L'Année liturgique — Le Temps après la Pentecôte (t. 10-15) (page 14)

Dom Prosper Guéranger · Vie de piété

Texte français, domaine public · Source : archive.org — L'Année liturgique t. 10-15, éd. 1911 (OCR) · 70 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

144 ^s Temps après la Pentecôte.

valde in vita sua , in 1 mables et beaux durant leur morte quoque non sunt vie, n'ont point non plus été divisi. divisés dans la mort.

^. Montes Gelboe, nec ros nec pluvia veniant super vos :' Ubi ceciderunt fortes Israël.

^ . Oranes montes qui cstis in circuitu ejus, visitet Dominus, a Gelboe autera transeat. * Ubi.

b;:. Montagnes de Gelboe, que la rosée ni la pluie ne viennent jamais sur vous : * Où sont tombés les forts d'Israël.

f. Que toutes les montagnes alentour soient visitées du Seigneur , mais qu'il s'éloigne de Gelboe. * Où sont tombés.

ç. Je t'ai pris dans la maison de ton père , dit le Seigneur, et je t'ai choisi pour paître le troupeau de mon peuple ; * Partout j'ai accompagné tes démarches, affermissant pour jamais ton régne.

^. J'ai rendu ton nom illustre, autant que le nom des grands de la terre ; et je t'ai donné le repos sur tous tes ennemis. * Partout.

Gloire au Père, et au Fils, et au Saint-Esprit. * Partout.

^ Ego te tuli de domo patristui, dicit Dominus, «t posui te pascere gregem populi mei : * Et fui tecum in omnibus ubicumque ambulasti , firmans regnum tuura in seternum.

f . Fecique tibi nomen grande, juxta nomen raagnorum qui sunt in terra : et requiem dedi tibi ab omnibus inimicis tuis. ' Et fui.

Gloria Patri, et Filio, et Spiritui Sancto- ' Et fui.

Faisons suivre de deux Oraisons de l'Eglise de Milan pour ce jour. — Dans la Liturgie ambrosienne, après l'Introït ou /«- gressa suivi de l'Hymne angélique ou de Prières selon les temps, vient l'Oraison super populum répondant à notre Collecte. Puis se succèdent une Leçon de TAncienTestament et les v^ersets de son Psalmellus, l'Epître et (en

Le Cinq. Dimanche après la Pentecôte. 145

dehors du Carême) le Verset alléluiatique, l'Evangile et une Antienne post Evangelium. Alors, et avant d'enlever le voile du calice, se dit l'Oraison super sindoncm , suivie de rOtfertoire , du Credo, de l'Oraison super oblata et de la Préface. Avant le Pater a lieu la fraction de l'hostie, accompagnée du Confractorium ; notre Communion s'appelle Transitorium, et précède l'Oraison ^05f (Zommunionem.

DIEU tout-puissant et éternel, renouvelez pour la protection des peuples fidèles les antiques miracles de votre bras ; afin que nos ennemis étant comprimés par votre vertu, la foi et dévotion Catholique vous serve sans trouble. Par Jésus-Christ.

CMNIPOTENS sempiterne Deus, in protectione fidelium populorum antiqua brachii tui operare miraculé : ut, hostibus nostris tua virtute compressis, secura tibi serviat Catholica fides et devotio. Per Dominum.

DEUS , qui creaturaî tuae misereri potius eligis quam irasci, cordis nostri infirma considéra : et tuae nos gratia pietatis illustra. Per Dominum.

/^ Dieu, qui à l'égard de

'-^ votre créature préférez user plutôt de miséricorde q^iie de colère ; considérez l'inhrmité de notre cœur, et éclairez-nous par la grâce de votre bonté. Par Jésus-Christ.

Enfin, dans le sens des enseignements de l'Epitre et de l'Evangile, la belle formule que nous allons emprunter au Missel gothique clora dignement cette journée.

14^ i-^ Temps après la Pentecôte.

DEUS, cui summum sacrificiura est concordans anima ; cui holocaustum pinguissimum est placata et pura conscientia ; concède nobis, quaesumus : ut conjunctio labiorum copula efficiatur animarum ; et ministerium osculi perpétuas proficiat charitati Per Dominum.

DIEU pour qui le sacrifice suprême est une âme bien accordée, pour qui le plus gras holocauste est une conscience paisible et pure ; faites, nous vous en supplions, que le rapprochement des lèvres soit l'union des âmes, et que le rit du saint baiser profite à l'amour éternel. Par Jésus-Christ.

Lb SIXIEME DlMANCht

''^^li^ 'Office du sixième Dimanche ■^ ■ '^'^3^ après la Pentecôte s'ouvrait hier soirpar l'exclamation poignante d'un immense repentir. David, le roi-prophète, le vainqueur '2§ de Goliath, vaincu à son tour par l'entraînement des sens, et d'adultère devenu homicide, s'écriait sous le poids de son double crime : « Je vous en prie, mon « Dieu, pardonnez l'iniquité de votre servi« teur, car j'ai agi en insensé ' ! »

Le péché, queïs que soient le coupable et la faute, est toujours faiblesse et folie. L'orgueil de l'ange rebelle ou de l'homme déchu aura beau faire : il n'empêchera pas que la Uctrissure de ces deux mots ne s'attache, comme un stigmate humiliant, à la révolte contre Dieu, a l'oubli de sa loi, à cet acte

I. Ant. ad Magnificat in I*'

Pentec.

Vesp. Dom. VI post

J48 L'e Temps après la Pentecôte.

insensé de la créature qui, conviée à s'élever dans les régions sereines où réside son auteur, s'échappe et fuit vers le néant, pour retomber plus bas môme que ce néant d'où elle était sortie. Folie volontaire cependant, et faiblesse sans excuse ; car si l'être créé ne possède de son fonds que ténèbres et misères, la bonté souveraine met à sa disposition par la grâce, qui ne manque jamais, la force et la lumière de Dieu.

Le dernier, le plus obscur pécheur ne saurait donc avoir de raisons pour justifier ses fautes ; mais l'offense est plus injurieuse à Dieu, quand elle lui vient d'une créature comblée de ses dons et placée par sa bonté plus haut que d'autres dans l'ordre des grâces. Qu'elles ne l'oublient pas ces âmes pour qui le Seigneur a, comme pour David, multiplié ses magnificences i. Conduites par les voies réservées de son amour, elles auraient beau avoir atteint déjà les sommets de l'union divine; une vigilance sans fin peut seule garder quiconque n'a pas déposé le fardeau de la chair. Sur les montagnes comme dans les plaines et les vallées, toujours et partout, la chute est possible ; et combien n'est-elle pas plus effrayante, quand le pied glisse sur ces pics élevés de la terre d exil qui déjà confinent à la patrie et donnent entrée dfa«s /^5 puissances du Seigneur 2 ! Alors les précipices béants, que l'âme avait évités dans la montée, semblent tous l'appeler à la fois ; elle roule d'abîme en abîme, effrayant quelquefois jusqu'aux méchants eux-mêmes

I. Psalm. LXX, 21. — 2. Ibid. 16.

Le Sixième Dimanclw après la Pentecôte. 14g

par la violence des passions longtemps contenues qui l'entraînent.

Ame brisée, que l'ori^ucil de Satan va chercher à fixer dans la fange! Mais bien plutôt, du fond du gouffre où l'a jetée sa chute lamentable, qu'elle s'humilie, qu'elle pleure son crime; qu'elle ne craigne point de lever do nouveau ses yeux humides vers les hauteurs brillantes où naguère elle semblait faire partiedéjà des phalanges bienheureuses. Sans plus tarder, qu'elle s'écrie comme David : « J'ai péché contre le Seigneur » ; et comme à lui, il sera répondu : « Le Seigneur a pardonné ton péché, tu ne mourras pas ' « ; et comme pour David, Dieu pourra faire encore en elle de grandes choses. David innocent avait paru la fidèle image du Christ, objet divin des complaisances de la terre et des cieux; David pécheur, mais pénitent, resta la très noble figure de l'Homme-Dieu chargé des crimes du monde, et portant sur lui la miséricordieuse et juste vengeance de son Père offensé.

Les Grecs lisent à la .Messe de ce Dimanche, qui est pour eux le sixième de saint Matthieu, le récit de la guérison du paralytique rapportée au chapitre IX^ de cet évangéliste. Le chapitre précédent avait fourni, dans l'épisode du centurion et celui des deux possédés, le sujet des lectures évangéliques du quatrième Dimanche et du cinquième.

1 5o Le Sixième Dimanche après la Pentecôte.

LE rapport qui a pu exister autrefois, pour ce Dimanche, entre la Messe et l'Office de la nuit se laisserait aujourd'hui difficilement saisir. Honorius d'Autun et Durand de Mende appliquaient, de leur temps ', l'Introït et les autres parties chantées qui vont suivre à l'inauguration du règne de Salomon. On prenait alors en effet pour ce jour, comme Leçons de l'Ecriture, les premières pages du second livre des Paralipomènes où sont racontés les commencements glorieux du fils de David. Mais, depuis, l'usage a prévalu dans l'Eglise de continuer jusqu'au mois d'août la lecture des quatre livres des Rois, en laissant de côté les deux livres des Paralipomènes qui ne faisaient que répéter en partie les récits ayant fait la matière des lectures précédentes. Les anciens rapprochements proposés par les auteurs que nous venons de citer n'ont donc plus maintenant d'application possible. Nous nous contenterons de puiser, dans l'Introït, un nouveau sentiment de ce qui fait la force du chrétien : sa foi dans la puissance du Seigneur qui ne saurait lui manquer, et la conscience de sa misère qui le garde de toute présomption.

DOMINUS fortitudo piebis suîe, et protector salutarium Christi sui est : salvum fac poLE Seigneui' est la force de son peuple, le protecteur qui opère des merveilles de salut en faveur de son Christ;

1. xii" et XIII» siècles.

A la Messe.

sauvez votre peuple, ô Seigneur, bénissez ceux qui sont votre héritage, conduisez-les jusqu'à l'éternité.

Ps. Seigneur, je crierai vers vous; ne gardez point le silence à mon égard, 6 mon Dieu, de peur que, si vous ne me répondez pas, je devienne semoiable à ceux qui descendeut au tombeau. Gloire au Père. Le Seigneur.

La Collecte présente un admirable résumé de l'action forte et suave de la grâce sur toute la conduite de la vie chrétienne. Elle s'inspire du texte de saint Jacques : « Tout don excellent, tout don parfait est d'en haut, et descend du Père des lumières'. ))

pulum tuum. Domine, et benedic hxreditati tuae, et rege cos usque in saeculum.

Ps. Ad te, Domine, clamabo, Deus meus, ne sileas a me ; nequando taceas a me, et ussimilabor descendentibus in lacum. Gloria P.itri.DomiP^lEU des vertus, de qui *^ viennent en entier les fruits excellents, semez l'amour de votre Nom dans nos coeurs, faites croître en nous la religion, nourrissez les bons plants, et conservez par le zèle de la piété ce que vous aurez nourri. Par JésusChrist notre Seigneur.

'PVeus virtutum, cujus '-^ est totum quod est optimum : insère pectoribus nostris amorem tui Nominis, et praesta in nobis religionis augmentum : ut quse sunt bona, nutrias, ac pietatis studio, qucE sunt nutrita, custodias. Per Dominum nostrum Jesum Christura.

Les autres Collectes comme ci-dessus, page io6.

Jacob, i, 17.

j 52 Le Sixième Dimanche après la Pentecôte.

Lectio Epistolje beati Pauli Apostoli ad Roraanos. Cap. vi

FRATRES, Quicumque baptizati sumus in Christo Jesu. in morte ipsius baptizati sumus. Ccnsepulti enim sumus cum illc per baptismum in mortem : ut quomodo Christus surrexit a mortuis per gloriam Patris, ita et nos ia novilate vita: ambulemus. Si enim complantati facti sumus similitudini mortis ejus, simul et resurrectionis erimus. Hoc scientes, quia vêtus Homo noster simul cruciti.tus est. ut destruatur corpus peccati, et ultra non serviamus peccato. Qui enim mortuus est, justificatus est a peccato. Si sutem mortui sumus cum Christo, credimus quia simul etiam vivemus cum Christo : scientes quod Christus resurgens ex mortuis, jam non moritur, mors illi ultra non dominabitur. Quod enim mortuus est peccato, mortuus est semel : quod auiem vivit, vivit Deo. Ita et vos existimate, vos mortuos quidam esse

Lecture de l'Epître du bienheureux Paul, Apôtre, au-. Romains. Chap. VI.

MES Frères, nous tous qui • avons été baptisés dans le Christ Jésus, nous avons été baptisés dans sa mort. Car nous avons été par it baptême ensevelis avec lui pour mourir, afin que, comme le Christ est ressuscité des morts par la gloire de son Père, nous marchions nous aussi dans une vie nouvelle. Si en effet nous avons été entés sur la ressemblance de sa mort, nous serons aussi participants de sa résurrection. Sachons bien que notre vieil homme a été crucifié avec lui, pour que le corps du péché soit détruit et que nous ne soyons plus asservis au péché. Car celui qui est mort ne doit plus rien au péché. Or si nous sommes morts avec le Christ, nous croyons que de même nous vivrons aussi avec le Christ : sachant que le Cftrist ressuscité des morts ne meurt plus, que la mort n'aura plus sur lui d"empire. Car mourant pour le péché, il est mort une fois : mais vivant maintenant, il vit pour Dieu. Considérezvous de même vous aussi comme morts au péché, et

-4 la Messe. i53

vivant pour Dieu dans le 1 peccato, vivantes autem Christ Jésus notre Seigneur. Deo in Christo Jesu DoI mino nostro.

LES Messes des Dimanches après la Pentecote ne nous avaient présenté qu'une seule t'ois jusqu'ici les Epîtres de saint Paul. C'est à saint Pierre et à saint Jean qu'était réservée de préférence la mission d'enseigner les fidèles au commencement des sacrés Mystères. Il semble que l'Eglise, en ces semaines qui représentent les premiers temps de la prédication apostolique, ait voulu rappeler ainsi le rôle prédominant du disciple de la foi et de celui de l'amour dans cette première promulgation de l'alliance nouvelle qui eut lieu toiit d'abord au sein du peuple Juif. Paul en effet n'était alors que Saul le persécuteur, et se montrait l'ennemi le plus violent de la parole qu'il devait porter plus tard avec tant d'éclat jusqu'aux extrémités du monde. Si ensuite sa conversion fit de lui un apôtre ardent et convaincu pour les Juifs eux-mêmes, il parut bientôt pourtant que la maison de Jacob n'était point, dans le domaine de l'apostolat, la part de son héritage*. Après avoir affirmé publiquement sa croyance à Jésus Fils de Dieu et confondu la synagogue par l'autorité de son témoignage 2, iflaissa silencieusement s'écouler la fin âe la trêve accordée à Juda pour accepter l'alliance; il attendit dans la retraite ^ que le vicaire de l'Homme-Dieu, le chef du collège apostolique, donnât le signal de l'appel

/ 54 Le Sixième Dimanche après la Pentecôte.

des Gentils, et ouvrît en personne les portes de l'Eglise à ces nouveaux fils d'Abraham '.

Mais Israël a désormais trop longtemps abusé des divines condescendances; l'heure de la répudiation approche pour l'ingrate Jérusalem -, et l'Epoux s"'est enfin tourné vers les races étrangères. La parole est maintenant au Docteur des nations; il la gardera jusqu'au dernier jour; il ne se taira plus, jusqu'à ce qu'ayant redressé, soulevé vers Dieu la gentilité, il l'ait affermie dans la foi et l'amour II ne se donnera point de repos qu'il n'ait amené cette délaissée à la consommation des noces du Christ 3, à cette pleine fécondité de l'union divine, dont il dira au xxiv° et dernier Dimanche après la Pentecôte : « Nous n'avons point cessé de demander, de supplier que vous fussiez remplis de toute sagesse et doctrine, dignes de Dieu, lui plaisant en toutes choses, iPéconds dans toutes les bonnes œuvres et en toute vertu, par la puissance de celui qui nous a rendus dignes d'avoir part au sort des Saints dans la lumière de son Fils bien-aimé '. »

C'est aux Romains que s'adressent aujourd'hui les instructions inspirées du grand Apôtre. L'Eglise en effet, dans la lecture de ces admirables Epîtres, observera l'ordre même de leur inscription au canon des Ecritures: la lettre aux Romains, les deux aux Corinthiens, celles aux Galates, aux Ephésiens, aux Philippiens, aux Colossiens, passeront successivement sous nos yeux.

4. Col. I, 9-1 3 ; Epist. Dom. xxiv p. Pentec,

A la Messe. i5b

Sublime correspondance, où l'âme de Paul, se livrant tout entière, donne en même temps \e précepte et l'exemple de l'amour ! « Je vus en prie, dit-il sans cesse, soyez « mes imitateurs, comme je le suis de Jés'us« Christ '. »

C'est qu'en effet l'Evangile 2, le royaume de Dieu 3, la vie chrétienne, n'est point simplement affaire de discours. Rien de moins spéculatif que la science du salut ; rien qui la fasse pénétrer plus avant dans les âmes que la sainteté de ceux qui l'enseignent. Pour cette raison, celui-là seul, dans le christianisme, est reconnu comme Apôtre ou Docteur, qui sait fournir aux hommes, dans l'unité de sa vie, le double enseignement de la doctrine et des œuvres. Ainsi le premier, Jésus, prince des pasteurs'*, a-t-il traduit l'éternelle vérité, non seulement dans les mots sortis de sa bouche divine, mais encore dans les actes de sa vie sur terre. Ainsi l'Apôtre, devenu lui-même la forme du troupeau i", révèle à tous en sa personne les progrès merveilleux qu'une âme fidèle peut accomplir au souffle de l'Esprit sanctificateur. Soyons attentifs aux accents de cette bouche puissante toujours ouverte sur le monde 6 ; mais, en même temps, ouvrons les yeux de notre âme pour voir â l'œuvre notre Apôtre et marcher à sa suite ". Par ses Epîtres si vivantes, il reste

1 56 Le Sixième Dimanche après la Pentecôte.

véritablement sur la terre; il demeure avec nous, comme il l'avait dit, pour notre avancement, pour la joie et le triomphe de notre foi ».

D'autre part, si nous estimon». a leur prix l'exemple et la doctrine de ce père des nations 2, rappelons-nous également ses travaux et ses souffrances ; n'oublions point la sollicitude, l'amour ardent qu'il professait pour tous ceux qui n'avaient point vu son visage en la chair 3. Payons de retour, en dilatant pour lui nos cœurs ; aimons avec la lumière celui qui nous l'apporte, et tous ceux qui, comme lui, l'ont puisée si brillante dans les trésors de Dieu le Père et de son Christ. C'est la touchante recommandation de saint Paul lui-même * ; c'est l'intention voulue par Dieu, lorsqu'il daigna confier à des hommes mortels le soin d'mstruire conjointement avec lui les nations ^. La Sagesse éternelle ne se montre point directement ici-bas : elle s'est cachée dans l'Homme-Dieu tout entière « ; elle se révèle donc par lui '', mais aussi par l'Eglise *, qui est le corps mystique de cet Homme-Dieu 3. Nous ne pouvons, en dehors du Christ Jésus, ni l'aimer, ni l'atteindre i"; mais nous n'aimons, nous ne comprenons Jésus, qu'en aimant et comprenant son Eglise n. Or, si, dans cette Eglise, assemblée glorieuse des élus, il n'en

I. Philip- I, 25-26.— 2. I Cor. iv, 14-1 5. — 3. Col.

II, 1-5. — 4. il Cor. VI, ii-i3; Heb. XIII, 7. — 5. Matth. XXVIII, 18-20. — 6. Col. II, 3. — 7. I Cor. i, 24. —

1 1. JoHAN. XV. 14, 12 ; Luc x, 16.

A la Messe. 1 5j

est point qui ne réclament légitimement notre amour, est-il douteux pourtant que nous devions aimer et vénérer ceux-là surtout qui sont plus étroitement associés à l'humanité du Sauveur dans la manifestation du Verbe divin, centre unique de nos pensées dès ce monde et pour l'éternité ' ?

Personne, à ce titre, ne mérita plus que Paul la vénération, la reconnaissance et l'amour du peuple fidèle. Qui en effet, des prophètes et des saints apôtres, pénétra davantage le mystère du Christ - ? Qui comme lui révéla au monde les rayonnements di\ins de la face du Sauveur ^ ; La vie d'union, cette union merveilleuse qui multiplie la vie du Verbe et la prolonge en chacun des chrétiens, eut-elle jamais un docteur plus complet, un si éloquent interprète ? A lui, le dernier venu, fut donnée cette grâce d'annoncer aux nations les insondables richesses du Christ; le plus petit des saints, proclamet-il dans son humilité sublime, il reçut la mission d'enseigner à toute créature le dernier mot de la création, resté longtemps caché en Dieu comme le secret des siècles et de l'histoire du monde, à savoir : la manifestation de la Sagesse infinie par l'Eglise, en Jésus-Christ notre Seigneur '*.

Car l'Eglise n'étant autre chose que le corps de l'Homme-Dieu et son mystique complément, la formation de l'Eglise, ses accroissements, ne sont pour saint Paul que la suite régulière de l'Incarnation, le déveI. I Cor. II, 6-7. — 2. Eph. III, 4-5. — 3. II Cor. IV, 6. — 4. Eph. in, 8-1 1.

1 5S Le Sixième Dimanche après la Pentecôte loppement continu du mystère apparu dans la crèche aux célestes principautés. Après

1 Incarnation, Dieu fut mieux connu des

Anges , bien que le même en son immuable essence, il leur apparut plus grand et plus magnifique au reHet de ses perfections infinies dans la chair de son Verbe. Ainsi, bien que sans croissance possible elles-mêmes et fixées dans la plénitude, la perfection et la sainteté créées de l'Homme-Dieu se révèlent plus grandes à leur tour, à mesure que se multiplient dans le monde des merveilles de perfection et de sainteté qui ne trouvent qu'en lui leur source

Parti de lui, coulant toujours de sa plénitude ij le flot de la grâce et de la vérité 2 parcourt sans fin chacun des membres de l'immense corps de 1 Eglise Principe de divine croissance, sève mystérieuse dont les canaux rattachent plus étroitement l'Eglise à son Chef auguste, que les nerfs et les vaisseaux portant le mouvement et la vie jusqu'aux extrémités de notre corps ne rattachent ses diverses parties à la tête qui dirige et commande Mais de même que dans le corps humain la vie est une pour la tête et les membres, constituant chacun d'eux dans la proportion et 1 harmonie qui font l'homme parfait ainsi n'y at-il dans l'Eglise qu'une seule vie, celle de l'Homme-Dieu, du Christ chef formant son corps mystique et développant dans TEsprit-Saint ses divers membres 3. Un temps viendra qu'il ne manquera plus rien à ce développement , alors l'humanité,

I. JoHAN. I, 16 — 2 Ibid 14 — 3. Eph. IV, i2-el6.

A la Messe.

i5()

fondue avec son chef divin dans la mesure et la splendeur de l'âge parfait qui convient au Christ, apparaîtra sur le trône du Verbe ', pour y faire a jamais l'admiration des Anges et l'objet des complaisances de la Trinité bienheureuse. Mais, en attendant, le Christ se complète en toutes choses et dans tous 2 ; comme autrefois à Nazareth, Jésus grandit encore ^, et ses accroissements manifestent chaque jour davantage la Sagesse infinie dans sa beauté '.

La sainteté, les souffrances, et ensuite la gloire du Seigneur Jésus, sa vie même en un mot prolongée dans ses membres ■>, telle est pour saint Paul la vie chrétienne : simple et sublime notion, qui résume à ses yeux le commencement, le progrès et la consommation du travail de l'Esprit d'amour en toute âme sanctifiée. Nous le verrons par la suite développer longuement cette vérité pratique, dont il se contente aujourd'hui de poser la base dans l'Epître que l'Eglise nous fait lire. Qu'est-ce que le baptême en effet, cette première entrée dans la voie qui conduit au ciel, sinon l'incorporation du néophyte à l'Homme-Dieu mort une fois au péché pour vivre à jamais en Dieu son Père.'' Au Samedi saint 6, près des bords de la fontaine sacrée, nous avons compris, à l'aide d'un passage semblable de l'Apôtre ''j les divines réalités accomplies sous l'onde mystérieuse. La sainte Eglise n'y revient aujourd'hui que

1. Eph. ji, 6. — 2. IbU. I, 23. — 3. Luc. n, 40.

— 4. fbiJ. 52. — 5. II Cor. IV, lO-II. — 6. La Passion, p. 741. — 7. Col. III, 1-4 ; epist. Sabb. sancti.

s 60 Le Sixième Dimanche après la Pentecôte.

pour rappeler ce grand P'-J^^^^P^ ij^f, .,*i°^: mencements de la vie chrétienne, et 1 établir fomme point de départ des instructions qt^i vont suivre. Si le premier acte de la sanctikcatioS du fidèle e'nseveli d-s son baptême avec Jésus-Christ a pour ob)et de le retaire tout entier, de le créer de nouveau dans cet Homme-D eu 1, de greffer sa vie nouvelle TurTvie même du Seigneur Jésus pour en produire les fruits : nous ne serons pomt ^nrnris que l'Apôtre se refuse a tracer aux hrSienfd-autre' procédé de contemplation fi'nntre règle de conduite, que 1 étude et iWation'^du Sauveur. La perfection de l'homme 2 et sa récompense 3 sont en lui Ï^Tsdondonc la connaissance que vous ave^ r^ue de lui, marchei en lui > ; car vous tous aiàave^ été baptisés dans le Christ vous ave^ fevétu leChrhtK Le Docteur des nations lldéclare il ne connaît, il ne saurait prêcher autre chose e. A son école, prenant en nou les sentiments qu'avait Jesus-Chnst ^ nous dev enXns d'autres Christs, ou P ^ ,ot un .spul Christ avec THomme-Dieu, par 1 union des pensées et la conformité des vertus sous ?fmpufs'ondu même Esprit sanctificateur.

Fntre la lecture de l'Epître et cellt. de l'E^anJle' le Graduel et le Verset viennent ravivefdans les cœurs l'humble et conhan e prière qui doit s'élever sans cesse de 1 ame du chrétien vers son Dieu.

TEph^7i?TirTrcir^3 IM. Il, .0. -

7. Philip. U, 5.

A la Messe.

lOi

rURNEZ-vous quelque peu vers nous, Seigneur, ef soyez propice à vos serviteurs.

f. Seigneur, vous avez été notre refuge de générations en générations. Alléluia, alléluia. t- En vous. Seigneur, j'ai mis mon espérance : que je ne sois pas confondu à jamais ; délivrez-moi et sauvez-moi dans votre justice ; inclinez vers moi votre oreille; hâtez-vous de me délivrer. Alléluia.

CONVERTERE, Domine, aliquantulum, et deprecare super servos tuos.

f. Domine, refugium factus es nobis, a generatione et progenie. Alléluia, alléluia, y. In to, Domine, speravi, non confundar in «ternum : in justifia tua libéra me et eripe me : inclina ad me aurem tuam : accéléra, ut eripias me. Alléluia.

La suite du saint Evangile selon saint Marc. Chap.

jy ce temps-là, une grande *- foule se trouvant avec Jésus, sansavoirde quoi manger, il appela ses disciples et leur dit : J'ai compassion de cette foule; car voilà déjà trois jours qu'ils demeurent avec moi continuellement, et ils n'ont rien à manger. Si je les renvoie à jeun dans leurs maisons, ils ;jmberont en défaillance sur le chemin; car quelques-uns sont venus de loin. Ses disciples lui répondirent : Par quel moyen et qui pourra les rassasier de pain dans le désert ? Sur sa

Sequentia sancti Evangelii secundum Marcum. Cap. viii.

Tn illo tempore: Quum turba multa esset cum Jesu, nec haberent quod manducarent, convocatis discipulis, ait illis: Misereor super turbam : quia ecce jam triduo sustinent me, nec habent quod manducent : et si dimisero eos jejunos in domum suam, déficient in via : quidam enim ex eis de longe venerunt. Et responderunt ei discipuli sui: Unde illos quis poterit hic saturare panibus in solitudine ? Et

102 Le Sixième Dimanche après la Pentecôte.

demande: Combien de pains avez-vous ? ils lui dirent : Sept. Alors il fit asseoir la foule sur la terre. Puis prenant les sept pains et rendant grâces, il les rompit et les donna, pour être distribués, à ses disciples qui les servirent à la foule. Ils avaient aussi quelques petits poissons, qu'il bénit de même et fit servir. Ils mangèrent donc et furent rassasiés, et l'on emporta sept corbeilles pleines des morceaux restés en plus. Or ceux qui mangèrent étaient environ quatre mille; et il les renvoya.

interrogavit eos : Quot panes habetis ? Qui dixerunt ; Septem. Et prascepit turbae discumbere super terrani. Et accipiens septem panes, gratias agens fregit, et dabat discipulis suis ut appon'""ent, et apposuerunl turbse. Et habebant pisciculos paucos : et ipsos benedixit, et jussit apponi. Et raanducaverunt, et saturati sunt, et sustulerunt quod superaverat de fragmentis, septem sportas. Erant autem qui manducaverant, quasi quatuor raillia : et dimisit eos.

L'explication du texte sacré nous est donnée par saint Ambroise au nom de l'Eglise, dans l'Homélie du jour; elle n'est point faite pour changer en rien le cours des pensées que nous inspire l'ensemble de la sainte Liturgie dans cette partie de l'année.

« Après la guérison du flux de sang dont souffrait la femme ligure de l'Eglise, après la mission d'évangéliser donnée aux Apôtres, l'aliment de la grâce céleste est distribué aux âmes affamées que ne saurait rassasier l'ancienne l.oi mourante ^ ». Ainsi s'exprime le saint Docteur. Déjà en effet, comme nous le disions il y a huit jours, la loi du Sinaï, con- j vaincue d'impuissance '^, a fait place au Tes-^ îainent de l'alliance universelle. C'est de '

1. Ambr. in I,uc. VI, 6q. — 2. Heb. VII, 18-I9.

A la Messe.

iG3

Sion môme néanmoins qu'est sortie la loi de la grâce ; Jérusalem, la première cette fois encore, a entendu la parole du Seigneur '. Mais les porteurs de la bonne nouvelle, éconduits par un peuple endurci et jaloux, se sont tournés bientôt vers les nations 2, en secouant sur Jérusalem la poussière de leurs pieds; poussière. accusatrice ^, qui retombera dans peu sur l'orgueilleuse cité en pluie vengeresse, plus terrible que les torrents de feu déchaînés autrefois sur Sodome et Gomorrhe *. Déjà, dans la grande famille humaine, c'en est fait de la supériorité de Juda si longtemps maintenue, des droits du premierné. antique honneur d'Israël! La primauté a suivi vers l'Occident Simon Pierre; et le diadème de Sion, tombé de sa tête prévaricatrice '', brille pour jamais au front purifié de la reine des nations.

Comme l'hémorroïsse de l'Evangile qui avait dépensé tout son bien en traitements inutiles, la gentilité, épuisée depuis la chute première en pertes incessantes, avait achevé de dissiper dans les mains des docteurs de mensonge jusqu'à cette lumière primitive et ces dons de nature qui formaient, selon l'expression de l'évêque de Milan, « son patrimoine vital fi ». Mais voici qu'au bruit de l'arrivée du médecin céleste, elle s'est levée dans la conscience de sa misère ; sa foi, triomphant de sa honte, l'a portée à la rencontre du Verbe ; son humble confiance, qui conI. IsAi. n, 3. — 2. Act. xni, 46. — 3. Luc. ix, 5. — 4, Matth. X, i5. — 5. Thren. v, 16. — 6. In Luc.

/ 04 I-'^ Sixième Dimanche après la Pentecôte.

trastait avec l'insultante arrogance de la synagogue, a touché le Christ; et la vertu sortie de lui • a guéri sa plaie originelle, et réparé en un moment ses ruines successives. Il était juste que le Seigneur, ayant ainsi guéri l'humanité, la relevât de son jeûne séculaire, en lui donnant la nourriture convenable. C'est toujours la pensée de saint Ambroise; et, rapprochant du repas miraculeux de notre Evangile cette autre multiplication des pains dont nous avons célébré le mystère au quatrième Dimanche de Carême, il remarque qu'il y a pour la nourriture spirituelle, comme pour celle des corps, divers degrés d'excellence. L'Epoux ne sert point dès le commencement d'ordinaire son vin le plus enivrant, ses mets les plus exquis aux •conviés de son amour -. Beaucoup d ailleurs ne sauraient point s'élever, ici-bas, au delà d'une certaine limite vers la divine et substantielle lumière qui nourrit les âmes. A ceux-là donc, au plus grand nombre, figuré par les cinq mille hommes de la première multiplication miraculeuse, conviennent les cinq pains de moindre qualité ^, répondant par leur nombre aux cinq sens qui retiennent encore plus ou moins la multitude sous leur empire. Mais aux privilégiés de la grâce, aux hommes qui, dommant les mille sollicitudes de la vie et méprisant ses jouissances permises, parviennent dès ce monde à faire régner Dieu seul en leur âme, à ceux-là seuls l'Époux destine le pur froment des sept pains,

I. Luc. VIII, 46. — 2. JoHAN. II, 10. — 3. HorJeaceos : JoHAN. VI, 9.

A la Messe.

ibb

dont le nombre rappelle la plénitude de l'Esprit de sainteté et abonde en mystères.

« Bien que dans le monde, dit saint Ambroise, ils ne sont plus du monde ces hommes qui goûtent l'aliment du mystique repos '. » Au commencement, Dieu donna en six jours à l'univers sorti de ses mains sa perfection et sa beauté; il consacra le septième à la jouissance de ses ouvrages 2. Sept est le chiffre du repos divin; il devait être aussi celui du repos fécond des fils de Dieu, de la consommation des âmes dans la paix

3ui assure l'amour et fait l'invincible force e l'Epouse au Cantique '. C'est pourquoi l'Homme-Dieu, proclamant sur la montagne les béatitudes de la loi d'amour, attribua la septième aux pacifiques ou pacifiés 1, comme devant être nommés excellemment fils de Dieu * En eux seuls, en effet, se développe pleinement le germe de la filiation divine " déposé dans l'âme au baptême. Grâce au silence des passions terrassées, leur esprit, maître de la chair et soumis à Dieu, ne connaît plus les tempêtes intérieures, les brusques variations, les inégalités mêmes si nuisibles toujours à la précieuse semence "; échauffée par les feux du Soleil de justice dans une atmosphère continuellement sereine et sans nuages, elle se dilate sans obstacle, elle croît sans déviation ; absorbant tous les sucs humains de cette terre qui l'a reçue, s'assimilant la terre elle-même, elle ne laisse

10. — 4. Ambr. in Luc. VI, 80. — 5. Matth. ii, 9. — j66 Le Sixième Dimanche après ta Pentecôte.

plus rien voir bientôt que de divin dans ces nommes devenus, pour le Père qui est aux cieux, la très fidèle image de son Fils premier-né '.

<r Elle est donc bien justement la septième cette béatitude des pacifiés, reprencl saint Ambroise; à eux le pain des sept corbeilles, le pain sanctifié, le pain du repos! C'est quelque chose de grand que ce pain du septième jour; et, j'oserai le dire, si, après avoir mangé des cinq pains, vous goûtez les sept, n'attendez plus rien en terre "''. »

Mais pour prétendre à ce festin sans pareil, observez diligemment la condition qu'y met l'Evangile. « Ce n'est point, dit notre Homélie, aux désoeuvrés, aux grands du siècle, aux habitants des villes, qu'est distribué le céleste aliment, mais à ceux qui cherchent le Christ au milieu des déserts; ceux-là seuls qui ont faim sont reçus par le Christ à la participation du Verbe et du royaume de Dieu 3. » Plus leur faim est intense, plus elle est pure surtout et va directement à son divin objet, plus aussi le pain merveilleux confortera ces affamés de lumière et d'amour et les rassasiera délicieusement.

Toute la vérité, toute la bonté, toute la beauté que contient l'univers, ne saurait par soi satisfaire une seule âme; il^y faut Dieu mémo; et tant que l'homme ne l'a point compris, ce que ses sens et sa raison peuvent lui fournir de bien et de vrai, loin de le nourrir, n'est le plus souvent qu'une dislracI. Rom. VIII, 29. — 2. In Luc. Ibid. — 3. Ambb. in Luc. VI, bg.

A la Messe. i 6

tion lamentable à son besoin pressant et un obstacle à la vraie vie. Voyez comme le Seigneur attend, pour agir en faveur de ceux qui le suivent, que toutes leurs provisions humaines soient épuisées. Ils n'ont pas craint, pour rester avec lui, d'atlronter la pénurie du désert; leur foi, plus grande que celle de leurs frères restés dans les villes, les élève aussi plus haut dans l'ordre de ses grâces; à cause de cela même, il ne veut plus que rien en eux agisse concurremment avec le mets divin qu'il prépare à leurs âmes.

Telle est l'importance de ce dépouillement complet sur les sommets de la vie chrétienne, telle aussi la difficulté pour les plus courageux d'y arriver par leurs seuls efforts, qu'on voit le Seigneur intervenir lui-même directement dans l'âme de ses saints pour y faire le désert, et obtenir ce vide, nécessaire à ses dons, au seul aspect duquel frémit la pauvre nature. Luttant comme Jacob avec Dieu ' sous l'effort de cette épuration toute-puissante, la créature se sent alors broyée et consumée dans un indicible martyre. Elle est devenue l'objet des ineffables recherches du Fils de Dieu; mais Celui qui prétend se donner sans réserve aucune, lui si grand à elle si faible et si dénuée, la veut du moins elle aussi tout entière. C'est pour cela que, d'autorité, il la dompte et la brise miséricordieusement, pour la dégager des créatures et d'elle-même. Rien n'échappe des moindres replis, des plus secrets détours de son être au regard transperçant du Verbe ; son action dévorante at1 68 Le Sixième Dimanche après la Pentecôte.

teint dans ses poursuites jalouses jusqu'à la division de l'esprit et de l'âme, pénétrant les moelles et les jointures, scrutant, disséquant sans pitié les intentions et les pensées '. Comme le fondeur en présence du métal précieux qui doit devenir l'ornement des rois, il s'est assis, dit le prophète 2; il a jeté au creuset cette âme amiee, dont il veut faire pour l'éternité l'un des joyaux éclatants de sa noble parure. Tout entier à ce travail qui lui est cher, à cette opération plus délicate à ses yeux que la création de mille mondes, il surveille et active la flamme purifiante, feu consumant lui-même dans la fournaise. Et lorsque depuis longtemps déjà ont cessé de s'élever les dernières vapeurs parties des sens, que les scories plus résistantes de l'esprit sont détachées à leur tour, la fusion étant complète, goutte à goutte comme l'avare il recueille son or; il lui rend consistance; il ne craint plus de le produire aux yeux émerveillés des hommes et des anges: tant est pur son éclat! tant le divin ciseleur est assuré maintenant d'y retracer, selon qu'il le voudra, en traits dignes de lui, sa fidèle image !

« Le Seigneur nous appelle, disait l'ancien peuple sortant d'Egypte a la suite de Moïse; nous irons à trois' journées de chemin dans le désert, pour y sacrifier au Seigneur notre Dieu 3. » Les disciples de Jésus-Christ, dans notre Evangile, l'ont de même suivi au

I. Heb. IV, 12, i3.— 2. Malach. III, 24. — 3. Exod.

A la Messe. j6ij

désert ; après trois jours, ils ont été nourris d'un pain miraculeux qui présageait la victime du grand Sacrifice figuré par celui d'Israël. Bienlor le présage et la figure vont faire place, sur l'autel qui est de\"ant nous, à la plus sublime des réalités. Quittons la terre de servitude, où nous retenaient nos vices; l'appel miséricordieux du Seigneur est pout nous de chacj^ue jour; établissons donc poui jamais nos âmes loin des frivolités mondaines, dans la retraite d'un profond recueillement. Prions le Seigneur, en chantant l'Offertoire, qu'il daigne lui-même affermir nos pas dans les sentiers de ce désert intérieur, où il nous écoutera toujours favorablement et multipliera pour nous les merveilles de sa grâce.

_ FFERMlssEZ mes pas dans qerfice gressus meos

/» vos sentiers, afin que ma I in seraitis tuis, ut

marche soit sûre; inclinez non moveantur vestigia

votre oreille et exaucez mes mea ; inclina aurem

paroles; faites éclater vos tuam, et exaudi verba

miséricordes, Seigneur qui mea : mirifica misericorsauvez ceux qui espèrent en dias tuas, qui salvos favous. cis sperantes in te. Domine.

L'efficacité de nos prières n'est assurée qu'autantque la foi les anime et inspire leur objet. L'Eglise, en recevant les dons de ses tils pour le Sacrifice, demande dans la Secrète qu'il en soit ainsi pour eux tous.

SEIGNEUR, soyez propice à 1 qropitiare, Domine, nos supplications, et rece- | supplication ibus vez avec bienveillance ces | nostris, et has populi tui

I'] 0 Le Temps après la Pentecôte.

oblationes bcnignus assume : et ut nuUius sit irritum votum, nuUius vacua postulatio, prœ- sta; ut quod fideliter petimus, efficaciter consequamur. Per Dominum.

dons de votre peuple : faites que de personne le désir ne soit vain, la demande inexaucée ; afin que nous obtenions efficacement ce que nous demandons dans la foi. Par notre Seigneur.

Les autres Secrètes comme ci-dessus, page

ii8.

Nous admirions tout à l'heure le travail de purification qu'opère dans les âmes de son choix l'Ange de l'alliance. Or le prophète qui nous faisait assister à cette divine refonte des élus, en révèle le motif par ces paroles qui expliquent du même coup l'Antienne de la Communion : « Et ilssacrilîerontau Seigneur « dans la justice; et le sacrifice de Juda et de « Jérusalem plaira au Seigneur comme aux tt jours du passé, comme dans les temps « antiques i. »

CIRCUIBO, et immolabo in tabernaculo ejus hostiam jubilationis : caniabo, et psalmum dicam Domino.

JE ferai le tour de l'autel, et j'immolerai dans son tabernacle une hostie d'allégresse ; je chanterai, et je dirai des psaumes au Seigneur.

Les Mystères sacrés sont le vrai feu purifiant ; ils dégagent pleinement des restes du péché quiconque s'abandonneà leurs ardeurs divines, et l'affermissent dans la voie de la perfection. Disons donc avec l'Eglise :

1. Malach. ni, 4.

Le Sixième Dimanche après la Pentecôte. ly i

Nous avons été remplis de vos dons, ô Seigneur : faites, nous vous en supplions, que nous soyons purifiés par leur vertu et fortifiés par leur secours. Par notre Seigneur.

IjEPLETl sumus, DoI\ mine , muneribus tuis : iribue quaesumus; ut eorum et mundcmur effectu, et muniamur auxilio. Per Dominura nostrum.

Les autres Postcommunions ci-dessus, /jag^e

ES Psaumes, les Antiennes, le Capitule, ' l'Hymneet le Verset, ci-dessuSj/jag-es 52-61.

ANTIENNE DE Magnificat.

J'ai compassion de cette foule ; car voilà déjà trois jours qu'ils demeurent avec moi continuellement, et ils n'ont rien à manger. Si je les renvoie à jeun, ils tomberont en défaillance sur le chemin, alléluia

MISEREOR super t;:rbam, quia eccc jani triduo sustinent me, nec habent quod manducent, et si dimisero eos jejunos, déficient in via, alléluia.

L'Oraison ci-dessus, page i5i.

L'Antienne quiouvre l'Officedece Dimanche a pour objet, comme nous l'avons dit, l'expression du repentir de David devenu pécheur. Il en est de même des Répons que nous donnons à la suite.

Ant. Ç)

BSECRO ,1 Aj-T T E^vous en prie, -~ v_. Domine , ^^^'à Seigneur, paraufer iniquitatem servi donnez l'iniquite de votre Uii, quia insipienter egi. serviteur, car ] ai agi en insensé.

R). Peccavi super nu merum arenae maris, et mulliplicata sunt peccata mea ; et non sum dignus videre altitudinem cceli prae multitudine iniquitatis mese, quoniam irritavi iram luam : * Et malum coram le feci.

i^. Quoniam iniquitatem nieam ego cognosco, et delictum meum contra me est semper, quia tibi soli peccavi. ' Et malum.

'Bf. Recordare, Domine, testamenti tui, et die Angelo percutienti Cesset jam manus tua : • Ut non desoletur terra, et ne perdas omnem animam vivam.

f. Ego sum qui peccavi, ego qui inique egi : isti qui oves sunt, quid fecerunt ? Avertatur obsecro furor tuus, Domine, a populo tuo. * Ut ncn.

Ajoutons ces deux cales du Missel moz

^. J'ai péché par delà le nombre des grains de sable du rivage de la mer, et mes péchés se sont multipliés ; je ne suis pas digne de voir la hauteur des cieux,enraison de la multitude de mes iniquités ; car j'ai irrité votre colère, * Et fait le mal en votre présence.

f. Car je connais mon iniquité, et mon péché est toujours devant moi ; parce que c'est contre vous seul que j'ai péché, * Et fait le mal.

^. Souvenez-vous, Seigneur, de votre alliance, et dites à l'Ange exterminateur: Que ta main cesse maintenant de frapper ; * Afin que ne soit pas désolée la terre, et que toute âme vivante ne meure pas sous vos coups.

^ . C'est moi qui ai péché, moi qui suis le coupable : ceux-là qui sont les brebis, qu'ont-ils fait ? Je vous en prie, détournez votre colère, Seigneur, de dessus votre peuple. * Afin que.

belles formules dominiarabe.

Le Sixième Dimanâie après la Pentecôte, i j 3

FRÈRES bien-aimés. prions Dieu : c'est tomber que de se détourner de lui, c'est ressusciter que de se convertir à lui ; en sortir c'est la mort, y demeurer c'est la vie, l'affermissement, la croissance ; nul ne le cherche que fioussé par la raison, nul ne e trouve qu'étant pur de ca-ur, nul ne le perd que déçu par l'erreur. Donc prions-le instamment qu'en réponse à nos recherches il se trouve en nous, et qu'invoqué il ne s'éloigne pas, mais s'unisse intimement par le labeur de sa miséricorde à nos puissances.

DEUM, a quo averti cadere est. ad qucm converti resurgere est ; a quo exire mori ; in quo manere, vivere et consistere atque vivescere est ; quem nemo qusrit nisi ratione commonitus, nemo invenit nisi corde purgatus, nemo amittit nisi errore deceptus : intentis, fratres charissimi, precibus orando rogemus ; ut in nobis quxsitus existât, neque cum fuerit invocatus abscedat, sed sensibus nostris studio misericordias suas se insérât.

SEIGNEUR Dieu prié par nous incessamment, c'est vous dans votre clémence qui nous donnez de vous prier ainsi ; ainsi accordez-vous à qui désire l'objet de ses vœux, et ne refusez-vous rien à qui vit pieusement : inspireznous d'acceptables prières, accomplissez les oeuvres qui vous plaisent. Donnez-nous ce qu'en nous vous puissiez aimer, afin que vous daigniez toujours être pour nous exorable. Accordez-nous des vœux inspirés par la foi. de iaints désirs, des œuvres alerDOMINE Deus qui a nobis indesinenter rogaris, et clementer tribuis ut rogeris : qui das votum optanti, et pie viventibus nihil denegas : praeroga quod audias, aut perficias quod acceptas. Da nobis quod âmes in nobis, ut digneris semper exaudiri pro nobis. "Tribue vota fidelia, sancta desideria, prompta officia, sedula mysteria, verba supplicia, grata eloquia, prœ- conia indefessa. Sint

IJ4 ^^ Temps après là Pentecôte.

pursE preces, petitiones commodae, supplicationes justae , rogationes crebrse, laudes assidux - ut ad salutem sternam omnia prœstes omnibus, dum invocaris ab omnibus.

tes, l'empressement aux Mystères, les paroles suppliantes, le langage qui vous charme, les chants jamais lassés. Que pwes soient les prières, opportunes les demandes, justes les supplications, fréquentes les instances, sans fin la louange : afin qu'à tous vous donniez toutes choses utiles au salut éternel, étant invoqué par tous.

E cycle dominical du Temps après la Pentecôte complète aujourd'hui son premier septénaire. Avant la translation générale qu'eurent à subir les lectures évangéliques dans cette partie de l'année, l'Evangile ae la multiplication des sept pains donnait son nom au septième Dimanche, et le mystère qu'il renferme inspire encore en plus d'un point la liturgie de ce jour.

Or nous avons vu que ce mystère était celui de la consommation des parfaits dans le repos de Dieu, dans la paix féconde de l'union divine. Salomon, le Pacifique par excellence, le chantre aiiguste et autorisé de l'épithalame sacré du Cantique, est donc bien venu pour exalter aujourd'hui la Sagesse divine, et révéler ses voies au fils des hommes. Dans les années où la Pâque atteint son plus haut terme en avril, le septième

lyô Le Sept. Dimanche après la Pentecôte.

Dimanche après la Pentecôte est en effet le premier du mois d'août, et l'Eglise y commence, à l'Office de la nuit, la lecture des livres Sapientiaux. Autrement elle continue, il est vrai, celle des livres historiques, qui peut se poursuivre ainsi cinq semaines encore ; mais alors même la Sagesse éternelle garde ses droits sur ce Dimanche que le nombre septénaire lui consacrait déjà d'une façon si spéciale. Car au défaut des instructions inspirées du livre des Proverbes, nousvoyons Salomon en personne prêcher d'exemple au troisième livre des Rois, préférer la Sagesse à tous les trésors, et la faire asseoir avec lui comme son inspiratrice et sa très noble Epouse sur le trône de David son père.

David lui aussi, nous dit saint Jérôme interprétant l'Ecriture de ce jour au nom de l'Eglise elle-même ', David, sur la fin de sa vie guerrière et tourmentée, connut les charmes de cette incomparable Epouse des pacifiques; et ses chastes caresses, qui n'allument point les feux de la concupiscence, triomphèrent en lui divinement des glaces de l'âge

« Qu'elle soit donc mienne aussi, reprend un peu plus loin le solitaire de Bethléhem ; qu'elle repose en mon sein cette Sagesse toujours pure. Sans vieillir jamais, fécondeàtoute heure en son éternelle virginité, c'est aux ardeurs de sa flamme divine que s'allume dans le chrétien la. ferveur de l'esprit demandée par l'Apôtre ^1 c'est par l'amoindrisseI. In II Nocturne, ex Epist. ad Nepotianum. —

2. Rom. xn, 1 1.

A la Messe. ijj

ment de son empire qu'à la fin des temps ' se refroidira la charité de plusieurs 2. »

Le récit de la gucrison des deux aveugles rapportée au chapitre ix« de sairn Matthieu fait pour les Grecs le sujet de l'Evangile de ce Dimanche.

L'Eglise, laissant la synagogue dans ses villes condamnées à périr, à suivi Jésus au désert. Pendant que les fils du royaume ^ assistent sans voir à cette transmigration pour eux si fatale, la tige de Jessé, devenue l'étendard des nations ^, convoque les peuples et les amène par rangs pressés sur les traces de l'Eglise. De l'Orient et de l'Occident, du Nord et du Midi, ils arrivent et prennent place avec Abraham, Isaac et Jacob au banquet du royaume des cieux ». Mêlons nos \ oix, dans l'Introït, à leurs chants d'allégresse.

Tot'TES les nations, frappez des mains ; jubilez à Dieu dans des chants d'allégresse.

Ps. Car le Seigneur est élevé et terrible; il est le grand Roi de toute la terre. Coire au Père. Toutes les nations.

O.MNES gentes, plaudite manibus : jubilate Deo in voce exsultationis.

Ps. Quoniam Dominus exceisus, terribilisRex magnus super omnem terram. Gloria Patri. Omnes gentes.

I. Matth. XXIV, 12. — 2. Ep. ad Nepot., 4. —

3. Matth. viii, 12. — 4. Isai. xi, 10. — 5. MatthijS Le Sept. Dimanche après la Pentecôte.

. Il n'esl point de contradiction qui puisse empêcher la Sagesse d'arriver à ses fins. Le peuple juif renie son roi; mais la gentilité s'est levée pour acclamer le fils de David '. Comme nous le chantions dans l'Introït, son règne s'étend déjà sur toute la terre. L'Eglise demande, dans la Collecte, l'éloignement des maux et l'abondance des biens qui doivent affermir dans la paix la puissance du vrai Salomon.

DEUS, cujus providentia in sui dispositione non fallitur : le supplices exoramus, ut noxia cuncta submoveas, et omnia nobis profutura concédas. Per Dominum nostrum Jesum Christum.

ODiEU dont la providence n'est jamais frustrée dans ses desseins, nous vous supplions d'écarter de nous tout ce qui pourrait nuire et de nous accorder tout ce qui peut être salutaire. Par .lésus-Christ notre Seigneur.

Les autres Collectes page io6.

comme ci -dessus,

Lectio Epistolae beati Pauli Apostoli ad Romanos. Cap. vi.

FRATRES, Humanum dico propter infirmitatem carnis vestrae : sicut enim exhibuistis membra vestra servire immunditiae et iniquitati

Lecture de l'Epître du bienheureux Paul, Apôtre, aux Romains. Chap. vi.

MES Frères, je parle humainement à cause de la faiblesse de votre chair : comme vous avez fait servir vos membres à l'impureté et à l'injustice pour l'iniquité,

1. Vivat rex in seternuin : Ant. ad Magnificat in 1'

Vesp. Dom. vu post Pentec.

.4 la Messe.

faiies-les servir maintenant à la justice pour votre sanctification. C;ir lorsque vous étiez esclaves du péché, vous étie.; indépendants de la justice. Quel fruit donc vous rapportaient alors ces actes dont vous rougissez maintenant ? Car leur fin, c'est la mort. Mais maintenant qu'affranchis du péché vous êtes devenus serviteurs de Dieu, vous avez pour fruit la sainteté, et pour fin la vie éternelle. Car la mort est la solde du péché ; mais le don de Dieu, c'est la vie éternelle dans le Christ Jésus notre Seigneur.

ad iniquitatem; ita nunc exhibete membra vesira servire justiti» in sanctificationem. Cum enim servi essetis peccati, libcri fuistis justitix. Quem ergo fructum habuistis tune in illis, in quibus nunc erubescitis? Nam finis illorum mors est. Nunc vero liberali a peccato, servi autem facti Deo, habetis fructum vestrum in sanctificationem, finem vero vitam sternam. Stipendia enim peccati, mors. Gratia autem Dei, vita œterna : in Christo Jesu Domino nostro.

CONSIDÉREZ-VOUS commc morts au péché et vivant pour Dieu dans le Christ Jésus notre Seigneur'. » Le Docteur des nations entre aujourd'hui dans le développement de cette formule par excellence de la vie chrétienne. L'Epîtrede Dimanche dernier n'avait eu d'autre but que d'en établir les termes ; elle nous l'a montrée ressortant de la notion du baptême qui nous unit au Christ sous les eaux.

Là. comme dans un tombeau, la mort de Jésus devient nôtre et nous délivre du péché. Vendus au péché 2 par nos premiers parents avant même que a'avoir vu le jour, marqués en naissant de son stigmate ignominieux, notre vie entière appartenait à ce

i8o Le Sept. Dimanche après la Pentecôte.

tyran cruel ; maître avide, il nous faisait sentir son droit de tout instant sur les membres flétris d'un corps esclave. Mais si la vie de l'esclave est de droit à son maître, la mort au moins délivre son âme, et la sépulture dérobe son corps même aux revendications de l'exacteur '. Or sur la croix de l'Homme-Dieu, sur la croix de Jésus devenu péché - pour nos crimes, l'humanité coupaole a suivi, au regard d'une miséricordieuse justice, le sort ae son chef innocent. Le vieil homme, issu d'Adam pécheur, a été crucifié ; il est mort dans le Christ; et l'esclave de naissance, affranchi par cette bienheureuse mort, a vu ensevelir sous les eaux le corps de péché qui portait dans sa chair le titre de sa servitude.

Le corps du péché, c'était en effet notre chair, non l'innocente sortie toute pure à l'origine des mains du Créateur, mais la chair souillée de génération en génération

&ar la transmission d'un honteux héritage, ans le secret du mystérieux tombeau, l'onde dissolvante a détruit la souillure de ce corps avili; elle a disjoint du même coup ces membres du péché qui sont les passions mauvaises 3, tristes puissances du mal qui déformaient en nous et tournaient au crime les facultés et les organes reçus de Dieu pour accomplir toute justice. En un moment, le fort armé * a perdu le titre de sa possession ; la mort lui a ravi son esclave. Le péché donc étant détruit, la triple concupiscence

I. Job. ni, i8. — 2. II Cor. v, 21. — 3. Col. m,

A la Messe.

i:ii

décapitée s'a.gite en vain ; aidé de la grâce, l'homme délivré saura toujours enipcclicr, s'il le veut, ces hideux tronçons du serpent de se rejoindre et de retrouver leur chef.

Car telle est l'action multiple et une di^ saint baptême : en un clin d'œil, et par sa seule puissance, il extirpe le péché et réduit à néant tous ses droits acquis ; mais l'homme doit ensuite prêter son concours à la grâce du sacrement, pour surveiller en lui les penchants complices du mal toujours prêt à renaître, et continuer sans tin sur ses rejetcns impurs l'œuvre d'extermination salutaire du premier jour. A la mort du péché, résultat tout (.livin dans sa plénitude et sa rapidité foudrovante pour l'ancien ennemi, succède pour Pesclave atlranchi le long travail de la mortification de l'esprit et des sens. Mais c'est toujours la vertu du premier sacrement qui poursuit alors dans le chrétien son œuvre vengeresse ; c'est le saint baptême qui, ayant opéré seul dans le malheureux captif du péché ce que Dieu seul en effet pouvait faire, l'appelle, maintenant que ses chaînes sont tombées, à mener de concert la lutte glorieuse de son indépendance, et le convie à partager l'honneur de la victoire divine sur Satan" et ses œuvres.

La répression de la chair apparaîtra de nouveau. Dimanche prochain, comme le vrai monument de notre liberté sur terre, comme ia preuve authentique de la noblesse des fils de Dieu. « Que du moins, dirons-nous dès ff maintenant avec l'Apôtre', que du moins

i82 Le Sept. Dimancne après la Pentecôte.

« le péché ne règne plus dans votre corps « mortel ; n'obéissez plus à ses désirs hon« teux. Ne faites plus de vos membres des « armes d'injustice au service du mal ; de « morts que vous étiez, soyez vraiment vi« vants pour Dieu ; faites de vos membres « des armes de justice à sa gloire. Car le << péché n'est plus votre maître, et sa tyran« nie sur vous a pris fin par la grâce. Lui « obéissant de nouveau, vous redeviendriez « son esclave; ne lui rendez pas contre vous « ce titre de mort. Mais louez Dieu qui a « brisé vos fers, et souvenez-vous qu'affran« chis du péché, vous êtes devenus les ser« viteurs de la justice. »

Ferons-nous moins pour elle qu'on ne fait partout pour le péché son ennemi ? Certes, la justice mérite plus d'efforts de notre part que l'odieux tyran qui n'a pour ses esclaves ■que la honte et la mort. Et pourtant, admirable condescendance du ciel pour notre faiblesse ! saint Paul le déclare au nom du Saint-Esprit, dans l'Epître du jour : servons la justice comme nous avons servi le péché, et nous serons saints, et nous aurons la vie éternelle '.

Humilions-nous, hélas ! et sondons nos misères. Qu'est devenue pour plusieurs, dans la voie du salut, cette ardeur dévorante avec laquelle on les voyait courir les mille sentiers du mal ? La vraie conversion cependant n'a point pour résultat l'engourdissement des facultés ; elle tourne à Dieu l'activité humaine, et l'augmente en lui rendant son but légiA la Messe.

time, ou tout au moins ne la diminue pas, ce qui serait une injure à la grâce.

Quelles leçons donc ne nous donnent point les tils du siècle, à la poursuite de l'ambition, de l'intérêt ou du plaisir ! Que d'activité, d'industrie et de persévérance, que de soutTrances souvent , que d'abnégation en tous genres et d'héroïsme à faux pour satisfaire a la fois les sept tètes de la béte, et gagner d'être admis a tremper ses lèvres un mstant dans la coupe fangeuse de Babylone ' ! 1! en est, sous les voûtes infernales, qui ont plus peiné et pâti, pour se damner, que n'ont tait les martyrs : et que de fois sans même avoir atteint la compensation prétendue qu'ils rêvaient ici-bas! Car le troupeau de Satan n'arrive pas toujours à lui complaire au point de mériter, même un jour, les viles récompenses de ses esclaves.

La justice en use autrement avec les siens; elle n'abaisse point, elle ne trompe point ceux qui la servent. Elle affermit leurs pas dans la paix, augmente sans fin le trésor de leurs mérites, et les conduit sûrement à la perfection de l'amour. La vie de l'union divine s'épanouit alors comme spontanément à ce faite delà justice, et s'appuie sur elle comme la tieur sur sa tige. « Celui qui est aflermi dans la justice possédera la Sagesse, dit l'Esprit-Saint ; c'est en lui qu'elle prendra ses délices d'Epouse-. »

Pourrions-nous donc compter avec des travaux qui préparent le ciel, et devancent icibas les mystères de la patrie ? La vie présente,

l. Apoc. XV)

1 84 Le Sept. Dimanche après la Pentecôte.

quelque longue qu'elle puisse être, paraît peu de chose à l'âme fidèle heureuse de pouvoir y prouver son amour. « Jacob, dit saint Augustin, servit deux fois sept ans i pour Rachel, dont le nom signifie la vision du principe, ou le Verbe, la Sagesse qui révèle Dieu. C'est elle qu'aime en effet tout homme vertueux en ce , monde ; c'est pour elle qu'il travaille et souffre, en servant la justice. Comme Jacob, ce qu'il recherche dans ses labeurs, ce n'est point assurément la fatigue pour elle-même, mais la possession qu'elle doit lui valoir de Rachel en sa beauté, le repos dar.s le Verbe où l'on voit le prbicipe qui est Dieu. Est-il un vrai serviteur de Dieu qui puisse avoir d'autre pensée sous l'empire de la grâce ? Que veut l'homme, quand il se convertit ? que médite-t-il, que porte-il en son cœur, qu'aime-t-il et désiret-il ainsi passionnément, sinon la science de la Sagesse ? L'homme sans doute voudrait, s'il était possible, écarter le travail et la peine, pour arriver de suite aux délices de la toute belle et parfaite Sagesse; mais cela ne se peut dans la terre des mourants. L'E- criture nous l'apprend, quand elle dit : Tu désires la Sagesse ? garde les commandements, et le Seigneur te la donnera '-. Les commandements dont il est ici parlé regardent les œuvres de la justice, de cette justice qui vient de la foi, qui vit au milieu de l'incertitude des tentations et sous les ombres, afin qu'en croyant pieusement ce qu'elle ne comprend pas encore, elle arrive à mériter l'intelligence.

I. Gen. sxix, i8-3o. — 2- Eccli. i, 33.

.1 la Messe.

iS5

«'Il ne faut donc point blâmer l'ardeur de ceux qu'embrase le désir de posséder la vérité sans voiles, mais ramener leur amour à l'ordre qui est de commencer par la foi, et de s'eflbrcer d'arriver par l'exercice des bonnes mœurs où il tend. Dans le chemin, c'est le labeur de la vertu; mais au terme convoité brille la Sagesse. Aime et désire dès le commencement et au-dessus de toute chose un objet si digne ; mais que l'ardeur qui te domine ait pour premier résultat de te faire embrasser la fatigue de la route qui conduit au but où te porte l'amour. Une fois arrivé même, tu ne posséderas point dans le temps la belle vérité, sans avoir à cultiver toujours de compagnie la laborieuse justice. Quelque pénétrante et pure que puisse devenir en effet pour des mortels la vue du bien immuable, le corps qui se corrompt alourdit l'âme, et cette demeure terrestre abat toujours l'esprit sous le poids de mille soins '. La Sagesse est l'unique but auquel on doit tendre; mais il faut supporter beaucoup pour l'atteindre^. »

L'Eglise, dans le Graduel, continue d'exprimer la pensée qui domine ce septième Dimanche: elle invite ses fils à venir recevoir d'elle la science de la crainte du Seigneur; car la crainte du Seigneur est le commencement de la Sagesse *. Le Verset appelle de nouveau les nations, héritières de Jacob, à célébrer dans l'allégresse le don de Dieu.

I. Sap. IX, i5. — 2. AuG. Contra Faust., xxii, 5o-58.

— 3 Psalm. ex, lo.

iS6 Le Sept. Dimanche après la Pentecôte.

VENITE, filii, audite me : timorem Domini docebo vos.

f. Accedite ad eum, et illuminamini : et faciès vestrae non confundentur.

Alléluia, alléluia, j^. Omnes gentes, plaudite manibus : jubilate Deo in voce exsultationis. Atleluia.

VENEZ, mes fils, écoutezmoi : je vous enseignerai la crainte du Seigneur.

f. Approchez-vous de lui, et recevez la lumière ; et vos visages ne seront point confondus.

Alléluia, alléluia.

f. Toutes les nations, frappez des mains : jubilez à Dieu dans des chants d'allégresse. Alléluia.

Sequentia sancti -Evangelii secundum Matthaeum. Cap. vu.

IN illo tempore: Dixit Jésus discipulis suis: Attendite a falsis prophetis, qui veniunt ad vos in vestimentis ovium, intrinsecus autem sunt lupi rapaces : a fructibus eorum cognoscetis eos. Numquid colligunt de spinis uvas, aut de tribulis ficus ? Sic omnis arbor bona fructus bonos facit : mala autem arbor malos fructus facit. Non potest arbor bona malos fructus facere : neque arbor mala bonos fructus facere. Omnis arbor, quae non facit fructum bonum, excidetur, et in ignem mittetur. Igitur

La suite du saint Evangile selon saint Matthieu. Chap. vu.

EN ce temps-là, Jésus dit à ses disciples : Gardezvous des faux prophètes qui viennent à vous dans des peaux de brebis et sont au dedans des loups ravissants. Vous les connaîtrez à leurs fruits. Est-cequ'on cueilledes raisins sur les épines ou des figues sur les ronces ? Ainsi tout arbre bon produit de bons fruits, et tout arbre mauvais produit de mauvais fruits. Un bon arbre ne peut produire de mauvais fruits, ni un mauvais arbre de bons fruits. Tout arbre qui ne produit pas de bon fruit sera coupé et jeté au feu. Vous les connaîtrez donc à leurs fruits. Tous ceux qui me diA la Messe.

iS:

sent: Seigneur, Seigneur, n'entreront pas dans le royaume des cieux ; mais l'homme qui fait la volonté de mon Père qui est au ciel, c'est celui-là qui entrera dans le royaume des cieux.

ex fructibus eorum cognoscetis eos. Non omnis qui dicit mihi : Domine, Domine, intrabit in regnumcœlorum: sedqui facit voluntatem Patris mei, qui in ccelis est, ipse intrabit in regnum coelorum.

LE peuple juif, en repoussant TEvangile, a rejeté la lumière. Pendant que le "Soleil de justice, salué par les nations, illumine de ses feux toujours croissants l'ancienne région des ombres de la mort ', la nuit s'étend sur la terre autrefois bénie des patriarches, et les ténèbres s'épaississent à toute heure en Jérusalem. Dans l'aveuglement qui la pousse à sa perte, la synagogue, justifie pleinement la parole du Sauveur: Celui gui marche dans les ténèbres ne sait oit il va -. Elle précipite par ses démarches insensées la catastrophe qui doit l'engloutir.

Les faux prophètes et les faux christs abondent en Israël ^, depuis que le vrai Messie qu'annonçaient les Prophètes, s'est vu méconnu et traité par les siens ^ comme les Prophètes eux-mêmes ■'. Ses témoins, les Apôtres, ont tenté en vain d'obtenir de Juda la rétractation du fatal reniement du prétoire. Juda cependant sait mieux que personne que les temps sont accomplis, depuis Îue le sceptre est tombé de ses mains 6; et uda, qui repousse dédaigneusement la

I. ISAI. IX, 2. — 2. JOHAN. XII, 35.— 3. MaTTH.

— 6. Gen. xnx, lo.

i88 Le Sept. Dimanche après la Pentecôte.

royauté spirituelle du Sauveur des hommes, n'en continue pas moins d'attendre sans cesse et de chercher partout le christ qu'il a rêvé, le messie qui lui rendra sa puissance. Les docteurs iuifs n'ont point encore, pour écarter l'autorité écrasante d'oracles qui les confondent, inventé la sentence de leur Talmud: <( Maudit soit celui qui suppute les temps de la venue du Messie ' ! » Quels sentiments ne doivent donc pas s'agit&r dans l'âme d'un peuple qui, tant de siècles durant, vécut de l'attente d'une heure solennelle entre toutes: lorsqu'entin il se rend compte que la dernière limite des temps annoncés lui échappe et va le contraindre a renier son passé, ou le forcer d'avouer, au pied de la croix qu'il a dressée, son erreur lamentable 1

Une étrange anxiété s'empare alors de la nation déicide. L'esprit de vertige préside à ses conseils. Dans l'etïarement de la fébrile démence qui remplace en son cœur l'attente sereine et soumise des patriarches, elle voit le Christ en tous les révoltés; elle qui n'a

Eoint voulu du his de David se livre à des ommes sans nom, et s'abandonne à tous les aventuriers qui se la disputent au nom de l'insurrection contre Rome et de l'indépendance chimérique de la patrie terrestre. Bientôt l'anarchie et la confusion sont au comble dans la Judée ; les partis hostiles portent leurs querelles sanglantes jusqu'au fond du sanctuaire. La fille de Sion suit ses faux christs au désert 2, et s'y dresse à l'émeute; elle en revient, pour remplir la ville sainte

I. Tract. Sanhcdr., c. x. — 2. Matth. xxiv, 26.

A la Messe. i8g

des voleurs de grand chemin et de tous les sicaires errants dans les solitudes. Longtemps à l'avance, Ezéchiel avait dit: « Tes prophètes, Israël, sont devenus pareils aux renards du désert ; malheur aux prophètes insensés qui ne débitent que des visions menteuses'! » Et Isaic s'écriait: « A cause de cela, le Seigneur frappera ce peuple; il n'aura pitié ni des jeunes gens, ni des enfants, ni des veuves, parce qu'ils sont tous hypocrites et criminels, et que leur bouche ne profère que folies -. » .>

Le temps est proche; l'heure vient, pour ceux qui sont dans la Judée, de fuir aux montagnes s. C'était la recommandation du Seigneur; et, en effet, l'histoire nous montrera bientôt les chrétiens de Jérusalem quittant la ville réprouvée, sous la conduite de Siméon leur évêque ^. Avec eux s'enfuit la dernière espérance de Sion; Dieu va venger son Christ. Déjà le signal de ruine, le coup de sifflet divin qu'entendait le prophète ^, a retenti au delà des mers; et ils accourent, ils viennent d'Italie sur les navires qu'avait vus Balaam ^ ceux qui doivent dévaster les Hébreux. Le chef annoncé par Daniel aborde enfin l'ancienne terre des promesses; la désolation et la ruine qui l'accompagnent resteront après lui ''.

Laissons les Juifs hâter leur perte et revenons à l'Eglise qui s'élève, au même temps, si grande et si belle sur la pierre d'angle

26. — 6. Num. XXIV, 24. — 7. Dan. ix, 26-27.

igo Le Sept. Dimanche après la Pentecôte.

re jetée de la synagogue '. A cause de l'absence de cette pierre, où les ouvriers de Sion n'ont point su reconnaître la base nécessaire qui portait leur ville, Jérusalem tombe en Judée; mais elle reparaît plus brillante sur les collines - où Cépnas 3, prince des Apôtres, a transplanté son fondement éternel. Affermie sur le roc divin, elle ne craindra plus la violence des flots ni les vents déchaînés contre ses murailles *. Les faux prophètes et tous ces ouvriers de mensonge, qui sapèrent si fatalement les murs de l'ancienne, ne manqueront point cependant à la nouvelle Jérusalem. « Car (7 est nécessaire que le scandale arrive », disait le Seigneur '•> ; et l'Apôtre, parlant de l'hérésie, le plus grand des scandales : « Il faut, dit-il de même, qu'il y ait des hérésies, pour i^jue la vertu des bons soit manifestée dans l'épreuve de leur foi ^. n

Pour chaque chrétien, en effet, comme pour l'Eglise entière, la garantie de l'édifice de la sainteté repose sur la fermeté de la foi qui en est le fondement. L'Esprit-Saint se refuse à bâtir sur un fondement ruineux ou mal assuré. Quand surtout il doit conduire une âme jusqu'aux régions supérieures de l'union divine, il exige d'elle tout d'abord une foi non moins supérieure, dont l'héroïsme puisse affronter victorieusement les luttes puritîcatrices au prix desquelles se conquièrent la lumière et l'amour. A tous les degrés de la vie chrétienne d'ailleurs,

I. Psalai. CXVII, 22. — 2. ISAl. n, 2. — 3. JOHAN.

I, 42. — 4. Matth. VII, 24-27. — 5. Jbid. XVIII, 7. -

A la Messe. i g i

c'est la foi qui fournit à l'amour son aliment et sa substance ', comme c'est elle aussi qui donne aux vertus leurs motifs surnaturels et les rend dignes de former le cortège royal de (3 sainte cliarité. Le développement d'une âme ne saurait donc point dépasser la mesure de sa foi. L'ampleur de celle-ci, sa plénitude croissante, sa rectitude en tout, assurent les progrès que le juste doit accomplir; tandis que la sainteté qui prétend marcher de concert avec une croyance amoindrie, n'est elle-même qu'une sainteté bien équivoque et sujette aux plus redoutables illusions. Il était donc véritablement bon et salutaire

3ue la foi fût tentée, parce qu'elle rayonne avantage et s'affermit dans l'épreuve. Saint Paul a célébré magnifiquement, dans l'Epitre aux Hébreux -, les triomphes de la foi des anciens. L'alliance nouvelle pouvait-elle se trouver dépourvue des luttes glorieuses qui furent le mérite de nos pères au temps des figures? C'est par leur foi victorieuse dans la parole de la promesse, que tous ces dignes ancêtres du peuple chrétien ont mérité que Dieu même leur rendît témoignage ^. Pour nous qui possédons dans la joie ï'objet de leurs héroïques espérances, l'épreuve sans doute n'est plus comme pour eux dans l'attente. Mais l'hérésie, née de l'orgueil de l'homme et de la malice de l'enfer, Vhérésie et ses annexes variées qui sont les multiples diminutions de la vérité dans le monae S sauront nous faire un mérite de la bienheuI. Heb. XI, I. — 2. Ibid. 4-40. — 3. Ihid., 2, 3g. — Psalm. XI, 2.

ir,2 Le Sept. Dimanche après la Pentecôte.

reuse possession des réalités qu'ils saluaient de loin dans leurs larmes i. L'homme voudn-. malgré l'Eslise, mêler à la révélation d cr, hau? ses vaines pensées; et le pnnce du monde 2 appuiera ces tentatives audacieuse^ d'altération du Verbe. Mais la Sagesse, jamais vaincue 3, V trouvera pour les siem; l'occasion des plus belles victoires; de la cette permission si large laissée par Dieu aux sectes ennemies, dès les premiers jours du christianisme et dans tous les temps, de se produire au grand jour. C'est dans le champ des combats contre l'erreur que 1 Eglise, produisant au soleil sa divine armure ;, apparaît toute resplendissante de cette vente absolue nui est la splendeur du Verbe son Epoux 5; c'est par le triomphe personnel sur 1 esprit de mensonge et l'adhésion spontanée aux enseignements du Christ et de son Eglise, que le chrétien se manifeste en toute vente fils de la lumière «, et devient lui-même la lumière du monde". . ,

Le combat n'est point sans penls pour le chrétien qui veut garder dans son intégrité la foi de sa mère l'Eglise. Les ruses de 1 ennemi, son hypocrisie calculée et patiente, l'adresse perfide avec laquelle il sait mouvoir dans l'âme, presque à l'insu de l'ame même, milleressorts secretsqui l'inclinent a 1 erreur, finissent souvent par prévaloir contre la lumière en diminuant ses rayons, s ils ne 1 eleignent entièrement. La victoire néanmoins

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