L'Année liturgique — Le Temps après la Pentecôte (t. 10-15) (page 9)
VIII. — 6. Cyr. Al. in Johan. Lib. x.
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vertu de la chair du Christ fait des nations un seul corps •, dit saint Cyrille 2, ainsi l'Esprit fait-il un seul des esprits divers, sans que pour cela soient confondus les esprits ou les corps : Un seul corps, un seul esprit, disait TApôtre, un seul Dieu Père de tous, au-dessus de tous et en nous tous ^. » Mais dans le merveilleux rapprochement des créatures accompli à la gloire du Père souverain par l'Esprit du Père et du Fils, c'est à celuici comme Verbe incarné, comme Sagesse éternelle ineffablement éprise des enfants des hommes *, qu'aboutit cet immense travail d'union dont les noces divines avec l'humanité sont le terme glorieux.
Et c'est ainsi qu'au terme nous-mêmes de cette carrière d'amour trop rapidement parcourue en la suave compagnie de la divine Sagesse, et près de passer, dans les deux jours qui vont suivre, à des considérations moins exclusivement dogmatiques sur l'auguste Mystère, nous retrouvons la pensée qui fut notre point de départ au jour de la fête. Dieu est amour, disions-nous; mais l'amour appelle l'union, et l'union veut des semblables '^. Or, cette assimilation, qui, de l'homme à Dieu, ne pouvait s'accomplir que par l'appel de l'homme en participation de la nature divine 6, est l'œuvre spéciale de l'EspritSaint par la grâce, le résultat de son habitation personnelle " dans l'âme sanctifiée, dont, comme une huile très pure, il pénètre intiI. Eph. ni. 6. — 2. CvR. Al. in Johan. Lib. x. —
3. Eph. IV. 4. 6. — 4. Prov. VIII, 3l. — 5. Page 2^5.
— 6. II Petr. I, 4. — 7. I Cor. m, 16.
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mement tous les ressorts et la substance même. Ainsi fit-il dans le Christ, inondant l'être humain de sa plénitude au sein de la Vierge-Mère, au temps même où l'éternelle Sagesse s'unit à cette nature inférieure et créée, mais dès lors sainte et parfaite à jamais dans l'Esprit sanctificateur. Ainsi fait-il encore, préparant l'Eglise, la Cité sainte, au banquet des noces de l'Agneau, revêtant la très noble Epouse du Christ de sa parure éblouissante formée des vertus des saints '; et lorsqu'il l'a façonnée dans l'unité par le baptême, affermie dans la sainteté par le second des sacrements, déifiée pour l'Epoux, disant alors avec elle le Vene:^; 2 des Mystères qui doivent achever son œuvre et ne faire qu'un seul corps de l'Epouse et de l'Epoux. Ainsi les fils et membres de l'Epouse, identifiés au Christ, un seul corps avec lui, sontils rendus participants de ses noces divines avec la Sagesse éternelle.
Si donc nous avons été baptisés dans l'unique Esprit, conclurons-nous avec l'Apôtre, c'était bien pour former l'unique corps où Juifs et Gentils, esclaves et libres, ne sont plus dans leur multiple diversité que les membres du Christ, abreuvés tous en cet unique Esprit d'un même breuvage ^, le Verbe divin passant en nous comme un lait très pur de la chair sacrée du Sauveur.
Comme des enfants nouveau-nés, aspire:^ à ce lait du Verbe *, dit aux chrétiens le Prince
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des Apôtres interprété par Clément d'Alexandrie. Sang du Verbe , aliment facile des petits enfants * nés de l'Esprit 2, qu'il prépare a la nourriture solide de l'éternité, le Verbe sans voiles! mets délicieux, doux comme la grâce, nourrissant comme la vie, immaculé comme la lumière! Douce rosée tombée du sein du Père au sein virginal, le Verbe se donne à l'Eglise, elle aussi vierge et mère : pure comme une vierge, aimante comme une mère, appelant ses enmnts elle les allaite de ce lait sacré qui est l'Enfant-Dieu; elle n'a point d'autre lait que ce bel enfant de notre race, le corps du Christ abreuvant du Verbe ses tendres rejetons. Courons aux mamelles bénies qui donnent avec l'oubli des maux le Verbe de Dieu ^. Le sein de la mère est tout pour l'enfant, sa vie, sa joie, son univers. Avec quel empressement il se jette à son trésor, nous disait hier dans l'Office de la nuit saint Jean Chrysostome ^ ! avec quelle ardeur presse-t-il de ses lèvres la source des biens ! Le lait des mères n'est pourtant qu'un symbole de celui que j'exalte ; il passe avec les premiers mois du nouveau-né : le mien demeure en sa source féconde ; il forme l'homme parfait, il suffit à lui faire atteindre la plénitude de l'âge du Christ •^,
Et quels sont donc les parfaits ici-bas, les disciples bien-aimés de l'éternelle Sagesse, sinon les plus petits, ces parvuli qu'elle convoque à la suivre sur les hauteurs ", les
5. Eph. IV, i3. — Z. Prov. IX, 3-4.
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hommes redevenus enfants pour entrer dans le royaume des cieux 1 ? Sublime enfance, célébrée sans fin par les Pères en des traits d'admirable éloquence ! Entendons Zenon de Vérone invitant, au grand jour de la Pàque, les nouveaux baptisés à passer des bords de la fontaine sacrée au lieu du désir suprême, où les attend le saint lait -^ unique pour tous 3 devenus un même corps *. Puis, quand les initiés sont en possession du Mystère ineffable, dans son enthousiasme d'évêque et de père, il chante ses nouveau-nés, race céleste aux représentants accourus du berceau comme de l'âge mûr, de la vieillesse comme de l'adolescence, et subitement redevenus tous enfants d'un jour sur le tendre sein de la Mère commune : enfance féconde et fortunée, qui ne doit plus se perdre en ceux qui l'ont acquise, depuis que le doux et triomphant Agneau de la Pâque a infusé avec amour son lait bienheureux dans leurs lèvres vagissantes '• !
Aussi ne devra-t-on pas s'étonner que le lait fût une des figures de l'Eucharistie les plus familières aux premiers chrétiens. Sainte Perpétue raconte que le Pasteur mit en sa bouche, à la veille du martyre, un lait délicieux ; et les détails de cette'scène touchante font voir qu'il s'agit du Sacrement divin ^. Dans les peintures des catacombes, il n'est pas rare de rencontrer cet emblème entouré des grâces d'une poésie pleine d'amour. Mais,
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3ue le vase de lait s'y montre dans la main u Pasteur i ou à ses côtés -, qu'il repose sur un monticule en forme d'autel, gardé respectueusement par les brebis ellesmêmes 3. ou que l'Agneau divin, Pasteurdes rasteurs, le tienne suspendu près de lui à la noulette *, la signification ne diffère en rien sous l'expression variée du symbole : elle se révèle en pleine lumière dans cette autre peinture ^, où, placé sur le dos même de l'Agneau portant la palme de son sanglant triomphe, incorporé avec lui, le vase mystérieux paraît entouré du nimbe, comme renfermant le Verbe divin, aliment des Anges 6, adapté par l'amour à notre faiblesse.
Car, explique admirablement saint Augustin, '( l'homme ne vit pas d'une nourriture, et l'ange d'une autre : la vérité, la Sagesse divine, est l'unique alimentdes intelligences'. Les Anges, les Vertus, les esprits des cieux s'en nourrissent ; ils mangent et s'engraissent, sans diminuer jamais l'ineffable aliment 8. Au commencernent était le Verbe, et le Verbe était en Dieu, et le Verbe était Dieu ^ : prends si tu peux, mange, c'est l'aliment. Mais tu vas me dire : Oui, sans doute, c'est l'aliment; mais moi je suis un enfant, c'est du lait qu'il me faut, je ne puis autrement y atteindre. Puis donc que c'est du lait qu'il te
I. Via Appia. De Rossi, I, /av. i6. — 2. Via Notnentana. Bosio, 455. — 3. Via Appia. De Rossi, I. tav. 12. — 4. Via Ardentina. Bosio. 249. — 5. Via Lavicana. Bosio, 363. — 6. Sap. xvi, 20. — 7. Enarr. in Psalm. cx.xxiv. — 8. In Psalm. xxxni. — Q. JoHAN.
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faut, et que pourtant ce mets des cieux estle seul qui puisse te nourrir, il passera par la chair pour arriver jusqu'à tes lèvres i. Car l'aliment ne devient lait qu'en passant par la chair. Ainsi fait la mère. Ce que mange la mère est cela même qu'absorbe l'enfant fmais l'enfant n'étant point assez fort pour se nourrir directement du pain lui-même, la mère incarne le pain qui par elle en douce liqueur passe à son fils 2. Il ne reçoit que ce qu'il eût pris à la table ; mais ce qui passe par la chair convient à l'enfant 3. Le Verbe donc s^ est fait chair, et il a habité parmi nous * ; Vhomme a mangé le pain des Anges '". La Sagesse éternelle est venue jusqu'à nous, comme un lait bienfaisant, par la chair et le sang du Seigneur e » Oh ! combien donc l'Epouse a raison de s'écrier à l'Epoux : Meilleures que le vin sont vos mamelles "^ / puisque par elles, dit à son tour saint Irénée, nous absorbons le pain d'immortalité, le Verbe de Dieu s.
La Sagesse a tenu ses divins projets d'amour. Elle est parvenue de son point de départ au but d'arrivée, à travers mille obstacles ; elle a atteint d'une extrémité à l'autre avec une force qui n'a d'égale que son incomparable douceur ®.
I. In Psalm. cxix. — 2. In Psalm. xxxni. — 3. In
Psalm. XXX. — 4. Johan. i, 14. — 5. Psalm. lxxvii, 25 — 6. In Psalm. xxx, cxxxiv; Confess. vu, 18. —
7. Gant. I, I, — 8. Iren. IV, 38. — 9. Sap. vni, i.
47*^^ ^^ Temps après la Pentecôte.
L'Antiphonaire du célèbre monastère de Benchor, en Irlande, publié par Muratori, et dont la date ne descend pas au-dessous du vil* siècle, nous fournit cette Hymne pleine de noblesse et d'une exquise suavité.
Qiiando communicarent Sacerdotes.
SANCTI, venite, Christi corpus sumite, Sanctum bibentes Quo redempti sanguinem.
Salvati Christi Corpore et sanguine, A quo refecti Laudes dicamus Deo.
Dater salutis, Christus Filius Deo Mundum servavit Par crucem et sanguinem
Pro universis Immolatus Dominus, Ipse sacerdos Exstitit et hostia.
Lege praeceptum Immolari hostias, Qua adumbrantur Divina mysteria.
Lucis indultor Et Salvator omnium
VENEZ, justes ; prenez le corps du Christ, buvez le sang précieux de la rédemption.
Nous qu'a sauvés le Christ par son corps et son sang, nourris de Dieu rendons-lui gloire.
Le Christ, auteur du salut, garda le monde à Dieu son Père par sa croix et son sang.
Immolé pour tous, le Seigneur fut lui-même le prêtre et l'hostie.
La loi ordonnait d'immoler des victimes : elle figurait les Mystères divins.
Celui qui donne la lumière, le Sauveur de tous, accorde
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aux saints leux.
don mervei
Que tous s'approchent dans la foi d'une âme pure, qu'ils reçoivent le gage éternel du salut.
Gardien des saints et leur guide, le Seigneur donne aux croyants la vie sans fin.
Il donne à qui a faim le pain du ciel, il offre à qui a soif de la fontaine vivante.
Alpha et Oméga est le Christ Seigneur : venu déjà, il doit revenir juger les hommes.
Praeclaram sanctis Largitus est gratiam.
Accédant omnes Pura mente creduli, Sumant asternam Salutis custodiam.
Sanctorum custos Rector quoque Dominus, Vitam perennem Largitur credentibus.
Cœlestem panem Dat esurientibus, De fonte vivo Praebet sitientibus.
Alpha et Oméga Ipse Christus Dominas, Venit venturus Judicare homines.
A la suite d'un appel si touchant dans son antique simplicité, nos lecteurs nous sauront gré de remettre sous leurs yeux la lyrique Antienne que l'Eglise des Gaules faisait retentir au moment de la Communion, dans la Solennité des solennités, pour convoquer ses fils à la participation de l'immortel Mystère. L'usage s'en est conservé dans l'Eglise de Milan jusqu'à nos jours.
PEUPLES, venez ; approchez-vous de rimmortel Mystère : venez goûter la libation sacrée.
Avançons avec crainte.
y..
ENiTE, populi, ad samysterium, et libamen agendum :
Cum timoré et fide ac478 Le Temps après la Pentecôte.
cedamus; manibus mundis, poenitentiae munus communicemus; quoniam Agnus Dei propter nos Patri sacrificium propositum est :
Ipsum solum adoremus, ipsum glorificemus, cum Anofelis clamantes Alléluia.
avec foi ; les mains pures, venons nous Unir à celui qui est le prix de notre pénitence : l'Agneau offert en sacrifice à Dieu son Père.
Adorons-le, glorifions-le ; et, avec les Anges, chantons Alléluia.
Au jour de via glorieuse Nativité du Seigneur, d'autres chants conduisaient nos pères au saint banquet ; l'Antienne exécutée à ce moment fortuné comparait leur sort à celui de la Vierge-Mère qui, durant neuf mois, avait porté "en elle le même Jésus que leur poitrine allait contenir. L'ange dont il y est question est l'Esprit-Saint lui-même, Venvoyé divin des deux autres personnes de l'adorable Trinité f)our la sanctification des élus ; la sainteté ici demandée pour le corps et le sang du Seigneur, montre à nouveau l'ampleur du mystère eucharistique em.brassant à la fois Jésuset l'Eglise : si le chef est saint, les membres aussi "doivent l'être, et ils ne le seront pas sans le secours du divin Esprit. Un texte paraissant plus moderne traduit ainsi, en effet, la même pensée : « Envoyez votre Saint-Esprit, 6 Seigneur, et daignez, en les sanctifiant, purifier nos cœurs "et nos corps pour la réception de votre corps et de votre sang. Emitte Spiritum Sanctum tuiim. Domine, et dignare sanctificayido mundare corda et corpora nostra ad percipiendum corpus et sanguinem titum.
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Ad Corpus Domini sumendum.
ENVOYEZ votre Ange, Seigneur, et daignez sanctifier votre corps et votrC^ang. La fraction du Sacrement est notre oeuvre, Seigneur : à votre bonté de bénir, pour que soient pures les mains qui le touchent. O l'heureux sein qui mérita de porter le Christ ! O pierre sans prix. perle qu'illumine de ses feux la lumière du monde ! Pieds fortunés, qui furent dignes de soutenir le Christ, éternel, très-haut Roi, à qui les anges et les archanges offrent leurs dons ! Alléluia.
EMITTE Angelum tuum. Domine, et dignare sanctificare corpus et sanguinem tuum. Nos frangimus. Domine ; tu dignare benedicere, ut immaculatis manibus illud tractemus. O quam beatus venter ille qui Christum meruit portare ! O quam speciosa gemma et margarita quam lucis mundi illustrât gratia ! O quam beati pedes illi qui Christum meruerunt sustinere : cui angeli et archangeli offerunt munera sempiterno et excelso Régi. Alléluia.
CHRISTUM regem adoremus dominantem gentibus. qui se manducantibus dat spiritus pinguedinem.
ADORONS le Christ roi Seigneur des nations, engraissant l'âme de qui le prend en nourriture.
- ES jours ont fui comme l'ombre ; ~ « mes os, ma chair, mon cœur «. sont desséchés comme l'herbe (c des champs, parce que j'ai ou« blié de manger mon pain. » Ainsi gémit le psaume cent unième, prière du pauvre en son angoisse devant le Seigneur i. Ce pauvre, c'est Adam, c'est le genre humain héritier de sa misère. Dieu lui avait donné sa loi pour nourriture, le pain de l'âme, le Verbe de Dîeu. Poussé par le serpent, séduit par la femme, il a touché le fruit défendu, oublié le Verbe. Justement donc il a été frappé comme l'herbe des champs ; à bon droit s'es't desséché son cœur pour avoir méconnu le fruit de vie, absorbé le poison, préféré la cendre à sa vraie nourriture.
Mais voici qu'apparaît, vrai pain des cieux, Celui dans la chair duquel il t'est loisible de retrouver le Verbe oublié. De l'abîme de ta pauvreté crie vers le ciel ; reviens à ton anI. Psalm. CI,
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cienne abondance. Mange ; car tu es membre de Celui qui a dit : « Je suis le pain vivant descendu du ciel 1. » Tu avais oublié de manger ton pain ; mais, lui crucidé, « tous les contins de la terre se ressouviendront, toutes les nations se convertiront au Seigneur 2. » Foin desséché, ta chair s reverdira sous le sang du Sauveur * ; pareille sera-t-elle à l'herbe sacrée du pré virginal couchée pour toi dans la crèche '^.
Oiseau du désert, hibou gémissant au sein de la nuit dans ta masure en ruines, ton isolement faisait le jouet des puissances ennemies. Mais le Seigneur, Dieu rédempteur, a brisé les fers des captifs. Peuples et rois, rassemblés en Sion, publient son Nom dans l'unité. C'est leur réponse à sa victoire, réponse de force et de grandeur <^. « Jérusalerai notre mière revenue cTexil, entourée de ses fils nombreux, lui répond donc dans l'unité, dit saint Augustin ; qui n'est dans l'unité ne répond pas. Lui le Seigneur est un ; l'Eglise est unité : a l'un répond seule l'unité *". » Et le Seigneur, le chef, la tête de cette unité triomphante qui renverse l'empire de la confusion dans Baoylone, répond lui-même à son Père : « Ma louange montera vers vous de la grande « assemblée. En leur présence je vous rendrai « mes vœux, j'offrirai l'hostie salutaire ; et les « pauvres mangeront, et ils seront rassasiés, et « leurs cœurs desséchés revivront à jamais s».
VI. — 6. Psaim.ci, 24. — 7. In Psalm. ci. — 8.Psalm. xxi,
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Gloire au Christ Sauveur, qui nous rend ainsi dans sa chair immolée le pain de vie et d'intelligence ^ ! Corps de Jésus, temple auguste que s'est bâti la Sagesse éternelle ! c'est de son côté -, violemment ouvert, que sort le fleuve sacré dont les flots portent le Verbe à nos bouches altérées. Visitant la terre, Jésus l'enivre ; il prépare leur nourriture aux rils des hommes. Mais la coupe qu'il présente est celle du Sacrifice, la table qu'il dresse est un autel ; car telle est la préparation de cette nourriture 3 : c'est une victime qui nous donne sa chair à manger, son sang à boire ; l'immolation est donc la préparation directe et nécessaire du banquet où elle se livre aux convives.
Mais eux-mêmes ne sont-ils pas la nourriture du Christ à cette table sacrée ? s'il donne tout ce qu'il est, n'est-ce pas pour toiit prendre à son tour en sa faim dévorante : Quels seront donc, quant à nous, les apprêts du festin, sinon ceux-là mêmes par où il passe ? Ce n'est point une victime, mais des victimes que la Sagesse immole, pour le banquet mystérieux de pain et de vin qu'elle dresse en sa maison ^. Et le message que, déjà dans la chair, elle dirige aux invités du festin des noces, ne diffère point de celui que portaient ses servantes convoquant les peuples à la citadelle et aux remparts : « Voici que j'ai pré« paré mon dîner : mes taureaux, mes grasses « victimes sont égorgées ; tout est prêt, venez « donc maintenant '°. »
I. Eccli. XV, 3. — 2. EzECH. XLVii, 2. — 3. Psalm.
LXiv, lo. — 4- Prov. IX, 2. — 5. Matth xxii, 4-
Le Mercr. dam l'Oct. du S. -Sacrement. 483
Qu'est-ce à dire, sinon que pour les membres eux-mêmes du Christ, qui sont ces victimes nombreuses engraissées de l'Esprit par avance, la vraie préparation immédiate au banquet sacré n'est autre encore que l'immolation, le Sacrifice même, la. Messe, célébrée ou suivie dans l'union la plus parfaite possible avec la grande et principale Victime ?
Chrétiens qu'un même amour, qu'une même soif du Dieu fort "' réunit autour de la table sainte, sachez donc qu'il se donnera à vous d'autant mieux et plus intimement, que ce même Sacrifice qui vous le livre aura fait de vous l'aliment substantiel et parfait de son propre amour. L'heure du Sacrifice est celle où l'Epouse, cueillant son Bien-Aimé sur l'arbre de la Croix comme un bouquet de myrrhe, le place en son sein ~ ; où, dans les délices du cellier royal, se fond en sa bouche la grappe d'Engaddi préparée sous le pressoir de l'amour "3. Mais c'est Theure aussi, pour l'Epoux, de la moisson et de la vendange ; alors que le vent du midi, l'Esprit qui préside aux Mystères, soufflant de toutes parts sur le jardin qui est l'Epouse pour en faire découler les parfums *. l'Epoux lui-même descend en son jardin pour y manger ses fruits, moissonner sa myrrhe avec ses aromates, et boire le vin dont les délices enivrantes l'ont attiré du ciel en terre » : ce vin qui est la substance même de l'Epouse liquéfiée par l'amour g, vin excellent, digne d'être
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bu par le Bien-Aimé et savouré à loisir en sa bouche divine 1.
Que l'âme donc se prépare au banquet du Bien-Aimé, par les apprêts du festin que luiihëme attend d'elle. Qu avec lui, dès le matin 2, elle se lève en cette pensée. Recueillant ses puissances, elle visitera diligemment cette terre de son cœur devenue pour Dieu, dans le saint baptême, un domaine plus vaste et plus aimé que toutes les possessions des princes d'ici-bas. Qu'elle descende au jardin ^, qu'elle veille aux suaves parfums des fleurs, à la fraîcheur des lis ^ ; qu'elle coure au champ, rassemblant ses fruits anciens et nouveaux ^ ; qu'elle voie à cette vigne tant prisée de l'Époux qu'il s'en réserve la vendange <» : qu'elle s'inquiète si les ceps ont fleuri, si les fleurs annoncent des fruits " et promettent ces grappes embaumées que l'Epoux vient cueillir ^. Qu'enfln, s'enfermant avec lui dans la maison de sa mère, la sainte Eglise, elle y reçoive au Sacrilice les leçons de l'amour ^, et, nouvelle Esther, abreuve à son tour le véritable Assuérus de ce vin généreux dans la chaleur duquel le roi lui livre sa puissance, octroie toutes ses demandes et perd ses ennemis 10,
Ivresse terrible du Dieu fort, dont les retours soudains font trembler l'enfer i* ! vin mélangé, breuvage exquis i-^, dont la compoI. Gant. VII, 9.-2. Ibid. I2. — 3. Ibid. vi,
9. Ihid. VIII, 2. — 10. EsTH. v, 4-8 ; vu, i-io. —
11, Psalm. LX.wii, 65-66. — 12. Gant, vin, 2.
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sition est le secret de l'Eglise ! C'est pour cela que l'Epouse, voulant servir au Bien-Aimé le vin qui réjouit son âme et le pain qui conforte son cœur *, le saisit et l'entraîne à la maison de sa mère 2, et s'enferme avec lui dans l'appartement le plus retiré, dans la chambre même où elle vint au jour s.
C'est là en effet, dans ce sanctuaire d'amour, que Rébecca, la mère de deux peuples ennemis ^, prépare à son Epoux les mets qu'il aime ^, et qui doivent attirer la bénédiction d'Isaac sur le fils de sa préférence. Tandis que, figure du Juif indocile et charnel qui méconnaît l'Eglise et l'esprit des promesses divines, Esaù s'attarde au dehors à la poursuite d'une proie sauvage, image fidèle de ses instincts farouches, iJacob, le fils doux et soumis, habitant paisible des tentes maternelles 6, prête son concours à la femme forte poursuivant dans la foi l'accomplissement des intentions du ciel. Revêtu par elle des vêtements d'Esaù, insigne du sacerdoce, vêtements précieux du premier-né gardés par la mère, il prend dans le troupeau et immole comme victime deux chevreaux excellents : image à la fois, nous disent les Pères, du Christ par leur douceur ", et des deux peuples juif et gentil devenus par leur réconciliation dans son sang § la nourriture de Dieu ^. Mais c'est Rébecca qui conduit Jacob,
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et, recevant de lui la victime égorgée, en fait par ses apprêts intelligents l'aliment délectable : c'est l'Eglise qui, au Sacrifice, dirigeant le Prêtre et .unifiant les peuples, prépare au Seigneur le mets qu'elle sait lui plaire i.
Déjà le symbole s'était déclaré avec une lumière non moins grande près du chêne de Mambré, sous la tente de l'humanité voyafeuse, quand, au nom de sa postérité innomrable, le père des croyants offrit aux trois hôtes divins représentant la Trinité auguste le repas plein d'enseignements profonds raconté dans les saints" Livres 2. Pénétrant le mystère de la trine Unité : « Daigne, Sei« gneur, dit-il aux trois, te reposer chez ton « esclave, et prendre ici quelque nourriture. » Et courant vers sa tente, il dit à Sara : « Pé« tris promptement trois mesures de farine, « et fais des pains cuits sous la cendre. » Epoux plein d'égards, observe saint Ambroise, il ne frustre point son épouse de la participation à l'œuvre de religion qu'il veut accomplir, mais divise toute's choses entre lui et la compagne de sa piété, type de l'Eglise. Que l'homme donc coure au" veau gras, et l'immole en figure de la Passion du Seigneur 3 : le rôle delà femme est ici encore de préparer l'homme lui-même comme aliment divin. Les trois mesures de farine signifient, en effet, la triple descendance de Noé formant les trois races dont se compose l'humanité entière ^. Elles reparaissent, avec le même
I. Gen. xxvii. — 2. Ibid. xvin, 1-9. — 3. Ambr. De
Abr. Lib. I, c. 5.— 4. Ap. EuCH. Comm. in Gen. Lib. n.
Le Mercr. dans l'Oct. du S. -Sacrement. 4^7
sens, dans l'Evangile i ; et la femme, l'Eglise, l'y retrouve aussi, pour en faire, en y mêlant se levain du froment sacré 2, l'unique pain du corps entier du Christ, devenu, par cette assimilation mutuelledu Christ et de rhomnne au banquet eucharistique, l'aliment de Dieu même et les délices de la Trinité souveraine. , . . . , •
Heureux l'homme, s'ecne saint Ambroise, que savoure et dévore en toute suavité la Sagesse divine s ! Mais ce zèle de Dieu, cette chaleur de la foi, cette ferveur de dévotion qui doivent, d'après lui, nous amollir et nous transformer dans le Christ en douce nourriture ^, à oui les demander, par conséquent, sinon à l'Eglise dont cette préparation est l'œuvre spéciale dans les Mystères sacres.'' Et cette préparation n'étant autre que le Sacrifice même pour le Chef et les membres, le chrétien qui se dispose au banquet divin peut-il avoir rien de m.ieux à faire que de se laisser docilement conduire par cette Mère des vivants dans sa Liturgie.^ Pourrait-il craindre de s'abandonner sans réserve a celle à qui le Christ lui-même s'en est remis entièrement, pour la détermination des règles qui devaient présider à l'administration du Sacrement de son amour, pour l'ordonnance, la solennité, les apprêts, l'accompagnement du Sacrifice dont la Communion est à la fois le complément et le terme glorieux? ^ La Communion, tout ce qui précède en
4. îbid.
4S8 Le Temps après la Pentecôte.
cette Cctave le démontre surtisammcnt, n'est point une œuvre de dévotion privée : la dévotion privée ne saurait disposer l'homme comme il convient à cette visite du Seigneur, dont le but est de resserrer toujours plus nos liens avec le Christ chef et tous ses membres, unifiés déjà dans l'immolation même de l'unique et universel Sacrifice à la gloire du Père. La fonction sacrée bien comprise, attentivement suivie, la marche progressive des cérémonies et formules sanctifiées, en ce qu'elles ont d'accessible aux fidèles, est seule de nature à placer complètement l'âme qui soupire vers son Dieu au grand point de vue catholique qui est celui du Seigneur. Que l'âme ne craigne point d'affaiblir ainsi le recueillement, d attiédir l'amour qu'à bon droit elle veut porter à la table sainte: elle s'y présentera d'autant plus agréable et mieux parée aux regards de l'Epoux, que l'égoïsme mconscient, l'individualisme étroit, fruits trop fréquents des méthodes particulières, seront plus sûrement bannis de son cœur à la grande école de l'Eglise et sous l'action puissante de la Liturgie.
Ainsi l'avaient compris les Apôtres et leurs disciples immédiats, fondateurs autorisés des Liturgies du premier âge; et ils ne craignirent point d'exposer au danger d'un lefroidissement la piété des nouveaux convertis, par tout cet appareil de pompes extérieures c^u'ils tendirent dès l'origine à rendre comme inséparable de la parti^cipation aux sacrés Mystères. Ainsi le pratiquèrent nos aïeux les martyrs dans le glorieux secret des catacombes, déployant en ces étroits souterrains des
Le Mercr. dans VOct. du S. -Sacrement. 48g
splendeurs que nous ne connaissons plus; comme Sixte II, le Pontife de Laurent, immolé sur la chaire où il présidait dans la majesté apostolique, entouré des ministres nombreux des fonctions saintes, ils ne craignaient point de braver jusque sous le feu de la persécution les fureurs impériales, pour sauvegarder la solennité des assemblées chrétiennes, où, dans le banquet commun du Pain des forts, se resserrait le lien des âmes et s'animait leur courage. Ainsi continua de faire et fit mieux encore l'Eglise délivrée^ dans l'or et la lumière des basiliques qui remplacèrent les cryptes des cimetières au siècle du triomphe. Les Pères de l'Eglise et ses Docteurs, tous les Saints des grands âges, ne connurent point d'autre préparation habituelle au divin Sacrement que les magnificences de la Liturgie, les pompes du Sacrifice offert avec le concours de tous et cette participation active du peuple chrétien que nous avons rapportée K Or, il ne paraît point que ce concours obligé, cette dépense extérieure, cette attention soutenue aux rites sacrés, aient gêné leur essor ou frustré le Seigneur. On ne voit nullement que leur compréhension des choses divines en ait été amoindrie, que leur sainteté en ait souffert, ou que la société, dont ils étaient les guides obéis, se soit trouvée plus qu'eux retenue par là dans un état d'enfance qui l'empêche de soutenir toute comparaison avec la nôtre. Faudrait-il croire cependant que l'Eglise eût été mieux inspirée en les rendant à eux4go Le Temps après la Pentecôte.
mêmes, en laissant dans le silence et la paix plus de loisir à leurs méditations? On n'oserait le dire. Telle n'est pas du moins encore la pensée d'où s'inspira le souffle de foi et de génie qui, dans les xiii', xiv° et xv siècles, lança dans les airs les arceaux et les voûtes de nos cathédrales pour des rites en rapport avec les proportions de ces monuments.
Mais peut-être le temps est-il venu, où, dégagée des sens par les procédés perfectionnés (ï'une ascèse trop peu connue de l'époque primitive, l'âme humaine n'aura plus besoin désormais, pour aller à Dieu, des secours extérieurs qui purent être utiles aux temps d'Augustin, de Léon le Grand, d'Hildegarde ou de saint Bernard, mais ne sont point nécessaires à la génération spiritualiste dont nous serions les" membres fortunés. Jugeons de l'arbre à son fruit i. Qu'est-il résulté de l'abandon en ce point des voies tracées par l'Eglise et suivies par nos pères?
île xvi* siècle avait vu l'enfer triompher sur les ruines fumantes des autels renversés dans l'Allemagne, l'Angleterre et les pays du Nord; le délaissement des solennités liturgiques amenait chez plus d'un fidèle, aux siècïes suivants, l'amoindrissement et l'oubli de la notion du Sacrifice même. L'auguste mystère eucharistique devait en venir à se résumer, pour plus d'une âme pieuse, dans la divine présence du Seigneur demeurant au milieu des siens pour recevoir leurs visites particulières, et descendre lui-même en eux par la
1. Luc. vt. 44.
Le Mercr. dans VOct. du S.-Sacrement. 4g i
Communion à des intervalles plus ou moins rapprochés. Mais le Christ immolé par le glaive des paroles redoutables, expiant encore les crimes des hommes, rendant au nom de tous à son Père les grands devoirs communs d'adoration et d'action de grâces, sauvant chaque jour le monde de la malédiction par les supplications enflammées de notre mère l'Eglise, devenues les siennes au grand Sacrifice : la Messe, en un mot, dit beaucoup moins au cœur de ces chrétiens fervents que l'Exposition, la Bénédiction, le Salut solennel, ou même parfois une simple visite bien privée et bien silencieuse au divin Sacrement. La Messe n'est pour eux qu'une condition préliminaire à tout le reste, ayant pour but de produire le Seigneur en sa présence réelle. Aussi, contre les règles même établies par l'Eglise, préféreront-ils de beaucoup à toute autre celle qui sera célébrée devant le Très Saint Sacrement exposé, comme mettant par avance sous leurs yeux tout ce qu'ils en attendent. Hormis ce cas, ils abandonnent volontiers la Grand'Messe au peuple chrétien, comme trop distrayante; ou bien on les voit, ne soupçonnant même pas les effets puissants de salut que produirait en eux la force incommunicable de la Liturgie, demander religieusement à de pieuses lectures des considérations qui ne dépassent jamais Ihomme qui les inspire. Le signal de la clochette annonçant l'élévation de l'Hostie salutaire n'est pour eux que le signal de la simple arrivée du Seigneur ; ils adorent, mais sans songer à s'unir à la Victime, sans s'immoler avec l'Eglise aux grandes intentions catholiques
4g 2 Le Temps après la Pentecôte.
dont le double Cycle, en sa variété, raniène chaque année l'expression fidèle. S'ils doivent communier ce jour-là, peut-être laisseront-ils alors de coté le livre pieux qui les tenait saintement occupés en leur intérieur, pour s'entretenir doucement dans les émotions plus ou moins factices qu'ils y ont puisées : jusqu'au moment où, reçus à la table sainte de l'unité, le Christ devra chercher dans la grâce lointaine de leur baptême, bien plus que dans leurs affections ou pensées du moment, cette indispensable qualité de membre de TEglise que la Communion requiert sur toutes autres et vient surtout affermir.
Est-il donc surprenant qu'en un grand nombre d'àmes, la Religion, dont la vraie base est le Sacrifice, ne repose plus bientôt que sur un sentimentalisme vague, sous l'influence duquel s'effacent toujours plus chaque jour les notions fondamentales du domaine divin, de la justice souveraine, du culte proprement dit par la réparation, le service et l'hommage, qui sont nos premiers devoirs envers la suprême Majesté ? D'où vient, chez tant de chrétiens qui se confessent et communient, cette faiblesse de la foi, cette absence totale de la notion pratique de l'Eglise, qui s'est révélée si douloureusement au cœur des Pasteurs à l'époque du Concile ? sinon de ce que le culte ayant perdu pour eux, avec les pompes de la Liturgie qu'ils ne connaissent plus, son caractère social, la Communion elle-même a perdu son vrai sens, et laisse dans leur isolement satisfait ces hommes pour qui elle n'est plus le lien d'unité, par le Christ Chef, avec le corps
Le Mercr. dans VOct. du S. -Sacrement, 4q3
entier dont ils sont devenus les membres au baptême. En dehors même de ces catholiques de nom, pour qui l'Eglise semble n'être plus déjà qu'un terme d'histoire incompris, est-il bien des âmes admises à la Communion fréquente ou de tous les jours, qui comprennent aujourd'hui cet axiome de saint Augustin : L'Eucharistie est notre pain quotidien, parce que la vertu qu'elle signifie est I'unité, santé du corps et des membres ^ ?
Reprenant, au xii® siècle, contre de nouveaux adversaires du Sacrement divin la plume deux fois déjà victorieuse des tils de saint Benoît -, Alger, moine de Cluny, exprimait cette vérité toujours la même dans un livre en tout digne de ses devanciers, et dont le caractère dogmatique excluait l'hyperbole. « Le mystère de la vraie chair du Christ au « Sacrement de l'autel, disait-il, ne profite « qu'à ceux qui, dans le même Sacrement, ft reçoivent aussi le mystère de ses mem« bres, à savoir la société du corps entier qui « est l'Eglise ; parce que, de même que la « tête est sans influence vitale, séparée du « corps, ainsi le Christ ne communique à « personne !a vie sans l'unité du corps de « l'Eglise* inséparable de son corps mystique, « le Christ n'est vraiment reçu dans'son Sa« crement qu'il ne le soit tout entier 3. »
Doctrine profonde, faisant pénétrer la grandeur du spectacle qu'offrait autrefois l'immense assemblée des hdèles, concluant la
3. De Sacram. Corp. et Sang. Dom. Lib. i, c. 3.
4y4 ^^ Temps après la Pentecôte.
solennité des rites imposants du Sacrifice par la Communion non moins solennelle de tous à la grande Victime ! Cet unanime concours des baptisés à la table sainte est loin d'une génération perdue par l'immoralité, le doute, et la peur lâche du respect humain. D'autre
Part, ceux-là mêmes de ses enfants dont assiduité fervente au banquet divin console l'Eglise de la désertion du plus grand nombre, ne peuvent toujours attendre, pour s'approcher du Sacrement auguste, l'heure trop tardive de la Messe solennelle qui les placerait mieux dans l'esprit du mystère, et répondrait davantage aux désirsde l'Eglise. Ils en sont le plus "souvent empêchés par leur santé ou d'autres considérations dont nous ne prétendons point contester la valeur ; et cette tendre Mère comprend elle-même les impossibilités qui s'opposeraient au retour quelque peu général, en ce point, de l'ancienne coutume. Ce n'est pas néanmoins sans jeter un regard de regret sur ces temps heureux, où chaque fidèle ne manquait point de participer sacramentellement au Sacrifice célébré dans l'assemblée commune i. Toutefois, et sans même leur en faire un commandement exprès, elle ne formule en ce sens d'intentions précises qu'à l'égard des ministres mêmes du Sacrifice. « Qu'ils sachent d, leur dit-elle dans le saint concile de Trente, « qu'il serait d'une convenance souveraine « qu'au moins les jours des Dimanches et des « fêtes, ils reçussent la sainte Communion « de l'autel où ils remplissent leur minisI. Sessio XXII, de sacrif. Miss. c. 6.
Le Mercr. dans VOct. du S.-Sacrement. 4g5
« tère 1. » Résumant enfin, mieux que nous ne saurions le faire et avec l'autorité même de i'Esprit-Saint, l'enseignement traditionnel que nous nous sommes efforcés de rappeler aux fidèles en ces jours, les Pères de Trente s'expriment ainsi dans la session xiii® :
« Le saint concile, de toute son affection (( paternelle, avertit, exhorte, prie et conjure « par les entrailles de la miséricorde de « notre Dieu tous ceux qui portent le nom de « chrétiens et chacun d'eux, de se réunir « enfin unanimement dans ce signe de l'unité, « dans ce lien de la charité, dans ce symbole « de la concorde. Qu'ils aient souvenir de la « souveraine majesté, de l'ineffable amour de a Jésus-Christ notre Seigneur, qui, livrant sa « précieuse vie pour prix de notre salut, nous « a donné sa chair en nourriture. Qu'ils « croient et confessent avec une telle consu tance et fermeté ces sacrés Mystères de « son Corps et de son Sang, qu'ils les hono« rent et révèrent avec tant de dévouement et « d'amour qu'ils puissent recevoir fréquemft ment ce pain au-dessus de toute substance. « Puisse-t-il être pour eux la vraie vie, la « santé perpétuelle de l'àme ! Qu"ainsi con« fortes par sa vigueur, ils passent du pèle« rinage de cette terre malheureuse à la paît trie des cieux, pour y manger sans voiles « ce même pain des Anges qui les noyrrit « ici- bas sous le voile sacré des espèces 2, »
I. Sess. ixni, de Reform. c. l3. Cf. Pontificale
Romanum.De Ordinibus conferendi?; CceremonialeEpiscoporum, II, xxxi, 5. — 2. Sessio Mil, de Euckar. c, 8.
4g6 Le Temps après la Pentecôte.
L'Eglise d'Arménie chante aujourd'hui encore, pendant la Communion, un cantique admirable qui fera dignement suite aux appels sublimes que nous adressait hier l'antique foi des Eglises de l'Irlande et des Gaules.
Chorus modiilatur hoc Canticiim.
MATER fidei, sacer cœtus Sponsorum, Et thalamus sublirais ! Domus Sponsi immorlalis Qui te exornavit in aeternum !
Tu es secundum Cœ-
lum mirabile De gloria in gloriam excelsum. Ad instar lucis nos parturis Per filiale baptisterium.
Panem istum purificantem distribuis, Das ad bibendumsanguinem tuum tremendum. Trahis ad supernum ordinem Intelllgibiliura non factum.
Venite, filii novae Sion, Accedite ad Dominum
MÈRE de la foi, o Eglise, théâtre sacré des noces mystérieuses, lit nuptial sublime, demeure de l'Epoux immortel qui t'a parée pour l'éternité !
Tu es un second Ciel admirable qui s'élève de gloire en gloire. Tu nous enfantes comme la lumière, dans le baptême où nous devenons tes fils.
Tu distribues le pain de pureté, tu donnes à boire ce sang redoutable : il est à toi ; par lui tu nous entraînes aux sphères incréées du monde des esprits.
Venez, enfants de la nouvelle Sion, approchez-vous,
Le Mercr. dans VOct. du S. -Sacrement. 4g 7
dans la sainteté, du Seigneur,
nostrum cum sanctiGoûtez et voyez combien est
tate.
doux le Seigneur notre Dieu,
Gustate sed et videte
le Dieu des vertus.
Quia suavis est Dominus Deus noster virtutum.
L'ancienne Sion divisa le
Illa divisit Jordanem,
.Jourdain, et toi la mer des
Tu mare peccatorum
péchés du monde ; elle eut Josué pour chef illustre, et
mundi ;
Illa magnum ducem hatoi Jésus consubstantiel au
buit Josue,
Père.
Tu Jesum Patri consubstantialem.
L'ancienne fut ta figure,
Antiqua figura tibi
mais ton autel est supérieur.
etiam similis,
Elle a brisé les portes de diaAltare supereminens.
mant, mais toi celles de l'enIlla confregit portas adafer sur leurs fondements termantinas,
ribles.
Tu inferni a fundamentis.
Ce pain est le corps du
Panis hic est corpus
Christ, cette coupe contient
Christi,
le sang de la nouvelle AlHic calix sanguinis novi
liance. Le mystère caché se
Testamenti.
déclare à nos âmes : en lui se
Occultum sacramentum
manifeste Dieu mênie.
nobis manifestatur, Deus in hoc a nobis videtur.
C'est ici le Christ, Dieu
Hic est Christus VerVerbe assis à la droite du
bum Deus
Père, tandis qu'immolé sous
Qui ad dexteram Patris
nos yeux, il ôte les péchés du
sedet,
monde.
Et hic sacrificatur inter
nos, ToUit peccata mundi.
Béni soit-il à jamais comme
nie qui benedictus est
, le Père et l'Esprit, maintein œternum
4g 8 Le Temps après la Pentecôte.
Una cum Pâtre et Spiritu, Nunc et magis in futurum Et sine fine semper in
saîcula.
nant et toujours plus à l'avenir, et sans fin dans les siècles !
Au moment de la Communion, le dialogue suivant s'établit dans l'Eglise syrienne entre le Frctre et le Diacre.
SAINT, Saint, Saint vous êtes, ô Seigneur, crie l'Eglise. Béni soit celui qui m'a livré son Corps et son Sang, pour que par lui j'obtienne grâce.
Le Diacre. AUeluia. Alléluia. Gloire à celui qui m'a donné son Corps et son Sang où réside la vie, pour que par lui j'obtienne grâce.
Le Prêtre. Seigneur, au jour du jugement, que vos Mystères supplient pour nous devant le tribunal redoutable et terrible.
Le Diacre. AUeluia. Alléluia. Gloire à celui dont l'E- glise s'abreuve avec ses fils, chantant sa louange.
Le Prêtre. AUeluia. AUeluia. A lui soit gloire, lui dont le Corps est notre aliment et le Sang notre breuvage pour la rémission des péchés.
SANC T u s , Sanctus, Sanctus es Domine, clamât Ecclesia, benedictus, qui tradidit mihi Corpus et Sanguinem suum, ut per ipsum veniam consequar.
Diac. AUeluia. AUeluia. Ipsi gloria, qui dédit mihi Corpus et vivum suum Sanguinem, ut per ipsum veniam consequamur.
Sac. Sanctum tuum. Domine, in die judicii pro nobis coram tremendo ac terribili tribunal! deprecetur.
Diac. AUeluia. AUeluia. Ipsi gloria, e.x quo bibit Ecclesia cum filiis ejus, et laudem décantant.
Sac. AUeluia. AUeluia. Ipsi sit gloria, cujus Corpus comedimus et Sanguinem bibimus in remissionem peccatorum.
Le Mercr. dans VOct. du S. -Sacrement. 4gg
Le Dîjcre. Quand le feu voit ce Corps, il est dans la crainte ; et voici que les hommes le portent solennellement sur leurs mains.
Le Prêtre. Alléluia. Alléluia. A lui soit gloire, lui qui jeûna et qui pria, lui qui nous enseigne à prier.
Le Diacre. C'est là le calice dont le Seigneur composa le mélange au sommet de la croix. Approchez, mortels : buvez-en pour la rémission de vos fautes.
Le Prêtre. Alléluia. Alléluia. Et gloire à celui dont s'abreuvent les brebis du Fils en s'y purifiant.
Le Diacre. Frères, prenez le Corps du Fils, crie l'E- glise, buvez son Sang avec foi et chantez-lui gloire.
Le Prêtre. Alléluia, Alléluia. Et gloire à celui dont se nourrit l'Eglise avec ses fils, lui chantant des psaumes.
Le Diacre. Je suis le pain de vie, a dit notre Seigneur ; quiconque me mangera avec foi possédera la vie.
Le Prêtre. Alléluia. Alléluia. Et gloire à celui dont nous avons pris le calice, entrant par lui en possession d'une vie nouvelle.
Le Diacre. Seigneur, que les morts qui ont mangé votre Corps et bu votre Sang,
Dijc. Dum ignis videt Corpus, ipsum timet, et en homines illud célébrant super manus suas.
Sac. Alléluia. Alléluia. Ipsi sit gloria, qui jejunavit et oravitetipse nos orare docuit.
Diac. Hic est calix, quem miscuit Dominus in vertice crucis. Accedite, mortales, bibite ex eo in remissionem debitorum.
Sac. Alléluia. Alléluia. Et ipsi gloria, ex quo bibunt oves Filii et ipso mundantur.
Diac. Fratres, sumite Corpus Filii, clamât Ecclesia, et bibite ejus Sanguinem cura fide et gloriam canite.
Sac. Alléluia. Alléluia. Et ipsi gloria, ex quo manducat Ecclesia cum fiiiis suis et psallit gloriam.
Diac. Ego sum panis vit», dixit Dominus noster, quicuraque me cum fide manducaverit, vitam possidebit.
Sac. Alléluia. Alléluia. Et ipsi gloria cujus calicem sumpsimus e: vitam novam per eum possedimus.
Diac. Defuncti, Domine, qji manducaverunt Corpus tuum tuumque
5oo Le Temps après la Pentecôte.
Sanguinem biberunt, clementiam tuam sentiant in die judicii cum exorieris.
Suscipe, Domine noster, adoratorum tuorum oblationes, et misericordia tua parce defunctis eorum.
éprouvent votre clémence au jour du jugement, quand vous paraîtrez.
Recevez, o vous notre Seigneur, les offrandes de vos adorateurs et. dans votre miséricorde, pardonnez à leurs morts.
Faisons un dernier emprunt à la Liturgie des Constitutions apostoliques (Livre viii«). La formule suivante d'Action de grâces après la Communion, manifestera l'esprit de l'Eglise et ce qu'elle attend de nous en cet instant solennel. Elle s'y montre préoccupée sur toute chose des grands intérêts de l'Epoux. Dans cette extase'de son amour, dans ce moment d'union si intime avec le Seigneur, elle s'etforce d'arracher ses his aux pensées mesquines, aux intentions trop exclusivement personnelles d'une dévotion privée hors de saison dans ces grands Actes de la vie chrétienne, qui sont le Sacritice et la Communion à la Victime universelle. A peine donc est achevée la distribution des espèces sacrées, que le Diacre s'écrie : « Sur^amus, Levonsnous ; ^) et tous, debout, s'unissent à la prière que prononce le Pontife.
DOMINE Deus omnipotens. Pater Christi tui, benedicti Filii ; exaudiior eorum qui recte invocant te, cognitor precum etiam eorum qui
SEIGNEUR Dieu tout-puissant. Père de votre Cnrist et béni Fils : exauçant qui vous invoque dans la droiture, connaissant la prière même de oui se tait : nous
Le Mercr. dans VOct. du S. -Sacrement. 5oi
vous rendons grâces de nous avoir jugés dignes d'être admis à la participation de vos saints Mystères. Vous nous les avez donnés comme l'affermissement de la foi, la garde de l'amour, la remise des péchés ; car le nom de votre Christ a été invoqué sur nous, et nous sommes devenus vos familiers.
O vous qui nous avez séparés de la communion des impies, unissez-nous à ceux qui vous sont consacrés, fixeznous dans la vérité par votre Esprit-Saint, dissipez nos ignorances, suppléez aux lacunes, confirmez les notions acquises.
Conservez les prêtres sans reproche dans votre service. Gardez les rois dans la paix, les magistrats dans la justice, les saisons dans l'équilibre, les récoltes dans l'abondance, le monde dans la main de votre toute-puissante providence. Apaisez les nations belliqueuses. Convertissez ceux qui sont dans l'erreur. Sanctifiez votre peuple ; conservez les vierges ; gardez la fidélité des époux, la force des continents ; conduisez les enfants à l'âge mûr ; affermissez les nouveaux baptisés ; instruisez les catéchumènes, rendez-les dignes de l'initiation ; et rassemblez-nous tous
tacent : gratias agimus tibi, quod nos dignos censuisti qui participaremus sancta tua mysteria, quze prasbuisti nobis ad plenam eorum quae bene cognovimus persuasionem, ad custodiam pietatis, ad remissionem delictorum ; quoniam nomen Christi tui invocatum est super nos, et tibi adjuncti sumus.
Qui segregasti nos ab impiorum communione, aduna cum iis qui tibi sunt consecrati, firma nos inveritateper Sancti Spiritus adveotum, quae ignoramus révéla, quaî deficiunt supple, quas novimus corrobora.
Sacerdotes inculpâtes conserva in cultu tuo. Reges tuere in pace ; magistratus in justitia ; aerem in temperie ; fruges in ubertate ; mundum in omnipotente providentia. Gentes bellicosas seda. Errantes converte. Populum tuura sanctifica ; virgines conserva ; conjuges custodi in fide ; castos robora ; infantes ad maturam aetatem perdue ; nuper initiatos firma ; catechumenos erudi, ac dignos initiatione redde ; nosque omnes congrega in regnum cœlorum, in
5 02 Le Temps après la Pentecôte.
Christo nostro :
Jesu Domino
Cum quo tibi gloria, honor ac veneratio, et Sancto Spiritui in saecula. Amen.
au royaume des cieux, dans le CHrist Jésus notre Seigneur :
Avec qui soit à vous et au Saint-Esprit gloire, honneur, adoration dans les siècles. Amen,
Christ roi jeigneur des nations, engraissant l'âme de qui le prend en nourriture.
Se
CHRISTUM regem adoremus dominantem gentibus, qui se manducantibusdat spiritus pinguedinem.
A radieuse Octave consacrée au triomphe du divin Sacrement termine aujourd'hui son cours; et, bien que nous ayons anticipé de trois jours entiers sur la fête elle-même, à peine avonsnous effleuré, dans ces pages, le sujet auguste proposé par l'Eglise" à nos contemplations et à notre amour: tant est grande la richesse du sacré mémorial, ineffable résumé, sommaire divin des merveilles divines ^, dernier terme ici-bas d'un amour infini 2 !
Fiancée à l'humanité dès le sein du Père, la Sagesse éternelle est venue jusqu'à l'homme en cette prison obscure où la mort, hlle du
I. Psalm. ex, 4. — 2. JoHAN. xni,
5o4 J^e Temps après la Pentecôte.
péché, l'avait fait son esclave ' ; et Tembrassant étroitement dans l'acte du Sacrifice qui donne à Dieu gloire infinie, satisfaction entière, elle consomme avec lui son alliance au banquet dont la victime sacrée qu'elle immole est l'aliment 2. D'elle à l'homme désormais la distance est comblée. Elle triomphe dans son amour ; et son désir est d'être maintenant pour qui l'a connue au saint banquet, la compagne dévouée de sa vie terrestre 3, en attendant le jour des célestes jouissances.
Ils sont rares ceux qui, comme le Bienheureux Henri Suso, comme saint Laurent Justinien, entendent pleinement l'ineffable mystère. Mais si le don céleste est multiple et divers dans son application, c'est néanmoins à la face du monde, en tête des foules^ aux pertes des villes et sur les places^, que retentit l'appel pressant des saints Livres aux plus petits des enfants des hommes : u Dis à la Sagesse. Tu es ma sœur; appelle-la ton amie '' ; choisis-la pour épouse •^. Ses voies sont belles et pures; elle sera ta joie dans ses chastes amours ". Elle t'entourera comme une robe de gloire; elle sera ta couronne d'honneur, et t^enserrera tout entier comme un sûr rempart 8. »
O homme, 6 fils d'Adam pétri du limon ^, qu'es-tu donc pour qu'on se souvienne de
6. Sap. VIII, 2. — 7. Prov. m, i3-i8. Et, ex Melitone :
Prov. V, 13-19; Eccli. ix, 9.-8 "^rov. iv 5-9; Eccli.
Le Jeudi Octave du Saint-Sacrement. 5o5
toi dans les palais des cieux i ? Désiré loi aussi des collines éternelles*^, qu'as-tu fait pour mériter ces grandeurs 3?
Ne crains pas cependant. « N'hésite point à ma faible parole », s'écrie saint Cyrille, le vengeur à Ephèse des noces divines dont l'Eucharistie est l'extension glorieuse ^ : « n'aie point égard à ma chétive personne; mais entends la grande voix, pèse l'autorité de ceux qui ont annoncé ces choses. Ce ne sont point des hommes de néant, des hérauts de carrefour, des messagers vulgaires, qui les ont publiées. Mais cette mission, le Roi des rois Ta confiée au plus illustre: Salomon, du haut de son trône, a révélé l'arcane; revêtu de la pourpre, le front ceint du diadème, il a proclamé les éternels desseins de Celui qui établit et renverse les rois. A la dignité du héraut, connais l'autorité du message ^. »
Peuple chrétien, peuple de rois 6, qu'attendent aux cieux les diadèmes et les sièges de gloire'^ c'est à toi qu'il s'adresse. Connais" aussi ta dignité. Ecoutant le héraut, comprends d'où te vient ta grandeur; sache en porter les sublimes conséquences.
« A vous donc, ô rois, dit Salomon, s'a« dresse mon discours. Princes et puissants, « prêtez l'oreille : si vous aimez les sceptres « et les trônes, connaissez la Sagesse, aimez« la d'amour pour régner à jamais*. Plus
6. Matth. XXV, 34. — 7. Apoc. iv, 4 ; v, 9-10. —
5o6 Le Temps après la Pentecôte.
« glorieuse qu'un royaume, plus riche que « les trésors, plus belle que la beauté, je l'ai « aimée plus que la vie, j'en ai fait ma lu« mière •. Ce qu'elle est, je vous le dirai; je « vous raconterai sa naissance. Je ne vous
M cacherai point les mystères divins; mais
« remontant à sa première origine, je met« trai en pleine lumière ce que Dieu m'a « donné d'en savoir, et ne dissimulerai point « la vérité -. Sans feinte je l'ai apprise, sans « envie j'en fais part 3. Comprenez donc ; « instruisez-vous à mon discours, et qu'il « vous profite * ! »
Plût au ciel qu'il nous eût été donné de remplir dignement pareil programme s, en ces jours où la Sagesse invite l'homme à sonder les excellences du Pain sacré qui fait les délices des rois ses convives 6!
Au pied de la colonne de nuée où pour nous elle réside ', l'Eglise, fondée par elle dans l'unité comme une ville puissante, rassemble aujourd'hui encore les tribus d'Israël s, la nation sainte, le peuple racheté, la race d'élite de ses fils pontifes et rois ^, pour témoigner de leur foi, pour chanter leur amour, et célébrer la paix qui demeure par elle en ses murailles, l'abondance qui règne en ses tours '0. C'étaient là ces jours d'exultation universelle autour de l'Hostie sainte, que l'Esprit découvrait dans le lointain des âges
7. Eccli XXIV, 7. — 8. P*alm. cxxi, 3-4. — 9. I Petr.
Il, 9. — 10. Psalm. cxxi, 4-8.
Le Jeudi Octave du Saint-Sacrement. 5oj
aux regards éblouis de Jésus fils de Sirach, et qui le faisaient s'écrier dans un pieux transport: « La Sagesse se louera elle-même; « elle s'honorera en Dieu, et se glorifiera au « milieu de son peuple. Elle ouvrira sa bou« che dans les assemblées du Très-Haut, et « triomphera devant ses armées. Les foules « l'exalteront; l'assemblée sainte admirera « ses attraits; la multitude des élus chantera « ses louanges, et les bénis du Père l'adore« ront dans l'amour i. »
« Bienheureux l'homme », dit-il encore et toujours au futur, « qui demeura près d'elle ! « Heureux qui médite ses voies dans son « cœur et comprend ses secrets, qui poursuit « toutes ses traces et lui tend des embûches « d'amour 2, qui plonge lavuedanssademeure « et l'entend du dehors ! Aux murs de son « palais il fixera le pieu qui soutient la tente « de son pèlerinage. Il établira ses fils sous « son ombre. Elle-même en ses délices 3 « sera pour lui le voile protecteur, et il repo« sera dans sa gloire ^. »
Maison de Dieu, maison du festin des rois^, que parfument par ses soins le baume, la myrrhe et l'encens des cieux s, meilleur que mille autres est un seul jour dans vos parvis ! i Mon âme défaille à leur pensée ''. Inquiet I jadis, solitaire sur un toit étranger s, le passereau s'est trouvé une demeure ; pour ses petits la tourterelle ne craint plus désormais.
8. Psalm. ci, 8.
5o8 Le Temps après la Pentecôte.
dans le nid d'amour où ils reposent à l'ombre de vos autels i. Dans le secret de la nuée, loin des heurts de cette terre et des conflits humains, là. dès l'aurore, la Sagesse verse en eux sa lumière et ses voluptés saintes'-. Là, chaque jour, s'organiseront les chœurs; là, à toute heure, rete'ntiront les psaumes et les chants d'allégresse, autour de l'Hostie salutaire =', de l'Agneau immolé toujours debout *, vrai Dieu vivant sur l'autel devenu son trône, vrai Dieu des dieux résidant en Sion ^.
Elle ne sera donc plus veuve désormais cette terre qui a reçu l'ineffable secret des noces divines. Joie du matin « ^ céleste ivresse où germent les vierges ^, rapides instants où la beauté qui dans la pleine lumière ravit les anges se donne sous le voile à nos âmes, vous laissez après vous mieux qu'un brillant souvenir. L'autel du Sacrifice, la maison du festin restent le trône toujours occupé, la demeure en ce monde de Celle à qui la compagnie de Dieu, dans les splendeurs des Saints, et l'amour du Seigneur de toutes choses ^ ne peuvent faire oublier les délices de son alliance avec les fils des hommes, et cet orbe des terres où dès le commencement se jouait son amour ^. Sur ce trône d'honneur, elle reçoit les hommages des puissants de ce monde qui, tenant de ses mains leurs couronnes, lui demandent à geI. Psalm. Lxxxiii, 4. — 2. Psalm. xxx, 17, 20-21. —
8. Sap. vni, 3 ; Psalm. cix, 3. — 9. Prov. vui, 3l.
Le Jeudi Octave du Saint-Sacrement. 5og
noux le conseil, l'équité, la prudence et la force 1 ; nuit et jour, elle entend la prière des petits au cœur simple qu'appelle sa voix bénie 2, qu'attirent ses charmes incomparables 3, et qui viennent près d'elle se former divinement à l'amour et remplir leurs trésors ^.
Gloire à l'Agneau dont l'immolation triomphante a fixé cette présence merveilleuse au Sacrement divin ! à lui vertu, divinité, sagesse, force, honneur, bénédiction dans les siècles ^ ! C'est par lui qu'est descendue jusqu'à nous la Sagesse éternelle ; par lui encore qu'elle demeure avec nous. A sa douce lumière s, en terminant ce jour et cette Octave, contemplons d'un œil respectueux la nature de l'ineffable permanence qui nous garde ainsi dans son intégrité le Mystère de la foi, jusqu'au dernier jour du monde.
Combien il l'emporte sur l'agneau du peuple des figures, l'Agneau di\in dont la vraie Pâque nous révéla le mystère " ! // yi'en restera rien jusqu'au matin qui ne soit consumé ^, disait Moïse touchant la victime dont la chair, une fois l'année, nourrissait Israël en la nuit de la délivrance. <r Pour moi », s'écrie aux nations représentées dans la personne du proconsul romain l'apôtre André, frère de Pierre, « j'offre chaque jour au Dieu Trèsce Haut, non la chair ou le sang des victimes « gémissantes , mais l'Agneaii sans tache
I. Prov. vni, 14-16. — 2. Ibid. ix, 4 : Marc, x, 14.
— 3. Eccli. XXIV, 26. — 4. Prov. vin, 2 i . — 3. Apoc. v, I2._ — 6. Ibid. XXI, 23. — 7. Le Temps Pasc. t. I, pag.
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« immolé sur l'autel de la Croix ; et lorsque u tout le peuple des fidèles a bu son sang, « mangé sa chair, l'Agneau sacrifié reste (( plein de vie : vraiment sacrifié , mangé u réellement, il demeure, dis-je, en son inté«^ grité. sans tache et vivant i. »
— ce Comment cela peut-il se faire ? » objecte le gentil. — « Fais-toi disciple, et tu l'apprendras », dit André. Mais à ce moment, le représentant du vieux monde païen, qui poursuivait d'office le Crucifié dans ses membres, ne devait répondre que par la violence et le dédain au dogme sublime formant la base d'une religion proscrite. L'Apôtre allait sceller dans le sang son glorieux témoignage ; mais il laissait à l'Esprit qui les lui avait inspirées - le soin de garder ses paroles pour le jour du triomphe. Par tout le monde, ses collègues de la Cène, sacrifiant leur vie pour le Christ et sa doctrine, rendaient courageusement mets pour mets au Seigneur ; ainsi lui-même, selon le conseil du Sage, assis à la table du Priyjce, avait-il considéré diligemment ce qu'on servait devant lui, dans la pensée qu'il lui fallait préparer à son tour un festin semblable ^. Nourri donc de la Croix du Seigneur au banquet de son corps, selon l'expression de saint Augustin ^, il paya noblement de retour.
Après lui, la force persévérante des martyrs, leur allégresse dans les tourments, allaient continuer de montrer la puissance du vin sacré, du pain mystérieux qui transLe Jeudi Octave du Sahit-Sacrement. 5i i
porte et affermit ainsi le cœur de rhomme '. Et le temps viendrait où la démonstration du Mystère de la foi, si grandement exprimé dans la bouche de l'Apôtre, s'imposerait au monde, non sous l'effort du raisonnement ou l'habile enchaînement de savantes déductions, mais par l'impossible et toutefois indéniable transformation de ce monde ennemi sous l'irrésistible influence du ferment divin caché dans sa masse au soir de la Cène.
Du sud au septentrion, du levant au couchant, partout, en ce présent jour, les enfants de l'Eglise se renvoient, dans leurs chants, ces paroles qui ne sont que l'écho rythmé de la voix de l'Apôtre, enfin maîtresse et dès longtemps victorieuse : « La « chair du Christ'est nourriture, et son sang « est breuvage; tout entier néanmoins il « demeure soias chacune des espèces. Sans le «( briser, le rompre ou le diviser, celui qui (( le reçoit le reçoit tout entier. Qu'un seul « ou mille le reçoivent, autant que tous a « l'unique ; il se donne sans s'épuiser. Quand « est rompue l'hostie mystérieuse, n'hésite « point ; mais souviens-toi qu'autant réside « sous le fragment, et sous la forme entière. « La substance n'est nullement divisée, c'est « le signe seul qui se brise; mais ni l'état, ni « rétendue de ce qu'il recèle n'en est a« moindri -. »
L'Eglise en effet nous enseigne que « sous « chaque espèce et sous chacune de ses parce ties est vraiment, réellement et substan« tiellement contenu le corps, le sang, l'âme
I. Psalm. cm, l5. — 2. Sequ.diei Festi.
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« et la divinité de notre Seigneur JésusV Christ, et par suite le Christ tout entier ^ d D'elles-mêmes, il est vrai, les paroles redoutables du Sacrifice, n'opérant que ce qu'elles signifient, appellent exclusivement et isolément sous la double espèce le corps et le sans; du Seigneur; mais le Christ ressuscité, v'ivant à jamais, demeure indivisible. « Le Christ sorti du tombeau ne meurt « plus, dit l'Apôtre ; mourant pour le péché, « il est mort une fois; vivant maintenant, il « vit pour Dieu ~. » Partout donc où se trouve, en vertu de la consécration, le très saint corps ou le sang rédempteur, là même, par voie de conséquence naturelle et de nécessaire concomitance, réside en son entier l'humanité sainte unie au Verbe.
Dans la crainte de ne pouvoir autrement exprimer un si profond mystère avec l'exactitude et la précision suffisantes, la Liturgie emprunte aujourd'hui les formules de l'Ecole. Elle-même nous apprend que du pain au corps, du vin au sang, la conversion s'opère de substance à substance, sans que dans ce changement merveilleux, appelé très justement" à cause de cela transsubstantiation par l'Eglise 3, soient intéressés, altérés ou détruits, les accidents ou modes des deux termes de la conversion. C'est ainsi que, privées de leur sujet ou support naturel, les espèces ou apparences du pain et du vin demeurent immédiatement soutenues par la vertu divine , produisant et recevant les mêmes impressions
1. Conc. Trid. Sess. xiil, can. i. 3.— 2. Rom. vi,
9-10. — 3. Conc. Trid. Sess. xiu, can. 3.
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qu'eût produites et reçues leur propre substance, elles sont le signe sacramentel qui, sans informer le corps du Christ ou lui prêter leurs qualités et dimensions, détermine sa présence et la maintient, tant que ces espèces ne sont pas essentiellement modifiées. De son côté, ainsi substitué à la seule substance du pain et du vin directement dans Sa propre substance, le corps du Seigneur se trouve soustrait par la formule sacrée à ces lois mystérieuses de l'étendue, dont la science humaine est si loin d'avoir pu encore pénétrer les secrets ; tout entier sous l'espèce entière, et tout entier dans chaque partie sensible, il participe en cela des substances spirituelles : ainsi l'âme de l'homme est-elle entière dans tout son corps, entière de même en tous ses membres. Tel est donc le mystère de l'état sacramentel, que, présent à nous sous les dimensions de l'hostie, et non au delà, par sa substance ainsi soustraite aux lois de l'étendue, le Christ demeure en luimême tel qu'il est au ciel. c( Le corps du Christ au Sacrement, dit saint Thomas, garde tous ses accidents par une suite nécessaire ; et ses parties demeurent ordonnées entre elles comme elles le sont dans la nature des choses, bien qu'elles ne soient point en rapport et ne puissent être comparées selon cet ordre avec l'espace extérieur i. »
La notion du Sacrifice exigeait dans l'Eucharistie cette passive apparence de la victime, comme la condition du banquet où il
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se consomme déterminait la nature spéciale des éléments sacramentels choisis par le Christ Jésus. Mais loin de nous, en mce de l'Hostie sainte, toute idée de pénible captivité, d'actuelle souffrance, de vertus laborieuses, pour l'hôte divin des espèces sacrées: sous cette mort extérieure abondent lavie, l'amour et la beauté triomphante de l'Agneau vainqueur du trépas, roi immortel des siècles.
Il réside sous la blanche hostie dans sa force et sa splendeur le plus beau des fils des hommes i, avec les admirables proportions, l'agencement harmonieux de ces membres divins formés d'une chair virginale au sein de celle qui, la plus belle des filles d'Adam, fut aussi la plus pure. \'énérons dans un saint tremblement ces pieds arrosés des larmes de Madeleine repentante, essuyés de ses cheveux -, embaumés de ses parfums par avance 3, ces pieds du Sauveur plus beaux encore que les pieds de ceux qui annoncent sa venue sur les montagnes * ; ils brillent maintenant comme l'airain dans la fournaise ardente '^. Envoyons, au delà du voile, nos pieux baisers aux mains sans tache et consacrées du grand Pontife ^, qui travaillèrent le bois dans l'atelier de Joseph et semèrent en Israël bénédictions et prodiges ; elles sont là telles que les vit l'Epouse, brillantes comme l'or, faites au tour et pleines d'hyacinthes ', avec ces enfoncements des cornes mystérieuses où sa force est cachée ^. Qui