L'Année liturgique — Le Temps après la Pentecôte (t. 10-15) (page 22)

Dom Prosper Guéranger · Vie de piété

Texte français, domaine public · Source : archive.org — L'Année liturgique t. 10-15, éd. 1911 (OCR) · 70 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

5 02 Le Dix-Neuv. Dim. après la Pentecôte.

l'amour. Nous avons vu que la sainteté pour les hommes est aussi l'union à l'éternelle et vivante vérité par l'amour infini. Le Verbe a pris un corps pour manifester dans la chair cette vérité parfaite S dont il est l'expression substantielle 2 ; son humanité, sanctifiée directement par la plénitude de la vie divine qui réside en lui 3, est devenue le modèle, et aussi le moyen, la voie unique de la sainteté pour toute créature *. Indépendamment du péché, les conditions de la nature finie retenaient l'homme bien loin de la vie divine ^ ; mais il trouve en Jésus-Christ, tels qu'ils sont en Dieu, les deux éléments de cette vie : la vérité et l'amour. En Jésus, comme complément de son incarnation, la Sagesse aspire à s'unir aussi tous les membres de cette humanité dont il est le chef « ; par lui l'EspritSaint, dont il est le réservoir sacré '', se déverse sur l'homme pour l'adapter à sa vocation sublime, et consommer dans l'amour infini qui est lui-même cette union de toute créature avec le Verbe divin. Ainsi nous est communiquée la vie de Dieu, dont l'existence se résume dans la contemplation et l'amour de son Verbe ; ainsi sommes-nous sanctifiés dans la vérité », en participant à la sainteté même dont Dieu est saint par nature.

Mais si le Fils de Thomme, étant Dieu, participe pour sa race à la vie d'union dans la vérité, qui fait la sainteté de la Trinité

I. JoHAN. I, 14. — 2. Hebr. i, 3. — 3. Col. il, 3, ç)-io

— 4. JoHAN. XIV, 6. — 5. Eph. IV, 18. — 6. Ibid. i. 10; Col. I, i5-20. — 7. Cf. JoHAN. IV, 14; VII, 37, 39.

— 8. Ibid. xvu, 17.

A la Messe. 5o3

souveraine, il ne communique cette vie, cette vérité, cette union déifiante, qu'à ceux des hommes qui sont devenus vraiment ses membres, qui reproduisent entre eux en lui, par l'opération de l'Esprit de vérité et d'amour ', l'uNiTK dont cet Esprit sanctificateur est en Dieu le lien tout-puissant. Que tous ils soient un, comme vous en moi et moi en vous, ô Père, disait l'Homme-Dieu ; qu'ils soient eux aussi un en nous : je leur ai donné la gloire, c'est-à-dire la sainteté que vous m'ave:^ donnée, pour qu'ils soient un comme nous-mêmes nous sommes un, pour que, moi en eux et vous en moi, ils soient consommés et

riart'aits dans /'unité '-'. Tel est, formulé par c Christ en personne, l'axiome simple et fécond, fondement du dogme et de la morale du christianisme. Jésus, dans cette prière sublime, expliquait ce qu'il venait de dire auparavant : Je me sanctifie pour eux, afin qu'ils soient, eux aussi, sanctifiés dans la

Comprenons maintenant la morale de saint Paul en notre Epître, et ce qu'il entend par cette justice et cette sainteté de la vérité qui est celle du Christ *, de l'homme nouveau que doit revêtir quiconque aspire à la possession des richesses énumérées dans les précédents passages de sa lettre immortelle. Qu'on relise l'Epitre du XVII" Dimanche, et l'on y verra que toutes les règles de l'ascétisme chrétien comme de la vie mystique se résument, pour l'Apôtre, dans ces mots : Soyons

5 04 Le Dix-Neuv. Dim. après la Pentecôte.

soucieux de /'unité *. C'est le principe qu'il donne aux commençants comme aux parfaits ; c'est le couronnement des plus sublimes vocations dans l'ordre de la grâce, comme le fondement et la raison de tous les commandements de Dieu : tellement que, si nous devons nous abstenir du mensonge et dire la vérité à ceux qui nous écoutent, le motif en est, d'après l'Apôtre, que nous sommes membres les uns des autres !

Il est une sainte colère, dont parlait le psalmiste -, et qu'inspire en certaines occasions le zèle de la loi divine et de la charité; mais le mouvement d'irritation soulevé dans l'âme doit, alors même, s'apaiser au plus tôt : le prolonger serait donner place au diable, et lui laisser beau jeu pour ébranler ou renverser en nous, par la rancune et la haine, l'édilîce de la sainte unité-''.

Avant notre conversion, le prochain n'avait pas moins que Dieu même à souffrir de nos fautes; l'injustice nous coûtait peu, quand elle passait inaperçue; l'égoïsme était notre loi, c'était la garantie du règne de Satan sur nos âmes. Mamtenant que l'Esprit de sainteté a chassé l'indigne usurpateur, le meilleur signe de son empire reconquis est que non seulement les droits d'autrui sont désormais sacrés pour nous, mais que notre travail et toutes nos œuvres s'inspirent de la pensée des besoins du prochain à satisfaire. En un mot, poursuit et conclut l'Apôtre un peu plus loin, étant les imitateurs de Dieu

I. Eph. IV, 3. — 2. Psalm. iv, 5.— 3. Chrys. in ep. ad Eph, Hom. xiv.

,1 la Messe.

5o5

comme xes Jils très chers, nous marchons dans

V amour '.

Ce n'est point autrement que l'Ealise, d'après saint Basile, manifeste au monde la grandeur des biens conférés à cette terre par l'Incarnation. L'assemblée des chrétiens parfaits montre la nature humaine , auparavant rompue et divisée en mille fragments, rejointe maintenant sur elle-même et pour Dieu; c'est le résumé de ce que le Sauveur a fait dans la chair 2.

Le Christ a rendu la liberté de leurs mouvements à nos mains paralysées pour le bien surnaturel; élevons-les spirituellement dans la prière, gloritîant Dieu par cet hommage qu'il agrée comme un sacrifice de suave odeur. C'est l'enseignement que la sainte Eglise nous donne par son exemple, au Graduel.

OUE ma prière s eleve devant vous, comme lencens, o Seigneur.

f. Que l'élévation de mes mains soit comme le sacrifice du soir.

Alléluia, alléluia.

t- Louez le Seigneur, et invoquez son Nom ; publiez ses iEuvres,oarmi les nations. Allelui».

DiRiGATUR oratio mea, sicut incensum in conspectu tuo, Domine.

f. Elevatio manuum mearum sacrificium vespertinum.

AUeluia, alléluia.

f. Confitemini Doraino, et invocate Nomen ejus : annuntiate inter gentes opéra ejus. Alléluia.

I. Eph. v,i-2. — 2. Basil. Const. mon. xvni.

5o6 Le Dix-Neuv. Dim. après la Pentecôte.

Sequentia sancti Evangelii secundum Matthaeum. Cap. xxii.

IN illo tempore : Loquebatur Jésus Principibus sacerdotum, et Pharisasis in parabolis, dicens : Simile factura est regnum cœlorum homini régi, qui fecit nuptias filio suo. Et misit servos suos vocare invitâtes ad nuptias, et nolebant venire. Iterum misit alios servos dicens : Dicite invitatis : Ecce prandium meum paravi ; tauri mei, et altiliaoccisa sunt, et omnia parata ; venite ad nuptias. Illi autem neglexerunt, et abierunt, alius in villam suam, alius vero ad negotiationem suam : reliqui vero tenuerunt servos ejus, et contumeliis affectes occiderunt. Rex autem cum audisset, iratus est : et missis exercitibus suis, perdidit homicidas illos, et civitatem illorum succendit. Tune ait servis suis : Nuptiae quidem paratae sunt, sed qui invitati erant, non faerunt digni. Ite ergo ad exitus viarum, et quoscumque inveneritis , vocate ad

La suite du saint Evangile selon saint Matthieu. Chap. xxii.

EN ce temps-là, Jésus parlant en paraboles aux princes des prêtres et aux pharisiens, leur dit : Le royaume des cieux est semblable à un roi qui fit les noces de son fils. 11 envoya ses serviteurs appeler les invités aux noces, et ils ne voulaient pas venir. De nouveau il envoya d'autres serviteurs, leur disant : Dites aux invités : Voici que j'ai préparé mon dîner ; mes taureaux, mes animaux gras sont égorgés, et tout est prêt : venez aux noces. iVIais eux n'en tinrent point compte et s'en allèrent, l'un à sa maison des champs, l'autre à son commerce ; les autres même se saisirent de ses serviteurs, et les tuèrent après les avoir couverts d'outrages. Or le roi, l'ayant appris, en fut ému de colère, et, envoyant ses armées, il extermina ces homicides et briila leur ville. Alors il dit à se? serviteurs : Les noces sont bien prêtes, mais ceux qui avaient été invités n'en ont pas été dignes. Allez donc dans les carrefours, et appelez aux noces tous ceux que vous trouverez. Et ses serA la Messe.

5o7

viteurs, sortant sur les routes, rassemblèrent tous ceux qu'ils trouvèrent, mauvais et bons ; et la salle du fe^itin des noces fut remplie. Or le roi entra pour voir ceux qui étaient à table, et il vit là un homme qui n'était pas revêtu de la robe nuptiale. Et il lui dit : Mon ami, comment ètes-vous entré ici sans avoir la robe nuptiale ? Mais lui demeura muet. Alors le roi dit à ses gens : Jetez-le, pieds et mains liés, dans le» ténèbres extérieures ; c'est là qu'il y aura des pleurs et des grincements de dents. Car il y en a beaucoup d'appelés , mais peu d'élus.

nuptias. Et egressi servi ejus in vias, congregaverunt omnes, quos invenerunt, malos et bonos : et impletse sunt nuptiae discumbentium. Intravit autem rex ut videret discumbentes, et vidit ibi hominem non vestitum veste nuptiali. Et ait illi : Amice, quomodo hue intrasti, nonhabens vestem nuptialcm ? At ille obmutuit. Tune dixit rex ministris : Ligatis manibus et pedibus ejus, mittite eum in tenebrasexteriores : ibi erit fletus et stridor dentiura. Multi enlm sunt vocati, pauci vero electi.

L'Evangile qu'on vient d'entendre a fait donner plus spécialement le nom de Dimanche des conviés aux noces au dix-neu vième Dimanche après la Pentecôte. Dès le commencement néanmoins de la série dominicale qui prend son point de départ à la descente de rtsprit-Saint, l'Eglise proposait à ses fils l'enseignement évangelique qu'elle oflre aujourd'hui derechef à leurs méditations ; au deuxième Dimanche après la Pentecôte, elle empruntait à saint Luc ' l'exposé de la parabole du grayid repas aux nombreux invités, que saint Matthieu, précisant davantage, appelle maintenant le jestin des noces. Placée ainsi au début et vers la fin de la

5o8 Le Dix-Neiiv. Dim. après la Pentecôte.

saison liturgique à laquelle préside l'Esprit sanctificateur, cette parabole éclaire toute la partie de l'année qu'elle domine en cette manière, et révèle de nouveau le vrai but qu'y poursuit l'Eglise. Mais combi-en la lumière n'a-t-elle pas grandi, depuis le jour où nous furent présentées pour la première fois ces allégories mystérieuses! Ce certain homme, homo quidam, qui fit un grand souper et y appela beaucoup de gens, est devenu le roi qui fait les noces de son fils et nous donne en ces noces l'image du royaume des cieux. L'histoire du monde, elle aussi, s'est depuis lors développée sous nos yeux, comme l'ont fait, en passant d'un évangéliste à l'autre, les termes eux-mêmes de l'allégorie. Les anciens et premiers conviés, qui d'abord se bornaient à décliner l'invitation du père de famille, ont crû en audace; s'emparant des porteurs du message que leur adressait l'amour i, ils les ont couverts d'insultes et mis à mort. Nous avons assisté à la vengeance de cet homme qui était Dieu même, du père d'Israël devenu le roi des nations; nous avons vu ses armées /jeri://-^ /es homicides et brûler leur ville ~. Et voilà qu'enfin, malgré le refus des invités de Juda et leur opposition perfide à la célébration des noces du Fils de Dieu, les noces sont prêtes et la salle est remplie.

Le roi céleste a laissé aux serviteurs de son amour le soin d'appeler de toute race les nouveaux conviés; mais maintenant que les

I. Dimanche dans l'Oct. du S.-Sacr., comment, sur l'Ev. — 2. IX' Dim. ap. la Pentec.

A la Messe. 5og

envoyés, selon ses ordres, ont parcouru la terre entière ', rassemblé les nations pour ce jour de la joie de son cœur '^, il va descendre en personne, pour s'assurer lui-même que rien ne manque aux apprêts de la fête et donner le signal du festm éternel des noces sacrées. Or, p^our une telle fête, en un tel lieu, rien ne saurait manquer que de la part des conviés; que ceux-ci veillent donc à ne pas attirer sur eux, dans cet universel et suprême examen, la défaveur du très-haut prince qui les appelle à son alliance. S'il a daigné les convoquer, malgré leur pauvreté sordide, des places public}ues et de tous les carrefours, il leur a laissé tout le temps de déposer les haillons du passé; sachant bien qu'ils ne pouvaient se pourvoir eux-mêmes, il a mis à leur disposition, pour le banquet nuptial, les plus riches vêtements de sa grâce et des vertus. Malheur donc à quiconque serait trouvé, au dernier jour, sans la robe nuptiale de la charité! sa faute n'aurait point d'excuse, et le roi la punirait justement par l'exclusion de la salle du festin, comme une insulte à son fils.

Tout ce qui précède, dans les Dimanches oui viennent de s'écouler, nous a montré

1 Eglise soucieuse uniquement de préparer l'humanité à ces noces merveilleuses, dont la célébration est le seul but qu'ait poursuivi le Verbe divin en venant sur la terre. Dans son exil qui se prolonge, l'Epouse du Fils de Dieu nous est apparue comme le vivant modèle de ses fils; mais elle n'a point

I. Psalm. xvm. 5- — »• Cant. m. n.

S 10 Le Dix-Neuv. Dim. après la Pentecôte.

cessé non plus de les disposer par ses instructions à l'intelligence du grand mystère de l'union divine. Il_ y a trois semaines i, abordant plus directement qu'elle ne l'avait fait jusque-là le sujet de son unique préoccupation de Mère et d'Epouse, elle leur rappelait Vappel ineffable. Huit jours plus tard 2, par ses soins, l'Epoux des noces auxquelles on les conviait se révélait à eux dans cet HommeDieu devenu l'objet du double précepte de l'amour qui résume toute la loi. Aujourd'hui, l'enseignement est complet. Elle le précise dans l'Office de la nuit, où saint Grégoire nous donne toute sa pensée; avec la double autorité d'un grand Docteur et d'un grand Pape, au nom même de l'Eglise, il explique ainsi l'Evangile:

« Le royaume des cieux est l'assemblée des justes. Le Seigneur dit en effet par un prophète : Le ciel est mon trône ^ ; et Salomon dit d'autre part : L'âme du juste est le trône de la Sagesse *, pendant que Paul appelle le Christ: Sagesse de Dieu^. Si donc le ciel est le trône de Dieu, nous devons conclure évidemment que, la Sagesse étant Dieu et l'âme du juste le trône de la Sagesse, cette âme est un ciel... Le royaume des cieux est donc bien l'assemblée des justes... Si ce royaume est déclaré semblable à un roi qui fait les noces de son fils, votre charité comprend aussitôt quel est ce roi, père d'un fils roi comme lui-même, à savoir celui dont il est dit dans le psaume : O Dieu, confie:^ au Roi

3. IsAi. Lxvi, I. — 4. Sap. vu, 27. — 5. I Cor. i, 24.

A la Messe. 5 r i

vos jugements, et votre justice au Fils du Roi ' ! Dieu le Père a fait les noces de Dieu son Fils, quand il l'a uni à la nature humaine, quand il a voulu que celui qui était Dieu avant les siècles devînt homme sur la fin des siècles. Mais nous devons éviter le danger de laisser à entendre .qu'il puisse exister dualité de personnes en notre Dieu et Sauveur Jésus-Christ... A cause dis cela, il peut être à la fois plus clair et plus sûr de dire que le Père a tait les noces du Roi son Fils, en lui unissant par le mystère de l'incarnation la sainte Église. Le sein de la Vierge mère a été la chambre nuptiale de cet Epoux, dont le Psalmiste dit 2; Il a placé sa tente dans le soleil, il est l'Epoux qui s'avance de sa chambre nuptiale ^ ! »

Malgré sa qualité d'Epouse chérie du Fils de Dieu, l'Eglise n'en est pas moins sujette ici-bas aux tribulations. Les ennemis de l'Epoux, ne pouvant plus atteindre directement le Seigneur, portent sur elle leur rage. Le Seigneur voit dans ces épreuves, supportées par l'Église avec amour, un nouveau trait de cette conformité qu'elle doit avoir avec lui en toutes choses; il la laisse donc souffrir en ce monde, se contentant de la soutenir toujours et de la sauver, comme le dit l'Offertoire, au milieu des maux qui vont croissant autour d'elle.

I. Psalm. Lxxi, 2. — 2. Psalra. xviii, 6.-3 Grec.

Hom. xxxvni in Ev.

5j 2 Le Dix-Neuv. Dim. après la Pentecôte.

^ je marche au milieu de la ^ tribulation, vous serez ma vie, Seigneur ; contre la fureur de mes ennemis vous étendrez votre main, et votre droite sera mon salut.

Cl ambulavero in medio '^ tribulationis, viviiicabis me, Domine : et super iram inimicorum meorum extendes manum tuara, et salvum me faciet dextera tua. f

L'auguste Sacrifice qui se prépare obtient toujours son effet infini, en ce qui regarde la glorification de la Majesté .souveraine; mais sa vertu s'applique à l'homme dans une mesure plus ou moins grande, dépendant à la fois des dispositions de la créature et de la miséricorde suprême. Implorons donc, dans la Secrète, le Dieu tout-puissant, pour qu'il daigne nous faire éprouver abondamment l'effet des Mystères divins qui vont s'accomplir.

H.EC munera, quEesumus Domine, quas oculis tuas majestatis offerimus, salutaria nobis esse concède. Per Dominum.

Les autres page 1 18.

A CCORDEZ, Seigneur , à *• notre prière que ces dons offerts sous les yeux de votre Majesté nous soient salutaires. Par Jésus-Christ.

Secrètes comme ci-dessus,

L'Homme-Dieu, par son contact divin au saint banquet, a rendu spirituellement la vigueur à nos membres ; souvenons-nous qu'il nous faut les consacrer désormais à son service, et que nos pieds raffermis doivent

A Vêpres.

5j3

s'exercer à courir dans la voie des divins commandements.

\T ous avez ordonné aue vos ' commandements fussent gardés scrupuleusement : puissent mes voies se diriger a la garde de vos justices 1

T~ u mandasti mandata *■ tua custodiri nimis : utinam dirigantur vias mex , ad custodiendas justitîcationes tuas !

La Postcommunion semble être encore un souvenir de l'Evangile du paralytique, qui se lisait autrefois en ce Dimanche. On y implore l'assistance du céleste médecin qui dégage l'homme du mal où il gémit impuissant, et lui donne la force nécessaire pour accomplir la loi de Dieu vaillamment et toujours.

SEIGNEUR notre médecin, que votre clémente intervention nous délivre de nos misères, et nous donne la force de rester attachés toujours à vos commandements. Par Jésus-Christ.

Les autres page I iq.

"T* UA nos, Domine, me^ dicinalis operatio et a nostris perversitatibus clementer expédiât, et tuis semper faciat inhaerere mandatis. Per Dorainum.

Postcommunions ci-dessus,

çs Psaumes, les Antiennes, le Capitule, l'Hymne et le Verset ci-dessus, pag-e.? 52-6 1 .

ANTIENNE DE Magnificat

/*\Rle roi entra pour voir 1 j ntravit aute ^' ceux qui étaient à table, I ' videret discu

m rex ut mbentes :

5 14 L^ Temps après la Pentecôte.

etvidit ibi hominem non vestitum veste nuptiali, et ail illi : Amice, quomodo hue intrasti non habens vestem nuptialem ?

et il vit là un homme qui n'était pas revêtu de la robe nuptiale. Et il lui dit : Mon ami, comment êtes-vous entré ici sans avoir la robe nuptiale ?

L'Oraison ci-dessus, page 5oo.

A LA gloire des noces sacrées, dédions aux messagers de l'amour du Fils de Dieu l'œuvre suivante d'Adam de Saint- Victor

Ctola regni laureatus, *^ Summi Régis est senatus, Cœtus apostolicus : Cui psallant mens et ora. Mentis mundae vox sonora Hymnus est angelicus.

Hic est ordo mundi déçus, Omnis carnis judex a?quus, Novae praeco gratiae, Ab asterno praeelectus, Cujus floret architectus Ad culmenEcclesiae.

Hi prœclari Nazarasi Bella crucis et tropœi Mundo narrant gloriam ; Sic dispensant verbum

Dei, Quod nox nocti, lux diei Indicant scientiam.

GLORIEUX dans son royal vêtement, voici le sénat du grand Roi ; c'est le collège apostolique à lui chantons et du cœur et des lèvres; les accents d'un cœur pur sont une hymne angélique.

C'est ici l'ordre, honneur du monde, le juge intègre de toute chair, le héraut de la grâce nouvelle, objet des éternelles prédilections, dont l'architecte divin brille au sommet de l'Eglise.

Nazaréens illustres, ils racontent au monde les combats de la croix et la gloire du triomphe , ainsi la divine parole est par eux distribuée ; ainsi la nuit montre à la nuit la science, la lumière au jour.

Le Dix-Neuv. Dim. après la Pentecôte. 5i5

Doux est le joug, légère la charge qu'ils proposent ; ils répandent la semence de vie aux extrémités du monde , la terre verdoie, grâce à leurs soins ; la foi de l'HommeDieu produit .-Hes fruits au centuple.

Paranymphe„ de la Loi nouvelle, ils conduisent au Roi nouveau sa royale Epouse sans tache ni ride, l'Eglise qui éternellement sera vierge :

Vierge engendrant des fils, toujours ntiuvelle, ancienne pourtant, mais sans nul défaut ; sa couche est la pureté, son enfantement la foi, sa dot la grâce.

Eux sont le fondement du temple, la pierre vivante et le ciment reliant l'édifice ; eux sont les portes de la ville, et aussi le lien d'unité d'Israël et des nations.

Ils foulent l'aire, séparant la paille avec le van de la justice ; ils sont désignés par les bœufs d'airain de la mer limpide, œuvre de Salomon.

Onus Ifve, jugum mite

Proponentes, semen vitae

^lu^di spargunt terminis :

Germen promit terra

culta; Fccneratur fruge multa Fides Dei Hominis.

Paranymphi novs Legis Ad amplexum novi Régis Sponsam ducunt regiam, Sine ruga, sine naevo, Permansuram omni aevo Virginem Ecclesiam.

Ha;c est virgo gignens

fœtus, Semper nova, tamen vêtus, Sed defectus nescia, Cujus thorus mens sincera, Cujus partus fides vera, Cujus dos est gratia.

Hi sunt templi fundamentum, Vivus lapis et casmentum

Ligans asdificium : Hi sunt ports civitatis, Hi compago unitatis

Israël et gentium.

Hi triturant aream, Ventilantes paieam

Ventilabri justitia ; Quos désignant asrei Boves maris vitrei

Salomonis industria.

5i6 Le Temps après la Pentecôte.

Patriarchœ duodeni, Fontes aquae gustu leni.

Panes tabernaculi, Gemmae vestis sacerdotis, Hoc figuris signant notis

Novi duces populi.

Horum nutu cedat error, Crescat fides, absit terror

Finalis sententiae, Ut solati a delictis Sociemur benedictis

Ad tribunal gloriae.

Amen.

Les douze Patriarches, les fontaines d'eau douce, les pains du tabernacle, les pierres du vêtement du grand

Crêtre . autant de figures ien connues des chefs du nouveau peuple.

Qu'à leur volonté cède l'erreur, grandisse la foi, s'éloigne la terreur du jugement final ; pour que, déliés de nos fautes, nous soyons rangés parmi les bénis au pied du glorieux tribunal.

Amen.

Sans perdre de vue les hautes destinées de notre Mère, associons-nous aux sentiments de la sainte Eglise dans la variété des événements de son histoire ici-bas, et prions pour elle en empruntant au Sacramentaire léonien cette Préface et cette Oraison.

VERE dignura tibi gratias agere. Qui profutura tuis et facienda provides, et facta dispensas, mirisque modis Ecclesia; tuse gubernacula moderaris, ut exerceatur adversis, et prosperis sublevetur : ne vel impugnatione succumbat, vel securitate torpescat, sed subdito tibi semper affecta, nec in tribulatione supplicare deficiat, nec

IL est vraiment digne de vous rendre grâces, ô vous dont la providence ordonne, pour l'utilité des siens, et leurs propres actions et les événements. Par des moyens merveilleux vous ménagez à votre Eglise et l'épreuve du malheur et le relèvement de la prospérité ; veillant à ce qu'elle ne succombe sous aucun assaut, ni ne s'endorme dans la sécurité ; mais, d'un cœur toujours soumis,

Le Dix-Neuv. Dim. après la Pentecôte.

ne cesse point Je vous supplier dans la tribulation, de vous rendre grâces au milieu des joies.

inter gaudia gratias referre désistât.

f, EIGNEUR, nous vous prions Q de diriger votre Eglise selon les vues de votre prudence céleste ; afin qu'elle qui, dès avant le commencement du monde, fut toujours présente à vos desseins, parvienne sous votre coaduite à la plénitude et à la gloire qui lui fut promise. Par Jésus-Christ.

DIRIGE, Domine quaesumus . Ecdesiam tuam dispensatione crelesti ; ut qux anie mundi principium in tua semper est prssentia praeparata, usque ad plenttudinem gloriamque promissam, te modérante, pcrvèniat. Per Dominum. •

'Evangile d'il y a huit jours avait pour objet la promulgation des noces du Fils de Dieu et de la race humaine. La réalisation de ces noces sacrées est le but que Dieu se proposait dans la création du monde visible, le seul qu'il poursuive dans le gouvernement des sociétés. Dès lors, on ne doit pas s'étonnet que la parabole évangélique, en nous révélant sur ce point la pensée divine, ait mis aussi en lumière le grand fait de la réprobation des Juifs et de la vocation des Gentils, qui est à la fois le plus important de l'histoire du monde et le plus intimement lié à la consommation du mystère de l'union divine. L'exclusion de Juda doit cependant, nous l'avons dit ', cesser un jour. Son obstination

I. XIII» Dim ap. la Pentec.

A la Messe. 5 i(\

a valu aux Gentils de voir se diriger vers eux le message de l'amour. Mais aujourd'hui la plénitude àes nations ' a entendu l'invitation céleste; le temps est proche où l'accession d'Israël va compléter l'Eglise en ses membres, et donner à l'Epouse le signal de l'appel suprême qui mettra tin au long travail des siècles ^^ en faisant apparaître l'Epoux •'. L'heureuse jalousie que l'Apotre voulait exciter dans les hommes de sa race en se tournant vers les nations *, se fera donc sentir enfin au cœur des descendants de Jacob. Quelle joie au ciel, quand leur voix, repentante et suppliante, s'unira devant Dieu aux chants d'allégresse de la gentilité célébrant l'entrée de ses peuples sans nombre dans la salle du banquet divin ! Un tel concert sera véritablement le prélude du grand jour salué par saint Paul à l'avance, lorsqu'il disait des Juifs dans son patriotique enthousiasme . Si leur chute a été la >icliesse du monde et leur diminution la richesse des Gentils, que sera-ce de leur plénitude ■' .■'

Or la Messe du vingtième Dimanche après la Pentecôte nous donne un avant-goût de ce moment fortuné, où la reconnaissance du nouveau peuple ne sera plus seule à chanter les bienfaits divins. Les anciens liturgistes s'accordent à nous la montrer composée, par moitié, des accents des prophètes fournissant à Jacob l'expression du repentir qui lui vaudra le retour des divines faveurs, et, par moitié, des formules inspirées dans lesquelles

520 Le Vitifçt Dimanche après la Pentecôte.

les nations, déjà rangées dans la salle du festin des noces, exhalent leur amour •. Le chœur des Gentils se fait entendre au Graduel et dans la Communion, le chœur des Juifs dans l'Introït et l'Offertoire

L'Introït est tiré de Daniel -. Le prophète exilé comme son peuple à Babylone, dans une captivité dont la longue amertume figurait les douleurs autrement prolongées delà dispersion présente, revient gémir avec Juda sur la terre étrangère et rendre à sa nation le grand secret du retour en grâce auprès du Seigneur. Ce secret perdu depuis le Calvaire, Israël pourtant l'avait bien connu et maintes fois expérimenté dans les siècles antérieurs de son histoire. Toujours le même, il consiste dans l'humble aveu des fautes commises, dans le regret suppliant du coupable et sa ferme conhanceque la miséricorde infinie surpasse les plus énormes forfaits.

OMNIA, quse fecisti noI bis. Domine, in vero judicio fecisti : quia peccavimus tibi, et mandatis tuis non obedivimus : sed da gloriam Nomini tuo : et fac nobiscum secundum muhitudinem misericordiaî tuae.

Ps Beati immaculati in via . qui ambulant in

— ,ouT ce que vous avez fait

I contre nous, Seigneur, vous l'avez fait par un juste jugement ; car nous avons péché contre vous, et nous n'avons pas obéi à vos ordres. Mais donnez gloire à votre Nom, en agissant avec nous selon la multitude de vos miséricordes.

Ps. Heureux ceux qui restent sans tache dans le cheI Berno Aug. V ; Rup. De div. OfF. xii, 20 ; Durand. Ration vi, iSy — 2. Dan. m.

A la Messe.

'min, ceux qui marchent dans lege Domini. Gloria la loi du Seigneur. Gloire au Patri. Omnia. Père. Tout ce que.

Le pardon divin, qui rend à l'âme la pureté et la paix, est le préliminaire indispensable des noces sacrées , car la robe nuptiale des conviés doit être sans tache, sous peine d'exclusion, et leur cœur sans trouble, pour ne pas apporter d'amertume à la table de l'Epoux. Implorons ce pardon précieux. Le Seigneur est d'autant mieux disposé à nous l'accorder, que nous le demandons, dans la Collecte, par l'intermédiaire de la sainte Eglise qui est l'Epouse.

L Seigneur, et, nous vous en supplions, donnez à vos fidèles le pardon et la paix, afin qu'a la fois ils soient purifiés de toute offense et vous servent d'un cœur tranquille. Par Jésus-Christ.

LARC. IRE, qucESumus Domine , fidelibus tuis indulgentiam placatus, et pacem : ut pariter ab omnibus mundentur offensis, et secura tibi mente deserviant. Per Dominum.

Les autres Collectes ci-dessus, /jag'e io6.

Lecture de l'Epître du bienheureux Paul. Apôtre, aux Ephesiens. Chap v.

MES Frères , vovez avec quelle circonspection vous df.'tz vous conduire, non comme des insensés, mais comme des sages, rachetant le temps, car les jours sont mauvais C'est pourquoi

Lectio Epistola? beati Pauli Apostoli ad Ephesios. Cap. v.

FRATRES, Videte quomodo caute ambuletis : non quasi insipientes, sed ut sapientes . redimentes tempus quoniam dies mali sunt. Propterea noiite fieri

522 Le Vingt, Dimanche après la Pentecôte.

imprudentes, sed intelligentes quae sit voluntas Dei. Et nolite inebriari vino, in quo est luxuria, sed implemini Spiritu Sancto, loquentes vobismetipsis in psalrais, et hymnis, et canticis spiritualibus, cantantes, et psallentes in cordibus vestris Domino, gratias agentes semper pro omnibus, in nomine Domini nostri Jesu Christi Deo et Patri. Subjecti invicem in timoré Christi.

ne soyez pas imprudents, mais comprenez quelle est la volonté de Dieu Ne vous laissez pas entraîner aux excès du vin, d'où vient la luxure ; mais remplissez-vous de l'Esprit-Saint, vous entretenant de psaumes, d'hymnes et de cantiques spirituels, chantant et psalmodiant dans vos coeurs au Seigneur, rendant grâces en tout temps pour toutes choses à Dieu le Père, au nom de notre Seigneur Jésus-Christ, vous soumettant les uns aux autres dans la crainte du Christ.

- 'approche de la consommation des noces

L du Fils de Dieu coïncidera ici-bas avec un redoublement des fureurs de l'enfer pour perdre l'Epouse Le dragon de l'Apocalypse ', l'ancien serpent séducteur d'Eve, vomissant comme un fleuve sa bave immonde ~, déchaînera toutes les passions pour entraîner la vraie mère des vivants sous l'efiFort. Cependant il sera impuissant à souiller le pacte de l'alliance éternelle , et, sans forces contre l'Eglise, il tournera sa rage contre les derniers fils de la nouvelle Eve, réservés pour l'honneur périlleux des luttes suprêmes qu'a décrites le prophète de Pathmos 3

C'est alors surtout que les chrétiens fidèles devront se souvenir des avis de l'Apôtre, et se conduire avec la cii~conspection qu'il recommande, mettant tous leurs soins à garder pure leur intelligence non moins que leur

I. Apoc. XU, 9.-2 Jbid. l5 — 3 Ibid. I7

A la Messe 523

volonté, dans ces jours mauvais. Car la lumière n'aura point alors à subir seulement les assauts des hls de ténèbres étalant leurs perverses doctrines , elle sera plus encore, peut-être, amoindrie et faussée par les défaillances des enfants de lumière eux-mêmes sur le terrain des principes, par les atermoiements, les transactions, l'humaine prudence des prétendus sages. Plusieurs sembleront ignorer pratiquement que l'Epouse de

1 Homme-Dieu ne peut succomber sous le choc d'aucune force créée. S'ils se souviennent que le Christ s'est engagé à garder luimême son Eglise jusqu'à la fin des siècles ', ils n'en croiront pas moins faire merveille en apportant à la bonne cause le secours d'une politique dont les concessions ne seront pas toujours pesées suffisamment au poids du sanctuaire : sans songer oue le Seigneur n'a point besoin, pour l'aiaer à tenir sa promesse, d'habiletés détournées ; sans se dire surtout que la coopération qu'il daigne accepter des siens, pour la défense des droits de l'Eglise, ne saurait consister dans l'amoindrissement ou la dissimulation des vérités qui font la force et la beauté de l'Epouse. Combien oublieront la maxime de saint Paul écrivant aux Romains que se conformer à ce siècle, chercher une adaptation impossible de l'Evangile avec un monde déchristianisé, n'est point le moyen d'arriver à discerner sûrement le bon, le meilleur, le parfait aux yeux du Seigneur 2 ! Aussi sera-ce un grand et rare mérite, en bien des circonsI. Matth. xxviiI; 20. — 2. Rom. xii, 2.

524 Le Vingt. Dimanche après la Pentecôte.

tances de ces temps malheureux, de comprendre seulement quelle est la volonté de Dieu, comme le dit notre Epître.

Veilles;, dirait saint Jean, à ne point perdre le fruit de vos œuvres ; assurez-vous la pleine récompense qui n'est donnée qu'à la plénitude persévérante de la doctrine et de la foi 1. Au reste, alors comme toujours, selon la parole de l'Espri^t-Saint, la simplicité des justes les conduira sûrement 2 ; l'humilité leur donnera la Sagesse ^ ; et, s'attachant uniquement à cette très noble compagne, ils seront vraiment sages par elle et sauront ce qui plaît au Seigneur *. Ils comprendront qu'aspirant comme l'Eglise à l'union au Verbe éternel, pour eux comme pour l'Eglise la fidélité à l'Epoux n'est autre chose que la fidélité à la vérité ; car le Verbe, objet de leur commun amour, n'est autre en Dieu que le rayonnement de la vérité infinie •\ Leur unique soin sera donc toujours de se rapprocher du Bien-Aimé par une ressemblance plus grande avec lui, c'est-à-dire par une reproduction plus complète du vrai dans leurs paroles et leurs actes. Et en cela ils serviront la société comme elle doit l'être, mettant en pratique le conseil du Seigneur qui nous demande de chercher d'abord le royaume de Dieu et sa justice, et de nous confier en lui pour le reste '\ Laissant à d'autres la recherche d'humaines et louvoyantes combinaisons, d'incertains compromis destinés,

4. Sap. IX, 10. — 5. Ibid. VII, 25-26. — 6. Matth. vi,

A la Messe SsS

dans la pensée de leurs auteurs, à retarder de quelques semaines, de quelques mois peut-Ctre, le flot montant de la révolution, ils comprendront différemment, pour eux, le conseil de racheter le temps que nous donne l'Apôtre.

L'Epoux avait acheté le temps d'un grand prix, pour être employé par ses membres mystiques à la glorification du Très-Haut. Perdu par la multitude dévoyée dans la révolte et l'orgie, les âmes fidèles le rachèteront en donnant une telle intensité aux actes de leur foi et de leur amour, que rien ne soit diminué, s'il se peut, jusqu'au dernier moment, du tribut qu'offrait cnaque jour la terre à la Trinité souveraine. Contre la bête à la bouche insolente et pleine de blasphèmes ', ils reprendront le cri de Michel contre Satan promoteur de la bête 2 Qui est comme Dieu !

L'antiquité chrétienne appelait les dernières semaines du Cycle à son déclin Semaines du saint Ange ; nous avons vu comment, dans un de ces Dimanches 3, elle chantait l'arrivée du grand Archange au secours du peuple de Dieu, ainsi que Daniel l'avait annonce pour les derniers jours du monde *. Quand donc commenceront les épreuves de la fin, lorsque l'exil dispersera les oaptisés et que le glaive s'abattra sur leurs têtes •'' aux applaudissements d'un monde prosterné devant la bête et son image 6, n'oublions point que nous

520 Le Vingt Dimanche après la Pentecôte.

avons un chef choisi par Dieu, acclamé par l'Eglise, pour nous conduire dans ces derniers combats où la défaite des saints ^ sera plus glorieuse que les triomphes de l'Eglise aux jours de sa domination sur le monde. Ce que Dieu alors, en effet, demandera des siens, ce ne sera plus ni le succès de la diplomatie, ni la victoire armée, mais la fidélité à sa vérité, à son Verbe fidélité d'autant plus franche et plus entière, que la défection sera plus universelle autour de la petite troupe rangée sous la bannière de l'Archange. Proféré par une seule poitrine fidèle avec la vaillance de la foi et l'ardeur de l'amour en de telles circonstances, le cri de saint Michel, une fois déjà vainqueur des infernales légions, honorera plus Dieu que ne l'atteindront les ignobles Dlasphèmes des millions d'êtres dégradés sectateurs de la bête.

Pénétrons-nous de ces pensées que suggèrent les premières lignes de notre Epître; comprenons également les autres instructions qu'elle renferme et qui, du reste, ne s'éloignent pas des premières. Pour ce Dimanche où se lisait autrefois l'Evangile des noces du Fils de l'homme et de l'appel à son divin banquet, la sainte Eglise remarque opportunément, dans l'Epître, combien l'ivresse et les délices des noces sacrées sont différentes des joies mondaines. La sérénité, la pureté, la paix du juste admis dans l'intimité divine, font en son âme un festin continuel 2 dont la Sagesse est le mets saI Apoc. xni, 7. — 2. Prov. xv, 16.

A Uj Messe. 527

voureux ' et l'éternelle convive-. Laissant le monde à ses mesquins et trop souvent honteux plaisirs, le Verbe et l'àmc, qu'il a remplie de l' Esprit-Saint par un mode inetfable ■', s'unissent pour chanter le Père souverain dans un concert merveilleux, où l'action de grâces et la louange trouvent sans cesse un ' nouvel aliment. Le hideux spectacle qu'offrira la terre, quand ses habitants se porteront en foule au-devant de la prostituée siégeant sur la bète et leur offrant la coupe d'ignominie ', n'empêchera point le ciel de se reposer délicieusement dans la contemplation de ces âmes fortunées. Car les convulsions du monde agonisant, les poursuites- de la femme ivre du sang des martyrs s, loin de troubler l'harmonie qui s'élève de l'âme unie au Verbe, ne feront que donner plus d'ampleur à ses notes divines, plus de suavité à ses accents humains. « Qui donc, en effet, « nous séparera de l'amour de Jésus-Christ ? « Sera-ce la tribulation ou l'angoisse ? la « faim ou la nudité ? les dangers, la persécu« tion, le glaive? Oui, sans ^oute, il est écrit « qu'à cause de vous, tous les jours ou nous (( met à mort, ou'on nous regarde comme des « brebis destinées à la boucherie^] Mais en « tout cela nous sommes vainqueurs, à cause « de celui qui nous a aimés. Car je suis sûr « que ni la mort, ni la vie, ni anges, ni prin« cipautés, ni vertus, ni choses présentes, ni « choses futures, ni violence, ni rien de ce

528 Le Vùigt. Dimanche après la Pentecôte,

« qui est dans les hauteurs, ni rien de ce qui « t-st dans les abîmes, ni créature quelconque « ne pourra nous séparer de l'amour de Dieu « en Jésus-Christ notre Seigneur i. »

L'ancien peuple a chanté, dans l'Introït, son repentir et son humble confiance. Les Gentils chantent, au Graduel, leurs espérances réalisées et surpassées dans les délices du banquet nuptial.

/^ CULl omnium in te ^•^ sperant, Domine • et tù das illis escam in tempore opportune.

f. Aperis tu manum tuam, et impies omne animal benedictione.

Alléluia, alléluia.

f. Paratum cor meum, Deus, paratum cor meum, cantabo, et psallam tibi, gloria mea. Alléluia.

T ES yeux de tous espèrent *- en vous, Seigneur, et vous leur donnez la nourriture au temps qui convient.

i^. Vous ouvrez votre main, et vous remplissez tout être vivant de bénédiction.

Alléluia, alléluia.

lî^ Mon coeur est prêt, ô Dieu, mon coeur est prêt , je vous célébrerai, je vous chanterai des psaumes, ô ma gloire. Alléluia.

Sequentia sancti Evangelii secundum Johannem. Cap. iv

I N illo tempore : Erat quidam regulus, cujus filius infirmabatur Capharnaum. Hic cum audisset, quia Jésus adveniret a Judaea in GaliLa suite du saint Evangile selon saint Jean. Chap. IV.

p N ce temps-là, un officier dont le fils était malade à Capharnaiim, ayant appris que Jésus venait de Judée en Galilée, alla vers lui; et il le priait de descendre et de

A la Messe.

guérir son fils, car la mort approchait. Jésus lui dit donc : Si vous ne voyez des miracles et des prodiges, vous ne croyez point. L'officier lui dit : Seigneur, descendez avant que mon fils ne meure. Jésus répondit : Allez, votre fils est vivant. L'homme crut à la parole que Jésus lui avait dite, et il i en alla. Comme déjà il s'en retournait, les serviteurs vinrent à sa rencontre et lui annoncèrent que son fils était vivant. Et comme il s'informait de l'heure où le mieux s'était produit, ils lui dirent : Hier, a la septième heure, la fièvre l'a quitté. Le père reconnut donc que c'était l'heure à laquelle Jésus lui avait dit : Votre fils est vivant ; et il crut, ainsi que toute sa maison.

Isam, abiit ad eum : et rogabat eum ut descenderet, et sanarei filiumejus : incipiebat enim mori. Dixit ergo Jésus ad eum : Nisi signa, et prodigia videritis, non creditis. Dicit ad eum regulus : Domine, descende priusquam moriatur filius meus. Dixit ei Jésus : Vade, filius tuus vivit. Credidit homo sermoni, quem dixit ei Jésus, et ibat. Jam autem eo descendente, servi occurrerunt ei, et nuntiaverunt dicentes, quia filius ejus viveret. Interrogabat ergo horam ab eis, in qua melius habuerit. Et dixerunt ei : Quia heri hora septima reliquit eum febris. Cognovit ergo pater, quia illa hora erat, in qua dixit ei Jésus : Filius tuus vivit : et credidit ipse, et domus ejus tota.

L Evangile est tiré de saint Jean aujourd'hui, pour la première et l'unique fois dans tout le cours des Dimanches après la Pentecôte. Il donne son nom de l'Officier de Çapharnaûm au vingtième Dimanche. L'Eglise l'a choisi parce qu'il n'est pas sans une relation mystérieuse avec l'état du monde, dans les temps auxquels se rapportent prophétiquement les derniers jours au Cycle. Le monde penche vers sa fin, et lui aussi

LE Tf.N.Pà APRES LA PENlECOTa.— T. II.

53o Le Vingt. Dimanche après la Pentecôte.

commence à mourir. Miné par la fièvre dQ& passions dans Capharnaûm, la ville du lucre et des jouissances, déjà il est sans forces pour aller de lui-même au-devant du médecin qui pourrait le guérir. C'est .à son père, aux pasteurs qui l'ont engendré dans le baptême à la vie de la grâce, et gouvernent le peuple chrétien comme officiers de la sainte Eglise, cest à eux de se rendre auprès du Seigneur et de lui demander le salut du malade. Le disciple bien-aimé nous fait savoir, en tête de son récit 1, qu'ils trouveront Jésus à Cana, la ville des noces et de la manifestation de sa gloire au banquet nuptial 2; c'est le ciel, où

1 Homme-Dieu réside depuis qu'il a quitté notre terre, laissant ses disciples, privés de Ibpoux-i, s'exercer pour un temps dans le champ de la pénitence. Etvmologiquement, en effet, Capharnaûm signifie le champ de la pénitence et de la consolation qui naît de la pénitence. Telle devait être celte terre pour

1 homme depuis sa sortie d'Eden, telle était la consolation à laquelle devait aspirer pendant cette vie le pécheur; et c'est pour en avoir préfère d'autres, pour avoir voulu faire du champ de la pénitence un paradis nouveau, que le monde est maintenant près de finir. Car il n'a remplacé les délices vivifiantes de l'Eden que par le plaisir défenduqui tue 1 ame, énerve les corps, et appelle la vengeance de Dieu

• Son seul remède est dans le zèle des pasteurs, et dans la prière de cette portion du

A la Messe. 53 1

troupeau du Christ qui ne s'est point laissée entraîner aux séductions de la licence universelle. Mais combien il importe que fidèles et pasteurs, sans retours personnels, entrent pleinement sur ce point dans les sentiments de la sainte Eglise! En butte à l'ingratitude la plus révoltante, aux injustices, aux calomnies, aux perfidies de tout genre, la mère des peuples oublie ses injures pour ne penser qu'à la saine prospérité et au salut des nations qui l'outragent '. Elle sait, à n'en pas douter, que le terme approche où le Très-Haut se fera justice enfin; et, cependant, elle n'en continue pas moins de lutter contre Dieu, comme .lacob 2, jusqu'à l'aurore du jour terrible qu'ont annoncé David et la sibylle 3. A la pensée de l'étang de feu^ dont les vapeurs maudites paraissent déjà empester l'air, et qui bientôt va engloutir en une seule fois tous ses enfants insoumis, elle i semble oublier jusqu'à l'approche des noces éternelles et à la véhémence de ses désirs d'Epouse, et, ne se souvenant plus de rien sinon qu'elle est mère, elle prie comme elle l'a toujours fait, mais avec plus d'ardeur que jamais, pour le retardement de la fin, pro mora finis ■'.

Afin de répondre à sa pensée, « réunissonsnous donc, comme le dit Tertullien, en une seule troupe, en une seule assemblée, pour aller trouver Dieu et l'investir de nos prières comme d'une armée. Cette violence lui est

1. Allocutions de Léon XIII. — 2. Gen. xxxii, 24-

28. — 3. Sequ. Dies irx. — 4. Apec. XXI, 8. — 5. Ter532 Le Vingt. Dimanche après la Pentecôte.

agréable i. » Mais c'est à la condition d'êne inspirée par une foi entière et que rien ne puisse ébranler. Si c'est notre foi qui nous donne la victoire sur le monde 2, c'est elle aussi qui triomphe de Dieu dans les cas les plus extrêmes. Songeons, comme notre mère l'Eglise, au péril imminent de tant de malheureux qui dansent follement sur l'abîme, où demain va s'engloutir en rugissant leur désespoir. Sans doute, ils sont inexcusables; Dimanche encore, on les avertissait des pleurs et des grincements de dents réservés, sous les ténèbres extérieures, aux contempteurs des noces sacrées ^. Mais ils sont nos frères, et nous ne devons pas nous résigner si facilement au deuil de leur perte. Espérons contre toute espérance. L'Homme-Dieu, qui connaissait de science certaine l'inévitable damnation des pécheurs obstinés, en a-t-il moins versé pour eux tout son sang? Nous voulons mériter de nous unir à lui

fiar une pleine ressemblance ; ayons donc a résolution de l'imiter en cela même, dans la mesure qui peut être la nôtre : prions sans repos ni trêve pour les ennemis de l'Eglise et nos ennemis, tant que leur damnation n'est pas consommée Dans cet ordre, rien n'est inutile, rien ne se perd. Quoi qu'il arrive, le Seigneur sera grandement gloritié de notre foi et de l'ardeur de notre charité.

Mettons seulement tous nos soins à ne pas mériter les reproches qu'il adressait à la foi boiteuse * de la génération dont faisait partie

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