L'Année liturgique — Le Temps après la Pentecôte (t. 10-15) (page 33)

Dom Prosper Guéranger · Vie de piété

Texte français, domaine public · Source : archive.org — L'Année liturgique t. 10-15, éd. 1911 (OCR) · 70 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

II Tim. IV, g- 16; etc. — 16. II Cor. xi. — 17. Ibid.

XII, 10.— 18. Ibid. vu, 4.

La Commémoration de S. Paul, Apôtre. 5od

celles mêmes que Jésus avait endurées i, pour acheter l'alliance que depuis si longtemps l'éternelle Sagesse ambitionnait de conclure '^. Comme elle, vous n'aviez qu'un but, où passaient toute votre force et votre douceur 3 : sur le pavé poudreux des voies romaines, au fond des mers où vous jetait la tempête, à la ville, au désert, au troisième ciel où vous portait l'extase, sous les fouets des Juifs ou le glaive de Néron 4, gérant partout l'ambassade du Christ », vous jetiez à la vie comme au trépas, à toutes les puissances de la terre et des cieux, le déti d'arrêter la puissance du Seigneur *^, ou son amour '' qui vous soutenait dans la grande entreprise. Et, comme sentant le besoind'aller au-devant des étonnements que pouvait susciter l'enthousiasme de votre grande âme, vous lanciez aux nations ce cri sublime : « Taxez-moi de folie, mais, par pitié, sup« portez-moi : je suis jaloux de vous, jaloux « pour Dieu 1 C'est qu'en effet, je vous ai « hancées à l'unique Epoux : laissez-moi « faircjlque vous soyez pour lui une vierge « très pure ^ ! »

Hier, ô Paul, s'est consommée votre œuvre : ayant tout donné, vous vous êtes donné par surcroît vous-même ^. Le glaive, abattant votre tête sacrée, achève, comme vous l'aviez prédit, le triomphe du Christ i-^. La

3. Sap. vni, I. — 4. II Cor. xi, xu. — 5. IbiJ. v, 20;

Eph. VI, 20. — 6. II Cor. xni, 3. — 7. Rom. vni, 33-38. — 8. II Cor. XI, 1-2. — 9. Ibid. xu, i5. — lo. Philipp. I, 20.

5oG Le Temps après la Pentecôte.

mort de Pierre rixe en son lieu prédestiné le trône de l'Epoux ; mais c'est à vous surtout que la gentilité, prenant place comme Epouse à sa droite i, doit de pouvoir dire en se tournant vers la Synagogue sa rivale : « Je suis noire, mais je suis belle, filles de Jérusalem ; c'est pourquoi le Roi m'a aimée, et m'a choisie pour reine - ».

Louange donc à vous,ô Apôtre, et maintenant et toujours ! l'éternité ne saurait épuiser notre reconnaissance à nous, nations. Achevez votre œuvre en chacun de nous pour ces siècles sans fin; ne permettez pas que, paria défection d'aucun de ceux qu'appelait le Seigneur à compléter son corps mystique, l'Epouse soit privée d'un seul des accroissements sur lesquels elle pouvait compter. Soutenez contre le découragement les prédicateurs de la parole sainte, tous ceux qui, par la plume ou à un titre quelconque, poursuivent votre œuvre de lumière ; multipliez les vaillants apôtres qui reculent sans fin les limites de la région des ténèbres sur notre globe. Vous promîtes autrefois de rester avec nous, de veiller toujours au progrès de la foi dans nos âmes, d'y faire germer sans fin les très pures délices de l'union divine 3. Tenez votre promesse ; en allant à Jésus, vous n'en laissez pas moins votre parole engagée à tous ceux qui, comme nous, ne purent ici-bas vous connaître *. Car c'est à eux que, par l'une de vos Epîtres immortelles, vous laissiez l'assurance de pourvoir à « consoler leurs cœurs, les ordonnant

I. Psalm. XLiv, lo. — 2. Gant, i, 4; iv, 8. — 3. Fhilipp. I, 25-26. — 4. Col. n, I.

La Commémoration de S. Paul, A pâtre. 5oy

dans l'amour, versant en eux dans sa plénitude et ses richesses immenses la connaissance du mystère de Dieu le Père et du Christ Jésus, en qui sont cachés tous les trésors de la sagesse et de la science i ».

Dans cette saison du Cycle où règne l'Esprit qui fait les saints 2, faites comprendre aux chrétiens de bonne volonté que leur seul baptême suffit à les investir de cette vocation sublime, où trop souvent ils ne voient que la part du petit nombre. Puissent-ils pénétrer la grande, et pourtant si simple notion, que vous leur donnez du mystère où réside le principe le plus universel, le plus absolu de toute vie chrétienne s ; ensevelis avec Jésus sous les eaux, incorporés à lui par le seul fait, comment n'auraient-ils pas tout droit, tout devoir, d'être saints, de prétendre s'unir à Jésus dans sa vie comme ils l'ont fait dans sa mort ? « Vous êtes morts, et votre vie est cachée avec le Christ en Dieu * », disiez-vous à nos pères. Ce que vous proclamiez pour tous alors sans distinction, répétez-le à tous, ô grand Apôtre ! Docteur des nations, ne laissez pas dévier en elles la lumière, au grand détriment du Seigneur et de l'Epouse.

I. Col. II. 2-3. — 2. Rom. VIII. — 3. IbU. vi. — « ean-Baptiste a montré l'Agneau, Pierre affermi son trône, Paul préparé l'Epouse : œuvre commune, dont l'unité fut la raison qui devait les rapprocher de si près tous trois sur le Cycle. L'alliance étant donc maintenant assurée , tous trois rentrent dans l'ombre ; et seule, sur les sommets où ils l'ont établie , l'E- pouse apparaît , tenant en mains la coupe sacrée du festin des noces.

Tel est le secret de la fête de ce jour. Son lever au ciel de la sainte Liturgie, en la saison présente, est plein de mystère. Déjà, et plus solennellement, l'Eglise a révélé aux fils de la nouvelle Alliance le prix du Sang dont ils furent rachetés, sa vertu nourrissante et les honneurs de l'adoration qu'il mérite. Au grand Vendredi, la terre et les cieux contemplèrent tous les crimes noyés dans le

La Fête du Précieux Sang. 5og

fleuve de salut dont les digues éternelles s'étaient entin rompues, sous l'effort combiné de la violence des hommes et de l'amour du divin Cœur. La fête du Très Saint Sacrement nous a vus prosternés devant les autels où se perpétue l'immolation du Calvaire , et l'effusion du Sang précieux devenu le breuvage des humbles et l'objet des hommages des puissants de ce monde. \^oici que l'Eglise, cependant, convie de nouveau les chrétiens à célébrer les flots q^ui s'épanchent de la source sacrée : qu'est-ce a dire, sinon, en effet, que les solennités précédentes n'en ont point sans doute épuisé le mystère ? La paix faite par ce Sang dans les bas lieux comme sur les hauteurs ; le courant de ses ondes ramenant des abîmes les fils d'Adam purifiés, renouvelés, dans tout l'éclat d'une céleste parure ; la table sainte dressée pour eux sur le rivage, et ce calice dont il est la liqueur enivrante : tous ces apprêts seraient sans but, toutes ces magnificences demeureraient incomprises , si l'homme n'y voyait les avances d'un amour dont les prétentions entendent n'être dépassées par les prétentions d'aucun autre amour. Le Sang de Jésus doit être pour nous à celte heure le Sang du Testament, le gage de l'alliance que Dieu nous propose i, îa dot constituée par l'éternelle Sagesse appelant les hommes à cette union divine, dont l'Esprit de sainteté poursuit sans fin la consommation dans nos âmes. Et c'est pourquoi la présente fête, fixée toujours à quelqu'un des Dimanches après la Pentecôte, n'interrompt point

5 10 La Fête du Précieux Sang.

l'enseignement qu'ils ont mission de nous donner en ce sens, mais le confirme merveilleusement au contraire.

« Ayons donc confiance , ô mes Frères, nous dit l'Apôtre ; et, par le Sang du Christ, entrons dans le Saint des Saints, Suivons la route nouvelle dont le secret est devenu nôtre, la route vivante qu'il nous a tracée a-u travers du voile, c'est-à-dire de sa chair. Approchons d'un cœur vrai, d'une foi pleine, purs en tout, maintenant ferme la profession de notre inébranlable espérance ; car celu.' qui s'est engagé envers nous est fidèle. Excitons-nous chacun d'exemple à l'accroissement de l'amour i. Et que le Dieu de paix qui a ressuscité d'entre les morts notre Seigneur Jésus-Christ, le grand pasteur des brebis dans le Sang de l'alliance éternelle , vous dispose à tout Dien, pour accomplir sa volonté, pour que lui-même fasse en vous selon son bon plaisir par Jésus-Christ, à qui soit gloire dans les siècles des siècles ~\ w

Nous ne devons pas omettre de rappeler ici que cette fête est le monum.ent de l'une des plus éclatantes victoires de l'Eglise au dernier siècle. Pie IX avait été chassé de Rome, en 1848, par la Révolution triomphante ; dans ces mêmes jours, l'année suivante, il voyait rétablir son pouvoir. Les iS, 29 et 3o juin, sous l'égide des Apôtres, la fille aînée de l'Eglise, fidèle à son glorieux passé, balayait les remparts de la Ville éternelle ; le

2 juillet, fête de Marie, s'achevait la conquête.

Bientôt un double décret notifiait à la Ville

î. Heb. X, 19-24. — 2. Ibid. xiii, 20-21.

A la Messe. 5ii

et au monde la reconnaissance du Pontife, et la manière dont il entendait perpétuer par la sainte Liturgie le souvenir de ces événements. Le lo août, de Gaëte même, lieu de son refuge pendant la tourmente. Pie IX, avant d'aller reprendre le gouvernement de ses Etats, s'adressait au Chef invisible de l'Eglise et la lui confiait par l'établissement de la fête de ce jour, lui rappelant que, pour cette Eglise, il avait versé tout son Sang. Peu après, rentré dans sa capitale, il se tournait vers Marie, comme avaient fait en d'autres circonstances saint Pie V et Pie VII; le Vicaire de l'Homme-Dieu renvoyait à celle qui est le Secours des chrétiens, l'honneur de la victoire remportée au jour de sa glorieuse Visitation, et statuait que la fête du 2 juillet serait élevée du rite double-majeur à celui de seconde classe pour toutes les Eglises : prélude à la définition du dogme de la Conception immaculée , que l'immortel Pontife projetait dès lors, et qui devait achever l'écrasement de la tête du serpent

L'Eglise, que les Apôtres ont rassemblée de toutes les nations qui sont sous le ciel, s'avance vers l'autel de l'Epoux qui l'a rachetée de son Sang, et chante dans l'Introït son miséricordieux amour. C'est elle qui est désormais le royaume de Dieu, la dépositaire de la vérité.

512 La Fête du Précieux Sang.

\7ous nous avez rachetés ' par votre Sang, ô Seigneur, de toute tribu, de toute langue, de tout peuple, de toute nation, et vous avez fait de nous le royaume de notre Dieu.

Ps. Je chanterai à jamais les miséricordes du Seigneur; de génération en génération ma bouche annoncera votre vérité. Gloire au Père. Vous nous avez racheté.*.

REDEMiSTi nos, Domine, in Sanguine tuo, ex omni tribu, et lingua. et populo, et natione. et fecisti nos Deo nostro regnum.

Ps. Misericordias Domini in îEternum cantabo : in generationem et generationem annuntiabo veritatem tuani in ore raeo. Gloria Patri. Redemisti nos.

Gage de paix entre le ciel et la terre, objet des plus solennels hommages et centre luimême de toute Liturgie, protection assurée contre les maux de là vie présente, le Sang de l'Homme-Dieu dépose dès maintenant dans les âmes et les corps de ceux qu'il a rachetés le germe des joies éternelles. L'E- glise demande, dans la Collecte, au Père qui nous a donné son Fils unique, que ce germe divin ne reste pas stérile en nous et arrive à son plein développement dans les cieux.

aiNiPOTENS sempiterne Deus.qui unigenitum Filium tuum mundi Redemptorem constituisti. ac ejus Sani^iiine placari voluisti : concède quaesumus, salutis nostrœ pretium soIcmni cultu ita venerari, atque a praesentis

DIEU tout-puissant et éternel, qui avez fait de votre Fils unique le Rédempteur du monde, et avez voulu être apaisé par son Sang ; nous vous en supplions, accordeznous de célébrer de telle sorte en nos solennels hommages le prix de notre salut, et d'être si bien défendus en

A la Messe.

5i3

vitce malis ejus virtute defendi in terris ; ut fructu perpétue lœtemur in cœlis. Per eumdem Dominum.

terre par sa vertu contre les maux de la vie présente, que nous puissions au ciel nous réjouir à jamais de son fruit. Par le même Jésus-Christ notre Seigneur.

On fait ici mémoire du Dimanche après la Pentecôte, qui cède à la fête du Précieux Sang les premiers honneurs de cette journée.

Lecture de l'Epître du bienheureux Paul, Apôtre, aux Hébreux. Chap. ix.

MES Frères, Jésus-Christ, le Pontife des biens futurs, étant venu à paraitre, est entré une fois dans le Sanctuaire par un tabernacle plus grand et plus parfait, qui n'a point été fait de main d'homme, c'est-à-dire qui n'a point été formé par la voie commune et ordinaire. Il est entré, non avec le sang des boucs et des taureaux, mais avec son propre Sang, nous ayant acquis une rédemption éternelle ; car, si le sang des boucs et des taureaux , et l'aspersion de l'eau mêlée avec la cendre d'une génisse, sanctifient ceux qui ont été souillés, et leur donnent une pureté extérieure et charnelle, combien plus le Sang du Christ qui, par l'Esprit-Saint s'est oiiert lui-même à I)ieu comme une victime sans tache, purifiera-t-il notre

Lectio Epistolœ beati Pauli Apostoli ad Hebraeos. Cap. ix.

FRATRES, Christus assistens Pontifex futurorum bonorum, per araplius et perfectius tabernaculum non manufactum, id est, non hujus creationis : neque per sanguinem hircorum aut vitulorum, sed per propriuni Sanguinem introivit semel in Sancta, œterna redemptione inventa. Si enim sanguis hircorum et taurorum, et cinis vitulœ aspersus inquinatos sanctificat ad emundationem carnis , quanto magis Sanguis Christi, qui per Spiritum Sanctum semetipsum obtulit immaculatum Deo, emundabit conscientiam nostram ab operibus mortuis, ad serviendum Deo viventi ; Et ideo novi Testamenti media5 14 La Fête du Précieux Sang.

tor est : ut morte intercedente,in redemptionem earum pra:varicationum quoe erant sub prioriTestamento, repromissionem accipiant. qui vocati sunt, ieternaehaereditatis : iu Christo Jesu Domino nostro.

conscience de ses œuvres mortes, pour nous rendre capables de servir le Dieu vivant ! Et c'est pourquoi il est le médiateur du Testament nouveau, afin que, par la mort qu'il a subie pour racheter les prévarications commises sous le premier Testament, ceux qui y sont appelés reçoivent l'objet de la promesse, Ihéritage éternel, en Jésus-Christ notre Seigneur.

L'Epître qu'on vient de lire est la confirmation de ce que nous avons dit du caractère de cette fête. C'est par son propre Sang que le Fils de Dieu est entré dans les cieux ; le Sang divin reste pour nous l'introducteur à l'Alliance éternelle. Ainsi l'ancienne Alliance, fondée sur l'observation des préceptes du Sinai, avait-elle consacré dans le sang le peuple et la Loi, le tabernacle et les vases qu'il devait contenir; mais tout cela n'était que figure. « Or, dit saint Ambroise, c'est à la vérité que nous devons tendre. Ici est l'ombre, ici l'image, là-haut la vérité. Dans la Loi c'était l'ombre, l'image se trouve dans l'Evangile, la vérité au ciel. Jadis on sacrifiait un agneau ; maintenant c'est le Christ : mais ici sous les signes des Mystères, tandis qu'au ciel il est sans voiles. Là seulement donc est la pleine perfection à laquelle se doivent arrêter nos pensées, parce que toute perfection est dans la vérité sans image et sans ombre ^ ». Là seulement sera le

I. Ambr. De Offic. I, 48.

A la Messe. 5i5

repos. Là, dès ce monde, aspirent les fils de Dieu: sans y atteindre pleinement, ils s'en rapprochent chaque jour; car là seulement se trouve la paix qui fait les saints.

« Seigneur Dieu, dit à son tour un autre grand Docteur, saint Augustin, donnez-nous cette paix, la paix du repos, la paix du septième jour, du sabbat sans couchant. Car, il est vrai, tout cet ordre de la nature et de la grâce est bien beau pour vos serviteurs , et bien bonnes sont les réalités qu'il recouvre ; mais ses images, ses modes successifs, n'auront qu'un temps , et , leur évolution accomplie , il passera. Les jours que vous avez remplis de vos créations se composent de matin et de soir, le septième excepté qui n'a pas de déclin, parce que vous l'avez sanctifié dans votre repos à jamais. Or ce repos, quel est-il , sinon celui que vous prenez en nous , quand nous-mêmes reposons en vous dans la paix féconde qui couronne en nous la série de vos grâces ? Repos sacré, plus productif que tout labeur, les parfaits seuls vous connaissent , ceux-là qui ont laissé le travail divin accomplir en eux l'œuvre des six jours i ! » - C'est pourquoi, nous dit l'Apôtre, interprétant lui-même à l'aide des autres Ecritures le passage qui vient de lui être emprunté par la sainte Eglise, c'est pourquoi aujourdliui, si vous entende:^ sa voix, n'eiidurcisse:^ pas vos cœurs '^. Le Sang divin nous a rendus

I. AuG. Confess. XIII, 35-37 ; de Genesi ad litt. iv, i3-i7 ; et alibi passiin. — 2. Heb. m, 7-8, ex Psalm. xciv.

5i6 La Fête du Précieux Sang.

participants du Christ i : à nous de ne pas dissiper, comme un bien sans valeur, l'incorporation initiale qui nous unit au Chef divin ; mais livrons-nous, sans dctiance ni réserve, à rénergie de ce ferment précieux qui doit transformer en lui tout notre être. Craignons de manquer la promesse rappelée dans notre Epître, et qui est celle d'enU^er dans le re^os de Dieu, d'après saint Paul lui-même -. Llle regarde tous les croyants, affirme-t-il s, et ce divin sabbat est pour le peuple entier du Seigneur *. Donc, pour y entrer, faisons diligence ^; n'imitons pas les Juifs que leur incrédulité exclut pour jamais de la terre promise 6.

Le Graduel nous ramène au grand témoignage de l'amour du Fils de D'ieu, confié à l'Esprit-Saint avec le Sang et l'eau des Mystères ; témoignage qui se relie d'ici-bas à celui que rend dans les cieux la Trinité souveraine. Si nous recevons le témoignage des hommes, le témoignage de Dieu est plus grand, proclame le Verset. Qu'est-ce à dire, sinon, encore une fois, qu'il nous faut céder à ces invitations réitérées de l'amour ? Nul, pour s'y dérober, n'est recevable à arguer de son ignorance, ou d'un manque de \-bcation aux voies plus élevées que celles où se traînent nos tiédeurs. Ecoutons l'Apôtre s'adressant à tous, dans cette même Epître aux Hébreux que l'Eglise nous fait lire en cette fête : « Oui, sans doute, grandes et ineftables sont ces choses. Mais si vous êtes devenus

I. Hebr. III. 14. — 2. Ibid. iv, i. — 3. Ibid. 3. —

4.. Ibid. 9, — 5. ibid. II.— 6. Ibid, lll, IV

A la Messe.

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peu capables de les comprendre, c'est par votre fait ; car, depuis le temps, vous devriez y être maîtres. Vous êtes réduits au lait des enfants, quand votre âge réclame la nourriture solide des parfaits. Quant à nous, dans nos instructions, faisant trêve aux discours qui n'ont pour but que d'inoculer les premiers éléments du Christ, nous devons nous porter plus avant, sans revenir sans cesse à poser le fondement, qui consiste à se dégager des œuvres mortes et à ouvrir sur Dieu les yeux de la foi. N'avez-vous pas été illuminés ? n'avez-vous pas goûté le don céleste ? n'avezvous pas été faits participants de l'EspritSaint ? Quelle pluie de grâces, à tous moments, sur la terre de vos âmes ! il est temps qu'elle rapporte en conséquence à Dieu qui la cultive. Assez tardé : soyez de ceux qui par la patience et la foi hériteront des promesses, jetant votre espérance, comme une ancre assurée, au delà du voile, aux plus intimes profondeurs, où Jésus n'est entré devant nous que pour nous attirer à sa suite 1 ».

Jésus-Christ est venu par l'eau et le Sang : non dans l'eau seule, mais dans l'eau et le Sang.

f. Il y en a trois qui rendent témoignage au ciel : le Père, le Verbe, et l'EspritSaint ; et ces trois sont une même chose. Et il y en a

HIC est qui venit per aquam et sanguinem, Jésus Christus ; non in aqua solum, sed in aqua et sanguine.

f. Très sunt, qui festimonium dant in cœlo : Pater, Verbum, et Spiritus Sanctus ; et hi très unum sunt. Et très sunt

5iH La Fête du Précieux Sang.

qui testimoniutn dant in terra : Spiritus, aqua, et sanguis ; et hi très unum sunt.

Alléluia, alléluia.

f. Si testimonium hominum accipimus , testimonium Dei majus est. Alléluia.

Sequentia sancti Evangelii secundum Johannem. Cap. xix.

IN illo tempore : Cum accepisset Jésus acetum. dixit : Consummatum, est. Et inclinato capite. tradidit spiritum. Judœi ergo (quoniam Parasceve erat). ut non remanerent in cruce corpora Sabbato (erat enim magnus dies ille Sabbati), roga\erunt Pilatum. ut frangerentur eorum crura, et tollerentur. Venerunt ergo milites : et primi quidem fregerunt crura, et alterius qui crucifixus est cum eo. Ad Jesum autem cum venissent, ut viderunt eum jam mortuum. non fregerunt ejus crura : sed unus militum lancea latus ejus aperuit, et continuo exivit sanguis et aqua. Et qui vidit. testimonium perhibuit : et verum est testimonium ejus.

trois qui rendent témoignage sur la terre : l'Esprit, l'eau, et le Sang ; et ces trois concourent au même but.

Alléluia, alléluia.

"p. Si nous recevons le té* moignage des hommes, le témoignage de Dieu est plus grand. Alléluia.

La suite du saint Evangile selon saint Jean. Chap.

EN ce temps-là, Jésus, ayant pris le vinaigre, dit : Tout est consommé. Et baissant !a tête, il rendit l'esprit. Or ce jour-là étant celui de la Préparation, afin que les corps ne demeurassent pas en croix durant le Sabbat (car ce Sabbat était un jour très solennel), les Juifs prièrent Pilate qu'on leur rompit les jambes, et qu'on les enlevât. Il vint donc des soldats qui rompirent les jambes du premier, puis de l'autre qui avait été crucifié avec lui. Etant venus à Jésus, et le voyant déjà mort, ils ne lui rompirent point les jambes ; mais un des soldats lui ouvrit le côté avec une lance, et aussitôt il en sortit du sang et de l'eau. Et celui qui le vit en rend témoignage, et son témoignage est vrai

A la Messe, b iq

C'est au grand Vendredi que nous entendîmes pour la première fois ce passage du disciple bien-aime. En deuil au pied de la Croix où venait d'expirer son Seigneur, l'Eglise n'avait point alors assez de lamentations et de larmes. Aujourd'hui elle tressaille d'autres sentiments, et le même récit qui attirait ses pleurs la fait déborder dans ses Antiennes en allégresse et chants de triomphe. Si nous voulons en connaître la cause, demandons-la aux interprètes autorisés qu'elle-même a voulu charger de nous donner sa pensée en ce jour. Ils nous apprendront que la nouvelle Eve célèbre aujourd'hui sa naissance du côté de l'Epoux endormi i ; qu'à dater du moment solennel où l'Adam nouveau permit à la lance du soldat d'ouvrir son Cœur, nous sommes devenus en vérité l'os de ses os et la chair de sa chair '-. Ne soyons plus étonnés, si dès lors l'Eglise ne voit plus qu'amour et vie dans ce Sang qui s'épanche.

Et toi, 6 âme, rebelle longtemps aux touches secrètes des grâces de choix, ne te désole point ; ne dis pas : « L'amour n'est plus pour moi ! » Si loin qu'ait pu t'égarer l'antique ennemi par ses ruses funestes, n'est-il pas vrai qu'il n'est point de détour, point d'abîme peut-être, hélas ! où ne t'aient suivie les ruisseaux partis de la source sacrée ? Croistu donc que le long trajet qu'il t'a plu d'imposer à leur poursuite miséricordieuse , en ait épuisé la vertu ? Fais-en l'épreuve. Et

520 La Fête du Précieux Sang.

tout d'abord, baigne-toi dans ces ondes purifiantes ; puis, abreuve à longs traits au fieuve de vie cette pauvre âme fatiguée; enfin, t'armant de foi, remonte le cours ciu fleuve divin. Car s'il est sûr que, pour arriver jusqu'à toi, il ne s'est point séparé de son point de départ, il est également assuré que, ce faisant, tu retrouveras la source elle-même. Crois bien, en effet, que c'est là tout le secret de l'Epouse; que, d'où qu'elle vienne, elle ne procède point autrement pour trouver la réponse à la demande posée au sacré Cantique: «Indiquez-moi, ô vov.s que chérit mon âme, le lieu de votre repos en ce Midi dont l'ardeur est si douce i. » D'autant que, remontant ainsi le fleuve sacré, non seulement elle est sûre d'arriver au divin Cœur, mais encore elle renouvelle sans fin, dans ses flots, la beauté très pure qui fait d'elle pour l'Epoux un objet de complaisance et de gloire -. Pour ce qui est de toi, recueille aujourd'hui préci-eusement le témoignage du disciple de l'amour; et félicitant Jésus, avec l'Eglise son Epouse et ta mère, de l'éclat de sa robe empourprée 3, aie bien soin aussi de conclure avec Jean : « Nous donc aimons Dieu, puisqu'il nous a aimés lui-même le premier *. )>

L'Eglise, présentant les dons pour le Sacrifice , rappelle en ses chants que le

I. Cant. 1,6. — 2. Eph. V, 27, — 3. Quis est iste qui venit de Edom, tinctis vestibus de Bosra ? Iste formosus in stola sua. Prima Anliphona in /'^ Vesperis. —

A la Messe,

calice offert par elle à la bénédiction des prêtres ses fils devient, par la vertu des paroles sacrées , l'intarissable réservoir d'où s'épanche sur le monde le Sang du Seigneur.

LE calice de bénédiction que nous bénissons, ne verse-t-il pas le Sang du Christ en nos veines ? Et le pain rompu par nous ne nous unit-il pas au Corps du Seigneur ?

CALix benedictioni's, cui benedicimus , nonne communicatio Sanguinis Christi est ? Et panis quem frangimus, nonne participatio Corporis Domini est ?

La Secrète implore le plein effet de la divine Alliance, dont le Sang du Seigneur Jésus est devenu le moyen et le gage, depuis que son effusion , renouvelée sans fin aux saints Mystères , a fait cesser le cri de vengeance que celui d'Abel misait monter de la terre au ciel.

PUISSIONS-NOUS , par ces divins Mystères, aller à Jésus, le médiateur de la nouvelle Alliance ; que ce Sang à nouveau répandu sur vos autels, ô Seigneur des armées, parle mieux pour nous que celui d'Abel. Par le même Jésus-Christ.

PER haec divina mysteria, ad novi, quaesumus, Testamenti mediatorem Jesum accedamus ; et super altaria tua. Domine virtutum, aspersionem Sanguinis melius loquentem quam Abel, innovemus. Par eumdem.

On fait mémoire du Dimanche. Le Prêtre ensuite entonne la Préface triomphante de la Croix, sur laquelle s'est conclue dans le Sang divin l'union ineffable.

La Fête du Précieux Sang.

de vous rendre tout temps et

OVi, c'est une chose digne et juste, équitable et salutaire, grâces en

tous lieux, Seigneur saint, Père tout-puissant, Dieu éternel, qui avez attaché au bois de la Croix le salut du genre humain, afin que la vie nous fût rendue au moyen de ce qui nous avait donné la mort, et que celui qui, par le bois, avait triomphé, fût, par le bois, vaincu à son tour ; par Jésus-Christ, notre Seigneur. C'est par lui que les Anges louent votre majesté, que les Dominations l'adorent, que les Puissances la révèrent en tremblant, que les Cieux et les Vertus des Cieux la célèbrent avec transport. Daignez permettre à nos voix de s'unir à leurs voix, afin que nous puissions dire dans une humble confession : Saint 1 Saint ! Saint ! etc.

VERE dignum et justum est, aequum et salutare, nos tibi scmper, et ubique gratias agere. Domine sancte, Pater omnipotens , œterne

Deus : qui salutem humani generis in ligno cracis constituisti : ut unde mors oriebatur, inde vita resurgeret : et qui in ligno vincebat, in ligno quoque vinceretur : per Christum Dominum nostrum. Per quem majestatem tuam laudant Angeli, adorant Dominationes, tremunt Potestates. Cœli, cœlorumque virtutes, ac beata Seraphim. socia exsultatione concélébrant . Cum quibus et nostras voces, ut admitti jubeas deprecamur , supplici confessione dicentes : Sanctus, Sanctus, Sanctus, etc.

L'Antienne de Communion chante le miséricordieux amour dont le Seigneur fit preuve à sa venue, ne se laissant pas détourner de ses projets divins par l'entassement de crimes qu'il devait dissoudre en son propre Sang, pour purifier l'Epouse. Grâce à l'adorable Mystère de la foi opérant dans le secret des cœurs, quand il reviendra visiblement, il ne restera plus de ce douloureux passé qu'un souvenir de triofiiphe.

A Vêpres.

LE Christ a été offert une fois pour détruire les péchés d'un grand nombre ; il paraîtra de nouveau, mais cette fois sans le péché, pour sauver ceux qui l'attendent.

CHRIl tus

HRISTUS semel obla!s est ad multorura exhaurienda ^ peccata ; secundo sine peccato apparebit exspectantibus se, in salutem.

Abreuvés d'allégresse aux fontaines du Sauveur, qui sont ses plaies sacrées, obtenons que le Sang précieux qui rougit nos lèvres demeure, jusqu'en l'éternité, la source vive où nous puiserons la béatitude et la vie.

ADMIS, Seigneur, à la table sacrée, nous nous sommes abreuvés dans la joie aux fontaines du Sauveur ; nous vous en supplions : que son Sang soit pour nous la source d'eau vive jaillissant jusque dans la vie éternelle. Lui qui vit et règne avec vous.

On ajoute comme mémoire la Postcommunion du Dimanche , dont l'Evangile se dit aussi, après la bénédiction du Prêtre, en place de celui de saint Jean.

AD sacram, Domine, mensam admissi, hausimus aquas in gaudio de fontibus Salvatoris : Sanguis ejus fiât nobis. quaesumus, fons aquae in vitam œternam salientis. Qui tecum vivit et re2;nat.

HIER, ouvrant la fête , l'Eglise chantait : « Quel est celui-ci qui vient de Bosra en Edom , avec sa robe richement teinte ? Il est beau dans ce vêtement ! — C'est moi.

524 La Fête du Précieux Sang.

ctait-il répondu, dont la parole est toute de justice, moi qui viens défendre et sauver. » Celui qui parlait ainsi était vêtu d'une robe teinte de sang, et le nom qu'on lui donne, c'est le Verb'e de Dieu. « Pourquoi donc, reprenait l'Eglise, votre robe est-elle rouge, et vos vêtements comme les habits de ceux qui foulent le vin dans lé pressoir ? — J'ai été seul à fouler le vin, et nul d'entre les hommes ne m'a prêté aide. »

Ainsi apparaissait, par la vertu du Sang divin, celui auquel le Psalmiste avait dit : « Levez-vous dans votre gloire et votre beauté, et marchez au triomphe ^ ! » Après l'Epoux, un autre dialogue nous montrait ce matin l'Epouse, puisant elle-même dans ce Sang précieux la surhumaine beauté qui convient au banquet des noces de l'Agneau. Car les Antiennes des Laudes mettaient en scène, ainsi qu'il suit, les membres de l'E- glise , spécialement les Martyrs, en qui sa gloire rayonne davantage : « Ceux-là que l'on voit revêtus de robes blanches, qui sontils, et d'où sont-ils venus? — Ceux-là sont venus de la grande tribulation, et ils ont lavé leurs robes dans le Sang de l'Agneau. C'est pourquoi ils sont devant le trône de Dieu et le servent jour et nuit. Ils ont vaincu le dragon par le Sang de l'Agneau et la parole "du Testamert. — Bienheureux ceux qui lavent leurs robes dans le Sang de l'A- gneau ! y

L'Eglise ce soir revient à son Seigneur, en Psalm. XLiv.

A Vêpres.

reprenant aux secondes Vêpres les Antiennes des premières.

I. Ant.

UEL est celuiqui vient

de Bosra en Edom, avec sa robe richement teinte ? Il est beau dans ce vêtement !

Qlis

V</ iste ,

est qui venit de Edom, tinctis vestibus de Bosra ? Iste formosus in stola sua.

Psaume cix. Dixit Dominus, page 45.

2. Ant. Ego qui lo2. Ant. C'est moi dont la parole est toute de justice,

moi qui viens j'-" j sauver.

défendre et

quor justitiam, et propugnator sum ad salvandum.

Psaume ex. Confitebor tibi, Domine, j^i^^ii^e 46.

3. Ant. Vestitus erat veste aspersa sanguine, et vocatur nomen ejus Verbum Dei.

Psaume cxr. Beatus vir, page 47.

4. Ant. Pourquoi donc votre robe est-elle rouge, et vos vêtements comme les habits de ceux qui foulent le vin dans le pressoir ?

4. Ant. Quare ergo rubrum est indumentum tuum, et vestimenta tua sicut calcantium in torculari ?

Psaume cxii. Laudate pueri, page 49.

5. Ant. J'ai été seul à fouler le vin, et nul d'entre les hommes ne m'a prêté aide.

5. Ant. Torcular calcavi solus, et de gentibus non est vir mecum.

JÉRUSALEM, chantez le Se votre Dieu,

LAUDA, Jérusalem, Dominum : * lauda Deum tuum, Sion.

52 6 La Fête du Précieux Sang.

Qaoniam confortavit seras portarum tuarum : * benedixit filiis tuis in te.

Qui posuit fines tuos pacem : * et adipe frumenti satiat te.

Qui emittit eloquium suum terrœ : * velociter currit sermo ejus.

Qui dat nivem sicut lanam : * nebulam sicut cinerem spargit,

Mittit crystallum suam sicut buccellas : * ante faciem frigoris ejus quis sustinebit ?

Emittet Verbum suum, et liquefaciet ea : " flabit Spiritus ejus , et fluent aqu32.

Qui annuntiat Verbum suum Jacob : ' justitias, et judicia sua Israël.

Non fecit taliter omni nationi : * et judicia sua non manifestavit eis.

Ant. Torcular calcavi solus, et de gentibus non est vir mecum.

C'est lui qui fortifie les serrures de vos portes ; il bénit les fils nés en votre sein.

Il a placé la paix sur vos frontières ; il vous nourrit de la fleur du froment.

Il envoie son Verbe à la terre; sa parole parcourt le monde avec rapidité.

Il donne la neige comme des flocons de laine ; il répand les frimas comme la poussière.

Il envoie le cristal de la glace semblable à un pain léger : qui pourrait résister devant le froid que son souffle répand ?

Mais bientôt il envoie son Verbe, et celte glace si dure se fond à sa chaleur : l'Esprit de Dieu souiBe, et les eaux reprennent leur cours.

Il a donné son Verbe à Jacob, sa loi et ses jugements à Israël.

Il n'a point traité de la sorte toutes les nations, et ne leur a pas manifesté ses décrets.

Ant. J'ai été seul à fouler le vin, et nul d'entre les hommes ne m'a prêté aide.

C.A.PITULE. {Hebr. ix.)

PATRES, Christus assistens Pontifex futurorum bonorum , per amplius et perfectius tabernaculura non manuMES Frères, Jésus-Christ, le Pontife des biens futurs, étant venu à paraître, est entré une fois dans la Sanctuaire par un tabernaclo

A Vêpres.

plus grand et plus parfait, qui n'a point été fait de main d'homme, c'est-à-dire qui n'a point été formé par la voie commune et ordinaire. Il est entré, non avec le sang des boucs et des taureaux, mais avec son propre Sang, nous ayant acquis une rédemption éternelle.

factum, id est, non hujus creationis : neque per sanguinem hircorum aut vitulorum, sed per proprium Sanguinem introivit semel in Sancta, œterna redemptione

QUE par les chemins résonnent des accents de fête ; que la joie brille au front des habitants de la cité ; portant des torches enflammées, que s'avancent dans un ordre harmonieux enfants et vieillards.

Mourant sur la dure couche de l'arbre du salut, de plaies sans nombre le Christ a répandu son Sang ; cette fête en garde le souvenir; sachons au moins , en hommage, y mêler nos larmes.

L'ancien Adam , par son crime, avait perdu le genre humain ; l'Adam nouveau, par son innocence et par son amour, a rendu la vie à tous.

Le Père souverain a entendu des cieux le cri puisFESTivis resonent compita vocibus. Cives lœtitiam frontibus

explicent : Tasdis flammiferis ordine prodeant Instructi pueri et senes.

Quem dura moriens

Christus in arbore Fudit multiplie! vulnere

Sanguinem Nos facti memores dum

colimus, decet Saltem fundere lacrymas.

Humano generi pernicies gravis

Adami veteris crimine contigit :

Adami integritas et pietas novi

Vitam reddidit omnibus.

Clamorem validum summus ab asthere

528 Le Temps après la Pentecôte.

Languentis Geniti si

Paler audiit, Placari potius Sanguine

debuit, Et nobis veniam dare.

Hoc quicumque stolam Sanguine proluit,

Abstergit maculas ; et roseum decus,

Quo fiât similis protinus Angelis,

Et Régi placeat, capit.

A recto instabilis tramite postmodum Se nuUus retrahat ;

meta sed uliima Tangatur : tribuelnobile

prxmium. Qui cursum Deus adjuvat.

Nobis propitius sis , Genitor potens, Ut quos unigenas Sanguine Fiiii Emisti, et placido Fiamine recréas, Cœli ad culmina transferas. Amen.

j^. Te ergo quassumus, tuis famulis subveni.

^. Quos pretioso Sanguine redemisti.

sant de son Fils expirant; ce Sang l'apaise, et nous mérite grâce.

Quiconque lave sa robe en ce Sang na plus aucune tache ; l'éclat empourpré qu'il y puise le rend soudain semblable aux Anges et agréable au Roi.

Désormais qu'aucune inconstance ne nous fasse quitter la voie droite ; atteignons le terme suprême : Dieu 'qui nous aide dans la, course, récompensera noblement nos efforts.

Père très puissant, soyeznous propice : achetés du Sang de votre Fils unique, créés à nouveau dans l'Esprit pacificateur, conduiseznous jusqu'aux sommets des deux.

Amen.

^. Daignez donc secourir vos serviteurs,

15?. Que vous avez rachetés de votre précieux SangSi cette fête doit passer comme toute fête 1 ici-bas, son objet reste et fait le trésor du m.onde. Qu'elle soit pour chacun de nous,

La Fête du Précieux Sansr.

'2g

comme elle Test pour l'Eglise, un monument des plus sublimes faveurs du ciel. Puisse chaque année, en ramenant son passage sur le Cycle, trouver en nos cœurs de nouveaux fruits d'amour éclos sous la rosée féconde du Précieux Sang.

ANTIENNE DE Magnificat.

CE jour sera pour vous un monument ; et vous le célébrerez de générations en générations par un culte éternel, comme une fête solennelle à la gloire du Seigneur.

ABEBiTis autem huac diem in monumentura : et celebrabitis eum solemnem Domino in generationibus vestris cultu sempiterno.

Dieu tout-puissant et éternel, qui avez fait de votre Fils unique le Rédempteur du monde, et avez voulu être apaisé par son Sang ; nous vous en supplions, accordeznous de célébrer de telle sorte en nos solennels hommages le prix de notre saluât, et d'être si bien défendus en terre par sa vertu contre les maux de la vie présente, que nous, puissions au ciel nous réjouir à jamais de son fruit. Par le même Jésus-Christ notre Seigneur.

On termine Dimanche.

Omnipotens sempiterne Deus, qui unigenitum Filium tuum mundi Redemptorem constituisti, ac ejus Sanguine placari voluisti : concède quœsumus, salutis.nostrse pretium solemni cultu ita venerari, atque a prœsentis vitae malis ejus virtute defendi in terris ; ut fructu perpetuo laetemur in cœlis. Per eumdem.

en faisant mémoire du

Nous donnerons ici l'Hymne des Matines de la fête, œuvre gracieuse de tendre piété.

53 o Le Temps après la Pentecôte.

IRA justa Conditoris, Imbre aquarum vindice, Criminosum mersit orbem, Noe in arca sospite : Mira tandem vis amoris Lavit orbem Sanguine,

Tarn salubri terra felix Irrigata pluvia, Ante spinis quœ scatebat, Germinavit flosculos : Inque nectaris saporem Transiere absynthia.

Triste protinus venenum Dirus anguis posuit, Et cruenta beîluarum Desiit ferocia : Mitis Agni vulnerati Haec fuit victoria.

O scientiae supernas Altitude impervia ! O suavitas benigni Prœdicanda pectoris 1 Servus erat morte dignus, Rex luit pœnam optiQuando culpis prov< camus Ultionem Judicis,

LE Créateur, dans sa juste colère, a sous les eaux vengeresses englouti l'univers coupable , Noé seul étant sauvé dans l'arche ; puis la merveilleuse violence de l'amour a lavé dans le Sang l'univers.

Imbibée d'une telle pluie de salut, l'heureuse terre qui n'abondait qu'en épines a produi t des fleurs ; et l'absinthe a pris le goût du nectar.

Soudain le serpent cruel a perdu son poison funeste, et des bêtes féroces est tombée la fureur : du doux Agneau blessé telle fut la victoire.

O de la science souvaraine profondeur insondable ! O suavité jamais assez louée d'un cœur rempli d'amour ! L'esclave était digne de mort, le Roi subit la peine dans sa bonté.

Quand par des fautes nous provoquons la colère du Juge, alors mettons-nous sous l'aLa Fête du Précieux Sang.

'3i

V^ de ce Sang toujours prêt à plaider pour nous : l'armée des maux suspendus sur nos têtes alors se dissipera.

Racheté par vous, plein de vos dons, que l'univers vous loue en sa reconnaissance, ô guide de l'éternel salut, divin auteur de la grâce, qui possédez avec le Père et l'Esprit les royaumes bienheureux.

Amen.

Tune loquentis protegamur Sanguinis prœsentia : Ingruentium malorum Tune recédant agmina.

Te redemptus laudet orbis Grata servans munera, O salutis sempiterns Dux et auetor inelyte, Qui tenes beata régna Cum Parente, et Spiritu. Amen.

mnmPAmnnnmmmP4

le i^"" juillet.

l'octave

'Eglise réunissait dans un niêmc souvenir d'allégresse, au 24 juin, la naissance du Précurseur etsa circon^_^ cision entourée des prodiges qu'a

rapportés l'Evangile de la fête. Mais c'est aujourd'hui, à proprement parler, qu'eurent lieu ces merveilles, selon le mot du même Evangile : « H arriva qu'au huitième jour on circoncit l'enfant ». En plaçant au lendemam de ce huitième jour la mémoire de la visite de Marie à sa cousine Elisabeth, l'Eglise semble nous insinuer par ailleurs que NotreDame, présente depuis trois mois dans la maison de Zacharie, prolongea jusque-la son séjour et ses soins au tîls et à la mère. L enfant qui dès son approche, trois mois auparavant, avait semblé vouloir déjà forcer la prison du sein maternel, l'enfant s'était comme élancé vers elle à son entrée dans la vie ; elle l'avait reçu dans ses bras, pressé sur son sein où reposait le Fils de Dieu. Elle tut à lui sans réserve durant ces huit jours.^ Car elle savait qu'ils seraient les seuls où l'Ami de l'Epoux goûterait ici-bas, quoiçiue sans le voir, l'intinie présence de Celui à qui allait tout son cœur ; sauf l'instant solennel du baptême, dont la majesté dominera dans

L'Octave de Saint Jean-Baptiste. 533

l'âme du Précurseur tout autre sentiment que celui de l'anéantissement et de l'adoration, Jean ne verra qu'une ou deux fois de loin le Bien-Aimé qu'il annonce. Mystère profond du plan divin ! Jean ne connaîtra l'Epoux, Jean ne doit jouir de Jésus qu'en Marie.

Et pourtant, demain ce seront les adieux, demain s'ouvrira le désert : désert de l'àme, plus terrible mille fois que celui qui aftecte les sens. Sa fuite du monde au désert de Judée, loin d'être pour Jean une épreuve, sera le soulagement de cette âme d'enfant plus grande déjà que le monde. Là du moins l'air est pur, le ciel semble prêt à s'ouvrir, et Dieu répond à celui qui l'appelle i. Ne soyons donc point surpris qu'à peine né, Jean recherche la solitude, que du sein maternel il passe au désert 2. H n'y eut point d'enfance chez l'homme qui, trois mois avant sa naissance, atteignait comme début la plénitude de l'âge du Christ ^ ; il n'eut besoin d'aucun maître humain celui que le ciel s'était chargé d'instruire ^, qui connaissait en Dieu le passé et l'avenir ^'•, et dont la plénitude de science, transmise par lui à ses parents, en faisait des prophètes ^'. Mieux qu'Elisabeth il avait entendu Notre-Dame, au Magnificat ; aujourd'hui même, il comprend Zacharie le saluant comme Prophète du Très-Haut dans le Benedictus " : et de quel autre que du Verbe luiI. Origen. in Luc. Homil. xi, translatio Hieron. —

2. Hieron. Dialog. conir. Lucif. vni. — 3. Ambr. in

Luc. II. 3o. — 4. Chrysost. Hom. xiii, àl. xii, in Johan. 2. — 3. Paulin, poema vi, de S. Johan. Bapt. v.

534 ^e Temps après la Pentecôte.

même, la Voix du Verbe aurait-elle reçu la science du langage ? Muni du plein usage de sa volonté •, quel progrès d'autre part, durant ces trois mois, n'a-t-il pas déjà fait dans l'amour ! La Mère de la divine grâce n'a rien négligé dans la formation de cette nature d'élite, où nul obstacle ne s'opposait au plein développement des germes divins ; saint Ambroise, dont le sens exquis a pénétré merveilleusement ces mystères, nous montre Jean, sous l'influence de Marie, s'exerçant aux vertus, oignant ses membres comme un vaillant athlète, et préludant dès le sein de sa mère aux combats qui l'attendent 2. Les huit jours qui viennent de s'écouler pour lui dans les bras de Notre-Dame, ont achevé l'œuvre ; sa douce maîtresse, qu'il ne reverra plus, peut dès maintenant lui donner rendez-vous au ciel à la gauche du trône de son Fils, gardant pour elle la droite, selon les traditions dont l'art chrétien s'est fait jusqu'à nos temps l'interprète tîdèle 3.

En attendant que naisse dans six rnois le Fils de la Vierge, la terre est en possession du plus grand des enfants nés d'une femme. Nul génie humain, dans son plus haut vol, ne toucha les sommets où cet enfant de huit jours tient dès maintenant fixée son intelligence ; nulle sainteté ne mena plus avant l'héroïsme de l'amour. Eclairé pleinement sur la portée des adieux qui s'apprêtent, il verra sans faiblir

I. Petr. Chrvsol. Serm. 87,88.91.— 2. Ambr.

in Luc. II, 29. Avant lui , presque âans les mêmes termes, Origène in Luc.Homil. vil, ix.— 3.Grimouard DE Saint-Laurent, Guide de l'art chrétien, t. v.

VOctave de Saint Jean-Baptiste. 535

demain s'éloigner et le Fils et la Mère. Comme l'Epoux, l'Ami de l'Epoux est assez fort pour n'avoir point d'autre nourriture que l'accomplissement de la volonté du Père qui les envoie tous deux i. L'âme remplie du souvenir des jours où son cœur battit à l'unisson de celui de Jésus sur le cœur de Marie, malgré l'éloignement il maintiendra entre ces trois cœurs, par saiîdélité, le concert sublime où l'éternelle Trinité perçut pour la première fois dans la chair l'écho de sa propre harmonie. Pareil à la fleur amie de l'astre du jour, qui, sans quitter la terre où elle fu: placée par les décrets divins, tourne sans cesse vers lui sa corolle avide, Jean, du désert, suivra du cœur et de la pensée tous les pas de Jésus ; mais il saura contenir son âme. De ce regard qui le découvrit autrefois, malgré les intermédiaires, \ j sein de Notre-Dame, il le verra, enfant, homme fait, passer maintes fois non loin de sa solitude : sans que l'impétuosité de l'amour l'entraîne à franchir jamais les quelques collines qui le séparent de lui, pour tomber â ses pieds ; sans que le zèle qui Je dévore, lui la voix, le témoin du ^'erbe, le pousse à devancer d'un instant l'heure du ciel pour crier à la foule ignorante : « C'est lui votre Dieu, l'Agneau qui nous sauvera, le Messie attendu ! » Et quand enfin, sur la parole d'en haut, l'an quinzième de Tibère César -, il aura manifesté l'Epoux, ce n'est pas Jean qui s'approchera de Jésus pour demander : « Maître, où habitez-vous ? » ce n'est pas à lui qu'il sera répondu : « Venez

536 Le Temps après la Pentecôte.

et voyez i ! » A d'autres, à tous les autres 2, de suivre Jésus, d'habiter avec lui : Jean tressaille à la rencontre fortunée 3 ; mais lui s'éloigne, il disparaît, jusqu'au jour prochain où la prison a'Hérode l'adultère deviendra son tombeau.

O Dieu ! s'écrie l'aimable et doux François de Sales , cet exemple accable mon esprit par sa grandeur *. Abstinence divine, proclame ï'aigle de Meaux à son tour, abstinence plus admirable que toutes celles qui nous sont rapportées de saint Jean-Baptiste ^ ! Partageons, nous aussi, l'allégresse admirative âe l'Eglise, lorsqu'en ces jours elle fait écho à la voix de Gabriel annonçant dans les mêmes termes et la grandeur du fils de Zacharie et celle du Sauveur ^. Entrons dans l'enthousiasme avec lequel les Pères et les Docteurs, saluant d'abord Marie, la bénie entre toutes, ont applaudi à l'éloge fait de Jean par le Verbe lui-même '; comprenonsles, lorsqu'ils déclarent que seul entre les hommes le Christ est plus élevé ^, que quiconque est né d'une femme lui est inférieur ^, qu'il fut le plus excellent des saints 1^, plus que saint i^ demi-dieu ^2^niarquant la limite du mérite humain i3^ si grand, enfin,

I. .ToHAN. I, 38-39. — 2. Ibid. m, 26. — 3. Ihid.

2Q. — ^.. Lettre du 14 octobre 1604, à sainte JeanneFrançoise de Chantai. — 5. Bossuet, Elévations sur les niyst., xv» sem., él. 7«. — 6. Luc. 1, l5, 32. —

7. MaVth. XI. — 8. AuG. Sermo lxvi, 2. — 9. Maxim.

Taurin. Hom. lxvii, in Nat. S. J. % — 10. £)e Imitât. Chr. IV. 17. — II. GuERRic Igniac. Sermo i in Nat. S. J. I.— 12. Paulin. Poema vi, v. 252.— i3. Maxim. Taurin. Sermo lxi, in Nat. S. J. v.

L'Octave de Saint Jean-Baptiste. 53-/

qu'un plus grand serait Dieu ^ ! En face de cette perfection sublime qui dépasse la portée de l'intelligence même - , nous ne serons point surpris que, selon la doctrine exposée dp.ns les ouvrages de Gerson, dont l'autorité est ici d'un grand poids, Jean-Baptiste s'élève au ciel par delà tous les chœurs des milices bienheureuses, et tienne la place laissée vide autrefois par Lucifer au pied du trône de Dieu 3, Nous conclurons avec l'Eglise les enseignements de cette Octave, par les paroles de saint Ambroise qui composent aujourd'hui la dernière Leçon de l'Office des Matines : « Jean est son nom., écrit Zacharie , et sa langue est déliée. Spirituellement écrivons nous aussi ces mystères, et nous saurons parler. Gravons le Précurseur du Christ, non sur des tablettes inanimées, mais dans le vif de nos cœurs. Car nommer Jean, c'est annoncer le Christ. Que ces deux noms, de Jean et de Jésus-Christ, soient donc unis sur nos lèvres ; et la louange s'élèvera parfaite de notre bouche, comme de celle de ce prêtre que sa foi hésitante au Précurseur avait rendu muet *. »

^Saint Ephrem nous donnera ci-après la fin du chant sublime où il met en présence l'E- poux et l'Ami de l'Epoux sur le bord du Jourdain. Jean continue d'exposer les difficultés sans fin que son humilité lui inspire pour décliner l'honneur de baptiser le Verbe fait chair.

538 Le Temps après la Pentecôte.

NON possum infirmus ego manibus attrectareignitum tuum corpus. Ardent autem tuae legiones cœlestes : uni- ex angelis tuis pra-cipe ut baptizet te.

— Nonab angelis corpus assumpsi.utadvocem angelum ad me baptizandum. Humanum corpus indui, ab homine sum baptizandus.

— Aquae viderunt te et valde tremuerunt : viderunt te aquae et concussœ sunt ; spumat prse agitatione amnis. et ego infirmus quomodo tibi baptismum conferre audeam ?

— Aqua; baptismomeo sanctificantur, ignem spiritumque a me accipiunt. Quod nisi baptismum accepero, facultatem non habebunt generandi filios immortales.

— Ignis igni tuo si accédât, exardescit ut stipula. Mons Sinai te non sustinuit, quomodo infirmus ego possim te baptizare ?

— Ego sum ignis accensus. propter homines infans factus in intemerato virginis utero, nunc vero in Jordane baptizandus.

JE ne puis, moi débile, loucher de mes mains votre corps de feu. Mais vos célestes légions sont toutes J.e flammes ; commandez a l'un de vos anges de vous baptiser.

— Ce n'est point des anges que j'ai pris corps, pour apÎeler un ange à me baptiser, 'ai revêtu un corps humain, c'est à un homme de me baptiser.

— Les eaux vous ont vu, et elles ont tremblé grandement ; les eaux vous ont vu, et elles ont été ébranlées ; le fleuve bouillonne dans sa frayeur, et moi débile comment oserai-je vous donner le baptême ?

— Les eaux sont sanctifiées par mon baptême, elles reçoivent de moi l'esprit et le feu. Si je ne reçois pas ce baptême, elles n'auront point le pouvoir d'engendrer des fils immortels.

— Le feu, s'il approche de vos feux, brûle comme ^ chaume. Le Sinaï ne put vous porter ; comment moi débile pourrais-je vous baptiser ?

— Je suis l'ardente flamme, faite enfant pour les hommes au pur sein d'une vierge, attendant du Jourdain le baptême à cette heure.

L'Octave de Saint Jean-Baptiste.

— Il convient grandement que ce soit vous qui me baptisiez, ô vous dont la sainteté peut purifier toutes choses. Par vous se sanctifie ce qui était souillé ; saint à ce point, à quoi bon pour vous le baptême ?

— Il faut absolument que, sans discussion, comme je l'ordonne, tu me baptises. Je t'ai baptisé dans le sein maternel, baptise-moi dans le Jourdain.

— Je ne suis qu'un misérable esclave ; vous qui délivrez tousles êtres, ayez pitié de moi. Je ne suis pas assez noble pour dénouer les cordons de vo'j chaussures ; qui me rendra digne de toucher votre tête auguste ?

— Par mon baptême les esclaves obtiennent la liberté, le titre de leur servitude est mis en pièces, l'affranchissement se scelle sous les eaux. Si je ne suis baptisé, vaines seront toutes ces choses.

— Voici qu'une flamme suspendue dans les airs audessus du Jourdain vous attend ; allez à elle et soyez baptisé, vous-même vous baignant et accomplissant tout.

— • Il convient que ce soit toi qui "me donnes le baptême, de peur que quelqu'un ne soit induit en erreur et ne dise de moi : « S'il n'avait pas eu rien de commun avec le Père, pourquoi le lévite aurait-il -craint de le baptiser ?

— Valde decet ut tu me baptizes qui ita sanctus es ut omnia mundare possis. Per te contaminata sanctifîcantur; quum igitur ita sanctus sis, ad quid baptismum suscipias ?

— Valde oportet ut tu absque contentione, ut jubeo, me baptizes. Baptizavi te in utero, baptiza me in Jordane.

— Servus sum, prorsus inops ; tu qui omnes libéras, miserere mei. Corrigias calceamentorum tuorum solvere impar sum ; quis dignum me reddet sublissimum tuum attingcre caput ?

— Meo baptismo servi libertatem adipiscuntur, chirographa lacerantur, manumissio in aquis obsignatur. Si baptizatus non fuero, hase omnia irrita fient.

— Scintilla ignis in aère e.xspectat te super Jordane ; si illi assentiris et baptizari vis, tu teipsum abluas et perficias omnia.

— Decet te mihi baptismum conferre, ne quis erret et dicat de me : « Si non esset alienus a Pâtre, cur levita timuisset ipsum baptizare ? »

540 Le Temps après la Pentecôte.

— Quando baptismura suscipies, quomodo orationem absolvam super Jordanem ? Pâtre et Spirîtu Sancto super te apparentibus.quemnam pro more sacerdotum invocabo?

— Oratio in silentio absolvetur; âge, manum tuam duntaxat impone mihi, et Pater loco sacerdotis proclamabit quod oportet de Filio suo.

— Electi omnes ecce adstant: ecce qui a sponso invitati sunt, testes sunt me quotidie dixisse inter eos : « Vox sum, non Verbum. d

— Vox clamantis in deserto, perfice opus ad quod venisti, ut proclamer desertum te exisse ad eum in magna planitie ubi prœdicasti.

— Clamor angelorum pervenit ad aures meas. ¥.cc& audio e domo Patris cœlestes virtutes exclamantes : « Epiphania tua, sponse , vivificat mundum. »

— Festinat tempus, et me exspectant paranymphi ut videant quid geritur ; eia, âge, confer mihi baptismum ut laudetur vox Patris quae mox resonabit.

— Audio, Domine :

— Quand vous recevrez le baptême, quel rite observerai-)e pour la prière sur le Jourdain ? qui invoquerai-jc selon l'usage des prêtres, lorsque le Père et l'EspritSaint apparaîtront au-dessus de vous ?

— La prière s'accomplira dans le silence ; agis donc, impose seulement ta main sur moi, et le Père en guise de prêtre proclamera ce qu'il faut de son Fils.

— Voici présents tous les élus, voici les invités de l'E- poux ; ils sont témoins qu'au milieu d'eux j'ai dit chaque jour ; 'I Je suis la Voix, non le Verbe. »

— Voix de celui qui crie dans le désert, accomplis l'oeuvre pour laquelle tu es venu, et alors le désert proclamera que tu es allé au Verbe dans la grande plaine où tu préchais.

— Le cri des anges parvient à mes oreilles, \oici que j'entends les Vertus des cieux s'écrier de la maison du Père : " Votre manifestation, ô Epoux. est la vie du monde.»

— Le temps presse, et les paranymphes sont dans l'attente de ce qui va se passer. Confiance : à l'œuvre ; donnemoi le baptême, et louée sera la voix du Père qui bientôt va retentir !

— J'entends, Seigneur. Se?

L'Octave de Saint Jean-Baptiste, 54 r

Ion votre parole, eh bien ! donc, venez au baptême vers lequel vous pousse votre amour. C'est dans la vénération la plus profonde, qu'un homme poussière se voit venu à ce point d'imposer la main «son créateur.

Les célestes armées se tenaient en silence ; le très saint Epoux descendit dans le Jourdain : il remonta bientôt, ayant reçu le baptême, et sa lumière brilla sur le monde.

Les portes du ciel s'ouvrirent, et l'on entendit la voix du Père : « Celui-ci est mon fils bien-aimé, en qui j'ai mis mes complaisances. » Donc, tous les peuples, adorez-le.

Les spectateurs étaient debout dans l'étonnement, voyant que l'Esprit était descendu pour lui rendre témoignage. Louange, Seigneur, à votre épiphanie qui réjouit tous les êtres ! A votre manifestation, le monde entier a resplendi.

juxta verbum tuum, eia, veni ad baptismum ad quem tuus te amor compellit. Summa cum veneratione conteraplatur homo pulvis, se eo usque pertigisse ut manum suam plasmatori suo imponat.

Stabant in silentio cœ- lestia agmina ; descendit sanciissimus sponsus in Jordanem ; baptismo suscepto raoxascendit, et lux ejus effulsit super mundum.

Porta? cœli apertae sunt, et vox Patris audita est : « Hic est filius meus dilectus in quo mihi complacui. » Eia, omnes populi, ipsum adorate.

Stabant spectatores stupefacti, videntes Spiritum descendisse ut de illo testimonium perhiberet. Laus, Domine, epiphanias tuas quas omnes laetificat. In manifestatione tua totus resplenduit mundus.

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ÎÉJA, dans les jours qui précédèrent la naissance du Sauveur, la visite de Marie à sa cousine Elisabeth a fait l'objet de nos méditations. Mais il convenait de revenir sur une circonstance aussi importante de la vie de Notre-Dame ; la simple mémoire de ce mystère , au Vendredi des Quatre-Temps de l'Avent, ne suffisait point à faire ressortir ce qu'il renferme par lui-même d'enseignement profond et de sainte allégresse. En se complétant dans le cours des âges, la sainte Liturgie devait exploiter cette mine précieuse , à l'honneur de la Vierge-mère. L'Ordre de saint François et quelques églises particulières, comme celles du Mans, de Reims et de Paris, avaient déjà pris les devants, lorsque Urbain VI, en l'année 1 389, institua la solennité du présent jour. Le Pape conseillait le jeûne en la

La Visitation de la Très Sainte Vierge. 54^

vigile de la fête, et ordonnait qu'elle fût suivie d'une Octave ; il accordait à sa célébration les mêmes indulgences qu'Urbain IV avait, dans le siècle précédent, attachées à la fête du Corps du Seigneur. La bulle de promulgation, arrêtée par la mort du Pontife , fut reprise et publiée par Boniface IX qui lui succéda sur le Siège de saint Pierre.

Nous apprenons des Leçons de l'Office primitivement composé pour cette fête, que le but de son institution avait été, dans la pensée d'Urbain, d'obtenir la cessation du schisme qui désolait aiors l'Eglise. Exilée de Rome durant soixanre-dix ans, la papauté venait d'y rentrer à peine ; l'enfer, furieux d'un retour qui contrariait ses plans opposés là comme partout à ceux du Seigneur, s'en était vengé en parvenant à ranger sous deux chefs le troupeau de l'unique Èercail. Telle était l'obscurité dont de misérables intrigues avaient su couvrir l'autorité du légitime pasteur, qu'on vit nombre d'églises hésiter de bonne roi et, finalement, préférer la houlette trompeuse du mercenaire. Les ténèbres devaient même s'épaissir encore, et la nuit devenir un moment si profonde , que les ordres de trois papes en présence allaient se croiser sur le monde, sans que le peuple fidèle, frappé de stupeur, parvînt à discerner sûrement la voix du Vicaire du Christ. Jamais situation plus douloureuse n'avait été faite à l'Epouse du Fils de Dieu. Mais Notre-Dame, vers qui s'était tourné le vrai Pontife au début de l'orage, ne fit point défaut à la confiance de TEglise. Durant les années que l'insondable justice du Très

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