L'Année liturgique — Le Temps après la Pentecôte (t. 10-15) (page 19)

Dom Prosper Guéranger · Vie de piété

Texte français, domaine public · Source : archive.org — L'Année liturgique t. 10-15, éd. 1911 (OCR) · 70 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

I 'Eglise, en possession des promesses si

*- longtemps attendues par le monde, aime à revenir sur l'expression des sentiments qui remplissaient l'âme' des justes durant ces siècles désolés où le genre humain végétait sous les ombres (ïe la mort. Elle redoute le danger où se trouvent ses trop heureux fils d'oublier, dans leur abondance, les conditions désastreuses que l'éternelle Sagesse leur a épargnées, en les appelant à vivre dans les temps qui ont suivi l'accomplissement des mystères du salut. D'un tel oubli naîtrait sans peine l'ingratitude, condamnée justement par l'Evangile du jour. C'est pourquoi l'Epître, et, avant elle, l'Introit, nous reportent au temps où l'homme vivait de la seule espérance, ayant bien la promesse d'une alliance sublime qui devait se consommer dans les siècles futurs, mais, ce pendant, dénué de tout, en butte aux perfidies de Satan, abandonné aux représailles de la justice divine en attendant de retrouver l'amour

354 ^^ Trei^. Dimanche après la Pentecôte.

RESPICE, Domine, in testamentum tuum, et animas pauperum tuorum ne derelinquas in finem : exsurge, Domine, et judica causam tuam : et ne obliviscaris voces quasrentium te.

Ps. Ut quid, Deus, repulisti in finem : iratus est furor tuus super oves pascuae tu«e ? Gloria Patri. Respice.

AYEZ un regard pour votre alliance , Seigneur , et n'abandonnez pas pour toujours les âmes de vos pauvres ; levez-vous. Seigneur, et jugez votre cause, et n'oubliez pas les appels de ceux qui vous cherchent.

Ps. Pourquoi , ô Dieu , qous avez-vous repoussés pour toujours ? pourquoi votre fureur est-elle allumée contre les brebis de votre pâturage ? Gloire au Père. Ayez.

Nous avons vu, il y a huit jours, le rôle de la foi et l'importance de la charité dans le chrétien vivant sous la loi de grâce. L'espérance aussi lui est nécessaire; car bien que déjà en possession substantielle des biens qui feront à jamais son bonheur, l'obscurité de cette terre d'exil les dérobe à sa vue, et, la vie présente restant toujours le temps d'épreuve où chacun doit mériter sa couronne ', la lutte fait peser jusqu'au bout sur les meilleurs son incertitude et ses amertumes. Implorons donc avec l'Eglise, dans la Collecte, l'accroissement en nous des trois vertus fondamentales de foi, d'espérance et de charité ; pour mériter d'arriver à la consommation de tout bien qui nous est promise au ciel, obtenons la grâce de nous attacher de cœur à ces commandements de Dieu

A la Messe.

qui nous y conduisent, et que l'ICvangiic de Dimanche dernier résumait dans l'amour.

DIEU tout-puissant et éternel, donnez-nous l'accroissement de la foi, de l'espérance et de la charité ; et pour que nous méritions d'obtenir ce que vous promettez, faites-nous aimer vos commandements. Par JésusChrist.

a;NiPOTENS sampiterne Deus, da nobis fidei, spei, et charitatis augmentum : et ut mereamur assequi quod promittis, fac nos amare quod praecipis. Per Dominum.

Les autres Collectes ci-dessus, page io6.

Lecture de l'Epitre du bienheureux Paul, Apôtre, aux Galates. Chap. ni.

MES Frères, les promesses de Dieu ont été faites à Abraham et à sa race. L'E- criture ne dit pas : Et à ceux de sa race comme à plusieurs, mais comme à un seul : Et à ta race, qui est le Christ. Voici donc ce que je dis : Une alliance ayant été confirmée par Dieu, la loi faite quatre cent trente ans après n'a pu l'annuler ni détruire la promesse. Or, si c'est par la loi que nous vient l'héritage, ce n'est plus par la promesse. Cependant, c'est par la promesse que Dieu l'a donné à Abraham. A quel but donc la loi ? Elle a été établie

Lectio Epistolae beati Pauli Apostoli ad Galatas. Cap. m.

FRATRES, Abrahae dictas sunt promissiones, et semini ejus. Non dicil : Et seminibus, quasi in multis , sed quasi in uno : Et semini tuo, qui est Christus. Hoc autem dico, testamentum confirmatum a Deo : quae post quadringentos et triginta annos facta est lex, non irritum facit ad evacuandam promissionem. Nam si ex lege haereditas, jam non ex promissione. Abrahae autem per repromissionem donavit Deus. Quid igitur lex ? Propter transgres356 Le Trei:{. Dimanche après la Pentecôte.

siones posita est, donec veniret semen, cui promiserat, ordinata per Angelos in manu medialoris. Mediator autem unius non est : Deus autem unus est. Lex ergo adversus promissa Dei ? Absit. Si enim data esset lex, quae posset vivificare, vere ex lege esset justitia. Sed conclusit Scriptura omnia sub peccato, ut proraissio ex fide Jesu Christi daretur credentibus.

à cause des transgressions, jusqu'à ce que vînt celui de la race que regardait la promesse ; elle a été donnée par le ministère des anges et l'entremise d'un médiateur. Or on n'est pas médiateur d'un seul ; et Dieu tfst un. La loi est-elle donc contre les promesses de Dieu ? Nullement. Si en effet la loi promulguée eût pu donner la vie, la justice viendrait véritablement de la loi. Mais l'Ecriture a tout renfermé sous le péché, afin que la promesse fût donnée par la foi en Jésus-Christ à ceux qui croiraient.

REGARDE le ciel et comptes-en, si tu peux, les étoiles : aussi nombreuse sera ta descendance '. » Abraham avait près de cent ans -, et la stérilité de Sara lui enlevait tout espoir naturel de postérité , quand le Seigneur lui parla de la sorte. Abraham cependant crut à Dieu, nous dit l'Ecriture, et sa foi lui fut imputée à justice ^. Et quand, plus tard, la même foi * lui eut fait offrir sur la montagne le fils de la promesse, son unique espérance, Dieu renouvela sa prophétie, et il ajouta : En ton germe seront bénies toutes les nations de la terre ■'.

Or voici qu'à cette heure la promesse s'accomplit; l'événement donne raison à la foi d'Abraham. Il crut contre toute espérance, se confiant au Dieu qui donne la vie

I. Gen. XV, 5. — 2. Rom. iv, ig. — 3. Gen. xv, 6.

— 4. Heb. XI, 17-IC). — 5. Gen. xxn, 18.

A la Messe. 35 y

aux morts et appelle ce qui est comme ce qui n'est pas ' ; et voici que, selon la parole de Jean-Baptiste, des pierres mêmes ae la gentilité surgissent en tous lieux des fils d'A- braham -.

Sa foi, en même temps si ferme et si simple, rendit à Dieu la gloire qu'il attend de la créature 3. L'homme ne peut rien ajouter aux perfections divines; mais, sur la parole du Seigneur lui-même, quoique ne les voyant point directement ici-bas, il reconnaît ces perfections dans l'adoration et l'amour, il inspire de la foi sa vie entière; et cet usage qu'il fait ■ librement de ses facultés, cette adhésion spontanée d'un être intelligent, magnifie Dieu par l'extension de sa gloire extérieure.

Sur les traces d'Abraham ^ sont donc venues des multitudes nées pour le ciel de la foi dont il donna le spectacle au monde, vivant d'elle seule'', rendant au Seigneur, dans tous leurs actes, l'hommage de la confession et de la louange par Jésus-Christ son Fils, et, comme Abraham, recevant en retour la bénédiction d'une justice toujours croissante *>. Le splendide épanouissement de la sainte Eglise, qui suscite au père des croyants cefte nouvelle descendance, s'est encore accentué depuis la chute d'Israël. Dans les contrées les plus reculées, au sein des villes jadis païennes, voyons ces foules nombreuses d'hommes, de femmes et d'enI. Rom. IV, 17-18. — 2. Matth. m, 9. — 3. Rom. IV, 20. — 4 lUd. 12. — 5. Ibtd. I, 17. — 6. Ibid. iv,

358 Le Trei:{. Dimanche après la Pentecôte fants quittant comme Abraham i, à la voix du ciel, sinon leur pays, du moins tout ce qui les rattachait à la terre ; confiants comme lui dans la fidélité de Dieu et sa puissance 2, ils se sont faits étrangers au milieu de leurs proches et dans leurs maisons mêmes, usant de ce monde comme n'en usant pas s. Dans le tumulte des cités comme au désert, au milieu des vains plaisirs de ce monde dont la figure passe *, ils n'ont d'autre pensée que celle des réalités invisibles^', d'autre souci que de plaire au Seigneur 6. Ils prennent pour eux la parole qui fut dite à leur père : Marche en ma présence, et sois parfait'. C'était bien, en effet, à eux tous qu'elle s'adressait dès lors; c'était la clause de l'alliance conclue par Dieu pour la suite des âges avec ces hommes fidèles, dans la personne du patriarche leur modèle et leur souche; et Dieu répond de même à leur foi en d'intimes manifestations, ou par la voix plus sûre encore des Ecritures *, disant : A^e crains pas^ je suis moi-même ta récompense immense ^ !

Véritablement donc la bénédiction d'A- braham s'est répandue sur les nations '<>. JésusChrist, vrai fils de la promesse, germe unique du salut, a par la foi dans sa résurrection '1 rassemblé de toute race ^- les hommes de bonne volonté '^, les faisant un en lui, les

I. Gen. xn, I. — 2. Rom. iv, 20-21. — 3. I Cor.

VII, 3l. — 4. Ihid. -^ 5. Heb. XI, l. — 6. I Cor. vu, 32. — 7. Gen. xvii, I. — 8. II Petr. i, 19. — 9. Gen. XV, I. — 10. Gai. m, 14. — il. Rom. iv, 24. —

12. Gai. m, 28. — i3. Luc. II, 14.

A la Al esse. 35g

fendant comme lui fils d'Abraham > et, qui mieux est, fils de Dieu '-. Car la bénédiction promise au début de l'alliance, c'était l'Esprit-Saint lui-même ■' , l'Esprit d'adoption des enfants descendu dans nos cœurs pour faire de tous les héritiers de Dieu et les cohéritiers du Christ ^. Puissance merveilleuse de la foi qui brise les anciennes barrières de séparation, unit les peuples -•, et substitue l'amour et la liberté sainte des fils du Très-Haut à la loi d'esclavage et de défiance*^!

Pourtant ce spectacle grandiose des nations incorporées à la race élue, et devenant participantes en Jésus-Christ des promesses sacrées", n'agrée pas à tous. Le Juif charnel qui se vante d'avoir Abraham pour père sans se soucier d'imiter ses œuvres î*, le circoncis qui se glorifie de porter en sa chair les marques d'une foi qui n'est pas dans son cœur ^, ces hommes qui ont renié le Christ renient maintenant ses membres et voudraient repousser ou tronquer son Eglise. C'est avec rage qu'ils voient de tous les points de l'horizon '" ce concours immense que leur jalousie mesquine n'a pu arrêter. Tandis que leur orgueil froissé se tenait à l'écart i', les

fieuples s'asseyaient en foule avec Abraham, saac, Jacob et tous les prophètes, au banquet du royaume de Dieui'-; les derniers

1. Gai. m, 29. — 2. Ibid. IV, 5-7. —.3. Ibid. ni, 14.

— 4. Rom. vni. iS-iy.— 5. Eph. 11, 14-18. — 6. Rom. VIII, 2. — 7. Eph. m, 6. — 8. JoHAN. viii, 39. —

36 0 Le Trei:{. Dimanche après la Pentecôte devenaient les premiers *. Jusqu'à la fin des temps, Israël, déchu par son obstination de son antique gloire, restera l'ennemi de cette postérité spirituelle d'Abraham qui l'a supplanté 2 ; mais ses persécutions contre les rils de la promesse et l'Epouse légitime n'aboutiront qu'à faire voir en lui, comme dit saint Paul, le fils d'Agar, le fils de l'esclave exclue avec son fruit de l'héritage et du royaume •^.

Libre à lui de repousser l'affranchissement que lui offrtit le Seigneur, plutôt que de reconnaître l'abrogation définitive de sa loi périmée. Sa haine n'amènera point les fils de l'Eglise, figurée par Sara la femme libre, à rejeter la grâce de leur Dieu pour lui complaire, à délaisser la justice de la foi, les richesses de l'Esprit, la vie dans le Christ, pour retourner au joug de servitude * brisé à jamais, quoi qu'en ait le Juif, par la croix qu'il dressa au Calvaire ^. Jusqu'à la fin la vraie Jérusalem, la cité libre notre mère, l'Epouse jadis stérile, maintenant si féconde, opposera aux prétentions surannées et cependant toujours vivaces de la synagogue, la lecture publique de l'Epître qu'on vient d'entendre. Jusqu'à la fin, Paul, en son nom, traitant de la loi du Sinai signifiée aux hommes qu'elle concernait par l'intermédiaire de Moïse et des anges, fera ressortir son infériorité relativement à l'alliance conclue par Abraham directement avec Dieu; chaque année, aussi fortement qu'au premier

I. Luc. xni. 3o.- — 2. Gen. xxvii, 36. — 3. Gai. iv,

-,22-'il. — 4. IbiJ. V. I — 5. Ibid. Il, 19-2I.

A la Messe. 36 1

jour, il redira le caractère transitoire de cette législation venue quatre cent trente ans après une promesse qui ne pouvait changer, pour durer seulement jusqu'au jour où paraîtrait ce fils d'Abraham de qui le monde attendait la bénédiction promise.

Mais que dire de l'impuissance du ministère mosaïoue à fortifier l'homme, à le relever de sa chute ? L'Evangile que nous méditions il y a huit jours donnait de l'inutilité de l'ancienne loi sous ce rapport un symbolique et frappant commentaire, en même temps qu'il affirmait la puissance de guérison résidant dans le Christ et transmise par lui aux ministres de la loi nouvelle. Or, n'oublions pas que cet Evangile était autrefois l'Evangile du Jour même où nous sommes. « Tout'dans l'Office du treizième Dimanche, dit justement l'Abbé Rupert, se rapporte à l'histoire de ce Samaritain dont le nom signifie le gardien divin, notre Seigneur Jésus-Christ, venant par son incarnation au secours de Ihomme que l'ancienne loi n'a pu sauver, et le remettant, quand il quitte' la terre, aux soins des Apôtres et des hommes apostoliques dans l'hôtellerie de l'Eglise. La proximité voulue de cet Evangile jette une grande lumière sur notre Epître, ainsi que sur toute la Lettre aux Galates d'où elle est tirée. Le prêtre et le lévite de la parabole,, en effet, c'est toute la loi représentée ; et leur passage auprès de l'homme à demimort qu'ils voient, sans chercher à le guérir, marque ce qu'a fait la loi. Elle n'allait point à ['encontre des promesses de Dieu, mais par elle-même ne pouvait justifier per302 Le Trei^. Dimanche après la Pentecôte.

sonne. Quelquefois, le médecin qui ne doit pas venir encore envoie au malade un serviteur expert dans la connaissance des causes de maladie, mais inhabile à composer le remède contraire, et pouvant seulement indi3uer à l'infirme les aliments, les breuvages ont il doit s'abstenir de crainte que son mal, en s'aggravant, n'amène la mort. Telle fut la loi, établie, nous dit l'Epître, à cause des transgressions, comme simple surveillante, jusqu'à l'arrivée du bon Samaritain, du médecin céleste. L'homme en effet, tombé dès son entrée dans la vie entre les mains des voleurs, naît dépouillé de ses biens surnaturels et couvert des plaies que lui a faites le péché d'origine ; s'il ne s'abstient des péchés actuels, de ces transgressions pour l'indication desquelles la loi a été établie, il court risque de mourir tout à fait sans retour '. x

C'est pourquoi on reprend de nouveau, dans le Graduel, la supplication de l'Introït : Respice, Domine, in testamentum tuum. Car, dit Rupert -, c'était la parole des anciens qui, gémissant sous l'infirmité de la loi impuissante du Sinaï, imploraient la consommation de l'alliance promise à la foi d'Abraham. Ils criaient au Christ, comme pouvait le faire au Samaritain libérateur le pauvre blessé qui voyait le prêtre et le lévite passer outre, sans apporter de remède à ses nmaux.

RESPICE, Domine, in 1 a vez un regard pour votre testamentum tuum : | t\ alliance, Seigneur, et

I. Rup. De div. OfiF. XH, i3. — 2. Ibid.

A la A/ es se.

n'oubliez pas pour toujours les âmes de vos pauvres.

t- Levez-vous, Seigneur, et jugez votre cause ; souvenez-vous de l'opprobre dont on charge vos serviteurs.

Alléluia, alléluia.

f. Seigneur, vous avez été notre refuge de génération en génération. Alléluia.

et animas pauperum tuorutn ne obiiviscaris in finem.

f. E.xsurge, Domine, et judica causam tuam : mcmor esto opprobrii servorura tuorum.

Allcluia, alléluia.

f. Domine, refugium factus es nobis a generatione, et progenie. Alléluia.

La .<.uite du saint Evangile selon saint Luc. Chap. xvii.

EN ce teraps-Ià, Jésus allant à .Jérusalem passait par le milieu de la Samarie et de la Galilée. Et comme il allait entrer dans un certain village, dix lépreux se présentèrent au-Jevant de lui, et. se tenant de loin, ils élevèrent la voix, disant : Jésus noire maitre. ayez pitié de nous. Les ayant aperçus, il leur dit : Allez, montrez-vous aux prêtres. Et il arriva que, comme ils y allaient, ils furent guéris. Or, l'un d'eux, dès qu'il se vit guéri, revint sur ses pas, glorifiant Dieu à haute voix, et il se jeta le visage contre terre aux pieds de .îésus pour lui rendre grâces ; et celui-là était Samaritain. Jésus donc lui répondant, dit ces paroles : Est-ce

Sequentia sancti Evan^ gelii secundum Lucam. Cap. xvii.

IN illo tempore : Dum iret Jésus in Jérusalem, transibat per mediam Samariam et Galilaeam. Et cum ingrederetur quoddam castellum. occurrerunt ei decem viri leprosi, qui steterunt a longe : et levaverunt vocem, dicentes : Jesu prsBceptor, miserere nostri. Quos ut vidit, dixit : Ite, ostendite vos sacerdotibus. Et factum est dum irent, mundatt sunt. Unus autem ex illis, ut vidit quia mundatus est, regressus est, cum magna voce magnificans Deum. et cecidit in faciem ante pedes ejus, gratias agens : et hic erat Samaritanus.

364 -^^ Trein^. Dimanche après la Pentecôte.

Respondens autem Jésus, diiit : Nonne decem mundati sunt ? et novem ubi sunt ? Non est inventus qui rediret, et daret gloriam Deo, nisi hic alienigena. Et ait illi : Surge, vade : quia fides tua te salvum fecit.

que les dix n'ont pas été guéris ? et les neuf autres, où sont-ils ? Il ne s'est trouvé pour revenir et rendre gloire à Dieu que cet étranger. Et il lui dit : Levez-vous, allez; car votre foi vous a sauvé.

LE lépreux Samaritain, guéri de sa hideuse maladie, figure du péché, en compagnie de neuf lépreux de nationalité juive, représente la race décriée des gentils admise d'abord comme à la dérobée, et par surcroît, en communication des grâces destinées aux brebis perdues de la maison d'Israël i. La conduite différente que tiennent ces dix hommes, à l'occasion du miracle qui les concerne, répond elle-même à l'attitude des deux peuples dont ils sont l'image, en présence du salut apporté au monde par le Fils de Dieu. Elle démontre une fois de plus le principe posé par l'Apôtre : « Tous ceux-là ne sont pas Israélites qui sont nés d'Israël, tous ceux-là ne sont pas fils d'Abraham qui sont sortis de lui ; maise»! Isaac, dit l'Ecriture 2, est établie la race qui portera son nom : c'est-à-dire, ce ne sont pas les enfants nés de la chair qui sont les fils de Dieu, mais bien les fils de la promesse, nés de la foi d'A- braham et formant sa vraie race devant le Seigneur ^. » La sainte Eglise ne se lasse point de reve2. Gen. XXI, 12. — 3. Rom.

A la Messe. 365

nir sqr cette comparaison des deux Testaments et le contraste offert par les deux peuples. C'est pourquoi, avant d'aller plus loin, nous sentons la nécessité de répondre à rétonnement qu'une telle insistance ne peut manquer d'exciter en certaines âmes déshabituées de la sainte Liturgie. Le genre de spiritualité qui remplace aujourd'hui chez plusieurs l'ancienne vie liturgique de nos pères, ne les dispose en effet que médiocrement à entrer dans cet ordre d'idées. Accoutumés à ne vivre qu'en face d'eux-mêmes et de la vérité telle qu'ils la conçoivent, mettant la perfection dans l'oubli de tout le reste, il n'est pas .surprenant que ces chrétiens ne comprennent aucunement ce retour continuel vers un passé fini, croient-ils, depuis des siècles. Mais la vie intérieure, vraiment digne de ce nom, n'est point ce que ces chrétiens s'imaginent ; aucune école de spiritualité, ni maintenant, ni jamais, ne plaça l'idéal de la vertu dans l'oubli des grands faits de l'histoire qui intéressent à ce point l'Eglise et Dieu même. Aussi qu'advicnt-il, trop souvent, de ce délaissement de la IVIère commune par ses fils ? C'est que, dans l'isolement voulu de leurs prières privées, ils perdent de vue, par une juste punition, le but suprême de l'orai. son qui est l'union et l'amour. La méditation dépouille en eux ce caractère de conversation intime avec Dieu, que lui assignent tous les maîtres de la vie spirituelle ;"elle n'est bientôt plus qu'un exercice stérile d'analyse et de raisonnement, où l'abstraction domine en souveraine.

Quand Dieu, cependant, voulut manifester

-366 Le Trei:{. Dimanche après la Pentecôte.

son Verbe, en appelant l'homme aux noces divines, il ne recourut point à l'abstraction pour traduire à la terre ce fils de sa substance éternelle que l'homme ne pouvait voir encore directement dans sa divinité. Pareille traduction de l'éternelle Sagesse, où résident dans l'amour toute beauté, toute chaleur et toute vie, eût été plus qu'imparfaite et que froide. Aussi Dieu, selon l'expression de saint Paul, ']QX& dans la chair ce grand mystère de la piété '^ ; le Verbe fut fait âme vivante 2; l'éternelle Vérité prit un corps pour converser avec les hommes ^ et grandit comme l'un d'eux *. Et quand ce corps cjue la Vérité doit garder à jamais fut enlevé dans -la gloire '", l'Eglise, Epouse de l'Homme-Dieu, os de ses os, chair de sa chair ^, continua dans le monde cette manifestation de Dieu parles membres du Christ, ce développement "> historique du Verbe, qui ne s'arrêtera qu'au dernier jour, qui surpasse tout raisonnement, et révèle aux anges mêmes sous des aspects nouveaux Ja Sagesse de Dieu ". Assurément un respect profond est dû aux axiomes où l'homme renferme dansun ordre logique, indépendant de l'histoire et des faits, les principes de la science ; maispasplus enDieuqu'en l'homme même, la vie ne répond à cette immobilité de raison qui ne ressemble en rien, qu'on segarde de le croire, à l'immutabilité toujours féconde, essentiellement active de la Vérité substantielle. Or donc, dans l'Eglise comme

I. I Tim. m, l6. — 2. Gen. il, 7. — 3. Bar. m, 38.

— 4. Luc. II, 53. — 5.1 Tim. m, 16. — 6. Eph. v, 3o-32. — 7 Ibid. 1, 23. — 8. Ibid. III, 10.

A la Messe. 36j

en Dieu, la vérité est vie et lumière '. S'il ne fallait y voir qu'une suite de formules, les accents de son Credo n'éclateraient pas aussi triomphants sous les voûtes de ses temples. S'il force victorieusement les portes du ciel, c'est que tous ses articles ont jusqu'à nous leur sublime histoire : c'est que chaque mot qui le compose se présente au Dieu très haut ruisselant du sang des marUrs; que de siècle er siècle il rayonne toujours plus de l'éclat des travaux et des luttes glorieuses de tant de saints confesseurs, qui sont l'élite de l'humanité baptisée chargée de compléter le Christ ici-bas v

Il nous faut abréger ces considérations. Disons donc de suite qu'après ce grand fait de l'incarnation du Verbe venu en te.Fre pour manifester Dieu dans la suite des âges par le Christ et ses membres ■', il n'en est pomt de plus important , il n'en est point qui ait tenu, qui tienne encore davantage au cœur de Dieu, que l'élection des deux peuples appelés par lui successivement au ténéfice de son alliance. Les dons et la vocation de Dieu sont sans repentir, nous dit l'Apôtre ; ces Juifs , ennemis aujourd'hui parce qu'ils repoussent l'Evangile, n'en sont pas moins toujours aimés et très aimés, carissimi, à cause de leurs pères *. C'est pourquoi aussi un temps viendra, attendu par le monde, où le reniement de Juda étant rétracté, ses iniquités effacées, les promesses reçues par Abraham, Isaac et Jacob auront leur

368 Le Trei:^ . Dimanche après la Pentecôte.

accomplissement littéral i. Alors apparaîtra la divine unité des deux Testaments ; les deux peuples eux-mêmes n'en feront plus qu'un sous le Christ leur chef^. L'alliance de Dieu avec l'homme étant dès lors pleinement consommée telle qu'il l'avait voulue dans ses desseins éternels, la terre ayant donné son fruit 3, le monde ayant atteint son but, les tombes rendront leurs morts * et l'histoire cessera ici-bas, pour laisser l'humanité glorifiée s'épanouir dans la plénitude de la vie sous le regard éternel.

Rien donc n'est moins suranné que l'ordre d'idées auquel nous ramène de nouveau l'Evangile du jour; rien n'est plus grand ; et ajoutons, quoi qu'il en puisse sembler à première vue : rien n'est plus pratique, dans cette partie de l'année consacrée aux mystères de la Vie unitive. Qu'est-ce, en effet, que l'union entre Dieu et l'homme, sinon tout d'abord la communauté des sentiments et des vues ? Or, nous venons de le montrer, les vues divines se trouvent résumées tout entières dans l'histoire comparée des deux Testaments et des deux peuples; le résultat final qui clora l'histoire de ces rapports est l'unique but que poursuivait et que poursuive l'amour infini, au commencement, maintenant et toujours. L'Eglise donc, loin de se montrer d'un autre âge en revenant continuellement à ces pensées, ne fait que manifester ainsi l'éternelle jeunesse de son cœur

I. Rom. XI, 25-27. — 2. Eph. II, 54. — 3. Psalra.

Lxvi, 7. — 4. Rom. XI, l5.

A la Messe. • 36r)

d'Epouse à l'unisson toujours de celui de l'Epoux.

Reprenons brièvement l'explication littérale de notre Evangile, interrompue par cette longue digression. Ici encoredonc le Seigneur veut plutôt nous instruire symboliquement, que montrer sa puissance. C'est pourquoi il ne rend pas d'un mot la santé aux malheureux qui l'invoquent, comme il le fil dans une autre circonstance pour un cas semblable : «Je le veux, sois guéri », dit-il un jour à un de ces infortunés qui implorait son secours dans les débuts de sa vie publique, et la lèpre avaitdisparu aussitôt '. Leslépreux de notre Evangile, qui se rapporte aux derniers temps du Sauveur, sont délivrés seulement en allant se montrer aux prêtres ; Jésus les y renvoie, comme il l'avait fait pour le premier, donnant à tous, depuis le commencement jusqu'au dernier jour de sa vie mortelle, l'exemple du respect dû jusqu'au bout à l'ancienne loi non encore abrogée. Cette loi en eÔet donnait aux fils d'Aaron le pouvoir, non de guérir, mais de discerner la lèpre et de prononcer sur sa guérison s.

Le temps est venu cependant d'une loi plus auguste que celle du Sinal, d'un sacerdoce dont les jugements n'auront plus pour objet de constater l'état des corps, mais d'enlever effectivement, par le prononcé même de leur sentence d'absolution, la lèpre des âmes. La guérison rencontrée par les dix lépreux avant d'être arrivés aux prêtres

I. Matth. vui, 3. — 2. Levit. xiii.

Lt TEMPS Aritf.S La PENIKCÔTE. — T. U. 24

3~o Le Tnei\. Dimanche après la Pentecôte.

qu'ils cherchent, devrait suffire à leur montrer dans l'Homme-Dieu la puissance du sacerdoce nouveau qu'annonçaient les prophètes 1 ; le pouvoir qui surpasse pour eux, en la prévenant ainsi, l'autorité du ministère antique, révèle de soi dans celui qui l'exerce une dignité plus grande. Si, du moins, ils apportaient les dispositions convenables aux rites sacrés qui \ont s'accomplir dans la cérémonie de leur purification 2, l'Esprit-Saint, qui régla autrefois, en vue du moment où ils sont les prophétiques détails de cette fonction mystérieuse, les aiderait à comprendre la signification du passereau expiatoire dont le sang, versé sur les eaux vives, délivre par le bois l'autre passereau son semblable- Le premier, en effet, c'est le Christ, qui se compare dans le psaume au passereau solitaire ^; son immolation sur la croix, qui donne à l'eau la vertu de laver les âmes, communique aux autres passereaux ses frères * la pureté du sang divin.

Mais le Juif est loin d'être préparé à i intelligence de ces grands mystères. La loi pourtant lui fut donnée pour le conduire au Christ comme par la main et sans crainte d'erreur * : faveur précieuse qu'il ne méritait point, qu'il devait à ses pères ^, et d'autant plus inestimable qu'au moment où elle lui fut accordée, la notion du sauveur à venir allait se corrompant toujours plus dans l'esprit des peuples. La reconnaissance eût dû

3. Psalm. CI, 8. — 4. Psalra. Lxxxiu, 4. — 5. Gai. m,

A la Me^se. 3-j i

s'imposer à Juda; l'orgueil prit sa place. L'attache au privilège surmonte en lui le désir du Messie. Il refuse de se faire à la pensée qu'un temps viendra où, le Soleil de justice s'étant levé pour la terre entière, l'avantage fait à quelques-uns durant les heures de nuit s'effacera dans les flots surabondants d'une lumière égale pour tous. Il proclame donc sa loi définitive en dépit d'elle-même, affirmant ainsi l'éternité du règne des figures et des ombres. Il pose en dogme qu'aucune intervention divine n'égalera celle du Sinaï dans l'avenir, que tout prophète futur, tout envoyé de Dieu, ne pourra qu'être inférieur à Moïse, que tout salut possible est dans sa loi et que d'elle seule découle toute grâce.

C'est la raison pour laquelle de ces dix hommes guéris par Jésus de la lèpre, il s'en trouve neuf qui ne songent même pas à venir remercier leur libérateur : ceux-là sont juifs, et Jésus n'est pour eux qu'un disciple de Moïse, un instrument des grâces provenant-du Sinaï; la formalité légale de leur purification accomplie, ils se croient quittes envers le ciel. Seul le Samaritain abandonné, le gentil, disposé par sa longue misère à l'humilité qui rend au pécheur la simplicité du regard de l'âme, reconnaît Dieu à ses œuvres et lui rend grâces pour ses bienfaits. Que de siècles d'abandon apparent, d'humiliation et de souffrance, devront passer sur Juda à son tour, pour qu'enfin, reconnaissant lui-même son Dieu et son Roi dans l'adoration, le repentir et l'amour, il entende comme cet étranger tomber de la bouche

3-2 Le Trei^. Dimanche après la Pentecôte.

du Christ les paroles de pardon : Lève-toi et va, ta foi Va sauvé!

Hâtons de nos vœux le moment si glorieux pour le ciel où les deux peuples, réunis dans une même foi par la conscience des mêmes espérances réalisées, s'écrieront au Christ, comme dans l'Offertoire : Seigneur, j'ai espéré en vous, vous êtes mon Dieu !

IN te speravi, Domine, dixi : Tu es Deus meus, in manibus tuis tempora mea.

SEIGNEUR, j'ai espéré en _ vous ; j'ai dit : Vous êtes mon Dieu, ma vie est dans vos mains.

C'est l'oblation déposée sur l'autel qui doit nous obtenir de Dieu le pardon du passé et les grâces de l'avenir. Prions-le, dans la Secrète, d'agréer pour le Sacrifice ces dons présentés par l'Eglise en notre nom à tous.

POPITIARE, Domine , populo tuo, propitiare muneribus : ut hac oblatione placatus , et indulgentiam nobis tribuns,' et postulata concédas. Per Dominum.

SOYEZ propice. Seigneur, à votre peuple, soyez propice à ses dons, pour qu'apaisé par cette offrande, vous pardonniez nos fautes et exauciez nos prières. Par notre Seigneur.

Les autres Secrètes comme cï-dessus, page

Quand donc les Juifs voudront-ils venir éprouver enfin la supériorité du pain de l'alliance nouvelle sur la manne du \'ieux Testament? Nous gentils, les derniers-venus, qui avons précédé nos aînés au banquet de

A Vêpres.

'■frS

l'amour, chantons d'autant mieux, dans la Communion, les divines suavités de, ce vrai pain du ciel.

Vous nous avez donné. Seigneur, le pain du ciel, avant en lui toutes délices et toute saveur de suavité.

PANEM de cœlo dedistt nobis. Domine, habentem omne delectamentum, et omnem sapo» rem suavitatis.

Comme l'exprime la Postcommunion, l'œuvre de notre rachat par Jésus-Christ s'atîirme et croît en nous aussi souvent que nous recourons aux sacrés Mystères. L'Eglise demande pour ses enfants la grâce de cette fréquentation fructueuse des Mystères du salut.

QUE cette réception des célestes Mystères, nous vous en supplions, Seigneur, fasse croître en nous Téternelle rédemption. Pat JésusChrist

SUMPTis, Domine, cœ- lestibus sacramc:ntis, ad redemptionis alternas, quœsumus , proficiamus augmentum. rer Dominum.

Les autres Postcommunions ci-dessus, page iig.

6i

ES Psaumes, les Antiennes, le Capitule, l'Hymne et le Verset, ci-dessus, pages 32-

ANTiENNE DE Magnificat.

OR l'un d'eux, dès qu'il se 1 vit guéri revint sur ses |

UNUS autem ex illis, ut vidit quod mun3j4 -^^ Temps après la Pentecôte.

datus est, regressus est cum magna voce raagnificans Deum. Alléluia.

pas, glorifiant Dieu à haute voix. Alléluia.

L'Oraison ci-dessus, page 355.

CHANTONS Abraham le père de notre foi, en conformité avec les enseignements de TEpître du jour. Le Sacramentaire gallican nous fournira à cette fin de sublimes développements.

VERE dignum et justum est, omnipotens Deus, qui Abrahas famolo tùo unicum filium, quem ipse dederas, in sacrificium tibi victimam esse jussisti. ODomine in promittendo fidelis, in perficiendo liberalis , nunc per sterilem senem fecundasti ; sed ut devotio comprobaretur in pâtre, affectio postponeretur insobole, et qua futurum nesciebat affectum. Plus siquidem gavisus est offerens tibi filium, quam promissum crediderit oasciturum. Pro hoc enim non sibi, sed tibi filium genuisse, quem sic festinabat offerre, e rege devotus pater : cum sacrificio jam parato ibat et devotus filius cum sacerdote perfecto. lia

IL est vraiment digne et juste de vous rendre grâces, Dieu tout-puissant qui commandez à Abraham votre serviteur de vous offrir en sacrifice le fils unique que vous lui aviez donné. 0 Seigneur fidèle dans la promesse, libéral dans l'accomplissement, vous donnez la fécondité à un vieillard stérile ; mais il ne savait par où passerait son amour, ce père qui devait vous montrer sa fidélité en mettant après elle la tendresse qu'il avait pour son enfant. La joie qu'il eut de vous offrir son fils fut plus grande, en effet, que celle que lui avait causée la promesse de sa naissance. Religieui: père plus que chef de nations à sortir de lui, il était visible que ce n'était pas pour lui mais pour vous qu'il avait engendré ce fils qu'il se hâtait

Le Trei:^. Dimanche apri's la Pentecôte. 3j5

ainsi d'olTrir ; portant le sacrifice tout préparé, allait aussi le fidèle fils avec le prêtre parfait. Car tous deux avaient tellement uni leurs yœux, que ni le père ne suspectait la volonté du fils, ni le fils no s'inquiétait de la volonté du père. La victime consulte le prêtre, celui qui doit mourir interroge celui qui va le frapper : Voici le feu et le bois, où est la brebis qui sera la victime ? O spectacle digne de Dieu ! 6 invincible triomphe de la fidélité, et grand et inviolable mystère I Frappe.disait la fidélité ; Epargne, criait la tendresse. Celle-là provoquait, celle-ci s'opposait. Le fils cependant s'étendait pour mourir ; il gisait, moins retenu par les liens, que revêtu d'eux pour son pieux office. Le père donc s'élance de toutes ses entrailles pour frapper ses entrailles ; il ne souffre pas de retard à sa fidélité, et ainsi ne perdil point la récompense. Car voici que le même Dieu qui avait commandé de frapper, dit maintenant : Epargne, épargne, père fidèle ; épargne, pieux bourreau ; épargne, innocent parricide. J'ai, pleinement satisfait, accepté ta victime ; je ne réprouve pas le désir, je loue le sacrifice, ta foi n'est point repoussée. Il est vrai, tu n égorgeras point ton fils ; mais ton

enini ulrumque sibi vota contexerant, ut nec p.itcr de filii voluntate esseï suspectus, nec filius de

fiatris voluntate esset solicitus. Consulil victima sacerdotem, et perciissorem suum moriturus interrogat : Ecce adest ignis et ligna, ubi est ovis quae est ad victimam ! O exspectacolum dignum Deo I O invictum devotionis triumphum, et magnum et inviolabile sacramentura I Devotio dicebat : Percute ; pietas clamabat : Parce. Illa provocabat, istâ revocabat. Filius tamen moriturus jacebat, non vincolis arduis inretitus, sed officium pietatis indutus. Totis ergo pater visceribus in sua viscera feriturus insurgit; et nullam devotionis su* afferre patitur tarditatem, nec ex tarditate perdidit mercedem. Sed ecce divinitas, quae jusserat ut feriret, iterum dicebat : Parce, parce, inquit, dévote pater, parce religiose percussor, parce sine crimine parricida. Ego libens victimam tuam acceptavi ; votum non reprovo, sacrificium laudo, fidem non repello. Tu quidem non périmes li lium, sed facti tui pei

3y 6 Le Temps après la Pentecôte.

ssecula manet exemplum. O qualem rem ! nec filius timiiit victima, nec pater inventas parricida : quoniam adventum Domini nostri Jesu Christi exspectabat, ante cujusconspectum omnes Angeli atque Archangeli.

action demeure à jamais comme exemple. O fait admirable ! le fils victime n'a eu nulle crainte, le père n'a point été parricide ; car il attendait l'avènement de notre Seigneur Jésus-Christ, en présence de qui chantent tous les Anges et les Archanges, disant : Saint ! Saint ! Saint !

Concluons par ces formules du Temps, que nous trouvons au Bréviaire mozarabe.

DOMINE Deus, qui super Cherubim sedens, la^de magnificaris creaturas subjectas : ut dum magna condideris, incomparabiliter tu magnificentissimus aestimeris ; tibi ad nutum obtempérant cuncta, quae te auctore subsistunt ; et hoc illis est in honore, quod suBt a te condita, et sunt subjecta : proinde ita proficere praesta, ut dum labia in tuis benedictionibus pandimus , benedictionem coelestis gratiae impetremus.

SEIGNEUR Dieu assis sur les Chérubins, la louange .de la création qui est au-dessous de vous vous honore : auteur en effet de tant de grandes choses, vousmême apparaissez incomparablement plus grand; au moindre de vos signes obéit tout ce qui par vous subsiste ; c'est l'honneur du monde, que de vous avoir pour auteur et de vous être soumis. Donneznous donc cet avantage, qu'ouvrant nos lèvres pour vous bénir, nous obtenions la bénédiction de la grâce céleste.

ESTO nobis. Domine, protector et medicus : tu peccatorum nostrorum vulnerum solita pietate tribuis medicinam : tu errantibus es via. * Et

OYEZ, Seigneur, notre pro'

tecteur et notre médecin :

c'est vous qui, dans votre

habituelle bonté, guérissez

les blessures de nos péchés;

c'est vous qui êtes la voie

Le Trei^ Dimanche après la Pentecôte. 3y/

des égarés. * Et c'est vous, à Dieu bon, que vous donnez pour couronne à ceux qui vous cherchent

j^. Soyez vous-même des orphelins le père, vous-même des pécheurs et des malheureux le pasteur. ' Et c'est vous.

Gloire au père. Soyez.

te, Deus pie, quaerentibus das coronam.

f. Te pupilli patrem, te egeni atque peccatores mereantur habere paslorem. ' Et te, Deus.

Gloria. Esto nobis.

BKNISSEZ, o Seigneur, ce [■•euple qui est à vous, qui vous fut acquis par le sang du Christ.

^. Amen.

Qu'ils n'aient plus rien de leur ancien aveuglement ces troupeaux devenus ceux du Christ.

^. Amen.

Conservez en eux, Seigneur, la vie de vos noces sacrées, afin qu'ils méritent d'être les convives des Patriarches et de tous les Saints.

V- Amen.

BENEDic, Domine, hanc plebem tuam, Christi tui sanguine comparatam.

Bf(. Amen.

Ne quicquam habeant caecitatis, qui jam grèges recensiti sunt Cnristi.

Conserva in eis, Domine, tuam vitam nuptialem, ut Patriarcharum, omniumque Sanctorum mereantur esse convivae.

i^. Amen.

E Dimanche s'appelle aujourd'hui, dans l'Eglise d'Occident, le Dimanche des deux maîtres en raison de son Evangile.

Les Grecs lui donnent le nom de Dimanche des conviés à Lt noce ' ou qitator:^ième de saint Matthieu, à moins que la fête de l'Exaltation de la sainte Croix (14 septembre) ne doive se rencontrer dans la semaine qui va commencer. Car alors ce Dimanche ainsi que le suivant s'appellent de V Exaltation, et prennent leur Evangile, le premier de saint Jean, le second de saint Marc. Puis viennent à la suite les Dimanches dits lie saint Luc, dont la série se poursuit jusqu'au Carême en la manière que nous avons détaillée pour saint Matthieu.

A la Messe.

3- fi

REGARDEZ-NOUS, ô Dicu Hotrc protecteur , jete:{ les yeux sur la face de votre Christ. Ainsi débute aujourd'hui l'Eglise s'avançant vers l'autel . L'Eglise est l'Epouse de l'Homme Dieu et sa gloire '; mais l'Epoux, dit saint Paul, est à la fois l'image et lagloire de Dieu 2 et la tête de l'Epouse •'. C'est donc en toute vérité, comme avec une pleine assurance d'être exaucée, que l'Eglise, s'adressant au Dieu trois fois saint, le prie de jeter les yeux, en la regardant, sur la face de son Christ

notre protecteur, et jetez les yeux sur la face de voire Christ; car un seul jour dans vos parvis vaut mieux que mille jours.

Ps. Qu'ils sont aimés vos tabernacles, ô Seigneur des armées ! mon âme désire entrer dans Ic'^ parvis du Seigneur, et défaille à leur pensée. Gloire au Père. Regardez-nyus.

Les gloires futures à la pensée desquelles l'Eglise tressaille, la dignité de l'union divine 'qui la rend dès ce '^monde véritablement Épouse, ne l'empêchent point de sentir le besoin continuel qu'elle a du secours d'en. haut. Un seul moment d'abandon du côté du

PROTECTOR noster, aspice, Deus, et respice in faciem Christi tui : quia melior est dies una in atriis tuis super millia.

Ps. Quara dilecta tabernacula tua, Domine virtutum : concupiscit, et déficit anima mea in atria Domini. Gloria Patri. Protector.

1. 1 Cor. XI, 7. — 2. Ibid. — 3 Ibid. 3 ; Eph v, 23.

3So Le Qi(ator^. Dim. après la Pentecôte.

ciel, et elle verrait l'humaine fragilité emporter ses membres à l'abîme de vice que décrit l'Apôtre dans l'Epître, bien loin des vertus qu'il célèbre Demandons avec notre Mère, dans la Collecte, cette assistance miséricordieuse de tous les instants qui nous est si nécessaire.

Cu s T o D I, Domine quaesumus, Ecclesiam tuam propitiatione perpétua : et quia sine te labitur huraana mortalitas, tuis semper auxiliis et abstrahatur a noxiis, et ad salutaria dirigatur. Per Dominum.

NOUS vous en supplions, Seigneur, gardez toujours miséricordieusement votre Eglise ; et parce que sans vous l'humaine nature chancelle, que sans cesse votre secours l'arrache au mal et la dirige dans la voie du salut. Par Jésus-Christ.

Les autres Collectes c\-dess\xs, page io6.

Lectio EpistolsE beati Pauli Apostoli ad Galatas. Cap. v.

FRATRES, Spiritu ambulate, et desideria carnis non perficietis. Caro enim concupiscit adversus spiritum : spintus autem adversus carnem : haec enim sibi invicem adversanlur : ut non quaecumque vultis, illa faciatis. Quod si Spiritu ducimini, non estis sub lege. Manifesta sunt autem opéra carnis qas sunt fornicstio, imLecture de l'Epître du bienheureux Paul, Apôtre, aux Galates. Chap. v.

MES Frères, marchez selon l'Esprit, et vous n'accomplirez point les désirs de la chair. Car la chair convoite contre l'esprit, et l'esprit contre la chair : ils se combattent 1 un l'autre, afin que vous ne fassiez pas tout' ce que vous voulez. Que si vous êtes conduits par l'Esprit, vous n'êtes point sous la loi. Or les œuvres de la chair sont faciles à connaître : à savoir, la fornicaA la Messe.

38i

tion, l'impureté, l'impudicité, la luxure, l'idolâtrie, les maléfices, les inimitiés, les contentions, les lalousies, les colères, les rixes, les dissensions, les sectes, les envies, les homicides, les ivrogneries, les excès de bonne cfière et autres crimes pareils, dont je vous déclare, comme je l'ai déjà fait, que ceux qui les commettent n'obtiendront point le royaume de Dieu. Le fruit de l'Esprit est au contraire : charité, joie, paix, patience, bénignité, bonté, longanimité, douceur, bonne foi, modestie, continence, chasteté. Il n'y a point de loi contre ccui: qui vivent de la sorte. Or ceux qui sont à Jésus-Christ ont crucifié leur chair avec ses vices et ses convoitises.

munditia, impudicitia, luxuria, idolorum servitus, veneficia, inimicitise^ contentiones, aemulationes, irx, rixae, dissensiones, sectae, invidix, homicidia, ebrietates, comessationes, et his similia, quae pr»dicovobis, sicut pra:dixi : quoniam qui talia agunt, regnmn Dei non consequentur. Fructus autem Spiritus est : charitas, gaudium, pax, patientia, benignitas, bonitas, longanimilas, mansuetudo, fides, modestia, continentia, castitas. Adversus hujusmodi non est lex. Qui autem sunt Christi, carnem suam crucifixerunt cum vitiis et roncupiscentiis.

L'Epouse venue pour être couronnée des hauteurs de Saniret d'Hermon i, ne connaît point la servitude du Sinai 2. Bien moins encore est-elle soumise à l'esclavage des sens. Sur la montagne où sa tente est fixée jusqu'aux derniers jours 3, l'Epoux a brisé, avec les liens de la loi juive, la chaîne plus terrible encore qui liait tous les peuples, la trame de péché enveloppant les nations 1. Ses fils sont rois comme elle-''; le lait qu'elle leur donne 6 infuse en eux la liberté'. RemI. Cant. IV, 8. — 2. Gai. IV, 24-26. — 3. IsAl. il, 2.

— 4. IbiJ. XXV, 7.— 5.1 PeTR. 11,9.— 6. IsAI. LXVl,

382 Le Qiiator:^. Dim. après la Pentecôte.

plis de l'Esprit-Saint qui faitleur noblesse et ieiir force *, ils grandissent sous l'œil du Dieu des armées dans les combats qui conviennent à des princes 2. Satan a vu leurs luttes glorieuses restreindre son empire ■'. Deux cités se partagent la terre désormais^; et la cité sainte, composée des vainqueurs du démon, du monde et de la chair, tressaille de voir affluer dans son sein l'élite des nations ^. L'amour supplée à toute loi dans ses murs, car FEsprit, qui conduit ses heureux citoyens, dirige leur marche bien au delà des prescriptions ou des défenses d'une loi quelconque. Avec la charité, la joie et tous ces fruits divins qu'énumère l'Apôtre, y naissent, comme d'eux-mêmes, sur un sol imbibé des eaux du fleuve qui n'est autre encore que l'Esprit sanctificateur inondant de ses flots la cité de Dieu «. Ne nous étonnons point que la nouvelle Sion soit plus aimée du Seifneur que ne le furent toutes les tentes de acob T autrefois si belles s. Depuis que la bénédiction a remplacé la loi sur terre, les serviteurs de Dieu ont fait place à ses fils. Prouvant dans la chair même leur céleste origine, ils vont de vertu en vertu; sans quitter la vallée des larmes, ils montent incessamment, atteignant les plus hauts sommets de la sainteté, retraçant ici-bas la perfection du Père céleste ^ qui apparaît véritablement

r. Rom. VIII, 14, 26. — 2. Eph. IV, 8; vi, 12. —

3. JoHAN. XII, 3i. — 4. AuG. De civit. Dei. — 5. Isai.

Lx, 5. — 6. Psalm. lxiv, i i ; Ps. xlv, 5. — 7- Ps. Lxxxvi, 2. — 8. Num. xxiv, 5. — 9. Matth.

A la Messe. 3S3

comme le Dieu des dieux ', entouré qu'il est dans Sion de leur noble cour.

La chair et le sang n'ont eu nulle part à leur divine naissance -; la chair et le sang n'en ont point davantage en leur vie renouvelée 3. Nés de la chair primitivement, ils étaient chair, et faisaient les œuvres de honte citées dans l'Epître, montrant bien en tout qu'ils sortaient du limon'; nés de l'Esprit, ils sont esprit'', et font les oeuvres de l'Esprit malgré la chair qui les enveloppe toujours *. Car l'Esprit en leur donnant la vie, les a soustraits, par la force de l'amour, à l'empire du pécné. " qui régnait dans leurs membres 8 ; et, greffés sur le Christ, ils fructifient maintenant pour Dieu 9.

L'homme, asservi par la concupiscence, a donc retrouvé sur la croix de l'Homme-Dieu l'équilibre de son être "> avec la liberté. La suprématie q^ue l'âme avait perdue en punition de sa révolte contre Dieu i' lui a été rendue sous les eaux de la fontaine sacrée; redevenue reine, qu'a-t-elle à faire qu'à châtier l'esclave qui, si longtemps, tyrannisa sa légitime maîtresse .' Certes, de lui-même déjà, l'homme ne doit rien à la chair '*. Mais de plus, Dieu, insulté par tant d'ignominies commises sous ses yeux trois fois saints, réclame aussi sa vengeance ; et il daigne faire alliance avec l'homme affranchi, en lui conI. Psalm. Lxxxiii, 6-8. — 2. Johan. i, i2. — 3. I Cor. XV, 5o. — 4. Gen. il, 17. — 5. Johan. m, 6. —

384 Le Quator^. Dim. après la Pentecôte.

fiant la mission d'exercer sur l'usurpatrice ennemie leurs communes représailles. Au reste il y va, dans la continuation de la lutte, de la sûreté même des résultats acquis. Car, bien que réduite à l'impuissance de nuire à ceux qui sont en Jésus-Christ et ne suivent point ses honteuses suggestions', l'ancienne révoltée n'en demeure pas moins toujours en état de rébellion ouverte contre l'esprit, n'épargnant qu'à de rares privilégiés ses importunes attaques, suivant Antoine au désert, souffletant Paul au sortir de ses révélations sublimes-.

C'est pourquoi, n'eussions-nous aucune faute à expier, la plus élémentaire sagesse nous dicterait encore, contre cette persévérante et trop intime ennemie, des mesures de répression préventive. « Je châtie mon corps, disait l'Apôtre, et je le réduis en servitude, de peur que je ne devienne réprouvé 3. »

La pénitence est une dette de justice, qui s'impose au pécheur; la mortification est un devoir de haute prudence, qui regarde quiconque ne peut se vanter d'avoir éteint en lui sans retour les feux de la concupiscence. Et qui donc se rendra le double témoignage d'être quitte envers Dieu, et d'avoir étouffé dans son sein tous les germes des basses convoitises ? C'est pourquoi tous les auteurs qui traitent de la conduite des âmes professent, sans exception, qu'aucun homme soucieux de la perfection et du salut ne doit se borner à l'observation des règles de la sim.4 la Messe. 385

Fie tempérance, qui prohibe l'excès dans usage des jouissances de tout genre; il faut que, s'annant de force, il sache de temps en temps se refuserdes plaisirs permis d'ailleurs, s'imposer des privations qui n'étaient pas commandées, aller même au-devant de la soutfrance proprement dite, selon le mode et dans la mesure que conseillera un sage directeur.

Ecoutons entre mille, sur ce sujet, l'aimable et doux saint François de Sales: « Si vous

0 pouvés supporter le jeusne. « dit-il, dans

V Introduction à la vif dévote., à sa chère Philothée. « vous ferés bien de jcusner quelques « jours outre les jcusnes que l'Eglise nous « commande... ; bien qu'on ne jeusne pas « beaucoup, l'ennemi neantmoins nous craint « davantage quand il connoist que nous sça<< vons jeusner. Les mercredy, vendredy et « samedy sont les jours esquelz les anciens « chrestienss'exerçoient le plusà l'abstinence. « Prenez-en donc de ceux-là pour jeusner, <i autant que vostre dévotion et la discrétion « de vostre directeur vous le conseilleront.... «. La discipline a une merveilleuse vertu pour t réveiller l'appétit de la dévotion, estant « prise modérément. La haire matte puis« samment le corps... ; es jours plus signalés « de la pénitence, on la- peut employer avec « l'advis d'un discret confesseur '. » Ainsi s'exprime le docte et pieux évêque de Genève, malgré sa douceur ; et c'est aux personnes vivant dans le monde que s'adressent ses

3S6 Le Qiiator^. Dhn après la Pentecôte.

instructions. C'est qu'en effet, dans le monde comme dans le cloître, la vie chrétienne, dès qu'on la prend au sérieux, exige cet incessant combat de l'esprit contre la chair, faute duquel celle-ci reprend bientôt son empire usurpé et réduit l'àme à l'impuissance, en éteignant ses premières aspirations vers la vertu dans la torpeur d'un engourdissement fatal, quand elle ne la replonge pas d'un seul bond dans la fange.

Qu'on ne craigne point, au reste, que l'affabilité des rapports sociaux ait rien à souffrir de cette énergie que le chrétien saura déployer contre lui-même : la vertu qui repose sur l'oubli de soi jusqu'à aimer pour Dieu la souffrance et la gène, n'enlève rien aux grâces de qui la possède, ni aux charmes de la société où elle se rencontre , et il n'est

Îioint de parure, quand c'est l'amour du Christ ésus qui préside à son agencement, où les bijoux de la pénitence ne sachent très bien trouver leur place sans faire nul tort à ceux du siècle. Quelle leçon ne réserve pas le jour du jugement à tant de chrétiens, tièdes et lâches, qui pensent que tout autour d'eux partage sur ce point la mollesse où ils s'endorment si volontiers ! Alors ils verront, révélées au grand jour, les pieuses industries que le culte de la cnoix suggérait, pour crucifier leur chair au sein môme des plaisirs, à tels et telles dont l'aménité faisait le plus bel ornement de leurs fêtes mondaines

Et ne faut-il pas reconnaître qu'il en doit être ainsi d'ailleurs, à moins de dire que le christianisme et l'amour divin ne sont plus de ce monde ? Comment aimer Jésus, l'/iowwe

A la Messe. 38 y

de douleurs ', sass aimer ses soutfrances ? comment prétendre marcher après lui, si l'on n'est pas dans la voie du Calvaire : 5/ quelqu'un veut venir après moi, d\\. l'Hommc-Dieu, qu'il se renonce lui-même, qu'il porte sa croix tous les Jours, et qu'il me suive 2. Et l'Eglise qui ne fait qu'un avec son Epoux, qui le complète en toutes choses •'', poursuivant et développant sa vie d'expiation et de réparation à travers les siècles, l'Eglise demande à ses fils l'accomplissement de cette tâche sublime que l'Apôtre exprimait par ces mots : Je supplée à ce qui manqite aux souffrances de Jésus-Christ, en soiiffrant dans ma chair pour son corps qui est l'Eglise >.

Tâche sublime en effet, toute filiale du côté qui regarde l'Eglise, mais aussi toute divine et déifiante, considérée entre le Verbe et l'âme qu'il daigne élever au-dessus des anges à ce point de l'appeler en partdu calice réservé par le Père souverain a son humanité sainte ■'•. C'est là vraiment ' l'intimité de l'Epouse ; c'est le breuvage dont la vertu confond leurs deux vies en "une seule ; et l'on ne doit pas s'étonner si l'ivresse douloureuse Qu'ils puisent à l'envi dans la coupe sacrée donne une telle force à leur union, que la créature redescend parfois de l'extase marauée dans son âme^ et dans sa chair même, es plaies du diA'^n Crucifié. Mais que le Seigneur daigne ou non communiquer d'une manière invisible ou visible à sa bien-aimée les stigmates de son amour, la souffrance,

23. — 4. Col. I, 24. — 5. JoHAN. xviii. II.

38S Le Quator:^. Dim. après la Pentecôte.

sous ses mille formes, est le sceau royal qui donne ici-bas son cachet d'authenticité le plus sûr au contrat de l'union divine. Plusieurs, qui tressaillent d'une pieuse envie au récit des faveurs gratuitement accordées à quelques âmes saintes, reculeraient terrifiés devant l'exposé des épreuves qu'elles ont dû traverser pour gagner ces sommets mystérieux. Après même que les épreuves purifiantes dont nous avons parlé ailleurs > sont accomplies, le rendez-vous du Cantique n'en demeure pas moins fixé toujours au mont de la myrrhe 2 qui signifie la souffrance ; la myrrhe est le premier des parfums que le Verbe divin recueille au jardin symbolique, le seul qu'il nomme entre tous ^ ; la myrrhe découle des mains de l'Epouse et remplit ses doigts 1 ; il est lui-même au sein de son élue le bouquet de myrrhe •', et c'est la myrrhe que distillent pour elle ses lèvres d'Epoux 6. Ne prétendons point, dans notre misère, être emportés jamais par l'Esprit jusqu'aux cimes élevées de la vie mystique où l'union divine produit les merveilleux résultats cités plus haut ; mais rappelons-nous que ni l'intensité, ni le mérite de l'amour, ni la réalité même de l'union effective ne dépendent de ces manifestations extérieures. Il doit nous suffire, pour aimer, pour rechercher la souffrance, de nous souvenir par la foi qu'elle a été toute la vie de Celui qui désire et mérite si bien être l'unique objet de nos affections

6. Ibid. V, i3.

.1 la Messe. 38g

et de nos pensées. Nous sommes les membres d'un Chef couronné d'épines : pourrionsnous ne rêver que délices et tleurs ? N'oublions point que tous les saints, au ciel, doivent reproduire les traits de l'Adam, nouveau ' ; le Père éternel n'admet dans sa maison que des images de son Fils 2.

L'Eglise chante, au Graduel, la bienheureuse confiance qu'elle a mise dans le Seigneur son Epoux. Le Verset alléluiatique invite ses fils à se réjouir comme elle en Dieu leur Sauveur.

IL est bon de se confier dans le Seigneur, plutôt que de se confier dans l'homme.

f. Il est bon d'espérer dans le Seigneur, plutôt que d'espérer dans les princes.

Alléluia, alléluia.

f. Venez, tressaillons dans le Seigneur , réjouissonsnous en Dieu notre Sauveur. AUeluia.

BONiM e t confidere in Domino, quam confidere in homine.

y. Bonum est sperare in Do'mino, quam sperare in principibus. Alléluia, alléluia: y. Venite, exsultemus Domino : jubilemus Deo salutari noslro. Alléluia.

La suite du saint Evangile ■elon saint Matthieu. Ck.<p. vl

rce temps-là, Jésus dit à ses disciples : Personne ne peut servir deux maîtres ; car ou il haïra l'un et aimera l'autre, ou il s'attachera à

Sequentia sancti Evangelii secundum Matthseum. Cap. vl

IN illo tempore : Dixit Jésus discipulis suis : Nemo potest duobus dominis servira : aut enim unum odio habebit, et

3go Le Quatoi:^. Dim. après la Pentecôte.

alterum diliget : ajt unum sustinebit, et alterum contemnet. Non potestis Deo servire , et mammonae. Ideo dico vobis, ne soUiciti sitis anims vestrae quid manducetis , neque corpori vestro quid induamini. Nonne anima plus est quam esca:et corpus plus quam vestimentum ? Kespicite volatilia coeli, quoniam non serun'. neque metunt, neque congregant in horrea : et Pater rester cœlestis pascit illa. Nonne vos magis pluris estis illis ? Quis autem vestrum cogitans, potest adjicere ad staturam suam cubitum unum ? Et de vestimento quid soUiciti estis ? Considerate lilia agri, quomodo crescunt : non laborant . neque nent. Dico autem vobis, quoniam nec Salomon in omni gloria sua coopertus est sicut unum ex istis. Si autem foenum agri, quod hodie est, et cras in clibanum mittitur, Deus sic vestit • quanto magis vos modicx fidei ? Nolite ergo soUiciti esse, dicentes : Quid manducabimus , aut quid bibemus, aut quo operiemur ? Haec enim omnia gentes inl'un et méprisera l'autre. Vous ne pouvez servir Dieu et l'argent. C'est pourquoi je vous dis : Ne vous inquiétez pas pour votre vie ou vous trouverez de quoi manger, ni pour votre corps eu vous aurez de quoi le vêlir. La vie n'est-elle pas plus que la nourriture, et le corps plus que le vêtement ? Considérez les oiseaax du ciel: ils ne sèment point, ni ne moissotinent, ni n'amassent rien dans des greniers, et votre Père céleste les nourrit. Ne valez-vous pas, vous, beaucoup plus qu'eux ? Qui de vous par ses soucis peut ajouler à sa taille une seule coudée ? Et pourquoi ètes-vous inquiets du vêtement ? Voyez les lis des champs, comment ils croissent : ils ne travaillent, ni ne filent point. Or je vous dis que même Salomon dans toute sa gloire n'a jamais été vêtu comme l'un d'eux. Mais si Dieu prend soin de vêtir ainsi une herbe des champs qui est aujourd'hui, et sera demain jetée au fout, combien plus aura-t-il soin de vous vêtir, hommes de peu de foi ? Ne vous inquiétez donc point, en disant . Que mangeronsnous, ou que boirons-nous, ou de quoi nous couvrironsnous ? comme font les païens qui recherchent toutes ces choses. Car votre Père sait

A la Messe.

3g I

que vous avez liesoin de tout quirunt. Scit eniin Pater

cela. Cherchez donc d'abord vester, quia his omnibus

le royaume de Dieu et sa indigctis. Quserite ergo

justice, et toutes ces choses primum regnum Dei, et

vous seront données par justitiam e)us : et hïec

surcroii omnia adjicientur vobis.

L\ vie surnaturelle, pour arriver à son plein épanouissement dans les âmes, doit triompher de trois ennemis que saint Jean a nommés la concupiscence de la chair, la concupiscence des yeux cl l'oi gueil de la vie '. Nous venons de voir, dans J'Epitre du jour, l'obstacle opposé par le premier de ces ennemis à l'Esprit-Saint et la manière de le surmonter ; l'humilité, sur laquelle l'Eglise a ramené plus d'une fois notre attention dans les Dimanches précédents, est le renversement de l'orgueil de la vie : la concupiscence des yeux, ou l'attache aux biens de ce monde qui n'ont de biens que le faux nom et l'apparence trompeuse, est l'objet de l'Evangile qu'on vient d'entendre.

» Personne, dit l'Homme-Dieu, ne peut servir deux maîtres ■> ; et ces deux maîtres dont il parle sont Dieu et Mammon, c'est-àdire la richesse •. Non que la richesse soit mauvaise par elle-même. Acquise légitimement et employée suivant la volonté du Seigneur suprême, elle sert à gagner les vrais biens, à entasser par avance dans l'éternelle patrie des trésors qui ne craignent point les voleurs ou la rouille ^. Quoique la pauvreté soit la noblesse des cieux depuis que le

3. M;i

3g 2 Le Quator^. Dim. après la Pentecôte.

Verbe divin l'a épousée, c'est une grande mission que celle du riche, établi pour faire valoir, au nom du Très-Haut, les diverses parties de la création matérielle. Dieu daigne remettre à ses soins la nourriture et l'entretien de ses fils les plus aimés, des membres dénués et souffrants de son Christ ; il l'appelle à se faire le soutien des intérêts de son Eglise, le promoteur des œuvres du salut ; il lui confie la splendeur de ses temples. Heureux et digne de toute louange est celui qui ramène directement ainsi à la gloire de leur auteur les fruits de la terre et les métaux qu'elle renferme en son sein ! Qu'il ne craigne point : ce n'est pas à lui que s'adressent les anathèmes tombés si souvent de la bouche de FHomme-Dieu sur les riches et les heureux du siècle. Lui n'a qu'un maître : le Père qui est aux cieux, dont il se reconnaît humblement l'économe. Mammon ne le domine pas ; car, au contraire, il en a fait son esclave et l'a mis au service de son zèie. Le soin qu'il prend pour administrer ses biens dans la justice et la charité, n'est point celui que condamne l'Evangile ; car en cela même il suit la parole du Seigneur, cherchant d'abord le royaume de Dieu , et la richesse qui passe par ses mains en bonnes oeuvres ne distrait point ses pensées du ciel où est son trésor et son coeur '

Tout autrement en est-il, quand la richesse n'est plus envisagée comme un simple moyen, mais devient le pwf de l'existence, au point de faire négliger et parfois oublier à l'homme

A la Messe. 3q3

sa fin dernière. Les voies de i'avare ravissent, son ame, dit l'Esprit-Saint ' . C'est qu'en effet, explique l'Apôtre à son disciple Timothée, l'amour de l'argent précipite l'homme dans la tentation et les filets du diable par la multitude des désirs pernicieux et \ains qu'il engendre ; il l'enfonce toujours plus avant dans l'abîme, lui faisant vendre au besoin jusqu'à sa foi '■^. Et cependant plus l'avare amasse, et moins il dépense. Garder chèrement son trésor, le contempler ^, ne penser qu'à lui quand la nécessité l'en éloigne, c est là toute sa vie ; sa passion tourne en idolâtrie '. Mammon bientôt, en effet, n'est plus seulement pour lui un maître aux ordres primant tous les autres ; c'est un dieu devant qui, courbé jour et nuit, l'avare immole amis, parents, patrie et lui-même, dévouant son âme à son idole, et lui jetant tout vivant, dit l'Ecclésiastique, ses propres entrailles ■'. Ne soyons point étonnés que notre Evangile représente Dieu et Mammon comme d'irréconciliables rivaux : quel autre que Mammon a vu Dieu en personne sacrifié pour trente pièces d'argent sur son vil autel ? Est-il un ange déchu dont la hideuse gloire rayonne d'un plus sinistre éclat sous les voûtes infernales, que le démon du gain, auteur du marché qui livra aux bourreaux le Verbe éternel ? L.e déicide est à la charge des avares ; leur misérable passion, que f'Apôtre qualifie de racine de tous les maux 6, revenI. Prov. I, ig. — 2. I Tim. vi, g-io. — 3. Eccle. v -lo. — 4. Eph. V, 5 ; Col. m, 5 — 5. Eccli. x, 10. —

3g4 Le Qiiator^. Dim. après la Pentecôte.

dique légitimement le plus grand des crimes que le monde ait commis.

Mais, sans aller jusqu'aux excès qui firent dire aux auteurs inspirés des livres euxmêmes de l'ancienne alliance : « Rien de plus criminel que l'avare, rien de plus inique que d'aimer l'argent ' », il est facile de se laisser entraîner, au sujet des biens de ce monde, à une sollicitude exagérée, dépassant celle que permet la prudence. Le Créateur qui ne néglige ni les oiseaux du ciel, ni les lis des châm'ps, oublierait-il, soit de nourrir, soit de vêtir l'homme même, pour qui furent faits les oiseaux et les lis? Depuis surtout que l'homme peut dire à Dieu : Mon Père, l'inquiétude que condamne la simple raison serait pour des chrétiens une injure à Celui dont ils sont les fils. Leur bassesse d'âme mériterait l'abandon du Seigneur de toutes choses. Si répondant au contraire à leur noblesse de race, ils cherchent avant tout ce royaume de Dieu dont la couronne est pour eux dans la vraie patrie, les biens de la vallée d'exil leur sont assurés par la parole expresse du Seigneur même, dans la mesure utile au voyage qui les conduit au ciel. Quelle ineffable suavité dans ces déductions du Sauveur! vouloir y ajouter d'humaines paroles serait en diminuer le charme et la force à la fois.

Insistons seulement pour faire observer que la préoccupation blâmée ici comme un manque de confiance envers le Père qui est aux cieux, serait, en outre, la preuve d'une atta1. Eccli. X, 9-10.

A la Messe. 3g5

che incompatible avec la perfection de la vie chrétienne et le désir d'avancer dans les voies de l'union divine. La Vie unitive n'est fermée à aucun des états de ce monde ; mais c'est à la condition pour l'âme de se dégager des liens qui l'empêchent de monter vers son Dieu. Le religieux brise ces liens par ses trois vœux, qui répondent directement aux efforts de la triple concupiscence ; le séculier qui désire, quoique dans le monde, répondre autant que possible à l'appel du Seigneur, doit arriver, sans l'aide de cette sépa'ration etfective, à se détacher non moins complètement de sa volonté propre, de ses sens et des biens qu'il possède, pour n'avoir plus de regards et d'aspirations qu'au ciel où réside son amour. S'il ne fait pas en sorte d'être, au sein môme des richesses, aussi pauvre d'esprit que l'est de fait le religieux, sa marche se trouve arrêtée dès le premier degré de l'échelle contemplative ; tant qu'il n'aura pas triomphé de l'obstacle, il ne doit pas compter s'élever, dans la vie et l'amour, audessus des sentiers du grand nombre.

L'Offertoire, comme les autres parties de cette Messe, est tout à la confiance. Le chef des milices de Dieu, l'archange Michel dont la fête approche, et que l'Eglise invoque tous les jours dans la bénédiction de l'encens à ce moment du Sacrifice, n'est-il pas là pour garder ceux qui craignent le Seigneur ?

j 'Ange du Seigneur envi- 1 , mmittet Angélus DoL ronnera ceux qui le | [ mini in circuitu ti3g6 Le Qiiator:^. Dim. après la Pentecôte.

mentium eum, et eripiet eos ; gustate et videte, quoniam suavis est Dominus.

Demandons, dans la Secrète, que l'hostie offerte sur l'autel purifie notre âme par sa vertu et détermine la divine puissance à se montrer en notre faveur.

craignent et les délivrera ; goûtez et voyez combien le Seigneur est doux.

^^-^ONCEDE nobis, Do\_f mine quaesumus ut haec hostia salutaris et nosfrorum fiât purgatio delictorum, et tuae propitiatio potesiatis. Per Dominum.

CCORDEZ, nous vous en A supplions , Seigneur , que cette hostie salutaire détruise nos fautes et incline miséricordieusement vers nous votre puissance. Par notre Seigneur.

Les autres Secrètes comme ci-dessus, page 1 18.

L'Antienne de la Communion, tirée de l'Evangile qui est aujourd'hui celui du présent Dimanche, ne se trouvait pas ici primitivement ; les anciens liturgistes n'en font point mention à cette place, et on ne l'y rencontre dans aucun des manuscrits consultés par le Bienheureux Tommasi pour la publication de son Antiphonaire. La composition de cette Messe et de quelques autres présente au reste, historiquement, plus d'une autre variante ; maiscesdétails, si intéressantsqu'ils soient d'ailleurs, relèvent trop exclusivement de l'érudition, et nous ne pourrions y entrer sans changer le caractère de cet ouvrage.

I^RiMUiM quaerite re- j a-^ herchez d'abord le rop gnum Dei. et omnia | \^^ yaume de Dieu, et toutes

choses vous seront données par surcroit, dit le Seigneur.

adjicientur vobis , dicit Dominas.

Pureté croissante, protection du ciel et persévérance finale, tels sont les fruits précieux de la fréauentation des Mystères. Obtenons-les, en priant avec l'Eglise dans la Postcommunion.

OUE votre Sacrement nous purifie toujours et nous défende, ô Dieu ; qu'il nous conduise au port du !>alut éternel. Par notre Seigneur.

Les autres page 119.

DuRlFlCENT semper et muniant tua sacramentn nos, Deus : et ad perpetuae ducant salvationis effectum. Per Dominum.

Postcommunions ci-dessus,

ES Psaumes, les Antiennes, le Capitule, l'Hymne et le \'erset, ci-dessus, j^ag-es 52-

ANTiENNE DE Magnificat.

/Cherchez d'abord le ro^~-' yaume de Dieu et sa justice, et toutes ces choses vous seront données par surcroît. Alléluia.

Qu.ERiTE primum regnum Dei, et justitiam ejus, et hase omnia adjicientur vobis. Alléluia.

L'Oraison ci-dessus, page 38o.

38S Le Qiiator:^. Dim. après la Pentecôte.

sous ses mille formes, est le sceau royal qui donne ici-bas son cachet d'authenticité le plus sûr au contrat de l'union divine. Plusieurs,

3ui tressaillent d'une pieuse envie au récit es faveurs gratuitement accordées à quelques âmes saintes, reculeraient terrifiés devant l'exposé des épreuves qu'elles ont dii traverser pour gagner ces sommets mystérieux. Après même que les épreuves purifiantes dont nous avons parlé ailleurs ' sont accomplies, le rendez-vous du Cantique n'en demeure pas moins fixé toujours au mont de la myrrhe ~ qui signifie la souffrance ; la myrrhe est le premier des parfums que le Verbe divin recueille au jardin symbolique, le seul qu'il nomme entre tous ^ ; la myrrhe découle des mains de l'Epouse et remplit ses doigts ^ ; il est lui-même au sein de son élue le bouquet de myrrhe ■'•, et c'est la myrrhe que distillent pour elle ses lèvres d'Epoux *. Ne prétendons point, dans notre misère, être emportés jamais par l'Esprit jusqu'aux cimes élevées de la vie mystique où l'union divine produit les merveilleux résultats cités plus haut ; mais rappelons-nous que ni l'intensité, ni le mérite de l'amour, ni la réalité même de l'union effective ne dépendent de ces manifestations extérieures. Il doit nous suffire, pour aimer, pour rechercher la souffrance, de nous souvenir par la foi qu'elle a été toute la vie de Celui qui désire et mérite si bien être l'unique objet de nos affections

3. Ibid. V, I. — 4. Ibid., 5. — 5. Ibid.i, la.

. 6. Ibid. V, i3.

A la .\fesse.

3Fg

et de nos pensées. Nous sommes les membres d'un Chef couronné d'épines : pourrionsnous ne rêver que délices et fleurs ? N'oublionspoint que tous les saints, auciel, doivent reproduire les traits de l'Adam, nouveau ' ; le Père éternel n'admet dans sa maison que des images de son Fils 2.

L'Eglise chante, au Graduel, la bienheureuse confiance qu'elle a mise dans le Seigneur son Epoux. Le Verset alléluiatique invite ses fils à se réjouir comme elle en Dieu leur Sauveur.

IL est bon de se confier dans le Seigneur, plutôt que de se confier dans l'homme.

t- Il est bon d'espérer dans le Seigneur, plutôt que d'espérer dans les princes.

Alléluia, alléluia.

"f. Venez, tressailhons dans le Seigneur , réjouissonsnous en Dieu notre Sauveur. Alléluia.

BONfM e t confidere in Domino, quam confidere in homine.

f. Bonum est sperare in Domino, quam sperare in principibus. Alléluia, alléluia: f. Venite, exsultemus Domino : jubilemus Deo salutari nostro. Alléluia.

La suite du saint Evangile selon saint Matthieu.

•^ ce temps-là, Jésus dit à J^ ses disciples : Personne ne peut servir deux maîtres ; car ou il haïra l'un et aimera l'autre, ou il s'attachera à

Sequentia sancti Evangelii secundum Matthaeum. Cap. vl

IN illo tempore : Dixit Jésus discipulis suis : Nemo potest duobus dominis servire : aut enitn unum odio habebit, et

Temps que nous traversons, cette admirable formule de notre Sacramentaire gallican.

\r ERE dignum et jus' tum est, Domine Rex cœlestiura, Rex regum, Deus deorum, et Dominus doininorum , tibi gratias agere, laudum hostias immolare. Exaudi orationem et deprccationem famulorum famularumque tuarum ; auribus percipe lacrymas eorum, Abba Pater. Impie nominis tui officium super famulos et famulas tuas : tu eos rege, tu protège, tu conserva, tu sanctitîca, tu guberna, tu consolare. Sicut non es dedignatus congregare et vocare eos ; ita tuo inflammentur amore, ut a te non despiciantur. Domine clementissime et piissime Pater. Oro te, Domine, non pereat in nobis factura redemtionis et vocatio tua : sicut vocasti errantes, iti. custodi in hoc ovili habitantes. Precamur te, Domine sancte , Pater omnipotens, xterne Deus, exaudi famulos tuos, quia benigna est misericordia tua. Concède eis, ut tuo Sancto Spiritu inflammentur, tua virtute fir(~\ ui, il est digne et juste, ^-^ Seigneur Roi des cieux, Roi des rois. Dieu des dieux et Maître des maîtres, de te rendre grâces, de t'immoler les hosties de la louange. Exauce la prière et les supplications de tes serviteurs et de tes servantes ; que tes oreilles perçoivent leurs larmes, Abba, ô Père. Accomplis l'office de ce nom qui est le tien sur tes serviteurs et tes servantes ■ à toi de les conduire, à toi de les protéger, à toi de les conserver, à toi de les sanctifier, à toi de les gouverner, à toi de les consoler. Puisque tu n'as pas dédaigné de les rassembler et de les appeler , embrase-les de ton amour, pour qu'ils ne tombent pas sous ton mépris, Seigneur très clément et très tendre Père. Je t'en prie. Seigneur, que ne périsse pas en nous l'oeuvre de la rédemption et ton appel : tu nous as appelés quand nous étions égarés, garde-nous maintenant que nous habitons ce bercail. Nous t'en prions. Seigneur saint, Père tout-puissant, Dieu éternel, exauce tes serviteurs, car ta miséricorde est bienveillante. AccordeLe Qiiator^. Dim. après la Pentecôte.

leur d'èire enflammés de ton Saint-Ksprit, d être affermis de ta force, d'être illuminés de ta splendeur, d'être remplis de ta çràce, de profiter avec ton aide. Donne-leur Seigneur, une foi droite, une chanté parfaite, une humilité vraie. Fais, Seigneur, que soit en nous simplicité de l'amour, patience courageuse, obéissance persévérante, paix sans fin , âme pure, cœur droit et non souillé, bonne volonté, sainte conscience, componction de

1 esprit, force d'âme, vie sans tache, irrépréhensible ; et que, la course accomplie virilement, nous méritions d'entrer heureusement dans ton royaume.

I mentur, tuo splendore inluminentur. tua çratia repleantur, cum" tuo adjutorio proficiant. 60- na eis. Domine, fidem rectam, caritatem perfcctam, humilitatem veram. Concède. Domine, ut sit in nobis simplex affectus, patientia fortis, obedientia perseverans, pax perpétua, mens pura, rectum et mundiim c-r, voluntas bona, conscientia sancta , compunctio spiritus, virtiis animœ, vita immaculata, inreprehensibilis : consummatoque viriliter cursu, in tuum féliciter mereamur intrare regnum.

ÉPISODE si touchant de la veuve de Naïm donne aujourd'hui son nomau quinzième Dimanche après la Pentecôte. L'Introït nous présente la forme des prières que nous devons adresser au Seigneur dans tous nos besoins. L'Homme-Dieu a promis, Dimanche dernier, d'y pourvoir toujours, à la condition d'être servi par nous fidèlement dans la recherche de son royaume. En lui adressant nos supplications, montrons-nous confiants dans sa parole, comme il est juste de l'être, et nous serons exaucés.

INCLINA, Domine, aurem tuam ad me, et exaudi me : salvura fac servum tuum , Deus meus, sperantem in te :

INCLINEZ votre oreille vers moi. Seigneur, et eiaucezmoi ; sauvez votre serviteur qui espère en vous, mon Dieu ; Seigneur, ayez pitié

t:^ùJ'^^l^'^:J'' =-|«'— mjhi, Domine, ic jour. quoniam !>A t« ,i ■

Ps. Remplissez de joie lame de votre serviteur parce que j'ai élevé mon âme vers vous. Seigneur. Gloire au Père. Inclinez.

quoniam ad te clamavi tota die.

Ps- Lstifîca animam serv. tui : quia ad te, Domine, animam meam levay,. Gloria Patri. inclina.

dispositions^d'ibaissernenr'nnLPf' '''^ "°^ raissons en présence^^Ta ^ ""^ "°"^ P»' ipet^ > M^. •■ '^^ delà souveraine Ma.

QUE votre miséricorde, j Ccclesiam „.,„ r>

Seigneur, purifie ' H '-'"'rESlAM tuam, Doprotège sans rtn votre Eglise tT^u^L"'' '"'^''""° ^^net, parce quelle ne peut^sa"' niâr ., "'^" '' •"""

vous demeurer sauve au eM. n ' '' ^"'^ ^'"^ "=

soit toujours gouver'nl p3 " " P°'"' salva consisvotre grâce. Par notre%^! >!' '"^ '""P^'' «"""e

gneur "^^ ^''- g"bernetur. Per DomiI num.

Les autres Collectes ci-dessus, page ,06.

Gala.es. Ch.p. v^:!- .^"^ Slas.lf'rf et ;;!

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