L'Année liturgique — Le Temps après la Pentecôte (t. 10-15) (page 10)

Dom Prosper Guéranger · Vie de piété

Texte français, domaine public · Source : archive.org — L'Année liturgique t. 10-15, éd. 1911 (OCR) · 70 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

I. Psalm. xLiv, 3. — 2. Luc. vu, 37. — 3. Marc.

XIV, 8. — 4. IsAi. LU, 7. — 5. Apoc. I, 1 5. — 6. Levit. XXI, 10. — 7. Gant. V. 14. — 8. Habac. m, 4.

Le Jeudi Octave du Saint-Sacrement. 5i5

nous donnera de percer le nuage où se cache à nos regards cette tête divine, admiration des Anges, cette face auguste, autrefois défigurée, souffletée, saturée d'opprobres en son amour i, resplendissante aujourd'hui comme le soleil en sa puissance "■^ ? Bouche du Christ, organe du \'erbe, à la voix pareille au bruit des grandes eaux ^, au souffle puissant qui tue T'impie ^ ; lèvres de l'Epoux semblables aux lis qui distillent la myrrhe la plus pure ^; et vous, divins yeux qui pleurâtes sur Lazare ^, et illuminez de vos rayons enflammés ■ l'assemblée des Saints : nulle force humaine ne saurait soulever le mystère qui vous dérobe aux impatientes aspirations de notre œil mortel. Mais, plus sûrement que sur le témoignage de nos propres yeux, ô Bien-Aimé, nous savons que vous êtes là derrière la muraille, regardant par les ouvertures, jetant la vue au travers des barreaux 8, et il suffit à nos adorations ; et la foi d'un tel mystère était la plus douce épreuve que vous pussiez imposer à notre amour.

Sang divin, prix du rachat, rentré pour jamais dans ces veines qui vous épanchèrent à torrents sur le monde, comme autrefois vous portez la vie dans ces membres glorieux, sous l'impulsion du Cœur sacré auquel demain nous rendrons un plus spécial hommage.

Ame très sainte du Sauveur, présente au

I. Jerem. Thren. m, 3o. — 2. Apoc. i, i6. — 3. Ibid.

i3. — 4. IsAi. XI, 4. — 5. Cant. v, i3. — 6. Johan. XI, 35. — 7. Apoc. I, 14 — 8. Cant. 11, 9.

5i6 Le Temps après la Pentecôte.

Sacrement comme forme substantielle ^ de ce corps très partait qui est par vous le vrai corps de l'Homme-Dieu vivant à jamais, vous renfermez dans vos profondeurs tous les trésors de la Sagesse éternelle -. Vous reçûtes pour mission de traduire dans une vie humaine, en un multiple et sensible langage, l'ineffable beauté de cette Sagesse du Père éprise des fils des hommes, et voulant, par une manifestation à leur portée , conquérir leur amour. Chaque parole, chacun des pas de Jésus, chaque mystère de sa vie publiqueou cachée, révélait par degrés cette divine splendeur. \'raiment devant ces hommes qu'elle convoitait, la Sagesse comme la grâce en lui grandissait avec'l'àge 3 : jusqu'à' ce qu'enfin tous ces enseignements, exemples et mystères, merveilleuses traductions de ses charmes intimes, elle-même, pour les siècles à venir, les fixa immobiles au Sacrement divin, monument perpétuel où chaque âme trouve sa lumière, mémorial vivant où veille silencieusement pour nous son amour. « La chair, le sang du Christ, c'est le Verbe manifesté, dit saint Basile; c'est la Sagesse rendue sensible par l'Incarnation et toijte cette mystérieuse conversation dans la chair qui nous révèle la perfection morale, le beau naturel et divin. C'est là ce qui nourrit l'âme, et, dès maintenant, la prépare à la contemplation des divines réalités *. »

I. Concil. Vicnn. —

— 4. Epist. VIII.

Col. II, 3. — 3. Luc. II. 52,

Le Jeudi Octave du Saint-Sacrement. 5tj

LES solennelles assises, pendant lesquelles le divin Sacrement a reçu l'hommage empressé de nosadorations, se terminent, comme elles ont commencé, dans la pompe du triomphe. Après les Vêpres, qui sont les mêmes qu'au jour de la fête {page 349), le Diacre descend du trône où il l'avait placé le radieux ostensoir, et le dépose entre les mains du Prêtre. L'Hostie sainte franchit de nouveau le seuil du temple, entourée des mêmes rites majestueux, célébrée dans les mêmes chants d'allégresse, accueillie par les mêmes enthousiastes démonstrations de son peuple fidèle. De nouveau, elle voit la nature à ses pieds, assainit l'air sur son passage, en chasse au loin les puissances ennemies 1, bénit la campagne et la ville, et jette sur les moissons prêtes à mûrir ses rayons fécondants. Regagnant son temple, elle n'en sortira plus désormais que pour venir fortifier les mourants dans le grand voyage, ou se donner miséricordieusement aux'infirmesqui ne peuvent venir d'eux-mêmes trouver leur Dieu. En ce moment donc, elle bénit une dernière fois la foule prosternée, et rentre au sacré tabernacle.

Abîmés dans l'adoration, témoignons nos sentiments au Dieu caché sous les voiles du Sacrement, en redisant l'Hymne céleste, où la science du Docteur angélique se montre encore surpassée par l'humble et fervent amour qui déborde en chacune de ces strophes.

Mais la porte sainte du tabernacle une fois

5iS Le Temps après la Pentecôte.

refermée sur le Dieu de l'Hostie, nos cœurs sauront n'y point délaisser l'auguste Mystère. Mieux cxjmpris par les grâces de liimière tombées sur nous dans cette Octave, il sera plus que jamais l'aimant de nos âmes divinisées au saint banquet, conquises par lui aux sublimes attraits de la Sagesse éternelle.

ADORO te dévote, laîens Deitas, Quae sub his figurts vere

latitas : Tibi se cor meum totum

subjicit. Quia te contemplans totum déficit.

Visus, tactus, gustus in

te fallitur, Sed auditu solo tuto creditur : Credo quidquid dixit Dei

Filius. Nil hoc verbo veritatis

verius.

In cruce latebat sola Deitas,

At hic latet simul et humanitas : Ambo tamen credens atque confitens, Peto quod petivit latro

pœnitens.

Plagas, sicut Thomas, non intueor, Deum tamen meum te confiteor :

JE vous adore pieusement, ô Dieu caché, qui sous ces espèces vous dérobez à nos regards : mon cœur tout entier se soumet à vous, et, dans la contemplation de votre présence, mon être tout entier s'anéantit.

La vue, le toucher, le goût sont ici en défaut, et l'ouïe seule assure ma foi ; je crois tout ce qu'a dit le Fils de Dieu : rien de plus vrai que la parole de la vérité même.

Sur la croix, la divinité seule était cachée ; ici c'est l'humanité même qui se rend invisible : je crois et je confessse l'une ei l'autre, et je demande ce que demandait le larron pénitent.

Je ne vois pas vos plaies comme les vit Thomas ; néanmoins je confesse que vous êtes mon Dieu : faites

Le Jeudi Octave du Saint-Sacrement. 5 ig

que ma foi en vous aille toujours croissant , qu'en vous j'espère, que toujours je vous aime.

O mémorial de la mort du Seigneur, pain vivant qui donne la vie à l'homme , donnez à mon âme de vivre de vous, et de goûter toujours votre ineffable douceur.

Seigneur Jésus , pélican rempli de tendresse, purifiez mes souillures par votre sang dont une seule goutte peut effacer les péchés du monde entier.

Jésus, que maintenant je ne vois qu'à travers un voile, daignez étancher l'ardente soif de mon âme ; faites qu'un jour contemplant à découvert votre visage , je jouisse éternellement de la vue de votre gloire.

Amen.

Fac me tibi semper magis credere, In te spem habere , te

diligere.

O memoriale mortis

Domini, Panis vivus, vitam pra;-

stans homini : Praesta mese menti de te

vivere, Et te illi semper dulce

sapere.

Pie Pelicane Jesu Domine,

Me immundum munda tuo sanguine :

Cujus una stilla salvum facere,

Totum quit ab omni mundum scelere.

Jesu , quem velatum nunc adspicio, Oro fiât illud quod tam

sitio : Ut te revelata cernens

facie. Visu sim beatus tuae gloriae. Amen.

Le pieux Ratpert, moine de Saint-Gall, l'ami de Notker et son émule dans la composition des chants sacrés, nous fournira, pour conclure TOctave du Corpus Dotnini^ cette expression touchante de la piété du ix^ siècle envers le divin Sacrement.

520 Le Temps après la Pentecôte.

LAUDES, Omnipotens, ferimus tibi , dona colentes Corporis immcnsi, Sanguinis atque tui.

Tangimus ecce tuam, Rector sanctissime , mensam : Tu licet indignis propitiaretuis.

On répète : Laudes , Omnipotens.

Propitiare pius, peccata absolve benignus : Prosit ut invictis appropiare sacris

On répète : Corporis immensi.

Angélus aethereis sanctus descendat ab astris, Purificans corpus , cor pariterque pius.

Laudes . Omnipotens.

Hase medicina potens cœli nos ducat in arces,

Interea terris dans medicamen opis

Corporis immensi.

Quod colimus fragiles, respice démens,

OTOL'T-PUISSANT, nous ttt dédions nos louanges, honorant les dons de ton Corps sans égal et de ton Sang précieux.

Guide très saint , sois propice aux tiens dans leur indignité : nous approchons de la table sacrée.

On répète : O Tout-Puissant, etc.

Sois propice , ô très aimant ; très bon, remets les péchés : qu'il nous soit ainsi profitable d'approcher des Mystères triomphants.

On répète : De ton Corps,

Qu'il descende vers nous des sommets des cieux l'Ange de sainteté purifiant les corps et les cœurs.

O Tout-Puissant, etc.

Que ce remède puissant nous conduise aux célestes demeures, en nous donnant guérison sur terre par le secours

De ton Corps, etc.

Sauveur clément, dans nos hommages prends en pitié

Le Jeudi Octave du Saint-Sacrement. 52 1

notre misère ; Pasteur souverain, protège tes brebis au sacré pâturage.

O Tout-Puissant, etc.

Guéries par toi, protègeles, de peur que l'ennemi ne les terrasse encore ; affermisnous à jamais par le don

De ton Corps, etc.

Indignes sommes-n o u s d'un si grand don, d'un tel honneur : toi-même, ô Roi très doux , conduis -nous au combat.

O Tout-puissant, etc.

Père tout-puissant , dans ta clémence , exauce-nous avec ton Christ et l'Esprit aussi tout-puissant, dignité trine et une

Du Corps, etc.

Summeque pascentes protège Pastor oves.

Laudes, Omnipotens.

Protège quas recréas, hostjs ne proterat illas,

Consolidans dono nos sine fine tuo

Corporis immensi.

Nam sumus indigni quos ornes munere tali : Tu pietate tua , Rex , rege castra tua.

Laudes, Omnipotens.

Hoc , Pater omnipotens , cum Christo perfice clemens,

Spiritus atque potens , trinus et unusapex

Co'rporis immensi.

Terminons par ces belles prières de notre ancien Missel gallican.

DANS la foi qui nous a conduits aux autels sacrés, en possession du Corps et du Sang de Jésus-Christ notre Seigneur et Dieu , prions l'unité de la Trinité bienheureuse • que pleinement fidèles , il nous soit donné d'avoir toujours faim et soif de la justice et d'accomplir ainsi son œuvre dans la force

SUMPSISSE ex sacris A 1 t a r i b us Christi Domini ac Dei nostri Corpus et Sanguinem credentes, unitatem Beatae Trinitatis oremus : ut semper nobis fide plenis, esurire deturac sitire justitiam . sicque opus ejus confortati salutaris escae gratia faciamus ; ut

522 Le Temps après la Pentecôte.

non judicio sed in remedio Sacramentum quod accepinaus habeamus.

et la grâce du mets du salut, pour que le Sacrement reçu par nous nous soit à remède et non à jugement.

ADSPICE, Domine, qui et tuovesci Corpore, et tuum Corpus effici vis fidèles : fac nobis in remissionem peccatorum esse quod sumpsimus : atque ita se animae nostrae divina alimonia per benedictionem tuam facta permisceat ; ut caro spiritui subdita , et in consensum pacificum subjugata, obtemperet , non repugnet per Spiritum Sanctum : qui in unilate Patris et Filii coaeternus vivit et régnât in s ae c u 1 a sœculorum. Amen.

REGARDEZ-NOUS, Seigneur, vous qui voulez que les fidèles se nourrissent de votre Corps et deviennent votre Corps ; faites que ce Sacrement soit pour nous la rémission des péchés ; que le divin aliment, fruit de votre bénédiction, se mêle de telle sorte à notre âme. que la chair soumise à l'esprit et subjuguée dans un paisible accord obéisse et ne résiste plus : par l'Esprit-Saint, qui dans l'unité du Père et du Fils et leur étant coéternel vit et règne dans les siècles des siccles. Amen.

j nouveau rayon brille au ciel de la sainte Eglise, et vient échauffer nos cœ'urs. Le Maître divin donné par le Christ à nos âmes, l'Esprit Paraclet descendu sur le monde, poursuit ses enseignements dans la Liturgie sacrée. La Trinité auguste, révélée tout d'abord à la terre en ces sublimes leçons, a reçu nos premiers hommages; nous avons connu Dieu dans sa vie intime, pénétré par la foi dans le sanctuaire de l'essence infinie. Puis, d'un seul bond, l'Esprit impétueux de la Pentecôte i, entraînant nos âmes à d'autres aspects de la vérité qu'il a pour mission de rappeler au

524 ^e Temps après la Pentecôte.

monde ', les a laissées un long temps prosternées au pied de l'Hostie sainte, mémorial divin des merveilles du Seigneur ■-. Aujourd'hui c'est le Cœur sacré du Verbe fait chair qu'il propose à nos adorations.

Partie noble entre toutes du corps de l'Homme-Dieu, le Cœur de Jésus méritait, en effet, au même titre que ce corps adorable, l'hommage réclamé par l'union personnelle au Verbe divin. Mais si nous voulons connaître la cause du culte plus spécial que lui voue la sainte Eglise, il convient ici que nous la demandions de préférence à l'histoire de ce culte lui-même et à la place qu'occupe au Cycle sacré la solennité de ce jour.

Un lien mystérieux réunit ces trois fêtes de la très sainte Trinité, du Saint-Sacrement et du Sacré-Cœur. Le but de l'Esprit n'est pas autre, en chacune d'elles, que de nous initier plus intimement à cette science de Dieu par la foi qui nous prépare à la claire vision du ciel. Nous avons vu comment Dieu, connu dans la première en lui-même, se manifeste par la seconde en ses opérations extérieures, la très sainte Eucharistie étant le dernier terme ici-bas de ces opérations ineffables. Mais quelle transition, quelle pente merveilleuse a pu nous conduire si rapidement et sans heurt d'une fête à l'autre ? Par quelle voie la pensée divine elle-même, par quel milieu la Sagesse éternelle s'est-elle fait jour, des inaccessibles sommets où nous contemplions le sublime repos de la Trinité bienheureuse, à cet autre sommet des Mystères

I. JoHAN. XIV, 26. — 2. Psalm. ex, 4.

La Fête du Sacré-Cœur de Jésus. 525

chrétiens où l'a portée l'inépuisable activité d'un amour sans bornes ? Le Cœur de l'HommeDieu répond à ces questions, et nous donne l'explication du plan divin tout entier

Nous savions .que cette félicité souveraine du premier Etre, cette vie éternelle communiquée du Père au Fils et des deuxàTEsprit dans la lumière et l'amour, les trois divines personnes avaient résolu d'en faire part à des êtres créés, et non seulement aux sublimes et pures intelligences des célestes hiérarchies, mais encore à l'homme plus voisin du néant, jusque dans la chair qui compose avec l'âme sa double nature. Nous en avions pour gage le Sacrement auguste où l'homme, déjà rendu participant de la nature divine par la grâce de l'Esprit sanctificateur, s'unit au Verbe divin comme le vrai membre de ce Fils très unique du Père. Oui; « bien que ne paraisse « pas encore ce que nous serons un )our, dit « l'Apôtre saint Jean, nous sommes dès main« tenant les fils de Dieu; lorsqu'il se mon« trera, nous lui serons semblables i, » étant destinés à vivre comme le Verbe lui-même en la société de ce Père très-haut dans les siècles des siècles 2.

Mais l'amour infini de la Trinité toute-puissante appelant ainsi de faibles créatures en participation de sa vie bienheureuse, n'a point voulu parvenir à ses fins sans le concours et l'intermédiaire obligé d'un autre amour plus accessible à nos sens, amour créé d'une âme humaine, manifesté dans les battements d'un cœur de chair pareil au nôtre. L'Ange du

520 Le Temps après la Pentecôte.

grand conseil, chargé d'annoncer au monde les desseins miséricordieux de l'Ancien des jours, a revêtu, dans l'accomplissement de son divin message, une forme créée qui pût permettre aux hommes de voir de leurs yeux, de toucher de leurs mains le Verbe de vie, cette vie éternelle qui était dans le Père et venait jusqu'à nous '. Docile instrument de l'amour intîni, la nature humaine que le Fils de Dieu s'unit personnellement au sein de la Vierge-Mère ne fut point toutefois absorbée ou perdue dans l'abîme sans fond de la divinité; elle conser\ a sa propre substance, ses facultés spéciales, sa volonté distincte et régissant dans une parfaite harmonie, sous l'influx du Verbe divin, les mouvements de sa très sainte âme et de son corps adorable. Dès le premier instant de son existence, l'àme très parfaite du Sauveur, inondée plus directement qu'aucune autre créature de cette vraie lumière du Verbe qui éclaire tout homme venant en ce monde ~, et pénétrant par la claire vision dans l'essence divine, saisit d'un seul regard la beauté absolue du premier Etre, et la convenance souveraine des divines résolutions appelant l'être fini en partage de la félicité suprême. Elle comprit sa mission sublime, et s'émut pour l'homme et pour Dieu d'un immense amour El cet amour, envahissant avec la vie le corps du Christ formé au même instant par l'Lsprit du sang virginal, fit tressaillir son Cœur de chair, et donna le signal des pulsations qui

La Fête du Sacré-Cœur de Jésus. 52 j

mirent en mouvement dans ses veines sacrées le sang rédempteur.

A la différence en effet des autres hommes, chez qui la force vitale de l'organisme préside seule aux mouvements du cœur, jusqu'à ce que les émotion^, s'éveillant avec l'intellifence, viennent par intervalles accélérer ses attements ou les ralentir, l'Homme-Dieu sentit son Cœur soumis dès l'origine à la loi d'un amour non moins persévérant, non moins intense que la loi vitale, aussi brûlant dès sa naissance qu'il l'est maintenant dans les cieux. Car l'amour humain du\^erbe incarné, fondé sur sa connaissance de Dieu et des créatures, ignora comme elle tout développement progressif, bien que Celui qui devait être notre 'frère et notre modèle en toutes choses manifestât chaque jour en mille manières nouvelles l'exquise sensibilité de son divin Cœur.

Quand il parut ici-bas, l'homme avait désappris l'amour, en oubliant la vraie beauté. Son cœur de chair lui semblait une excuse, et n'était plus qu'un chemin par où l'âme s'enfuyait des célestes sommets à la région lointaine où le pjrodigue perd ses trésors i. A ce monde matériel que l'âme de l'homme eût dû ramener vers son Auteur, et qui la tenait captive au contraire sous le fardeau des sens, l'Esprit-Saint préparait un levier merveilleux : fait de chair lui aussi, le Cœur sacré, de ces limites extrêmes de la création, renvoie au Père, en ses battements, l'ineffable expression d'un amour investi de la dignité du Verbe lui-même. Luth mélodieux, vibrant

528 Le Temps après la Pentecôte.

sans interruption sous le souffle de l'Esprit d'amour, il rassemble en lui les harmonies des mondes ; corrigeant leurs défectuosités, suppléant leurs lacunes, ramenant à l'unité les voix discordantes, il offre à la glorieuse Trinité un délicieux concert. Aussi met-elle en lui ses complaisances. C'est l'unique org'^- «wm, 1 ainsi l'appelait Gertrude la Grande ; c'est l'instrument qui seul agrée au Dieu trèshaut. Par lui devront passer les soupirs enflammés des brûlants Séraphins, comme l'humble hommage de l'inerte matière. Par lui seulement descendront sur le monde les célestes faveurs. Il est, de l'homme à Dieu, l'échelle mystérieuse, le canal des grâces, la voie montante et descendante.

L'Esprit divin, dont il est le chef-d'œuvre, en a fait sa vivante image. L'Esprit-Saint, en effet, bien qu'il ne soit pas dans les ineffables relations des personnes divines la source même de l'amour, en est ie terme ou l'expression substantielle ; moteur sublime inclinant au dehors la Trinité bienheureuse, c'est par lui que s'épanche à flots sur les créatures avec l'être et la vie cet amour éternel. Ainsi l'amour de l'Homme-Dieu trouve-t-il dans les battements du Cœur sacré son expression directe et sensible ; ainsi encore verset-il par lui sur le monde, avec l'eau et le sang sortis du côté du Sauveur, la rédemption et la grâce, avant-goût et gage assuré de la gloire future.

« Un des soldats, dit l'Evangile, ouvrit le

La Fête du Sacré-Cœur de Jésus. 52g

(( côté de Jésus par la lance, et il en sortit du « sang et de l'eau i. » Arrêtons-nous sur ce fait de l'histoire évangélique qui donne à la fête d'aujourd'hui sa vraie base ; et comprenons l'importance du récit qui nous en est transmis par saint Jean, à l'insistance du disciple de l'amour non moins qu'à la solennité des expressions qu'il emploie. « Celui qui l'a u vu, dit-il, en rend témoignage, et son témoi« gnage est véritable ; et il sait lui qu'il dit « vrai, pour que vous aussi vous croyiez. Car <( ces choses sont arrivées, pour que l'Ecri« ture fût accomplie -. » L'Évangile ici nous renvoie au passage du prophète Zacharie annonçant l'effusion de l'Lsprit de grâce sur la maison du vrai David et les habitants de Jérusalem 3. Et ils verront dans celui qu'ils ont percé *, ajoutait le prophète.

Mais qu'y verront-ils, sinon cette grande vérité qui est le dernier mot de toute l'Ecriture et de l'histoire du monde, à savoir que « Dieu a tant aimé le monde, qu'il lui a « donné son Fils unique, pour que quiconque « croit en lui ait la vie éternelle '' ? »

Voilée sous les figures et montrée comme de loin durant les siècles de l'attente, cette vérité sublime éclata au grand jour sur les rives du Jourdain ^, quand la Trinité sainte intervint tout entière pour désigner l'Elu du Père et l'objet des divines cornplaisances '. Restait néanmoins encore à montrer la manière dont cette vie éternelle que le Christ

I. JoHAN. XIX, 34. — 2. Ibid. 35-36. — 3. Zach.

XII, 10. — 4. Ibid. ; JoHAN. xix. 37. — 5. Johan. m, i6. — 6. Luc. III, 21-22. — 7. IsAi. xLii. I.

53 0 Le Temps après la Pentecôte.

apportait au monde passerait de lui dans nous tous, jusqu'à ce que la lance du soldat, ouvrant le divin réservoir et dégageant les ruisseaux de la source sacrée, vint compléter et parfaire le témoignage de la Trinité bienheureuse. « Il y en a trois, dit saint Jean, qui « rendent témoignage dans le ciel : le Père, « le Verbe et le Saint-Esprit ; et ces trois n'en « font qu'un. Et il y en a trois qui rendent « témoignage sur la terre ; l'Esprit, l'eau et le « sang ;^ et ces trois concourent au même « but... Et leur témoignage est que Dieu nous « a donné la vie éternelle, et qu'elle est dans u son Fils 1. » Passage mystérieux qui trouve son explication dans "la fête présente; il nous montre dans le Cœur de l'Homme-Dieu le dénouement de l'œuvre divine, et la solution des difficultés que semblait offrir à la Sagesse du Père l'accomplissement des desseins éternels. Associer des créatures à sa béatitude, en les faisant participantes dans l'Esprit-Saint de sa propre nature et membres de son Fils bien-aime, telle était, disions-nous, la miséricordieuse pensée du Père ; tel est le but où tendent les efforts de la Trinité souveraine. Or, voici qu'apparaît Celui gui vient par Teaii et le sang, non dans l'eau seule, mais dans ieau et le sang, Jésus-Christ ; et F Esprit, qui de concert avec le Père et le Fils a déjà sur les bords du Jourdain rendu son témoignasse, atteste ici encore que le Christ est vérité -^ quand il dit de lui-même que la vie est en lui 3. Car c'est l'Esprit, nous dit l'Evangile *,

I. I JOHAN. V, 7. 8, II. — 2. IbU.6. — 3. JOHAN.

Y, 26, etc. — 4. JbiJ. vu, 37-39.

La Fête du Sacré-Cœur de Jésus. 53 1

qui sort avec Veau du Cœur sacré, des sources du Sauveur i, et nous rend dignes du sang divin qui l'accompagne. L'humanité, renaissant de Veau et de V Esprit, fait son entrée dans le royaume de Dieu 2 ; et, préparée pour l'Epoux dans les flots du baptême, l'Eglise s'unit au Verbe incarné dans le sang des Mystères. Vraiment sommes-nous avec elle désormais Vos de ses os et la chair de sa chair s, associés pour l'éternité à sa vie divine dans le sein du Père.

Va donc, ô Juif! ignorant les noces de l'Agneau, donne le signal de ces noces sacrées. Conduis l'Epoux au lit nuptial; qu'il s'étende sur le bois mille fois précieux dont sa mère la synagogue a formé sa couche au soir de l'alliance; et que de son Cœur sorte l'Epouse, avec l'eau qui la purifie et le san^ qui forme sa dot. Pour cette Epouse il a quitté son Père et les splendeurs de la céleste Jérusalem ; il s'est élancé comme un géant dans la voie de l'amour; la soif du désir a consumé son âme. Le vent brûlant de la souffrance a passé sur lui, desséchant tous ses os; mais plus actives encore étaient les flammes qui dévoraient son Cœur, plus violents les battements qui précipitaient de ses veines sur le chemin le sang précieux du rachat de l'Epouse. Au bout de la carrière, épuisé, il s'est endormi dans sa soif brûlante. Mais l'Epouse , formée de lui durant ce repos mystérieux, le rappellera bientôt de son grand sommeil. Ce Cœur dont elle est née,

532 Le Temps après la Pentecôte.

brisé sous l'effori, s'est arrêté pour lui livrer passage; au même temps s'est trouvé suspendu le concert sublime qui montait par lui de la terre au ciel, et la nature en a été troublée dans ses profondeurs. Et pourtant, plus que jamais, ne faut-il pas que chante à Dieu l'humanité rachetée? Comment donc se renoueront les cordes de la lyre ? Qui réveillera dans le Cœur divin la mélodie des pulsations sacrées :

Penchée encore sur la béante ouverture du côté du Sauveur, entendons l'Eglise naissante s'écrier à Dieu, dans l'ivresse de son cœur débordant ; « Père souverain, Seigneur « mon Dieu, je vous louerai, je vous chan« terai des psaumes au milieu des nations. « Lève-toi donc, ô ma gloire! réveille-toi, « ma cithare et mon psaltérion i. » Et le Seigneur s'est levé triomphant de son lit nuptial au matin du grand jour; et le Cœur sacré, reprenant ses mélodies interrompues, a transmis au ciel les accents enflammes de la sainte Eglise. Car le Cœur de l'Epoux appartient à l'Epouse, et ils sont deux maintenant dans une même chair -.

Dans la pleine possession de celle qui blessa son Cœur 3, le Christ lui contirme tout pouvoir à son tour sur ce Cœur divin d'où elle est sortie. Là sera pour l'Eglise le secret de sa force. Dans les relations des époux, telles que les constitua le Seigneur à l'origine en vue de ce grand mystèVe du Christ et de l'Eglise*, l'homme est le chef 5,

I. Psalm. CVH, 1-4. — 2. Gen. n, 24; Eph. V, 3i. —

J. Gant. IV. 9. — 4. Eph. v, 32. — 5.1 Cor. xi, 3.

La Fête du Sacré-Cœur de Jésus. 533

et il n'appartient pas à la femme de le dominer dans les conseils ou la conduite des entreprises; mais la puissance de la femme est qu'elle s'adresse au cœur, et que rien ne résiste à l'amour. Si Adam a péché, c'est qu'Eve a séduit et affaibli son cœur; Jésus nous sauve, parce que l'Eglise a ravi son Cœur, et que ce Cœur humain ne peut être ému et dompté, sans que la divinité elle-même soit fléchie. Telle est, quant au principe sur lequel ejle s'appuie, la dévotion au SacréCœur; elle est, dans cette notion première et principale, aussi ancienne que l'Eglise, puisqu'elle repose sur cette vérité, reconnue de tout temps, que le Seigneur est l'E- poux et l'EgHse l'Epouse.

Les Pères et saints Docteurs des premiers âges n'exposaient point autrement que nous ne l'avons fait le mystère de la formiation de l'Eglise du côté du Sauveur; et leurs paroles, quoique toujours retenues par la présence des non-initiés autour de leurs chaires, ouvraient la voie aux sublimes et plus libres épanchements des siècles qui suivirent. « Les « initiés connaissent l'ineffable mystère des « sources du Sauveur, dit saint Jean Chry« sostome; de ce sang et de cette eau l'Eglise « a été formée; de là sont sortis les Mystè« res, en sorte que, t'approchant du calice « redoutable, il faut y venir comme devant « boire au côté mème'du Christ i. » — « L'E- « vangéliste, explique saint Augustin, a usé « d'une parole vigilante, ne disant pas de la « lance qu'elle frappa ou blessa, mais ouvrit

In Johan. Hom. 84.

1 le côté du Seigneur. C'était bien une porte

« en effet qui se révélait alors, la porte de « .la vie, figurée par celle que Noé reçut l'or« dre d'ouvrir au côté de l'arche, pour l'en« trée des animaux qui devaient être sauvés « du déluge et figuraient l'Eglise *. »

« Entre dans la pierre, cache-toi dans la u terre creusée -, dans le côté du Christ, » interprète pareillennent au xii« siècle un disciple de saint Bernard, le Bienheureux Guerric, abbéd'Igny3. Et l'Abbé de Clairvaux lui-même, commentant le verset du Cantique • Vietts, ma colombe, dans les trous de la pierre, dans la caverne de la muraille ^:

M Heureuses ouvertures, dit-il, où la colombe

« est en sûreté et regarde sans crainte l'oi« seau de proie volant à l'entour!... Que « verrons-nous par l'ouverture? Par ce fer « qui a traversé son àme et passé jusqu'à « son Cœur, voici qu'est révélé l'arcane, « l'arcane du Cœur, le mystère de l'amour, « les entrailles de la miséricorde de notre « Dieu. Qu'y a-t-il en vous, ô Seigneur, que « des trésors d'amour, des richesses de bonté ? «J'irai, j'irai à ces celliers d'abondance, t docile à la voix du prophète &, j'abandon« nerai les villes, j'habiterai dans la pierre, « j'aurai mon nid, comme la colombe, dans « la plus haute ouverture ; placé comme « Moïse '^ à l'entrée du rocher, je verrai pas'( ser le Seigneur ". » Au siècle suivant, le Docteur Séraphique, en de merveilleuses

I. In Johan Tract, cxx. — 2. fsAl. li, lo. — 3. In

Domin. Palm. Serm. iv. — 4. Cant. ii, 14. — 5. Jerem. XLViii, 28. — ô.Exod. xxxiii, 22, — 7. In Cant. Serm. lxi.

La Fête du Sacré-Cœur de Jésus. 53b

eftusions, rappelle à son tour et la naissance de la nouvelle Eve du côté du Christ endormi, et la lance de Saùl dirigée contre David et frappant la muraille i, comme pour creuser dans Celui dont le fils de Jessé n'était que la tigure, dans la pierre qui est le Christ 2, la caverne aux eaux purifiantes, habitation des colombes 3.

Mais nous ne pouvons qu'effleurer ces grands aperçus, écouter en passant la voix des Docteurs. Au reste, le culte de l'ouverture bénie du côté du Christ se confond le plus souvent, pour saint Bernard et saint Bonaventure, avec celui des autres plaies sacrées du Sauveur. Le Cœur sacré, organe de l'amour, ne se dégage pas encore suffisamment dans leurs écrits. Il fallait que le Seigneur intervînt directement pour faire découvrir et goûter au peuple chrétien, par l'intermédiaire de quelques âmes privilégiées, les ineffables conséquences des principes admis par tous dans son Eglise.

Le 27 janvier 1281, au monastère bénédictin d'Helfta, près Eisleben, en Saxe, l'Epoux divin se révélait à l'épouse qu'il avait choisie pour l'introduire dans ses secrets et ses réserves les plus écartées. Mais ici nous céderons la parole à une voix plus autorisée que la nôtre. « Gertrude, en la vingt-cinquième année de son âge, a été saisie par l'Esprit, dit en la Préface de sa traduction française Véd\- texxv dn Legatus divinœ pietatis. elle a reçu sa mission, elle a vu, entendu, touché; plus

536 Le Temps après la Pentecôte.

encore, elle a bu à cette coupe du Cœur divin qui enivre les élus, elle y a bu quand elle était encore en cette vallée d'absinthe, et ce qu'elle a pris à longs traits, elle l'a reversé sur les âmes qui voudront le recueillir et s'en montreront saintement avides. Sainte Gertrude eut donc pour mission de révéler le rôle et l'action du Cœur divin dans l'économie de la gloire divine et de la sanctification des âmes; et sur ce point important nous ne séparerons pas d'elle sainte Mechtilde, sa compagne.

« L'une et l'autre, à l'égard du Cœur du Dieu fait homme, se distinguent entre tous les Docteurs spirituels et tous les mystiques des âges divers de l'Eglise. Nous n'en excepterons pas les Saints de ces derniers siècles, par lesquels Notre-Seigneur a voulu qu'un culte public, officiel, fût rendu à son Cœur sacré: ils en ont porté la dévotion dans toute l'Eglise; mais ils n'en ont pas exposé les mystères multiples, universels, avec l'insistance, la précision, la perfection qui se rencontrent dans les révélations de nos deux Saintes.

« Le Disciple bien-aimé de Jésus, qui avait reposé sur son sein, en la Cène, et avait pu entendre les battements de ce Cœur divin, qui sur la croix l'avait vu percé par la lance du soldat, en dévoila à Gertrude la glorification future, lorsqu'elle lui demanda pourquoi il avait gardé sous le silence ce qu'il avait senti lorsqu'il reposait sur ce Cœur sacré: « Ma mission, dit-il. fut d'écrire pour l'Eglise » encore jeune un seul mol du Verbe incréé v< de Dieu le Père, lequel pourrait suffire à

La Fête du Sacré-Cœur de Jésus. SSj

f( toute la race des hommes jusqu'à la fin du n monde, sans toutefois que jamais personne « le comprît dans sa plénitude. Mais le lan« gage de ces bienheureux battements du « Cœur du Seigneur est réservé pour lesder« niers temps, alors que le monde vieilli et «< refroidi dans l'amour divin devra se ré« chauffer à la révélation de ces mystères.» (le

HÉRAUT DE l'aMOUR DIVIN, Livr. IV. C 4.)

« Gertrude fut choisie pour cette révélation, et ce qu'elle en a dit dépasse tout ce que l'imagination de l'homme aurait jamais pu concevoir. Tantôt le Cœur divin lui apparaît comme un trésor où sont renfermées toutes les richesses; tantôt c'est une lyre touchée par l'Esprit-Saint, aux sons de 'laquelle se réjouissent la très sainte Trinité et toute la Cour céleste. Puis, c'est une source abondante dont le courant va porter le rafraîchissement aux âmes du Purgatoire, les grâces fortifiantes aux âmes qui militent sur la terre, et ces torrents de délices où s'enivrent les élus de la Jérusalem céleste. C'est un encensoir d'or, d'où s'élèvent autant de divers parfums d'encens qu'il y a de races di\'erses d'hommes pour lesquelles le Sauveur a souffert la mort de la croix. Une autre fois, c'est un autel sur lequel les fidèles déposent leurs offrandes^ les élus leurs hommages, les anges leurs respects, et le Prêtre "éternel s'immole luimême. C'est une lampe suspendue entre ciel et terre ; c'est une coupe où s'abreuvent les Saints, mais non les Anges, qui néanmoins en reçoivent des délices. En lui la prière du Seigneur, le Pater noster, a été conçue et élaborée, elle en est le doux

5 38 Le Temps après la Pentecôte.

fruit. Par lui est suppléé tout ce que nous avons négligé de rendre d'hommages dus à Dieu, à la Sainte Vierge et aux Saints. Pour remplir toutes nos obligations, le Cœur divin se fait notre serviteur, notre gage; en lui seul nos œuvres revêtent cette perfection, cette noblesse qui les rend agréables aux yeux de la Majesté divine; par lui seul découlent et passent toutes les grâces qui peuvent descendre sur la terre. A la hn, c'est la demeure suave, le sanctuaire sacré qui s'ouvre aux âmes, à leur départ de ce monde, pour les y conserver dans d'ineiîables délices pour l'éternité i. »

En découvrant à Gertrude l'ensemble merveilleux que présente la traduction de l'amour intini dans le Cœur de l'HommeDieu, l'Esprit divin prévenait l'enfer au lieu même d'où devait surgir, deux siècles plus tard, l'apôtre des théories les plus opposées. En 1483, Luther naissait à Eisleben ; et son imagination désordonnée posait les bases de l'odieux système qui allait faire du Dieu très bon qu'avaient connu ses pères l'auteur direct du mal et de la damnation, créant le pécheur pour le crime et les supplices éternels, à la seule tin de manifester son autocratie toute-puissante. Calvin bientôt précisait plus encore, en enserrant les blasphèmes du révolté saxon dans les liens de sa sombre et inexorable logique. La queue du dragon, par ces deux hommes, entraîna la troisième

I. Préface des Révélations de sainte Gertrude traduites sur la nouvelle édition latine des Bénédictins de Solesmes.

La Fête du Sacré-Cœur de Jésus. 53g

partie des étoiles du ciel i. Se transformant Hypocritement au xvir siècle, changeant les mots, mais non les choses, Tennemi tenta de pénétrer au sein même de l'Eglise et d'y faire prévaloir ses dogmes impies: sous prétexte d'affirmer les droits du domaine souverain du premier Etre , le Jansénisme oubliait sa bonté. Celui qui a tant aimé le monde voyait les hommes, découragés ou territiés, s'éloigner toujours plus de ses intentions miséricordieuses.

Il était temps que la terre se souvînt que le Dieu très-haut l'avait aimée d'amour, qu'il avait pris un Cœur de chair pour mettre à la portée des hommes cet amour infini, et que ce Cœur humain, le Christ en avait fait usage selon sa nature, pour nous aimer comme on aime dans la famille d'Adam le premier père 2, tressaillir de nos joies, souffrir de nos tristesses, et jouir ineffablement de nos retours à ses divines avances. Qui donc serait chargé d'accomplir la prophétie de Gertrude la Grande ? Quel autre Paul, quel nouveau Jean manifesterait au monde vieilli le langage des bienheureux battements du divin Cœur ?

Laissant de côté tant d'illustrations d'élo3uence et de génie qui remplissaient alors e leur insigne renommée l'Eglise de France, le Dieu qui fait choix des petits pour confondre les forts 3 avait désigné, pour la manifestation du Cœur sacré, la religieuse inconnue d'un obscur monastère. Comme au xiii* siècle il avait négligé les Docteurs et les

I. Apoc. XII, 4. — 2. Ose. xi, 4. — 3. I Cor. 1, 27.

3-/0 Le Temps après la Pentecôte.

grands Saints eux-mêmes de cet âee, pour solliciter auprès de la Bienheureuse Julienne du Mont-Cornillon l'institution de la fête du Corps du Seigneur, il demande de même la glorification de son Cœur divin par une fête solennelle à l'humble Visitandine de Parayle-Monial, que le monde entier connaît et vénère aujourd'hui sous le nom de la Bienheureuse Marguerite-Marie.

Marguerite-Marie reçut donc pour mission de faire descendre des mystiques sommets, où il était resté comme là part cachée de quelques âmes bénies, le trésor révélé à sainte Gertrude. Elle dut le proposera toute la terre, en l'adaptant à cette vulgarisation sublime II devint en ses mains le réactif suprême offert au monde contre le froid qui s'emparait de ses membres et de son cœur engourdis par l'âge, l'appel touchant aux réparations des âmes fidèles pour tous les mépris, tous les dédains, toutes les froideurs et tous les crimes des hommes des derniers temps contre l'amour méconnu du Christ Sauveur,

« Etant devant le Saint-Sacrement un jour de son Octave l'en juin 1675). raconte elle-même la Bienheureuse, je reçus de mon Dieu des grâces excessives de son amour. Et me sentant touchée du désir de quelque retour, et de lui rendre amour pour amour, il me dit • « Tu ne m'en peux rendre un plus a grand qu'en faisant ce que je t'ai déjà tant « cle fois demandé. » Alors me découvrant son divin Cœur . « Voilà ce Cœur qui a tant « aimé les hommes, qu'il n'a rien épargné, « jusqu'à s'épuiser et se consommer pour leur

La Fête du Sacré-Cœur de Jésus. 541

« témoigner son amour ; et pour reconnais« sance je ne reçois de la plupart que des in« gratitudes, par leurs irrévérences et leurs « sacrilèges, et par les froideurs et les mé« pris qu'ils ont pour moi dans ce Sacre« ment d'amour. Mais ce qui m'est encore le « plus sensible est que ce sont des coeurs « qui me sont consacrés qui en usent ainsi. « C'est pour cela que je te demande que le « premier vendredi d'après l'Octave du Saint« Sacrement soit dédié à une fête particu« Hère pour honorer mon Cœur, en commu« niant ce jour-là et en lui faisant réparation « d'honneur par une amende honorable, « pour réparer les indignités qu'il a reçues

M pendant le temps qu'il a été exposé sur les

« autels. Je te promets aussi que mon Cœur u se dilatera pour répandre avec abondance « les influences de son divin amour sur ceux « qui lui rendront cet honneur, et qui pro« cureront qu'il lui soit rendu ^. »

En appelant sa servante à être l'instrument de la gloritication de son divin Cœur , l'Homme-Dieu faisait d'elle un signe de contradiction, comme il l'avait été lui-même 2. Il fallut dix ans et plus à Marguerite-Marie pour surmonter, à force de patience et d'humilité, la défiance de son propre entourage, les rebuts de ses Sœurs, les épreuves de tout genre. Cependant, le 21 juin 1686, vendredi après l'Octave du Saint-Sacrement, elle eut enfin la consolation de voir la petite communauté de Paray-le-Monial prosternée au

542 Le Temps après la Pentecôte.

pied d'une image où le Cœur de Jésus percé parla lance était représenté seul, entouré de flammes et d'une couronne d'épines, avec la croix au-dessus et les trois clous Cette même année, fut commencée dans le monastère la construction d'une chapelle en l'honneur du Sacré-Cœur , la Bienheureuse eut la joie de voir bénir le modeste édifice quelque temps avant sa mort, arrivée l'an lôgo. Mais il y avait loin encore de ces humbles débuts a rétablissement d'une fête proprement dite, et à sa célébration dans l'Eglise entière.

Déjà cependant la Providence avait pris soin de susciter, dans le même siècle, à la servante du Sacré-Cœur un précurseur puissant en parole et en œuvres. Né à Ri, au diocèse de Séez, en 1601, le Bienheureux Jean Eudes avait porté partout, dans ses innombrables missions, la vénération et l'amour du Cœur de l'Homme-Dieu qu'il ne séparait pas de celui de sa divine Mère. Dès 1664, il creusait à Caen les fondations « de la première église du monde, dit-il lui-même, qui porte le nom de l'église du Très-Sainct Cœur de Jésus et de Marie * ; » et Clément X, en 1674, approuvait cette dénomination. Après s'être borné longtemps à célébrer, dans la Congrégation qu'il avait fondée, la fête du très saint Cœur de Marie en unité de celui de Jésus, le Père Eudes voulut y établir une fête spéciale en l'honneur du Cœur sacré du Sauveur : le

! . Le Cœur admirable de la T. Sacrée Mère de Dieu, Epître dédicatoire. Le séminaire des Eudistes à Caen, pour lequel fut bâtie cette église ou chapelle, est aujourd'hui l'Hôtel-de-Ville.

La Fête du Sacré-Cœur de Jésus. 543

8 février demeura assigné à la fête du Cœur de la Mère, et le 20 octobre fut déterminé pour honorer celui de son divin Fils. L'Office et la Messe que le Bienheureux composa à cette fin, en 1Ô70, furent approuvés pour ses séminaires, dès cette année et la suivante, par révéque de Rennes et les évèques de Normandie. Cette même année 1670 les vit insérer au Propre de l'abbaye royale de Montmartre. En 1674, la fête du Sacré-Cœur était également célébrée chez les Bénédictines du Saint-Sacrement. Cependant on peut dire que lafète établie parle Père Eudes ne sortit guère des maisons qu'il avait fondées ou de celles qui recevaient plus directement ses inspirations. Elle avait pour objet de promouvoir la dévotion au Cœur de l'Homme-Dieu, telle qu'elle ressort du dogme même de la divine Incarnation, et sans but particulier autre que de lui rendre les adorations et les hommages qui lui sont dus. C'était à la Bienheureuse Marguerite-Marie qu'il était réservé de présenter aux hommes le Cœur sacré comme la grande voie de réparation ouverte à la terre. Confidente du Sauveur et dépositaire de ses intentions précises sur le jour et le but que le ciel voulait voir assigner à la nouvelle fête, ce fut elle qui resta véritablement chargée de la promulguer pour le monde et d'amener sa célébration dans l'Eglise universelle.

Pour obtenir ce résultat qui dépassait les forces personnelles de l'humble Visitandine, le Seigneur avait rapproché mystérieusement de Marguerite-Marie l'un des plus saints Religieux que possédât alors la Compagnie de Jésus, le R. P. Claude de la Colombière.

544 -^^ Temps après la Pentecôte.

11 reconnut la sainteté des voies par où l'Esprit divine onduisait la Bienheureuse, et se tit l'apôtre dévoué du Sacré-Cœur, à Paray d'abord, et jusqu'en Angleterre, où il mérita le titre glorieux de confesseur de la foi dans les rigueurs des prisons protestantes. Ce fervent disciple du Cœur de l'Homme-Dieu mourait en 1682, épuisé de travaux et de souffrances. Mais la Compagnie de Jésus tout entière hérita de son zèle à propager la dévotion au Sacre-Cœur. Bientôt s'organisèrent des confréries nombreuses, de tous côtés on éleva des chapelles en l'honneur de ce Cœur sacré. Mais l'enfer s'indigna de celte grande prédication d'amour; les Jansénistes frémirent à cette apparition soudaine de la bonté et de l'humanité du Dieu Sauveur 1, qui prétendait ramener la confiance dans les âmes où ils avaient semé la crainte. On cria à la nouveauté, au scandale, à l'idolâtrie ou tout au moins à la dissection inconvenante des membres sacrés de l'humanité du Christ; et pendant que s'entassaient à grands frais d'érudition dissertations théologiques et physiologiques, les gravures les moins séantes étaient répandues"^ des plaisanteries de mauvais goût mises en vogue, tous les moyens employés pour tourner en ridicule ceux qu'on appelait les Cordicoles.

Cependant l'année 1720 voyait fondre sur Marseille un tiéau redoutable : apportée de Syrie sur un navire, la peste faisait bientôt plus de mille victimes par jour dans la cité de saint Lazare. Le Parlement janséniste de

La Fête du Sacré-Cœur de Jésus. 545

Provence était en fuite, et l'on ne savait où s'arrêterait le progrès toujours croissant de l'affreuse contagion, quand l'évêque, Mgr de Belzunce, réunissant les débris de son clergé fidèle et convoquant son troupeau sur le Cours qui depuis a pris le nom de l'héroïque pasteur, consacra solennellement son diocèse au Sacré-Cœur de Jésus. Dès ce moment, le fléau diminua; et il avait cessé entièrement, lorsque, deux ans plus tard, il reparut, menaçant de recommencer ses ravages. Il fut arrêté sans retour à la suite du vœu célèbre par lequel les échevins s'engagèrent, pour eux et leurs successeurs à perpétuité, aux actes solennels de religion qui ont fait jusqu'à nos jours la sauvegarde de Marseille et sa gloire la plus pure.

Ces événements, dont le retentissement fut immense, amenèrent la fête du Sacré-Cœur à sortir des monastères de la Visitation où elle avait commencé de se célébrer au jour fixé par Marguerite-Marie, avec la Messe et l'Office du P. Eudes. On la vit, à partir de là, se répandre dans les diocèses. Lyon toutefois avait précédé Marseille. Autun vint en troisième lieu. On ne croyait pas alors en France qu'il fût nécessaire de recourir à l'autorité du Souverain Pontife pour l'établissement de nouvelles fêtes. Déférant aux vœux de la pieuse reine Marie Leczinska, les prélats qui formaient l'Assemblée de 1763 prirent une résolution pour établir la fête dans leurs diocèses, et engager leurs collègues à imiter cet exemple.

Mais la sanction formelle du Siège Apostolique ne devait pas manquer plus long54(^ La Fête du Sacré-Cœur de Jésus.

temps à ces efforts de la piété catholique envers le divin Cœur. Rome avait déjà accordé de nombreuses indulgences aux pratiques privées, érigé par brets d'innombrables confréries, lorsqu'en cette même année 1765, Clément XIII, cédant aux instances des évoques de Pologne et de Tarchiconfrérie romaine du Sacré-Cœur, rendit le premier décret pontifical en faveur de la fête du Cœur de Jésus, et approu\'a pour cette fête une Messe et un Office. Des concessions locales étendirent peu à peu cette première faveur à d'autres Eglises particulières, jusqu'à ce qu'enfin, le "23 août i85ô, le Souverain Pontife Pie IX, de glorieuse mémoire, sollicité par tout l'Episcopat français, rendit le décret qui insérait au Calendrier la fête du Sacré-Cœur et en ordonnait la célébration dans l'Eglise universelle. Trente-trois ans plus tard^ Léon Xlll élevait au rite de première classe la solennité que son prédécesseur avait établie.

La glorification du Cœur de Jésus appelait celle (Je son humble servante. Le iSseptembre 1864 avait vu la béatification de MargueriteMarie proclamée solennellement parle même Pontife qui venait de donner à la mission qu'elle avait reçue la sanction définitive du Siège apostolique.

Eiepuis lors, la connaissance et l'amour du Sacre-Cœur ont progressé plus qu'ils n'avaient fait dans les deux siècles précédents. On a vu par tout le monde communautés, ordres religieux, diocèses, se consacrant à l'envi à cette source de toute grâce, seul refuge de l'Eglise en ces temps calamiteux. Les peuples se sont

A Tierce. 54j

ébranlés en de dévots pèlerinages ; des multitudes ont passé les mers, pour apporter leurssupplicationsetleurs hommagesau divin Cœur en cette terre de France, où il lui a plu de manifester ses miséricordes. Ellemême si éprouvée, notre patrie tourne les yeux, comme espoir suprême, vers le splendide monument qui s'élève sur le mont arrosé par le sang des martyrs ses premiers apôtres, et, dominant sa capitale, attestera pour les siècles futurs la foi profonde et la noble confiance qu'a su garder, dans ses malheurs, celle qui naquit et demeure à jamais la Fille aînée de la sainte Eglise.

O Cœur sacré, qui fûtes le lien de cette union puissante et si féconde, daignez rapprocher toujours plus votre Eglise et la France; et qu'unies aujourd'hui dans l'épreuve, elles le soient bientôt dans le salut pour le bonheur du monde!

T 'Hymne et les trois Psaumes dont se com■^ pose l'office de Tierce, se trouvent ci-dessus, p2ge 87.

Ant Ï ■*' sanctifié ce J lieu, pour y établir mon Nom à jamais ; mes yeux f.t mon Cœur r seront attachés dans toute la suite des jours.

Ant CANCTiFiCAvi ^^^- P loaum istum, ut sit Nomen meum ibi in sempiternum, et permaneant ocuH mei, et Cor meum ibi cunctis diebus.

CICI le Dieu mon Sau- 1 IJ CCE Deus Salvator veur, j'agirai avec con- | Lt meus, fiducialiter

54S La Fête du Sacré-Cœur de Jésus

agam, et non timebo, quia fortitudo mea, et laus mea Dominus, et tactus est mihi in salutem. Haurietis aquas in gaudio de fontibus Salvatoris.

f^.br.y^''^ ' Lan^ V guores nostros ipse tulit. Vere.

f. Et dolores nostros ipse portavit. * Languores.

Gloria Patri. Vere.

fiance et je ne craindrai plus ; car le Seigneur est ma force, il est ma gloire, et il est devenu l'auteur de mon salut. Dans votre allégresse, vous puiserez les eaux jaillissantes aux fontaines du Sauveur.

, IL a vraiment lui^' ^' 1 même ' Pris sur lui nos langueurs. Il a vraiment.

f. Il a lui-même porté nos douleurs. * Pris sur lui.

Gloire au Père. II a vraiment.

f. Posuit fines tuos S- H a établi la paix sur pacem. vos frontières.

tf. Et adipe frumenti ^. Et U vous rassasie de la satiat te. I graisse du froment.

L'Oraison est la Collecte de la Messe, /J^g^e 55o.

IL est peu fait mention du Cœur de chair du

Sauveur dans les formules liturgiques de ce jour. Lorsqu'au dix-huitième siècle il _fut question d'approuver une Messe et un Oiîice en l'honneur du Sacré-Coeur, les Jansénistes, qui avaient jusque dans Rome leurs dévoués partisans, suscitèrent de telles oppositions, que le Siège apostolique ne crut pas le moment venu encore de se prononcer ouvertement sur les points débattus. Il ne tit pas toutefois difficulté d'accorder au Portugal et

A la Messe.

54g

à la République de Venise un Office où le Cœur de Jésus victime d'amour et percé par la lance était proposé aux adorations des fidèles. Mais, dans la Messe et l'Office qui de Rome devaient plus tard s'étendre au monde entier, il s'en tint par prudence à la glorification de l'amour du Sauveur, dont on ne pouvait nier raisonnablement que son Cœur de chair ne fût au moins le vrai et direct symbole.

C'est ainsi que l'Introït, tiré de Jérémie, exalte les miséricordes ineffables de Celui dont le Cœur n'a point rejeté les enfants des hommes.

Il aura pitié de nous dans * la grandeur de sa miséricorde ; car il n'a point dédaigné ni chassé de son cœur les enfants des hommes. Le Seigneur est bon à ceux qui espèrent en lui, à l'âme qui le cherche. Alléluia, alléluia.

Ps. Je chanterai à jamais les miséricordes du Seigneur, je les célébrerai dans la suite des générations. Gloire au Père. Il aura pitié.

MISEREBITUR secundum multitudinem miserationum suarum ; non enim humiliavit ex corde suo. et abjecit filios hominum : bonus est Dominus sperantibus in eum. animas quaerenti illum. Alléluia, alléluia. Ps. Misericordias Domini in aeternum cantabo : in generationem et generationem, Gloria Patri. Miserebitur.

L'Eglise, émue des grands biens qui lui sont venus par le Cœur sacré, demande pour ses enfants, dans la Collecte, la grâce de comprendre les bienfaits divins et de recueillir dans une sainte joie les fruits qu'ils sont destinés à produire.

55 o La Fête du Sacré-Cœur de Jésus.

CONCEDE, quaei^umus omnipoteoB Deus : ut, qui in sanctissimo dilecii Filii tui Corde glorianles. prnecipua in nos charitatis ejus bénéficia recolimus, eorum pariter et actu deiectemur et fructu. Per eumdem Dominum nostrura.

Amen.

DAIGNEZ accorder, Dieu tout-puissant, à nous qui nous glorilions dans le très saint Cœur de votre Fils bien-aimé, et qui célébrons les bienfaits solennels de sa charité envers nous, que nous trouvions notre joie dans leur accomplissement et dans les fruits qu'ils ont produits. Par le même .Tésus-Christ notre Seigneur. Amen

Lectio Isaiœ Prophetae.

CONFITEBOR tibi. Domine, quoniam iratus es mihi ; conversus est furor tuus. et consolatus es me. Ecce Deus Salvator meus, fiducialiter agam, et non timebo : quia fortitudo mea, et laus mea Dominus, et factus est mihi in salutem. Haurietis aquas in gaudio de fontibus Salvatoris, et dicetis in die illa : Confitemini Domino, et invocate Nomen ejus : mementote quoniam excelsum est Nomen ejus. Cantate Domino quoniam magnifice fecit : annuntiate hoc in universa terra. Exsulta, et lauda. habitatio Sion :

Lecture du Prophète Isaïe.

JE vous louerai, Seigneur qui avez été irrité contre nous ; car voire colère s'est arrêtée, et vous m'avez comblé de consolation. \'oici le Dieu mon Sauveur, j'agirai avec confiance et je ne craindrai plus ; car le Seigneur est ma force, il est ma gloire, et il est devenu l'auteur de mon salut. Dans votre allégresse, vous puiserez les eau.x jaillissantes aux fontaines du Sauveur, et en ce jour-là vous direz : Célébrez le Seigneur et invoquez son Nom. Souvenez-vous que son Nom est au-dessus de tout. Chantez au Seigneur pour les œuvres magnifiques qu'il a opérées ; annoncez-les à la terre entière. Tressaille et faisretenA la Messe. 55 1

tir tes louanges, ô ville de I quia magnus in medic SioQ ; car le Saint d'Israël tui Sanctus Israël, est grand au milieu de toi. 1

ON peuple a commis deux maux, s'écriait Jéhovah sous l'ancienne alliance: « ils m'ont abandonné, moi la source d'eau « vive, et ils se sont creusé des citernes, des « citernes crevassées qui ne gardent point « l'eau 1.» Plainte sublime d'un amour infini qui voit rejeter ses bienfaits 1 Mais, prodige plus merveilleux encore : le Dieu méconnu des fils ingrats qui cherchent en dehors de lui leur bonheur, oublie son offense pour songer à leurs maux. Il est ému de la misère affreuse qui pousse ces êtres dévoyés à demander aux créatures l'étanchement de la soif ardente que lui seul pourrait apaiser. Le bien des corps, le beau palpable ont séduit leurs sens; l'âme, créée pour le bien absolu, a cru trouver son repos dans ces pâles et fugitifs reflets de la beauté souveraine, qui devaient la rappeler au contraire à leur source infinie. Comment ramener désormais à la source vive l'être affolé que trompe le mirage du désert, et qui s'enfonce toujours plus dans ses sables brûlants r O Israël, chante au Seigneur; Sion, bénis ton Dieu pour ses miséricordes infinies! L'eau est sortie de la pierre du désert où te retenait le délire de ta fièvre insensée. Dans cette voie dont la pente rapide t'entraînait vers la chair, devant toi s'est dressé soudain ton Sauveur, compagnon inattendu des sentiers de ta vie terrestre, Dieu fait chair pour t'atI. Jerem. II, i3.

5 52 La Fête du Sacré-Cœur de Jésus.

tirer au profit de ton âme dans ces filets d'amour humain que réclamait ton cœur. Prisonnier dans les liens mcmes d'Adam de l'amour infini i, tu as retrouvé à ta portée la fontaine d'eau vive, oublié la boue fétide de tes citernes aux sources du Sauveur ; et tes lèvres, altérées toujours, mais rassasiées sans cesse, puisent à longs traits, au réservoir sacré découvert par la lance mystérieuse, l'onde divine çiui, de cette terre, jaillit à flots jusqu'à la vie éternelle *'.

L'immense amour qui remplit le Cœur de l'Homme-Dieu et l'a porté à embrasser des douleurs sans pareilles pour nous sauver, la douceur et l'humilité de ce Cœur divin dans lesquelles se résument le caractère et toute la vie du Sauveur, sont proposés à notre reconnaissance et à notre imitation dans le Graduel et le Verset alléluiatique.

Ovos omnes, qui transitis perviam, attendite, et videte. si est do\oT sicut dolor meus.

?. Cum dilexisset suos, qui erant in mundo, in finem dilexit eos.

Alléluia, alléluia.

S Discite a me, quia mitis sum et humilis corde : et invenietis requiem animabus vestris. Alléluia.

VOL'S tous qui passez par le chemin, considérez et voyez s'il est une douleur comme ma douleur.

t. Ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, il les aima jusqu'à la fin.

Alléluia, alléluia.

^ . Apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos de vos âmes. Alléluia.

A la Messe.

La suite du saint Evangile selon saint Jean, Chap. xix.

CE jour-là étanc celui de la Préparation, afin que les corps ne demeurassent pas en croix durant le Sabbat (car ce Sabbat était un jour très solennel), les Juifs prièrent Pilate qu'on leur rompît les jambes, et qu'on les enlevât. Il vint donc des soldats qui rompirent les jambes du premier, puis de l'autre qui avait été crucifié avec lui. Etant venus à Jésus, et le voyant déjà mort, ils ne lui rompirent point les jambes ; mais un des soldats lui ouvrit le côté avec une lance, et aussitôt il en sortit du sang et de l'eau. Et celui qui le vit en rend témoignage, et son témoignage est vrai.

Sequentia sancti Evangelii secundum Johannem. Cap. xix.

IN illo tempore : Judaei (quoniam Parasceve erat) ut non remanerent in cruce corpora Sabbato (erat enim magnus dies ille Sabbati. rogaverunt Pilatum ut frangerentur eorum crura, et toUerentur. Venerunt ergo milites : et primi quidem fregerunt crura, et alterius qui crucifixus est cum eo. Ad Jesum autem cum venissent, ut viderunt eum jam mortuum, non fregerunt ejus crura ; sed unus militum lancea latus ejus aperuit, et continu© exivit sanguis et aqua. Et qui vidit testimonium perhibuit : et verum est testimonium ejus.

NOUS avons expliqué plus haut cet endroit de l'Evangile de saint Jean, en le rapprochant des passages de la première Epître du même Apôtre qui jettent une si vive lumière sur le fait de l'ouverture du côté du Sauveur. Ecoutons ce texte mystérieux avec le recueillement ému de notre Mère la sainte Eglise. Voyons la voie par où elle est sortie. C'est bien du Cœur de l'Homme-Dieu qu'elle est née. Elle ne pouvait avoir d'autre origine;

554 Lt^ I^éte du Sacré-Cœur de Jésus.

car elle est l'œuvre par excellence de son amour, et c'est pour cette Epouse qu'il a fait toutes les autres œuvres. Eve fut tirée du côté d'Adam d'une manière figurative; mais la trace ne devait pas en demeurer, de peur que la femme ne parût tirée de l'homme autrement que pour un grand mystère, et qu'on n'y vît pour elle infériorité de nature. Mais, dans le Seigneur, il convenait que la glorieuse trace de cette sortie demeurât, parce qu'il apporte la réalité. Il faut que son Épouse, se fondant sur cette origine, puisse sans cesse avoir recours à son amour, et que le chemin soit toujours ouvert devant elle, afin qu'elle atteigne sûrement et promptement son Cœur en toutes choses.

L'Oftertoire est tiré du Psaume en, magnifique chant d'amour et de reconnaissance, exaltant les bontés sans nombre, les miséricordes infinies du Seigneur.

BENEDIC, anima mea, D ÉNIS le Seigneur, ô mon

Domino : et noli -D âme, et n'oublie pas tous

oblivisci omnes retribu- ses bienfaits ; c'est lui qui

tionesejus : qui replet in remplit tes désirs en te combonis desiderium tuum. blant de biens. Alléluia. Alléluia.

Implorons avec l'Eglise, dans la Secrète, les flammes de la divine charité, pour que nos cœurs devenus brûlants soient à l'unisson de celui du Pontife éternel qui vient offrir son Sacrifice et le nôtre.

La Préface qui suit est celle de la Croix.

A la Messe.

Le Seigneur tenait encore à ce bois sacré, quand son Cœur fut ouvert ; et l'Eglise devait aujourd'hui cet hommage au lit nuptial qui la vit sortir du côté de l'Epoux endormi.

JETEZ un regard de protection sur nous, Seigneur, qui vous offrons ce Sacrifice, et afin d'y préparer nos cœurs par une ferveur plus grande, consumez-les par les flammes de votre divine charité. Vous qui vivez et régnez.

TUERE nos, Domine, tua tibi holocausta ofFerentes : ad quae ut ferventius corda nostra praeparentur , flammis adure tuae divins charitatis. Qui viviset régnas.

OUI, c'est une chose digne et juste, équitable et salutaire , de vous rendre grâces en tout temps et en tous lieux , Seigneur saint, Père tout-puissant. Dieu éternel, qui avez attaché au bois de la Croix le salut du genre humain, afin que la vie nous fiit rendue au moyen de ce qui nousavait donné la mort, et que celui qui, par le bois, avait triomphé, fût, par le bois, vaincu à son tour ; par Jésus-Christ notre Seigneur. C'est par lui que les Anges louent votre ]\Iajesté, que les Dominations l'adorent, que les Puissances la révèrent en tremblant, que les Cieux et les Vertus des cieux la célèbrent avec transport. Daignez permettre à nos voix de

VERE dignum et jiistum est, asquum et salutare, nos tibi semper, et ubique gratias agere, Domine sancte , Pater omnipotens, aeterne Deus: qui salutem humani generis in ligno crucis constituisti : ut unde mors oriebatur, inde vita resurgeret : et qui in ligno vincebat, in ligno quoque vinceretur : per Christum Dominum nostrum. Per quem majestatem tuam laudant Angeli, adorant Doraiaationes , tremunt Potestates, Cœli, cœlorumque Virtutes. ac beata Seraphim, socia exsultatione concélébrant. Cum quibus et nostras voces, ut

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