L'Année liturgique — Le Temps après la Pentecôte (t. 10-15) (page 31)
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reçue des Apôtres. La foi à la Trinité sainte gouvernant ce monde qui est son ouvrage, au mvstère de justice et de miséricorde qui, délaissant les anges tombés, a relevé jusqu'à notre chair en ^ésus le bien-aimé, fils de Marie, notre Dieu, notre Sauveur et Roi : tel était le dépôt que Pierre et Paul, que les Apôtres et leurs disciples avaient confié au monde ^ « L'Eglise donc, constate saint Irénée dans son pieux et docte enthousiasme, l'Eglise ayant reçu cette foi, la garde diligemment, faisant comme une maison unique de la terre où elle vit dispersée : ensemble elle croit, d'une seule âme, d'un seul cœur ; d'une même voix elle prêche, enseigne, transmet la doctrine, comme n'ayant qu'une seule bouche. Car, encore bien que dans le monde les idiomes soient divers, cela pourtant n'empêche point que la tradition demeure une en sa sève. Les églises fondées dans la Germanie, chez les Ibères ou les Celtes, ne croient point autrement_, n'enseignent point autrement que les églises de l'Orient, de l'Egypte, de la Libye, ou celles qui sont établies au centre du inonde. Mais comme le soleil, créature de Dieu, est le même et demeure un dans l'univers entier : ainsi l'enseignement de la vérité resplendit, illuminant tout homme qui veut parvenir à la connaissance du vrai. Que les chefs des églises soient inégaux dans l'art de bien dire, fa tradition n'en est point modifiée : celui qui l'expose éloquemment ne saurait l'accroître ; celui (^ui parle avec moins d'abondance ne la diminue pas 2 ».
I. Cont. Hncres. 1, x, I — 2. Ibid. 2.
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Unité sainte, foi précieuse déposée comme un ferment d'éternelle jeunesse en nos cœurs, ceux-là ne vous connaissent point qui se détournent de l'Eglise. S'éloignant d'elle, ils perdent Jésus et tous ses dons. c( Car où est l'Eglise, là est l'Esprit de Dieu ; et où se trouve l'Esprit de Dieu, là est l'Eglise et toute grâce. Infortunés qui s'en séparent, ils ne puisent point la vie aux mamelles nourrissantes où les appelait leur mère, ils n'étanchent point leur soif à la très pure fontaine du corps du Sauveur ; mais, loin de la pierre unique, ils s'abreuvent à la boue des citernes creusées dans le limon fétide où ne séjourne point l'eau de la vérité 1 ». Sophistes pleins de formules et vides du vrai, que leur servira leur science ? « Oh 1 combien, s'écrie l'évêque de Lyon dans un élan dont lauteur de 17m/- tation semblera s'inspirer plus tard 2^ combien meilleur il est d'être ignorant ou de peu de science, et d'approcher de Dieu par l'amour ! quelle utilité de savoir, de passer pour avoir beaucoup appris, et d'être ennemi de son Seigneur ? Et c'est pourquoi Paul s'écriait : La science enfle., mais la charité édifie s. Non qu'il réprouvât la vraie science de Dieu : autrement, il se fût condamné lui-même le premier ; mais il voyait que quelques-uns, s'élevant sous prétexte de science, ne savaient plus aimer. Oui certes, pourtant : mieux vaut ne rien du tout savoir, ignorer les raisons des choses, et croire à Dieu et posséder la charité. Evitons la vaine enflure qui nous
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ferait déchoir de l'amour, vie de nos âmes ; que Jésus-Christ, le Fils de Dieu, crucifié pour nous, soit toute notre science i. »
Plutôt que de relever ici, à la suite d'illustres auteurs, le génie de l'éminent controversiste du second siècle, il nous plaît de citer de ces traits qui nous font entrer dans sa grande âme, et nous révèlent sa sainteté si aimante et si douce. « Quand viendra l'Epoux, dit-il encore des malheureux quil voudrait ramener, ce n'est pas leur science qui tiendra leur lampe allumée, et ils se trouveront exclus de la chambre nuptiale 2. »
En maints endroits, au milieu de l'argumentation la plus serrée, celui qu'on pourrait appeler lepetit-hlsdudisciplebien-aimé trahit son cœur ; il montre sur les traces d'Abraham la voie qui conduit à l'Epoux : sa bouche alors redit sans fin le nom qui remplit ses pensées. Nous reconnaîtrons, dans ces paroles émues, l'apôtre qui avait quitté tamille et patrie pour avancer le règne du Verbe en noire terre des Gaules : « Abraham fit bien d'abandonner sa parenté terrestre pour suivre le Verbe de Dieu, de s'exiler avec le Verbe pour vivre avec lui. Les Apôtres firent bien, pour suivre le Verbe de Dieu, d'abandonner leur barque et leur père. Nous aussi, qui avons la même foi qu'Abraham, nous faisons bien, portant la croix comme Isaac le bois, de marcher à sa suite. En Abraham l'humanité connut qu'elle pouvait suivre le Verbe de Dieu, et elle affermit ses
I. Cont. Haeres. II, xxvi, i. — 2. Ibid. xxvii. 2.
Sûint Irénée, Evéqiie et Martyr. 411
pas dans cette voie bienheureuse ^ Le Verbe, lui, cependant, disposait l'homme aux mystères divins par des figures éclairant l'avenir 2. Moïse épousait TElhiopienne, rendue ainsi fille d'Israël : et par ces noces de Moïse les noces du Verbe étaient montrées, et par cette Ethiopienne était signifiée l'Eglise sortie des gentils ^ ; en attendant le jour où le Verbe lui-même viendrait laver de ses mains, au banquet de la Cène, les souillures des filles de Sion ^. Car il faut que le temple soit pur, où l'Epoux et l'Epouse goûteront les délices de l'Esprit de Dieu ; et comme l'Epouse ne peut elle-même prendre un Epoux, mais doit attendre qu'elle soit recherchée ; ainsi cette chair ne peut monter seule à la magnificence du trône divin ; mais quand l'Epoux viendra, il rélèvera, elle le possédera moins qu'elle ne sera possédée par lui '•. Le Verbe fait chair se l'assimilera pleinement, et la rendra précieuse au Père par cette conformité avec son Verbe visible ^. Et alors se consommera l'union à Dieu dans l'amour. L'union divine est vie et lumière ; elle donne la jouissance de tous les biens qui sont à Dieu ; elle est éternelle de soi, comme ces biens eux-mêmes. Malheur à ceux qui s'en éloignent : leur châtiment vient moins de Dieu que d'eux-mêmes et du libre choix par lequel, se détournant de Dieu, ils ont perdu tous les biens ^. »
La perte de la foi étant, de toutes les causes de l'éloignement de Dieu, la plus radicale
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et !a plus profonde, on ne doit pas s'étonner de l'horreur qu'inspirait Thérésie, dans ces temps où l'union à Dieu était le trésor qu'ambitionnaient toutes lesconditionsettous les âges. Le nom d'Irénée signifie la paix ; et, justitiant ce beau nom, sa condescendante charité amena un jour le Pontife romain à déposer ses foudres dans la question, pourtant si grave, de la célébration de la Pâque. Néanmoins, c'est Irénée qui nous rapporte de Polycarpe son maître, qu'ayant rencontré Marcion l'hérétique, sur sa demande s'il le connaissait, il lui répondit : « Je te reconnais pour le premier-né de Satan i. >> C'est lui encore de qui nous tenons que l'apôtre saint Jean s'enfuit précipitamment d'un édifice public, à la vue de Cérinthe qui s'y trouvait, de peur, disait-il, que la présence de cet ennemi de la vérité ne fît écrouler les murailles : « tant, remarque l'évêque de Lyon, les apôtres et leurs disciples avaient crainte de communiquer, même en parole, avec quelqu'un de ceux qui altéraient la vérité ■-. i> Celui que les compagnons de Pothin
I le :{élateur du testament du Christ 3 était, sur j ce point comme en tous les autres, le digne j héritier de Jean et de Polycarpe. Loin d'en { souffrir, son cœur, comme celui de ses maî: très vénérés, puisait dans cette pureté de l'in! telligence la tendresse infinie dont il faisait I preuve envers les égarés qu'il espérait sau\ ver encore. Quoi de plus touchant que la
I. Cont. Haeres. ÎII, m, 4. — 2. Ibid. — 3. Ep.
Martyr. Lugdun. et Vienn. ad Eleuther. Pap.
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lettre écrite par Irénée à l'un de ces malheureux, que le mirage des nouvelles doctrines entraînait au gouffre :
« O Florinus, cet enseignement n'est point celui que vous ont transmis nos anciens, les disciples des Apôtres. Je vous ai vu autrefois près de Polycarpc ; vous brilliez à la cour, et n'en cherchiez pas moins à lui plaire. Je n'étais qu'un enfant, mais je me souviens mieux des choses d'alors que des événements arrivés hier ; les souvenirs de l'enfance font comme partie de l'âme, en effet ; ils grandissent avec elle. Je pourrais dire encore l'endroit où le bienheureux Polycarpe s'asseyait pour nous entretenir, sa démarche, son abord, son genre de vie, tous ses traits, les discours enfin qu'il faisait à la multitude. Vous vous rappelez comment il nous racontait ses relations avec Jean et les autres (^ui avaient vu le Seigneur, avec quelle tidélite de mémoire il redisait leurs paroles ; ce qu'il en avait appris touchant le Seigneur, ses miracles, sa doctrine, Polycarpe nous le transmettait comme le tenant de ceux-là mêmes qui avaient vu de leurs yeux le Verbe de vie ; et tout , dans ce qu'il nous disait, était conforme aux Ecritures. Quelle grâce de Dieu que ces entretiens ! j'écoutais avidement , transcrivant tout, non sur le parchemin, mais dans mon cœur; et à l'heure qu'il est, par la même grâce de Dieu, j'en vis toujours. Aussi puisje l'attester devant Dieu : si le bienheureux, l'apostolique vieillard, eût entendu des discours tels que les vôtres, il eût poussé un grand cri, et se serait bouché les oreilles, en disant, selon sa coutume : O Dieu trèsbon^ à
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quels temps vi'ave:^-voHS i-cservé ! Et il se fût levé aussitôt pour fuir ce lieu de blasphème 1. »
Mais il est temps de donner le récit liturgique concernant l'histoire du grand évèque et martyr.
IREN^EUs, non longe ab urbe Smyrna in Asia proconsulari natus. jam inde a puero sese Polycarpo, Johannis Evangelistas discipulo, eidemque episcopo Smyrnaeorum, tradiderat in disciplinam. Hoc tam excellent imagi s tro.progressu s in doctrina prasceptisque christianaî religionis insignes fecit. Polycarpo in cœlum martyrii gloria sublato , etsi erat Irena;us in sacris litteris egregie versatus, quod tamen incredibili studio flagraret discendi quœ dogmata, depositi loco custodienda, ca?teri accepissent quos Apostoli in^tituerant ; horum quam potuit plures convenit, quaeque ab iisdem audivit, memori mente tenuit.ea deinceps opportune adversus haereses allaturus.Quas cumvideret ingenti populi christiani damno latius in dics
1 RENÉE naquit en Asie proconsulaire, non loin de la villedeSmyrnc.il s'était mis dès son enfance à l'école de Polycarpe, disciple de saint Jean l'Evangéliste et évéque de Smyrne. Sous un si excellent maitre. il fit des progrès merveilleux dans la science de la religion et la pratique desvertuschrétiennes. Il était embrasé d'un incroyable désir d'apprendrelesdoctrines qu'avaient reçues en dépôt tous les disciples des Apôtres ; aussi, quoique déjà maître dans les saintes Lettres, lorsque Polycarpe eut été enlevé au ciel dans la gloire du martyre, il entreprit de visiter lé plus grand nombre qu'il pût de ces anciens, tenant bonne mémoire de tous leurs discours. C'est ainsi que, par la suite, il lui fut possible de les opposer avec avantage aux hérésies. Celles-ci, en efiFet, s'éîendant toujours plus chaque jour, au grand dommage du peuple chrétien, il avait conçu la pensée d'en
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faire une réfutati et approfondie.
ion soignée | manare, diligenter copioseque lefellere cogitarat.
TfENU dans les Gaules, il y ^ fut attaché comme prêtre à l'église de Lyon par l'évéque saint Pothin, et brilla dans cette charge par le zèle, la parole et la science. Vrai zélateur du testament du Christ, au témoignage des saints martyrs qui combattirent vaillamment pour la foi sous l'empereur Marc-Aurèle. ces généreux athlètes et le clergé deLyon ne crurent pouvoir remettre en meilleures mains qu'en les siennes l'affaire de la pacification des églises d'Asie, que l'hérésie de Montan avait troublées ; dans cette cause donc qui leur tenait à cœur, ils choisirent Irénée entre tous comme le plus digne, et l'envoyèrent au Pape Eleuthère pour le prier de condamner par sentence Apostolique les nouveaux sectaires, et de mettre ainsi fin aux dissensions.
L'ÉVÉQUE Pothin était mort martyr. Irénée lui fut donné pour successeur. Son épiscopat fut si heureux, grâce à la sagesse dont il fit preuve, à sa prière, à ses exemples, qu'on vit bientôt, non seulement la ville de Lyon tout entière, maïs encore
T N Gallias inde profec■*■ tus, a Pothino episcopo presbyterest constitutus eccles'iœ Lugdunensis.Quod munussic laborandoin verbo et doctrina gessit.uttestibus sanctis martyribus qui, Marco Aurelio imperatore ,
strenue pro vera pietate certarant, œmulatorem sese praestiterit testamenti Christi. Cum martyres ipsi clerusque Lugdunensis, de pace ecclesiarum AsicC quam Montanistarum factio turbarat, solliciti cum primis essent ; Irena;um,cujusesse potissimum habendam rationem prœdicabant , unum omnium maxime delegerunt,quem Romam ad Eleutherium pontificem m.itterent rogatum, ut novis sectariis auctoritate Sedis Apostolicae reprobatis, discordiarum causa tolleretur.
JAM Pothinus episcopus martyr decesserat. H ui c Irênaeus cum successisset , tara féliciter munus obiit episcopatus, ut sapientia, oratione,exemploque suo, non modo brevi cives Lugdunenses omnes, sed
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niultos etiam aliarum Galliae urbium incolas, superstitionem aique errorem abjecibse, dedisseque christianœ militiœ nomina viderit. Interea cum de die celebrandi Paschatis orta esset contentio, ac Victor Romanus pontifex Asianos episcoposabcollegisreliquis fere omnibus dissidentes, aut prohibuisset communione sanctorum, aut prohibere minatus esset, eum Irenaeus sequester pacis décanter monuit.exemplisque usus pontificum superiorum. induxit ut ne tôt ecclesias. ob ritum quem a majoribusaccepisse se dicerent. avelli ab unitate catholica pateretur.
MULTA scripsit , quae Eusebius Caesariensis et sanctus H ieronymus memorant , quorumque pars magna intercidit injuria temporum. Exstani ejus adversus hœreses libri quinque. anno circiter centesimo octogesimo perscripii.dum adhuc Eleutherius rem cliristianani publicam gereret. In tertio libro vir Dei, ab ils edoctus quos auditores constat fuisse Apostolorum, grave in primis atque praeclarum de Roun grand nombre d'habitants dautrcs cités gauloises, renoncer àl'erreurde leurs superstitions et donner leur nom à la milice chrétienne. Cependant une contestation sétait élevée au sujet du jour où l'on devait célébrer la Pàque ; les évéques d'Asie étaient en désaccord avec presque tous leurs autres collègues, et le Pontife romain, Victor, les avait déjà sépares de la communion des saints ou menaçait de le faire, lorsque Irénée se fit près de lui le respectueux apôtre de la paix : s'appuyant de la conduite des pontifes précédents, il l'amena à ne pas souffrir que tant d'églises fussent arrachées à l'unité catholique, pour un rit qu'elles disaient avoir reçu de leurs pères.
IL écrivit de nombreux ouvrages, qui sont mentionnés par Eusèbe de Césarée et saint Jérôme. Une grande partie a péri par l'injure des temps. Mais nous avons toujours ses cinq livres contre les hérésies, composés environ l'an cent quatre-vingt, lorsqu Eleuthère gouvernait encore l'Eglise. Au troisième livre , Ihomrae de Dieu , instruit par ceux qui furent sans conteste les disciples des Apôtres, rend à l'église Romaine et à la succession de ses évêques un témoignage éclaSaint Irénée, Évêque et Martyr. 41 y
tant et grave entre tous ; elle est pour lui la fidèle, perpétuelle et très sûre gardienne delà divine tradition. Et c'est, dit-il, avec cette église qu'il faut que toute église, c'est-àdire les fidèles qui sont en tous lieux^se tiennent d'accord à cause de sa principauté supérieure. Enfin il fut couronné du martyre, avec une multitude presque innombrable d'autres, qu'il avait amenés lui-même à la connaissance et pratique de la vraie foi ; son passage au ciel eut lieu l'an deux cent deux ; en ce temps-là, Septime Sévère Auguste avait ordonné de condamner aux plus cruels supplices età la mort, tous ceux qui voudraient persévérer avec constance dans la pratique de lareligion chrétienne.
mana ecclesia, deque illius episcoporum successione, divinas traditionis fideli, perpétua, certissïma custode, dixit. Atque ad hanc, ait, ecclesiam, propter potiorem principalitatem, necesse est omnem convenire ecclesiam, hoc est , eos qui siint undique fidèles. Postremo, una cum aliis prope innumerabilibus, quos ipse ad veram fidem frugemque perduxerat, martyrio coronatus, migravit in cœlum, anno salutis ducentesimo secundo : quo tempore Septimius Severus Augustus eos omnes qui constanler in colenda christiana religione perstare voluissent, in summum cruciatum dari atque interfici iraperave^UELLE couronne est la vôtre, illustre Ponv^ tife! Les hommes s'avouent impuissants à compter les perles sans prix dont elle est ornée. Car dans l'arène où vous l'avez conquise, un peuple entier luttait avec vous; et chaque martyr, s'élevant au ciel, proclamait qu'il vous devait sa gloire. Versé vingt-cinq années auparavant, le sang de Blandine et de ses quaranle-six compagnons a produit , grâce à vous , plus que le centuple. Votre labeur fit germer du sol empourpré la semence féconde reçue aux premiers jours, et
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bientôt la petite chrétienté perdue dans la grande ville était devenue la cité même. L'amphithéâtre avait suffi naguère à l'effusion du sang des martyrs ; aujourd'hui le torrent généreux parcourt les rues et les places : jour sacré, qui fait de Lyon l'émule de Rome et la ville sainte des Gaules !
Rome et Lyon, la mère et la fille, garderont bonne mémoire de l'enseignement qui prépara ce triomphe : c'est aux doctrines appuyées par vous sur la fermeté de la pierre apostolique, que pasteur et troupeau rendent aujourd'hui le grand témoignante. Le temps doit venir, où une assemblée d'èvéques courtisans voudra persuader au monde que l'antique terre des Gaules n'a point reçu vos dogmes ; mais le sang versé à tiots en ce jour confondra la prétentieuse lâcheté de ces faux témoins. Dieu suscitera la tempête, et elle renversera le boisseau sous lequel, faute de pouvoir l'éteindre, on aura dissimulé pour un temps la lumière; et cette lumière, que vous aviez placée sur le chandelier, illuminera tous ceux qui habitent la maison •.
Les tils de ceux qui moururent avec vous sont demeurés fidèles à Jésus-Christ ; avec Marie dont vous exposiez si pleinement le rôle à leurs pères 2 ^ avec le Précurseur de l'Homme-Dicu qui partage aussi leur amour,
Frotégez-les contre tout tléau du corps et de âme. Epargnez à la France, repoussez d'elle, une seconde fois, l'invasion de la fausse philosophie qui a tenté de rajeunir en nos jours les données de la Gnose. Faites de nouveau
I. Matth. V, i5. — 2. Cont. Hares. V, xix.
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briller la vérité aux yeux de tant d'hommes que l'hérésie, sous ses formes multiples, tient séparés de l'unique bercail. O Irénée, maintenez les chrétiens dans la seule paix digne de ce nom ; gardez purs les intelligences et les cœurs de ceux que l'erreur n'a point encore souillés. En ce moment, préparez-nous tous à célébrer comme il convient les deux glorieux Apôtres Pierre et Paul, et la puissante principauté de la mère des Eglises.
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la terre. Pierre interrogation du
J^««<^^:^^iMON, fils de Jean, m'aimezvous ? » Voici l'heure où la réponse que le Fils de l'homme exigeait du pêcheur de Galilée, descend des sept collines et remplit ne redoute plus la triple Seigneur. Depuis la nuit fatale où le coq fut moins prompt à chanter que le premier des Apôtres à renier son Maître, des larmes sans fin ont creusé deux sillons sur les joues du vicaire de l'HommeDieu ; le jour s'est levé où tarissent ces pleurs. Du gibet où l'humble disciple a réclamé d'être cloué la tète en bas, son cœur débordant redit enfin sans crainte la protestation qui, depuis la scène des bords du lac de Tibériade,a silencieusement consumé sa vie : c Oui,Seigneur;vous savez que je vous aime M«
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Jour sacré, où l'oblation du premier des Pontifes assure à l'Occident les droits du suprême sacerdoce ! Jour de triomphe, où l'effusion d'un sang généreux conquiert à Dieu la terre romaine ; où, sur la croix de son représentant, TEpoux divin conclut avec la reine des nations son alliance éternelle !
Ce tribut de la mort, Lévi ne le connut pas; cette dot du sang, Jéhovah ne l'avait point exigée d'Aaron : "car on ne meurt pas pour une esclave, et la synagogue n'était point l'Epouse 1. L'amour est'le signe qui distingue le sacerdoce des temps nouveaux du ministère de la loi de servitude. Impuissant, abîmé dans la crainte, le prêtre juif ne savait qu'arroser du sang de victimes substituées à lui-même les cornes de l'autel figuratif. Prêtre et victime à la fois, Jésus veut plus de ceux gu'il appelle en participation de la prérogative sacrée qui le fait pontife à jamais selon l'ordre de Melchisédech 2. « Je ne vous appellerai plus désormais serviteurs, déclare-t-il à ces hommes qu'il vient d'élever au-dessus des Anges, à la Cène ; je ne vous appellerai plus serviteurs, car le serviteur ne sait ce que fait son maître ; mais je vous ai appelés mes amis, parce que je vous ai communiqué tout ce que j'ai reçu de mon Père 3. Comme mon Père m'a aimé, ainsi je vous ai aimés ; demeurez donc en mon amour ^. »
Or, pour le prêtre admis de la sorte en communauté avec le Pontife éternel, l'amour
I. Gas. IV, 22-3i. — 2. Psalm. cix, 4. — 3. JoHAN. XV, l5. — 4. Ibid. 9.
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n'est complet que s'il s'étend à l'humanité rachetée dans le grand Sacrifice. Et, qu'on le remarque : il y a là pour lui plus que l'obligation, commune à tous les chrétiens, de s'entr aimer comme membres d'un même Chef; car, par son sacerdoce, il fait partie du Chef, et, à ce titre, la charité doit prendre en lui quelque chose du caractère et des profondeurs de l'amour que ce Chef divin porte à ses membres. Que sera-ce, si, au pouvoir qu'il possède d'immoler le Christ lui-même, au devoir qu'il a de s'offrir avec lui dans le secret des Mystères, la plénitude du pontificat vient ajouter la mission publique de donner à l'Eglise l'appui dont elle a besoin , la fécondité que l'Epoux céleste attend d'elle ? C'est alors que, selon la doctrine exprimée de toute antiquité par les Papes, les Conciles et les Pères, l'EspritSamt l'adapte à son rôle sublime en identifiant pleinement son amour à celui de l'Epoux dont il remplit les obligations, dont il exerce les droits. Mais alors aussi, d'après le même enseignement de la tradition universelle, se dresse devant lui le précepte de l'Apôtre ; sur tous les trônes où siègent les évêqucs de l'Orient comme de l'Occident, les anges des Eglises se renvoient la parole : « Epoux, aimez vos Epouses, comme le Christ a aimé l'Eglise, et s'est livré pour elle afin de la sanctifier i. »
Telle apparaît la divine réalité de ces noces mystérieuses, qu'à tous les âges l'histoire sacrée flétrit du nom d'adultère l'abandon
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irrégulier de l'Eglise premièrement épousée. Telles sont les exigences d'une union si relevée, que celui-là seul peut y être appelé qui demeure établi déjà sur les sommets de la perfection la plus haute ; car l'évêque doit se tenir prêt à justifier sans cesse de ce degré suprême de charité, dont le Seigneur a dit : « Il n'y a point de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu'on aime 1. » Là ne réside point seulement la différence du mercenaire et du vrai pasteur 2 ; celte disposition du Pontife à défendre jusqu'à la mort l'Eglise qui lui fut confiée, à laver dans son sang toute tache déparant la beauté de l'Epouse 3^ est la garantie du contrat qui l'unit à cette très noble élue du Fils de Dieu, le juste prix des joies très pures qui lui sont réservées. « Je vous ai révélé ces choses, avait dit le Seigneur instituant le Testament de la nouvelle alliance, afin que ma propre joie soit en vous, et que votre joie soit pleine *. »
Si tels devaient être les privilèges et obligations des chefs des Eglises, combien plus du pasteur de tous ! En confiant à Simon fils de Jean l'humanité régénérée, le premier soin de l'Homme-Dieu avait été de s'assurer qu'il serait bien le vicaire de son amour ^ ; qu'ayant reçu plus que les autres, il aimerait plus qu'eux tous ^ ', qu'héritier de la dilection de Jésus pour les siens qui étaient dans le monde, il les aimerait comme lui jusqu'à la
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fin '. C'est pourquoi rétablissement de t*ierre au sommet de la hiérarchie sainte, concorde dans l'Evangile avec l'annonce de son martyre - : ponttfe souverain, il devait suivre jusqu'à la Croix l'hiérarque suprême 3.
Les fêtes de ses deux Chaires à Antioche et à Rome, nous ont rappelé la souveraineté avec laquelle il préside au gouvernement du monde, rinfaillitilité de la doctrine qu'il distribue comme nourriture au troupeau tout entier ; mais ces deux fêtes, et la primauté dont elles rendent témoignage au Cycle sacré, appelaient pour complément et pour sanction les enseignements de la solennité présente. Ainsi que la puissance reçue par l'Homme-Dieu de son Père ', la pleine communication faite par lui de cette même puissance au chef visible de son Eglise avait pour but la consommation de la gloire poursuivie par le Dieu trois fois saint dans son œuvre ^ ; toute juridiction, tout enseignement, tout ministère ici-bas, nousdit saint Paul d'autre part, aboutit à la consommation des saints ^, qui ne fait qu'un avec la consommation de cette gloire souveraine : or, la sainteté de la créature, et, tout ensemble, la gloire du Dieu créateur et sauveur, ne trouvent leur pleine expression qu'au Sacritice embrassant pasteur et troupeau dans un même holocauste.
C'est pour cette fin dernière de tout pontificat, de toute hiérarchie, que, depuis l'Ascension de Jésus, Pierre avait parcouru
22. — 4. MaTTH. XXVIII, i8. — 5. JOHAN. XVU. 4. —
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la terre. A Joppé, lorsqu'il était encore au début de ses courses d'Apôtre, une faim mystérieuse s'était saisie de lui : « Lève toi, Pierre ; tue et mange », avait dit l'Esprit; et, dans le même temps, une vision symbolique présentait réunis à ses yeux les animaux de la terre et les oiseaux du ciel i. C'était la gentilité qu'il devait joindre, sur la table du banquet divin, aux restes d'Israël. Vicaire du Verbe , il partagerait sa faim immense : sa parole, comme un glaive acéré, abattrait devant lui les nations ; sa charité, comme un feu dévorant, s'assimilerait les peuples ; réalisant son titre de chef, un jour viendrait que, vraie tète du monde, il aurait fait de cette humanité, offerte en proie à son avidité, le corps du Christ en sa propre personne. Alors, nouvel Isaac, ou plutôt vrai Christ, il verrait, lui aussi, s'élever devant lui la montagne oii Dieu regarde , attendant roblation"2.
Regardons, nous aussi ; car ce futur est devenu le présent, et, comme au grand Vendredi, nous avons part au dénouement qui s'annonce. Part cienheureuse, toute de triomphe : ici du moins, le déicide ne mêle pas sa note lugubre à l'hommage du monde, et le parfum d'immolation qui déjà s'élève de la terre ne remplit les cieux que de suave allégresse. Divinisée par la vertu de l'adorable hostie du Calvaire, on dirait, en etîet. que la terre aujourd'hui se suffit à elle-même. Simple fils d'Adam par nature, et pourtant vrai pontife souverain, Pierre s'avance porI. Act. X, 9-16. — 2. Gen. xxii, 14.
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tant le monde : son sacrifice va compléter celui de l'Homme-Dieu qui l'investit de sa grandeur ' ; inséparable de son chef visible, l'Eglise aussi le revêt de sa gloire -. Loin d'elle aujourd'hui les épouvantements de cette nuit en plein midi, où elle cacha ses pleurs, quand pour la première fois la Croix fut dressée. Elle chante; et son lyrisme inspiré célèbre « la pourpre et l'or dont la divine lumière compose les rayions de ce jour qui donne aux coupables la grâce ^. » Diraitelle plus du Sacrifice de Jésus lui-même ? C'est qu'en effet, par la puissance de cette autre croix qui s'élève, Babylone aujourd'hui devient la cité sainte. Tandis que Sion reste maudite pour avoir une fois crucifié son Sauveur, Rome aura beau rejeter l'HommeDieu, verser son sang dans ses martyrs, nul crime de Rome ne prévaudra contre le grand fait qui se pose à cette heure : la croix de Pierre lui a transféré tous les droits de celle de Jésus, laissant aux Juifs la malédiction; c'est elle maintenant qui est Jérusalem. Telle étant donc la signification de ce jour, on ne s'étonnera pas que l'éternelle Sagesse ait voulu la relever encore, en joignant l'immolation de Paul l'Apôtre au sacrifice de Simon Pierre. Plus que tout autre, Paul avait avancé par ses prédications Fédi^cation du\corps du Christ ^^ si, aujourd'hui, la sainte Eglise est parvenue à ce plein développement qui lui permet de s'oftrir en son chef comme une hostie de très suave odeur, qui
Aux Premières Vêpres. 42 y
mieux que lui méritait donc de parfaire l'oblation, d'en fournir de ses veines la libation sacrée 1 r L'âge parfait de l'Epouse étant arrivé 2, son œuvre à lui aussi est achevée '^. Inséparable de Pierre dans ses travaux par la foi et l'amour, il l'accompagne également dans la mort * ; tous deux ils laissent la terre aux joies des noces divines scellées dans leur sang, et montent ensemble à l'éternelle demeure où l'union se consomme ^.
APRÈS les grandes solennités du Cycle mobile et la fête de saint Jean-Baptiste, il n'en est point de plus ancienne ni de plus universelle en l'Eglise que celle des deux princes des Apôtres. Dès l'origine, Rome célébra leur triomphe à la date même du 29 juin qui les avait vus s'élever de la terre "au ciel. Son usage prévalut de bonne heure sur celui de quelques contrées, où la coutume s'était d'abord établie de fixer la fête des Apôtres aux derniers jours de décembre. Assurément, c'était une belle pensée que de faire ainsi des pères du peuple chrétien le cortège de l'Emmanuel à son entrée dans le monde. Mais, nous l'avons vu, les enseignements de ce jour ont, par eux-mêmes, une importance pré|3ondérante dans l'économie du dogme chrétien ; ils sont le complément de l'œuvre
42 H Saint Pierre et Saint Paul, Apôtres.
entière du Fils de Dieu ; la croix de Pierre rixe l'Eglise en sa stabilité, et assigne au divin Esprit l'immuable centre de ses opérations. Rome était donc bien inspirée lorsque, réservant au disciple bien-aime l'honneur de veiller pour ses trères près de la crèche de TEnfant-Dieu, elle maintenait la solennelle mémoire des princes de l'apostolat au jour choisi par Dieu pour consommer leurs travaux et couronner, en même temps que leur vie, le cycle entier des mystères.
C'est aujourd'hui que les deux racontent pleinement la gloire de Dieu, comme parle David, et qu'ils nous montrent achevée la course de l'Epoux parti des sommets éternels 1. Le jour Vannonce au jour., et la nuit en révèle à la nuit le secret profond - : au nord et au midi de la nouvelle Sion, des deux rives de son tieuve, Pierre et Paul se renvoient pour adieu l'épithalame sacré, la parole excellente ^ ; écho sublime, dont la portée puissante embrasse dès maintenant la terre *, dont la durée sera celle du monde. Les deux flambeaux du salut combinent leur-* feux au-dessus des palais de la Rome antique ; l'obscurcissement passager de leur mort, cette nuit que chantait le Psaume, concentre à jamais la lumière au sein de la cité reine. Près du trône de l'Epoux affermi jusqu'aux siècles sans tin sur les sept collines ^, la gentilité, devenue l'Epouse, resplendit glorieuse ^ et toute belle de l'incomI. Psalm. xvni. 2, 6. — 2. IbiJ. 3. -— 3. Psalm. XLiv, 2. — 4. Psalm. xvni, 4-5. — 5. Psalm. xliv, 7,
Aux Premières Vêpres. 42g
parable pureté qu'elle puise en leur sang uni au Sang du Fils de Dieu.
Mais il convenait de ne point oublier, en un si grand jour, ces autres messagers du père de famille qui arrosèrent eux-mêmes de leurs sueurs et de leur sang toutes les routes du monde, pour hâter le triomphe et[rassembler les conviés du festin des noces 1. C'est grâce à eux qu'à cette heure, la loi de grâce est définitivement promulguée parmi les nations, que dans tous les idiomes et sur tous les rivages la bonne nouvelle a retenti 2. Aussi la fête de saint Pierre, plus spécialement complétée par le souvenir de Paul son compagnon dans la mort, fut-elle néanmoins regardée, dès les temps les plus reculés, comme celle du collège entier des Apôtres. On n'eût point cru, primitivement, pouvoir séparer de leur glorieux chef aucun de ceux que le Seigneur en avait rapprochés si intimement, dans la solidarité de leur œuvre commune. Par la suite cependant, des solennités particulières furent consacrées successivement à chacun d'eux, et la fête du 29 juin resta plus exclusivement attribuée aux deux princes dont le martyre avait illustré cette journée. Il arriva même bientôt, comme nous le verrons, que l'Eglise romaine, ne croyant pouvoir suffire à les honorer convenablement tous deux en un même jour, renvoya au lendemain la louange plus explicite du Docteur des nations. Elle se trouvait plus libre, ainsi, de concentrer les démonstrations de son pieux enthousiasme autour de celui que l'E-
1. Matth. xxu, 8-10. — 2. Psalm. xviii, 4-5.
43o Sahit Pierre et Sa'mt PauU Apôtres.
glise grecque elle-même proclame, en toute manière, le coryphée du bienheureux chœur des Apôtres 1. Ces'remaraiies étaient nécessaires à l'intelligence de l'Office qui va suivre.
Les Antiennes et le Capitule des premières Vêpres nous reportent aux débuts du ministère apostolique. Nous sommes dans les jours qui suivirent la descente du SaintEsprit. Pierre et Jean niontent ensemble au temple de Jérusalem, dont les figures ont pris tin récemment par le Sacrifice du Calvaire, mais qui reste encore un lieu de prières agréable au ciel en raison de ses grands souvenirs. A la porte de l'édifice sacré, un homme, boiteux depuis sa naissance, ayant demandé l'aumône aux Apôtres, Pierre, dépourvu d'argent et d'or, use en sa faveur du pouvoir qu'ïl a de guérir au nom de JésusChrist de Nazareth. La synagogue ne se rend pas plus aux miracles du disciple, qu'elle ne s'était convertie à ceux du Maître ; et bientôt, un nouvel Hérode, voulant plaire aux Juifs, ne trouve point de meilleur moyen pour cela que de faire mourir Jacques, frère de Jean, et d'emprisonner Pierre. Mais l'ange du Seigneur est descendu dans la prison où celuici dormait, à la veille du supplice ; il lui ordonne de reprendre ses vêtements et de le suivre. L'Apôtre, délivré, proclame la réalité de ce qui lui paraissait d'abord un songe. Il s'éloigne de Jérusalem, maudite désormais sans retour ; et, de toutes parts au milieu des nations, se vérifie la prophétie : « Tu es
I. Patres, Concil. et Liturg. passiin.
A itx Premières Vêpres.
Pierre, et sur cette pierre je bâtirai, mon Eglise 1. »
r montaient au
temple pour la prière de la
neuvième heure.
I. Ani rjETRUS et À Johannes
ascendebant in templum ad horam orationis noPsaiime cix. Dixit Dominus, page 46
3. Ant. L'ange dit à
Pierre : Prenez votre vêtement, et suivez-moi.
Psaume ex. Confitebortibi, Domine, /?ag"e 46.
3. Ant. Dixit angélus ad Petrum : Circumda tibi vestimentum tuum, et sequere me.
Psaume cxi. Beatus vir, page 47.
4. Ant. Le Seigneur a en- ] 4. Ant. Misit Domivoyé son ange, et il m'a déli- nus angelum suum, et vré de la main d'Hérode. I liberavit me de manu Alléluia. 1 Herodis. Alléluia.
Psaume c\u. Laudate pueri, page ^q.
5. Ant. Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise.
Psaume cxvi. Laudate Dominum, omnes gentes, page 3i3.
I. Matth. XVI, i!
Saint Pierre et Saint Paul, Apôtres.
manus, ut aflligeret quosdam de Ecclcsia. Occidit autem Jacoburn fratrem Johannis çladio. \'idens autem quia placeret .hida?!*, apposuit ut apprehenderet etPetrum.
LE roi Hérode entreprit de maltraiter quelques-uns de l'Eglise. Il fit donc mourir Jacques, frère de Jean, par le glaive. Et voyant que cela plaisait aux Juifs, il fît de plus arrêter Pierre lui-même.
Quoique retouchée selon le goût du temps, au XVII* siècle, l'Hymne qui suit exprime avec magnificence lés gloires de cette journée. Ce chant de triomphe eut pour auteur la Sicilienne Elpis, tante de saint Placide martyr, et femme du sénateur Boèce, le plus illustre rejeton de la gens Anicia, si cette famille n'eût donné dans le même temps saint Benoit à l'Eglise. La troisième strophe, d'une majesté toiïte royale en l'honneur de la cité reine, est tirée, avec quelques moditications, d'un autre poème antique attribué à saint Paulin d'Aquilée. Ce fut l'immortel saint Pie V qui compléta, par cette heureuse addition, l'œuvre d'Klpis.
DECORA lux aeternilatis, auream Diem beatis irrigavit
ignibus, Apostolorum qua; coronat principes, Reisque in astra liberam pandit viam.
Mundi magister atque cœli janitor,
lumière éternelle, débordante de beauté, verse ses feux sur le jour d'or qui couronne les princes des À- pùtres, et ouvre aux pécheurs délivrés la route des cieux.
Le Docteur du monde,le portier des cieux, pères de Rome
Aux Premières Vêpres.
et juges des nations, triomphent ensemble, celui-ci par la croix, celui-là par l'épée ; ceints du laurier de la victoire, ils font leur entrée au sénat de la vie.
O Rome heureuse , que deux princes ont consacrée dans leur sang ainsi empourprée d'un suc glorieux tu surpasses à toi seule les autres beautés de l'univers.
Soit à la Trinité gloire éternelle, honneur, puissance et joie, en l'Unité qui gouverne tout, dans la durée des siècles sans fin.
Amen.
j^. Leur voix a parcouru toute la terre,
B^. Et leurs paroles ont retenti jusqu'aux extrémités du monde.
Romae parentes, arbitrique gentium, Per ensis ille, hic per
crucis Victor necera, Vitae senatum laureati
possident,
O Rom a felix, quae
duorum principum Es consecrata glorioso
sanguine. Horum cruore purpurata
cœteras Excellis orbis una pulchritudines.
Sit Trinitati sempiterna gloria. Honor , potestas atque
jubilatio, In Unitate quje gubernat
omnia, Per universa sîeculoruiu sœcula. Amen.
j^. In omnem terram exivit sonus eorum,
fi). Et in fines orbis terras verba eorum.
ANTIENNE DE Magnificat.
Vous êtes le pasteur des brebis^ le prince des Apôtres ; à vous ont été remises les clefs du royaume des cieux.
U es pastor ovium princeps Apostolorum:tibi traditae suntclaves regni cœlorum.
Le Cantique Magnificat^ page 53.
434 Le Temps après la Pentecôte.
O Dieu qui avez consacré ce jour par le martyre de vos Apôtres Pierre et Paul, donnez à votre Eglise de suivre en tout les instructions de ceux qui ont conduit ses premiers pas dans la foi. Par Jésus-Christ.
Deus , qui hodiernam diem Apostolorum tuorum Pétri et Pauli margrio consecrasti : da cclesiœtuœ, eorum in omnibus sequi praeceptum, per quos religionis sumpsit exordium. Per Dominum.
Les fêtes de chaque Apôtre durant l'année, étaient de précepte autrefois pour le peuple chrétien. Le Saint-Siège ayant dû permettre qu'il n'en fût plus ainsi dans un grand nombre d'églises, a voulu qu'au moins, par une sorte de compensation, ces églises fissent mémoire de tous les saints Apôtres à la Messe et aux Offices principaux de la fête de saint Pierre. C'est, en quelque chose, un retour à l'ancien usage où la fête du chef était, comme nous l'avons vu, celle du collège apostolique entier.
ant. y
RADENT enim vos in conciliis , et in synagogis suis flagellabunt vos, et ante reges et prœsides ducemini propter me, in testimonium lUis et gentibus.
^.Annuntiaverunt opéra Dei.
'Bf. Et facta ejus intellexerunt.
Ant.
LS VOUS livreront à leursassemblées, et ils vous flagelleront dans leurs synagogues, et vous serez conduits devant les rois et les gouverneurs à cause de moi, en témoignage pour eux et les nations.
S. Ils ont annoncé les œuvres de Dieu , ly. Et compris ses ouvra»
ges.
Saint Pierre et Saint Paul, Apôtres. 435
O Dieu qui, par vos bienheureux Apôtres, nous avez donné d'arriver à la connaissance de votre nom ; accordeznous tout ensemble, et de célébrer en progressant leur gloire sans fin, et de progresser en la célébrant. Par Jésus-Christ.
Deus, qui nos per beatos Apostolos tuos ad agnitionem tui nominis venire tribuisti: da nobis eorum gloriam sempiternam et proficiendo celebrare, et celebrando proficere. Per Dominum.
LE soleil penche vers l'horizon. Bientôt l'E- glise va reprendre ses chants, et commencer la Veille sacrée qui se poursuivra jusqu'au matin, dans toute la pompe et l'ampleur des plus augustes solennités. Par le cœur du moins, veillons avec elle. Cette nuit fut la dernière où le chef que lui donna l'Epoux, remplit, dans les cachots de Néron, son ministère de prière et de souffrance; elle le quittera d'autant moins , et s'emploiera plus que jamais à relever ses grandeurs. Lorsque de nouveau l'astre du jour, paraissant a l'orient, dardera ses feux sur les sept coUinesoù la reine des nations s'est assise, l'heure du sacrifice aura sonné pour le vicaire de l'Homme-Dieu. Préparons-nous à lui faire cortège, en repassant dans notre pensée les circonstances historiques de ce glorieux dénouement et les faits qui l'amenèrent i.
I. On ne s'étonnera pas que nous empruntions les différents traits de ce récit à l'ouvrage de notre Père et Maître : Sainte Cécile et la société romaine aux
436 Le Temps après la Pentecôte.
Depuis l'atroce persécution de l'année 64, Rome était devenue pour Pierre un séjour plein de périls, et il se souvenait que son Maître, en l'établissant Pasteur des agneaux et des brebis, lui avait dit ; « Tu me suivras 1. » L'Apotrc attendait donc le jour où il mêlerait son sang à celui de tant de milliers de chrétiens dont il avait été l'initiateur et le père. Mais, avant de sortir de ce monde, Pierre devait avoir triomphé de Simon le Magicien, son ignoble antagoniste. L'hérésiarque ne s'était pas contenté de séduire les âmes par ses doctrines perverses ; il eût voulu imiter Pierre dans les prodiges que celui-ci opérait. Il annonça un jour qu'il volerait dans les airs. Le bruit de cette nouveauté se répandit dans Rome, et le peuple se félicitait de contempler cette ascension merveilleuse. Si l'on s'en rapporte à Dion Chrysostome, Néron aurait retenu quelque temps à sa cour le personnage qui s'était engagé à cette tentative aérienne. Il voulut même honorer de sa présence un si rare spectacle -. On dressa la loge impériale sur la voie Sacrée, où la scène devait se passer. La déception fut cruelle pour l'imposteur. « A peine cet Icare se fut-il lancé, dit Suétone, qu'il alla tomber près de la loge de Néron qui fut inondé de son sang 3. » L'accord des plus graves écrivains de l'antiquité chrétienne est unanime pour attribuer à la prière de Pierre l'humiliation infligée au jongleur samaritain au sein même de Rome , où il
1. JoHAN. XXI. — 2. Orat. xxr. — 3. In Néron, ^i.
Saint Pierre et Saint Paul, Apôtres. 43 j
avait osé se poser comme rival du Vicaire du Christ.
Le déshonneur de l'hérésiarque, aussi bien que son sang, avait rejailli jusque sur l'empereur. La curiosité et la malveillance n'avaient qu'à s'unir, pour appeler sur la personne de Pierre une attention qui pouvait devenir funeste. Que l'on ajoute à cela le péril signalé par saint Paul, « le j^éril des faux frères » ; les froissements inévitables dans une société aussi nombreuse que l'était déjà celle des chrétiens ; la nécessité de mécontenter les âmes vulgaires, lorsqu'on ne doit consulter que les intérêts les plus élevés dans le choix toujours délicat des dépositaires d'une haute confiance : on s'expliquera alors ce que saint Clément, témoin du martyre des Apôtres, atteste dans sa lettre aux Corinthiens, que « les rivalités et les jalousies » eurent grande part au dénouement tragique des suspicions que l'autorité avait fini par concevoir au sujet de ce Juif.
La piété filiale des chrétiens de Rome s'alarma, et ils supplièrent le vieillard de se soustraire au danger par une fuite momentanée. (( Bien qu'il eût préféré souffrir », dit saint Ambroise i, Pierre s'acheminait sur la voie Appienne. Il était arrivé près de la porte Capène, lorsque tout à coup se présente à lui le Christ entrant lui-même dans la ville. « Seigneur , où allez-vous ? » s'écrie l'Apôtre. — « A Rome, répond le Christ , pour y être de nouveau crucifié. » Le disciple comprit le Maître ; il revint sur
Contra Auxent.
43S Le Temps après la Pentecôte.
ses pas , n'ayant plus qu'à attendre l'heure de son martyre. Cette scène tout évangélique exprimait la suite des desseins du Sauveur sur son disciple. Afin de fonder l'unité dans l'Eglise chrétienne, il avait étendu à ce disciple son nom prophétique de Pierre; maintenant c'était jusqu'à sa croix dont il allait le faire participant. Rome allait avoir son Calvaire, comme Jérusalem qu'elle remplaçait.
Dans la fuite du chef de l'Eglise, une bandelette qui liait une de ses jambes était tombée à terre, et elle fut ramassée avec respect par un disciple. On éleva sur place un monument dès les premiers siècles, pour en conserver la mémoire. C'est l'église des saints Nérée et Achillée, appelée dans l'antiquité Tiiulus fasciol<r, le Titre de labandelette. Selon les desseins de la Providence, l'humble fasciola était destinée à rappeler la glorieuse et mémorable rencontre, où le Christ en personne s'était trouvé en face de son Apôtre aux portes de Rome, lui annonçant que la croix était proche.
Pierre dès lors disposa toutes choses en vue de sa fin prochaine. Ce fut alors qu'il écrivit sa seconde Epître, c^ui est comme son testament et ses adieux à l'Eglise. Il y annonce que le terme de sa vie est arrivé, et compare son corps à un abri passager que l'on démonte, pour émigrer ailleurs. « Bientôt, dit-il, ma tente sera détendue, ainsi (^ue me l'a signifié notre Seigneur Jésus-Christ luimême. » L'allusion a l'apparition sur la voie Appienne est ici évidente. Mais Pierre, avant de sortir de ce monde, avait encore à se préoccuper de la transmission de sa charge pasSaint Pierre et Saint Paul, Apôtres. 43g
torale, et à pourvoir au besoin de l'Eglise, qui bientôt allait être veuve de son chef. C'est dans cette intention qu'il ajoute : « J'aurai soin qu'après ma mort, vous soyez en niesure de vous rappeler mes enseignements. »
En quelles mains passeraient les clefs que 'Pierre avait reçues du Christ, en signe de son pouvoir sur le troupeau tout entier? Linus était depuis plus de dix ans l'auxiliaire de l'Apôtre au sein de la chrétienté de Rome ; l'accroissement du peuple tidèle avait amené Pierre à lui donner un collègue dans la personne de Clétus; ce n'était cependant ni sur l'un, ni sur l'autre, que devait s'arrêter le choix de l'Apôtre, en ce moment solennel, où il allait remplir l'engagement qu'il avait pris dans la lettre de ses adieux, de pourvoir à la continuation de son ministère. Clément, que la noblesse de son origine recommandait à la considération des Romains, en même temps que son zèle et sa doctrine lui méritaient l'estime des fidèles, fut celui sur lequel s'arrêta la pensée du prince des Apôtres. Dans les derniers jours qui lui restaient encore, Pierre lui imposa les mains, et l'ayant ainsi revêtu du caractère épiscopal, il l'intronisa dans sa propre Chaire, et déclara son intention de l'avoir pour successeur. Ces faits, rapportés dans le Liber pontijicalis, sont confirmés par le témoignage de Tertullien et de saint Epiphane.
Ainsi la qualité d'évêque de Rome entraînait celle de pasteur universel; et Pierre devait laisser l'héritage des clefs divines à celui qui occuperait après lui le siège que lui-même occupait au moment de sa mort.
l 440 Le Temps après la Pentecôte.
\ Ainsi l'avait ordonné le Christ; et l'inspiration
{ céleste avait amené Pierre à choisir Rome
• pour sa dernière station, Rome préparée de
I longue main par la divine Providence à l'empire universel. De là advint qu'au moment où la suprématie de Pierre passa à l'un de ses disciples, aucun étonnement ne se manifesta dans l'Eglise. On savait que la Primauté devait être un héritage local, et on n'ignorait pas que la localité dont Pierre
I avait fait choix depuis longues années déjà, était Rome elle-même. Après la mort de ^ Pierre, il ne vint en pensée à aucun chrétien j de chercher le centre de l'Eglise soit à Jérusa! lem, soit à Alexandrie, soit à Antioche, soit