L'Année liturgique — Le Temps après la Pentecôte (t. 10-15) (page 12)

Dom Prosper Guéranger · Vie de piété

Texte français, domaine public · Source : archive.org — L'Année liturgique t. 10-15, éd. 1911 (OCR) · 70 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

6 Jésus ! et n'êtes-vous pas venu, n'avez -vous pas opéré tous vos mystères, « afin que nous eussions la vie. et « une vie toujours plus abondante ? " Je ne puis donc pas fuir ; mais que me reste-t-il, si ce n'est de me réfugier dans l'abîme de l'humilité, de contempler ma bassesse, de considérer le foyer de péché qui réside en moi, de mesurer la distance infinie qui me sépare de vous, ô mon Rédempteur et mon Juge ? Je sais qu'alors vous compatirez a mon infirmité, que « vous direz seule« ment une parole, et mon âme sera guérie. " Ohl dites-la. Seigneur, cette parole qui raffermira mon cœur. Jusque-là, je n'oserai lever mes regards vers votre autel, et je n'envisagerai qu'avec terreur ce moment redoutable où la créature humaine se trouve unie tout à

4à Le Temps après la Pentecôte.

coup à son Créateur, aux yeux duquel rien n'est caché, et qui juge les justices mêmes.

^EPUIS le jour où votre Esprit est descendji sur nous, Seigneur, afin d'imprimer plus profondement dans nos âmes les mystères divins que vous avez opérés de votre miséricordieuse Incarnation à votre glorieuse Ascension, vous daignez m'appeler plus souvent à votre table. Je sens dès lors qu'il est juste que j« me prépare avec un soin particulier à chacune de vos visites. Je viens de renouveler ma foi en acceptant avec une ardeur toujours plus grande la vérité de votre présence au Sacrement de l'autel; à l'approche de vot*e Majesté terrible, je me suis anéanti dans une humilité sincère, en reconnaissant ma profonde indignité ; mais ces actes ne m'ont pas encore pleinement rassuré. Je suis pécheur, je vous ai offensé, je me suis révolté contre vous, j'ai tourné contre vous vos propres bienfaits, enfin j'ai causé votre mort sur la croix. L'Esprkt-Saint, depuis qu'il daigne m'instruire, m'a révélé la malice du péché ; je comprends mieux mon audace et mon ingratitude. L'ensemble de vos mystères me dévoile de plus en plus tout ce que je vous ai coûte au jour où la justice et la miséricorde se réunirent dans le Sacrifice qui sauva le monde. Plus vous multipliez sur moi vos bienfaits, Seigneur, mieux je sens la responsabilité de mes péchés, et je vous demande comme une faveur insigne et qui garantit toutes les autres, de maintenir toujours en moi l'esprit de componction et de pénitence. Je vous en offre, ô mon Dieu, l'expression, à ce moment où vous allez vous unir à moi, et je répète du fond de mon cœur la çrière du Publicain : « Seigneur, ayez pitié de moi, qui ne suis qu'un pécheur 1 »

ACTE d'amour.

MAINTENANT, Ô mon Dieu, qu'il me soit permis de songer à la félicité de l'àme à laquelle vous vous donnez dans le Sacrement de votre amour 1 Je redoute la familiarité à laquelle votre ineffable bonté pourrait exposer celui qui s'approcherait de vous en oubliant ce

La Communion.

que vous êtes; mais en même temps j'ai faim de m'unir à vous, et jusqu'à ce que vous soyez venu en moi, mon âme aspire ardemment à votre visite. La série de vos mystères a allumé en moi un feu qui s'accroît toujours, et votre divin Esprit se complaît à l'activer sans cesse. « Vos délices, « avez-vousdit, sont d'êireavec lesenfantsdes hommes » ; mais chez les enfants des hommes qui vous connaissent, votre amour n'est-il pas aussi l'aliment de leur cœur ? Afin de les maintenir dans cet amour qui est leur vie, vous vous êtes rendu présent dans l'Hostie sainte ; vous les faites vivre en vous, comme vous vivez en eux, lorsqu'ils se nourrissent de ce Pain vivant descendu du ciel. Cette <i charité qui a été répandue dans nos âmes par l'Esprit(I Saint », s'entretient. Seigneur, à votre table sacrée; c'est là qu'elle s'accroît, parce que dans le divin Sacrement que vous avez institué la veille de votre Passion, nous nous trouvons unis à vous. L'atnour tend à l'union avec l'objet aimé, et c'est pour cela que, malgré le sentiment de mon indignité, je soupire après le moment où vous allez descendre en moi. Vous avez tout fait poilr <jue je vous aime. Seigneur; vous m'avez aimé le-pre/nier : il est donc juste que mon cœur ait faim de vous. Un jour, dans le désert, vous eûtes compassion de ce peuple qui vous avait suivi : « J'ai pitié de cette foule », disiez-vous, et bientôt vous l'eûtes rassasiée. « Mon <i cœur et ma chair vous désirent». Seigneur; vous seul pouvez apaiser la faim qui me presse; car vous êtes le souverain bien, la vraie vie, et c'est pour jouir de ce bien suprême, pour vivre de cette vie céleste, que vous m'avez créé. Autrefois mon cœur était appesanti, les ténèbres m'empêchaient de percevoir la lumière ; mais depuis que vos mystères m'ont éclairé et régénéré, j'aspire à vous de toute la puissance de mon être. « Venez a donc. Seigneur Jésus, » et ne vous refusez pas plus longtemps à mon âine qui vous attend.

4^ Le Temps après la Pentecôte.

ACTE d'adoration.

VOTRE présence en moi est douce, Seig^neur ; mais, avant de m'abandonner à son charme, j'éprouve le besoin de m'anéantir devant votre souveraine Majesté. Vous êtes le grand Dieu du ciel et de la terre ; je dois vous adorer. Vous n'avez aucun besoin de moi, et vous descendez jusqu'à mon néant. Que dois-je faire tout d'abord.sinon m'abaisserdevant vous et reconnaître quevous êtes le Seigneur, le Fils unique et consubslantiel du Père, celui par qui toutes choses ont été faites, l'éternel, l'infini, et le juge suprême des vivants et des morts. Vos Séraphins qui vous contemplent sans nuage et qui goûtent à longs traits une éternelle félicité dans votre divine essence, voilent leur face de leurs ailes, nous dit le prophète ; ils tremblent devant vous, nous dit l'E- glise, et le frisson qu'ils éprouvent n'enlève rien à l'ardeur et à la tendresse de leur amour. Je veux, ô mon Dieu, suivre leur exemple, en vous offrant en ce moment le premier devoir de la créature envers son Créateur, l'adoration. Vous êtes si près de moi à cette heure bénie, que mon être renouvelé se perd, pour ainsi dire, dans le vôtre : comment ne serais-je pas accablé du poids de votre gloire 1 Je vous adore, ô éternel, infini, immense, tout-puissant, devant qui tous les êtres créés sont comme s'ils n'étaient pas. Je confesse devant vous mon néant, je reconnais votre domaine absolu sur moi, et sur tout ce que votre puissance et votre bonté ont produit dans la création. Roi des siècles, immortel et invisible dans votre essence, gloire à vous 1 Acceptez ce premier hommage d'une âme à laquelle votre amour a daigné s'unir.

UN autre hommage que je dois vous offrir, ô mon Dieu, est celui de ma reconnaissance. Souvent vous m'appelez à venir goûter le don divin que vous nous avez laissé en quittant la terre. Quel malheur pour moi si j'en venais à le moins estimer, parce qu'il m'est

La Communion. 4n

facile d'y recourir fréquemment I Préservez-moi de cetti: familiarité qui éteint la reconnaissance, qui amoindrit la foi et attiédit l'amour. Durant des milliers d'années, le genre humain a attendu le bienfait dont vous venez de me faire part. Abraham, le père des crovants, Moïse, votre ami. David, le chantre inspiré de vos mystères, ne l'ont pas reçu : et ce pain des Anges ast descendu du ciel pour moi. O bienfait inouï d'un Dieu qui s'incorpore à sa créature! Qui pourrait en mesurer la longiieui et la largeur, en app.écier la hauteur, en sonder la profondeur? Ces expressions de votre Apôtre sur le mvstère auquel je viens de participer, m'eoseignent le pri.t du merveilleux don que vous avez fait aux hommes. Avec quelle humble et vive gratitude ne doit-il donc pas être reçu ! Vous n'avez été détourné ni par mon néant, ni par la faiblesse de mes sentiments, ni par mes infidélités; soyez donc béni. Seigneur, qui, dans votre désir de vous communiquer à moi, avez franchi toutes les limites et n'avez voulu connaître aucun obstacle. Je vous rends grâces pour cette communion, pour toutes celles que vous avez daigné m'accorder dans le passé. Daignez éclairer de plus en plus mon intelligence et développer en moi le sentiment de l'amour, afin que j'aspire toujours plus ardemment à votre visite, que je sache toujours honorer, comme je le dois, votre présence en moi, et que jamais je n'ose approcher de vous par tiabitude, et sans m'étre éprouvé moi-même sur le respe'ct profond qui vous est dû.

ACTE d'amour.

JE me reposerai maintenant en vous, ô mon souverain bien, qm êtes descendu en moi afin d'apaiser par votre présence les désirs de mon cœur. Tout à l'heure j'aspirais à vous, et maintenant je me sens rassasié. Que pourrais-je désirer en ce monde? Vous posséder est le bonheur de l'éternité, et vous m'assurez. Seigneur, que celui qui se nourrit de votre chair sacrée demeure en vous et vous en lui. Bile est donc consommée, cette union à laquelle tend l'amour. Cet heur«ux moment de votre présence en moi unit votre souveraine majesté à ma bassesse ; vous vivez en moi, et je vis en

5o Le Temps après la Pentecôte.

vous. La divine charité a tout aplani, et la vie qui circule en mon être n'est plus celle du temps, mais celle de l'éternité. Je me hâte, Seigneur, d'en profiter pour vous assurer de mon amour. Ce moment où vous me visitez sera court ; bientôt il ne me restera plus que la grâce que laisse votre visite. Mais en ce moment je puis dire : « J'ai trouvé celui qu'aime mon âme. » Agréez donc. Seigneur, l'hommage de mon cœur et de toutes ses aflFections. Rendez-le fidèle et ardent à vous aimer ; car « la fin de toute la loi est dans l'amour, » et lorsque vous daignez vous incorporer à nous par le Pain dévie, votre but est d'y consolider et d'y accroître la charité. Faites, Seigneur, que je perde à votre divin contact cet amour de moi-même qui étouffe ou ralentit trop souvent celui qui vous est dij. Que mon cœur s'épure de plus en plus, que ses affections se dégagent et s'élèvent, qu'elles se concentrent dans l'unité de votre amour qui renferme tout et suffit à tout.

ACTE d'offrande.

EN vous assurant de mon amour, ô mon Dieu, je sens que votre bon plaisir doit être ma règle désormais. Je saurai que mes protestations sont vraies, si je renonce à ma volonté, pour suivre en tout la vôtre. Non seulement vous exigerez de moi que je m'éloigne du péché, mais vous voulez me voir marcher résolument dans la voie de l'humilité qui repousse l'orgueil, votre principal ennemi. Vous m'ordonnez de tenir mes sens sous le joug, dans la crainte que la faiblesse de la chair ne triomphe de l'esprit qui est prompt, mais mobile. Pour attacher plus fortement à vous l'âme qui vous est chère, vous employez souvent l'épreuve, et vous avez déclaré que quiconque aspire à vous suivre doit compter sur la croix. Vous avez averti vos disciples qu'ils eussent à se garder du monde et de ses maximes, sous peine de périr avec lui. Telles sont les conditions de votre milice, Seigneur. Renouvelé comme je viens de l'être par votre puissante visite, je m'offre à vous pour remplir tous les devoirs u'impose votre service. Assistez-moi, ô mon souverain ;oi ! Votre présence sacramentelle, qui va cesser, me laisse votre grâce plus abondante que jamais. Accroist

La Communion.

scz ma foi et ma docilité aux enseignements de votre sainte Eglise, des mains de laquelle je viens de vous recevoir. Donnez-moi d'user de ce monde comme n'en usant pas, et de vivre déjà par le désir dans le séjour où j'espère vous goiiter éternellement, sans ombre et sans voiles.

Reine du ciel, à Marie, veillez sur votre humble serviteur, que le fils béni de vos chastes entrailles a daigné nourrir de sa chair adorable qu'il a puisée en vous. Présentez-lui l'oflfrande que je lui fais de moi-même, en retour du don ineffable qu'il vient de m'accorder. Saints Anges, bénissez et secourez cet enfant de la terre qui a goûté de ce Pain dont vous vous nourrissez au ciel. Saints et Saintes de Dieu qui avez mangé ici-bas le Pain céleste du voyageur, obtenez qu'il m'accompagne jusqu'au terme du pèlerinage de cette vie, et qu'il m'introduise auprès de Celui qui continue d'être la riourriture de ses élus dans la gloire. Amen.

'EUS in adjutorium meum intende. ^( Bjî. Domi-^ ne, ad adjuvandum me festina.

Gloria Patri, et Filio, et Spiritui Sancto;

Sicut erat in principio, et nunc et semper, et in saeciila sa;culorum. Amen. Alléluia.

ant. i^y

xiT DomiDlEU I venez à mon aide !

f^. Hâtezvous , Sei -

gneur, de me secourir.

Gloire au Père , et au Fils, et au Saint-Esprit :

Comme il était au commencement , et maintenant et toujours, et dans les siècles des siècles. Amen. Alléluia.

Ant. F Seigneur a dit.

T^xiT Dominus DomiU no meo : * Sede a dextris meis.

CELUI gui est le Seigneur a dit à son Fils, mon Seigneur : Asseyez-vous à ma droite et régnej avec moi ;

De l'Office des Vêpres.

Jusqu'à ce que, an jour de votre dernier Avènement, je fasse de vos ennemis l'escabeau de vos pieds.

O Christ, le Seigneur votre Père fera sortir de Sion le sceptre de votre force : c'est

de /j que vous partirez pour dominer au milieu de vos ennemis.

La principauté éclatera en vous au jour de votre force, au milieu des splendeurs des Saints, car le Père vous a dit : Je vous ai engendré de mon sein avant l'aurore.

Le Seigneur l'a juré ; et sa parole est sans repentir : il a dit en vous parlant : Di^uHomme, vous êtes Prêtre à jamais, selon l'ordre de Melcbisédech.

O Père ! le Seigneur votre Fils est donc à votre droite : c'est lui qui, au jour de sa colère, viendra juger les rois.

Il jugera autti les nations ; il consommera la ruine du monde, et brisera contre terre la tète de plusieurs.

Il est d'abord venu dans l'humilité ; il s'est abaissé pour boire l'eau du torrent des afflictions; mais c'est pour cela même qu'un jour il élèvera la tête,

Ant. Le Seigneur a dit à mon Seigneur : Asseyezvous à ma droite.

Ant.

Donec ponam inimicos tuos : * scabellum pedum tuorum.

Virgam virtutis tuae emittel Dominus e.^ Sion : * dominare in medio inimicorum tuorum.

Tecum principium in die virtutis tuœ in splendoribus Sanctorum : * ex utero ante luciferum genui te.

Juravit Dominus , et non pcenitebit eum : * Tu es Sacerdos in a;ternura secundum ordinem Melchisedech.

Dominus a dextris tuis: * confregit in die ir« suas reges.

Judicabit in nationibus, implebit ruinas : * conquassabit capita in terra multorum.

De torrente in via bibet : * propterea exaltabit caput.

Ant. Dixit Dominus Domino meo : Sede a dextris meis.

ANT.p

54 Le Temps après la Pentecôte.

CONFITEBOR tibi, Domine, in toto corde meo : ' in concilie justorum et congregatione.

Magna opéra Domini : * exquisita in omnes voluntates ejus.

Confessio et magnificentia opus éjus : * et justitia ejus manet in sasculum saeculi.

Memoriam fecit rairabilium suorum, misericors et miserator Dominas : ' escam dédit timentibus se.

Meraor erit in sasculum testamenti sui : ' virtutem operum suorum annuntiabit populo suo.

Ut det illis haereditatem gentium : * opéra manuum ejus veritas et judicium.

Fidelia omnia mandata ejus, confirmata in sasculum saeculi : ' facta in veritate et aequitate.

Redemptionem misit populo suo : * mandavit in aeternum testamentum suum.

Sanctum et terribile Nomen ejus : * jnitium Sapientiœ timor Domini.

JE vous louerai, Seigneur, de toute la plénitude de mon cœur, dans l'assemblée des justes.

Grandes sont les œuvres du Seigneur; elles ont été concertées dans les desseins de sa Sagesse.

Elles sont dignes de louange et magnifiques ; et la justice de Dieu demeure dans les siècles des siècles. '

Le Seigneur clément et miséricordieux nous a laissé un mémorial de ses merveilles : il est le Pain de vie, et il a donné une nourriture à ceux qui le craignent.

Il se souviendra à jamais de son alliance avec les hommes ; il fera éclater aux yeux de son peuple la vertu de ses œuvres.

Il donnera à son Eglise l'héritage des nations ; tout ce qu'il fait est justice et vérité.

Ses préceptes sont immuables et garantis par la succession des siècles ; ils sont fondés sur la vérité et la justice.

Il a envoyé à son peuple un Rédempteur; il rend /:ar là son alliance éternelle.

Son Nom est saint et terrible ; le commencement de la Sagesse est de craindre le Seigneur.

De l'Office des Vêpres.

La lumière et l'intelligence sont pour celui qui agit selon cette crainte : gloire et lounnge à Dieu dans les siècles des siècles.

Ant. Fidèles sont tous ses préceptes, garantis par la succession des siècles.

A'nt. [)

ANS ses commandements.

Intellectus bonus omnibus factentibus eum : * laudatio ejus manet in saeculum sa;culi.

Ant. Fidelia omnia mandata ejus, confirraata in sKCulum saîculi.

Ant. I

N mandatis.

HEUREUX l'homme qui craint le Seigneur , et qui met tout son zèle à lui obéir.

Sa postérité sera puissante sur la terre ; la race du juste sera en bénédiction.

La gloire et la richesse sont dans sa maison, et sa justice demeure dans les siècles des siècles.

Une lumière s'est levée sur les justes au milieu des ténèbres : c'est le Seigneur, le Dieu miséricordieu.x, clément et juste.

Heureux l'homme qui fait miséricorde, qui a prêté au pauvre, qui a réglé jusqu'à ses paroles avec justice ; car il ne sera point ébranlé.

La mémoire du juste sera éternelle ; s'il entend une nouvelle fâcheuse, elle ne lui donnera point à craindre.

Son cœur est toujours prêt à espérer au Seigneur ; son cœur est en assurance : il ne

BE.iTUS vir qui timet Dominum : * in mandatis ejus volet nimis.

Potens in terra erit semen ejus : * generatio rectoruni benedicetur.

Gloria et divitiœ in domo ejus : * et jusiitia ejus manet in sasculum sœculi.

Exortum est in tenebris lumen rectis : * misericors, et miserator, et justus.

Jucundus homo , qui miseretur et commodat, disponet sermones suos in (udicio :' quia in sternum non commovebitur.

In raemoria aeterna erit justus : * ab auditione mala non timebit.

Paratum cor ejus sperare in Domino, contirmatum est cor ejus : *

non commovebltur donec despiciat inimicos suos.

Dispersit, dédit pauperibus ; justitia ejus manet in saeculum sasculi : * cornu ejus exaltabitur in gloria.

Peccator videbit , et irascetur, dentibus suis fremet et tabescet : * desiderium peccatorum peribit.

Ant. In mandatis ejus cupit nimis.

Ant.Q

IT Nomen Domini.

sera point ému et méprisera la rage de ses ennemis.

Il a répandu l'aumône avec profusion sur le pauvre : sa justice demeurera à jamais; sa force sera élevée en gloire.

Le pécheur le verra, et il entrera en fureur : il grincera des dents et séchera dt colère ; mais les désirs du pécheur périront.

Ant. Dans ses commandements le juste met tout son zèle.

Ant.Q

OIT le Nom du Seigneur.

LAUDATE, pueri, Dominum : * laudate Nomen Domini.

Sit Nomen Domini benedictum :* ex hoc nunc, et usque in s«culum.

A solis ortu usque ad occasum : * laudabile Nomen Domini.

Excelsus super omnes gentes Dominus : * et super coelos gloria ejus.

Quis sicut Dominus Deus noster qui in altis habitat ; * et humilia respicit in cœlo et in terra ?

SERVITEURS du Seigneur, faites entendre ses louanges : célébrez le Nom du Seigneur.

Que le Nom du Seigneur soit béni, aujourd'hui et jusque dans l'éternité.

De l'aurore au couchant, le Nom du Seigneur doit être à jamais célébré.

Le Seigneur est élevé audessus de toutes les nations ; sa gloire est par delà les cieux.

Qui est semblable au Seigneur notre Dieu, dont la demeure est dans les hauteurs ? C'est de là qu'il abaisse ses regards sur les choses les plus humbles dans le ciel et sur la terre.

De l'Office des Vêpres

Il soulève de terre l'indigent, élève le pauvre de dessus le fumier où tl languissait.

Pour le placer avec les princes, avec les princes mêmes de son peuple.

C'est lui qui fait habiter pleine de joie dans sa maison celle qui auparavant fut stérile, et maintenant est mère de nombreux enfants.

Ant. Soit le Nom du Seigneur béni dans les siècles!

Suscitans a terra inopem * et de stercore erigens pauperem.

Ut collocet eum cum principibus . * cura principibus populi sui

Qui habitare facit sterilem in domo ' matrem tîliorum Ixtantem

Ant Sit Nomen Domini benedictum in saecula.

Ant,

os qui vjvimus

OUAND Israël sortit d'E- gypte, et la maison de Jacob du milieu d'un peuple barbare,

La maison juive fut consacrée à Dieu, Israël fut son domaine.

La mer le vit et s'enfuit ; le Jourdain remonta vers sa source.

Les montagnes sautèrent comme des béliers, et les collines comme des agneaux.

O mer, pourquoi fuyais-tu ? Et toi, Jourdain, pourquoi remontais-tu vers ta source .•"

Montagnes, pourquoi, sautiez-vous comme des béliers ? Et vous, collines, comme des agneaux ?

1 N exitu Israël de iEgyp* to • * doraus Jacob de populo barbaro .

Facta est Judjea sanctificatio ejus * Israël potestas ejus

Mare vidit, et fugit ' Jordanis conversus est retrorsum.

Montes exsultaverunt ut arietes : * et colles sicut agni ovium

Quid est tibi, mare, quod fugisti : * et tu, Jordanis, quia conversus es retrorsum ?

Montes e.xsultastis sicut arietes : * et colles, sicut agni ovium ?

58 Le Temps après la Pentecôte.

A facie Domini mota est terra : * a facie Dei Jacob.

Qui convertit petram in stagna aquarum : * et rupem in fontes aquarum.

Non nobis. Domine, non nobis : * sed Nomini tuo da gloriam.

Super misericordia tua, et veritate tua : * nequando dicant gentes : Ubi est Deus eorum ?

Deus autem noster in cœlo : ' omnia quaecumque voluit fecit.

Simulacra gentium argentum et aurum : * opéra manuum hominum.

Os habent, et non loquentur : * oculos habent, et non videbunt.

Aures habent, et non audient : * nares habent, et non odorabunt.

Manus habent, et non palpabunt; pedes habent et non ambulabunt : * non clamabunt in gutture suo.

Similes illis fiant qui faciunt ea : * et omnes qui confidunt in eis.

Domus Israël speravit in Domino : ' adjutor eorum, et protector eorum est.

Domus Aaron speravit in Domino : * adjutor

A la face du Seigneur, la terre a tremb.lé : à la face du Dieu de Jacob,

Qui changea la pierre en torrents, et la roche en fontaines.

Non pas à nous. Seigneur, non pas à nous, mais à votre Nom donnez la gloire,

A cause de votre miséricorde et de votre vérité : de peur que les nations ne disent : Où est leur Dieu ?

Notre Dieu est au ciel : il a fait tout ce qu'il a voulu.

Les idoles des nations ne sont que de l'or et de l'argent, et l'ouvrage des mains des hommes.

Elles ont une bouche, et ne parlent point ; des yeux, et ne voient point.

Elles ont des oreilles, et n'entendent point; des narines, et ne sentent point.

Elles ont des mains, et ne peuvent rien toucher ; des pieds, et ne marchent point: un gosier, et ne peuvent se faire entendre.

Que ceux qui les font leur deviennent semblables, avec tous ceux qui mettent en elles leur confiance.

La maison d'Israël a espéré dans le Seigneur : il est leur appui et leur protecteur.

La maison d'Aaron a espéré dans le Seigneur : il est

De l'Office des Vêpres.

leur appui et leur protecteur.

Ceux qui craignent le Seigneur ont espéré en lui : il est leur appui et leur protecteur.

Le Seigneur s'est souvenu de nous, et il nous a bénis.

Il a béni la maison d'Israël ; il a béni la maison d'Aaron.

Il a béni tous ceux qui craignent le Seigneur, grands et petits.

Que le Seigneur ajoute encore à ses dons sur vous, sur vous et sur vos enfants.

Bénis soyez-vous du Seigneur, qui a fait le ciel et la terre !

Au Seigneur, les hauteurs du ciel ; la terre est aux hommes par sa largesse.

Ce ne sont pas les morts qui vous loueront, ô Seigneur ! ni tous ceux qui descendent dans la demeure souterraine des limbes :

Mais nous qui vivons, nous bénissons le Seigneur, aujourd'hui et à jamais.

Ant. Nous qui vivons, nous bénissons le Seigneur.

eorum, et protector eorum est.

Qui timent Dominum, speraverunt in Domino : ■ adjutor eorum, et protector eorum est.

Dominus memor fuit nostri : * et benedixit nobis.

Benedixit domui Israël : * benedixit domui Aaron.

Benedixit omnibus qui timent Dominum : * pusillis cum majoribus.

Adjiciat Dominus super vos : * super vos, et super fîlios vestros.

Benedicti vos a Domino : * qui fecit cœlum terram.

Coelum coeli Domino : * terram autem dédit filiis hominum.

Non mortui laudabunt te, Domine : * neque omnes qui descendunt in infernum.

Sed nos qui vivimus, benediciraus Domino : * ex hoc nunc et usque in sasculum.

Ant. Nos qui vivimus, benedicimus Domino.

soit Dieu et le Père de notre Seigneur JésusChrist, le Père des miséricordes et le Dieu de toute

BENEDICTUS Deus et Pater Domini nostri Jesu Christi. Pater misericordiarum et Deus

6o Le Temps après la Pentecôte.

totius consolationis, qui consolatur nos in omni tribulatione nostra. ^. Deo gratias.

consolation, qui nous console dans toutes nos tribulations.

fi|. Rendons grâces à Dieu.

Lucis Creator optime, Lucem dierum proferens : Primordiis lucis novae, Mundi parans originem.

Qui mane junctum vesDiem vocari praecipis : lUabitur tetrum chaos, Audi preces cum fletibus.

Ne mens gravata crimine, Vitœ sit exsul munere : Dum nil perenne cogitât, Seseque culpis illigat.

Coeleste pulset ostium,

Vitale tollat praernium :

Vitemus omne noxium,

Purgemus omne pessimum.

Praesta, Pater piissime, Patrique compar Unice,

DIEU bon, créateur de la lumière, qui avez produit le flambeau des jours, vous avez préludé à l'origine de ce monde en produisant, au premier jour, cette lumière qui jusqu'alors n'avait pas brillé.

O vous, qui nous apprenez à donner le nom de jour à l'espace qui s'étend du matin jusqu'au soir, un noir chaos menace encore de nous envelopper : écoutez nos prières, et voyez nos larmes.

Que notre âme appesantie par le péché ne demeure pas exilée de cette vie immortelle que vous lui avez préparée, cette âme si làohe quand il faut penser à l'éternité, si prompte à tomber dans les liens du péché.

Qu'elle frappe enfin aux portes des cieux ; qu'elle enlève le prix de la vie ; qu'elle évite tout ce qui peut lui nuire ; qu'elle se purifie de toute iniquité.

Faites-nous cette grâce, ô Père très miséricordieux, et vous, o Fils unique, égal

De l'Office des Vêpres.

6i

au Père, qui, avec l'Esprit consolateur, régnez dans tous les siècles. Amen.

j^ Que ma prière s'élève ▼ers vous. Seigneur!

Vf. Comme 1 encens monte en votre présence.

MON âme glorifie le Seigneur ; Et mon esprit tressaille en Dïeu mon Sauveur ;

Car il a regardé la bassesse de sa servante ; et pour cela, toutes les nations m'appelleront Bienheureuse.

Il a fait en moi de grandes choses, celui qui est puissant et de qui le Nom est saint ;

Et sa miséricorde s'étend, de génération en génération, sur ceux qui le craignent.

Il a opéré puissamment par son bras, et dispersé ceux qui suivaient les orgueilleuses pensées de leur cœur.

Il a mis à bas de leur trône les puissants, et il a -levé les humbles.

Il a rempli de biens ceux qui avaient faim, et renvoyé vides ceux qui étaient riches.

Il a reçu en sa protection Israël son serviteur, se souvenant de la miséricordieuse promesse

Cum Spiritu Paraclito Regnans per omne sxcuhim. Amen.

f. Dirigaïur, Domine, oratio mea,

^. Sicut incensum in conspectu tuo.

IlilAGNiFlCAT : * anima i'I mea Dominum ;

Et exsultavit spiritus meas ; ' in Deo Salutari meo.

Quia respexit humilitatem ancillas suae : * ecce enim ex Jioc beatam me dicent omnes generationes.

Quia fecit mihi magna qui potens est : * et sanctum Nomen ejus.

Et misericordia ejus a progenie in progenies : * timentibus eum.

FeciP potentiam in brachio suo : * dispersit superbos mente cordis sui.

Deposuit potentes de sede : * et exaltavit humiles.

Esurientes implevit bonis : * et diviles dimisit inanes.

Suscepit Israël puerum suum : * recordatus misericordiae suae.

02 Le Ternps après la Pentecôte.

Sicut locutus est ad patres nostros : * Abraham et setnini ejus in sœcula.

Qu'il fit autrefois à nos pères, à Abraham et à sa postérité pour jamais.

L'Antienne et l'Oraison se trouvent leur lieu, aux divers Dimanches.

"■ D Domino.

r1. Deo gratias.

f. Fidelium animât per misericordiam Dei requiescant in pace.

fi|. Amen.

^ D ÉNISSONS le SeiD gneur.

]ç. Rendons grâces à Dieu.

f. Que les âmes des fidèles, par la miséricorde de Dieu, reposent en paix.

Tf. Amen.

ON Père, veuillez me bénir.

TION. Que le Dieu tout-puissant nous accorde une nuit tranquille et une fin heureuse. H. Amen.

ne , benedicere.

Noctem quietam, et finem perfectum concédât nobis Dominas omnipotens. Vf. Amen.

MES Frères, soyez sobres et vigilants ; car votre adversaire le diable tourne autour de vous comme un lion rugissant, cherchant qui il pourra dévorer; résistezlui, étant forts dans la foi. Mais vous, Seigneur, ayez pitié de nous!

19. Rendons grâces à Dieu.

f. Tout notre secours est f. Adjutorium nosdans le Nom du Seigneur. trum in Nomine Domini,

FRATRES : Sobrii estote, et vigilate : quia adversarius vester diabolus, taraquam leo rugiens circuit qujerens quem devoret : ciii resistite fortes in fide. Tu autem. Domine, miserere nobis.

tf. Deo gratias.

L4 Le Temps après la Pentecôte.

I^. Qui fecit coelum et terram.

fi|. C'est lui qui ciel et la terre.

a fait le

On récite ensuite l'Oraison Dominicale en silence ; puis le Prêtre dit le Confiteor, et le choeur le répète après lui.

L-«Deus, Salutaris noster.

Rj. Etaverte iram tuatn a nobis.

f. Deus, in adjutorium meum intende.

fî!. Domine, ad adjuvandum me festina.

Gloria Patri, etc.

"■ V.> ô Dieu, notre Sauveur !

^. Et détournez votre colère de dessus nous.

f. O Dieu ! venez à mon aide.

B). Seigneur, hâtez-vous de me secourir.

Gloire au Père, etc.

Ant.

YEZ pitie.

CUM mvocarem exaudivit me Deus justitiae meae ; * in tribulatione dilatastl mihi.

Miserere mei ; * et exaudi orationem meam.

Filii hominura, usquequo gravi corde ? ' ut quid diligitis vanitatem, et quaerttis mendacium ?

Et scitote quoniam mirificavit Dominus sanctura suum : * Dominus exaudiet me cum clamavero ad eum.

Irascimini, et nolite peccare : * quae dicitis in cordibus vestris, in eubiAU milieu de ma prière, le Dieu de ma justice m'a exaucé ; vous m'avez mis au large, quand j'étais dans l'affliction.

Ayez pitié de moi, et exaucez ma prière.

Enfants des hommes, jusques à quand aurez-vous le cœur appesanti^ aimerezvoug la vanité, et €h«reherezvous le mensonge ?

Sachez que le Seigneur a rendu admirable celiM qui lui est consacré ; le Seigneur m'exaucera quand je crierai vers lui.

Si vous vous irritez, faitesle sans pécher ; repasser avec componction, dans le

De l'Office de Compiles.

repos de votre couche, les pensées de vos cœurs.

Offrez un sacrifice de justice, et espérez au Seigneur. Il en est plusieurs qui disent : Qui nous montrera le bonheur que nous cherchons?

La Lumière de votre visage, votre Verbe, Seigneur, a daigné luire sur nous : c'est vous qui donnez la joie à mon coeur.

Pour eux, leur richesse est dans'l'abondance du vin, de l'huile et du froment :

Mais moi je dormirai et me reposerai dans la pai.x ;

Parce que vous seul, Seifneur, m'avez affermi dans espérance.

EN vous, Seigneur, j'ai mis mon espérance ; que je ne «ois pas confondu : sauvezmoi dans votre justice.

Inclinez votre oreille vers moi, hâtez-vous de me délivrer.

Soyez-moi un Dieu protecteur et une maison de refuge, pour me sauver.

Car vous êtes ma force et mon refuge, et vous me conduirez, vous me nourrirez, à cause de votre Nom.

Vous me tirerez du piège qu'on m'a tendu en secret ; car vous êtes mon protecteur.

libus vestris compungimini.

Sacrificate sacrificium justitioe, et sperate in Domino : * multi dicunt. Quis ostendit nobis bona ?

Signatum est super nos lumen vultus tui, Domine : ' dedisti la;titiam in corde meo.

A fructu frumenti, vini et olei sui : * multiplicati sunt

In pace in idipsum : * dormiam et requiescam.

Quoniam tu, Domine, singulariter in spe : * constituisti me.

IN te. Domine, speravi, non confundar in aîternum : ' in justitia tua libéra me.

Inclina ad me aurem tuam : * accéléra ut eruas me.

Esto mihi in Deum protectorem, et in domum refugii : * ut salvum me facias.

Quoniam fortitudo mea, et refugium meum es tu : * et propter Nomen tuum deduces me, et enutries me.

Educes me de laqueo hoc, quem absconderunt mihi : ' quoniam tu es protector meus.

LK TEMIS APRES La PfcNTECÔTE. — f. H.

56 Le Temps après la Pentecôte.

In manus tuas commendo spiritum meum : ' redemisti me, Domine, Deus veritatis.

Je remets moa esprit entre vos mains : c'est vous qui m'avez racheté. Seigneur, Dieu de vérité !

QUI habitat in adjutorio Altissimi : " in protectione Dei coeli commorabitur.

Dicet Domino : Susceptor meus es tu, et refugium meum : * Deus meus, sperabo in eum :

Quoniam ipse liberavit me de laqueo venantium : * et a verbo aspero.

Scapulis suis obumbrabit tibi : ' et sub pennis ejus sperabis.

Scuto circumdabit te Veritas ejus : * non timebis a timoré nocturne.

A sagitta volante in die, a negotio perarabulante in tenebris : * ab incursu, et daemonio meridiano.

Cadent a latere tuo mille, et decem millia a dextris tuis : ' ad te autem non appropinquabit.

Verumtamen oculis tuis considerabis : * et retributionem peccatorum videbis.

Quoniam tu es, Domine, spes mea : * Altissimum posuisti refugium tuum.

CELUI qui habite dans l'asile du Très-Haut demeurera sous la protection du Dieu du ciel.

Il dira au Seigneur : Vous êtes mon protecteur et mon refuge 1 II est mon Dieu, j'espérerai en lui.

Car c'est lui qui m'a délivré du filet des chasseurs, et des paroles fâcheuses.

Le Seigneur te couvrira de son ombre ; tu seras dans l'espérance sous ses ailes.

Sa vérité sera ton bouclier : tu ne craindras ni les alarmes de la nuit,

Ni la flèche qui vole au milieu du jour, ni la contagion qui se glisse dans les ténèbres, ni les attaques du démon du Midi.

Mille tomberont à ta gauche, et dix mille à ta droite; mais la mort n'approchera pas de toi.

Cependant tu jetteras les. yeux autour de toi, et tu contempleras le sort de l'impie.

Parce que tu as dit : « Seigneur, vous êtes mon espérance, » parce que tu asplacé ton refuge dans le "TrèsHaut ;

De VOffice de Compiles.

Le. mal n'approchera pas de toi, et les fléaux s'éloigneront de ta tente ;

Car le Seigneur a commandé à ses Anges de te garder en toutes tes voies.

Ils te porteront sur leurs mains, dans la crainte que tu ne heurtes ton pied contre la pierre.

Tu marcheras sur l'aspic et le basilic, et tu fouleras aux pieds le lion et le dragon.

Dieu dira de loi : Parce qu'il a espéré en moi, je le délivrerai ; je le protégerai, parce qu'il a connu mon Nom.

Il criera vers moi, et je l'exaucerai : je suis avec lui dans la tribulalion ; je l'en retirerai et le glorifierai.

Je le. rassasierai de longs jours, et je lui montrerai le Sauveur que je lui ai préparé.

BÉNISSEZ maintenant le Seigneur, vous tous qui le servez.

Vous qui êtes dans la maison du Seigneur, sous les portiques de la maison de notre Dieu,

Elevez vos mains durant les nuits vers le Sanctuaire, et bénissez le Seigneur.

Non accedet ad te malum : * et flagellum non appropinquabit tabernaculo tuo.

Quoniam Angelis suis mandavit de te : * ul custodiant te in omnibus viis tuis.

In manibus portabunt te : * ne forte otfendas ad lapidem pedem tuum.

Super aspidem et basiliscum ambulabis : * et conculcabis leonem et draconem.

Quoniam in me speravit, liberabo eum : * protegam eum, quoniam cognovit Nomen meum.

Clamabit ad me, et ego exaudiam eum : * eum ipso sum in tribulatione, eripiam eum, et glorificabo eum.

Longitudine dierum replebo eum : * et ostendam illi Salutare meum.

ECCE nunc benedicite Dominum : * omnes servi Domini.

Qui statis in domo Domini : * in atriis domus Dei nostri.

In noctibus extollite manus vestras in Sancta : 'et benedicite Dominum.

Benedicat te Dominus ex Sion : ' qui fecit coelum et terram.

Ant. Miserere mihi, Domine, et exaudi orationem meam.

Dites à Israël : Que le Seigneur te|bénisse de Sion, le Seigneur qui a fait le ciel et la terre.

Ant. Ayez pitié de moi, Seigneur, et exaucez' ma prière.

TE Incisante terminum, Rerum Creator, poscimus Ut pro tua clementia, Sis praesul et custodia.

Procul recédant somnia. Et noctiumphantasmata; Hostemque nostrum

comprime, Ne poUuantur corpora.

Prassta, Pater piissime, Patrique compar Unice, Cum Spiritu Paraclito Regnans per omne sasculum. Amen.

VVANT que 'a lumière disparaisse, nous vous supplions, ô Créateur de toutes choses, d'être dans votre clémence notre protecteur et notre gardien.

Que les songes et les fantômes de la nuit s'enfuient loin de nous. Comprimez notre ennemi ; qu'il ne profane pas nos corps.

Faites-nous cette grâce, ô Père très miséricordieux, et vous, ô Fils unique, égal au Père, vous qui, avec l'Esprit consolateur, régnez dans tous les siècles. Amen.

CAPITULE. (Jerem, xiv.)

Tu autem in nobis es, Domine, et Nomen sanctum tuum invocatum est super nos : ne derelinquas nos, Domine Deus noster.

9. In manus tuas. Domine : * Commendo spiVOUS êtes en nous, Seigneur ! et votre saint Nom a été invoqué sur nous : ne nous abandonnez pas, Seineur notre Dieu !

^. Entre vos mains, Seigneur, * Je remets mon esDe l'Office de Compiles.

6g

prit. On répète : Entre vos mains. Seigneur, etc.

f. Vous nous avez rachetés. Seigneur Dieu de vérité. On répète: * Je remets, etc.

Gloire au Père, etc. Entre vos mains, etc

f. Gardez-nous, Seigneur, comme la prunelle de l'œil.

^. Protégez-nous à l'ombre de vos ailes.

Ant.

In

manus

ritum meum. tuas.

f. Redemisti nos, Domine Deus veritatis. * Commendo.

Gloria. In manus tuas.

f. Custodi nos, Domine, ut pupillam oculi.

^r. Sub uribra alarum tuarum protège nos.

Ant. S'

C'est maintenant , Seigneur, que vous laisserez aller en paix votre serviteur, selon votre parole;

Parce que mes yeux ont vu le Sauveur,

Que vous avez destiné à être exposé aux regards de tous les peuples :

Pour être la lumière qui éclairera les nations, et la gloire de votre peuple d'Israël.

.Ant. Sauvez-nous, Seigneur, durant la veille ; gardez-nous durant le sommeil : afin que nous puissions veiller avec Jésus-Christ, et que nous reposions dans la paix.

NUNC dimittis servum tuum, Domine : * secundum verbum tuum in pace.

Quia viderunt oculi mei : * Salutare tuum.

Quod parasti : * ante faciem omnium populorum.

Lumen ad revelationem Gentium : * et gloriam plebis tuae Israël.

Ant. Salva nos. Domine, vigilantes ; custodi nos dormientes : ut vigilemus cum Christo, et requiescàmus in pace.

VsiTEZ , s'il vous plaît , Seigneur, cette maison, et éloignez-en toutes les embûches de l'ennemi ; que vos

VISITA, quaîsumus Domine, habitationem istam, et omnes insidias '"jraici ab ea longe re?o Le Temps après la Pentecôte

pelle • Angeli tui sancti habitent in ea, qui nos in pace custodiant : et benedictio tua sit super nos semper. Per Dominum nostrum Jesum Christura Filium tuum, qui tecum vivit et régnât in unitateSpiritus Sancti Deus, per omnia saecula saeculorum. Amen. T? Dominus vobiscum ,

^. Et cum spiritu tuo.

j^. Benedicamus Domino.

B. Dec gratias.

Éenedicat et custodiat nos omnipotens et misericors Dominus, Pater, et Filius, et Spiritus Sanctus

^. Amen

saints Anges y habitent, qu'ils nous y gardent dans la paix, et que votre bénédiction demeure toujours sur nous. Par Jésus-Christ votre Fils, notre Seigneur, qui, étant Dieu, vit et règne avec vous, en l'unité du Saint-Esprit, dans tous les siècles des siècles Amen

f. Le Seigneur soit avec vous ,

^. Et avec votre esprit. f. Bénissons le Seigneur.

^f. Rendons grâces à Dieu.

Le Seigneur tout-puissant et miséricordieux. Père, Filt et Saint-Esprit, nous bénisse et nous conserve 1

^. Amen.

SALVE, Regina, mater misericordiae.

Vita, dulcedo et spes nostra, salve

Ad te clamamus, exsuies filii Evjç.

Ad te suspiraraus, gementes et flentes in hac lacrymarum valle.

Eia ergo, advocata nostra, illos tuos miséricordes oculos ad nos converte ,

Et Jesum, benedictum fructum ventris lui, nobis post hoc exsilium ostende :

SALUT, ô Reine, Mère de miséricorde.

Notre vie , nos délices , notre espérance, salut !

Exilés, enfants d'Eve, nous crions vers vous ;

Vers vous nous soupirons, gémissants et pleurants au tond de cette vallée de larmes

Sus donc, ô notre avocate, tournez vers nous vos yeux compatissants ;

Et montrez-nous , après cet exil, Jésus, le fruit béni de votre sein

De l Office de Compiles. 7 /

0 dulcis Virgo Maria.

f. Sainte Mère de Dieu,

t. Ora pro nobis.

priez pour nous;

sancta Dei Genitrix;

^. Afin que nous devenions

i^. Ut digni efficiamur

dignes des promesses du

promissionibus Christi.

Christ.

p^iEO tout-puissant et éterU nel, qui, par la coopération du Saint-Esprit, avez

f^ MNiPOTENs sempi\J terne Deus, qui gloriosae Virginis matris

préparé le corps et l'àme de la glorieuse Vierge Marie,

Maria; corpus etanimam,

ut dignum Filii tui haafin qu'elle devint le digne

bitaculum effici merereséjour de votre Fils ; daignez,

tur, Spiritu Sancto coopar sa miséricordieuse interpérante, prasparasti : da

cession, nous accorder, à

ut cujuscommemoratione

nous qui fêtons joyeusement

lœtamur, ejus pia intersa mémoire, d'être affranchis

cessione ab instantibus

des maux qui nous assiègent

malis et a morte perpéet délivrés de la mort étertua liberemur. Per eumnelle. Par le même Jésusdem Christum Dominum

Christ notre Seigneur.

nostrum. Amen.

Amen.

f. Le secours divin def. Divinura auxilium

meure toujours sur nous !

maneat semper nobiscum.

^. Amen.

^. Amen.

Wt

'■^fê^/^i r.'MW^.

A saison liturgique à laquelle préside l'Esprit de sanctification s'est ouverte dans la splendeur d'une lumière toute nouvelle pour l'Eglise et pour l'âme chrétienne. Sous le bandeau protecteur de la foi, l'œil débile de notre mtelligence a pénétré les profondeurs de Dieu ^ ; au sein des éternelles relations (^ui constituent la Trinité sainte, il a su distinguer les rapports sublimes qui rattachent l'homme, sorti du néant, à chacune des autustes personnes. L'homme a connu au saint anquet la Sagesse éternelle; le mystère du monde s'est dénoué pour lui dans l'ineffable secret de l'amour et des noces divines. Source de vie, organe de la louange, lieu de rencontre merveilleux des deux "amours de Dieu pour l'homme et de l'homme pour Dieu,

74 -^c Temps après la Pentecôte.

le Cœur sacré du Sauveur est apparu pour redire à son tour et parfaire dans son unité ces féconds enseignements. L'ordre surnaturel dans sa plénitude rayonne maintenant de tout son éclat sur le monde.

Tels sont les débuts du divin Paraclet. L'Emmanuel lui-même, dans les années de son radieux passage, avait moins profondément illuminé la terre. Et pourtant l'Emmanuel était la lumière i; et l'Esprit, loin de promulguer des dogmes nouveaux, ne fait ici

aue rappeler au monde 2 les enseignements e celui qui reste à jamais le vrai Maître et docteur de son Eglise 3. Comment donc la lumière est-elle devenue soudain plus brillante au lendemain du départ de notre Emmanuel ? Comment l'Esprit, qui ne devait pas parler de lui-même^, élargit-il ainsi dès sa venue les horizons célestes ? Entendons le mystère.

Sans parler de lui-même, l'Esprit enseigne divinement ^. C'est du Verbe qu'il reçoit ce qu'il dit à la terre ^ ; il l'écoute, et il parle des mêmes choses à son tour'', mais d'une manière qui n'appartient qu'à lui.

Le Verbe éternel est la parole unique dont les multiples échos remplissent dès le commencement l'univers, l'enseignement divin que le jour transmet au jour et que la miit raconte à la nuit ^ ; mais trop souvent cette voix puissante de la Sagesse s, qui se joue au fond

8. Psalm. xviii, 3. — 9. Sap. xviii, i5.

Propre dit Temps. y 5

des abimes comme dans les deux i, retentit incomprise. La lumière luit dans les ténèbres, et les ténèbres n'en sont point dissipées - : témoin l'ombre toujours croissante de ces jours de l'attente que l'Eglise, au temps de l'Avent, remettait sous nos yeux, et ce long égarement où l'homme déchu, faussant sa raison même, tournait contre Dieu la lumière de son Verbe ^. Bientôt nous le vîmes ce Verbe divin, après avoir ainsi marqué vainement de son empreinte resplendissante la série des siècles *, converser sur terre avec les hommes comme l'un d'entre eux &, et traduire en son entier sous des mots humains ^ le céleste message de lumière et de vérité qu'il apportait au monde. L'oreille de chair des fils d'Adam a entendu, leurs yeux ont vu, leurs mains ont touché la parole" de vie ", le Verbe fait chair 8. Et néanmoins ceux-là même qui l'ont approché de plus près, les ministres prédestinés de la parole ^, ses messagers et ses témoins pour les nations lo^ n'ont alors rien pénétré de la lumière du royaume de Dieu qui brillait si directement sur eux'i ; pour ces futurs semeurs du Verbe dans les âmes ^^, l'Emmanuel était toujours le Dieu caché ^3, le Verbe incompris '^. Aussi s'en plaignait-il amoureusement dans les touchants adieux du soir de la Cène '^ \ Mais sa plainte était moins

10. — 12. Ibid. II. — i3. IsAi. XLV, i5. — 14. Luc.

"jd Le Temps après la Pentecôte.

encore un reproche aux siens, qu'une prière instante à son Père ' sollicitant l'envoi de l'Esprit créateur '- qui pouvait seul transformer leur faiblesse native, et remplir, comme le chante l'Eglise ^ , les entrailles mêmes des croyants de la chaleur du Verbe.

Car c'est là le secret victorieux, l'incomparable mode d'enseignement de l'Esprit d'amour. Si universel et si éclatant que se fût manifesté dans tous les âges le rayonnement du Verbe sur les intelligences *, si intimes et si familières qu'eussent été avec ceux qu'il appelait ses amis les conférences de l'Emmanuel *, la vérité toutefois , dans l'un et l'autre cas, ne rayonnait que du dehors, l'enseignement demeurait extérieur ; comme le soleil dans la nature, le reflet de la lumière éternelle frappait les surfaces, sans pénétrer au fond des âmes. Comme un torrent impétueux ^, l'Esprit-Saint au contraire fait irruption dans l'homme même, et entraîne avec lui au plus intime de cet être de néant la vérité substantielle et vivante. Ainsi l'avait annoncé l'Homme-Dieu : « Ces « choses que je vous ai dites en demeurant « avec vous", proclamait le Sauveur, le Para« clet les dira mieux encore ; car il sera non « plus seulement avec vous, mais en vous *. « Cette vérité que vous ne pouvez porter « maintenant tout entière, il vous conduira « dans sa plénitude ^. »

17. — 9. Ibid. XVI, l2-l3y«.r/.i grsc.

Propre du Temps.

C'est qu'en effet son rôle à lui est moins encore Je parler que d'agir, d'exposer la doctrine que de la réaliser, par la sanctification, dans l'Eglise et dans l'âme, a L'Esprit tient dans les saints une école merveilleuse, dit saint Cyrille d'Alexandrie ' : sans s'arrêter aux discours, il produit la science par une démonstration effective, en passant à la créature ce qui est cfe Dieu, et nous rendant participants de la nature divine 2. » Non seulement donc il purilie les sens, et dégage l'œil intérieur de ses souillures ; mais encore, par la vertu de cette action sanctificatrice qui lui est propre, il établit au centre môme de la créature divinisée ^ ce royaume de Dieu dont le Sauveur racontait * aux pêcheurs de Galilée les grandeurs incomprises. Désormais plus d'incertitude, d'ignorance charnelle ou de grossières méprises; plus d'autre obscurité que celle-de la foi, qui ne voit pas encore, mais sait s et possède * par l'Esprit les dons de Dieu. Avec l'Apotre, l'homme renouvelé comprend maintenant la largeur, la longueur, la hauteur et la profondeur des enseignements de l'Emmanuel". Car c'est le Christ lui-même qui, par le Paraclet, habite dans nos cœurs et les remplit de la plénitude de Dieu 8.

Comme en effet, dit encore saint Cyrille en d'admirables développements dont nous ne donnons ici qu'une brève analyse, comme le parfum sorti d'une fleur ne dit autre chose

7 8 Le Temps après la Pentecôte.

que la fleur même dont il procède aux sens pénétrés de son odeur très suave: de même l'Esprit, lorsqu'il nous conduit ainsi dans la plénitude de la vérité, ne fait autre chose que répandre en nous le mystère du Christ. C'est l'économie de la divine Incarnation, dans sa puissance et ses profondeurs cachées, que le travaU silencieux du Paraclet découvre à notre intelligence en l'appliquant à nos âmes. La vérité dont il est l'Esprit i n'est autre en effet que le Christ lui-même 2, et c'est le Christ et sa vertu qui habitent par lui dans les saints. Si le Verbe ne doit plus se montrer à nos yeux de chair dans son humanité ravie au monde 3, c'est pour se manifester au regard intellectuel du cœur comme il convient à un Dieu. Quand donc le Christ annonce '*, quand ses Apôtres répètent après lui & qu'il doit nous enseigner toutes choses par l'Esprit-Saint, gardez-vous de penser qu'il nous renvoie à un autre Maître que lui-même : il resplendit, selon sa promesse ^, dans les âmes pures, se révélant a elles d'une manière ineffable, et les dirigeant comme chef par son Esprit dans toutes leurs voies. Car la sanctification dont l'Esprit est l'auteur, qu'est-elle autre chose que la transformation de la créature à l'image de celui qui a dit : Soye:{ saints, parce que je suis saint ~ ? Or l'image de Dieu, unique et toute belle, l'empreinte sacrée d'après laquelle l'Esprit divm, comme un sceau d'une

4. JoHAN. XIV. 26. — 5. Eph. I, 17 ; m, 16.— 6. Johan.

XIV, 21. — 7. Levit. XIX, 2.

Propre du Temps. 79

fidélité merveilleuse, marque l'humanité et frappe nos âmes à l'effigie de la face du Père 1, c'est son Fils éternel. Avec nous et pour nous le Verbe s'est sanctifié lui-même'-* dans sa nature humaine, oignant de l'Esprit le temple de son corps 3; avec l'F^sprit et par lui, il nous transforme de clartés en clartés sur le type de cette humanité sainte ', renaissant et croissant en chacun de nous ^ par l'incorporation des mystères de sa vie déifiante '^.

Chrétiens qu'avait attristés naguère l'annonce du prochain départ de l'Emmanuel ', comprenez maintenant que l'Homme-Dieu, remonté dans les cieux, n'a point pourtant abandonné la terre. Jésus-Christ est aujourd'hui, comme il était hier, comme il sera dans les siècles **. Unique objet des complaisances du Père '•', seul digne instrument de la gloire souveraine, il ramène de même à sa propre unité le plan divin pour la sanctification des élus. Loin donc que la glorieuse Pentecôte ait eu pour résultat de consacrer par l'avènement du Paraclet l'éloignement du divin exemplaire et du guide de nos âmes, l'Esprit au contraire n'est descendu que pour serrer les liens du Chef et des membres, pour nous identifier dans la foi et l'amour avec celui qui est le seul Saint, comme il est le seul Seigneur et le seul Très-Haut avec le

21. — 4. II Cor. III, 18.— 5. Gai. IV, 19. — 6. Cyrill.

A.L. in Johan. Lib. i, ix, x, xi ; De Trinit. Dialog. iv, v ; et alibi pjssiin. — 7. Johan. xvi, 6. — 8. Heb. xiii,

8. — 9. AXatth. xvii. 5.

8o Le Temps après la Pentecôte.

Père et l'Esprit dans les siècles sans fin * ! Le Cycle de la sainte Liturgie n'a été jusau'ici, dans ses phases variées, qu'une série 'ascensions 2 vers ces sommets delà justice parfaite, où se consomme dans I'union la sainteté de l'Eglise. Humble fille de la terre, le Fils de Dieu dès les jours éternels ^ avait convoité sa beauté ^ : non qu'aucun des homnies pécheurs qui étaient appelés à former les membres de cette Epouse du Verbe divin, pût de lui-même apporter à l'Eglise une beauté digne du Roi ; mais celui dont elle était gratuitement recherchée, le Soleil de justice ^, avait projeté d'orner son front de sa propre splendeur. Par avance le regard divin découvrait en elle cette perfection sublime de la ressemblance du Père céleste 6 qui devait former, en même temps que l'essentielle beauté du Verbe lui-même ', la sainteté de la race élue que son miséricordieux amour appelait à lui des montagnes désolées de la gentilité s. Ainsi devait se trouver pleinement vérifiée la parole de l'Apôtre, que V Epoux est l'image et la gloire de Dieu, comme l'Epouse la gloire de l'Epoux *, et que tous deux sont inséparables dans l'ineffable harmonie du plan divin lo.

Un temps devait donc venir où la race des nations, la stérile i* méprisée de la synagogue, la noire habitante des antres sauvages desséI. Hymn. angelic. — 2. Psalm. lxxxiii, 6. — 3. JbBEM. XXXI, 3. — 4. Psalm. XLIV, I2. — 5. MaLACH. IV,

2. — 6. Matth. V, 48. — 7. Sap. VII, 26. — 8. Cant.

IV, 8. — 9. I Cor. XI, 7. — 10. Ibid. 11. — 11. 1 Reg.

Propre du Temps.

chée par le soleil d'Ethiopie •, déposerait ses instincts farouches ; un jour, transformée par la grâce, elle apparaîtrait comme la vraie tille du Père et l'Epouse de son Fils. Mais un tel résultat, attaché pour une part, ainsi qu'il convenait, au libre consentement de l'Epouse, ne pouvait être acquis sans labeurs. Au temp^ de l'Avent, dans l'angoisse de l'attente et les luttes de la vie purgative, le Verbe a dégagé l'humanité de ses souillures et des ruines amoncelées qui gênaient son essor. Bientôt, ouvrant à ses pieds délivrés des entraves les sentiers de la vie illuMiNATivE, il s'est fait son modèle 2^ sa lumière ^, et son guide * vers l'idéal divin

Qu'elle devait reproduire. Le Christ a repris evant son Eglise la voie royale ^ de ses mystères ; l'entraînant à l'odeur de ses parfums <> de Bcthléhem au Jourdain, de la montagne de la Quarantaine au roc sanglant du Calvaire et au glorieux tombeau, il a si profondément imprimé en elle dans ce trajet mystérieux chacun des traits divins de son humanité sainte, qu'elle apparaît véritablement aujourd'hui comme la nouvelle Eve, frise de l'Epoux et faite de sa substance ''. A a grande joie du Seigneur Dieu, du Père souverain, l'Adam nouveau n'est plus seul : il a trouvé l'aide semblable à lui-même que la terre ni les cieux n'avaient pu lui montrer *. Plus étroitement que l'ancien Adam à

82 Le Temps après la Pentecôte.

celle qu'il proclamait la chair de sa chair, le Verbe s'attachera divinement à cette Epotise glorieuse, sans tache ni ride, et toute belle de sa propre sainteté 1. Aussi bien, dépouillée d'elle-même et de sa vie propre elle ne saurait plus vivre désormais que de 1 tpoux -. Vienne à s'élever le souffle du Paraclet sanctiticateur, et ils ne seront plus cju un même esprit 3, un seul corps *. La tuite de l'Homme-Dieudans l'Ascension triomphante» n'a point été l'abandon de l'Eglise ; presse de consommer le mystère si longuement préparé de l'union divine, il regagnait sur raile des vents « l'impénétrable sanctuaire où procède du Père et du Fils 1 Esprit d amour, pour l'envoyer aux siens directement de sa source éternelle "î. , j i„

L'Esprit est descendu, et les annales de la sainte Eglise ont commencé de se dérouler pour le monde ; car alors seulement grâce a l'union permanente et intime dont 1 Lsprit est l'auteur, elle a pu commencer a recevoir de son Chef divin le mouvement et la vie Cette union féconde ne saurait faire detaut un seul instant à l'incomparable Epouse du Fils de Dieu, puisque, séparée de 1 Lpoux, elle cesserait d'être, en perdant le principe et la raison même de son existence. Il suit de là que la vie unitive est essentielle a l Lglise, comme aussi cette vie supérieure n appartient qu'à elle seule, étant le privilège et le secret de l'Epouse. C'est donc seulement en

I. Eph. V, 25-27.- 2- I Cor. XI, 8-9. - 3. ^*''^-

VI, 17.-4. Eph. I, 23.- 5. Cant. vm, 14-- 6. Psalm. ciu, 3. — 7. JoHAN. XVI, 7.

Propre du Temps.

participation de l'Eglise, et comme membre lie cette unique ' Epouse du Verbe, que le chrétien peut s'élever, dans le secret de Dieu -, jusqu'à ces hauteurs de la divine charité où le Christ Jésus domine tellement les puissances de l'homme mortel, qu'elles puisent en lui seul, dès ici-bas, leur mouvement et leur vie 3. Par contre, il n'est personne d'entre les baptisés que le titre même de son incorporation à l'Eglise du Christ ne puisse conduire à quelque degré de cette vie plus intime ; elle n'est celle du petit nombre que par le fait, chez tant de chrétiens, d'une correspondance trop interrhittente ou trop faible à la grâce.

Nous ne parlons point ici, en effet, de ces faveurs d'exception qui font l'objet spécial de la THÉOLOGIE MYSTIQUE : états merveilleux, plus du ciel que de la terre, où l'aigle divin ne se bornant plus à exercer ses petits au vol des montagnes '►, et comme impatient des lenteurs de l'exil, saisit tout d'un coup l'âme éperdue et passive en ses serres puissantes, et l'entraîne par des voies inconnues jusqu'au trône de Dieu. Là, penchée déjà sur les flots de la mer de lumière où se baignent les élus *, elle jouit par avance des concerts de la patrie « ; ou mieux encore, toute à son Dieu qui la veut pour lui seul, elle entend de sa bouche des paroles mystérieuses, d'ineflables secrets, et ne revient à elle qu'enivrée d'amour et pénétrée de ces divines confidences que l'homme ne saurait

84 Le Temps après la Pentecôte.

dire en la langue infirme et décolorée de la terre du pécha '. L'histoire de l'Eglise, dans sa partie la plus noble et la plus relevée qui raconte la vie des serviteurs de Dieu, est pleine de ces incidents sublimes par lesquels le Seigneur tient à manifester l'indépendance et la puissance de son amour. Toutefois Dieu n'a promis à personne ces communications merveilleuses; moins rares que ne le pense un monde superficiel ou distrait, elles demeurent néanmoins en dehors ou au-dessus du développement ordinaire de la vie chrétienne.

ir n'en est pas de mémo de ce couronnement nécessaire de toute perfection qui constitue l'essence de la vie unitive, et n'est autre que le règne effectif de la divine charité dans l'âme baptisée. Rappelons-nous comment, en présence des multitudes accourues pour entendre sa voix 2, le Seigneur Jésus proclamait du haut de la montagne la vocation surnaturelle de tous à la perfection » et à la sainteté '* : ne déclarait-il pas suffisamment, par là même, ouverte a tous la voie conduisant à ce terme de l'union divine, ainsi comprise ? car c'est l'union divine ainsi comprise qui, seule, produit la sainteté parfaite. Peu importent doric le sexe et l'âge ou la diversité des conditions, quand il s'agit d'une âme vraiment soucieuse de développer en elle le germe divin _° et fidèle à la grâce. Il n'en est point qui ne puisse, ainsi disposée, parvenir des degrés

I. II Cor. xn, 4. — 2. Matth. iv, 25. — 3. Ibid.

j, 48. — 4. Rom. I, 7. — 5. Heb. UI, 14.

Propre du Temps.

cV5

inférieurs, où dominent Tcspérance et la crainte, jusau'à l'assimilation dans l'amour avec celui aont la foi tend à faire dès ce monde l'unique objet de nos aspirations et de nos pensées. Si la foi seule enseigne à cette âme les ineffables rapports établis par la grâce entre elle et son Dieu, ces rapports, pour n'être pas sentis et goûtés comme dans les communications mystérieuses dont nous parlions tout à l'heure, n'en sont pas moins réels et peuvent être au fond plus intimes encore. Le degré plus ou moins élevé de l'union divine ne dépend point, en effet, des manifestations diverses et toujours incomplètes qu'en peuvent amener ici-bas les célestes prévenances; il résulte de l'unification plus ou moins parfaite et constante de l'âme avec le vouloir divin, par la possession croissante de la justice et l'exercice des vertus chrétiennes. Aussi le Seigneur refuset-il quelquefois les dons mystiques à ses plus aimés, à ses plus fidèles; et il est telle ame généreuse qui, sans avoir jamais abandonné les sentiers ordinaires, se trouvera plus rapprochée du cœur de l'Homme-Dieu, dans le plein jour de la gloire, que plusieurs qui auront paru durant leur vie les privilégiés de son amour.

Alais les âmes que la vertu de Dieu garde ainsi dans l'amour éprouvé qui fera leur gloire au jour de la révélation de l'Epoux', ont besoin d'adhérer d'autant plus à l'Eglise, que la lumière immédiate du Sauveur et ses consolations leur font défaut davantage.

86 Le Temps après la Pentecôte.

Qu'elles prennent courage, en se disant que si leur voie peut demeurer ainsi plus laborieuse, elle est aussi plus assurée. Seule, en effet, la sainte Eglise a la promesse de ne point s'égarer sur ces sommets bordés de précipices, où l'ennemi du Verbe a dressé de tout temps ses plus perfides embûches. Combien d'âmes sa jalousie monstrueuse n'a-telle pas entraînées misérablement par l'aspect, trompeur à l'origine, d'un amour plus épuré, d'une vertu plus relevée ! Malheur à qui, dans la pensée de dépasser ses compagnons de route, s'engage en des sentiers détournés et s'aperçoit qu'il perd de vue l'Eglise : le mirage qui le séduit, le faux éclat qui l'attire, n'est point la lumière de l'Epoux, mais la lueur de Satan *. Qu'il reprenne vite le chemin battu, qu'il revienne à sa Mère ; qu'il apprenne de la séraphique Thérèse, que la qualité de. fille de l Eglise est le premier titre de l'épouse aux faveurs de l'Epoux, comme le sujet de la dernière action de grâces qui devra s'échapper, au sortir de cette vie, de ses lèvres mourantes 2. Elles sont poignantes les angoisses de la Mère commune qui voit ses fils les plus généreux, séduits comme Eve par la ruse du serpent, fausser ainsi leurs sens intérieurs et déchoir de la simplicité de Jésus-Christ 3. Mais, d'autre part, quelle n'est pas aussi sa douleur, en contemplant la multitude toujours plus grande de ces hommes qui dédaignent complètement l'appel divin, et

I. II Cor. XI, i3-i5. — 2. RiBÉRA, L. m, c. i5. —

Propre du Temps.

tous ces tièdes, ces endormis et ces faux humbles qui, sans rompre absolument avec le Seigneur, prétendent répondre suffisamment aux divmes avances par l'équivoque et vulgaire fidélité de l'esclave ou du mercenaire ! La tendresse de la Mère et l'ardeur de l'Epouse, ces deux amours les plus profonds et les plus vifs que Dieu ait allumés sur terre, conspirent à la fois pour embraser son cœur d'un zèle immense, d'un désir aussi vaste que ce monde, qu'elle voudrait conquérir tout entier aux splendeurs fécondes de l'union divine. Elle se consume contre elle-même de l'ardente jalousie qui dévorait saint Paul i. Car tous ces chrétiens insouciants de leur vocation sublime, ces fils qu'elle n'arrive point à soulever de terre, sont pourtant devenus ses propres membres au baptême ; et elle soufiVe ineffablement pour son Dieu de l'absence ou des imperfections de l'amour en ces membres appesantis, qui n'en forment pas moins, pour leur part, ce cov^s qu'elle avait fiancé sans réserve à l'unique Epoux comme une vierge très pure.

Eglise, quel modèle n'êtes-vous pas pour vos fils ! Femme forte, dont la lampe ne s'éteint point dans la nuit de ce monde 2, la foi seule vous unit à l'Epoux. Comme nous, vous aimez sans voir s. Depuis dix jours déjà l'Emmanuel avait disparu dans la nuée *, quand le souffle de sa bouche divine, envoyant l'Esprit sur terre, anima l'Epouse

88 " Le Temps après la Pentecôte.

au'il s'était formée *, et fit de cet Esprit 'amour qui procède de lui l'âme même de cette chair de sa chair 2. L'Amour même devenait votre vie, ô Eglise ; et cependant il se dérobait à vos regards, celui vers qui vous étiez irrésistiblement attirée. Au lieu du Bien-Aimé, des hommes mortels, chargés par lui de recevoir l'Epouse à sa naissance, vous remettaient en son nom le Testament de son alliance, la dot du sang qui vous avait rachetée ^ et tous les gages sans prix de l'union divine. Ces messagers de l'Epoux, ces témoins qui l'avaient vu sans pénétrer ses grandeurs, sans rien comprendre à ses projets célestes, avec quel humble dévouement, avec quelle fidélité émue, maintenant éclairés, eux-mêmes et embrasés du même Esprit d'amer, ils vous transmettent les ineffables confidences du Christ-Dieu et vous redisent les charmes vainqueurs du plus beau des enfants des hommes '* ! Vous n'avez rien perdu de leurs paroles, 6 Eglise ; le retour périodique des pompes sacrées, ramenant chaque année les mystères du Sauveur, montre jusqu'à quel point vous avez fait des souvenirs de l'Epoux le cycle de votre propre vie. Mais, par la grâce de l'Esprit, tout n'est point simplement souvenir dans la vie de l'Eglise ici-bas; son titre d'Epouse n'est pas un vain mot ; l'inépuisable fertilité de cette terre qui n'est qu au Seigneur 5, prouve amplement que, pour s'être dérobé sur les collines éternelles, le Soleil

I. Gen. Il, 7. — 2. Ibid. 23. — 3, Eph. v, 25 ; I

Petr.i, 18-19. — 4- Psalm.xLiv, 3. — 5. Psalm.xxni, i.

Propre du Temps.

de justice n'en darde pas moins directement sous la nuée ses rayons fécondants i.

C'est ce fait permanent de l'union du Christ et de son Eglise, cette existence féconde de l'Epouse à travers les siècles, que représente dans la sainte Liturgie la longue phase du Temps après la Pentecôte. On ne doit pas s'étonner que cette seconde partie de l'Année liturgique égale ou dépasse même souvent en durée la première, ayant ainsi pour objet la vie réelle de l'Eglise, et ce règne de l'amour qui devrait absorber la vie entière de tout chrétien dans les années de son pèlerinages. C'est maintenant que l'Homme-Dieu atteint véritablement le but de son labeur divin, par l'adhésion dans l'Esprit-Saint des membres à leur Chef 3; la Sagesse éternelle, en possession de l'humanité, produit pour Dieu des fruits sans nombre ^ ; la semence du Verbe, jetée à pleines mains, appelle cent pour un dans la terre de nos cœurs s. La prière, la souffrance et l'action, se disputant les âmes, vont y montrer la puissance de l'amour. Car rien n'est plus loin de la vraie dilection que la fausse

auiétude, ce prétendu repos habituel en lieu qui engourdit les facultés sous le prétexte fallacieux de ne permettre à l'âme qu'amour pur ; pareil système immobilise l'Esprit-Saint. et tendrait logiquement à ne voir plus bientôt qu'imperfecuon ou distraction fâcheuse dans l'exercice des vertus les

I. Psalm. Lxxv, 5. — 2. Matth. xxii, 36-40. —

, 3. I Cor. VI, i5-i7. — 4. Eccli. XXIV, 26. — 3. Luc.

go Le Temps après la Pentecôte.

plus nécessaires. L'amour parfait, entrant dans une âme, s'empare, il est vrai, de toutes ses puissances; mais, loin de les détruire ou de les confondre, il décuple à son profit leurs énergies spéciales. Rangeant sous l'empire de la divine charité le champ de leur action multiple, il grandit lui-même de chacun de ces actes qu'il inspire. Forme et vie des vertus, ferment divin de croissance, il développe l'être surnaturel dans ses diverses parties simultanément, sans confusion, sans division, selon ces proportions harmonieuses qui consomment enfin l'homme parfait sur la mesure du Christ lui-même i.

Tel est l'enseignement que nous donnera désormais la sainte Eglise. Mais les leçons de la Mère commune, dans cette dernière partie de l'année, ne seront pas moins précieuses pour révéler à ses fils comment cette vie d'union, qui est la sienne, ramène à l'unité les travaux de l'Epouse. Réjouissonsnous d'avoir pris la sainte Liturgie pour guide dans les sentiers qui mènent à Dieu ; car, nous allons le voir, c'est la religion même, dont la Liturgie est l'expression splendide et authentique, qui donne leur vrai caractère à la consommation comme aux divers degrés de l'union divine et de la vie chrétienne.

Si jamais, en effet, le mouvement et la vie ne se firent remarquer davantage que sous l'empire de la charité dans le'Septénaire des vertus, jamais non plus l'union qu'opère l'Esprit de Dieu entre le Christ et ses membres

I. Eph. IV, i3-i5.

Propre du Temps.

fidèles ne saurait s'affirmer plus sûrement dans une âme, que par le retour incessant de cette activité de l'amour au point final qui fut l'unique but des actes du Sauveur : la gloire de Dieu, l'exaltation de la Trinité sainte en toutes choses et en tous'. Or, c'est la religion qui a pour objet la poursuite de cette gloire souveraine ; la religion devait être dès lors^et fut en etïet, comme elle l'est encore aujourd'hui dans les cieux, la vie même du Pontife éternel ; elle doit donc être aussi le trait caractéristique de l'union véritable, la vie des âmes identifiées au Seigneur Christ : car, nous dit l'Apôtre, celui qui adhère au Seigneur est un même esprit avec lui -.

Aussi l'Eglise, sachant bien que la fidélité de l'Epouse était à ce prix, a-t-elle fait de la religion le fonds même de son existence. Les magnificences de sa Liturgie, soutenues de l'intégrité de sa foi, la distmgueront toujours dès sectes perdues. Le temple est sa demeure ; elle n'en sort que pour ramener sans cesse des fidèles plus nombreux au Christ Pontife. C'est là qu'elle veut ses fils aux jours des joies communes, qu'elle les engendre à l'Epoux, qu'elle les bénit et les enseigne ; c'est autour de l'édifice sacré qu'elle les rassemble encore dans le repos suprême, comme elle les convoquait durant leui- vie dans ses murs.

Parmi les âmes dont le Seigneur a remis entre ses mains les destinées célestes, il en est qui, touchées des accents de sa voix

i I Cor. XV, 28. — 2. Ibid. VI, 17.

g 2 Le Temps après la Pentecôte.

appelant son Dieu dans la nuit et disant son amour à tous les échos des vallées de l'exil i, prétendent s'attacher* de plus près à leur Mère dans la poursuite du Bien-Aimé 2 ; on les voit renoncer comme elle à toute autre pensée que celle de l'union divine et de la vie parfaite. Mais, n'est-ce pas encore sous la bannière de la sainte Religion qu'elle enrôle ces filles de la vraie Jérusalem et les entraîne vers l'objet de leur commun amour ? Appesantis sous la matière, les fils des hommes voient sans comprendre ^ passer dans les rues de leurs villes * ces enfants de Dieu dont les aspirations supérieures offusquent leurs sens. Mais c'est en vain que les gardiens de la cité terrestre ^ dépouillent sans cesse, frappent et repoussent sans fin la phalange sacrée ; car c'est l'Eglise ellemême, l'Eglise que nulle force humaine ne saurait arrêter, et qui se manifeste ici par ces religieux ou ces religieuses dans toute la délicatesse et l'essence même de son titre d'Epouse. Epouse, elle ne l'est en effet que par l'union qui la fait avec le Christ un seul corps 6 ; le corps du Christ, ce corps qu'il n'a reçu ', qu'il n'accroît sans cesse que pour en faire dans le Sacrifice hommage à son Père , elle ne l'est sans réserve ici-bas, qu'en ceux de ses membres dont tous les mouvements et la vie sont absorbés , par le fait de leur consécration sublime, dans la religion et l'oblation du Pontife éternel.

I. Cant. m, I ; v, 8-16. — 2. IbiJ. 17. — 3. I Cor.

il. 14. —4. Cant. III, 2-4. — 5. Ibid. IV, 7. — 6. Gea

Propre du Temps. q3

■ La vie parfaite, il est vrai, n'est point, celle de tous ; mais tous les chrétiens n'en ont pas moins à justifier, pour entrer au ciel, de ce degré d'union divine indispensable QUI doit les faire en toute vérité membres du Christ. Or, si infime qu'on la suppose, l'adhésion nécessaire du dernier des prédestinés au Chef des élus ne change pas pour cela de nature: quelle que soit la distance séparant certaines âmes dans la voie qui conduit au Seigneur, le but que poursuit la Sagesse dans ses appels aux fils des hommes reste toujours, à des degrés si divers, l'assimilation plus ou moins complète de tous à cet Homme-Dieu, Victime et Pontife, dont l'oblation consomme la gloire du Très-Haut. Cette union de conformité effective avec le Verbe incarné est le nœud du salut, la racine même de la prédestination, d'après saint Paul * ; et l'Apôtre nous apprend qu'elle est, pour les catéchumènes, le fruit du premier et du plus nécessaire des Sacrements. Entés dans le baptême sur le Christ immolé -, "l'onction du chrême qu'ils reçoivent au sortir de la fontaine sacrée, révèle en eux, d'autre part, ce royal sacerdoce que l'enthousiasme inspiré du Prince des Apôtres saluait à son tour, sans distinction d'états, dans la nation des nouveau-nés du Christ s.

Ces considérations formant la base de l'enseignement moral contenu dans leurs Epîtres, quoi d'étonnant que pour Pierre et

I. Rom. vin, 29-3o. — 2. Ibid. vi, 5. — 3. I Petr.

g4 Le Temps après la Pentecôte.

.pour Paul, que pour l'Eglise conduite par eux aux sources pures de la doctrine, la science de la vie chrétienne se résume comme naturellement dans la recherche de la gloire souveraine i, dans la religion et le Sacrifice du Chef étendus à ses membres ? Quel peut être en effet le but de l'empreinte qui marque ainsi le fidèle, à son entrée dans la vie, du sceau du Pontife suprême : sinon de transformer en aliment de l'holocauste éternel tous ses triomphes sur le péché, tous les dévouements, tous les actes vertueux qui rempliront sa vie sur terre ? Au sein des eaux fécondes où le chrétien prend naissance, lui aussi peut dire justement la parole du Christ Pontife offrant, dès sa première entrée dans le monde, au Père infini ce corps qu'il n'avait reçu que pour l'immolera sa gloire 2. Car le chrétien, lui aussi, saint Pl.u1 le déclare, ne devra considérer le sien désormais que comme Vhostie vivante du culte parfait qu'il doit au Seigneur^; et s'il entre dès lors en participation du sacerdoce de l'Homme-Dieu, saint Pierre nous montre, de son côté, que c'est uniquement pour faire de ses œuvres bonnes autant d'hosties spirituelles offertes à Dieu par JésuS' Christ 4.

Que sommes-nous encore pour ces deux pères de la foi des nations, pour ces incomparables témoins du Verbe qui fondèrent dans leur sang l'Eglise mère et maîtresse,

I. I Cor. X, 3i. — 2. Heb. x, 5, — 3. Rom, xii , i,

— 4. I Petr. h, 5.

Propre du Temps. y 5

sinon les pierres vivantes * du temple bâti par l'Esprit sur la pierre angulaire 2, temples complets nous-mêmes 3, assimilés que nous devions être en toutes choses ' au Chef divin qui fut dans son humanité le sanctuaire de l'adorable Trinité^ ? N'est-ce pas assez dire que l'adoration, la prière, la louange, le Sacritice surtout, doivent remplir nos pensées, dominer tous nos actes ? Car un temple doit être ce que l'indique son nom ^ ; si la religion ne présidait à ce qui se passe dans son enceinte, la Majesté qui l'habite aurait le droit de s'en trouver offensée.

Or c'est l'arrivée de l'Esprit-Saint qui fait de nous les sanctuaires delà divinité "; c'est le règne du Paraclet qui nous impose l'obligation sublime de glorifier et de porter Dieu dans nos corps ^.^ « Si quelqu'un m'aime, avait dit le Sauveur, mon Père l'aimera, c'est-à-dire lui donnera cet Esprit qui esc son amour ^ ; et nous viendrons à lui, et nous ferons en lui notre demeure ^^. » La promesse était formelle ; au jour de la Pentecote, elle s'est accomplie. L'Esprit, partant du trône i', a rempli au flot divin '- qui s'échappe avec lui du cœur de l'Homme-Dieu '* le baptistère où l'Eglise, dans la personne des trois mille néophytes 1*, attendait sa naissance. Comme jadis au Jourdain '"^ les

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