L'Année liturgique — Le Temps après la Pentecôte (t. 10-15) (page 34)
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Haut avait décrété de laisser aux puissances de l'abîme, elle se tint en défense, maintenant si bien la tète de l'ancien serpent sous son pied vainqueur, qu'en dépit de l'effroyable confusion qu'il avait soulevée, sa bave immonde ne put souiller la foi des peuples ; leur attachement restait immuable a l'unité de la Chaire romaine, quel qu'en fût dans cette incertitude l'occupant véritable. Aussi l'Occident, disjoint en fait, mais toujours un quant au principe, se rejoignit comme de lui-même au temps marqué par Dieu pour ramener la lumière. Cependant, l'heure venue pour la Reine des saints de prendre l'offensive, elle ne se contenta pas de rétablir dans ses anciennes positions l'armée des élus ; l'enfer dut expier son audace, en rendant à l'Eglise les conquêtes mêmes qui lui semblaient depuis des siècles assurées pour jamais. La queue du dragon n'avait point encore tini de s'agiter à Baie, que Florence voyait les chefs du schisme grec, les Arméniens, les Ethiopiens, les dissidents de Jérusalem, de Syrie et de Mésopotamie, compenser par leur adhésion inesPérée au Pontife romain les angoisses que Occident venait de traverser. Il restait à montrer qu'un pareil rapprochement des peuples au sein même de la tempête, était bien l'œuvre de celle que le pilote avait, un demi-siècle auparavant, appelée au secours de la barque de Pierre. On vit les factieux de l'assemblée de Bâle en donner la preuve, trop négligée par des historiens qui ne soupçonnent plus l'importance des grands faits liturgiques dans l'hisLa Visitation de la Très Sainte Vierge. 545
toire de la chrétienté ; sur le point de se séparer, les derniers tenants du schisme consacrèrent la quarante-troisième session de leur prétendu concile à promulguer, pour ses adhérents, cette même fête de la Visitation en l'établissement de laquelle Urbain VI avait dès l'abord mis son espoir. Malgré la résistance de quelques obstinés, le schisme était vraiment tini dès lors ; l'orage se dissipait : le nom de Marie, invoqué des deux parts, resplendissait comme le signe de la paix sur les nuées i. Ainsi l'arc-en-ciel unit dans sa douce lumière les extrémités opposées de l'horizon. Contemplez-le, dit l'Èsprit-Saint, et bénissez celui qui l'a fait ; car il est beau dans sa splendeur ! Il embrasse les cieux dans le circuit de sa gloire '-.
Si l'on se demande pourquoi Dieu voulut que le mystère de la Visitation, et non un autre, devînt, par cette solennité qui lui fut consacrée, le monument de la paix reconquise: il est facile d'en trouver la raison dans la nature même de ce mystère et les circonstances où il s'accomplit.'
C'est là surtout que Marie apparaît, en effet, comme la véritable arche d'alliance : portant en elle, non plus les titres périmés du pacte de servitude conclu au bruit du tonnerre entre Jéhovah et les Juifs ; mais l'Emmanuel, témoignage vivant d'une réconciliation plus vraie, d'une alliance plus sublime entre la terre et les cieux. Par elle, mieux qu'en Adam, tous les hommes seront
I. Gen. IX, 12-17. — 2. Eccli. xuil, i2-i3.
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frères; car celui qu'elle cache en son sein sera le premier-né de la grande famille des fils de Dieu. A peine conçu, voici que pour lui commence l'œuvre d'universelle propitiation. Levez-vous, ô Seie;neur, vous et l'arche d'où votre sainteté découlera sur le monde K De Nazareth aux montagnes de Judée, dans sa marche rapide, elle sera protégée par l'aile des chérubins jaloux de contempler sa gloire. Au milieu des guerriers les plus illustres et des chœurs d'Israël, David conduisit l'arche figurative de la maison d'Ahinadah à celle d'Obedédon '- ; mieux que lui, Dieu votre Père saura entourer l'arche sacrée du Testament nouveau, lui composant une escorte de l'élite des célestes phalanges.
Heureuse fut la demeure du lévite devenu, pour trois mois, l'hôte^ du Très-Haut résidant sur le propitiatoire d'or ; plus fortunée sera celle du prêtre Zacharie, qui, durant un même espace de temps, abritera l'éternelle Sagesse nouvellement descendue au sein très pur où vient de se consommer l'union qu'ambitionnait son amour ! Par le péché d'origine, l'ennemi de Dieu et des hommes tenait captif, en cette maison bénie, celui qui devait en être l'ornement ^dans les siècles sans fin ; l'ambassade de l'ange annonçant la naissance de Jean, sa concep; tion miraculeuse, n'avaient point exempte le fils de la stérile du tribut honteux que tous les fils d'Adam doivent solder au prince de la mort, à leur entrée dans la vie. Mais,
I. Psalm. cxxxi, 8. — 2. II Reg. vi.
La Visitation delà Très Sainte Vierge. 547
les habitants d'Azot en firent autrefois l'expérience, Dagon ne saurait tenir debout devant l'arche 1 : Marie paraît, et Satan renversé subit dans l'âme de Jean sa plus belle défaite, qui toutefois ne sera point la dernière ; car l'arche de l'alliance n'arrêtera ses triomphes qu'avec la réconciliation du dernier des élus.
Célébrons cette journée par nos chants d'allégresse ; car toute victoire, pour l'Eglise et ses fils, est en germe dans ce mystère : désormais l'arche sainte préside aux combats du nouvel Israël. Plus de division entre l'homme et Dieu, le chrétien et ses frères ; si l'arche ancienne fut impuissante à empêcher la scission des tribus, le schisme et l'hérésie n'auront licence de tenir tête à Marie durant plus ou moins d'années ou de siècles, que pour mieux enfin faire éclater sa gloire. D'elle sans cesse, comme en ce jour béni, s'échapperont, sous les yeux de l'ennemi confondu, et la joie des petits, et la bénédiction de tous, et la perfection des pontifes -. Au tressaillement de Jean, à la subite exclamation d'Elisabeth, au chant de Zacharie, joignons le tribut de nos voix ; que toute la terre en retentisse. Ainsi jadis était saluée la venue de l'arche au camp des Hébreux; les Philistins, l'entendant, savaient par là que le secours du Seigneur était descendu ; et, saisis de crainte, ils gémissaient, disant : « Malheur à nous: il n'y avait pas si grande joie hier ; malheur à
54 s Le Temps après la Pentecôte.
\ nous 1 ! » Oui certes, aujourd'hui avec Jean, ( le genre humain tressaille et il chante ; oui i certes, aujourd'hui à bon droit l'ennemi se lamente : le premier coup du talon de la femme - frappe aujourd'nui sa tète altièrc, et Jean délivré est en cela le précurseur de nous tous. Plus heureux ç]ue l'ancien, le nouvel Israël est assuré que jamais sa gloire ne lui sera ôtée ; jamais ne sera prise l'arche sainte qui lui fait traverser les flots ^ et abat devant lui les forteresses ^.
Combien donc n'est-il pas juste que ce jour, où prend tin la série de défaites commencée en Eden, soit aussi le jour des cantiques nouveaux du nouveau peuple ! Mais à qui d'entonner l'hymne du triomphe , sinon à qui remporte la victoire ? Levezvous donc, levez-vous, Debbora ; levez-vous, et chantez le Cantique^. Les forts avaient disparu, jusqu'à ce que s'élevât Marie, la vraieDebbora, jusqu'à ce que parût la mère en Israël «. « C'est moi, c'est moi, dit-elle en effet, qui chanterai au Seigneur, qui célébrerai le Dieu d'Israël ". Selon la parole démon aïeul David. magnijie:^ avec moi le Seigneur, et tous ensemble exaltons son saint nom ^. Mon cœur, comme celui d'Anne, a tressailli en Dieu sor Sauveur-'. Car, de même qu'en Judith si servante, il a accompli en moi sa miséricorde 1*^ et fait que ma louange sera dan: toutes les bouches jusqu'à l'éternité i^ Il es
1. I Reg. IV, 5-8. — 2. Gen. m, i5. — 3. Josue m, IV. — 4. IhiJ. VI. — 5. Judic. V, 12. — 6. IHd. 7 — 7. IbiJ. 3. — 8. Psalm. xxxill, 4. — 9. I Reg II, I. — 10. Jldmh, XIII, 18. — II. IbU. 25, 3i ; xv, 1 1
La Visitation de la Très Sainte Vierge. 54g
puissant celui qui a fait en moi de grandes choses 1 ; il n'est point de sainteté pareille à la sienne -. Ainsi que par Esther, il a pour toutes les générations sauvé ceux qui le craignent ^ • dans la force de son bras * , il a retourné contre l'impie les projets de son cœur, renversant l'orgueilleux Aman de son siège et relevant les humbles; il a fait passer des riches aux affamés l'abondance ^ ; il s'est ressouvenu de son peuple et a eu pitié de son héritage ^. Telle était bien la promesse que reçut Abraham, et que nos pères nous ont transmise : il a fait commie il avait
Filles de Sien, et vous tous qui gémissiez dans les fers de Satan, l'hymne de la délivrance a donc retenti sur notre terre. A la suite de celle qui porte eh son sein le gage de l'alliance, tormons des chœurs; mieux que Marie sœur d'Aaron, et à plus juste titre, elle préside au concert d'Israël s. Ainsi elle chante en ce jotir de triomphe, rappelant tous les chants de victoire qui préludèrent dans les siècles de l'attente à son divin Cantique. Mais les victoires passées du peuple élu n'étaient que la figure de celle que remporte, en cette fête de sa manifestation, la glorieuse souveraine qui, mieux queDebbora, Judith ou Esther , a commencé de délivrer son peuple ; en sa bouche, les accents de ses illustres devancières ont passé de l'aspiration
I. Exod. XV. 2-3. II. — 2. I Reg. II, 2. — 3. Esther, IX, 28. — 4. Judith, ix, i i. — 5. I Reg. 11, 4-5. — 6. Esther, x, 12. — 7. Ibid. xiii, i5 ; xiv, 5. —
55 0 La Visitation de la Très Sainte Vierge.
enrtammce des temps de la prophétie à l'extase sereine qui marque la possession du Dieu longtemps attendu. Une ère nouvelle commence pour les chants sacrés : la louange divine reçoit de Marie le caractère qu'elle ïie perdra plus ici-bas, qu'elle gardera jusque dans l'éternité.
Les considérations qui précèdent nous ont été inspirées par le motif spécial qui porta l'Eglise, au xiv^ siècle, à instituer cette fête. En rendant Rome à Pie IX exilé, au 2 juillet de l'année 184Q ', Marie a iT>ontré de nouveau dans nos temps que cette date était bien pour elle ane journée de victoire. Mais le mystère de la glorieuse Msitation est si vaste, que nous ne saurions, eu égard aux limites qui nous sont imposées, songer à épuiser ici tous les enseignements qu'il renferme. Quelques-uns d'eux*!^ au reste, nous ont été donnés dans les jours de l'Avent ; d'autres plus récemment, à l'occasion de la fête de saint Jean-Baptiste et de son Octave ; d'autres entin seront mis en lumière par l'Epître et l'Evangile de la Messe qui va suivre.
LES Antiennes de l'Office sont toutes tirées de l'Evangile, et reproduisent historiquement le mystère du jour.
. AxT^ ■nxsuRGENsI , .^.^ \ 4 ARiEse levant, I- Ant. \^ Maria , I '■ ^^^- M sen alla en
I. Voir plus haut, ea la fête du Précieux Sang, pa;^e 5lo.
Aux Premières Vêpres.
grande hâte par les montagnes en une vilie de Juda.
abiit in montana cum festinatione in civitatem Juda.
Psaume cix. Dixit Dominus, pag-e 45.
3. Ant. Sitôt qu'Elisabeth entendit la salutation de Marie, l'enfant tressaillit dans son sein, et elle fut remplie du Saint-Esprit. Alléluia.
2. Ant. Intravit Maria in domum Zacharias, et salutavit Elisabeth.
pueri , page 49.
3. Ant. Ut audivit salutationem Mariœ Elisabeth, e.xsultavit infans in utero ejus, et repleta est Spiritu Sancto. Alléluia.
JE me suis réjoui quand on m'a dit : Nous irons vers Marie, la maison du Seigneur.
Nos pieds se sont fixés dans tes parvis, o Jérusalem ! 710S cœurs dans votre amour,
6 Marie !
Marie, semblable à Jérusalem, est bâtie comme une Cité : tous ceux qui habitent dans son amour sont unis et liés ensemble.
C'est en elle que se sont donné rendez-vous les tribus du Seigneur, selon l'ordre qu'il en a donné à Israël, pour y louer le Nom du Seigneur.
Là, sont dressés les sièges de la justice, les trônes de la maison de David ; et Marie est la fille des Rois.
LiETATUs sum in his quie dicta sunt mihi : * In domum Domini ibimus.
Stantes erant pedes nostri : * in atriis tuis, Jérusalem.
Jérusalem quas œdificatur ut civitas : * cujus participatio ejus in idipsum.
Illuc enim ascenderunt tribus, tribus Domini : * testimonium Israe'i ad confitendum' Nomini Domini.
Quia illic sederunt sedes in judicio : * sedes super domum David.
552 La Visitation de la Très Sainte Vierge.
Rofçate quae ad pacem sunt Jérusalem : *etabundantia diligentibus te.
Fiat pax in virtutc tua:* et abundantia in turribus tuis.
Proptar fratres nieos et proximos meos : ' loquebar pacem de te.
Propter domum Domini Dei nostri : * quaesivi bona tibi.
4. Ant. Benedicta tu inter muHeres, et benedictus fructus ventris tui.
Demandez à Dieu, par Marie, la paix pour Jérusalem : que tous les biens soient pour ceux qui t'aiment,
6 nouvelle Sion ! et l'abonuance dans tes forteresses.
Moi, la fille d'Israël, je prononce sur toi des paroles de paix, à cause de mes frères et de mes amis qui sont au milieu de toi.
Parce que tu es la maison du Seigneur notre Dieu, j'ai appelé sur toi tous les biens.
4. Ant. Vous êtes bénie entre toutes les femmes, et Jésus, le fruit de vos entrailles, est béni.
NISI Doi verit
fisi Dominus aedificadomum : * in vanum laboraverunt qui aedificant eam.
Nis; Dominus custodierit civitatem : ' frustra vigilat qui custodit eam.
\'anum est vobis ante lucem surgere : * surgite postquam sederitis, qui manducatis panem doloris.
Cum dederit dilectis suis somnum : * ecce haereditas Domini, filii, merces, fructus ventris.
SI le Seigneur ne bâtît "la maison, en vain travaillent ceux qui la bâtissent.
Si le Seigneur ne garde la cité, inutilement veilleront ses gardiens.
En vain vous vous lèverez avant le jour ; levez-vous après le repos, vous qui mangez le pain de la douleur.
Le Seigneur aura donné un sommeil tranquille â ceux qu'il aime : des fils, voilà
1 héritage que le Seigneur leur destine ; le fruit des entrailles, voilà leur récompense.
Aux Premières Vêpres.
Comme des flèches dans une main puissante, ainsi seront les fils de ceux que l'on opprime.
Heureux l'homme qui en a rempli son désir ! il ne sera pas confondu, quand il parlera à ses ennemis aux portes de la ville,
5. Ant. Au moment même où votre voix a frappé mes oreilles, lorsque vous m'avez saluée, mon enfant a tressailli dans mon sein. Alléluia.
Sicut sagittx in manu potentis ; * ita filii excussorum.
Beatus vir, qui implevit desiderium suum ex ipsis : * non confundetur cum loquetur inimicis suis in porta.
3. AxT. Ex quo facta est vox salutationis tuîe in auribus meis. exsultatavit infans in utero meo. Alléluia.
MARIE, vraie Jérusalem, chantez le Seigneur , Marie, sainte Sion, chantez votre Dieu.
C'est lui qui fortifie contre le péché les serrures de vos portes ; il bénit les fils nés en votre sein.
Il a placé la paix sur vos frontières ; il vous nourrit de la fleur du froment, Jésus, le Pain de vie.
Il envoie par vous son Verbe à la terre; sa parole parcourt le monde avec rapidité.
Il donne la neige comme des flocons de laine ; il répand les frimas comme la poussière.
Il envoie le cristal de la glace semblable à un pain léger : qui pourrait résister devant le froid que son souffle répand ?
Deum
AUDA, Jérusalem, Douum, Sion.
Quoniam confortavit seras portarum tuarum : * benedixit filiis tuis in te.
Qui posait fines tuos pacem : * et adipe frumenti satiat te.
Qui emittit eloquium suum terrae : * velociter currit sermoejus.
Qui dat nivem sicut lanam : * nebulam sicut cinerem spargit.
Mittitcrystallum suani sicut buccellas : * ante faciem frigoris ejus, quis sustinebit"?
554 J^a Visitation de la Très Sainte Vierge.
Einittet \'erbiim smim, et liquefaciet ea • * flabit bpiritus ejus, et fluent aquae.
Qui annuntiat Verbum suum Jacob : " justilias, et judicia sua Israël.
Non fecit taliter omni nationi : * et judicia sua non manifestavit eis.
Mais bientôt il envoie son Verbe un Marie, et cette glace si duie se fond à sa chaleur. l'Esprit de r)ieu souffle, et les eaux reprennent leur cours.
Il a donné son Verbe à Jacob, sa loi et ses jugements à Israël.
Jusqu'aux jours où nous sommes, il n'avait point traité de la sorte toutes les nations, et ne leur avait pas manifesté ses décrets.
Les Psaumes ont chanté la grandeur de Celui que Ihumilité de Marie vient d'attirer en elle, et qui la manifeste pour la première fois au monde comme la Cité de Dieu., bâtie par lui avec amour ^ ainsi qu'elle-même le proclame aujourd'hui en louant le Seigneur son Dieu. Le Capitule est emprunté, comme les Psaumes et l'Hymne, à l'Office commun de Notre-Dame; il rappelle l'auguste prédestination qui, dès avant tous les âges, unit inséparablement l'éternelle Sagesse et la femme bénie plus que toutes en qui elle devait prendre chair.
[Eccli. XXIV.)
J'ai été créée dès le commencement et avant les siècles, et jusque dans le siècle futur je ne cesserai point d'être ; )'ai rempli mon office devant lui dans son
initio et antesœcula ;ieata sum, et usque ad futurum sœculum nondesinam,et in habitatione sancta coram ipso ministravi.
temple.
A VE, maris Stella,
XV Dei mater aima,
ALUT, astre des mers. Mère de Dieu féconde 1
Aux Premières Vêpres.
Atque semper Virgo, Félix cœli porta.
Sumens illud Ave Gabrielis ore, Funda nos in pace, Mutans Evse nomen.
Suive vincla reis, Profer lumen caecis, Mala nostra pelle, Bona cuncta posce.
Monstra te esse Matrera, Sumat per te preces Qui, pro nobis natus, Tulit esse tuus.
Virgo singularis, Inter omnes mitis : Nos culpis solutos Mites fac et castos,
Vitam prœsta puram, Iter para tutum, Ut videntes Jesum, Semper collœtemur.
Sit laus Deo Patri, Summo Christo decus, Spiritui Sancto, Tribus honor unus.
Amen.
f. Benedicta tu in mulieribus.
'Sf. Et benedictus fructus ventris tui.
Chaque jour, le solennel Office du soir emprunte au Cantique de Marie son parfum
Salut, ô toujours Vierge, Porte heureuse du ciel !
Vous qui de Gabriel Avez reçu VAve, Fondez-nous dans la paix, Changeant le nom d'Eva.
Délivrez les captifs, Eclairez les aveugles, Chassez loin tous nos maux. Demandez tous les biens.
Montrez en vous la Mère ; \"ous-méme offrez nos vœux Au Dieu qui, né pour nous, \'oulut naître de vous.
O Vierge incomparable, Vierge douce entre toutes ! Affranchis du péché. Rendez-nous doux et chastes.
Donnez vie innocente Et sûr pèlerinage. Pour qu'un jour soit Jésus Notre liesse à tous.
Louange à Dieu le Père, Gloire au Christ souverain ; Louange au Saint-Esprit ; Aux trois un seul hommage.
Amen.
f. Vous êfes bénie entre toutes les femmes.
'Bf. Et le fruit de vos entrailles est béni.
556 La Visitation de la Très Sainte Vierge.
le plus suave. II n'est pas jusqu'au soir du çrand Vendredi où Notre-Dame ne soit invitée par l'Eglise de la terre à le redire, près de la croix sur laquelle vient de se consommer le terrible drame. C'est qu'en effet, l'incomparable Cantique a pour objet la rédemption tout entière ; au pied de la croix, non moins que dans les journées si douces où nous ramène la solennité présente, ce qui domine en Marie et l'emporte sur tous les déchirements comme sur toutes les joies, c'est la pensée de la gloire de Dieu enfin satisfaite, du salut de l'fiomme enfin assuré. Aujourd'hui que les mystères du Cycle ont achevé récemment de passer sous nos yeux , le Magnificat résonne, pour ainsi dire, dans son ampleur, en même temps qu'il reçoit de cette fête toute la fraîcheur du premier jour où il fut donné au monde de l'entendre.
ANTIENNE DE Magnificat.
d'avoir cru, ô Marie ! les
BEATA es, Maria , quae credidisti: perficientur in te quae dicta sunt tibi a Domino. Alléluia.
choses qui vous ont été dites par le Seigneur s'accorapliLe Cantique Magnificat, page 35
L'Oraison est la Collecte de la Messe, ci-après, page 56o.
On fait ensuite mémoire de l'Octave de saint Jean, page 35o.
Mémoire des SS Processus et Martinien. 55y
EN ce jour où Satan voit pour la première fois reculer son infernale milice devant l'arche sainte, deux combattants de l'armée des élus font cortège à leur Reine. Députés vers Marie par Pierre lui-même en son Octave glorieuse, ils ont dû cet honneur à la foi qui leur fit reconnaître dans le condamné de Néron le chef du peuple de Dieu. Le prince des Apôtres attendait son martyre au fond de la prison Mamertine, lorsque la miséricorde divine amena près de lui deux soldats romains, ceux-là mêmes dont les noms sont devenus inséparables du sien dans la mémoire de l'Eglise. L'un se nommait Processus, et l'autre Martinien. Ils furent frappés de la dignité de ce vieillard confié à leur ^arde pour quelques heures, et qui ne devait remonter à la lumière que pour périr sur un gibet. Pierre leur parla de la vie éternelle et du Fils de Dieu qui a aimé les hommes jusqu'à donner son sang pour leur rachat. Processus et Martinien reçurent d'un cœur docile cet enseignement inattendu, ils l'acceptèrent avec une foi simple, et demandèrent la grâce de la régénération Mais l'eau manquait clans le cachot, et Pierre dut faire appel au pouvoir de commander à la nature que le Rédempteur avait confié à ses Apôtres, en les envoyant dans le monde. A la parole du vieillard, une fontaine jaillit du sol, et les deux soldats furent baptisés dans l'eau miraculeuse. La piété chrétienne vénère encore aujourd'hui cette fontaine, qui ne diminue ni ne déborde jamais. Processus et Martinien ne tardèrent pas à payer de leur vie l'hon55S La Visitation de la Très Sainte Vierge.
neur qu'ils avaient reçu d'être initiés à la foi chrétienne par le prince des Apôtres, et ils sont honorés entre les martyrs '.
Leur culte remonte aussi haut que celui de Pierre même. A l'âge de la paix, une basilique s'éleva sur leur tombe. Saint Grégoire y prononça, en la solennité anniversaire de leurs combats, la trente-deuxième de ses Homélies sur l'Evangile ; le grand Pape rend témoignage aux miracles qui s'opéraient dans ce lieu sacré, et il célèbre en particulier le pouvoir que les deux saints martyrs ont de protéger leurs dévots clients au jour des justices du Seigneur -. Plus tard, saint Paschal l" enrichit de leurs corps la basilique du prince des Apôtres, lis occupent aujourd'hui la place d'honneur dans le bras gauche de la croix latine formée par l'immense édifice, et donnent leur nom à tout ce côté du transept où le concile du Vatican a tenu ses sessions immortelles ; il convenait que l'auguste assemblée poursuivît ses travaux sous le patronage des deux vaillants soldats, gardiens de Pierre et sa conquête aux jours de sa glorieuse confession. N'oublions point ces illustres protecteurs de l'Eglise. La fête de la Visitation, d'institution plus récente que la leur, ne l'a cependant point amoindrie ; si maintenant leur gloire se perd, pour ainsi dire, en celle de Notre-Dame, leur puissance n'a pu que s'accroître à ce rapprochement avec la douce souveraine de la terre et des cieux.
I. Sainte Cécile et la société romaine aux deux premiers siècles, — 2. In Ev. Hom. xxxu, 7-9.
A la Messe.
55g
L'Introït est celui des Messes votives de Notre-Dame à cette époque de l'année. Il est tiré de Sédulius i, le poète chrétien du V* siècle, auquel la sainte Liturgie a fait d'autres emprunts si gracieux dans les jours de Noël et de l'Epiphanie. La parole excellente célébrée dans le Verset, l'œuvre que dédie au Roi la Vierge-mère, il n'est personne qui ne la reconnaisse aujourd'hui dans le sublime Magnificat, richesse et gloire de cette journée.
dont l''enfantement a mis
ALVE, sancta parens, enixa puerpera ReI. Salut, Mère sainte, ô vous dont l'enfantement a mis au monde le Roi qui gouverne le ciel et la terre dans les siècles. Sa puissance est à jamais, comme son empire embrassant tout dans un cercle éternel. Pour vous s'unissent, en un sein fortuné, les joies de la mère et l'honneur de la vierge ; avant vous, ni après, on ne vit rien de semblable ; seule entre toutes et sans exemple vous avez plu au Christ 1
Sedulius,
I. Salve, sancta parens, enixa puerpera
Regcm,
Qui cœlum terramque tenet per saecula, cujus
Numen, et aeterno complectens omnia gyro
Imperium sine fine manet ; quœ ventre beato
Gaudia matris habens cum virginitatis honore,
Nec primam similem visa es, nec habere sequentem :
Solasine exemplo placuisti femina Christo 1 Carmen Daschale, lib. Il, v. 63-6g.
56 0 La Visitation de la Très Sainte Vierge.
gem : qui cœlum terramque régit in saecula saeculorum.
Ps.Eructavit cormeum verbum bonuin : dico ego opéra mea Régi. Gloria Patri. Salve.
au monde le Roi qui gouverne le ciel et la terre dans les siècles des siècles !
Ps. Mon cœur a proféré une parole excellente ; c'est au Roi que je dédie mes chants. Gloire au Père. Salut.
La paix est le don précieux que la terre implorait sans tin depuis le péché d'origine. Ré)Ouissons-nous donc ; car le Prince de la paix se révèle par Marie en ce jour. La solennelle mémoire du mystère que nous célébrons, va développer en 'nous l'œuvre de salut commencée dans celui de Noël, aux premiers jours du Cycle. Implorons cette grâce par la Collecte, avec la sainte Eglise.
SEIGNEUR, nous vous prions d'accorder à vos serviteurs le don de la grâce céleste afin que ceux pour qui l'enfantement de la bienheureuse Vierge a marqué le commencement du salut, trouvent dans la solennelle mémoire de sa Visitation l'accroissement de la paix. Par Jésus-Christ notre Seigneur.
Dans les Messes privées, à la suite des Collecte, Secrète et Postcommunion de la fête, on fait mémoire des saints martyrs Processus et Martinien.
r AMULIS tuis, quœsur mus Domine, cœlestis gratiae munus impertire : ut, quibus beatae Virginis partus exstitit salutis exordium , Visitationis ejus votiva solemnitas pacis tribuat incrementura. Per Dominum.
DEUS, qui nos sanctorum ^lartyrum tuorum Processi et MartiODiEU qui, par la glorieuse confession de vos saints
I martyrs Processus et MartiA la Messe.
nien, nous entourez comme d'un rempart ; donnez-nous de profiter de leurs exemples et d'éprouver dans la joie l'effet de leurs prières. Par Jésus-Christ.
niani gloriosis confessionibus circumdas et protegis : da nobis, et eorumimitatione proficere, et intercessione gaudere. Per Dominum.
la SaLecture du livre de gesse. Cant. ii.
LE voici qui vient, bondissant sur les montagnes, franchissant les collines. Mon bien-aimé est semblable au chevreuil et au faon de la biche. Le voilà debout derrière notre muraille ; il regarde parla fenêtre, il observe à travers le treillis. Voilà mon bien-aimé qui me parle : Lève-toi, ma bien-aimée, ma colombe, ma belle ; hâte-toi, et viens. L'hiver est passé, les pluies ont cessé, elles ont fui. Les fleurs paraissent sur nos terres, le temps de tailler la vigne est arrivé, la voix de la tourterelle s'est fait entendre dans nos campagnes, le figuier pousse ses bourgeons, la vigne en fleur envoie son parfum: lève-toi, ma bien-aimée, ma belle, et viens. O ma colombe, tu semblés retirée dans le creux du rocher, dans les fentes d'un mur en ruines ; montre-moi donc enfin ton visage ; que ta voix se fasse entendre à mes oreilles ; car ta voix est douce, et ton visage est éclatant de beauté.
Lectio libri Sapientias. Cant. ii.
ECCE iste venit saliens in montibus, transiliens colles : similis est dilectus meus capreœ, hinnuloque cervorum.En ipse stat post parietem nostrum, respiciens per fenestras.prospiciens per cancellos. En dilectus meus loquitur mihi : Surge, propera, amica mea, columba mea, formosa mea, et veni. Jam enim hiems transiit, imber abiit , et recessit. Flores apparuerunt in terra nostra, tempus putationis advenit : vox turturis audita est in terra nostra : ficus protulit grossos suos : vineae florentes dederunt odorem suum. Surge, amica mea, speciosa mea, et veni : columba mea in foraminibus petras, in caverna macerise, ostende mihi faciem tuam, sonet vox tua in auribus meis : vox enim tua dulcis, et faciès tua décora.
502 La Visitation de la Très Sainte Vierge.
\ 'Eglise nous introduit dans la }^rofondcur ^ du mystère La lecture qui précède n'est que l'explication de cette jjarole d'Elisabeth où toute la fête est résumée: Auson de votre voix, mon enfant a tressailli dans mon sein. Voix de Marie, voix de la tourterelle, qui met l'hiver en fuite et annonce le printemps, les parfums et les fleurs ! A ce signal si doux, captive dans la nuit du péché, l'âme de Jean s'est dépouillée des livrées de l'esclave, et, développant soudain les germes des vertus les plus hautes, elle est apparue belle comme l'épouse en tout l'éclat du jour des noces. Aussi, quelle hâte de Jésus vers cette âme bien-aimée ! Entre Jean et l'Epoux, que d'épanchements ineffables ! quel dialogue sublime du sein d'Elisabeth à celui de Marie ! Admirables mères, plus admirables enfants! Dans la rencontre fortunée, l'ouïe, les yeux, la voix des mères, sont moins à elles qu'aux fruits bénis de leurs seins; leurs sens sont le treillis par lequel l'Epoux et l'Ami de l'Epoux se voient, se comprennent et se parlent.
L'homme animal, il est vrai, ne comBrend pointée langage i. Père, dira l'Hommelieu plus tard, je\ous rends grâces de ce que vous avez caché ces cho'ses aux prudents et aux sages, pour les révéler aux petits -. Que celui-là donc qui a des oreilles pour entendre, entende ^ ; mais «n vérité, je vous le dis, si vous ne devenez comme des
I. I Cor. II, 14. — 2. Matth. XI, 25. — 3. Ibid. 1 3;
xm, 9.
A la Messe. 563
petits enfants, vous n'entrerez point dans le royaume des cieux i , ni ne connaîtrez ses mystères -. La Sagesse n'en sera pas moins justifiée par ses fils, comme le dit l'Evangile 3. Dans la droiture de leur humilité, les simples de cœur, en quête de lumière, dépassent les ombres vaines qui se jouent au-dessus des marais de ce monde ; ils savent que le premier rayon du soleil de l'éternité dissipera ces fantômes, ne laissant que le vide à ceux qui s'y seront arrêtés. Pour eux, dès maintenant ils se nourrissent de ce que l'œil n'a point vu, ni l'oreille entendu, préludant ici-bas aux délices éternelles ^.
Jean-Baptiste en fait à cette heure l'ineffable expérience. Prévenue par le divin ami qui l'a recherchée, son âme s'éveille en pleine extase. Pour Jésus, d'autre part, c'est la première conquête ; c'est à l'adresse de Jean que, pour la première fois en dehors de Marie, les accents de l'épithalame sacré se formulent dans l'âme du Verbe fait chair et font battre son cœur. Aujourd'hui donc, et c'est l'enseignement de notre Epître, à côté du Magnificat s'inaugure aussi le divin Cantique dansla pleine acception quel'EspritSaint voulut lui donner. Jamais les ravissements de l'EpoQx ne seront plus justifiés (ju'en ce jour béni ; jamais ils ne trouveront écho plus fidèle Echauffons-nous â ces ardeurs du ciel; joignons notre enthousiasme à celui de l'éternelle Sagesse, dont cette journée marque le premier pas vers l'humaI. Matth. xvui, 3. — 2. Ibid. xiii, ii. — 3. Ibid. XI, 19. — 4- i t)or. II, 9.
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nité tout entière. Avec Jésus, sollicitons le Précurseur de se montrer enfin. N'était ''ordre d'en haut, l'ivresse de l'amour lui ferait soudain, en effet, forcer la muraille qui
1 empêche de paraître et d'annoncer l'Epoux.
Car il sait que la vue de son visage, précédant la face même du Seigneur, excitera, elle aussi, les transports de la terre ; il sait que sa voix sera douce, quand elle sera l'organe du Verbe appelant à lui l'Epouse.
Avec Elisabeth, exaltons au Graduel la Vierge bénie qui nous vaut toutes ces joies, et en qui l'amour tient enfermé celui que le monde ne pouvait contenir. Le distique que l'on chante au Verset, était cher à la piéte du moyen âge ; on le retrouve en diverses liturgies, soit comme début d'Hymne i, soit
1. Virgo Dei Genitrix. quem totus non capit orbis : In tua se clausit viscera factus homo. Vera fides Geniti purgavit crimina mundi: Et tibi virginilas inviolata manet. Te matrera pietatis, opéra
te clamitat orbis : Subvenias famulis, o
benedicta, tuis.
Gloria magnaPatri,compar tibigloria,Nate :
Spiritui Sancto gloria
magna Deo. Amen. Hymn. Completorii in fest
Vierge mère de Dieu, celui que le monde entier ne saurait contenir s'est enfermé dans votre sein, s'y faisant homme.
La foi en votre Fils a purifié les crimes du monde; et la virginité vous demeure inviolée.
L'univers vous salue comme la mère de l'amour ; l'univers vous proclame sa puissance : à vos serviteurs, ô bénie, sovez secourable.
Gloire immense soit au Père ; à vous, ô Fils, gloire égale ; à l'Esprit-Saint, également Dieu, gloire immensel
Amen. B. M. (Antiph.Senoni.552).
A la Messe.
sous forme d'Antienne dans la composition des Messes ou de l'Office.
Vous êtes bénie et digne de toute vénération, Vierge Marie, qui sans la moindre souillure êtes devenue mère du Sauveur.
f. Vierge mère de Dieu, celui que le monde entier ne saurait contenir sest enfermé dans votre sein, s'y faisant homme.
Alléluia, alléluia.
f. Heureuse êtes-vous et digne de toute louange, sainte Vierge Marie ! De vous s'est levé le Soleil de justice, le Christ notre Dieu. Alléluia.
BENKDICTA et venerabilis es, virgo Maria, quas, sine tactu pudoris, inventa es mater Salvatoris.
'>^. Virgo Dei Genitrix, quem totus non capit orbis, in tua se clausit viscera factus homo.
AUeluia, alléluia.
j^^. Feli.-î es, sacra virgo Maria, et omni laude dignissima : quia e.x te ortusest Sol justitiaï,ChristusDeus noster. Alléluia.
La suite du saint Evangile selon saint Luc. Chap. i.
EN ce temps-là, Marie se levant s'en alla en grande hâte par les montagnes en une ville de Juda. Et entrant dans la maison de Zacharie, elle salua Elisabeth. Or il arriva que dès qu'Elisabeth eut entendu le salut de Marie, son enfant tressaillit dans son sein ; et, remplie au même moment du Saint-Esprit, Elisabeth s'écria à haute voix : Vous êtes bénie entre les femmes, et le fruit de vos entrailles est béni. Et d'où me vient ce bonheur que la
Sequentia sancti Evangeliisecundum Lucam. Cap. I.
IN illo tempore : Exsurgens Maria, abiit in montana cum festinatione in civitatem Juda. Et intravit in domum Zacharias, et salutavit Elisabeth. Et factum est, ut audivit salutalionem jNlariae Elisabeth, exsultavit infans in utero ejus : et repleta est Spiritu Sancto Elisabeth : et e.xclamavit voce magna , et dixit : Benedicta tu inter mulieres, et benedictus fructus ventris tui. Et
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mère de mon Seigneur vienne à moi ? Voici, en effet, qu'à l'instant même où votre voix me saluant a frappé mes oreilles, mon enfant a tressailli de joie dans mon sein. Bienheureuse, vous qui avez cru ! les choses qui vous ont été dites par le Seigneur, s'accompliront. Et Marie dit: Mon âme glorifie le Seigneur, et mon esprit tressaille en Dieu mon Sauveur.
unde hoc mihi ut vcniat mater Domini mei ad me ?Ecce enim ut facta est vox salutationis tuas in auribus meis,exsultavit in gaudio infans in utero meo. Et beata. quae credidisti , quoniam perfîcientur ea quœ dicta sunt tibi a Domino. Et ait Maria : Magnificat anima mea Dominum : et exsultavit spiritus meus in Deo salutari meo.
MARIE avait appris de l'archange qu'Elisabeth allait bientôt devenir mère. La pensée des services que réclament sa vénérable cousine et l'enfant qui va naître, lui fait prendre aussitôt la route des montagnes où est située l'habitation de Zacharie. Ainsi va, ainsi presse, quand elle est vraie, la charité du Christ i. Il n'est point d'état d'âme où, sous le prétexte d'une perfection plus relevée, le chrétien puisse oublier ses frères. Marie venait de contracter avec Dieu l'union la plus haute ; et volontiers notre imagination se la représenterait impuissante à tout , perdue dans l'extase, durant ces jours où le Verbe, prenant chair de sa chair, l'inonde en retour de tous les flots de sa divinité. L'Evangile est formel cependant : c'est en ces jours mêmes - que l'humble vierge, assise jusque-là dans le secret de la face du Seigneur 3, se lève pour se dévouer à tous les besoins du prochain dans le corps et dans l'àme. Serait-ce à dire