine

Ceci.

Le Drapier.

Ceci.C’est bon drap bien drapé

De Rouen.

Pathelin.

De Rouen.J’en suis attrapé.

Je n’avois — soit dit sans feintise, —

Intention ni convoitise

D’avoir du drap lorsque je vins.

J’avois mis à part quatre-vingts

Êcus pour l’achat d’une rente,

Mais vous en aurez vingt ou trente,

Je le vois. Ce drap, sa couleur

Me plaisent tant, que c’est douleur.

Le Drapier.

Des écus ! lorsque l’on achète

Une rente ! Alors qui vend, prête.

Donc, pas d’écus.

Pathelin.

Donc, pas d’écus.Certainement,

Si je voulois. Pour un payement,

Tout m’est égal ; ce drap m’assotte.

Il m’en faut avoir une cotte,

Et ma femme aussi.

Le Drapier.

Et ma femme aussi.Soit, parlez,

Mais dix vingt francs y sont coulés

Vite. Ils sont chers.

Pathelin.

Vite. Ils sont chers.Bath ! Coûte et vaille !

Encore ai-je denier et maille,

Que père et mère n’ont pas vus

En un coin pour cas imprévus.

Le Drapier.

J’en tâterois bien.

Pathelin.

J’en tâterois bien.Mon envie

Pour cette pièce est maladie

De femme grosse, il m’en faut.

Le Drapier.

De femme grosse, il m’en faut.Bien,

Mais il faut aviser combien.

Voyez, la pile est sans reproche,

Tout à vous, n’eussiez vous en poche

Croix ni pile.

Pathelin.

Croix ni pile.Je sais : merci.

Le Drapier.

Voulez-vous de ce bleu clair-ci ?

Pathelin.

Dites quel prix je devrai mettre

Pour chaque aune. Mais Dieu doit être,

C’est raison, payé le premier.

Ne faisons — voici son denier —

Rien qui soit où Dieu ne se nomme.

Le Drapier.

Par Dieu vous êtes un brave homme,

Et qui m’avez tout réjoui.

Vous faut-il mon dernier mot ?

Pathelin.

Vous faut-il mon dernier mot ? Oui,

Le Drapier.

Vingt-quatre sous l’aune.

Pathelin.

Vingt-quatre sous l’aune.Trédame !

Vingt-quatre sous, non.

Le Drapier.

Vingt-quatre sous, non.Par cette âme !

Il me le coûte. Je perdrais

Du mien, si je vous le livrais

À moins.

Pathelin.

À moins.C’est trop !

Le Drapier.

À moins. C’est trop ! Ah ! mon doux maître,

Vous ne pouvez pas tout connaître.

Le drap est beaucoup enchéri,

Tout notre bétail a péri,

Cet hiver par la grand’ froidure.

Pathelin.

Vingt sous, vingt…

Le Drapier.

Vingt sous, vingt…Au marché, je jure,

J’en aurois mon prix. La toison

Qui d’ordinaire est à foison,

Me coûtoit, à la Madeleine,

Huit blancs, j’en jure, d’une laine,

Que j’ai pour quatre en d’autres temps.

Pathelin.

S’il en est ainsi, je me rends,

Et sans plus débattre, j’achète.

Sus, aunez.

Le Drapier.

Sus, aunez.Mais, je vous répète,

Combien vous en faut-il avoir ?

Pathelin.

Il est aisé de le savoir.

Quel est le lé ?

Le Drapier.

Que est le lé ? Lé de Bruxelle.

Pathelin.

Pour moi trois aunes, et pour elle —

Elle est grande — deux et moitié,

Ce sont six aunes. Ah ! pitié

De moi ! non, que je suis béjaune !

Le Drapier.

Il ne s’en faut que demie aune

Pour faire les six justement.

Pathelin.

J’en prendrai six tout rondement.

Aussi bien me dois-je, j’y pense,

Un chaperon sur la dépense.

Le Drapier.

Sans rabattre, aunons : un, deux, trois,

Quatre, cinq et six…

Pathelin.

Quatre, cinq et six…Sainte croix !

Ric à ric !

Le Drapier.

Ric à ric ! Aunerai-je arrière ?

Pathelin.

Non, je suis sûr, ventre saint Pierre,

Avec vous ! D’ailleurs je sais bien

Qu’on perd toujours un peu. Combien

Tout ?

Le Drapier.

Tout ? À vingt-quatre sous chacune.

Les six neuf francs.

Pathelin.

Les six neuf francs.Que de pécune !

C’est six écus.

Le Drapier.

C’est six écus.Vous l’avez dit.

Pathelin.

Voulez-vous m’en faire crédit

Rien que jusqu’à chez moi, messire ?

Crédit n’est pas ce qu’il faut dire,

Car à mon huys vous les prendrez

En or.

Le Drapier.

En or.Vous me détournerez

Beaucoup d’aller par là.

Pathelin.

Beaucoup d’aller par là.Saint Gille !

Tels mots ne sont pas d’évangile.

Jamais vous n’aurez mieux raison

De venir boire en ma maison.

Le Drapier.

Boire est mon fait. J’irai, J’ai peine

À faire crédit sans étrenne…

Pathelin.

Je vous étrenne d’écus d’or.

N’est-ce assez ? Vous aurez encor

D’une oie à manger, que ma femme

Rôtit à présent.

Le Drapier.

Rôtit à présent.Notre-Dame !

Cet homme m’assotit. J’irai.

Sus, partez, et les porterai.

Pathelin.

Craignez-vous de m’en voir la charge ?

Donnez, ils me seront au large

Sous l’aisselle.

Le Drapier.

Sous l’aisselle.L’honnêteté

Veut…

Pathelin.

Veut…Du diable sois-je emporté,

Si je vous laisse. Sous l’aisselle

Ceci me va faire une belle

Bosse. Ah ! nous boirons bien, allez,

Et serons au mieux régalés

Chez moi. De rien l’on ne s’y prive.

Le Drapier.

Mais mon argent, dès que j’arrive.

Pathelin.

C’est dit. Non, vous ne l’aurez pas,

Que n’ayez pris votre repas ;

Non, je n’aurai rien pour la paye

Si d’abord mon vin l’on n’essaye.

Votre feu père me disoit :

« Qu’as-tu, que fais-tu ? » s’il passoit.

Mais pour vous, riches, pauvres hommes

Ne sont plus rien.

Le Drapier.

Ne sont plus rien.Sangbieu ! nous sommes

Plus pauvres…

Pathelin.

Plus pauvres…Croyez-vous ? Adieu.

Rendez-vous tantôt audit lieu

Pour bien boire.

Le Drapier.

Pour bien boire.Allez et que j’aie

De l’or.

Scène III.

PATHELIN.

Pathelin.

De l’or.Le diable te le paye !

De l’or ! il l’a dit sans moquer.

De l’or ! je n’y saurois manquer ;

Mais que d’abord il s’aille pendre,

Il ne voulut, oui dà, me vendre

À mon prix : ce ne fut qu’au sien,

Mais il sera payé du mien.

De l’or ! on a pour lui la bourse,

Plût à Dieu qu’il se mit en course

Sans s’arrêter jusques à fin

De paye, il feroit du chemin,

Saint Jean ! plus que d’ici Pamplune.

Scène IV.

LE DRAPIER.

Le Drapier.

Ils ne verront soleil ni lune,

Ses écus jusqu’au bout de l’an,

Sauf qu’on les vole. À fin chaland,

Marchand plus fin. Fut-il béjaune

Quand pour vingt et quatre sous l’aune,

Venant où je voulois qu’il vînt,

Il prit drap qui n’en vaut pas vingt !

fin du premier acte.

ACTE II

Scène I

PATHELIN, GUILLEMETTE.

Pathelin.

En ai-je ?

Guillemette.

En ai-je ? Quoi :

Pathelin.

En ai-je ? Quoi : Qu’a fait ma mie

De sa vieille cotte hardie ?

Guillemette.

Et vous, qu’en feriez-vous ?

Pathelin.

Et vous, qu’en feriez-vous ? Rien, rien.

En ai-je ? je le disois bien.

Es-ce pauvre étoffe, est-ce étame,

Ou bon drap ceci ?

Guillemette.

Ou bon drap ceci ? Sainte dame !

Et par mon salut en péril

Quelle aventure ! D’où vient-il ?

Et si ce n’est de quelque aubaine,

Qui payera ?

Pathelin.

Qui payera ? Ne soyez en peine.

Il est déjà payé. Pourtant,

Qui le vendit est fin marchand,

Vilain, dur à lâcher ses pièces.

Faire qu’il en eût dans les fesses

Seroit pain béni.

Guillemette.

Seroit pain béni.Donc, combien

Vous coûte-t-il ?

Pathelin.

Vous coûte-t-il ? Je n’en dois rien ;

Payé ! Que voulez-vous qu’il faille

De plus ?

Guillemette.

De plus ? Payé ! Vous n’aviez maille,

Ni sou, ni denier.

Pathelin.

Ni sou, ni denier.Sangbieu si !

J’avois un denier parisi,

Madame.

Guillemette.

Madame.Allons, l’affaire est belle !

Vous aurez, pour l’obtenir telle,

Fait serments qui vous coûtent peu,

Ou, sans vergogne, mis en jeu

Quelque billet. À l’échéance

Chez nous, pour gage de créance.

On prendra tout.

Pathelin.

On prendra tout.Il n’a coûté

Qu’un denier.

Guillemette.

Qu’un denier.Benedicite !

Ce ne peut être.

Pathelin.

Ce ne peut être.Qu’on m’arrache

L’œil, s’il eut plus ; et, quoiqu’il sache

Bel et bien chanter, si jamais

Il a de moi rien de plus.

Guillemette.

Il a de moi rien de plus.Mais

Qui donc est-il ?

Pathelin.

Qui donc est-il ? C’est un Guillaume,

Qui de son surnom est Joceaume.

Guillemette.

Pour un denier, mais à quel jeu ?

Comment ?

Pathelin.

Comment ? Pour un denier à Dieu.

Et si j’avois dit : « Après boire,

Main sur pot, » vous m’en pouvez croire,

Mon denier me fût demeuré.

Sauf ce denier, est-ce opéré

À point ? Que Dieu, si bon lui semble,

Et lui le partagent ensemble :

C’est là tout ce qu’ils en auront.

Guillemette.

Comment put-il être si prompt

À vous prêter, lui si rebelle ?

Pathelin.

Je l’ai guirlandé, vierge belle !

Et de pied en cap blasonné,

Tant qu’il me l’a presque donné.

Je lui disois que feu son père

Fut si vaillant ! « Vous êtes, frère,

Fis-je, bien mieux apparenté

Qu’aucun d’ici. » La vérité,

C’est qu’il est né d’un rien qui vaille,

Et la plus vilaine canaille

Qui soit. « Guillaume, mon ami,

Vous ne ressemblez à demi,

Mais en tout, à votre bon père :

Qui vous vit tous deux vit la paire. »

Et là-dessus j’échafaudois

Et tout ensemble entrelardois

Dans le propos sa draperie :

« Eh ! disois-je, Sainte Marie,

Que doucement il nous prêtoit

Sa marchandise ! » Or il étoit

Ladre de son bien, âpre au nôtre.

Toutes ses dents, l’une après l’autre,

Il se les fût fait arracher

Plutôt que de vouloir cracher

Rien, une guenille, une obole,

Ou même une bonne parole.

Mais j’ai tant pressé, bataillé,

Que six aunes il a baillé.

Guillemette.

À ne lui rendre…

Pathelin.

À ne lui rendre…Que le diable.

Guillemette.

Ici me souvient de la fable :

Corbeau sur une croix assis,

Haute de cinq toises ou six,

Dans son bec tenoit un fromage.

« Comment le prendre sans partage ? »

Se dit Renard, et sous Corbeau

Vint se mettre. « As-tu le corps beau

« Et le chant plein de mélodie ! »

Voulant encor mieux applaudie

Sa voix, qu’on lui venoit vanter,

L’autre ouvrit le bec pour chanter,

Et le fromage choit à terre,

Et maître Renard vous le serre,

Et vous l’emporte à bonne dent.

De son drap, par mots y mordant,

Vous fîtes, et par beau langage,

Ce que fit Renard du fromage :

Vous l’avez bridé par le bec.

Pathelin.

Il doit venir boire, ici, sec,

Et manger de l’oie. Or, que faire ?

Je suis certain qu’il voudra braire

Pour avoir argent promptement :

J’ai tout prêt son appointement.

À fin qu’il s’en aille et ne touche

Rien : en malade je me couche,

Et quand il viendra vous direz :

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