L'Année liturgique — Le Temps après la Pentecôte (t. 10-15) (page 32)

Dom Prosper Guéranger · Vie de piété

Texte français, domaine public · Source : archive.org — L'Année liturgique t. 10-15, éd. 1911 (OCR) · 70 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

I chef du paternel dévouement dont il s'était j montré prodigue envers elle. De là ces alar• mes, auxquelles l'Apôtre consentit un jour à i céder. Les Epîtres de Pierre, si affectueuses,

rendent témoignage de la tendresse d'âme qu'il avait reçue à un si haut degré. Il y est constamment le Pasteur dévoué aux brebis, craignant par-dessus tout les airs de domina3 tion; c'est le délégué qui sans cesse s'efface, ! pour ne laisser apercevoir que la grandeur et les droits de celui qu'il doit représenter. Cette ineffable modestie est encore accrue chez Pierre par le souvenir qu'il conserva toute sa vie, ainsi que le rapportent les anciens, de la faute qu'il avait commise et qu'il pleura jusque dans les derniers jours de sa vieillesse. Fidèle à cet amour supérieur dont son Maître divin avait exigé de sa part une triple affirmation, avant de lui

Saint Pierre et Saint Patd, Apôtres 441

remettre le soin de son troupeau, il supporta, sans fléchir, les immenses labeurs de sa charge de pêcheur d'hommes. Une circonstance de sa vie, qui se rapporte à la dernière période, révèle d'une manière touchante le dévouement qu'il gardait à celui qui avait daigné l'appeler à sa suite, et pardonner à sa faiblesse. Clément d'Alexandrie nous a conservé le trait suivant 1.

Avant d'être appelé à l'apostolat, Pierre avait vécu dans la vie conjugale. Dès lors sa femme ne fut plus pour lui qu'une sœur; mais elle s'attacha à ses pas, et le suivit dans ses pérégrinations pour le servir 2. Elle se trouvait à Rome, lorsque sévissait la persécution de Néron, et l'honneur du martyre la vint chercher. Pierre la vit marcher au triomphe, et à ce moment sa sollicitude pour elle se traduisit dans cette seule exclamation : « Oh! souviens-toi du Seigneur. » Ces deux Galiléens avaient vu le Seigneur, ils l'avaient reçu dans leur maison, ils l'avaient fait asseoir à leur table. Depuis, le divin Pasteur avait souffert la croix, il était ressuscité, il était monté aux cieux, laissant le soin de sa bergerie au pêcheur du lac de Génézareth. Qu'avait à faire à ce moment l'épouse de Pierre? si ce n'est de repasser de tels souvenirs, et de s'élancer vers celui qu'elle avait connu sous les traits de l'humanité, et oui s'apprêtait à couronner sa vie obscure d'une gloire immortelle.

Le moment d'entrer dans cette gloire était enfin arrivé pour Pierre lui-même. « Lorsque

I. Stromat. vn. — 2. I Cor. ix.

44^ ^^ Temps après la Pentecôte.

tu seras devenu vieux, lui avait dit mystérieusement son Maître, tu étendras les mains : un autre alors te ceindra, et te conduira là où tu ne veux pas ^ », Pierre devait donc atteindre un âge avancé ; comme son Maître, il étendrait les bras sur une croix ; il connaîtrait la captivité et le poids des chaînes dont une main étrangère le garrotterait ; il subirait violemment cette mort que la nature repousse, et boirait ce calice dont son Maître lui-même avait demandé d'être délivré. Mais, comme son Maître aussi, il se relèverait, fort du secours divin, et marcherait avec ardeur vers la croix. L'oracle allait s'accomplir à la lettre.

Au jour marqué par les desseins de Dieu, la puissance païenne donna Tordre de mettre la main sur l'Apôtre. Les détails nous [manquent quant aux procédures judiciaires qui suivirent son arrestation ; mais la tradition de l'Eglise romaine est qu'il fut enfermé dans fa prison Mamertine. On a donné ce nom au cachot que lit construire Ancus Martius au pied du mont Capitolin, et qui fut ensuite complété par Servius Tullius, d'où lui est venu le nom de carcer TitUianus, Deux escaliers extérieurs, appelés les Gémonies, conduisaient à cet aftreux réduit. Un cachot supérieur donnait entrée à celui qui devait recevoir le prisonnier, et ne le rendre que mort, à moins qu'on ne le destinât à un supplice public. Pour l'introduire dans ce terrible séjour, il fallait le descendre, à l'aide de cordes, par une ouverture pratiquée dans

Saint Pierre et Saint Paul, Apôtres. 448

la voûte, et qui servait aussi à le remonter, quel que fût son sort. La voûte étant assez élevée et les ténèbres complètes dans le cachot, la garde d'un prisonnier, chargé d'ailleurs de' lourdes chaînes, était facile.

Ce fut le 29 juin de l'année 67, que Pierre fut tiré de son cachot pour être conduit à la mort. Selon la loi romaine, il subit d'abord la flagellation, qui était le prélude du supplice des condamnés à la peine capitale. Une escorte de soldats conduisit l'Apôtre au lieu de son martyre, en dehors des murs de la ville, comme le voulait aussi la loi romaine. Pierre, marchant au supplice, était suivi d'un grand nombre de fidèles que l'affection enchaînait à ses pas, et qui bravaient ainsi tous les périls.

Au delà du Tibre, en face du Champ de Mars, s'étendait une vaste plaine à laquelle conduisait le pont appelé Triomphal. Ce pont mettait en communication avec la ville les deux voies Triomphale et Cornélia, qui toutes deux se dirigeaient vers le nord. A partir du fleuve, la plaine était bornée à gauche par le Janicule, au fond par les monts Vaticans, dont la chaîne se continuait à droite en amphithéâtre. Près de la rive du Tibre, le terrain était occupé par d'immenses jardins, ceux-là mêmes dont Néron avait fait, trois années auparavant, dans ces mêmes jours, le principal théâtre de l'immolation des chrétiens. A l'ouest de la plaine Vaticane, et au delà des jardins de Néron, était un cirque de vaste étendue, que l'on désigne ordinairement sous le nom de ce prince, bien qu'il ait dû sa première origine à Caligula,

444- Saint Pierre et Saint Paul, Apôtres.

qui fit apporter d'Egypte l'obélisque destine à marquer le point central du monument. En dehors du cirque, vers son extrémité, s'élevait un temple d'Apollon, divinité protectrice des jeux publics. A l'autre extrémité commençait la déclivité des monts Vaticans, et vers le milieu, en face de l'obélisque, était planté un térébinthe connu du peuple. L'emplacement désigné pour le supplice de Pierre était près de ce térébinthe. C'était là également que sa tombe était préparée. Nul endroit de Rome ne convenait mieux à une tin si auguste. De tout temps quelque chose de mystérieux avait plané sur le Vatican. Les Romains y considéraient avec respect un vieiix chêne, que d'antiques traditions disaient antérieur à la fondation de Rome. On parlait d'oracles qui s'étaient fait entendre en ces lieux. Et quel emplacement convenait mieux pour son repos à ce vieillard qui était venu conquérir Rome, qu'un hypogée sous ce sol vénéré, ouvrant sur la voie TTriomphale et s'étendant jusqu'à la voie Cornélia, unissant ainsi les souvenirs de Rome victorieuse et le nom des Cornelii devenu inséparable de celui de Pierre ?

La prise de possession de ces lieux par le vicaire de l'Homme-Dieu avait une souveraine grandeur. L'Apôtre était arrivé près de l'instrument de son supplice. Ce fut alors qu'il pria les bourreaux de l'y établir la tète en bas, et non à la manière ordinaire, afin, dit-il, que Ton ne vît pas le serviteur dans la même attitude qui avait convenu au Maître, La demande fut accordée, et la tradition chrétienne tout entière rend témoignage de

A Tierce.

ce fait qui atteste, à la suite de tant d'autres, la profonde modestie d'un si grand Apôtre. Pierre, les bras étendus sur le bois du sacrifice, pria pour la ville et pour le monde, tandis que son sang s'épanchait sur le sol romain dont il achevait la conquête. A ce moment, Rome était devenue pour jamais la nouvelle Jérusalem, Après que l'Apôtre eut parcouru en entier le cycle de ses souffrances, il expira; mais il devait revivre dans chacun de ses successeurs jusqu'à la fin des siècles.

T 'Hymne et les trois Psaumes dont se com^ pose rOtîice de Tierce se trouvent ci-dessus, page 28.

Ant. que j'ai

E n ai m or ni argent; mais ce je te le donne.

Ant A^^g^ntum et ■ -lY aurum non est mihi : quod autem habeo, hoc tibido.

Le Capitule comme aux premières Vêpres, page 432.

^. Br, ■ In omnem terram : ' Exivit sonus eorum. In omnem.

f. Et in fines orbis terras verba eorum. * Exivit.

Gloria Patri. In omnem.

f. Constitues eos principes super omnem terE. br. Dans toute la terre,

* Est parvenue leur voix. Dans toute.

"f. Et jusqu'au bout du monde ont été leurs paroles.

* Est parvenue.

Gloire au Père. Dans toute.

■]?. Vous les établirez princes sur toute la terre.

44-^ Saint Pierre et Saint Paul, Apôtres.

I^. Memores erunt no- 1 içr. Ils se souviendront de minis tui. Domine. | votre nom, ô Seigneur.

L'Oraison est la Collecte de la Messe, page 449.

« QLus que de coutume se presse la foule

1 en fête ; dis-moi, ami, quel est ce concours : tout Rome en allégresse s'agite en divers sens. — C'est que le présent jour ramène le souvenir de plus d'un triomphe : Pierre et Paul, vainqueurs tous deux dans un trépas sublime, ennoblirent autrefois cette journée de leur sang. Sacré sur ses deux rives depuis qu'il coule entre leurs tombes, le Tibre fut témoin de la croix et du glaive. Double trophée, doubles richesses, réclamant le culte de la cité reine ; double solennité dans un jour unique. Aussi, vois en deux courants le peuple de Romulus se croiser dans la ville entière. Hâtons le pas pour suffire aux deux fêtes ; ne perdons rien des hymnes saintes. Suivons d'abord la voie qui mène au delà du pont d'Adrien : sur la rive droite, ces toits dorés nous montrent où Pierre repose. Là, dès le matin, le Pontife offre ses premiers vœux. Puis bientôt , regagnant la rive gauche, il vient au tombeau de Paul célébrer un nouveau Sacritice. Toimême donc, souviens-toi qu'ainsi l'on honore ce jour deux fois sacré 1. »

C'est Prudence, le grand poète chrétien du

I. Prudent. Peristeph. Hymn. xii.

A la Messe.

ive siècle, qui se fait ici le lémoin de l'enthousiasme avec lequel on célébrait à Rome, de son temps, la solennité des saints Apôtres. Theodoret i, saint Astère d'Amasée -% nous apprennent ^ac la piété des ridèles n'était cas moindre en cette fête jusque dans les églises les plus lointaines de la Syrie et de l'Asie. Dans les Codes qui portent leurs noms, Théodose et Justinien établissent ou rappellent la prohibition qui frappe le travail ou le négoce , les procédures et les spectacles profanes, au jour du martyre des Apôtres, maîtres de toute la chrétienté s. Sur ce terrain, le schisme et l'hérésie ne devaient pas prévaloir en Orient contre la reconnaissance et l'amour. Plus près de nous, jusqu'au milieu des ruines amoncelées par la prétendue Réforme, on vit l'Angleterre protestante conserver la fête du 29 juin avec le jeûne de sa vigile ; toutefois, phénomène étrange, peu en rapport avec les tendances de l'EgUse établie, saint Paul alors dut s'etfacer pour laisser place entière à celui dont l'évèque de Rome est le successeur ; et tandis que le calendrier anglican ne garde plus du premier d'autre souvenir que celui de sa conversion au 25 janvier, il continue de porter à la date de ce jour le nom seul de Pierre : c'est de lui seul également qu'il est fait mention dans tout l'Office.

Le poème de Prudence, que nous citions plus haut, fait ressortir la difficulté qu'il y avait pour le peuple romain à ne rien perdre

^ ^h^/'^'^l ^^J ^t".';- ï^'sput. VIII. _ 2. Homil. viii. — i. Lod. Iheod. Lib. xv, tit. v, leg. 5.

44^ 5ai«f Pierre et Saint Paul, Apôtres.

de la double Station de ce jour. La distance est grande, en effet, delà basilique Vaiicane à celle de la voie d'Ostic; et les deux courants dont parle le poète indiquent assez qu'un çrand nombie de pèlerirs, faute de pouvoir se trouver aux d<ux nnesses solennelles, étaient lédui s à choisir. Ajt uions qaae la nuit précédente n'avait pas é é, elle non plus, sans fatigue, si dès lors, ainsi qu'il conste pour les siècles suivants, les Matines des Apôtres, connmencées au crépuscule, y étaient suivies de celles dfs Martyrs au premier chant du ccq*. Saint Grégoire le Grand, voulant donc épargner à son peuple ei aux clercs une accumulation qui tournait au détriment de l'honneur même rendu aux dei;x princes des Apôtres, renvoya au 'endemain la Station de la voie d'Ostic et la solennelle nemoire du Docteur des nations. En conséquence, on ne s'étonnera pas que, sauf dans la Collecte, commune aux deux Apôties, les formules chantées de la Messe qui va suivre se rapportent exclusivement à saint Pierre : cette Messe n'était dans l'origine que la première de ce jour, celle qui se célébrait au matin sur le tombeau du Vicaire de l'Hcmme-Dieu. L'Epouse resplendit sous la pourj re sacrée, teinte deux fois 2 aujourd'hui dïiis le bain d'un sang généreux. Tandis que le Pontite s'avance vers Tautel , entriré dfS divers Ordres de l'Eglise qui lui font un cortège auguste, le chœur des chantres entonne l'Antienne d'Introït et l'alterreavec les vtrseis

I . Thomasius, Distributio psalm. zd Opus Dei juxta antiquior. piall.moreniEccl. rom. — 2. Ex. xxv, 4 ; cic.

^ la Messe.

du Psaume cxxxviii. Ce Psaume , que l'on trouvera plus loin tout entier aux secondes Vêpres, est principalement choisi pour honorer les saints Apôtres, à cause des paroles de son verset dix-septième : « Pour moi, vos « amis sont honorés jusqu'à l'excès, ô Dieu ; « leur puissance s'est accrue par delà toute « limite. »

MAINTENANT je sais a n en pas douter que le Seigneur a envoyé son ange, et qu'il m'a délivré de la main d'Hérode et de toute l'attente du peuçle juif.

Ps. Seigneur, vous m'avez éprouvé et vous m'avez connu ; vous avez connu mon repos et mon réveil. Gloire au Père. Je sais maintenant.

NUKC scio vere, quia misit Dominus angelum suum : et eripuit me de manu Herodis, et de omni exspectatione plebis Judasorum.

Ps. Domine, probasti me, et cognovisti me : tu cognovisti sessionem

meam et resurrectionem meam. Gloria Patri. Nunc scio.

La Collecte, qui revient terminer chacune des Heures de l'Office divin, est la formule principale de prière qu'emploie l'Eglise chaque jour. C'est dans cette formule solennelle qu'on doit chercher sa pensée. La suivante nous indique que l'Eglise entend bien célébrer conjointement aujourd'hui les deux princes des Apôtres, et ne les pas séparer dans sa piété reconnaissante.

ODiEU qui avez consacré ce jour par le martyre de vos Apôtres Pierre et Paul, donnez à votre Eglise de suivre en tout les instrucDEUS, qui hodiernam diem Apostolorum tuorum Pétri et Pauli martyrio consecrasti : da Ecclesiae tuce, eorum in

4^0 Saint Pierre et Saint Paul, Apôtres.

omnibus sequi praeceptum, per qiios religionis

sumpsit exordium. Dorainum.

Per

lions de ceux qui ont conduit ses premiers pas dans la foi. Par Jésus-Christ.

DEUS, qui nos per beatos Apostolos tuos ad agnitionem tui nominis venire Iribuisti : da nobis eorum gloriam sempiternam et proficiendo celebrare. et celebrando proficere. Per Dominum.

ODlEU qui, par vos bienheureux Apôtres, nous avez donné d'arriver à la connaissance de votre nom; accordez-nous tout ensemble, et de célébrer en progressant leur gloire sans fin, et de progresser en la célébrant. Par Jésus-Cbrist.

Lectio Actuum Apostolorum. Cap. xii.

IN diebus illis : Misit Herodes rex mapus, ut affligerai quosdam de Ecclesia. Occidit autem Jacobum frairem Johannis gladio. \'idens autem quia placeret Judaeis, apposuii ut apprehenderel et Petrum. Erant autem dies Azymorum. Quem cum apprehendisset, misit in carcerem, tradens quatuor quaternionibus militum custodiendum, volens post Pascha producere eum populo. Et Petrus quidem servabatur in carcere. Oralio autem fiebat sine intermissione ab Ecclesia ad Deum pro

Lecture des Actes des Apôtres. Chap. xii. EN ces jours-là, le roi Hérode entreprit de maltraiter quelques-uns de l'E- glise. Il fit donc mourir Jacques, frère de Jean, par le glaive. Et voyant que cela plaisait aux Juifs, il fit de plus arrêter Pierre lui-même. L'ayant donc saisi, il le mit en prison sous la garde de quatre bandes de quatre soldats, dans le dessein de l'exécuter en présence du peuple après la Pàque. Tandis que Pierre était ainsi gardé en prison, la prière de l'Eglise montait sans interruption vers Dieu pour lui. La veille du jour où Hérode devait le faire conduire au supplice, dans la nuit même,

A la Messe.

Pierre dormait entre deux soldats, lié de deux chaînes ; 'd'autres gardes étaient devant la porte, gardant la prison. Or voici qu'un ange du Seigneur parut, et le lieu fut rempli de lumière ; et l'ange, touchant Pierre au côté, le réveilla, disant : Levez-vous vite. Les chaînes tombèrent au même moment de ses mains. L'ange lui dit : Ceignez-vous, et prenez vos chaussures. Ainsi fit-il, et l'ange ajouta : Mettez votre vêtement, et suivez-moi. Pierre sortit, et il suivait l'ange, sans savoir si toute cette scène était réelle, mais croyant plutôt que c'était un songe. Ils passèrent ainsi un premier et un second corps de garde, et arrivèrent à la porte de fer qui conduit à la ville ; elle s'ouvrit d'ellemême devant eux. L'ayant passée, ils parcoururent une rue, au bout de laquelle l'ange le quitta subitement. Pierre, revenant à soi, dit alors : Je sais maintenant en toute vérité que le Seigneur a envoyé son ange, et qu'il m'a délivré de la main d'Hérode et de toute l'attente du peuple juif.

eo. Cum autem producturus eum esset Herodes, in ipsa nocte erat Petrus dormiens inter duos milites, vinctus catenis duabus: et custodes ante ostium custodiebant carcerem. Et ecce angélus Domini adstitit, et lumen refulsit in habitaculo ; percussoque latere Pétri, excitavit eum, dicens : Surge velociter. Et ceciderunt catenœ de manibusejus. Dixit autem angélus ad eum : Prœcingere, et calcea te caligas tuas. Et fecit sic. Et dixit illi : Circumda tibi vestimentum tuum, et sequere me. Et exiens sequebatur eum, et nesciebat quia verura est, quod fiebat per angelum : existimabat autem se visum videre. Transeuntes autem primam et secundam custodiam, venerunt ad portam ferream , qua: ducitad civitatem, quae ultro aperta est eis. Et exeuntes processerunt vicumunum: et continue discessit angélus ab eo. Et Petrus ad se reversas, dixit : Nuncscio vere quia misit Dominus angelum suum, et eripuit me de manu Herodis, et de omni exspectatione plebis Judaeorum.

452 Saint Pierre et Saint Paul, Apôtres.

IL est difficile de revenir avec plus d'insistance que ne le fait la Liturgie de ce jour, sur l'épisode de la captivité de saint Pierre à Jérusalem. Plusieurs Antiennes et tous les Capitules de l'Office en sont tirés ; l'Introït le chantait tout à l'heure ; et voici que l'E- pitre nous donne en son entier le récit qui intéresse si particulièrement aujourd'hui , semble-t-il, l'Eglise de Dieu. Le secret d'une telle préférence est aisé à découvrir. Cette fête est celle où la mort de Pierre confirme la reine des nations dans ses augustes prérogatives de Souveraine, de Mère et d'Epouse; mais quel fut le point de départ de ces grandeurs, sinon le moment solennel entre tous où le Vicaire de l'Homme-Dieu , secouant sur Jérusalem la poussière de ses pieds i, tourna vers l'Occident son visage, et transféra dans Rome les droits de la synagogue répudiée ? Or c'est à sa sortie de la prison d'Hérode, qu'eut lieu ce grand fait. Et sortant de la ville , il s'en <3//a, "disent les Actes, en un autre lieu-. Cet autre lieu, d'après le témoignage de l'histoire et de toute la tradition, c'était la ville appelée à devenir la nouvelle Sion ; c'était Rome, où, quelques semaines après, abordait Simon Pierre. Aussi, reprenant la parole de l'ange dans un des Répons de l'Office des Matines, la gentilité chantait cette nuit : « Lève-toi, Pierre, et revêts tes vêtements : ceins-toi de force, pour sauver les nations ; csLV les chaînes sont tombées de tes mains 3. »

I. Luc. X, II. — 2. Act. XII, 17. — 3. RespoDs. su

H' Nocturni.

A la Messe. 453

Comme autrefois Jésus dans la barque prête à sombrer, Pierre dormait tranquillement à la veille du jour où il devait mourir. La tempête, les dangers de toutes sortes, ne seront point ménagés dans le cours des âges aux successeurs de Pierre. Mais on ne verra plus, sur le vaisseau de TEglise, Teffarement qui s'était emparé des compagnons du Seigneur dans l'esquif que soulevait l'ouragan. La foi manquait alors aux disciples, et c'était son absence qui causait leurs terreurs i. Mais depuis la descente de l'Esprit divin , cette foi précieuse, d'où découlent tous les dons, est inamissible dans l'Eglise. Elle donne aux chefs le calme du Maître ; elle entretient au cœur du peuple fidèle la prière ininterrompue, dont l'humble confiance triomphe silencieusement du monde, des éléments et de Dieu lui-même. S'il arrive que la barque de Pierre côtoie des abîmes, le pilote semblât-il endormi, l'Eglise n'imitera pas les disciples sous la tourmente du lac de Génézareth. Elle ne se fera point juge du temps et des moyens de la Providence, ni ne se croira permis de reprendre tumultuairement celui qui doit veiller pour tous : se souvenant que, pour dénouer sans bruit les situations les plus extrêmes, elle possède un moyen meilleur et plus sûr; n'ignorant point que, si l'intercession ne fait pas défaut, l'ange du Seigneur viendra lui-même au temps voulu réveiller Pierre et briser ses chaînes.

Oh ! combien quelques âmes sachant prier sont plus puissantes, en leur simplicité ignoI. Marc, iv, 40.

4^4 Saint Pierre et Saint Paul, ApôtrPS.

rée, que la politique et les soldats de tous les Hérodes du monde ! La petite communauté rassemblée dans la maison de Marie mère de Marc ^ était bien peu nombreuse; mais d'elle, jour et nuit, s'élevait la prière; par bonneur, on n'y connaissait point le naturalisme fatal qui, sous le beau prétexte de ne pas tenter Dieu, se refuse à lui demander l'impossible, quand l'intérêt de son Eglise est en jeu : ennemi domestique, plus lourd à porter , dans les temps de crise , que ne l'est la crise même ! Certes , les précautions d'Hérode Agrippa pour ne point laisser échapper son prisonnier faisaient honneur à sa prudence, et, à coup sûr, c'était l'impossible que réclamait l'Eglise en demandant la délivrance de Pierre : si bien que ceux-là mêmes qui priaient alors, étant exaucés , n'en croyaient point leurs yeux. Mais leur force avait été précisément d'espérer contre toute espérance - ce qu'euxmêmes regardaient comme folie ^, de soumettre dans leur prière le jugement de la raison aux seules vues de la foi.

Le Graduel chante la puissance promise dans l'épithalame sacré * aux compagnons et fils de l'Epoux; eux aussi ont vu' des fils nombreux remplacer les pères qu'ils avaient abandonnés pour suivre Jésus. Le Verset alléluiatiquc célèbrela ;?/Vrre qui porte l'Eglise, dans ce grand jour qui la voit se fixer pour jamais en son lieu prédestiné.

I. Act. XII, 12. — 2. Rom. IV, i8. — 3. Act. xii, 14- l5. Currens nuntiavit stare Petriim ante januam ', at illi dixerunt ad eam : Insanis. — 4. Psalm. xuv.

A la Messe.

Vous les établirez princes sur toute la terre ; ils se souviendront de votre nom, ô Seigneur.

f. t)es fils vous sont nés en place de vos pères ; à cause de cela les peuples chanteront vos louanges.

Alléluia, alléluia.

^. Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise. Alléluia.

CONSTITUES eos principes super omnem terram : memores erunt nominis tui, Domine.

f. Pro patribus tuis nati sunt tibi filii : propterea populi confitebuntur tibi.

Alléluia, alléluia.

f. Tu es Petrus, et super hanc petram aedificabo Ecclesiam meam. Alléluia.

La suite du saint Evangile selon saint Matthieu. Chap.

EN ce temps-là, Jésus vint dans la contrée de Césarée de Philippe, et il interrogeait ses disciples, disant : Que disent les hommes

?u'est le Fils de l'homme ? Is lui répondirent : Les uns disent Jean - Baptiste, les autres Elie, Jérémie, ou l'un des Prophètes. Mais vous, qui dites-vous que je suis ? leur dit Jésus. Simon Pierre, répondant, dit : Vous êtes le Christ Fils du Dieu vivant. Alors Jésus, répondant à son tour, lui dit : Tu es bienheureux, Simon fils de Jean ; car ce n'est point la chair et le sang qui t'ont révélé cela, mais mon Père qui est dans les cieux. Et moi je te dis

Sequentia sancti Evangelii secundum Matthaeum. Cap. xvi.

IN illo tempore : "Venit Jésus in partes Cassareae Philippi : et interrogabat discipulos suos, dicens : Quem dicunt homines esse Filium hominis ? At illi dixerunt : AliiJohannemBaptistam, alii [autem Eliam, alii vero Jeremiam, aut unum ex Prophetis. Dicit illis Jésus : Vos autem quem me esse dicitis ? Respondens Simon Petrus, dixit : Tu es Christus FiliusDeivivi. Respondens autem Jésus, dixit ei : Beatus es, Simon BarJona : quia caro et sanguis non revelavit tibi, sed Pater meus, qui in

45b Saint Pierre et Saiut Paul, Apôtres.

que tu es Pierre , et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise ; et les portes de l'enfer ne prévaudront point contre elle. Et je te donnerai les clefs du royaume des cieux. Et tout ce que tu lieras sur la terre, sera lié aussi dans le ciel, et tout ce que tu délieras sur la terre, sera délié aussi dans le ciel.

cœlis est. Et ego dico tibi, quia tu es Petrus, et super hanc petram aedificabo Ecclesiam meam, et portae inferi non praevalebunt adversus eam. Et tibi dabo claves regni cœlorum.Et quodcumque ligaveris super terram, erit ligatum et in coelis : et quodcumque solveris super terram, erit solutum et in cœlis.

"p OME , dans l'Epître, a célébré le jour où *^ l'obstination de Juda , repoussant le Vicaire de THomme-Dieu, valut à la gentilité les honneurs d'Epouse. Voici maintenant que sa reconnaissante allégresse la porte à rappeler l'instant heureux où, pour la première Fois , l'Epoux fut salué de son titre divin par cette humanité à lui fiancée dès le sein du Père, Vous êtes le Christ, Jh ils du Dieu vivant .' Parole fortunée, attente des siècles, et que Jean-Baptiste avait préparée ! Mais le Précurseur lui-même devait quitter la terre , avant qu'elle ne vînt éveiller les échos d'un monde longtemps assoupi. Son rôle à lui était de mettre en présence le Verbe et l'Eglise ; après quoi, comme il fit, devait-il aussitôt disparaître , laissant l'Epouse à la spontanéité de ses effusions. Mais la première excellence du Bien-Aimé que relève l'Epouse au sacré Cantique , n'est-elle pas l'or très pur de la divinité dont sa tête est ornée ^ ? Ainsi fait-elle dans les champs de Césarée de

A la Messe. 45 j

Philippe ; et son organe est Simon fils de Jean, qui, pour avoir en cette sorte traduit son cœur, reste à jamais la bouche de l'Eglise.

Amour et foi, faisant de concert explosion, constituent Pierre en ce moment la suprême et très antique sommité des théologiens, comme l'appelle saint Denys dans son livre des Noms divins i. Le premier, en effet, dans l'ordre du temps comme pour la plénitude du dogme, il résout le problème dont la formule sans solution avait été le suprême effort de la théologie des siècles prophétiques. « Paroles de celui qui assemble les peuples, disait alors le Sage, paroles du fils de celui qui répand les vérités ; vision qu'a rapportée l'homme avec qui Dieu demeure. Fortifié par Dieu habitant avec lui, voici ce qu'il trouve à dire: « J'ignore la vraie Sagesse. Qui est « monté au ciel et en est descendu, pour savoir « appeler par son nom celui qui a fait la « terre? Et le nom de son fils? qui le connaît « pour le dire 2? » Et après si solennel exorde amenant la question mystérieuse, le Sage, sans poursuivre plus outre, concluait dans une réserve confiante et craintive : « Toute « parole du Seigneur est de flamme; soyez fort « de votre espérance en lui. Mais gardez« vous d'ajouter rien à ses oracles, de peur que K vous ne donniez prise à réprimande et ne « soyez trouvé menteur 3. »

Quoi donc, 6 Pierre, êtes-vous plus sage que Salomon ? et ce que l'Esprit-Saint déclarait au-dessus de toute science , serait-il le

45 s Saint Pierre et Saint Paul, Apôtres.

secret d'un pauvre pêcheur? Il est ainsi. Nul ne connaît le Fils que le Père i; mais le Père même a révèle à Simon le mystère de son Fils, et la parole qui en fait foi n'est point sujette à réprimande. Car elle n'est pas une addition mensongère aux dogmes divins: oracle des cieux passant par une bouche humaine, elle élève son heureux interprète au-dessus de là chair et du sang. Comme le Christ dont elle lui vaut de devenir le Vicaire, il aura pour unique mission d'être un tidèle écho du ciel ici-bas -, donnant aux hommes ce qu'il reçoit ^ ; la parole du Père ^. C'est tout le mystère de l'Eglise, à la fois de la terre et du ciel, et contre Taquelle l'enfer ne prévaudra pas.

Les rites du Sacrifice se poursuivent dans leurgrandiosemajesté. Tandisque les échosde la basilique retentissent encore des accents du sublime Credo qu'ont prêché les Apôtres, et qui s'appuie sur Pierre, l'Eglise s'est levée, apportant ses dons à l'autel. A la vue de ce long défilé des peuples et de leurs rois qui se succèdent durant les siècles, rendant redevance et hommage en ce jour au pêcheur crucifié, le chœur reprend sous une mélodie nouvelle le verset du Psaume qui, au Graduel, a déjà exalté la suréminence de cette principauté créée par le Christ en faveur des messagers de son amour.

A la Messe.

45g

VOUS les établirez princes sur toute la terre ; ils se souviendront de votre nom, ô Seigneur, dans toute la suite des générations.

CONSTITUES eos principes super omnem terram : memores erunt nominis tui , Domine, in omni progenieet generatione.

LES dons de la terre n'ont rien, par euxmêmes, qui puisse les faire agréer du ciel. Aussi TEglise, dans la Secrète, implore l'intervention de la prière apostolique pour rendre acceptable son offrande; c'est cette prière des Apôtres qui, aujourd'hui encore, et toujours, est notre sûr refuge et le remède de nos misères.

C'est ce qu'exprime également la belle Préface qui suit. Le Pasteur éternel ne saurait abandonner son troupeau ; mais il continue de le garder par les bienheureux Apôtres, pasteurs eux-mêmes, et toujours guides pour lui du peuple chrétien.

Nous offrons ces hosties à la gloire de votre nom. Seigneur ; que la prière apostolique les accompagne, et daignez faire que cette prière soit pour nous purification et défense. Par JésusChrist.

HOSTIAS , Domine , quas nomini tuo sacrandas offerimus, apostolica prosequatur oratio: per quam nos expiari tribuas et defendi. Per Dominum.

VOULANT, Seigneur, honorer la gloise éternelle de vos saints Apôtres, nous vous

GLORIAM , Domine , sanctorum Apostolorum tuorum perpetuam

4^0 Saint Pierre et Saint Paul, Apôtres.

vénérantes, quaesumus , ut eam, sacris mysteriis expiati, dignius celebremus. Per Dominum.

en prions: que la purification puisée dans ces sacrés Mystères nous permette de la ceJésusplus c -Christ.

VERE dignum et justum est, aequum et salutare : te, Domine, suppliciter exorare, ut gregemtuum, Pastorasterne, non deseras, sed per beatos Apostolos tuos continua protectione custodias. Ut iisdem rectoribus gubernetur, quos operis lui vicarios eidem contulisti prœesse pastores. Et ideo cum Angelis et Archangelis, cum Thronis et Dominationibus, cumque omni militia cœlestis exercitus, hymnum gloriœ tuae canimus. sine fine dicentes : Sanctus, Sanctus, Sanctus.

OUI, c'est une chose digne et juste, équitable et salutaire, de vous prier avec supplications, Seigneur : Pasteur éternel, n'abandonnez pas votre troupeau , mais gardez-le sous la continuelle protection de vos bienheureux Apôtres. Qu'il soit régi par ces mêmes guides, vos vicaires dans l'œuvre du salut, que vous lui avez donnés pour pasteurs et pour chefs. C'est pourquoi donc, avec les Anges et les Archanges, avec les Trônes et les Dominations, avec l'armée entière des cieux, nous chantons l'hymne de votre gloire, disant, sans jamais cesser : Saint ! Saint ! Saint !

L'Eglise expérimente, au saint banquet, l'étroite relation du Mystère d'amour et dela grande unité catholique fondée sur la pierre. Elle chante à nouveau :

Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon

Tues Petrus, et super l'T'u hanc petram œdifi- -*• ; cabo Ecclcsiam meam. \ Eglise.

La Postcommunion revient sur la puissance

A Sexte.

de la prière apostolique, comme sauvegarde et boulevard des chrétiens que nourrit le céleste aliment.

GARDEZ, Seigneur, de toute adversité, par la puissance de l'intercession apostolique, ceux que vous avez nourris de l'aliment céleste.

uos cœlesti, Domine,

apostolicis intercessionibus ab omni adversitate custodi. Per Dominum.

EN possession des Mystères, nous vous demandons humblement. Seigneur, que, par l'intercession de vos bienheureux Apôtres , les hommages rendus par nous à leur glorieux martyre procurent le remède de nos maux. Par Jésus-Christ.

PERCEPTis, Domine, sacramentis, suppiiciter exoramus : ut intercedentibus beatis Apostolis tuis, quœ pro illorum veneranda gerimus passione, nobis profîciant ad medelam. Per Dominum.

L'Hymne et les trois Psaumes dont se compose l'Office de Sexte, se trouvent cidessus, page 34.

Ant.

L'ange dit à Pierre : Prenez votre vêtement, et suivez-moi.

Circumda tibi vestimentum tuum, et sequere me.

{A et.

Pierre était gardé dans la prison, la prière de l'Eglise montait

nrANDis que

PETRUS quidem servabatur in carcere. Oratio autem fiebat sine

40 2 Saint Pierre et Saint Paul, Apôtres.

intermissione ab Eccle- sans interruption vers Dieu sia ad Deum pro eo. pour lui.

Bf. hr. Constitues eos principes * Super omnem terram. Constitues.

S. Memores erunt nominis tui, Domine. * Super.

Gloria titues.

Patri. Consb;î. br. Vous les établirez princes * Sur toute la terre. Vous les établirez.

^. Ils se souviendront de votre nom, ô Seigneur. * Sur toute.

Gloire au Père. Vous les établirez.

j^. Vos amis sont honorés jusqu'à l'excès, ô Dieu.

B?. Leur puissance s'est accrue par delà toute limite.

'9'. Nimis honorati sunt amici tui, Deus.

IÇ!. Nimis confortatus est principatus eorum.

L'Oraison est la Collecte de la Messe, page 449.

\ 'Hy

^ 3q

MNE et les Psaumes, ci-dessus, page

AvT T^ ^s Petrus, ^^^- 1 et super

hanc petram asdificabo

Ecclesiam meam.

\nt "T^ ^^ Pierre, et *■ sur cette pierre je bâtirai mon Eglise.

■px Petrus ad se rever^- sus, dixit : Nunc scio vere quia misit Dominus angelum suum, et eripuit me de manu Herodis et de omni exspectatione plebis Juda?orum.

iç. br. Nimis honoraPIERRE, revenant à soi, dit; Je sais maintenant en toute vérité que le Seigneur a envoyé son ange, et qu'il m'a délivré de la main d'Hérode et de toute l'attente du peuple juif.

r^. br. Ils sont honorés

Aux Secondes Vêpres.

jusqu'à l'excès * Vos amis, ô Dieu. Ils sont.

)uissaDce s est

f. Leur pu accrue par delà toute limite. * Vos amis.

Gloire au Père. Ils sont.

f. Ils ont annoncé les oeuvres de Dieu,

^. Et compris ses ouvrages.

L'Oraison, page 449.

ti sunt'Amici tui, Deus. Nimis.

^. Nimis confortatus est principatus eorum. * Amici.

Gloria Patri. Nimis.

>''■ . Annuntiaverunt opéra Dei,

I?. Et facta ejus intelle.xerunt.

LA plus grande des journées de la ville éternelle "avance dans son cours ; le solennel Office des Vêpres réunit les fidèles près de la tombe où repose, après le labeur du Sacrifice qu'il vient d'accomplir, le Vicaire de THommeDieu. Cependant ce n'est plus de labeur, ce n'est plus de prison ni de chaînes, qu'il est question dans les chants de la sainte Eglise: l'œuvre est achevée ; Pierre a fini sa vie militante ; et des mille phases qu'elle a traversées, du grand combat qui l'a terminée, il ne reste plus que l'éternel triomphe. Aussi la Liturgie sacrée ne reviendra pas, comme hier et ce matin, sur les faits de l'histoire de Simon fils de Jean, épisodes glorieux, mais qui n'étaient que les préliminaires de la victoire finale remportée en ce jour. La louange du soir va célébrer les résultats acquis, dans leur imposante et immuable grandeur. Les cinq Psaumes qui suivent,

464 Saint Pierre et Saint Paul, Apôtres.

accompagnés de leurs Antiennes, sont devenus par extension ceux des secondes Vêpres de tous les Apôtres; mais ils s'appliquent d'abord à Pierre et à Paul, son illustre compagnon.

Pierre, s'offrant lui-même, est entré dans le Saint des Saints, au sanctuaire des cieux. Parvenu dans son sang au delà du voile, il s'entend confirmer pour jamais le sacerdoce suprême qui a fait de lui, aujourd'hui, la reproduction très parfaite de Jésus le souverain Prêtre. L'Eglise de la terre et celle du ciel chantent à la ïois à son honneur :

. I E Seigneur l'a

■ L juré, et sa parole est sans repentir : Vous êtes à jamais Pontife.

^^^- J minus, et non pœnitebit eum : Tu es Sacerdos in îeternum.

Psaume cix. Dixit Dominus, page 45.

A l'entrée de ce Pontife nouveau, plus grand qu'Aaron et qui tient de si près au Christ leur chef, les célestes hiérarchies ont ouvert leurs rangs, saluant sa principauté, qui n'a rien à envier à la leur.

Ant P ol locet ■^NT- K^ eum Dominus cum principibus populi sui.

ANT. v^ par le Seigneur avec les princes de son peuple.

Psaume cxii. Laudate pueri, page 49.

Mieux qu'au sortir de la prison d'Hérode, Pierre peut maintenant s'écrier à Dieu : « Vous avez brisé mes liens. » Et, tout aussitôt, commençant, dans l'union à Jésus, sa fonction de Pontife éternel, il ajoute : « Je vous sacrifierai l'hostie de ma louange. »

Aux Secondes Vêpres.

^^^- V mes liens, Seigneur ; je vous offrirai un sacrifice de louange.

tomine , vincula mea : tibi sacrificabo hostiam laudis.

JAI cru : c est pourquoi j'ai parlé, malgré l'excès d'humiliation où j'étais réduit.

J'ai dit dans mon trouble : Il n'est point d'homme qui ne soit trompeur.

Que rendrai-je au Seigneur pour tous les biens qu'il a répandus sur moi ?

Je prendrai le calice du salut, et j'invoquerai le nom du Seigneur.

En présence de son peuple, j'acquitterai mes voeux au Seigneur : aux yeux du Seigneur, la mort de ses saints est précieuse.

O Seigneur ! je suis votre serviteur ; oui, je le suis, et le fils de votre servante.

Vous avez brisé mes liens ; je vous offrirai un sacrifice de louange, et j'invoquerai le nom du Seigneur.

J'acquitterai mes vœux au Seigneur, en présence de tout son peuple, dans les parvis de la maison du Seigneur, au milieu de toi, ô Jérusalem l

Ant. Vous avez brisé mes liens. Seigneur ; je vous offrirai un sacrifice de louCREDIDI, propter quod locutus sum : * ego autem humiliatus sum nimis.

Ego dixi in excessu meo : * Omnis homo mendax.

Quid retribuam Domino : * pro omnibus quas retribuit mihi ?

Calicem salutaris accipiam : ' et nomen Domini invocabo.

Vota mea Domino reddam coram omni populo ejus : * pretiosa in conspectu Domini mors sanctorum ejus.

O Domine, quia ego servus tuus : * ego servus tuus, et filius ancillœ tuas,

Dirupisti vincula mea : * tibi sacrificabo hostiam laudis, et nomen Domini invocabo.

Vota mea Domino reddam in conspectu omnis populi ejus : * in atriis domus Domini, in medio tui, Jérusalem.

Ant. Dirupisti, Domine, vincula mea : tibi sacrificabo hostiam laudis.

3o

J.6& Saint Pierre et Saint Paul, Apôtres.

Or, tel doit être pour tous l'encouragement de cette fête auguste : ceux qui sèment présentement dans les larmes, ont à se dire qu'un jour ils moissonneront, eux aussi, dans la joie. Pierre et Paul ont peiné plus qu'eux par les chemins de cette vie.

An't.

mittentes semina

UNTES ibant » I LS allaient et pleuet flebant, * raient, en jetan

leur semenceIN convertendo Dominus captivitatem

Sion : * facti sumus sicut consolati.

Tune repletum est gaudio os nostrum : * et lingua nostra exsultatione.

Tune dicent inter

È entes : ' Magnificavit ►ominus facere cum eis.

Magnificavit Dominus facere nobiscum : * facti sumus laetantes.

Converte, Domine . captivitatem nostram : * sicut torrens in Austro.

Qui seminant in lacrymis : * in exsultatione metent.

Euntes ibant et flebant:

* mittentes semina sua.

Venientes autem venient cum c-"ultatione :

* portantes manipules suos.

QUAND le Seigneur mit fin à la captivité de Sion, nous fûmes remplis d'allégresse.

Notre bouche fit retentir des chants joyeux, et notre langue chantait notre bonheur.

Qu'on dise parmi les nations : Le Seigneur a fait de grandes choses en leur faveur.

Oui, le Seigneur a fait pour nous de grandes choses ; et c'est là le sujet de notre joie.

Faites disparaître, Seigneur, notre captivité , comme le vent du midi dessèche le torrent.

Ceux qui sèment dans les larmes, moissonneront dans la joie.

Ils allaient et pleuraient, en jetant leur semence.

Mais un jour ils marcheront avec triomphe, portant dans leurs mains les gerbes de leur moisson.

Aux Secondes Vêpres.

Ant. Ils allaient et pieu- i Ant. Euntes ibant et raient, en jetant leur semen- flebant, mittentes semice. I na sua.

Et aujourd'hui, dans ce jour sans couchant qui s'est levé pour les deux Apôtres, après la marche, après la fatigue et les larmes, c'est l'éternel repos avec la puissance et la gloire de Dieu lui-même. Car Dieu qui déjà les appelait ses amis dès ce monde i, les met à ce titre, dans l'autre, en participation de tous ses biens.

Axr-,. I E pouvoir de vos ^^^- *- amis s'est affermi, ô Dieu, et leur gloire est grande.

Ant.

est principatus eorum, et honorati sunt amici tui. Deus.

C EiGNF-UR, vous m avez

O sondé et pénétré ; vous m'avez observé debout et dans le repos.

Vous avez découvert de loin mes pensées ; vous avez recherché mes sentiers et la suite de ma vie.

Vous avez d'avance connu toutes mes voies, sans qu'il fût nécessaire que ma langue eût parlé.

Oui, Seigneur, avenir et passé, vous savez tout ; c'est vous qui m'avez formé, et votre main s'est posée sur moi.

Admirable est la science

DOMINE, probasti me et cognovisti me : * tu cognovisti sessionem meam et resurrectionem meam.

Intellexisti cogitationes meas de longe : * semitam meam et funiculum meum investigasti.

Et omnes vias meas praevidisti : * quia non est sermo in lingua mea.

Ecce, Domine, tu cognovisti omnia, novissima et antiqua : * tu formasti me, et posuisti super me manum tuam.

Mirabilis facta est

468 Saint Pierre et Saint Paul, Apôtres.

scientia tua ex me : confortata est, et non potero ad eam.

Quo ibo a spiritu tuo ? " et quo a facie tua fugiam ?

Si ascendero incœlum, tu illic es : * si descendero in infernum, ades.

Si sumpsero pennas measdiluculo : * et habitavero in extremis maris :

Etenim illuc manus tua deducet me : * et tenebit me dextera tua.

Et dixi : Forsitan tenebraï conculcabunt me : * €t nox illuminatio mea in deliciis mois.

Quia tenebraï non obscurabuntur a te, et nox sicut dies illuminabitur . ' sicut tenebrœ €Jus, ita et lumen ejus.

Quia tu possedisti renés meos : ' suscepisti me de utero matris mea-.

Coofitebor tibi quia terribiliter magnificatus es : ^ mirabilia opéra tua. et anima mea cognoscit nimis.

Non est occultatum os meum a te. quod fecisti in occulto : * et substanque vous avez de moi ; sa portée me dépasse.

Où irai-je pour me dérober à votre pensée ? où fuirai-je pour échapper à vos yeux ?

Si je monte au ciel, vous y êtes ; si je descends dans les abîmes, je vous y rencontre.

Si je prends mes ailes dès le matin. Cl que j'aille habiter par delà les mers.

C'est votre main elle-même qui m'y aura conduit, c'est votre aroite qui m'aura soutenu.

J'ai dit : Peut-être les tJ- nèbres me couvriront-elles Mais la nuit même dévier., lumière pour vous révéler mes plaisirs.

Car les ténèbres n'en' point pour vous d'obscurité claire comme le jour est 1: nuit ; les ténèbres de celleci valent devant vous la lumière du premier.

C'est que mon être est à vous dans ses plus intimes profondeurs ; vous m'avez pris à vous dès le sein de ini' mère.

Je vous louerai, parce qu votre grandeur éclate u jusqu'à terrifier ; vos œuvr sont admirables, et mon an. se perd à les contempler.

Aucun de mes os qui vou soit caché, à vous qui l'av façonné dans le secret, q:.

Aux Secondes Vêpres.

46 g connaissiez ma substance, lorsque ses éléments étaient encore mêlés à la terre.

Informe encore, vos yeux m'ont vu. Ainsi tous les hommes sont-ils inscrits au livre de votre connaissance ; leurs jours se déroulent, aucun n'y est omis.

Mais, ô Dieu, combien vos amis m'apparaissent honorés ! combien s'accroît leur puissance 1

Si j'entreprends de les compter, les voici plus nombreux que les grains de sable. Je me lève donc, et veux être avec vous.

Exterminez les pécheurs, ô Dieu ! Hommes de sang, éloignez-vous de moi,

Vous qui dites en vousmêmes à Satan, prince du monde : C'est en vain qu'ils s'empareront de vos villes !

Seigneur, n'ai-je pas haï ceux qui vous haïssent ? n'aije pas séché de douleur à la pensée de vos ennemis ?

Je les hais d'une haine parfaite ; je vois en eux mes propres ennemis.

Eprouvez-moi, mon Dieu, et sondez mon cœur ; interrogez-moi, et connaissez mes sentiers.

Et voyez si la voie de l'iniquité est la mienne, et dirigez-moi dans celle de l'éternité,

Ant. Le pouvoir de vos

tia mea in inferioribus terrae.

Imperfectum meum viderunt oculi tui, et in libro tuo omnes scribentur : * dies formabuntur, et nemo in eis.

Mihi autem nimis honorificati sunt amici tui, Deus : * nimis confortatus est principatus eorum.

Dinumerabo eos, et super arenam multiplicabuntur : * exsurrexi, et adhuc sum tecum.

Si occideris , Deus, peccatores : * viri sanguinum, declinate a me :

Quia dicitis in cogitatione : * accipient in vanitate civitates tuas.

Nonne qui oderunt te. Domine, oderam ? * et super inimicos tuos tabescebam ?

Perfecto odio oderam illos : * et inimici facti sunt mihi.

Proba me. Deus, et scito cor meum : * interroga me, et cognosce semitas meas.

Et vide si via iniquitatis in me est : * et deduc me in via aeterna.

Ant. Confortatus est

4^0 Le Temps après la Pentecôte.

principatus eorum , et 1 amis s'est affermi, ô Dieu, honorati sunt amici tui, et leur gloire est grande. Deus. I

Le Capitule et l'Hymne sont les mômes qu'aux premières Vêpres, pa^e 432. L'Eglise relève ensuite, dans le Verset, la divine science que les Apôtres ont reçue et communiquée à la terre.

f . Annuntiaverunt opéra Dei,

'^. Et facta ejus intellexerunt.

f. Ils ont annoncé les œuvres de Dieu,

^. Et compris ses ouvrages.

L'Antienne qui suit, est digne de couronner les chants consacrés par la reine des nations à honorer ses deux princes. La mélodie dont elle est accompagnée, s'adapte noblement au résumé triomphal des événements qui rendent ce jour a jamais illustre pour la terre et les cieux.

ANTIENNE DE Magnificat.

ODiE Simon Petrus ascendit crucis patibulura, alléluia : hodie clavicularius regni gaudens migravit ad Christum : hodie Paulus Apostolus, lumen orbis terrse, inclinato capite pro Christi nomine martyrio coronatus est. alléluia.

Aujourd'hui Simon Pierre est monté au gibet de la croix, alléluia ; aujourd'hui, dans la joie, le porteclefs du royaume est passé au Christ ; aujourd'hui Paul l'Apôtre, lumière du monde, inclinant sa tête, a été pour le nom du Christ couronné du martyre, alléluia.

Deus qui hodiernam diem Apostolorum tuorum Pétri et Pauli martyrio consecrasti : da EcO Dieu qui avez consacré ce jour par le martyre de vos Apôtres Pierre et Paul, donnez à votre Eglise

Saint Pierre et Saint Paul, Apôtres. 4-j i

de suivre en tout les instructions de ceux qui ont conduit ses premiers pas dans la foi. Par Jésus-Christ.

clesiae tuœ eorum in omnibus sequi praeceptum , per quos religionissumpsit exordiura. Per Dominura.

Ant

A ^ OYEZ forts dans

^"^' O la guerre, et combattez avec l'ancien serpent, et vous recevrez le royaume éternel. Alléluia.

f. Leur voix a parcouru toute la terre,

1^. Et leurs paroles ont retenti jusqu'aux extrémités du monde.

L'Oraison comme aux premières Vêpres, page 434-

STOTE fortes in bello, et pugnate cum antiquo serpente : et accipietis regnum aeternum. Alléluia. j^. In omnem terram exivit sonus eorum,

fil. Et in fines orbis terrœ verba eorum.

Comme pendant à la glorieuse Antienne qui vient d accompagner le chant du Magnificat^ nous placerons ici la suivante, d'une coiTiposition si suave, et qui était aimée de nos pères autrefois comme elle méritait de l'être.

CMME l'on conduisait Pierre l'Apôtre à la croix, rempli d'une grande joie, il dit : Je ne suis pas digne d'être sur la croix comme mon Seigneur, qui lui fut conçu du Saint-Esprit, tandis que moi j'ai été formé par lui du limon de la terre ; ainsi ma croix à moi doit montrer ma tête en la terre. On tourna donc la

DUM duceretur Petrus Apostolus ad crucem, repletus gaudio magno, dixit : Non sum dignus ita esse in cruce, sicut Dominas meus, qui de Spiritu Sancto conceptus est, me autem de limo terras ipse formavit : nam crux mea caput nieum in terra débet ostendere. At illi verte»

47'^ ^^ Temps après la Pentecôte.

runt crucem, et pedes ejus sursum confixerunt, manus vero deorsum. Dum esset Petrus in cruce, venit turba multa, maledicens Caesarem, et fecerunt planctum magnum ante crucem. Petrus exhortabatur eos de cruce, dicens : Nolite flere, sed gaudete mecum, quia ego hodie vado vobis parare locum. Et cum hoc dixisset, ait : Gratias tibi ago, Pastor bone, quia oves quas tradidisti mihi, compatiuntur mecum : peto namque ut participentur mecum de gratia tua in sempiternum.

croix ; on cloua ses piecis en haut et ses mains en bas. Pendant que Pierre était eu croix, vint une grande multitude maudissant César, et ce fut une grande lamentation devant la croix. Pierre, de la croix, exhortait tout c: peuple, et il disait ; Ne pleurez pas, mais réjouissezvous avec moi, parce que je m'en vais aujourd'hui vous prépart une place. Et avant dit cela, il ajouta : Bon Pasteur, je vous rends grâces de ce que les brebis que vous m'avez confiées s'unissent de cœur âmes souffrances; faites donc, je vous en prie, (Qu'elles participent comme moi à votre grâce dans l'éternité.

Il convient de mettre, en son entier, sous les yeux du lecteur le poème dont la strophe O felix Roma fut tirée. D'autres strophes de cette Hymne, la quatrième et la cinquième, sont également employées dans les fêtes des deux Chaires de saint Pierre et dans celle de Saint-Pierre-ès-Liens.

PELix per omnes

festum mundi cardines Apostolorum prœpollet

alacriter Pétri beati , Paulique

sanctissimi, Quos Christus almo consecravit sanguine, Ecclesiarum deputavit

principes.

pk'UN pôle à lautre.

heureuse fête des Apôtres répand la joie, fait sentir sa puissance. Pierre le bienheureux, Paul le très saint, consacrés par le Christ en l'effusion d'un sang auguste, furent choisis par lui comme princes des Eglises.

Saint Pierre et Saint Paul, Apôtres. 4y3

Ils sont les deux oliviers présents devant le Seigneur, les chandeliers étincelants, les deux nobles lumières des cieux;ils brisent la forte chaîne du péché, ils ouvrent aux fidèles les portes de l'empyrée.

Ils ont le pouvoir de fermer d'un mot l'entrée du céleste séjour, d'ouvrir les resplendissantes demeures situées au loin par delà les étoiles ; leurs langues sont devenues les clefs du ciel ; ils repoussent les génies malfaisants par delà les confins du monde.

Par l'ordre de JésusChrist, le bienheureux Pierre rompt merveilleusement les liens les plus durs. Il garde le bercail, il enseigne l'Egliïe, il paît le troupeau, il conserve toutes choses, il contient la rage funeste des loups.

Tout ce qu'il lie sur la terre, est lié fortement dans les cieux ; et ce que par sa libre volonté il délie sur la terre, est délié plus haut que les astres. A la fin des siècles, il jugera le monde.

Hi sunt olivœ duas coram Domino Et candelabra luce radiantia, Prasclara cœli duo lumlnaria, Fortia solvunt peccatorum vincula, Portas Olympi reserant

fidelibus. Habent supernas potestatem claudere Sermone sedes, pandere

splendentia Limina poli super alta

sidéra, Linguae eorum clavcs

cœli factas sunt, Larvas repellunt ultra

mundi limitem. Petrus beatus catenarum laqueos Christo jubente rupit mirabiliter, Custos ovilis et doctor

Ecclesiae Pastorque gregis, conservator omnium, Arcet luporum truculentara rabiem. Quodcunique vinclis

super terrara strinxerit Erit in astris religatum

fortiter, Et quod resolvit in terris

arbitrio Erit solutum super cœli

radium. In fine mundi judcx erit

sœculi.

4.74 ^^ Temps après la Pentecôte.

Non impar Paulus

huic, doctor gentiura, Klectionis templum sacratissimum, In morte compar, in corona particeps, Ambo lucernœ et decus

Ecclesiae In orbe claro coruscant

vibramine.

O Roma felix, quae

tantorum principum Es purpurata pretioso

sanguine, Excellis omnem mundi

pulchritudinem, Non laude tua, sed sanctorum meritis Quos cruentatis jugulasti

gladiis. Vos ergo modo, gloriosi martyres, Petre béate, Paule mundi

lilium, Gœlestis aulae triumphales milites, Precibus almis vestris

nos ab omnibus Munite malis, ferte super cethera. Gloria Patri per immensa sœcula, Sir tibi, Nate, cîecus et

imperium. Honor, potestas, Sanctoque Spiritui : Sit Trinitati salus individua, Per infinita saeculorum

saecula. Amen.

Avec lui marche de pair Paul, le docteur des nations, le vase d'élection, temple très saint, compagnon du premier en la mort, partageant sa couronne : tous deux flambeaux et gloire de l'Eglise, ils dardent leurs feux sur l'univers en possession par eux de la pure lumière.

O Rome heureuse, que de si grands princes ont empourprée de leur sang précieux, tu l'emportes sur toute beauté d'ici-bas, non par ton propre mérite, mais par celui des Saints qu'a immolés ta sanglante épée.

Vous donc maintenant,

florieux martyrs, Pierre ienheureux, Paul lis du monde, guerriers qui triomphez en la céleste cour, par vos prières puissantes gardeznous de tous maux, transportez-nous par delà les

Gloire au Père dans les siècles sans fin ; à vous, ô Fils, empire et beauté, honneur et puissance, ainsi qu'au Saint-Esprit : à la Trinité félicité commune dans l'infinie série des siècles 1

Amen.

Saint Pierre et Saiyit Paul, Apôtres. 4^5

Nous reviendrons, dans les jours qui vont suivre, aux formules d'hommage que l'Occident a consacrées à ses deux princes. Mais il convient de prêter aussi l'oreille, à cette heure, aux accents qui parviennent jusqu'à nous des Eglises orientales; recueillons pieusement ces échos de la foi primitive, qu'une heureuse inconséquence n'a point étouffés dans les bouches mêmes qu'empoisonne le schisme. Voici d'abord l'Eglise syrienne, tout enivrée du vin généreux dont les deux grappes foulées aujourd'hui sous le pressoir de Néron ont abreuvé la terre entière. Elle unit ses louanges aux parfums qui s'élèvent des deux encensoirs d'or ; elle chanie les deux témoins de l'Epoux, auxquels la Sunamite a dû de voir finir son abandon ^ Puis, s'aitachant à relever les mérites particuliers de chacun d'eux, elle exalte Pierre, fondement de l'Eglise, chef de ses frères, Pierre qui paît brebis et agneaux, et enseigne à tous VAlleluia divin. Ecoutons cette Hymne de l'Office de la nuit, et pénétrons-nous de la prière touchame qui la termine, en dépit de l'impie Eutychès, auteur premier de la division qui lient séparés de l'Eglise-mère des peuples si bien faits pour en être la gloire.

LE Christ a péché Simon le pêcheur; depuis lors, en ^uise de poissons, Simon pêche les hommes, les amenant à la vie. 11 a jeté son

I. Passim.

SI .M o N E M piscatorern Christus plsc a tus est ; inde, pro piscibus, Simon piscatur homines ad vitam. Re(e in Romam

476 Le Temps après la Pentecôte, laxavit atque reduxit ; leœnam ligavit ut ovem et adduxit ad Ecclesiam, idolaque statim horruit ista, fictilibus valedicens et Salvaloris crucem adorans. Benedictus qui Apostolos elegit, et illorum memoriam amplificavit.

Quam dulcis vox Jesu Simoni principi desacerdotio dicentis : Ecce constitui te super domum meam , et thesautum meum cœleste libi commilto, sublimium claves et abysfi. Te ligante, Hgabo etegc; te solvente, solv?m tecum ; pro feccatoiibus si deprecatus fueris, audieris.

Si diligis me, Simon Barjona, pafce oves meas : fractos sana fide, a-gros restitue medicina cœlorum , cruce abige lupos, agnos congregans ad ovile vitœ; et clamabunt in excelsis agmina cœli : Benedictus qui Ecclesiam suam magnificavit.

Coram eo qui vos elegit, Apostoli , State supplices et deprecamini : schismata cessent in Ecclesia, litesque fratrum ; eterim sophistae

filet sur Rome même, et l'a retiié plein ; il a lié la lionne ainsi qu'une brebiV, l'amenant à l'Eglise ; et e!!c aussitôt, prenant les idoles c:i horreur, tourna le dos à ces ouvrages de main d'homme et adora la croix du Sauveur. Béni, ô vous qui fiies choix des Apôtres et glorifiez leur r om 1

Combien douce fut la rarole de Jésus à Simon fait prince de ses frères, lorsqu'il lui disait, le créant Pontife : « Je t'établis sur ma maison et te confie mon trésor céleste ; en tes mains sont les clefs du ciel et de l'abîme. Si tu lies, je lierai moi aussi ; quand tu délieras, je le ferai avec toi ; prie pour les pécheurs, tu seras exaucé !

« Si tu m'aimes, Simon fils de Jean, pais mes brebis ; restaure par la foi ceux qu'a brisés l'eireur, guéris les malades par la vertu du remède des cieux, avec la croix chasse les loups et rassemble les agneaux au bercail de la vie. Alors les célestes phalanges crieront dans les hauteurs : Béni soit celui qui a magnifié son Eglise ! »

Devfnt celui qui vous a choisis présentez-vous, >'> Apôtres : Suppliez-le que schismes et querelles cessent enfin dans l'Eglise et parn i des frères ; caries sophis'es,

Saint Pierre et Saint Paul, Apôtres. 477

hilasl nous assiègent, obscurcissant la foi de leurs arguties. Seigneur, l'Eglise dans laquelle votre parole a été annoncée, qu'elle soit le creuset éprouvant tout discours comme la fournaise éprouve l'or; et que vos prêtres chantent ici-bas, dans la pureté de la foi : Béni soit celui qui a magnifié son Eglise 1

undique circumeunt, disceptantes, obscurantesque fidem. Ecclesia, Domine, in qua verbum tuum evangelizatum est, sit sane carainus probans sermones , sicut fornax auium experitur ; sacerdotesque caste décantent : Benedictus qui Ecclesiam suam magnificavit.

L'Eglise d'Arménie fait à son tour entendre sa VOIX. Parmi les chants sublimes de son Gharagan, ou recueil d'Hymnes, elle entonne celui-ci au jour qu'elle a choisi pour célébrer les princes des Apôtres.

ETABLIE sur la pierre ferme de la foi, l'Eglise de Dieu se réjouit en ce jour de la solennité des Apôtres qui l'ont ornée de joyaux sans prix à la gloire du Verbe fait chair. L'un d'eux, dans la lumière du Père qui est aux cieux, a proclamé l'ineffable nacure du Fils unique, e:, bienheureux par la divine grâce, il a mérité de devenir la pierre contre laquelle les portes de l'enfer ne pré-audront pas; l'autre, quoique mortel encore, a dépassé dans leur vol immatériel les légions angéliques, ayant été jugé digne que l'éternelle

L.ETATUR hodie mémoriam celebrans Apostolorum Ecclesia sancta Dei, supra petram fidei firmiter aedificaia, quara ornarunt monilibus pretiosis ad honorem Verbi hominis. Quorum aller, Pâtre révélante desursum, ineffabilem Unigeniii naturam confessus est, indeque beatus gratia . meruit petra fieri contra quam portae inferi non pisevalebunt : alter, licet in terra degens, inventus est superasse angelorum legiones absque corpore volantum,dignus

478 Le Temps après la Pentecôte.

Sagesse Je ravît jusqu'aux tabernacles des cieux.

Seigneur, qui, au-dessus des autres Apôtres choisis par vous, avez désigné I3 bienheureux Pierre comme chef de la foi et fondement de l'Eglise ; qui, par un appel d'en haut, avez élevé à l'apostolat le Vase d'élection pour que, par la révélation du mystère caché du Christ, il appelât lui-même les nations au salut; qui, par ces deux élus, lumières du monde, &vez aÉFetmi votre Eglise : par leurs prières, ô Christ, ayez piiié de nous.

Le défaut d'espace ne nous permet point de prolonger la citation davantage. Nous ne saurions pourtant finir, sans extraire également quelques perles de la mer sans rivages où se complaît comme toujours la Liturgie grecque. Il doit nous plaire aussi de constater comment, malgré plus d'un essai d'altération frauduleuse des textes de sa Liturgie, Byzance condamne elle-même son propre schisme en ce jour; Pierre n'y cesse point d'être proclamé par elle le roc et le fondement de la foi, la base souveraine, le prince et premier prince des Apôtres, le gouverneur et le chef de l'Eglise, le porie-clefs de la grâce et du royaume des rieux 1.

nempe quem divina Sapientia raperet ad tabernacula cœli.

Domine , qui supra caeteros Aposiolos a te elecios, designasti beatum Petrum fidei caput et fundamentum Ecclesiae; qui vocaiione superna vas electionis evexisti ad apostolatum, ut gentiles, absconditum mysterium Christi revelans, ipse vocaret ad salutem; qui per hos electos, ambo lamina mundi, luam solidasti Ecclesiam : ipsis deprecantibus, Christe, miserere nobis.

I. Menées. Passim.

In festivitate sanctoriim, illustriiim et maxime memorabilium apostolorum ac majorum coryphœoriim Pétri et Pauli,

\T ous à\ez donné les saints ^ Apôtres à votre Eglise comme son orgueil et sa joie, ô Dieuami des hommes ! Pierre et Paul, flambeaux spirituels, soleils des âmes, resplendissent en elle magnifiquement; l'univers brille de leurs rayons ; c'est par eux que vous avez dissipé les ténèbres de l'Occident, Jésus très puissant, sauveur de nos âmes.

Vous avez établi la stabilité de votre Eglise, ô Seigneur, sur la fermeté de Pierre et sur la science et l'éclatante sagesse de Paul. Pierre, coryphée des illustres Apôtres, vous êtes le rocher de la foi ; et vous, admirable Paul, le docteur et la lumière des églises • présents devant le trône de Dieu, intercédez pour nous auprès du Christ.

Que le monde entier acclame les coryphées Pierre et Paul, disciples du Christ: Pierre, base et rocher ; Paul, vase d'élection. Tous deux, attelés sous le même joug du Christ, ont attiré à la connaissance de Dieu tous les hommes, les nations, les cités et les îles. Rocher de la foi,

GAUDIA dedisti Ecclesias, Deus hominum amator , in tuis sacris Apostolis : in qua summopere coruscant spirituales faces, Petrus et Paulus, astra veluti mentium, quorum radiis perfunditur orbis, quibus illuminasti Occidentalium obscuritatem, Jesu potentissime, nostrarum salvator animarum.

Dedisti stabilitatem tuœ. Domine, Ecclesise, in Pétri soliditate et Pauli scientia ac splendenti sapientia. Petre, illustrium coryphœe Apostolorum, tu fidei petra ; eximie Paule,tu ecclesiarum doctor et lumen : divino coram throno adstantes, pro nobis ad Christum intercedite.

Christi discipulos, coryphasos illos Petrumet Paulum, ab universo orbe fauste celebremus. O Petre, tu lapis et basis ; tu quoque, Paule, vas electionis. Ambo quasi sub eodem Christi jugo, traxerunt omnes ad Dei agnitionem, gentes nimi480 Le Temps après la Pentecôte.

rum et civitates et msulas. Lapis fidei, deliciae orbis, confirmate ovile quod vestro acquisivistis œagisterio.

Petre, qui pascis oves, ovilis tui pecora tuere ex lupo fraudulento ; exime servos tuos a funestis casibus : te enim apud Deum omnes acquisivimus patronum vigilem, et gaudio in te perfusi salvamur.

Paule, fax orbis, os incomparabile Christi viventis Dei, qui, solis instar, omnes fines perlustras per tuum divinae fiJei praïconium : solve a peccatorum vinculis eos qui te ex amore appellant, teque tuis confisi praesidiis ajmulantur. .

Te,Roma,beatamvoco; tibi plausus, adoratio, çloria , hymnorumque concentus : in te enim habentur corpora coryphaîorum ; in te virorum qui magna lumina sunt, divinœ doctrinas ; vasorum incorruptibilium sacrae exaviae . Dux Apostolorura excelsissime. summe praeses et régis a;rarii dispensator, omnium basis fidelium, Ecclesiœ catholicx soliditas, crepido, sigillum €t coronis. Petre Chrislum amans, in optima

délices du monde, tous deux confirmez le bercail que vous avez acquis par votre magistère.

Pierre, vous qui paissez les brebis, défendez contre le loup rusé le troupeau de votre bercail ; gardez de chutes funestes vos serviteurs ; car tous nous vous avons pour vigilant protecteur auprès de Dieu, et la joie que nous goûtons en vous est notre salut.

Paul, flambeau du monde, bouche incomparable du Christ Dieu vivant, qui comme le soleil visitez tous les rivages dans votre prédication de la foi divine : délivrez des liens du péché ceux qui vous nomment avec amour et veulent vous imiter, confiants dans votre aide.

Rome bienheureuse, à toi ma louange et ma vénération, à toi mes hymnes et mon chant de gloire ; car en toi sont gardés et la dépouille des coryphées, et les dogmes divins dont ils furent le flambeau : reliques sans prix de vases incorruptibles. Trèshaut prince des Apôtres, souverain chef et dispensateur du trésor royal, ferme base de tous les croyants, solidité, socle, sceau et couronnement de l'Eglise catholique, ô Pierre qui aimez le Christ, conduisez ses brebis aux bons pâturages , menez

Saint Pierre et Saint Paul, Apôtres. 481

ses agneaux dans les prés fertiles.

pascua deduc oves, herbosum in campum âge agnos.

Ç\ Pierre, nous aussi nous saluons la glo^-^ rieuse tombe où vous êtes descendu. C'est bien à nous, les fils de cet Occident que vous avez voulu choisir, c'est à nous avant tous qu'il appartient de célébrer dans l'amour et la foi les gloires de cette journée. Si toutes les races s'ébranlent à la nouvelle de votre mort triomphante ; si les nations proclament, chacune en leur langue, que de Rome doit sortir pour le monde entier la loi du Seigneur : n'est-ce pas par la raison que cette mort a fait de Babylone la cité des oracles divins, saluée par le hls d'Amos en sa prophétie 1 ? n'est-ce pas que la monta^ne préparée pour porter la maison du Seigneur dans le lointain des âges, se dégage des ombres, et apparaît en pleine lumière à cette heure aux yeux des peuples ? L'emplacement de la vraie Sion est lixe désormais ; car la pierre d'angle a été posée en ce jour 2, et Jérusalem ne doit avoir d'autre fondement que cette pierre éprouvée et précieuse,

O Pierre, c'est donc sur vous que nous devons bâtir ; car nous voulons être les habitants de la cité sainte. Nous suivrons le cortseil du Seigneur s, élevant sur le roc nos constructions d'ici-bas, pour qu'elles résistent à la tempête et puissent devenir une demeure éternelle. Combien notre reconnaissance pour vous, qui daignez nous soutenir

I. IsAi. n, 1-5. — 2. Ibid. XXVIII, 16. — 3. Matth.

4S2 Le Temps après la Pentecôte.

ainsi, est plus grande encore en ce siècle insensé qui, prétendant construire à nouveau l'édirice social, voulut l'établir sur le sable mouvant des opinions humaines, et n'a su que multiplier les éboulements et les ruines ! La pierre qu'ont rejetée les modernes architectes, en est-elle moins la tète de l'angle ? et sa vertu n'apparait-elle pas alors même, selon ce qui est écrit, en ce que, n'en voulant pas, c'est contre elle qu'ils se heurtent et se Drisent 1 ?

Debout, parmi ces ruines, sur le fondement contre lequel les portes de l'enfer ne prévaudront pas, nous avons d'autant mieux le droit d'exalter ce jour où le Seigneur a, comme le chante le Psaume, affermi la terre -. Certes le Seigneur était grand, lorsqu'il lançait les mondes dans l'espace, en les équilibrant par ces lois merveilleuses dont la découverte est l'honneur de la science ; mais son règne, sa beauté, sa puissance éclatent bien plus, quand il place en son lieu la base faite pour porter le temple dont tous les mondes méritent à peine d'être appelés le parvis. Aussi était-ce bien de ce jour immortel, dont à l'avance elle savourait divinement les très pures délices, q[ue l'éternelle Sagesse chantait, préludant à nos joies et conduisant déjà nos chœurs : « Lorsque les monts élevaient leur masse sur une immuable base et que le monde s'étayait sur ses pôles, lorsque s'établissait le firmament et que s'équilibrait l'abîme, quand le Sei' gneur posait les fondements de la terre, j'étais

I. 1 Petr. Il, 6-8. — 2. Psalm. xcn, i.

Saint Pierre et Saint Paul, Apôtres. 483

avec lui, disposant tout de concert ; et chaque jour m'apportait une nouvelle allégresse, et je me jouais devant lui sans cesse, je me jouais dans l'orbe du monde ; car mes délices sont d'être avec les fils des hommes K » Maintenant donc que l'éternelle Sagesse élève 'sur vous, ô Pierre, la maison de ses délices mystérieuses 2, où pourrions-nous elle-même la trouver ailleurs, nous enivrer à son calice, avancer dans l'amour? De par Jésus remonté dans les cieux, n'est-ce pas vous qui avez désormais les paroles de la vie éternelle 3? En vous se poursuit le mystère du Dieu fait chair habitant avec nous. Notre religion, notre amour de l'Emmanuel sont incomplets dès lors, s'ils n'atteignent jusqu'à vous. Et vous-même ayant rejoint le Fils de l'homme à la droite du Père, le culte que nous vous rendons pour vos divines prérogatives, s'étend au Pontife votre successeur, en cjui vous continuez de vivre par elles : culte réel, allant au Christ en son Vicaire, et qui, partant, ne saurait s'accommoder de la distinction trop subtile entre le Siège de Pierre et celui qui l'occupe. Dans le Pontife romain, vous êtes toujours, ô Pierre, l'unique pasteur et le soutien du monde. Si le Seigneur a dit: « Personne ne vient au Père que par moi * » ; nous savons que personne n'arri^'e que par vous au Seigneur. Comment les droits du Fils de Dieu, le pasteur et l'évêque de nos âmes ô, auraient-ils à souffrir en ces hommages de la terre reconnaissante ? Nous ne pouI. Prov. vin. — 2. IbU. ix. — 3. Johan. vi. 69. •—

484 Le Temps après la Pentecôte.

vons célébrer vos grandeurs, sans qu'aussitôt attirant nos pensées à Celui dont vous êtes comme le signe sensible, comme un auguste sacrement, vous ne nous disiez, ainsi qu a nos pères, par l'inscription de votre antique statue : contemplez le dieu verbe, la pierre

ES Grecs unissent aujourd'hui dans une même solennité la mémoire des illustres saints, les dou:{e Apôtres, dignes de toute louante i. Rome, tout absorbée hier par le triomphe que le Vicaire de l'Homme-Dieu remportait dans ses murs, voit le successeur de Pierre et sa noble cour aller porter au Docteur des nations, couché d'hier, lui aussi, en sa tombe glorieuse, l'hommage reconnaissant de la Ville et du monde. "Suivons par la pensée le fidèle peuple romain qui, plus heureux que nous, accompagne le Pontife et fait retentir de ses chants de victoire la splendide Basilique de la voie d'Ostie.

Au vingt-cinq janvier, nous vîmes l'EnfantDieu, par le concours d'Etienne le protomarI. Menées, 3o juin.

486 Le Temps après la Pentecôte.

tyr, amener à sa crèche, terrassé et dompté, le loup de Benjamin i qui, dans la matinée de sa jeunesse fougueuse, avait rempli de larmes et de sang l'Eglise de Dieu. Le soir était venu, comme l'avait vu Jacob, où Saul le persécuteur allait, plus que tous ses devanciers dans le Christ, accroître le bercail, et nourrir le troupeau de l'aliment de sa céleste doctrine '-.

Par un privilège c^ui n'a pas eu de semblable, le Sauveur, déjà assis a la droite du Père dans les cieux, daigna instruire directement ce néophyte, afin qu'il fût un jour compté au nombre de ses Apôtres; mais les voies de Dieu n'étant jamais opposées entre elles, cette création d'un nouvel Apôtre ne pouvait contredire la constitution divinement donnée à l'Eglise chrétienne par le Fils de Dieu. Paul, au sortir des contemplations sublimes durant lesquelles le dogme chrétien était versé dans son âme, dut se rendre à Jérusalem, afin de « voir Pierre », comme il le raconta lui-même à ses disciples de Galatie. Il dut, selon l'expression de Bossuet, « conférer son propre Evangile avec celui du prince des Apôtres ^ ». Agréé dès lors pour coopérateur à la prédication de l'Evangile, nous le voyons, au livre des Actes, associé à Barnabe, se présenter avec celui-ci dans Antioche après la conversion de Cornélius,

I. Gen. XLix, 27. — 2. De nouveau, nous ne saurions mieux faire que d'emprunter les traits qui suivent à notre Père et Maître, en son ouvrage : Sainte cÉcile et la

3. Sermon sur l'unité.

La Commémoration de S. Paul, Apôtre. 48^

et l'ouverture de l'Eglise aux gentils par la déclaration de Pierre. Il passe dans cette ville une année entière signalée par une abondante moisson. Après'^la prison de Pierre à Jérusalem et son départ pour Rome, un avertissement d'en haut manifeste aux ministres des choses saintes qui présidaient à l'Eglise d'Antioche, que le moment est venu d'imposer les mains aux deux missionnaires, et on leur confère le caractère sacré de l'ordination.

A partir de ce moment, Paul grandit de toute la hauteur d'un Apôtre, et l'on sent que la mission pour laquelle il avait été préparé est enfin ouverte. Tout aussitôt, dans le récit de saint Luc, Barnabe s'efface et n'a plus qu'une destination secondaire. 'Le nouvel Apôtre a ses disciples à lui, et il entreprend, comme chef désormais, une longue suite de pérégrinations marquées par autant de conquêtes. Son premier pas est en Chypre, et c'est là qu'il vient sceller avec l'ancienne Rome une alliance qui est comme la sœur de celle que Pierre avait contractée à Gésarée. En l'année 43, où Paul aborda en Chypre, l'île avait pour proconsul Sergius Paulus, recommandable par ses aïeux, mais plus digne d'estime encore pour la sagesse de son gouvernement. Il désira entendre Paul et Barnabe. Un miracle de Paul, opéré sous ses yeux, le convainquit de la vérité de l'enseignement des deux Apôtres, et l'Eglise chrétienne compta, ce jour-là, dans son sein un héritier nouveau du nom et de la gloire des plus illustres familles romaines. Un échange touchant eut lieu à ce moment. Le patricien romain était affranchi du joug de la gentilité

4SS Le Temps après la Pentecôte.

par le juif, et en retour, le juif, qu'on appelait Saul jusqu'alors, reçut et adopta désormais le nom de Paul, comme un trophée digne de l'Apôtre des gentils.

De Chypre, Paul se rend successivement en Cilicie, dans laPamphylie, dans laPisidie, dans la Lycaonie. Partout il évangélise, et partout il fonde des chrétientés. Il revient ensuite à Antioche, en l'année 47, et il trouve l'Eglise de cette ville dans l'agitation. Un parti de Juifs sortis des rangsdu pharisaïsme consentait à l'admission des gentils dans l'Eglise, mais seulement à la condition qu'ils seraient assujettis aux pratiques mosaïques, c'est-à-dire à la circoncision, à la distinction des viandes, etc. Les chrétiens sortis de la gentilité répugnaient à cette servitude à laquelle Pierre ne les avait pas astreints, et la controverse devint si vive que Paul jugea nécessaire d'entreprendre le voyage de Jérusalem, où Pierre, fugitif de Rome, venait d'arriver. Il partit donc avec Barnabe, apportant la question à résoudre aux représentants de la loi nouvelle réunis dans la ville de David. Outre Jacques qui résidait habituellement à Jérusalem comme évèque, Pierre, ainsi que nous l'avons dit, et Jean, y représentèrent en cette circonstance tout le collège apostolique. Un décret fut formulé où toute exigence à l'égard des gentils relativement aux'rites judaïques était interdite, et cette disposition était prise au* nom et sous l'inrtuence de l'Esprit-Saint. Ce fut dans cette réunion de Jérusalem que Paul tut accueilli par les trois grands Aoôtres comme devant exercer spécia'lement l'apostolat des

La Commémoration de S. Paul, Apôtre. 48g

gentils. Il reçut de la part de ceux qu'il appelle /e5 co/o«we5, une confirmation de cet apostolat surajouté à celui des douze. Par ce ministère extraordinaire qui surgissait en faveur de ceux qui avaient été appelés les derniers, le christianisme affirmait définitivement son indépendance à l'égard du judaïsme^ et la" ^entilité allait se précipiter en foule dans l'Lglise.

Paul reprit le cours de ses excursions apostoliques à travers les provinces qu'il avait déjà évangélisées, afin d'y confirmer les Eglises. De là, traversant l'a Phrygie, il vit la Macédoine, s'arrêta un moment à Athènes, d'où il se rendit à Corinthe, où il séjourna un an et demi. A son départ, il laissait dans cette ville une Eglise florissante, non sans avoir excité contre lui la fureur des Juifs. De Corinthe, Paul se rendit à Ephèse, qui le retint plus de deux ans. Il y obtint un tel succès auprès des gentils, que le culte de Diane en éprouva un affaiblissement sensible. Une émeute violente s'ensuivit, et Paul jugea que le moment était venu de sortir d'Ephèse. Durant son séjour dans cette ville, il avait révélé à ses disciples la pensée qui l'occupait déjà depuis longtemps ; « Il faut, leur dit-il, que je voie Rome. » La capitale de la gentilité appelait l'Apôtre des gentils.

L'accroissement rapide du christianisme dans la capitale de l'Empire avait mis en présence, ' d'une manière plus frappante qu'ailleurs, les deux éléments hétérogènes dont l'Eglise d'alors était formée. L'unité d'une même foi réunissait dans le même bercail les anciens Juifs et les anciens païens. Il

4g 0 Le Temps après la Pentecôte.

s'en rencontra quelques-uns dans chacune de ces deux races qui, oubliant trop promptement la gratuité de leur commune vocation, se laissèrent aller au mépris de leurs frères, les réputant moins dignes qu'eux-mêmes dvi baptême qui les avait tous faits égaux dans le Christ. Certains Juifs dédaignaient les gentils, se rappelant le polythéisme qui avait souillé leur vie passée de tous les vices qu'il entraînait à sa suite. Certains gentils méprisaient les Juifs, comme issus d'un peuple ingrat et aveugle, qui, abusant des secours que Dieu liai avait prodigués, n'avait su que crucifier le Messie.

En "l'année 53, Paul, qui fut à même de connaître ces débats, profita d'un second séjour à Corinthe pour écrire aux fidèles de l'Eglise romaine la célèbre Epître dans laquelle il s'attache à établir la gratuité du don de la foi, Juifs et gentils étant indignes de l'adoption divine et n'ayant été appelés que par une pure miséricorde ; Juifs et gentils, oubliant leur passé, n'avaient qu'à s'embrasser dans la fraternité d'une même foi, et à témoigner leur reconnaissance à Dieu qui les avait prévenus par sa grâce les uns et les autres. Sa qualité d'Apôtre reconnu donnait à Paul le droit d'intervenir en cette manière, au sein même d'une chrétienté qu'il n'avait pas fondée.

En attendant qu'il pût contempler de ses yeux l'Eglise reine que Pierre avait établie sur les sept collines, l'Apôtre voulut accomplir encore une fois le pèlerinage de la cité de David. Mais la rage des Juifs de Jérusalem se déchaîna à cette occasion jusqu'au dernier

La Commémoration de S. Paul, Apôtre. 4g i

excès. Leur orgueil en voulait surtout à cet ancien disciple de Gamaliel, à ce complice du meurtre d'Etienne, qui maintenant conviait les gentils à s'unir aux tils d'Abraham sous la loi de Jésus de Nazareth. Le tribun Lysias l'arracha des mains de ces acharnés qui allaient le mettre en pièces. La nuit suivante, le Christ apparut à Paul et lui dit: « Sois ferme; car il te faudra rendre de moi à Rome le même témoignage que tu me rends en ce moment à Jérusalem. »

Ce ne fut pourtant qu'après une captivité de plus de deux années que Paul, en ayant appelé à l'empereur , aborda l'Italie au commencement de l'année 56. Enfin l'Apôtre des gentils fit son entrée dans Rome. L'appareil d'un triomphateur ne l'entourait pas : c'était un humble prisonnier juif que l'on conduisait au dépôt où s'entassaient les prévenus qui avaient appelé à César. Mais Paul était ce Juif qui avait eu le Christ lui-même pour conquérant sur le chemin de Damas. Il n'était plus Saul le Benjamite ; il se présentait sous le nom romain de Paul, et ce nom n'était pas un larcin chez celui qui, après Pierre , devait être la seconde gloire de Rome et le second gage de son immortalité. Il n'apportait pas avec lui , comme Pierre, la primauté que le Christ n'avait confiée qu'à un seul ; mais il venait rattacher au centre même de l'évangélisation des gentils, la délégation divine qu'il avait reçue en leur faveur , comme un affluent verse ses eaux dans le cours du fleuve qui les confond avec les siennes et les entraîne à l'océan. Paul ne devait pas avoir de successeur dans

49- -^^ lemps après la Pentecôte.

sa mission extraordinaire ; mais l'élément qu'il venait déposer dans l'Eglise mère et maîtresse représentait une telle valeur que, dans tous les siècles, on entendra les pontites romains, héritiers du pouvoir monarchique de Pierre, faire appel encore à un autre souvenir, et commander au nom des « bienheureux Apôtres Pierre et Paul. »

Au heu d'attendre en prison le jour où sa cause serait appelée , Paul eut la liberté de se choisir un logement dans la ville, obligé seulement d'avoir jour et nuit la compagnie d'un soldat représentant la force publique, et auquel, selon l'usage en pareil cas, il était lié par une chaîne qui l'empichait de fuir, mais laissait libres tous ses mouvements. L'Apôtre continuait ainsi de pouvoir annoncer la parole de Dieu. Vers la tin de l'année 57, on accorda enfin à Paul l'audience à laquelle lui donnait droit l'appel qu'il avait interjeté à César. Il comparut au prétoire, et le succès de son plaidoyer amena l'acquittement.

Paul, devenu libre, voulut revoir l'Orient. Il visita de nouveau Ephèse, où il établit évêque son disciple Timothée. 11 évangélisa la Crète, où il laissa Tite pour pasteur. Mais il ne quittait pas pour toujours cette Eglise romaine qu'il avait illustrée par son séjour, accrue et fortifiée par sa prédication ; il devait revenir pour l'illuminer des derniers rayons de son apostolat, et l'empourprer de son sang glorieux.

L'Apôtre avait achevé ses courses évangéliques dans l'Orient ; M avait confirmé les Eglises fondées par sa parole, et les épreuves, pas

La Commémoration de S. Paul, Apôtre. 4g3

plus que les consolations, n'avaient manqué sur sa route. Tout à coup un avertissement céleste, semblable à celui que Pierre luimême devait recevoir bientôt, lui enjoint de se rendre à Rome où le martyre l'attend. C'est saint Athanase i qui nous instruit de ce fait, rapporté aussi par saint xlstèred'Amasée. Ce dernier nous dépeint l'Apôtre entrant de nouveau dans Rome , « afin d'enseigner les maîtres du monde, de s'en faire ctes disciples, et par eux de lutter avec le reste du genre humain. Là, dit encore l'éloquent évêque du quatrième siècle , Paul retrouve Pierre vaquant au même travail. Il s'attèle avec lui au char divin, et se met à instruire dans les synagogues les enfants de la loi, et au dehors'les gentils 2. »

Rome possède donc enfin réunis ses deux princes : l'un assis sur la Chaire éternelle, et tenant en mains les clefs du royaume des cieux ; l'autre entouré des gerbes qu'il a cueillies dans le champ de la gentilité. Ils ne se sépareront plus, même dans la mort, comme le chante l'Eglise. Le moment qui les vit rapprochés fut rapide ; car ils devaient avoir rendu à leur Maître le témoignage du sang, avant que le monde romain fût affranchi de l'odieux tyran qui l'opprimait. Leur supplice fut comme le dernier crime, après lequel Néron s'affaissa , laissant le monde épouvanté de sa fin aussi honteuse qu'elle fut tragique.

C'était en l'année 65 que Paul était rentré dans Rome. Il y signala de nouveau sa pré1. De fuga sua, xvui. — 2. Homii. viu.

404 L^ Temps après la Pentecôte.

sence par toutes les œuvres de l'apostolat. Dès son premier séjour, sa parole avait produit des chrétiens jusque dans le palais de César. De retour sur le grand théâtre de son zèle , il retrouva ses entrées dans la demeure impériale. Une femme qui vivait dans un commerce coupable avec Néron, se sentit ébranlée par cette parole à laquelle il était dur de résister. Un échanson du palais fut pris aussi dans les tilets de l'Apôtre. Néron s'indigna de cette intîuence d'un étranger jusque dans sa maison, et la perte de Paul fut résolue. Jeté en prison, l'Apôtre ne laissa pas refroidir son zèle, et continua d'annoncer Jésus-Christ. La maîtresse de l'empereur et son échanson abjurèrent , avec l'erreur païenne, la vie qu'ils avaient menée, et leur double conversion hâta le martyre de Paul. Il le sentait, et on s'en rend compte en lisant ces lignes qu'il écrit à Timothée : « Je travaille, dit-il, jusqu'à porter les fers, comme un méchant ouvrier ; mais la parole de Dieu n'est pas enchaînée : à cause des élus, je supporte tout. Me voici à cette heure comme la victime déjà arrosée de l'eau lustrale, et le temps de mon trépas est proche. J'ai vaillamment combattu, j'ai achevé mia course, j'ai été le gardien de la foi ; la couronne de justice m'est réservée, et le Seigneur, juge équitable, me la donnera i. »

Le 29 juin de l'année 67, tandis que Pierre traversait le Tibre sur le pont Triomphal et se dirigeait vers la croix dressée dans la plaine Vaticane, un autre martyre se consommait

La Commémoration de S. Paul, Apôtre. 4g5

sur la rive gauche du fleuve. Paul, entraîné le long de la voie d'Ostie, était suivi aussi par un groupe de fidèles qui s'étaient joints a l'escorte du condamné. La sentence rendue contre lui portait qu'il aurait la tête tranchée aux Eaux Salviennes. Après avoir suivi environ deux milles la voie d'Ostie, les soldats conduisirent Paul par un sentier qui se dirigeait vers l'Orient, et bientôt on arriva sur le lieu désigné pour le martyre du Docteur des gentils, Paul se mit à genoux et adressa à Dieu sa dernière prière ; puis, s'étant bandé les yeux, il attendit le coup de la mort. Un soldat brandit son glaive, et la tête de l'Apôtre, détachée du tronc, fit trois bonds sur la terre. Trois fontaines jaillirent aussitôt aux endroits qu'elle avait touchés. Telle est la tradition gardée sur le lieu du martyre, où l'on voit trois fontaines sur chacune desquelles s'élève un autel.

Unissons nos hommages à ceux des siècles qui nous ont précédés, pour honorer le vase d'élection d'où la grâce du salut découla si abondamment sur le monde. Les formules adoptées par la sainte Eglise romaine dans l'Office de ce jour constituent un ensemble gracieux, auquel nous emprunterons tout (l'abord les deux Répons qui suivent.

% v

''ous êtes un vase d'élection , saint Apôtre Paul, prédicateur de la vérité dans tout l'univers : * Vous par qui toutes les nations ont connu la grâce de Dieu.

U es vas electionis, sancte Paule Apostole, prasdicator veritatis in universo mundo : * Fer quera omnes gentes cognoverunt gratiam Dei.

f. Intercédez pour nou auprès de Dieu qui vous a choisi, * Vous par qui.

Vf. C'est par la grâce de Dieu que je suis ce que je suis : * Et sa grâce en moi n'a pas été vaine, mais elle demeure toujours avec moi.

f. Celui qui par sa puissance a fait de Pierre un Apôtre, a fait de même pour moi parmi les nations. * Et sa grâce.

En la fcte de la Conversion du grand Apôtre, Adam de Saint-Victor nous a fourni le thème de nos chants dans une admirable Séquence. Le Missel de Liège de Tan 027 nous donnera aujourd'hui la suivante, dont la simplicité ne manque ni de charmes, ni de profondeur.

f. Intercède pro nobis ad Deum, qui te elegit. * Per quem.

■Ef. Gralia Dei sum id quod sum : * Et gralia ejus in me vacua non fuit, sed semper in me manet.

j^. Qui operatus est Petro in apostolatum, operatus est et mihi inter gentcs. * Et gratia.

DoCTORl gentium Gentes applauditc Votaque mcntium Vocedepromite.

Pastori gregibus Curam impendere : Pastorem ovibus Incumbit colère.

Electum vasculuni. Honoris ferculum "l'umorib vacuum Jure percolitis, Qui veri quaeritis Fontis irriguum.

AU Docteur des nations, nations , applaudissez , et, de la voix, publiez vos vœux.

Au pasteur appartient de conduire le troupeau ; aux brebis d'honorer le pasteur.

Vase d'élection, rempli d'honneur, sans vaine enflure, à bon droit recherché de quiconque se plaît au pâturage qu'arrosent les eaux de la vraie fontaine !

La Commémoration de S. Paul, Apôtre. 4gy

Du Docteur des nations la conversion sainte donne la joie en cet exil : exemple à suivre, objet de louange.

Au matin, ravisseur ; sur le soir, magnifique : ce ne fut pas en vain que de Benjamin la figure nous fournit un présage.

La mère enfante un fils de douleur ; le père l'appelle l'élu de la droite, pénétrant le mystère.

Ce que Saul a ravi, Paul en fait le partage ; il distribue les dépouilles de la loi sous la grâce.

Celui qu'Anne établit chef de perversité, le Christ en fait un ministre de la grâce.

Il ne rêve que carnage, et tombe aveuglé ; une voix le reprend , descendant des nues :

« Pourquoi persécuter celui « que tu dois suivre ? Pour« quoi, Saul, regimber contre « l'aiguillon ?

« Tu me poursuis, et l'on « croit que tu me rends hom« mage ! et c'est contre mes

Exempli gratiam, Laudis materiam In hoc exilio Confert et gaudium, Doctoris gentium Sacra conversio.

Rapax mane. Sero munificus:

Non inane Benjamin tjpicus

'n..i:. -uspicium.

Tulit

Parit mater Doloris filium

Vocat pater Dextrae suffragium, Doctus mysterium.

Quod Saulus rapuit, Paulus distribuit : Divisit spolia Legis in gratia.

Quem Annas statuit Ducem malitias. Christus exhibuit Ministrum gratiae.

Dum vacat caedibus, Caecatus corruit : Lapsa de nubibus Vox eum arguit.

Curme persequeris, Saule, necsequeris : Cur in aculeum Vertis calcaneum ?

Cum me persequeris, Prjestare crederis Mihi obsequium :

In meis fratribus i Cruentis manibus Versando gladium.

Excessit littera, Cesscrunt vetera : Praîconem gratiœ Te nunc constitue : Surge continue, Locum do veniœ.

O plena gratia, De cujus cumulo Arenti copia Redundat saeculo.

Félix vocatio, Non propter meritum Larga donatio, Sed praeter debitum.

Per aquœ médium, Fer ignem Spiritus, Ad refrigerium Transit divinitus.

Mutato nomine, Mutatur moribus : Secundusordine, Primus laboribus.

Par est apostolis Vocatis primitus : Praeesl epistolis, Vocatus cœlitus.

Ter virgis caeditur, Semel lapidibus : Ter mari mergitur, Nec périt fluctibus.

Ad cœlura tertium

« frères que tes sanglantes (I mains tournent la glaive 1

« C'en est fait de la lettre ; « les figures ont cessé : dès « cette heure, je te fais le hé« raut de ma grâce ; lève-toi « maintenant, je te par« donne. »

O grâce vraiment pleine, dont l'abondance déborde à flots sur le monde desséché!

Fortunée vocation, non provenue du mérite; largesse immense, nullement due !

Par le chemin de l'eau, par le feu de l'Esprit, il passe de ses ardeurs fiévreuses à la divine fraîcheur.

Son nom change, et ses mœurs ont changé : deuxième en dignité, premier pour le labeur.

Egal aux Apôtres appelés d'abord, lui dont l'appel est venu des cieux prévaut par ses Epîtres.

Trois fois il est battu de verges, une fois lapidé; trois fois la mer l'engloutit, sans qu'il meure dans ses flots.

Au troisième ciel son es*

La Commémoration de S. Paul, Apôtre. 4g g

prit est ravi : du regard de

1 ame il contemple le mystère de Dieu, mais, empêché de parler, ne sait le redire.

O Pasteur illustre, des Pasteurs li gloire, par un heureux sentier, tes troupeaux, amène, conduis, établis-les ai) lieu du pâturage éternel. ''Amen.

Raptus in spiritu, Dei mysterium Mentis intuitu

Intuetur,

Nec loquitur, Quia nec loqui sinitur.

O pastor inclyte, Pastorum gloria, Felici tramite Tua ovilia Deduc, Perdue, Constitue Perennis loco pascuae. Amen.

Saint Pierre Damien a consacré les accents de son énergique piété au Docteur des nations dans cette Hymne.

PAUL, docteur incomparable, trompette éclatante de l'Eglise, nuée qui voles et promènes le tonnerre par tout l'immense circuit des cieux :

Tonne en nos âmes avec puissance ; inonde les champs de notre cœur : que toute sécheresse reverdisse sous le déluge de la céleste grâce.

Oh ! combien grand est le mérite de Paul ! il monte au troisième ciel : il entend des paroles mystérieuses qu'il

PAULE, doctor egregie, Tuba clangens Ecclesiae, Nubes volans ac tonitrum Per amplum mundi circulum.

Nobis potenterintona, Ruraque cordis irriga : Cœlestis imbre gratiae Mentes virescant aridae.

O magnum Pauli meritum, Cœlum conscendit tertium,

5oo Le Temps après la Pentecôte.

Audit verba mysterii n'ose redire à personne.

Quaj nullis audet eloqui.

Dum Verbi spargit semina,

Seges surgit uberrima :

Sic cœli replent horreum

Bonorum fruges operum.

Micantis more lampadis, Perfundit orbem radiis : Fugat errorum tenebras. Ut sola regnet veritas.

Sit Patri laus ingenito, Sit decus Unigenito, Sit utriusque parili Majestas summa Flamini.

Amen.

Entin, pour nous conformer à la tradition liturgique, qui ne veut pas qu'on célèbre jama^is Tun des princes des Apôtres, sans faire aussi mémoire de son glorieux compagnon: nous donnerons ici, dégagée des retouches survenues plus tard, l'œuvre entière d'Elpis, à laquelle l'Hymne des Vêpres d'hier n'empruntait que les deux premières strophes. La troisième est employée par l'Eglise aux autres fêtes de saint Pierre, la quatrième à celles de saint Paul; les deux réunies formaient hier l'Hymne des Laudes.

Il sème le Verbe en tous lieux ; la moisson se lève abondante; le grenier du cie! se remplit des fruits des bonnes œuvres.

Comme une lampe au vi-f éclat, il illumine de ses rayons l'univers ; il chasse les ténèbres de l'erreur, pour que règne seule la vérité.

Louange soit au Pèje non engendré ; gloire soit au Fils unique ; à l'Esprit qui les égale tous deu.x soit grandeur souveraine 1

Amen.

AUREA luce et décore roseo, Lux lucis, omne perfudisti saeculum :

DE lumière d'or, de rayons empourprés, vous baignez le monde, 6 Lumière de lumière, embellissant lescieux

La Commémoration de S. Paul, Apôtre. 5oi

par un glorieux martyre en ce jour sacré qui donne aux coupables la grâce.

Le portier du ciel, le docteur de l'univers, juges du siècle et vraies lumières du monde, triomphent ensemble, l'un par la croix, l'autre par le glaive ; ceints du laurier de la victoire, ils font leur entrée au sénat de la vie.

Bon Pasteur, ô Pierre, reçois maintenant avec clémence les vœux de ceux qui t'implorent ; dénoue les liens du péché par cette puissance à toi confiée, qui pour tous ouvre ou ferme les cieux.

Docteur illustre, ô Paul, forme nos mœurs ; élève nos pensées par tes soins jusqu'au ciel, en attendant le jour où, le bien dans sa plénitude étant devenu notre partage, tout l'imparfait disparaîtra.

Double olivier oii coule la sève d'un unique amour, tous deux rendez-nous dévoués à la foi, fermes dans l'espérance, et, sur toutes choses, pleins de la double charité découlant de sa source ; après la mort de cette chair, obteneznous de vivre.

Decorans cœlos inclyto

martyrio, Hac sacra die quas dat

reis veniam.

Janitor cœli, Doctor

orbis pariter, Judices sœcli, vera mundi lumina : Per crucem alter, alter

ense triumphans, VitïB senatura laureati

possident.

Jam,bone Pastor Petre,

clemens accipe Vota precantum, et peccati vincula Résolve, tibi potestate

tradita, Qua cunct:s cœlum verbo

claudis, aperis.

Doctor egregie.Paule,

mores instrue, Et mente polum nos

transferre satage : Donec perfectura largiatur plenius, Evacuato quod ex parte

gerimus.

Olivse binae pietatis unicae, Fide devotos, spe robustos, maxime Fonte repletos charitatis

geminœ, Post mortem carnis impetrate vivere.

5o2 Le Temps après la Pentecôte.

Sil Trinitati setnpiterna gloria, Honor, potestas , atque

jubilatio, In unitate cui manet imperium, Ex tune, et modo, per aeterna sœcula. Amen.

Soit à la Trinité gloire ét.:rnelle , honneur, puissance et joie, en l'Unité qui garde l'empire, depuis lors et maintenant, dans les siècles sans fin.

Amen.

OPaul, à VOUS aujourd'hui nos vœux! Etablis heureusement sur la pierre qui porte l'Eglise, pourrions-nous oublier celui dont les travaux, plus que ceux d'aucun autre i, ont amené les Gentils nos pères à composer la cité sainte? Sion, la bien-aimée des premiers jours, a rejeté la pierre, et s'est brisée contre elle '- : quel est le mystère de cette autre Jérusalem descendue des cieux '-'^ dont cependant tous les matériaux furent tirés des abîmes ? Leurs inébranlables assises proclament la gloire de Varchitecte sage ^ qui les posa sur la pierre d'angle : elles-mêmes pierres sans prix, et dont l'éclat dépasse incomparablement la splendeur des parures de la fille de Sion. Qui vaut à la nouvelle venue cette beauté, ces honneurs d'Epouse ^ ? comment les fils de la délaissée sont-ils sortis des retraites impures où leur mère habitait, en la compagnie des dragons et les léopards^? La voix de f'Epoux s'est fait entendre, et elle disait; « Viens, ma fiancée, viens du Liban; descends des sommets d'Amana, des hauteurs de Sanir et d'Hermon ''. » Pourtant, de sa

I. I Cor. XV, lo. — 2. Rom. ix, 32. — 3. Apec, xxi, 2.

— 4. I Cor. ni, 10. — 5. Apoc. xxi, 2. — 6. Gant, iv, 8.

La Commémoration de s. Paul, Apôtre. 5o3 \

personne sacrée, l'Epoux, quand il vivait, ne \ quitta point Tantique terre des promesses, et sa voix mortelle ne pouvait parvenir à celle qui habitait au delà des confins de Jacob. O Paul, vous l'avez dit : comment donc invoquer, comment croire celui qu'on n'a pas entendu 1 ? Mais, à qui sait votre amour de l'E- poux, il suffit, pour enlever toute crainte, que vous-même, ô Apôtre, ayez signalé le problème. Nous chantions, au jour de l'Ascension triomphante, et c'était la réponse : Quand la beauté du Seigneur s'élèvera par delà les cieux, il montera sur la nue, et l'aile des vents sera son coursier rapide, et, vêtu de lumière, d'un pôle à l'autre il parcourra les cieux, faisant ses dons aux fils des hommes '■^. La nuée, l'aile des vents portant aux nations le message de l'Epoux, c'était vous, ô Paul, choisi d'en haut plus spécialement que Pierre ui-même pour instruire les gentils, ainsi qu'il fut reconnu, et par Pierre, et par Jacques et Jean, ces colonnes de l'Eglise s. Qu'ils turent beaux vos pieds, quand, sortant de Sion, vous apparûtes sur nos montagnes, et dîtes à la gentilité : « Ton Dieu va régner ^. » Qu'elle fut douce votre voix, murmurant à l'oreille de la pauvre abandonnée le céleste appel : « Ecoute, ô ma fille, et vois, et incline l'oreille de ton_cœur &. » Quelle tendre pitié vous témoigniez à celle qui, si longtemps, | vécut étrangère à l'alliance, sans promesse, sans Dieu dans ce monde « !

3. Gai. H. 7-9. — 4. IsAi. LU, 7. — 5. Psalm. xuv, bo4 Le Temps après la Pentecôte.

Et cependant elle était loin i, celle (qu'il fallait amener si près du Seigneur Jésus, qu'elle ne formât plus avec lui qu'un seul corps '- ! Vous connûtes, en cette œuvre immense, et les douleurs de l'enfantement •% et les soins de la mère allaitant son nouveau-né *; vous dûtes porter les longs délais de la croissance de l'Epouse ^ , éloigner d'elle toute tache ^^ l'illuminer progressivement des clartés de l'Epoux ^ : jusqu'à ce qu'entin, affermie dans l'amour ^, et parvenue à la mesure du Christ même ^, elle fût vraiment sa gloire i^, et pût par lui être remplie de toute la plénitude ae Dieu ii. Que de labeurs pour conduire cette nouvelle création , du limon primitif i- au trône de l'Adam céleste, à la droite du Père '^ ! Souvent, repoussé, trahi, mis aux fers i^, méconnu dans les sentiments les plus délicats de votre cœur d'Apôtre i5,vous n'eûtes pour salaire que d'indicibles angoisses et des souffrances sans nom. Mais la "fatigue, les veilles, la faim, le froid, le dénuement, l'abandon, violences ouvertes, attaques perfides, dangers de toutes sortes i»^, loin de l'abattre, excitaient votre zèle '^ ; la joie surabondait en vous i^ ; car ces souffrances étaient le complément de

4. I Cor. m, 1-2. -- 5. Eph. IV, i5. — 6. Ibid. v, 27.

— 7. II Cor. III. 18. — 8. Eph. m, 17. — 9. Ibid. iv, i5.

— 10. Ibid. V, 23 ; I Cor. xi, 7. — 11. Eph. m, 19. —

12. Gen. II, 7- — i3. I Cor., xv, 43-5o; Epn. i, 20 ; 11, 6.

— 14. II Tim. II, 9. — i5. I Cor. iv, ix ; II Cor. i, . II, VI, X, XII, 1 1-21 ; Gai. iv, 1 1-20 ; Philipp. i, 1 5-i8 ;

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