L'Année liturgique — Le Temps après la Pentecôte (t. 10-15) (page 29)

Dom Prosper Guéranger · Vie de piété

Texte français, domaine public · Source : archive.org — L'Année liturgique t. 10-15, éd. 1911 (OCR) · 70 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

I. IsAi. XL. 3, Q. — 2. Psalm. xvn, lo.

La Nativité de Saint Jean-Baptiste. 3o"

se voient dépassées par l'amour dont l'entoure à elle seule, en son cœur humain, l'humble tille d'Adam qu'il s'est choisie pour mère. La terre maudite, devenue soudain plus fortunée que l'inexorable ciel fermé jadis à ses supplications, n'attend plus que la révélation de l'auguste mystère ; l'heure est venue pour elle de joindre ses cantiques à réternelle et divine louange qui, dès maintenant, monte de ses profondeurs, et, n'étant autre que le Verbe lui-même , célèbre Dieu comme il mérite de l'ctre. Mais sous le voile d'humilité où, après comme avant sa naissance, doit continuer de se dérober aux hommes sa divinité, qui découvrira l'Emmanuel ? Qui surtout, l'ayant reconnu dans ses miséricordieux abaissements, saura le faire accepter d'un monde perdu d'orgueil, et pourra dire, en montrant dans la foule le tils du charpentier 1 : Voilà celui qu'attendaient vos pères!

Car tel est l'ordre établi d'en haut pour la manifestation du Messie : en conformité de ce qui se fait parmi les hommes, le Dieu fait homme ne s'ingérera pas de lui-même dans les actes de la vie publique ; il attendra, pour inaugurer son divin ministère, qu'un membre de cette race devenue la sienne, un homme venu avant lui, et doué à cette fin d'un crédit suffisant, le présente à son peuple.

Rôle sublime, qui fera d'une créature le garant de Dieu, le témoin du Verbe ! La grandeur de celui qui doit le remplir était signalée, comme celle du Messie, longtemps avant sa naissance. Dans la solennelle liturI. Matth. XIII. 55.

3oS Le Temps après la Pentecôte.

gie du temps des tigures, le chœur des lévites, rappelant au Très-Haut la douceur de David et la promesse qui lui fut faite dun glorieux héritier, saluait de loin la mystérieuse lumière préparée par Dieu même à son Christ*. Non que, pour éclairer ses pas, le Christ dût avoir besoin d'un secours étranger : splendeur du Père, il n'avait qu'à paraître en nos obscures régions, pour les remplir de la clarté des cieux ; mais tant de fausses lueurs avaient trompé l'humanité, durant la nuit des siècles d'attente, que la vraie lumière, s'élevant soudain, n'eut point été comprise, ou n'eût fait qu'aveugler des yeux rendus impuissants par les ténèbres précédentes à porter son éclat. L'éternelle Sagesse avait donc décrété que comme Tastre du jour est annoncé par l'étoile du matin, et prépare sa venue dans la clarté tempérée de l'aurore ; ainsi le Christ lumière serait précédé ici-bas d'un astre précurseur , et signalé par le rayonnement dont lui-même, non visible encore, revêtirait ce fidèle messager de son avènement. Lorsque autrefois le Très-Haut daignait pour ses prophètes illuminer l'avenir, réclair qui, par intervalle, sillonnait ainsi le ciel de l'ancienne alliance, s'éteignait dans la nuit, sans amener le jour; l'astre chanté dans le psaume ne connaîtra point la défaite : signifiant à la nuit que désormais c'en est fini d'elle, il n'éteindra ses feux que dans la triomphante splendeur du Soleil de justice. Aussi intimement que l'aurore s'unit au jour, il confondra avec la lumière incréée sa proI. Psalm. cxxi, 17.

La Nativité de Sjint Jej.n- Baptiste. 3oq

pre lumière ; n'étant de lui-même, comme toute créature, que néant et ténèbres, il reflétera de si près la clarté du Messie, que plusieurs le prendront pour le Christ i.

La mystérieuse conformité du Christ et de son Précurseur, l'incomparable proximité qui les unit, se retrouvent marquées en maints endroits des saints Livres Si le Christ est le Verbe, la parole éternelle du Père, lui sera la Voix portant cette parole où elle doit parvenir; Isaïe l'entend par avance qui remplit d'accents jusque-là inconnus le désert, et le prince des prophètes exprime sa joie dans l'enthousiasme d'une âme qui déjà se voit en présence de son Seigneur et Dieu-. Le Christ est Vange de l'alliance ; mais dans le texte même où TEsprit-Saint lui donne un titre si rempli pour nous d'espérance, paraît aussi portant ce nom d'ange l'inséparable messager, l'ambassadeur tidèle à qui la terre devra de connaître l'Epoux : « Voici que « j'envoie mon ange qui préparera le chemin

0 devant ma face, et aussitôt viendra dans son

« temple le dominateur que vous cherchez, « l'ange de l'alliance que vous réclamez; voici « qu'il vient, dit le Seigneur des armées ^. » Et mettant tin au ministère prophétique dont il est le dernier représentant, Malachie termine ses propres oracles par les paroles que nous avons entendu Gabriel adresser à Zacharie, pour lui notifier la naissance prochaine du Précurseur *.

La présejnce de Gabriel en cette occasion,

I. Luc. ni, i5. — 2. IsAi. XL. — 3. Malach. in, i.

3'i'> Le J emps après la Pentecôte.

montrait elle-même combien Tenfant promis alors serait l'intime du Fils de Dieu; car le niême prince des célestes milices allait aussi, bientôt, venir annoncer l'Emmanuel. Nombreux pourtant se pressent les messages fidèles au pied du trône de la Trinité sainte, et le choix de ces augustes envoyés varie, d'ordinaire, selon la grandeur des instructions que le Très-Haut transmet par eux au monde. Mais il convenait que l'archange chargé de conclure les noces sacrées du Verbe avec l'humanité, préludât à cette grande mission en préparant la venue de celui que les décrets éternels avaient désigné comme VAmi de

V Epoux «. Six mois après, député vers Marie, il appuyait son divin message en révélant à la Vierge très pure le prodige qui, dès maintenant, donnait un fils à la stérile Elisabeth : premier pas du Tout-Puissant vers une merveille plus grande. Jean n'est pas né encore; mais, sans plus tarder, son rôle est ouvert : il atteste la vérité des promesses de l'ange. Ineffable garantie que celle de cet enfant, caché toujours au sein de sa mère, et déjà témom pour Dieu dans la négociation sublime qui tient en suspens la terre et les cieux ! Eclairée d'en haut, Marie reçoit le témoignage et n'hésite plus ; « Voici la servante du « Seigneur, dit-elle à l'archange; qu'il me soil « fait^selon votre parole -. »

Gabriel s'est retiré, emportant avec lui le secret divin qu'il n'est point chargé de communiquer au reste du monde. "La Vierge très prudente ne parlera pas davantage;

I. JoH.vN. ni, 29. — 2. Luc. I.

La Nativité de Saint Jean-Baptiste. 3 1 1

Joseph lui-même, son virginal époux, n'aura pas d'elle communication du mystère. Ne craignons point cependant : l'accablante stérilité dont le monde a gémi, ne sera pas suivie d'une ignorance plus triste encore, maintenant que" la terre a donné son fruit i. Il est quelqu'un pour qui l'Em.manuel n'aura ni secret, ni retard; et lui saura bien révéler la merveille. A peine l'Epoux a-t-il pris possession du sanctuaire sans tache où doivent s'écouler les neuf premiers mois de son habitation parmi les hommes, à peine le Verbe s'est fait chair: et Notre-Dame, instruite au dedans du désir de son Fils, se rend en toute hâte vers les monts de Judée -. Voix démon bien-aimé! le voici qui vient, bondissant sur les montagnes, franchissant les collines '^. A l'ami de l'Epoux sa première visite, à Jean le début de ses grâces. Une fête distincte nous permettra d'honorer spécialement la journée précieuse où l'Enfant-Dieu, sanctifiant son Précurseur, se révèle à Jean par la voix de Marie ; où Notre-Dame, manifestée par Jean qui tressaille en sa mère, proclame enhn les grandes choses que le Touî-Puissant a opérées en elle selon la miséricordieuse promesse qu'il fit autrefois à nos pères, à A braham et à sa postérité pour jamais ^.

Mais le temps est venu où, des enfants et des mères, la nouvelle doit s'étendre au pays d'alentour, en attendant qu'elle parvienne au monde entier. Jean va naître, et, ne pouvant parler encore, il déliera la langue de son père. Il fera

3i2 La Nativité de Saint Jean-Baptiste.

cesser le mutisme dont le vieux prêtre, image de l'ancienne loi, avait été frappé par l'ange ; et Zacharie, rempli lui-même de l'Esprit-Saint, va j^uhlier dans un cantique nouveau la visite bénie du Seigneur Dieu d'Israël^, ■ Préludons par le chant des premières Vêpres, avec la sainte Eglise, aux joies de la grande solennité qui s'annonce. Et, tout d'abord, remarquons la couleur blanche des ornements que revêt aujourd'hui l'Epouse ; les pages qui suivent nous en expliqueront le mystère.

. TPSEprsei-I , \ ^,^ T L marchera

I. Ant. 1 bit ante \- ^''^- 1 devant le illum inspiritu et virtu- Seigneur dans l'esprit et la

te Elise, parare Domino vertu d'Elie. pour préparer

plebem perfectam. au Seigneur un peuple parI fait.

Psaume cix. Dixit 'ùovainns, page 45.

2. Ant. Jean est son nom;

il ne boira ni vin, ni liqueur enivrante, et beaucoup se réjouiront à sa naissance.

2. Ant. Johannes est nomen ejus : vinum et siceram non bibet, et raulti in nativitate ejus gacdebunt.

Psaume ex. Gontitebor tibi, Domine, /"^g-e 46.

3. A\T. Ex utero senectutis et sterili Johannes natus est praecursor Domini.

3. Ant. D'un sein stérile et chargé d'années est né Jean, le précurseur du Seigneur.

Aux Premières Vêpres.

3i3

Psaume cxi. Beatus vir, page 47.

5. Ant. Cet enfant sera appelé Nazaréen ; il ne boira ni vin, ni liqueur enivrante, et ne mangera rien dimpur depuis sa naissance.

5. Ant. Nazaraeusvocabitur puer iste : vinum et siceram non bibet, et omne immundum non manducabit ex utero matris suœ.

Toutes les nations, louez le Seigneur ; tous les peuples, proclamez sa gloire. Car sa miséricorde s'est affermie sur nous, et la vérité du Seigneur demeure éternellement.

LAUDATE Dominum, omnes gantes : * laudate eum, omnes populi. Quoniam confirmata est super nos misericordia ejus : * et veritas Domini manet in asternum.

{Isai. xLix.)

Ecoutez. îles ; peuples éloignés, prêtez l'oreille : Le Seigneur m'a appelé dès le sein de ma mère, il s'est dès lors souvenu de mon

UDITE, insulas, et attendite, populi de

longe : Dorainus ab utero vocavit me, de ventre matris meae recordatus est nominis mei.

LES Antiennes qui précèdent ont rappelé les promesses concernant le saint Précurseur. Lui-même, au Capitule, nous invile à chanter les sublimes prévenances du Très-Haut à son égard. L'Hymne qui suit, fournit à l'Eglise une belle formule de prière et de louange.

3 14 La Nativité de Saint Jean-Baptiste.

Il en est peu d'aussi célèbre dans la sainte Liturgie.

Sa composition est attribuée à Paul Diacre, moine du Mont-Cassin au viii« siècle ; et l'histoire qu'on en raconte est particulièrement touchante. Honoré de l'ordre sacré dont le titre allait rester inséparable de son nom dans la suite des âges, Paul Warnefrid, l'ami de Charlemagne et l'historien des Lombards, fut un jour désigné pour bénir le cierge triomphal dont l'apparition annonce à l'Eglise, chai^ue année, la résurrection prochaine de l'Epoux ; mais pendant qu'il s'apprête à remplir la plus solennelle des fonctions réservées aux lévites de la nouvelle alliance, sa voix, auparavant claire et sonore, s'éteint soudain, le laissant impuissant à envoyer au ciel les notes joyeuses du glorieux Exultet. Dans cette extrémité, Paul se recueille ; et se tournant vers Jean, patron à la fois du peuple lombard et de l'église bâtie par Benoît au sommet de la sainte montagne, il invoque celui dont la naissance mit fin au mutisme d'un père, et qui garde le pouvoir de rendre 2iVi\ fibres vocales leur souplesse j^erdue. Le fils de Zacharie exauça son dévot client. Telle serait l'origine des strophes harmonieuses qui composent aujourd'hui les trois Hymnes de la fête.

Ce que l'on connaît mieux, est l'importance que la première de ces strophes a conquise dans l'histoire du chant grégorien et de la musique. L'air primitif sur lequel on chantait l'Hymne de Paul Diacre, offrait cette particularité c]ue la syllabe initiale de chaçque Hémistiche s'élevait d'un degré sur la précéAux Premières Vêpres.

3i5

dente dans l'échelle des sons; on obtenait, en les rapprochant, la série des notes fondamentales qui forment la base de notre samme actuelle. L'usage s'introduisit de donner aux notes elles-mêmes les noms de ces syllabes : Ut, Re, Mi, Fa, Sol, La. Gui d'Arezzo, par sa méthode d'enseignement, avait donné naissance à cet usage; en le complétant par l'introduction des lignes régulières de la portée musicale, il tit faire un pas immense à la science du chant sacré, auparavant laborieuse et longue à acquérir. Il convenait que le divin Précurseur, la Voix dont les accents révélèrent au monde l'harmonie du Cantique éternel, eût cet honneur de voir se rattacher à son nom l'organisation des mélodies de la terre.

POUR que d'une voix étendue et puissante vos serviteurs fassent retentir les merveilles de vos actes, bannissez, ô saint Jean, l'indignité de nos lèvres souillées.

Un messager venu des célestes sommets annonce à votre père que vous naîtrez et serez grand ; le nom que vous porterez, la vie que vous mènerez, il expose par ordre toutes choses.

Lui doute des célestes promesses, et soudain il n'a plus le pouvoir d'articuler les sons ; mais, en naissant, vous

Iaxis reso'

Ut queant nsre fibris A//ra gestorum /^muli tuorum, Soh'Q polluti Arbii reatum,

Sanctc Johannes.

Nuntius celso veniens olympo. Te patri magnum fore

nasciturum. Nomen et vitas seriem gerendœ

Ordine promit.

nie, promissi dubius superni, Perdidit promptœ modulos loquelae;

3i() Le Temps après la Pentecôte.

Sed reformasti genitus peremptœ

Organa vocis.

Ventris obstruso recubans cubili, Senseras Regem ihalamo

manentem : Hinc parons, nati meritis. uterque Abdita pandit.

Sit decus Patji, genitaeque

Pro

Et tibi. compar utriusque virtus Spiritus semper.

r. Deus

unus. omni

restaurez l'organe de sa voix éteinte.

Reposant dans le secret des entrailles maternelles, vous aviez senti la présence du Roi séjournant en sa couche nuptiale; en suite de quoi, par le mérite de leur fils, votre père et votre mère découvrirent tous deux les mystères.

Honneur au Père, et au Fils qu'il engendre, ainsi qu'à vous, puissance éternellement égale aux deux, ô Esprit, Dieu unique, dans toute la suite des âges.

Amen.

f. Il y eut un homme envové par Dieu,

Ri. Dont le nom était Jean.

Temporis œvo. Amen.

y. Fuit homo missus a Deo,

içr. Cui nomen erat Johannes.

Au Magnificat, reconnaissons la part qu'eut notre saint à cette ineffable effusion des sentiments de la Vierge mère, selon ce que nous rappelait la quatrième strophe de l'Hymne précédente. Les deux Cantiques du soir et du matin, le Magnificat et \e Benedictus, se rattachent à Jean comme à celui qui fut l'occasion de l'un et de l'autre par son mystérieux tressaillement et par sa naissance.'

ANTIENNE DE Magnïjicat.

INGRESSO Zacharia tem- 1 »TrACHARiE étant entré dans plum Domini, appa- | A# le temple du Seigneur,

La Nativité de Saint Jean-Baptiste. 3 17

l'ange Gabriel lui apparut [ ruit ei Gabriel angélus, debout à la droite de l'autel stans a dextris altaris Indes parfums. I censi.

Le Cantique Magnificat, page 53.

O Dieu, qui nous avez rendu ce jour glorieux par la naissance du bienheureux Jean; donnez à votre peuple la grâce des joies spirituelles, et conduisez toutes les âmes fidèles dans la voie du salut éternel. Par JésusChrist notre Seigneur.

Deus, qui praesentem diem honorabilem nobis in beati Johannis nativitate fecisti : da populis tuis spiritualium gratiam gaudiorum ; et omnium fideliura ment-s dirige in viam salutis œterna;. Per Dominum.

LES chants de l'Eglise en l'honneur de la glorieuse Nativité du Précurseur sont commencés, et déjà tout nous montre en cette fête une des solennités les plus chères à l'Epouse. Que serait-ce, si, remontant vers des temps plus heureux, il nous était donné d'avoir part aux anciennes manifestations de l'instinct catholique en ce jour ? Dans les grands siècles où la piété des peuples suivait docilement les inspirations de la Mère commune, le spectacle des démonstrations suggérées à la foi de tous par le retour d'anni^ ersaires aimés, entretenait en chacun l'intelligence de Tœuvre divine et des grandes harmonies que le Cycle ancien savait rendre. Aujourd'hui que l'esprit liturgique a baissé pour plusieurs, le mouvement si catholique qu'il imprimait aux foules ne se retrouve plus, et l'absence d'un gouvernail assuré se fait

3i8 Le Temps après la Pentecôte.

sentir à la dévotion d'un grand nombre : désemparée^ ne se guidant plus sur les phares lumineux que l'Eglise avait disposés à chaque détour de la route, parfois elle apparaît plus sensible au vent des nouveautés qu'au souffle traditionnel de l'Esprit- Saint ; elle est privée du sens exquis que les plus petits comme les plus grands de la famille chrétienne, puisaient à la commune école du Cycle sacré ; sans vue d'ensemble, trop souvent elle manque de proportions, et son défaut d'équilibre Texpose à mille faux mouvements pleins de périls, ou sans autre résultat qu'une fatigue sans profit. Toutefois les soubresauts et les écarts amenés par l'insuffisance de quelquesuns, ne font point sombrer le navire de la vraie piété, parce que, contre vents et marée, et au milieu même des diminutions qu'il est obligé de consentir, la ferme main du pilote suprême maintient toujours authentiquement la direction première. Xous sommes loin du temps où deux armées ennemies, se trouvant en présence la veille de Saint-Jean, remettaient le combat au lendemain de la fête * : en France, où la sagesse condescendante de l'Eglise s'est résignée à tant de pertes douloureuses, la Nativité de saint Jean-Baptiste n'est plus solennisée que lorsqu'elle tombe un Dimanche ; mais néanmoins, portée au Calendrier comme double de première classe avec Octave, et ne le cédant qu'à la fête du Corps du Seigneur, elle continue de se pré' senter au fidèle attentif revêtue des caractères

I. Bataille de Fontenay (•samedi 23 juin 841) : NiTiiARDl histor. I-. !1.

La Nativité de Saint Jean- Baptiste. 3i(,

c\ui désignent en elle un des plus importants jours de Tannée.

Une autre fête doit venir, à la fin d'août, réclamer nos hommages envers le fils de Zacharie et d'Elisabeth : la fête de son glorieux martyre et de sa naissance au ciel. Mais, toute vénérable qu'elle doive être pour nous, selon l'expression même de l'Eglise au jour de la Décollation de saint Jean-Baptiste ', elle n'aura pas la splendeur de celle-ci. C'est qu'en effet, la solennité de ce jour se rapporte moins à Jean gu'à Jésus qu'il annonce ; tandis que la Décollation, plus personnelle à notre Saint, ne présente pas dans le plan divin l'importance qu'avait sa naissance, prélude de celle du Fils de Dieu.

Entre les fils des femmes, il n'y en a point de vins grand, dira l'Homme-Dieu de son Précurseur - ; et déjà Gabriel, les annonçant tous deux, affirmait de chacun qu'il serait grande. Mais la grandeur de Jésus sera d'être appelé le Fils du Très-Haut, Qtla. grandeur de ieanestde marcher devant lui *. De'scendu du ciel comme celui de son maître, le nom de Jean proclame la grâce que Jésus, sauvant l'homme, doit apporter au monde ^. Jésus, qui vient d'en haut en personne, est au-dessus de tous, et c'est lui, et lui seul, qu'attend l'humanité ; Jean, qui vient d'ici-bas au contraire, n'a rien qu'il n'ait reçu ; mais il a reçu d'être Vami de VEpoiix 6, son introducteur, et l'Epoux ne \\ent qu-e par lui à l'Epouse ".

I. Collecta diei. — 2. Matth. xi. ii. — 3. Luc. i, i5, 32. — 4. îbid. — 5. Ibid. i3, 3i. — 6, JoHAN. m,

3.10 Le Temps après la Pentecôte.

L'Epouse elle-même ne se connaît, ne se prépare aux noces sacrées, que par lui ; sa prédication la réveille au désert • ; il l'orne de tous les attraits de la pénitence et des vertus ; sa main enfin, dans un commun baptême, l'unit au Christ sous les eaux. Sublime moment où, élevé par delà tous les hommes et les anges, Jean apparaît au milieu même de la Trinité sainte-, investissant comme avec autorité d'un titre nouveau la seconde personne incarnée, le Père et l'Esprit agissant avec lui de concert ! Bientôt toutefois, redescendu des sommets plus qu'humains où sa mission l'avait porté, il ambitionne de disparaître : l'Epouse est à l'Epoux, sa joie à lui est entière, son œuvre achevée ; il n'a plus qu'à s'effacer et décroître ^. A Jésus manifesté désormais ^, à Jésus seul de paraître et grandir. Ainsi l'astre du jour, à partir de la naissance de Jean, qui nous le montre dans sa splendeur, redescend-il des hauteurs du solstice vers l'horizon ; tandis que Noël sera pour lui le siijnal du mouvement de retour qui lui rendra progressivement tous ses feux.

Jésus seul en etfet est lalumière, la lumière sans laquelle le monde resterait dans la mort; et Jean n'est que l'homme envoyé de Dieu, sans qui la lumière demeurerait inconnue "'. Mais Jésus étant inséparable de Jean comme le jour l'est de son aurore, on ne doit pas s'étonner que l'allégresse du inonde, à la naissance de Jean, participe de celle qu'excitera

I. Cant. VIII, 5. — 2. Johannes totius médius Trinitatis. Petr. Dam. Sermo 23 (edit. Cajet.). — 3. Johan. m, 29-3o. — 4. Ibid. I, 3i. — 5. Ibid, 4-10.

La Nativité de Saint Jean-Baptiste. 32 1

dans son temps la venue du Sauveur : tout ainsi que l'aurore excite en nous la joie du jour qu'elle précède et annonce. Jusqu'au quinzième siècle, l'Eglise latine, avec les Grecs oui continuent de le faire, célébra en septembre la Conception du Précurseur: non qu'elle fût sainte de soi , mais parce qu'elle marquait le commencement des mystères. Dans le même esprit, quoique déjà sainte en elle-même, la Nativité de saint Jean-Baptiste n'est si grandement célébrée, de nos jours encore, que parce qu'elle porte en elle pour ainsi dire la fête même de la Nativité du Sauveur. C'est la Noël d'été. Dès le commencement. Dieu et son Eglise prirent soin, comme nous i'allons voir, d'accuser par mille rapprochements la dépendance et ressemblance des deux solennités.

Dieu, dont la providence poursuit en tout la glorification de son Verbe fait chair, estime les hommes et les siècles à la mesure du témoignage qu'ils rendent au Christ ; et c'est pourquoi Jean est si grand. Car de celui que les prophètes annonçaient comme à venir, que les apôtres prêchaient comme déjà venu, lui seul, en même temps prophète et apôtre, a dit en le montrant: Le voici ! Jean étant donc le témoin par excellence i, il convenait qu'il présidât à la période glorieuse où, trois siècles durant, l'Eglise rendit à l'Epoux ce témoignage du sang qui donne aux martyrs la première place dans sa reconnaissance, après les apôtres et les prophètes sur le fondement desquels elle est bâtie 2. Dix fois s'ou- I. JoHAN. I, 7. — r. Eph. II, 20.

32 2 Le Temps après la Pentecôte.

vrirent, sur l'immense étendue de l'empire romain, les veines de l'Epouse ; et l'éternelle Sagesse voulut que la dixième et dernière lutte se rattachât, par la journée du 25 décembre 3o3, dans Nicomédiei, à la naissance du Fils de Dieu dont elle assurait le triomphe. Mais si la Nativité de l'Emmanuel éclaire ainsi dans les fastes sacrés la fin des grands combats, celle de Jean, comme il convenait, en marque les débuts. Ce fut en l'année 64 que , pour la première fois , Rome païenne ouvrit ses arènes aux soldats du Christ ; et c'est le 24 juin que l'Eglise en consacre l'auguste souvenir, par cette mention qui fait suite, dans son Martyrologe, à l'annonce concernant la Nativité du Précurseur : (( A Rome, la mémoire sainte des nomo breux martyrs qui, sous l'empereur Néron, «< furent accusés calomnieusement de l'in« cendie de la ville, et moururent par l'ordre « du prince en divers supplices : les uns ex« posés sous des peaux de bètes aux morsures « des chiens, d'autres crucifiés, d'autres em« brasés en manière de torches à la chute du « jour pour éclairer dans la nuit. Tous ceux« là étaient disciples des Apôtres : prémices « choisies que l'Église romaine, champ fertile « en martyrs, offrit avant la mort des Apôtres « au Seigneur -. ■>

La solennité du 24 juin éclaire donc doublement les origines du christianisme. Il n'y eut pas d'assez mauvais jours dans l'Eglise,

1. Le Temps de Noël, t. 1, p. 3o3. Martyrol. Rom. ad diem 25 Dec. : Octavo Kalendas Januarii. — 2. Martyre]. Rom. ad diem 24 Junii : Octavo Kalendas Julii.

La Nativité de Saint Jean-Baptiste. 32 S

pour mettre en défaut, une seule année, la prédiction de l'ange que beaucoup se réjouiraient à la naissance de Jean < ; avec la joie, sa parole, ses exemples, son intercession, apportaient le courage aux martyrs. Après le triomphe remporté par le Fils de Dieu sur la négation païenne, lorsque au témoignage du sang succéda celui de la confession par les œuvres et la louange, Jean conserva son rôle de précurseur du Christ dans les âmes. Guide des moines, il les conduit loin du monde et les fortifie dans les combats de la solitude ; ami de l'Epoux, il continue de former l'Epouse , en préparant au Seigneur un peuple parfait 2. Dans les divers états, à tous les degrés de la vie chrétienne, se fait sentir sa bienveillante et nécessaire influence. Ce n'est pas en vain qu'au commencement du quatrième Evangile, dans le passage le plus dogmatique du Testament nouveau, si l'on peut ainsi parler, Jean se retrouve, comme au Jourdain, intimement uni aux opérations de la Trinité souveraine dans l'universelle économie de la divine Incarnation: lly eut un homme envoyé de Dieu qui s' appelait Jean, dit l'Esprit-Saint ; il vint pour sei^vir de témoin, pour rendre témoignage à la lumière, afin que TOUS CRUSSENT PAR LUI 3. « Précurscur dans sa naissance, précurseur dans sa mort , saint Jean, dit saint Ambroise , continue de marcher en avant du Seigneur. Et peut-être plus que nous ne le pensons, son action mystérieuse a sa part dans notre présente vie, dans ce présent jour. Lorsque nous commençons à

I. Luc. I, 14. — 2. Ibid. 17. — 3. JoHAN. I, 6-7.

324' ^^ Temps après la Pentecôte.

croire au Christ, il y a comme une vertu de Jean qui nous attire après elle ; il inclinedans le sens de la foi les sentiers de notre âme ; il redresse les chemins tortueux de cette vie, il en fait la voie droite de notre pèlerinage, de peur que nous ne tombions dans les anfractuosités de l'erreur ; il fait en sorte que toutes nos vallées puissent se remplir des fruits des vertus, que toute hauteur mondaine s'abaisse devant le Seigneur *. »

Mais si le Précurseur garde sa part dans chaque progrès de la foi rapprochant du Christ les âmes, il intervient plus encore dans tout baptême accroissant l'Epouse. Les baptistères lui sont consacrés. Le baptême qu'il donnait aux foules sur les bords du Jourdain n'eut jamais, il est vrai, la puissance du baptême chrétien ; mais en plongeant THomme-Dieu sous les eaux, il mettait ces dernières en possession de la vertu fécondante qui, sortie de cet Homme-Dieu, allait leur donner de compléter Jusau'à la tin des temps, par l'accession de memores nouveaux, le corps de l'Eglise unie au Christ.

La foi de nos pères n'ignorait pas les grands biens dont étaient redevables à Jean les particuliers et les peuples. Tant de néophytes recevaient son nom au baptême, si efficace pour conduire jusqu'à la sainteté était le secours prêté par lui à ses clients tîdèles, qu'il n'est pas de )our du calendrier où l'on ne puisse honorer la naissance au ciel de quelqu'un d'entre eux 2. Patron autrefois des

I. Amb. in Luc. I, 38. — 2. Annus Joannis, auctore

JoanneN. (Pragaî, 1664).

La Nativité de Saint Jean-Baptiste. 325

Lombards, saint Jean-Baptiste l'est aujourd'hui du Canada français. Mais, soit en Orient, soit en Occident, qui pourrait compter les contrées, les villes, les familles religieuses, les abbayes, les églises placées sous ce puissant patronage : depuis le temple qui, sous Théodose, remplaça dans Alexandrie l'antique Sérapéon aux mystères fameux, jusqu'au sanctuaire élevé sûr les ruines de l'autel d'A- pollon, au sommet du Cassin, par le patriarche des moines ; depuis les quinze églises que Byzance, devenue la nouvelle Rome, avait consacrées dans ses murs au Précurseur, jusqu'à cette basilique auguste de Latran, vraiment digne du nom qui lui fut donné de basilique d'or, et qui, dans la capitale de l'univers chrétien, reste la maîtresse et la mère de toutes les églises de la Ville et du monde ! Primitivement dédiée au Sauveur, elle adjoignit bientôt à ce vocable sacré, comme inséparable, celui de TAmi de l'Epoux. Le nom de Jean l'évan^éliste, cet autre ami de Jésus, dont une tradition place au 24 juin la mort précieuse, fut lui-même ajouté aux deux autres ; mais il n'en demeure pas moins assuré que la pratique commune est d'accord avec les anciens documents, pour rapporter plus spécialement au Précurseur le titre de Saint-Jean<de-Latran sous lequel on désigne aujourd'hui .a. basilique patriarcale des Pontifes romains. « Il convenait en effet, dit saint Pierre Damien, que l'autorité de l'Epouse souscrivît au jugement de l'Epoux, ^ et que celuici vît son ami le plus grand élevé en gloire là où celle-là serait reine. Election remarquable, à coup sûr, que celle qui donne

326 Le Temps après la Pentecôte, à Jean cette primauté en la ville même consacrée par la mort glorieuse des deux flambeaux du monde. Pierre de sa croix, Paul sous le glaive, voient la première place rester à un autre ; Rome s'empourpre du sang d'innombrables martyrs, et ses honneurs vont tous au bienheureux Précurseur. Jean, partout, est le plus grand '. »

En ce jour donc, imitons l'Eglise ; évitons les oublis de l'ingratitude ; saluons avec action de grâces et pleine allégresse, l'arrivée de celui qui nous promet le Sauveur. Déjà Noël s'annonce. Sur la place du Latran, le fidèle peuple romain veillera cette nuit, attendant l'heure qui lui permettra de rompre le jeûne sévère et la stricte abstinence de la vigile, pour se livrer à d'innocentes réjouissances, prélude de celles qui, dans six mois, accueilleront l'Emmanuel.

La Vigile de saint Jean n'est plus de précepte dans un grand nombre d'églises ; autrefois, pourtant, ce n'était pas un seul jour de jeûne gu'on savait s'imposer à l'approche de la Nativité du Précurseur, mais un carême entier, rappelant par sa durée et ses prescriptions l'Avent du Seigneur -. Plus sévères avaient été les saintes exigences de la prépaI. nia enim mater et magistra omnium Ecclesiarum Ecclesia Romana, cui dictum est : « Ego pro te rogavi, ut non deficiat fides tua, » in honore Johannis Baptistas, post Salvatoris nomen consecrata esi et signala. Dignura namque erat ut senteniiam Sponsi Sponsae scqucrctur auctoritas... Petr. Dam. Scrmo xxili. On VOJt aussi ce discours attribué à saint Bernard ou â Nicolas de Clairvaux. — 2. Conciles, capitulaires, canons pénitentiels.

La Nativité de Saint Jean-Baptiste. 827

ration, plus chère aussi et mieux comprise était la fête. Après avoir égalé la pénitence du Carême de Jean aux austérités de celui de Noël, on ne s'étonnait plus de voir l'Eglise rapprocher dans sa Liturgie les deux Nativités, à un point qui surpre'ndrait aujourd'hui la foi boiteuse de plusieurs.

Trois Messes céléoraient la naissance de Jean, comme celle de Celui qu'il fît connaître à l'Epouse : la première, à nuit close, rappelait son titre de précurseur ; la seconde, au point du jour, honorait son baptême ; la troisième, à Tierce, exaltait sa sainteté 1. Préparation de l'Epouse, consécration de l'Epoux, sainteté sans paire : triple triomphe, qui rapprochait le serviteur du Maître, et méritait l'hommage d'un triple Sacrifice au Dieu trois fois saint, manifesté à Jean dans la pluralité de ses personnes et révélé par lui à l'Eglise. De même encore qu'il y avait autrefois deux Matines en la nuit de Noël, Durand de Mende nous apprend, après Honorius d'Autun, que plusieurs célébraient en la fête de saint Jean un double Office 2. Le premier commençait à la chute du jour ; il était sans alléluia, pour signifier le temps de la Loi et des Prophètes qui dura jusqu^à Jean s. Le second, commencé au milieu de la nuit, se terminait à l'aurore ; on le chantait avec alléluia, pour marquer l'ouverture des temps de la grâce et du royaume de Dieu K

L'allégresse, qui est le caractère propre de

I. Sacrament. Gregor., Amal., pseudo-Alcuin., Ord.

rotn. — 2. Dur. Ration, vu, 14; Hon. Gemma anim. IV, 48. — 3. Luc. XVI, 16. — 4. Ibid.

J2<5^ Le Temps après la Pentecôte.

cette fête, débordait en dehors du saint lieu, et se répandait jusque sur les Musulmans intîdèles. Si, à Noël, la rigueur de la saison continait au foyer domestique les expansions touchantes de la piété privée, la beauté des nuits de la Saint-Jean d'été offrait une occasion de dédommagement à la foi vive des peuples. Aussi complétait-elle ce qui lui semblait l'insutîisance de ses démonstrations envers l'Enfant-Dieu, par les honneurs rendus au Précurseur dans son berceau. A peine s'éteignaient les derniers rayons de l'astre du jour, que, du fond de l'Orient jusqu'à Textrème Occident, sur la surface du monde entier, d'immenses jets de flammes s'élançaient des montagnes, et s'allumaient soudain par toutes les villes, dans chaque bourgade, dans les moindres hameaux. C'étaient les feux de la Saint-Jean : témoignage authentique, sans cesse renouvelé, de la vérité des paroles de l'ange et de la prophétie annonçant cette joie universelle qui devait saluer la naissance du tils d'Elisabeth. Comme une lampe ardente et luisante, selon l'expression clu Seigneur, il était apparu dans la nuit sans tin, et, pour un temps, la synagogue avait voulu se réjouir à ses rayons '; "mais, déconcertée par sa fidélité qui l'empêchait de se donner pour le Christ et la vraie lumière -, irritée à la vue de l'Agneau qu'il montrait comme le salut du monde et non plus seulement d'Israël 3, la synagogue bientôt s'était retournée vers la nuit, et, d'elle-même, avait mis sur ses yeux

I. Johann, v, 33. — 2. Ibid. i, ;20. — 3. Ih. 29.

La Nativité de Saint Jean- Baptiste. 32g

le bandeau fatal qui lui permet de rester dans ses ténèbres jusqu'à nos jours. Reconnaissante à celui qui n'avait voulu ni diminuer, ni tromper l'Epouse, la gentilité l'exalta d'autant plus, au contraire, qu'il s'était abaissé davantage ; elle recueillit les sentiments qu'aurait dû garder la synagogue répudiée, et manifesta par tous les moyens en son pouvoir que, sans confondre la lumière empruntée du Précurseur avec l'éclat du Soleil de justice, elle n'en saluait pas moins avec enthousiasme cette lumière qui avait été pour l'humanité l'aurore des joies nuptiales. On pourrait presque dire des feux de la Saint-Jean qu'ils remontent, comme la fête elle-même, à l'origine du christianisme. Ils apparaissent du moins dès les premiers temps de la paix, comme un fruit de l'initiative populaire, non sans exciter parfois la sollicitude des Pères et des conciles, attentifs à bannir toute idée superstitieuse de manifestations qui remplaçaient, si heureusement d'ailleurs, les fêtes païennes des solstices. Mais la nécessité de combatre quelques abus, possibles aujourd'hui comme alors, n'empêcha point l'Église d'encourager un genre de démonstrations qui répondait si bien au caractère de la fête. Les feux de la Saint-Jean complétaient heureusement la solennité liturgique ; ils montraient unies dans une même pensée l'Eglise et la cité terrestre. Car l'organisation de ces réjouissances relevait des communes, et les municipalités en portaient tous les frais. Aussi le privilège d'allumer les feux était-il réservé, d'ordinaire, aux premiers personnages de l'ordre civil. Les rois eux33 0 Le Temps après la Pentecôte.

mêmes, prenant part à la joie de tous, tenaient à honneur de donner ce signal d allégresse à leurs peuples; Louis XIV, en 1648, mit encore le feu au bûcher de la place de Grève, comme l'avaient fait ses prédécesseurs. Ailleurs, comme il se fait toujours en plus d'un endroit de la catholique Bretagne, le clergé, invité à bénir les bois amoncelés, y jetait lui-même le premier brandon ; tandis que la foule, portant des torches embrasées, se répandait dans les campagnes autour des moissons mûrissantes, ou suivait aux bords de l'Océan les sinuosités du rivage, avec mille cris jo3-eux auxquels répondaient les feux allumés dans les îles voisines.

En certains lieux, la roue ardente., disque enflammé tournant sur lui-même et parcourant les rues des villes ou descendant du sommet des montagnes, représentait le mouvement du soleil qui n'atteint le plus haut point de sa course que pour redescendre aussitôt ; elle rappelait la parole du Précurseur au sujet du Messie : Il faut qu'il croisse et que je diminue *. Le symbolisme se complétait par l'usage où l'on était de brûler les ossements et débris de toutes sortes, en ce jour qui annonça la fin de la loi ancienne et le commencement des temps nouveaux , selon le mot de l'Ecriture : Vous rejetterez ce qui est vieux, à Varrivée des nouveaux biens-.

Heureuses les populations qui conservent encore quelque chose des coutumes où l'antique simplicité de nos pères puisait une joie plus vraie, et plus pure assurément,

I. JoHAN. III, 3o. — 2. Levit. XXVI, 10.

La Nativité de Saint Jean-Baptiste. 33r

gue celles demandées par leurs descendants à des fêtes où l'àme n'a plus de part !

L'Office des Laudes a au}ourd"hui une importance particulière, le Cantique BenedictuSy qu'on y chante toute l'année, étant l'exFression même des sentiments inspirés par Esprit-Saint au père de Jean-Baptiste, à l'occasion de la naissance qui réjouit ainsi Dieu et les hommes. .C'est pourquoi, ne pouvant insérer l'Office "entier, nous donnerons du moins ici le Cantique, en le faisant précéder des deux Hymnes de Matines et de Laudes, qui font suite à celle des Vêpres dans la composition de Paul Diacre. Les Antiennes, le Capitule et le Verset des Laudes, sont les mêmes que l'on trouvera plus loin aux secondes Vêpres.

DÈS VOS plus tendres années, fuyant la fouîe et les villes, vous gagnâtes les antres du désert, pour éviter que le moindre écart de la langue ne vînt ternir l'éclat de votre vie.

Là vous eûtes un dur vêtement de poils de chameau pour couvrir vos membres sacrés, pour ceinture une lanière, l'eau des fontaines pour breuvage, pour aliment le miel et les sauterelles.

Les autres prophètes avaient seulement chanté. d'un cœur inspiré, l'astre qui devait paraître •, mais vous, du doigt.

ANTRA deserti tenerîs sub annis, Civium turmas fugiens,

petisti, Ne levi posses maculare vitara

Crimine linguse.

Prœbuit durum tegumen camelus Artubus sacris, strophium bidentes ; Cui latex haustum, . ciata pastum

Mella locustis.

soCsteri tantum cecinere va tu m Corde prjesago jubar affuturum :

332 Le Temps après la Pentecôte.

Tu quidem mundi scelus auferentem Indice prodis.

Non fuit vasti spatium per orbis Sanctior quisquam genitus Johanne, Qui nefas sœcli meruit lavantem

Tingcre lymphis.

Sit decus Patri, genitaeque Proli, Et tibi, compar utriusque virtus Spiritus semper, Deus unus, omni

Temporis œvo. Amen.

vous montrez celui qui ùtc le péché du monde.

Il n'y eut point dans l'immensité du vaste univers un fils de la femme plus saint que ne fut Jean, lui qui mérita de plonger sous les eaux celui qui lave les crimes des siècles.

Honneur au Père, et au Fils qu'il engendre, ainsi qu'à vous, puissance éternellement égale aux deux, ô Esprit, Dieu unique, dans toute la suite des âges.

Amen.

Ç\ NIMIS felix, meriti^-^ que selsi, Kesciens labemnivei pudoris. Praepotens Martyr, nemorumque cultor, Maxime vatum.

Serta ter dénis alios coronant Aucta crementis, duplicata quosdam ; Trina te fructu cumulata centum

Nexibus ornant.

^~\ MILLE fois heureux, vous ^-^ dont le mérite est si sublime, dont la blanche pureté ne connut jamais de souillure, très puissant martyr, habitant des forêts, le plus grand des prophètes.

D'autres ont leurs couronnes brillantes d'œuvres ayant produit trente pour un, 3eux fois plus en quelques-uns ; mais vous, plus que triplant vos œuvres, allez jusques à cent dans la gloire de votre diadème '.

I. Et aliud cecidit in terram bonam : et dabat fructum ascendentem, et crescentem; et afferebat unum triginta, unum sexaginta, et unum centum. Marc, iv, 8, 20.

La Nativité de Saint Jean-Baptiste. 333

Maintenant, par la vertu de mérites si féconds, brisez les durs rochers de nos cœurs, aplanissez le chemin raboteux, redressez les sentiers qui s'écartent ;

Afin que le doux Créateur et Rédempteur du monde, trouvant nos âmes purifiées des souillures de toute faute, daigne comme il convient, à sa venue, y poser ses pieds bienheureux.

Que les habitants des cieux vous célèbrent en leurs louanges, ô Dieu simple et trois en personnes ; dans nos supplications, de notre côté, nous vous demandons grâce : épargnez vos rachetés.

Amen.

f. Cet enfant sera grand devant le Seigneur.

19;. Car sa main est avec lui.

_Ant. La bouche de Zacharie fut ouverte, et il prophétisa, disant ; Béni soit le Dieu d'Israël.

Nunc potens nostri meritis opimis Pectoris duros lapides

revelle, Asperum planans iter, et réflexes

Dirige calles.

Ut pius mundi Sator et Redemptor, Mentibus culpre sine labe

puris. Rite dignetur veniens beatos

Ponere gressus.

Laudibus cives célèbrent superni Te, Deus simplex pariterque trine. Supplices et nos veniam precamur :

Parce redemptis. Amen.

f. Iste puer magnus coram Domino.

"Ef. Nam et m.anus ejus cum ipso est.

Ant. Apertum est os Zachariœ, et prophetavît, dicens : Benedictus Deus Israël,

BÉNI soit le Seigneur, le Dieu d'Israël ; car il a visité et racheté son peuple.

Et il nous a suscité un puissant Sauveur, dans la maison de David, son serviteur;

Denedictus Dominus ■*-' Deus Israël : * quia visitavit, et fecit redemptionem plebis suse.

Et erexit cornu salutis nobis : * in domo David pueri sui.

Sicut locutus est per os Sanctorum : * qui a saeculo sunt Prophetarum ejus.

Salutem ex inimicis noslris : * et de manu omnium qui oderunt nos.

Ad faciendam misericordiara cum patribus nostris : * et memorari testamenli sui sancti.

Jusjurandum quod juravit ad Abraham patrem nostrum : * dalurum se nobis.

Ut sine timoré de manu iniraicorum nostrorum liberali : * serviamus illi.

In sanctitate et justitiacoram ipso :* omnibus diebus nostris.

Et tu puer, Propheta Altissimi vocaberis :'

Èrœibis enim ante faciem >omini parare vias ejus.

Ad dandam scientiam salutis plebi ejus : * in remissionem peccatorum eorum.

Per viscera misericordiae Dei nostri : * in quibus visitavit nos Oriens ex alto.

Illuminare his, qui in tenebris et in umbra mortis sedent :* ad dirigendos pedes nostros ia viam pacis.

Comme il l'avait promis par la bouche de ses Saints, de ses Prophètes, qui ont prédit dans les siècles passés,

Qu'il nous sauverait de nos ennemis et de la main de tous ceux qui nous haïssent ;

Qu'il ferait la miséricorde promise à nos pères, et se souviendrait de son alliance sainte,

Du serment par lequel il avait juré à Abraham notre père de faire, dans sa bonté,

Que, délivrés de la main de nos ennemis, nous le puissions servir sans crainte,

Dans la sainteté et la justice, marchant devant lui tous les jours de notre vie.

Et vous, petit Enfant, Précurseur de l'Emmanuel, vous serez appelé Prophète du Très-Haut; car vous marcherez devant la face du Seigneur, pour préparer ses voies,

Pour donner à son peuple la connaissance du salut, et annoncer la rémission des péchés,

Par les entrailles de la miséricorde de notre Dieu, ce divin Orient qui s'est levé sur nous du haut du ciel,

Pour éclairer ceux qui sont assis dr.ns les ténèbres et dans l'ombre de la mort, pour diriger nos pas dans la voie de la paix.

A la Messe.

L'Hymne et les trois Psaumes dont se compose l'Office de Tierce se trouvent ci-dessus, page 28.

Ant.

T LS faisaient signe

à son père d'indiquer comment il voulait qu'or le nommât ; et il écrivit Jean est son nom.

Ant ANNUEBANTpa^'^*- r\ tri e)us quem

vellet vocari eum : et

scripsit dicens : Johannes

est nomen ejus.

Le Capitule comme aux premières Vêpres, page 3o.

h|. br. Il y eut un homme * Envoyé par Dieu. Il y eut.

j^. Dont^le nom était Jean*. Envoyé.

Gloire au Père. Il y eut .

f. Entre les fils des femmes il n'y en a point eu de plus grand,

1^. Que Jean-Baptiste. :^. Johanne Baptista.

L'Oraison est la Collecte de la Messe, page

^. br. Fuit homo, * Missus a Deo. Fuit.

j^. Cui nomen erat Johannes. * Missus.

Gloria Patri. Fuit.

y. Inter natos mulierum non surrexit major,

LA Messe est composée de divers passages de l'Ancien et du Nouveau Testament. L'Eglise, disent les auteurs liturgistes, veut ainsi nous rappeler que Jean forme le trait d'union des deux alliances et participe de chacune. Il est l'agrafe précieuse qui fixe le double manteau de la loi et de la grâce 1 sur la poitrine du Pontife éternel.

I, Petr. Chrys. Sermo 91.

336 La Nativité de Saint Jean-Baptiste.

L'Introït est d'Isaïe; nous retrouverons plus au long, dans TEpître, le texte d'où il est tiré. Le Psaume qui se chantait autrefois avec lui est le xci*, dont le premier verset reste seul maintenant en usage, quoique la raison primitive du choix de ce psaume se trouve dans le suivant et le treizième : // est bon d'annoncer au matin votre miséricorde, et de manifester votre vérité dans la nuit !.,. Le juste fleurira comme le palmier ; il se multipliera comme le cèdre du Liban.

LE Seigneur m'a appelé par mon nom dès le ventre de ma mcre t il a fait de ma langue un glaive acéré ; il m'a protégé sous l'ombre de sa main ; il m'a mis en réserve comme une flèche choisie.

Ps. Il est bon de louer le Seigneur, et de chanter des psaumes à votre nom, ô TrèsHaut ! Gloire au Père. Le Seigneur.

La Collecte rassemble les vœux du peuple fidèle, en ce jour devenu si grand par la naissance du Précurseur. Elle implore l'abondance des joies spirituelles, qui sont la grâce propre de cette fête, ainsi que l'avait annoncé Gabriel ; et, rappelant le rôle du tils de Zacharie qui consiste à redresser les sentiers du salut, elle demande que pas un des chrétiens ne s'écarte des voies de l'éternelle vie.

DE ventre matris meae vocavit me Dominus nomine meo : et posait os raeum ut gladium acutum • sub tegumento manus suse protexit me, et posuit me quasi sagittam electam.

Fs. Bonum est confiteri Domino : et psallere nomini tuo, Altissime. Gloria Patri. De ventre.

A la Messe.

33j

ODiEU, <jui nous avez rendu ce jour glorieux par la naissance du bienheureux Jean ; donnez à votre peuple la grâce des joies spirituelles, et conduisez toutes les âmes fidèles dans la voie du salut éternel. Par JésusChrist notre Seigneur.

DEUS, qui praesentem diem honorabilem nobis in beati Johannis nativitate fecisti : da populis tuis spiritualium gratiam gaudiorum ; et omnium fidelium mentes dirige in viam salutis œterna;. Per Dominum.

Lecture du Prophète Is-îie. Chap. xlix.

ECOUTEZ, îles ; et vous, peuples éloignés , soyez attentifs : Le Seigneur m'a appelé dès le sein maternel ; dès le ventre de ma mère il s'est souvenu de mon nom. Il a fait de ma langue un glaive acéré ; il m'a protégé sous l'ombre de sa main, et il m'a mis en réserve comme une flèche choisie : il m'a caché dans son carquois. Et il m'a dit : Vous êtes mon serviteur, Israël ; je me glorifierai en vous. Et le Seigneur qui m'a formé dès le sein de tna mère pour être son serviteur, dit maintenant : Voici que je vous ai donné pour lumière aux nations ; vous êtes le salut que j'enveirai jusqu'aux extrémités de la terre. Les rois vous verront et les princes se lèveront devant vous, et ils se prosterneront à cause du Seigneur et du Saint d'Israël qui vous a choisi.

Lectio Jsaiœ Prophetas.

Cap. xlix.

A UDITE insulaï, et

ttendite populi de longe : Dominus ab utero vocavit me, de ventre matris meae recordatus est nominis mei. Et posuit os meum quasi gladium acutum : in umbra manus suas protexit me, et posuit me sicut sagittam electam : in pharetra sua abscondit me. Et dixit mihi : Servus meus es tu, Israël, quia in te gloriabor. Et nunc dicit Dominus, formans me ex utero servum sibi : Ecce dedi te in lucem gentium, ut sis salus mea usque ad extremum terrœ. Reges videbunt , et consurgent principes, et adorabunt propter -Dominum, et Sanctum Israël, qui elegit te.

338 La Nativité de Saint Jean-Baptiste.

ISAÏE, dans ces quelques lignes, a directement en vue d'annoncer le Sauveur; l'application qu'en fait l'Eglise à saint JeanBaptiste, nous montre une fois de plus l'étroite union du Christ et de son Précurseur dans l'œuvre de la Rédemption. Capitale de la gentilité , devenue la mère de l'univers chrétien, Rome s'est plue à faire entendre, dans ce grand jour, aux fils que l'Epoux lui a donnés, la prophétie consolante qui s'adressait à eux , avant même qu'elle ne fût fondée sur les sept collines. Huit siècles avant la naissance de Jean et du Messie, une voix s'élevait de Sion, et, franchissant les limites de Jacob , retentissait sur tous les rivages où la nuit du péché retenait l'homme asservi à l'enfer : Écoute:^, îles ; et vous, peuples éloignés, soye^ attentifs ! C'était la voix de Celui qui devait venir et de l'ange chargé de marcher devant lui, la voix de Jean et du Messie, exaltant la commune prédestination qui faisait d'eux, comme serviteur et maître, l'objet des mêmes décrets éternels. Et la voix , après avoir célébré le privilège qui les désignerait, quoique si diversement, dès le sein maternel, aux complaisances du Tout-Puissant, formulait l'oracle divin qui devait être promulgué en d'autres termes, sur leurs berceaux, par le ministère de Zacharieetdes anges. Je me glorifierai en vous, qui êtes vraiment pour moi Israël ; c'est peu de Jacob, qui ne vous écoutera point et dont vous ne me ramènerez çjuun petit nombre ^ : voici que je vous ai donné pour lumière aux na^

A la Messe. 33g

tions, vous êtes le salut que j'enverrai jusqu'aux extrémités de la terre ; pour lepeud'accueil que vous aura fait mon peuple, les j^ois se lèveront et, à votre parole, ils adoreront le Seigneur qui vous a choisi comme négociateur de son alliance i.

Enfants de l'Epouse, entrons dans ses pensées ; comprenons quelle reconnaissance doit être la nôtre, à nous gentils, envers celui à qui toute chair devra cl'avoir connu le Sauveur 2 Du désert, où sa voix stigmatisait l'orgueil des descendants des patriarches, il nous voyait succéder à l'altière synagogue ; sans rien diminuer des divines exigences, son austère prédication avait, pour les futurs privilégiés de l'Epoux, des ménagements de langage qu'il ne connaissait point avec les Juifs. c( Race de vipères, disait-il à ceux-ci, qui donc vous montre à fuir le châtiment qui s'avance ? Faites de dignes fruits de pénitence, et n'allez pas dire : Nous avons pour père Abraham ; car je vous dis, moi, que Dieu

Eeut faire sortir de ces pierres des fils d'A- raham. Pour vous, déjà la cognée est à la racine, et l'arbre stérile sera jeté au feu 3. » Mais au publicain méprisé, au soldat détesté, à tous les cœurs arides de la gentilité, trop comparables en effet aux rochers du désert, J"ean-Baptiste annonçait la grâce qui désaltérerait et féconderait dans la justice leurs âmes desséchées • « Publicains, ne dépassez pas les exigences du fisc ; soldats, contentez-vous de votre solde ^. Moïse a donné la loi ; mais

340 La Nativité de Saint Jean-Baptiste.

meilleure est la grâce, œuvre de celui que j'annonce i : c'est" lui qui ote les péchés du monde -,et nous donne à tous de sa plénitude 3. » Quels horizons nouveaux pour ces délaissés, que le dédain d'Israël avait si longtemps tenus à l'écart ! Mais pour la synagogue, pareille atteinte au privilège prétendu de Juda était un crime. Elle avait supporté les invectives sanglantes du fils de Zacharie ; elle s'était montrée prête à l'acclamer comme le Christ ^ ; mais l'inviter à marcher de pair, elle qui se proclamait pure, avec l'impure gentilité, c'en était trop : Jean, dès ce moment, fut jugé comme le sera son maître. Jésus, plus tard, insistera sur cette différence de l'accueil fait à son Précurseur par ceux qui l'écoutaient ; il en fera la base de sa sentence de réprobation contre les Juifs : « En vérité, je vous le dis, les publicains et les femmes perdues vous précéderont dans le royaume de Dieu ; car Jean est venu à vous dans la voie de la justice et vous ne l'avez point écouté, tandis que les publicains et les femmes perdues ont reçu sa parole, sans que cette vue vous ait amenés à pénitence ^. w

A la suite d'Isaïe prophétisant la venue de Jean et du Sauveur, Jérémic, figure de lun et de l'autre, apparaît au Graduel ; lui aussi fut sanctifié dès le sein de sa mère, et préparé dès lors au ministère qu'il devait remplir. Le Verset demeure en suspens sur l'annonce d'un discours du Seigneur ; selon le

34 r rit autrefois usité, il se complétait par la reprise du Graduel. Le Verset alléluiatique est emprunté à l'Evangile, et tiré du Benedictus.

JE VOUS ai connu avant de vous avoir formé dans le sein de votre mère, et avant votre naissance je vous ai sanctifié.

f. Le Seigneur a étendu sa main, il a touché ma bouche, et il m'a dit.

Alléluia, alléluia.

'fr. Vous, enfant, serez appelé Prophète du Très-Haut ; vous marcherez devant le Seigneur, voies

;neur, pour préparer ses ;. Alléluia.

pRiusQUAM te formal rem in utero, novi te: et antequam exires de ventre, sanctificavi te.

^. Misit Dominas manum suam, et letigit os meum, et dixit mihi.

Alléluia, alléluia.

>>■. Tu puer, Propheta Altissimi vocaberis : prœibis ante Dominum parare vias ejus. Alléluia.

La suite du saint Evangile selon saint Luc. Chap. i.

LE temps d'Elisabeth arriva, et elle mit au monde un fils. Ses voisins et ses proches ayant donc appris que le Seigneur avait fait éclater sur elle sa miséricorde, l'en félicitaient. Le huitième jour, ils vinrent pour circoncire l'enfant, et ils le nommaient Zacharie, du nom de son père. Mais sa mère répondit : Nullement : il s'appellera Jean. Jls lui dirent : Il n'y a personne dans votre famille qui porte ce nom. En même temps. ils faisaient signe au père de marquer comment il voulait

Sequentia sancti Evangelii secundum Lucam. Cap. L

ELISABETH impletum est tempus pariendi ; et peperit filium. Et audierunt vicini, et cognati ejus, quia magnificavit Dominus misericordiam suam cum illa, et congratulabantur ei. Et factum est in die octavo, venerunt circumcidere puerum, et vocàbant eum nomine patris sui Zachariam . Et respondens mater ejus , dixit : Nequaquam, sed vocabitur Johannes. Et dixerunt ad illam : Quia nemo est in

342 La Nativité de Saint Jean-Baptiste.

cognatione tua, qui vocetur hoc Domine. Innuebant autem patri ejus, quem vellet vocari eum. tt postulans pugillarem scripsit, dicens: Johannes est nomen ejus. Et mirati sunt universi. Apertum est autem illico os ejus, et linguaejus, et loquebatur benedicens Deum. Et factus est timor super omnes vicinos eorum : et super omnia montana Judaïas divulgabantur omnia verba hœc : et posuerunt omnes qui audierant in corde suo, dicentes : Quis, putas, puer iste erit ? Etenim manus Domini erat cura illo. Et Zacharias çater ejus repletus est Spiritu Sancto : et prophetavit, dicens : Benedictus Dominus Deus Israël, quia visitavit. et fecit redemptionem piebis SU£.

qu'on le nommât. Or lui. demandant des tablettes, écrivit : Jean est son nom. Et tout le monde fut dans l'étonnement. Au même instant sa bouche s'ouvrit, sa langue se délia, et il parlait en bénissant Dieu. Tous les voisins de Zacharie et d'Elisabeth furent remplis de crainte, et le bruit de tant de merveilles se répandit sur toutes les montagnes de Judée. Ceux qui les apprenaient les gardaient en leur cœur, et ils disaient : Quel pensez-vous que sera cet enfant ? Car la main du Seigneur était avec lui. Et Zacharie son père fut rempli du Saint-Esprit, et il prophétisa, disant : Béni soit le Seigneur Dieu d'Israël, car il a visité et racheté son peuple.

A PRÈS les lieux sanctifiés par le passage en -^ ce monde du Verbe tait chair, il n'en est point, dans la Palestine, qui doive intéresser plus l'âme chrétienne que celui où se sont accomplis les événements racontés dans notre Evangile, La ville qu'illustra la naissance du Précurseur se trouve à deux lieues de Jérusalem vers le couchant, comme Bethléhcm, où naquit le Sauveur, esta deux lieues au midi de la Ville sainte. Sorti par la porte de Jafïa, le pèlerin qui se dirige vers SaintA la Messe. 843

Jean-de-la-Montagne rencontre d'abord le monastère grec de Sainte-Croix, élevée sur l'emplacement où furent coupés les arbres dont fut faite la croix du Seigneur. Puis, continuant sa marche à travers le massif des montagnes de Juda, il atteint un sommet d'où se découvre à ses yeux la Méditerranée. La maison d'Obed Edom qui abrita trois mois l'arche sainte s'élevait en cet endroit, d'où un sentier rapide conduit au lieu où Marie, la véritable arche d'alliance, passa elle-même trois mois de bénédictions chez sa cousine Elisabeth. Deux sanctuaires, éloignés d'environ mille pas l'un de l'autre, consacrent les grands souvenirs qui viennent de nous être rappelés par saint Luc : dans l'un fut conçu et naquit Jean-Baptiste ; dans l'autre eut lieu la circoncision du Précurseur, huit jours après sa naissance. Le premier remplace la maison de ville de Zacharie ; il remonte, dans sa forme actuelle, à une époque antérieure aux croisades. C'est une belle église à trois nefs et à coupole, mesurant trente-sept pas en longueur. L'autel majeur est dédié à. saint Zacharie, celui de droite à sainte Elisabeth. Sur la gauche, sept degrés de marbre conduisent à une chapelle souterraine creusée dans le roc et qui n'est autre que l'appartement le plus reculé de la maison primitive : c'est le sanctuaire de la Nativité de saint Jean. Quatre lampes tempèrent l'obscurité de cette crypte vénérable, tandis que six autres, suspendues sous la table même de l'autel, éclairent cette inscription gravée sur le marbre du pavé : Hic pr.ecursor Domini natus est. Unissons-nous en ce jour aux pieux enfants

344 ^^ Nativité de Saint Jean Baptiste.

de saint François, gardiens de tant d'ineffables souvenirs ; plus heureux ici qu'à la grotte bénie de Bethléhem, ils n'ont point à disputer au schisme les honneurs qu'au nom de l'Epouse légitime, ils rendent à l'Ami de l'Epoux sur le Heu même de sa naissance. Les traditions locales placent à quelque distance de ce premier sanctuaire, ainsi que nous l'avons dit, le souvenir de la circoncision du Précurseur. Outre sa maison de ville, en eft'et, Zacharie en possédait une autre plus isolée. Elisabeth s'y était retirée durant les premiers mois de sa grossesse , pour goûter dans le silence le don de Dieu ^ C'était là que Notre-Dame venant de Nazareth l'avait rencontrée, là que s'était produit le sublime tressaillement des enfants et des mères, là que le Magnificat avait prouvé au ciel que la terre désormais l'emportait sur lui dans la louange et l'amour. Il convenait que le chant de'Zacharie, le Cantique du matin, retentît lui-même, pour la première fois, au lieu d'où celui du soir était monté comme un encens de si suave odeur. Les récits des anciens pèlerins signalent en cet endroit deux sanctuaires superposés, avec un escalier conduisant de l'un à l'autre : en bas avait eu lieu la rencontre de Marie et d'Elisabeth ; ce fut au-dessus, à l'étage supérieur de la maison de campagne de Zacharie, que se passa la plus grande partie du récit cjui vient de nous être proposé par la sainte Eglise.

Urbain V, en i368, avait ordonné de chan-»

A la Messe. 845

ter le Credo au jour de la Nativité de saint Jean- Baptiste et durant l'Octave, pour éviter que le Précurseur ne parût inférieur aux Apôtres. La coutume ancienne de supprimer le Symbole en cette fête a néanmoins prévalu: non comme une marque d'infériorité, à l'égard de celui qui s'élève au-dessus de tous ceux qui annoncèrent jamais le royaume de Dieu ; mais pour rappeler qu'il acheva sa course avant la promulgation de l'Evangile, L'Otfertoire est tiré du psaume d'Introït; c'est le verset qui formait autrefois l'Introït même de la deuxième Messe du Saint, à l'aurore.

L. palmier ; il se multipliera comme le cèdre du Liban.

JUSTUS ut palraa florebit : sicut cedrus, quae in Libano est, multiplicabitur.

La Secrète relève le double caractère de Prophète et d'Apôtre, qui fait la grandeur de saint Jean ; le Sacrifice qui s'apprête en son honneur va encore augmenter sa gloire, en mettant de nouveau sous nos yeux l'Agneau de Dieu qu'il annonça et qu'il montra au monde.

Nous chargeons de dons vos autels, ô Seigneur, afin de célébrer comme il convient la naissance de celui qui prophétisa la prochaine arrivée du Sauveur du monde, et montra présent ce Sauveur, notre SeiUA, Domine, muneribus altaria cumulamus, illius nativitatem honore debito célébrantes, qui Salvatorem mundi et cecinit adfuturum, et adesse monstravit, Dominum nostrum

346 La Nativité de Saint Jean-Baptiste.

Jesum Christum Filium tuum : qui tecura.

erneu fils

ur Jésus-Christ votre qui vit et règne avec

L'Epoux est en possession de l'Epouse, et c'est Jean-Baptiste qui lui a préparé les voies, ainsi que le rappelle l'Antienne de la Communion. Le moment des Mystères est celui où, chaque jour, il répète : Ù Epoux est celui à qui est V Epouse; l'ami de VEpoux gui se tient près de lui et Ventend, tressaille de joie à la voix de l'Epoux : cette joie donc, qui est la mienne, est complète ' !

TU puer, Propheta Altissimi vocaberis : Êraeibis enim ante faciem (omini parare viasejus.

\j ous, enfant, serez appelé Prophète du Très-Haut; car vous marcherez devant la face du Seigneur, pour préparer ses voies.

Si la joie déborde en l'Ami de l'Epoux, comment l'Epouse, en ce moment béni des Mystères, ne serait-elle pas elle-même toute allégresse et reconnaissance ? Qu'elle exalte donc, en la Postcommunion, celui qui lui fit connaître son Sauveur et Seigneur !

SUMAT Ecclesia tua, Deus, beaii Johannis Baptistae generatione laetitiam : per quem suae regenerationis cognovit auctorem, Dominum nostrum Jesum Christum Filium tuum : qui tecum.

FAITES, ô Dieu, que votre Eglise puise la joie dans la naissance du bienheureux Jean-Baptiste, par qui elle a connu l'auteur de sa renaissance, notre Seigneur Jésus-Christ votre Fils, qui vit et règne avec vous.

A Sexte.

'Hymne et les trois Psaumes dont se compose l'Office de Sexte , se trouvent cidessus, page 34.

. QON nom sera Jean,

"* ■ O et beaucoup se réjouiront à sa naissance.

AnT fOH'^NNES voca■J bitur nomcn ejus, et in nativitate ejus multi gaudebunt.

CAPITULE. {Tsai. XLix.

ET mainte que dit

itenant, voici ce que dit le Seigneur qui m'a forma dès le sein de ma mère pour être son serviteur : Je vous ai donné pour lumière aux nations ; vous serez mon salut jusqu'aux extrémités de la terre.

B?. br. Entre les fils des femmes, * Il n'y en a point eu de plus grand. Entre les fils.

^ . Que Jean-Baptiste. * Il n'y en a.

Gloire au Père. Entre.

j^. Elisabeth, femme de Zacharie, a mis au monde un grand homme :

% Jean-Bnptiste, le précurseur du Seigneur.

Bf. br. Inter natos mulierum * Non surrexit major. Inter.

i^. Johanne Baptista.

Gloria Patri. Inter.

j^. Elisabeth Zachari^i; magnum virum genuit :

fij. Johannem Baptistam prascursorem Domini.

L'Oraison est la Collecte de la Messe, page 337.

ET nunc haec dlcît Dominus, formans me ex utero servum sibi : Dedi te in lucem gentium, ut sis salus mea usque ad extrémum terrae.

34S La Nativité de Saint Jean-Baptiste.

'Hymne et les Psaumes , ci-dessus , page

AvT \7'OUS, enfant, se^^^- Vrez appelé

Prophète du Très-Haut ;

vous marcherez deyant le

Seigneur pour préparer

ses voies.

^^^- \ pheta Altissimi vocaberis : prasibis ante Dominum parare vias ejus.

REGES videbunt, et . consurgent principes, et adorabunt Dominum Deum tuum et Sanctum Israël, qui elegit te.

% br. Elisabeth Zachariae * Magnum virum genuit. Elisabeth.

j^. JohannemBaptistam praecursorem Domini. * Magnum.

Gloria Patri. Elisabeth.

■?. Iste puer magnus coram Domino.

i^. Nam et manus ejus cum ipso est.

LES rois vous verront, et , les princes se lèveront devant vous ; et ils adoreront le Seigneur votre Dieu et le Saint d'Israël qui vous a choisi.

E?. br. Elisabeth, femme de Zacharie, * A mis au monde un grand homme. Elisabeth.

j^. Jean-Baptiste, le précurseur du Seigneur. * A mis.

Gloire au Père. Elisabeth.

j^. Cet enfant sera grand devant le Seigneur.

% Car sa main est avec lui.

L'Oraison, page 337.

Aux Secondes Vêpres.

34g

LES secondes Vêpres de saint Jean-Baptiste ne diffèrent des premières que par les Antiennes et le Verset. L'Eglise continue d'y célébrer les grandeurs de celui qui est venu apporter la joie au monde, en lui montrant le Dieu si longtemps attendu.

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