L'Année liturgique — Le Temps après la Pentecôte (t. 10-15) (page 35)
14. — 2. Luc. I, 39. — 3. Psalm. XXX,
A la Messe. 56?
que les œuvres l'emportent sur la prière, et que la contemplation n'est plus la meilleure part? Non, sans doute ; et Notre-Dame n'avait jamais si directement ni si pleinement qu'en ces mêmes jours, adhéré à Dieu par tout son être. Mais la créature parvenue sur les sommets de la vie unitive, est d'autant plus apte aux œuvres du dehors qu'aucune dépense de soi ne peut la distraire du centre immuable où elle reste fixée.
Insigne privil^ège, résultat de cette division de Vesprtt et de Vdme i à laquelle tous n'arrivent point, et qui marque l'un despas les plus décisifs dans les voies spirituelles; car elle suppose la purification tellement parfaite de l'être humain, qu'il ne forme plus en toute vérité qu'un même esprit avec le Seigneur- ; elle entraîne une soumission si absolue des puissances, que, sansse heurter, elles obéissentsimultanément, dans leurs sphères diverses, au souffle divin.
Tant que le chrétien n'a point franchi ce dernier défilé défendu avec acharnement par la nature, tant qu'il n'a pas conquis cette liberté sainte des enfants de Dieu 3, il ne peut, en etfet, | aller à l'homme sans quitter Dieu en quel- i que chose. Non qu'il doive négliger pour cela \ ses devoirs envers le prochain, d^ans qui Dieu \ a voulu que nous le voyions lui-même ; heu- \ reux toutefois qui, comme Marie, ne perd \ rien de la meilleure part , sn vaquant aux ] obligations de ce monde ! Mais combien ' petit est le nombre de ces privilégiés, et quelle \ illusion serait de se persuader le contraire ! '
568 La Visitation de la Très Sainte Vierge.
Nous retrouverons ces pensées au jour de la triomphante Assomption ; mais l'Evangile
3u'on vient d'entendre, nous faisait un devoir 'attirer dès maintenant sur elles l'attention du lecteur. C'est spécialement en cette fête, que Notre-Dame a mérité d'être invoquée comme le modèle de tous ceux qui s'adonnent aux œuvres de miséricorde ; s'il n'est point donné à tous de tenir comme elle, dans le même temps, leur esprit plus que jamais abîmé en Dieu ; tous néanmoins doivent s'efforcer d'approcher sans fin, par la pratique du recueillement et delà divine louange, des lumineux sommets où leur Reine se montre aujourd'hui dans la plénitude de ses perfections ineffables.
L'Offertoire chante le glorieux privilège de Marie, mère et vierge , enfantant celui qui l'a faite.
BEATA es.Virgo Maria, quas omnium portasti Creatorem : genuisti qui te fecit, et in aeternum permanes virgo.
"DIENHEUREUSE etes-vous,
13 Vierge Marie, qui avez porté le Créateur de toutes choses ! vous avez engendré celui qui vous a faite, et restez vierge éternellement.
Le F'isde Dieu, naissant de Marie, a consacré son intégrité virginale. Obtenons, dans la Secrète de ce jour, qu'il veuille, en souvenir de sa Mère, nous purifier de nos souillures, et rendre ainsi notre offrande acceptable au Dieu très-haut.
A la Messe.
56g
PERMETTEZ, Seigneur, que vienne à notre aide l'humanité de votre Fils unique ; né d'une vierge, loin de léser l'intégrité de sa mère, il l'a consacrée : qu'il nous délivre de nos fautes et vous rende ainsi notre ofl'rande acceptable en cette fête de la Visitation, Jésus-Christ notre Seigneur qui, étant Dieu, vit et règne avec vous.
UNIGENITI tui, Domine, nobis succurrat humanitas : ut. qui natus de Virgine, matris integritatem non minuit, sed sacravit : in Visitationis ejus solemniis , nostris nos piaculis exuens,oblationem nostram tibi faciat acceptam Jésus ChristusDominus noster. Qui tecum.
R' ECEVEZ, Seigneur nos prières et nos dons ; pour qu'ils soient dignes de votre regard, puissions-nous être aidés des prières de vos saints. Par Jésus-Christ.
O c
SCIPE, Domine, preet munera : quje ut tuo sint digna conspectu. sanctorum tuorum precibus adjuvemur. Per Dominum.
CEST une chose digne et juste, équitable et salutaire, Seigneur saint. Père tout-puissant. Dieu éternel, de vous rendre grâces en tout temps et en tous lieux ; spécialement de vous louer, de vous bénir, de vous célébrer en la Visitation de la bienheureuse Marie toujours vierge. C'est elle qui a conçu votre Fils unique par l'opération du Saint-Esprit, et qui, sans rien perdre de la gloire de sa virginité, a donné au monde la Lumière éternelle, JésusVERE dignum et justum est, œquum et salutare, nos tibi semper et ubique gratias agere : Domine sancte , Pater omnipotens.aeterneDeus: Et te inVisitatione beatas Maria; semper Virginis coUaudare . benedicere, etprœdicare. Quae et Unigenitum tuum Sancti Spiritus obumbratione concepit. et virginitatis gloriapermanente, Lumen œternum niundo effudit, Jesum Christum DomiLa Visitation de la Très Sainte Viers^e.
num nostrum. Pcr quem majestatera tuam laudant Angeli, adorant Dominationes, tremiint Potesiates ; Cœli Cœlorumque Virtutes, ac beata Seraphim, socia exsultatione concélébrant. Cum quibus et nostras voces ut admitti jubeas deprecamur. supplici confessione dicentes : Sanctus, Sanctus, Sanctus.
Christ notre Seigneur : par qui les Anges louent votre Majesté , les Dominations l'adorent, les Puissances la révèrent en tremblant, les Cieux et les Vertus desCieux, et les heureux Séraphins la célèbrent avec transport. Daignez permettre à nos voix de s'unir à leurs voix, afin que nous puissions dire dans une humble confession: SvJi«/ / Saint ! Saint !
L'Eglise possède en elle, dans les Mystères, le même Fils du Père éternel que portèrent durant neuf mois les entrailles de Marie. C'est en son sein bienheureux que, pour venir à nous tous, il a pris un corps. Chantons dans l'Antienne de la Communion, et le Fils et la Mère.
Beat; Vir
»EATA viscera irginis. qu; taverunt zeterni Filium.
Mariae i porPatris
ENHEUREUSES les entrailles de la ViergeMarie,
qui ont porté le Fils du Père
éternel
r
La célébration de chacun des mystères du salut par la participation au divin Sacrement qui les contient tous, est un moyen d'obtenir réloignement du mal pour ce monde et pour l'éternité. C'est ce qu'exprime la Postcommunion, en ce qui touche le mystère de ce jour.
SUMPSIMUS , Domine, celebritalis annuae
Nous avons. Seigneur, participé aux Mystères qui
Aux Secondes Vêpres.
consacrent cette fête annuelle ; faites, nous vous en supplions, qu'ils nous soient un remède pour la vie du temps et pour l'éternelle. Par JésusChrist.
votiva sacramenta :
praesta, quaesumus ; ut et tempo» alis vitaj nobis remédia praebeant et asternœ. Per Dominum.
REMPLIS de l'aliment du Corps sacré et du Sang précieux, nous vous prions, ô Seigneur notre Dieu, de faire que l'acte pieux de notre dévotion obtienne sûrement un effet rédempteur. Par le même Jésus-Christ notre Seigneur.
CORPORis sacri , et pretiosi Sanguinis repleti libamine, quaïsumus Domine Deus noster : ut. quod pia devo-. tione gerimus. certa redemptione capiamus . Per eumdem Dominum.
LES Antiennes, les Psaumes, le Capitule, l'Hymne et le Verset sont les mêmes qu'aux premières Vêpres, pages, 55o-555.
ANTIENNE DE Maguificat.
TOUTES les générations m'appelleront bienheureuse, parce que Dieu a regardé son humble servante. Alléluia.
EATA.M me dicent omnes generationes,quia ancillam humilem respexit Deus. Alléluia.
Les KiY"* et xv^ siècles ont chanté en de gracieuses compositions le mystère de ce jour. Celle qui suit eut le don d'exciter la colère des prétendus Réformés par les expressions de sa piété si touchante envers la Mère de
5j2 Le Temps après la Pentecôte.
Dieu. On y remarquera l'appel à Vunité pour ceux qui s'égarent. Selon ce que nous avons dit du motif" qui porta l'Eglise à établir la fête de la Visitation, Marie est de môme invoquée, en d'autres formules du même temps propres à cette fête, comaie la lumière qui dissipe tous les nuages i, qui dissout tous les schismes -.
T 7ENI praecelsa domina,
V Maria, tu nos visita,
^Egras mentes illumina Per sacra vitas munia.
Veni salvatrix saeculi, Sordes aufer piaculi, In visitando populum Pœnae tollas periculum.
Veni regina gentium. Dele flammas reatuum, Rege quemcumque devium, Da vitam innocentium.
Veni et a?gros visites, Maria, vires robores Virtute sacri impetus, Ne fluctuetur animas.
Veni Stella, lux marium, Infunde pacis radium,
VENEZ, glorieuse Souveraine ;Marie, vous-même visitez-nous : illuminez nos âmes malades, donnez-nous de vivre saintement.
Venez, vous qui sauvâtes le monde, enlevez la souillure de nos crimes ; dans cette visite à votre peuple, écartez tout péril de peine.
Venez, reine des nations, éteignez les flammes du péché; quiconque s'égare, redressezle ; donnez à tous vie innocente.
Venez, visitez les malades; Marie, fortifiez les courages par la vertu de votre impulsion sainte, bannissez les hésitations.
Venez, étoile, lumière des mers, faites briller le rayon
2. Hymn. O Christi mater cœlica. D.A.N. IV, 236.
La Visitation delà Très Sainte Vierge. S-jS
de la paix; que Jean tressaille Exsultet cor in gaudiui devant son Seigneur. Johannis ante Dominum.
Venez, sceptre des rois, ramenez les foules errantes à l'unité de foi qui est le salut des citoyens des cieux.
Venez, implorez pour nous ardemment les dons de l'Esprit-Saint. afin que nous suivions une ligne plus droite dans les actes de cette vie.
Venez, louons le Fils, louons l'Esprit-Saint, louons le Père, unique Dieu : qu'il nous donne secours.
Amen.
Veni virga regalium, Reduc fluctus errantium Ad unitatem fidei In qua salvantur cœlici.
Veni, deposce SpiritU5
Sancti dona propensius, Ut dirigamur rectius In hujus vitœ actibus.
Veni, laudemus Filium, Laudemus Sanctum Spiritum, Laudemus Patrem unicum, Qui nobis det auxilium. Amen.
QUELLE est celle-ci,qui s'avance belle comme l'aurore à son lever, terrible comme une armée rangée en bataille i ? O Marie, c'est aujourd'hui que, pour la première fois, votre douce clarté réjouit la terre. Vous portez en vous le Soleil de justice; et sa lumière naissante frappant le sommet des monts, tandis que la plaine est encore dans la nuit, atteint d'abord le Précurseur illustre dont il est dit qu'entre les fils des femmes- il n'est point de plus grand. Bientôt l'astre divin, montant toujours, inondera de ses feux les plus humbles vallées. Mais que de grâce en ces pre5y4 ^^ Temps après la Pentecôte.
miers rayons qui s'échappent de la nuée sous laquelle'il se cache encore ! Car vous êtes, ô Marie, la nuée légère, espoir du monde, terreur de Tenter ^ ; en sa céleste transparence, contemplant de loin les mystères de ce jour, Elie le père des prophètes et Isaïe leur prince découvrirent tous deux le Seigneur. Ils vous voyaient hâtant votre course audessus des montagnes, et ils bénissaient Dieu ; car, dit l'Esprit'^Saint, lorsque l'hiver a enchaîné les tîeuves, desséché les vallées, brûlé les montagnes, le remède à tout est dans la hâte de la mièe -.
Hâtez-vous donc, ô Marie ! Venez à nous tous, et que ce ne soient plus seulement les montagnes qui ressentent les bienfaits de votre sereine influence : abaissez-vous jusqu'aux régions sans gloire où la plus grande partie du^genre humain végète, impuissante à s'élever sur les hauteurs ; que jusque dans les abîmes de perversité les plus voisins du gouffre infernal, votre visite fasse pénétrer la lumière du salut. Oh ! puissions-nous, des prisons du péché, de la plaine où s'agite le vulgaire, être entraînés à votre suite ! Ils sont si beaux vos pas dans nos humbles sentiers 3, ils sont si suaves les parfums dont vous enivrez aujourd'hui la terre ^ ! Vous n'étiez point connue, vous-même vous ignoriez, ô la plus belle des tîlles d'Adam, jusqu'à cette première sortie qui vous amène vers nos pauvres demeures ^ et manifeste
I. III Reg. xvHi, 44 ; Isai. xix, i. — 2. Eccli.
XLiii, 21-24. — 3. Gant. VII, I. — 4. Ibid. i, 5. —
La Visitation de la 7rès Sainte Vierge. 5y5
votre puissance. Le désert, embaumé soudain des senteurs du ciel, acclame au passage, non plus l'arche des figures, mais la litière du vrai Salomon, en ces jours mêmes qui sont les jours des noces sublimes qu'a voulu contracter son amour i. Quoi d'étonnant si d'une course rapide elle franchit les montagnes, portant l'Epoux qui s'élance comme un géant de sommets en sommets - ? Vous n'êtes pas, ô Marie, celle qui nous est montrée dans le divin Cantique hésitante à l'action malgré le céleste appel, inconsidérément éprise du mystique repos au point de le placer ailleurs que dans le bon plaisir absolu du Bien-Aimé. Ce n'est point vous qui, à la voix de l'Epoux, ferez difficulté de reprendre pour lui les vêtements du travail, d'exposer tant qu'il le voudra vos pieds sans tache à la poussière des chemins de ce monde ^. Bien plutôt : à peine s'est-il donné à vous dans une mesure qui ne sera connue d'aucune autre, que, vous gardant de rester absorbée dans la jouissance égoïste de son amour, vous-même l'invitez a commencer aussitôt le grand œuvre qui l'a fait descendre du ciel en terre : « Venez, mon bien-aimé, sortons aux champs, levons-nous dès le matin pour voir si la vigne a fleuri, pour hâter l'éclosion des fruits du salut dans les âmes ; c'est là que je veux être à vous 4. » Et, appuyée sur lui, non moins que lui sur vousmême, sans rien perdre pour cela des délices du ciel, vous traversez notre désert ^ ; et la
576 Le Temps après la Pentecôte.
Trinité sainte perçoit, entre cette mère et son tîls, des accords inconnus jusque-là pour ellemême ; et les amis de l'Epoux, entendant votre voix si douce ^ont, eux aussi, compris son amour et partage vos joies. Avec lui, avec vous, de siècle en siècle, elles seront nombreuses les âmes qui, douées de l'agilité de la biche et du faon mystérieux, fuiront les vallées et gagneront les montagnes où brûle sans fin Te pur parfum des cieux -.
Bénissez, ô Marie, ceux que séduit ainsi la meilleure part. Protégez le saint Ordre qui se fait gloire d'honorer spécialement le mystère de votre Visitation ; fidèle à l'esprit de ses illustres fondateurs, il ne cesse point de justifier son titre, en embaumant l'Eglise de la terre de ces mêmes parfums d'humilité, de douceur, de prière cachée, qui furent pour les anges le principal attrait de ce grand )our, il y a dix-huit siècles. Enfin, ô Notre-Dame, n'oubliez point les rangs pressés de ceux que la grâce suscite, plus nombreux que jamais en nos temps, pour m^archer sur vos traces à la rechercne miséricordieuse de toutes les misères ; apprenez-leur comment on peut, sans quitter Dieu, se donner au prochain : pour le plus grand honneur de ce Dieu trèshaut et le bonheur de l'homme, multipliez ici-bas vos fidèles copies. Que tous enfin, vous ayant suivie en la mesure et la manière voulues par Celui qui divise ses dons à chacun comme il veut ^, nous nous retrouvions dans la patrie pour chanter d'une seule voix avec vous le Magnificat éternel !
[. Cant. VIII. i3.
Ibid. 14. — 3. I Cor. XII, II.
I parmi tous les Saints il n'en est pas qui ne mérite les hommages de la terre, et dont le nom ne soit puissamment secourable, le culte rendu à chacun d'eux, la confiance qui leur est témoignée, varient pourtant en la mesure de ce que nous connaissons de leur gloire. Il est donc juste , et c'est l'affirmation posée par saint Léon le Grand dans l'Office de ce jour, il est juste d'honorer davantage ceux que la grâce divine a tellement élevés entre tous, que, dans ce corps de l'Eglise qui a le Christ pour tête, ils sont établis comme les deux yeux éclairant tous les membres i. C'est la raison qui fait qu'entre les nombreuses solennités consacrées surle Cycle aux serviteurs de Dieu, il n'en est point qui soit supérieure à la fête des deux princes des Apôtres.
Lorsque la pratique de l'Eglise inspirait les mœurs des particuliers et des peuples, la confiance des nations, la dévotion privée elle-même n'avaient pas d'autres appréciations, d'autres préférences que celles de la sainte Liturgie ; et il serait long, trop long
I. Sermo l in Nat. Apost. Lect. ii* Nocturni.
5yS Le Temps après la Pentecôte.
pour nous, de relever dans les histoires, chartes publiques ou simples contrats, monuments de toutes sortes, les preuves sans fin de l'amour de nos pères pour le glorieux porte-clefs du royaume du ciel et son illustre compagnon armé du glaive. La foi était vive en ces temps. On comprenait que, de tous les biens départis par Dieu à la terre, il n'en est point qui égalent les grâces de sanctification, de doctrine, d'unité, dont Pierre et Paul avaient été, pour tous, les instruments prédestinés ; le cœur aussi s'élargissait avec l'intelligence ; on voulait connaître la vie si touchante de ces pères du peuple chrétien ; on leur tenait compte du dévouement avec lequel ils avaient, sans calculer, dépensé leurs sueurs et leur sang.
Pourrait-on dire qu'il en est encore ainsi de nos jours ? Combien de baptisés, catholiques de nom, parfois pratiquants, possèdent à peine sur le christianisme les élémentaires notions qui leur permettraient d'entrevoir, au moins confusément, l'importance du rôle qu'ont rempli dans l'humanité les fondateurs de l'Eglise ! Il en est d'autres, et, grâces â Dieu, leur nombre a grandi dans nos temps, qui tiennent à honneur d'avoir approfondi les principes sur lesq^uels repose la divine constitution de la société rachetée par le Sang du Seigneur. Ceux-là comprennent et ils révèrent fa place auguste que Pierre et Paul ont occupée, qu'ils retiennent toujours dans l'économie du dogme chrétien. De ceux-là mêmes néanmoins, en est-il beaucoup qui véritablement honorent comme ils
Le V" Jour dans VOct. des SS. Apôtres. Sjg
doivent les deux princes des Apôtres? Ce qu'ils savent d'eux leur dit assez qu'il n'en peut être à leur égard comme pour d'autres bienheureux, dont on voit le culte s'étendre ou décroître, suivant les lieux, les temps, les circonstances : le culte de saint Pierre et de saint Paul tient par ses racines au fondement du catholicisme ; soit dans les peuples, soit dans les âmes, il ne saurait s'amoindrir qu'au grand détriment du catholicisme lui-même. Mais tout culte n'est vrai, que s'il implique dévotion et amour ; et peut-on dire que, chez tous ceux dont nous parlons, la connaissance des saints Apôtres ait pénétré suffisamment de l'esprit jusqu'au cœur ?
C'est que pour plusieurs cette connaissance, confinée dans la région de la théorie, demeure par trop impersonnelle aux deux Apôtres ; et que les principes les plus savamment déduits ne donnent point l'esprit de foi, qui réside au cœur et anime la vie. Qu'ils complètent donc leur science ; sans perdre de vue les hauteurs du dogme, qu'ils sachent demander à la prière, à l'humble étude de l'Evangile, des Actes des Apôtres, de leurs lettres aux Eglises, des traditions ecclésiastiques, cette révélation tout intime de l'àme de Pierre et de celle de Paul qui ne peut manquer de les leur faire admirer, aimer surtout, autant et plus que leurs sublimes prérogatives. Peut-être alors s'éionnerontils d'avoir connu si tard bien des détails précieux, et mille traits instructifs que les plus petits enfants des siècles réputes barbares eussent rougi d'ignorer. A coup sûr,
5^0 Le Temps après la Pentecôte.
ils auront joie de se sentir plus catholiques dans l'âme ; ils s'estimeront heureux d'avoir compris, de partager enfin la dévotion de l'humble femme du peuple et sa naïve confiance, mêlée de crainte, dans le portier du paradis.
La belle Préface qui suit est empruntée au Missel Mozarabe. Elle chante les contrastes divins parmi lesquels aime à se jouer l'éternelle Sagesse, et qu'elle s'est plue à multiplier dans la vie des deux princes des Apôtres.
DIGNUM et justum est, omnipotens Pater , nos tibi ingentes agere gratias pro multiplie! Apostolorum Pétri et Pauli gloria : quam eis per diversas munerum distributiones larga satis pietate donasti. Quos et Unigeniti tui discipulos : et gentium fecisti esse magistros. Qui ob Evangelii prœdicationem quum cœlorum prasficiantur in regnis : carcerum clauduntur angustiis. Potestatem accipiunt peccata solvendi : et ferri vinculis alligantur. Sanitatem donant: et asgritudines portant. Daemonibus imperant : et ab hominibus
IL est digne et juste. Père tout-puissant, que nous vous rendions de grandes grâces pour la multiple gloire des Apôtres Pierre et Paul ; car vous les avez gratifiés abondamment des dons les plus divers en votre miséricordieuse bonté. Vous avez fait d'eux les disciples de votre Fils, les maîtres des nations. Pour la prédication de l'Evangile, ils président dans le royaume des cieux, ils sont enfermés dans d'étroits cachots. Ils ont le pouvoir de délier les péAés, et ils sont liés par des chaînes de fer. Ils donnent la santé, et souffrent tous les maux. Ils commandent aux démons, et par les hommes sont flagellés. Ils mettent en fuite
Le V" Jour dans VOct. des SS. Apôtres. 58 1
chaque genre de mort, et fuient la persécution. Ils marchent sur la mer, et peinent au travail; d'un mot transportent les montagnes, et vivent du labeur de leurs mains. Ils doivent juger les Anges, et subissent la question ; vivent avec Dieu, périclitent sur la terre. Enfin le Christ se fait leur serviteur, lavant leurs pieds ; et leur visage est souiBeté par la main de blasphémateurs. Rien n'a manqué presque, en fait de misères, à leur patience ; rien, en fait de succès, qui n'orne leur couronne de victoire. Si nous repassons toutes les souffrances, tous les tourments qu'ils ont endurés pour attester la foi véritable, ils l'emportèrent sur les Martyrs. Comme miracles, ils ont fait par le Christ ce que fit le Christ même ; comme passion, ils ont supporté, devant nécessairement mourir, ce que lui a subi dans une mort volontaire : eux par ses forces, lui par les siennes. Pour enseigner avec autorité, entre lui et eux il y avait ressemblance, non égalité comme docteurs.
PIERRE a accompli, dans son temps, ce qu'il avait promis avant le temps. Il a donné sa vie pour celui
flagellantur. Mortes fugant : et fugiunt persequentes. Super mare ambulant : et in labore desudant. Montes verbo transferunt : et propriis victum manibus quaerunt. Judicaturi Angelos : in quœstionem mittuntur. Cum Deo vivunt : in mundo periclitantur, Postremo Christus eis serviens pedes lavât : et faciès eorum blasphemantium manus alapis colaphizat. Nihil sustinentibus pêne defuit ad tolerantiam : nihil superantibus victoriaî non adfuit ad coronam. Si recurramus quot ad testificandam fidei veritatem œrumnarum pertulerint in tormentis fréquenter suis : superfuere Martyribus. Si in mirabilibus, hoc per Christum fecere quod Christus : si in passionibus, hoc sustinuerunt illi necessitate mortaliquod ille voluntate moriendi. Isti ejus viribus : ille suis. Probantes doctrinae auctoritatem similitudine : non sequalitate doctoris.
tempore : quod promiserat ante tempus.Posuit animam suam pro
582 Le Temps après la Pentecôte.
illo : quem se noncrediderat negaturum. Quia ad ardiias sponsionis celeritatera nimia charitate praeventus, non intellexit servum pro Domino dare non posse quod pro servo ante Dominus non dedisset : similiter non renuit crucifiai, sed aequaliter non praïsumpsit appendi.
Obiit ille reclus . iste subjectus. Ille ut majestatem ascendentis sublimitate proferret : iste ut fragilitatem descendentis humilitate monstraret.
NEC Paulus affecta m i no r, meminit quem sibi arrogaverat dicens : Mihi vivere Christus est, et mori lucrum. Gaudet, insanientis ictibus percussoris, domitas jugo Christo offerre cervices : et pro corporis sui capite, dare corporis sui caput. Diviserunt sibi passionis dominicae vestimentum duo milites Dei : unus in patibulo, alter in gladio ; Petrus in transfixione, Paulus in sanguine.
is igitur dispari mortis génère, non
qu'il avait cru ne pouvoir renier autrefois. Comme, dans l'ardeur précipitée de son très grand amour, il s'était engagé légèrement, sans comprendre que le serviteur ne pouvait donner pour le Maitre ce que le Maître n'eût auparavant donné pour le serviteur : il ne refusa pas d'être crucifié comme lui, maisneut pas la présomption d'être attaché de même Le Maître était mort debout, lui mourut renversé : signe de la majesté de celui qui montait dans les cieux ; marque de la fragilité de celui qui descendait vers la terre.
NON inférieur en amour, Paul se souvient de ce qu'il avait dit de lui-même • Le Christ est ma vie. et la mort m'est un gain. Plein de joie, sous les coups du bourreau furieux, il offre au Christ sa tête assouplie au joug ; pour celui qui est la tète du corps des élus dont il fait partie, il donne la tête de son propre corps. Les deux soldats de Dieu se partagent la dépouille de la passion du Seigneur : l'un sur le gibet, l'autre sous le glaive ; Pierre par les clous, Paul dans le sang.
ORT différente , même amour en la mort ! Que
Le V" Jour dans VOct. des SS. Apôtres. 583
l'Eglise catholique se réjouisse en leur enseignement, toute piété au souvenir de cette mort, la ville de Rome à leurs tombeaux, chaque âme chrétienne sous leur patronage. Or toutes ces choses, c'est vous qui les opérez, ô Seigneur qui êtes désigné par les Prophètes, adoré parles Anges, manifesté par la lumière apostolique au monde entier. C'est à bon droit que tous les Anges et les Archanges ne cessent point de crier vers vous, disant : Samf/ Saint! Saint !
dispari moriendi amore perfunctis : exsultet in eorum doctrinis Ecclesia catholica ; in exsequiis religiositas universa ; in memoriis Urbs Romana ; in patrociniis omnis anima christiana. Haec autem omnia tu, Domine, operaris : qui a Prophetis demonstraris ; ab Angelis adoraris ; et in omni saeculo Apostolorum lumine declararis. Cui merito omnes Angeli et Archangeli non cessant clamare quotidie, ita dicentes : Sanctus , Sanctus, Sancttts.
La même Liturgie Mozarabe emploie l'Hymne suivante, au jour de la Fête. Elle a pu être, non sans fondement, attribuée à saint Ambroise, et paraît avoir précédé dans l'usage liturgique l'Hymne d'Elpis.
LE martyre des Apôtres consacre ce jour à jamais : c'est de Pierre le noble triomphe, c'est de Paul la couronne.
Unis et rapprochés dans le sang de leur mort triomÈ hante, les princes ont suivi >ieu ; ils ont reçu la couronne de la foi du Christ.
APOSTOLORUM passio Diem sacravit sœculis. Pétri triumphum nobilem, Pauli coronam proferens.
Conjunxit sequales viros
Cruor triumphalis necis ;
Deum secutos praesules
Christi coronavit fides.
584 Le Temps après la Pentecôte.
Primus Petrus Apostolus ; Nec Paulus impar gratia : Electionis vas sacrae Pétri adaequavit fidem.
Verso Crucis vestigio , Simon honorera dans
Deo. Suspensus ascendit ,
dati Non immeraor oraculi.
Praecinctus, ut dictum
est, senex, Elevatus ab altero, Quo noUet ivit, sed volens î\lortem subegit asperam.
Hinc Roma celsum verticem Devotionis extulit. Fundata tali sanguine Et vate tanto nobilis.
Tantae per Urbis ambitum Stipata tendunt agmina : Trinis celebratur viis Festum sacrorum Martyrum.
Prodire quis mundum putet,
Concurrere plebem poli :
Electa gentium caput,
Le premier est l'Apôtre Pierre, et Paul n'est point inférieur en grâce : le vase de sainte élection a égalé la foi de Pierre.
La Croix tourne en terre son sommet, Simon y rend honneur à Dieu ; il y monte et demeure suspendu, se souvenant de l'oracle qui le concernait.
Ainsi qu'il avait été dit, ceint dans sa vieillesse et élevé par un autre, il a été où il ne voulait pas ; mais sa volonté a vaincu la dure mort.
Fondée dans un sang pareil, ennoblie par un tel personnage. Rome alors est devenue la tête sublime de la religion.
Dans toute l'enceinte de la grande Ville, les foules se pressent en rangs serrés, pour aller dans trois directions célébrer la fête des augustes Martyrs.
On dirait que le monde est ici rassemblé, que c'est le rendez-vous des peuples de l'univers : c'est bien ici la capitale des nations, élue
pour telle comme siège du Sedes magistri gentium. maître des nations.
A Dieu le Père soit gloire, et à son Fils unique, ainsi qu'à l'Esprit Paraclet, dans les Siècles sans fin 1
Amen.
Deo Patri sit gloria, Ejusque soli Filio, Cum Spiritu Paraclito In sempiterna sascula.
Amen.
|iERRE et Paul ne cessent point d'écouter par le inonde la prière de leurs dévots clients. Le temps n'a rien enlevé à leur puissance ; et, pas plus au ciel qu'autrefois sur la terre, la grandeur des intérêts généraux de la sainte Église ne les absorbe, au point de négliger la demande du plus petit des habitants de cette glorieuse cité de Dieu, dont ils furent et restent les princes. Un des triomphes de l'enfer à notre époque étant a'avoir endormi sur ce point la foi des justes eux-mêmes , il nous faut insister pour secouer ce sommeil funeste, qui n'irait à rien moins qu'à mettre en oubli le plus touchant côté de ce que le Seigneur a voulu faire, en confiant à des hommes le soin de continuer son œuvre et de le représenter visiblement ici-bas.
L'erreur qui détournait le monde de Pierre n'aura décidément vécu, que lorsque le monde verra en lui, non seulement la fermeté du roc résistant aux assauts des portes de l'enfer, mais aussi la tendresse de cœur, la paternelle sollicitude qui font de lui le vicaire de Jésus dans son amour i. L'Eglise, en effet,
1. Ambr. in Luc.
Le VI" Jour dans VOct des SS. Apôtres. 58 j
n'est pas seulement un édifice dont la durée doit être éternelle: elle est aussi une famille et une bergerie; c'est pourquoi le Seigneur, voulant laisser à son œuvre, en quittant la terre, une triple garantie, exigea de l'élu de sa contiance une triple affirmation d'amour, et alors seulement l'investit de son ministère sublime, disant; Pais mes brebis^.
« Or, s'écrie saint Léon, loin de nous le doute que, ce ministère de pasteur, Pierre ne l'exerce encore, qu'il ne demeure fidèle à cet engagement d'un amour éternel , qu'il ne continue d'observer avec une tendresse infinie le commandement du Seigneur, nous confirmant dans le bien par ses exhortations, priant sans cesse afin qu'aucune tentation ne prévale sur nous 2. Et cette tendresse, qui embrasse tout le peuple de Dieu 3, elle est plus vaste et plus puissante maintenant que lorsqu'il était mortel encore, parce que tous les devoirs et les multiples sollicitudes de sa paternité immense, il y fait honneur en celui et avec celui qui l'a glorifié *. »
« Si partout , dit encore saint Léon , les martyrs ont reçu, en retour de leur mort et pour manifester leurs mérites, la puissance d'aider ceux qui sont en péril, de chasser maladies et esprits immondes, de guérir des maux innombrables : qui donc serait assez ignorant ou envieux de la gloire du bienheureux Pierre, pour estimer qu'aucune partie de l'Eglise échappe à sa sollicitude et ne lui doive accroissement ? Toujours brûle, touI. JoHAN. XXI. — 2. Sermo iv de Natali ipsius. —
588 Le Temps après la Pentecôte.
jours vit, dans le prince des Apôtres, cet amour de Dieu et des hommes que ne domptèrent ni rétroitesse ni les fers des cachots, ni les fureurs des foules, ni la colère des rois; la victoire n'a point attiédi ce que le combat n'avait su réduire. Lors donc que, de nos jours, les chagrins font place à la joie, le labeur au repos, la discorde à la paix, nous reconnaissons dans ces secourables ctfets les mérites et la prière de notre chef. Bien souvent nous avons l'expérience qu'il préside aux salutaires conseils, aux justes jugements; le droit de lier et de délier est exercé par nous, et c'est l'influence du très bienheureux Pierre qui amène le condamné à pénitence, le pardonné à la grâce i. Lt cette expérience qui nous est personnelle, nos pères aussi l'ont connue ; en sorte que nous croyons et tenons pour sûr que, dans toutes les peines de cette vie, la prière apostolique doit nous être une aide et sauvegarde spéciale auprès de la miséricorde de Ûieu -. »
L'évèque de Milan, saint Ambroise, exalte, lui aussi, magnifiquement l'action apostolique sans cesse efficace et vivante en l'Eglise. Mais où il excelle en son exposition toujours si suave et si sûre, c'est quand, s'élevant dans les régions sublimes où se complaît sa grande âme, il exprime avec une délicatesse et une profondeur également infinies le rôle de Pierre et celui de Paul dans la sanctification des élus.
f( L'Eglise, dit-il, est un navire où Pierre doit pêcher; et, dans cette pêche, il reçoit
Le F/e Jour dans VOct. des S S. Apôtres. 5 8 g
ordre d'user tantôt des filets , tantôt de l'hameçon. Grand mystère ! car cette pèche est toute spirituelle. Le filet enserre, l'hameçon blesse ; mais au filet la foule, à l'hameçon le poisson solitaire i. O bon poisson, ne redoute point l'hameçon de Pierre : il ne tue pas, mais consacre ; précieuse blessure que la sienne , qui , dans le sang, fait trouver la pièce de bon aloi nécessaire à l'acquittement du tribut de l'Apôtre et du Maître -. Donc ne t'estime pas peu de chose,
garce que ton corps est faible : tu as en ta ouche de quoi payer pour le Christ et pour Pierre 3. Car un trésor est en nous, le Verbe de Dieu; la confession de Jésus le met sur nos lèvres. C'est pourquoi il est dit à Simon: Va en pleine mer *, c'est-à-dire, au cœur de l'homme ; car le cœur de l'honmie, en ses conseils, est comme les eaux profondes "'. Va eu pleine mer, c'est-à-dire, au Christ ; car le Christ est le réservoir profond des eaux vives 6, en lequel sont les trésors de la sagesse et de la science ". Tous les jours, Pierre continue de pêcher; tous les jours, le Seigneur lui dit : Va en pleine mer. Mais il me semble entendre dire à Pierre : Maître, nous avons travaillé toute la nuit sans rien prendre ^. Pierre peine en nous, quand notre dévotion est
I. De Virginitate, xviii. — 2. Allusion au poisson que Pierre alla pécher sur l'ordre du Seigneur, un jour qu'on réclamait le tribut à son Maître, et dans la bouche duquel se trouva de quoi payer l'impôt à la fois pour Jésus et pour Pierre (Matth. xvn, 23-26). —
5 go Le Temps après la Pentecôte.
laborieuse. Paul alors, lui aussi, est en labeur ; vous l'avez entendu aujourd'hui, qui disait : Qui est malade, sans que moi-même je sois malade 1 ? Faites en sorte que les Apôtres n'aient pas ainsi à peiner pour vous -, »
Le Missel Ambrosien nous donne cette Préface et cette Oraison, au jour de la fête.
ÎQUUM et salutare : nos tibi semper, hic et ubique, in honore Apostolorum Pétri et Pauli gratias agere. Quos ita electione tua coasecrare dignatus es: ut beati Pétri saecularem piscandi artem in divinum dogma converteres. quatenus humanum genus de profundo inferni prœceptorum tuorum retibus liberares ; et coapostoli ejus Pauli mentem cum nomine mutares, ut quem prius persecutorem metuebat Ecclesia. nunc cœlestium mandatorum laetetur se habere
IL est juste et salutaire que, toujours, ici et partout, nous vous rendions grâces en l'honneur des Apôtres Pierre et Paul. Effets sacrés de l'élection que vous en avez daigné faire ! le bienheureux Pierre a vu son métier de pécheur passer en un dogme divin, quand vous résolûtes de tirer le genre humain des gouffres infernaux dans les filets de vos commandements ; et Paul, le compagnon de son apostolat, s'est vu changer par vous d'esprit comme de nom, de telle sorte que le persécuteur auparavant redouté de l'Eglise est maintenant sa joie, étant devenu le docteur
I. II Cor. XI, 20. Cette partie du livre de la Virginité est formée d'un discours qui fut prononcé au jour de la solennité des saints Apôtres. Dans la Liturgie Ambrosienne, on lit encore maintenant, comme Epitre de la fête, le passage de la deuxième lettre aux Corinthiens où se trouve le texte cité par saint Ambroise. — 2. Ambr. de Virginit. xviii, xix.
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des préceptes du ciel. Paul, pourvoir, a perdu la vue ; Pierre a renié, pour croire. Vous donnâtes à celui-ci les clefs de l'empire des cieux, au premier la science de la loi divine pour appeler les nations. Paul introduit, Pierre ouvre, et tous deux sont en possession des éternelles récompenses. Votre droite raffermit l'un marchant sur les eaux, quand il enfonçait ; l'autre, en trois naufrages, fut par elle préservé de péril au fond des mers. L'un résiste aux portes de l'enfer, l'autre dompte l'aiguillon de la mort. Paul est décapité, comme chef des nations dans la foi ; Pierre, les pieds tournés en haut, suit le Christ, notre chef à tous.
doctorem. Paulus cxcatus est, ut videret : Petrus negavitjUt crederet. Huic claves cœlestis imperii • illi ad evocandas gentes, divinae legis scientiam contulisti. lUe introducit ; hic aperit : et ambo virtutis aeternœ prœmia sunt adepti. Hune dextera tua gradientem in elemento liquido, dummergeretur, erexit : illum autem, tertio naufragantem, profunda pelagi fecit vitare discrimina. Hic portas inferi, illemortisvicit aculeum • et Paulus capite plectitur, quia gentium caput fidei probatur ; Petrus autem, sursum versis vestigiis, caput omnium nostrum secutus est Christum.
O Dieu, rédempteur des âmes qui vous louent, leur pêcheur fut le bienheureux Pierre Apôtre, et par votre ordre nous reconnaissons en lui le pasteur des brebis ; dans votre miséricorde, écoutez nos prières et accordez à votre peuple les dons de votre bonté. Vous qui vivez.
Saluons Rome et ses deux princes par ce beau chant , qui rappelle l'inspiration des hymnes d'Elpis et de saint Paulin d'Aquilée
Deus, quiconfitentium tibi redemptor es animarum, quarum piscator beatus Petrus Apostolus, atque ovium pastor tua praeceptione cognoscitur: annue raisericors precibus nostris, et populo tuo pietatis tuae dona concède. Qui vivis.
5g2 Le Temps après la Pentecôte.
Sa composition paraît elle-même devoir remonter vers les vii^ ou viii* siècles.
Ç\ RoMA nobilis, orbis
^^ et domina,
Cunctarum urbiura excellentissima,
Roseo martyrutn sanguine rubea,
Albis et virginum liliis candida •
Salutem dicimus tibi per • omnia.
Te benedicimus, salve per saecula.
Petre, tu praspotens
cœlorum claviger. Vota precantium exaudi
jugiter : Cum bissex tribuum
sederis arbiter, Factus placabilis judica
leniter, Teque precantibus nunc
temporaliter Ferto sufiFragia misericorditer.
O Paule, suscipe nostra peccamina, Cuius philosophes vicit
industria : Factus œconomus in
domo regia, Divini muneris appone
fercula ; Ut, quae repleverit te
Sapientia, Ipsa nos repleat tua per
dogmata. Amen.
^^ NOBLE Rome, maîtresse ^-^ du monde, de toutes les villes la plus belle, empourprée comme la rose dans le sang des martyrs, éclatante de blancheur sous les lis de tes vierges : salut à toi par l'univers, bénédiction, salut dans les siècles !
Pierre, vous le très puissant porte-clefs des cieux. exaucez toujours les vœux de qui vous implore ; quand vous siégerez comme juge des douze tribus, laissez-vous apaiser, portez douce sentence ; à nous qui d'ici-bas sommes vos clients à cette heure, donnez votre voix miséricordieuse.
O Paul, prenez en mains la cause des coupables, vous dont l'habileté triompha des philosophes ; dispensateur des biens de la maison du Roi, servez-nous les mets de la divine grâce : que la Sagesse, qui vous rassasia, nous nourrisse elle-même par vos enseignements. AmeOi
,PRÈs Gaétan de Thienne , avan^ Ignace de Loyola, Antoine-Marie mérita d'être le père d'une de ces familles religieuses qui furent appelées en si grand nombre, au xvi^ siècle, à réparer les ruines de la maison de Dieu. La Lombardie , épuisée , démoralisée par les guerres dont la possession du duché de Milan avait été l'enjeu, se reprit à croire, à espérer, à aimer, au spectacle des héroïques vertus de Zaccaria ; elle écouta ses prédications enflammées qui l'appelaient à la pénitence, à la méditation de la Passion du Sauveur, au culte plus assidu, à l'adoration plus solennelle de la très sainte Eucharistie *. Ainsi fut- il le précurseur de saint Charles Borromée qui, dans la réforme du clergé, du peuple, des monastères du Milanais, n'eut pas d'aiixiliaires plus précieux que ses fils et ses filles, les Clercs réguliers et les Angéliques de Saint-Paul.
I . Il fut le premier qui exposa sans voiles la sainte
Hostie à l'adoration des fidèles durant quarante heures, en souvenir du temps que le Seigneur demeura au tombeau ; le pieux usage passa de IVlilan dans l'Eglise entière, et nous avons dit ailleurs l'application spéciale qui en fut faite à la sanctification des trois jours, qui précèdent le Carême.
5y4 ^^ Temps après la Pentecôte.
L'oratoire de l'éternelle Sagesse avait vu, à Milan, les débuts de la Congrégation nouvelle ; l'église Saint-Barnabe, où elle s'établit peu après ia mort de Zaccaria et qui garde aujourd'hui son corps, fît donner le nom de Barnabites à ces autres disciples du Docteur des nations. Ils devaient par la suite se répandre, non seulement dans toute l'Italie, mais en France, en Autriche, en Suède, et jusqu'en Chine et en Birmanie, s'adonnant aux missions, à l'enseignement de la jeunesse, à toutes les œuvres qui intéressent le culte divin et la sanctification des âmes. Quant au saint fondateur, dès l'année iSSg, aux premières Vêpres de l'Octave des Apôtres, il s'envolait au ciel à trente-six ans, de la maison même où il était né, des bras de la pieuse mère qui l'avait élevé pour Dieu et qui le rejoignait peu après.
Lorsque parurent au siècle suivant les célèbres décrets d'Urbain VIII, il manquait cinq années à la prescription centenaire qui eût permis de considérer comme acquis le culte rendu au bienheureux dès après sa mort ; et comme, d'autre part, les témoins requis dans ces mêmes décrets pour la canonisation régulière des serviteurs de Dieu avaientdisparu, la causedemeura en suspens: ce fut le Souverain Pontife Léon XIII qui, de nos jours, a)'ant d'abord réintégré le culte d'Antoine - Marie, l'inscrivit solennellem.ent au nombre des Saints.
Voici la Légende qui lui fut consacrée :
ANTONius Mariai a ntoine-Marie Zaccaria Zaccaria, Cremonae | i\ naquit à Crémone dans
Saînt Antoine-Marie Zaccaria, Conf.
5g5
le Milanais. Issu de noble famille, il fit présager dès l'enfance quelle serait sa sainteté. Car de bonne heure brillèrent en lui les signes de vertus éminentes : piété envers Dieu et la bienheureuse Vierge ; surtout particulière compassion pour les pauvres, dont il cherchait les occasions de soulager la misère, allant jusqu'à se dépouiller de vêtements de prix dans ce but. Formé aux belles-lettres dans sa ville natale, il étudia à Pavie la philosophie, à Padoue la médecine, ne l'emportant pas moins sur ses compagnons par la pénétration de l'intelligence qu'il l'emportait sur tous par l'intégrité de la vie. Rentré docteur en sa patrie, Dieu lui fit comprendre que sa vocation était moins de soigner les corps q^ue de guérir les âmes ; il s adonna donc à l'acquisition des sciences sacrées, ne cessant pas cependant de visiter les malades, d'enseigner aux enfants la doctrine chrétienne, aux jeunes gens réunis par ses soins la piété, souvent même aux personnes plus âgées l'amendement de eurs mœurs. Ordonné pré
tre.on raconte que lorsqu'il célébra sa première Messe, il apparut, à la grande admiration du peuple, entouré d'une troupe d'Anges dans une
in Insubria nobili génère natus, jam a puero qua futurus esset sanctitate portendere visus est. Eximiarum enim in eo virtutum significationes mature eluxerunt, pietatis in Deum ac beatam Virginem ; insignis prassertim in pauperes misericordias ; quorum inopise sublevandae, vel pretiosa veste sibi detracta, haud semel prœsto fuit. Humanioribus litteris in patria excultus, Ticini philosophie, Patavii medicinjE addiscendœ operam dédit utque omnibus vitae integritate. ita et œqualibus acuraine ingenii facile antecelluit. Lauream adeptus ac domum reversus, ubi intelle.xit se Dei monitu ad animorum magis quam corporum morbis medenduru vocari, in sacras disciplinas percipiendas sedulo incuDuit. Interea aegrotos visere, pueros christiana doctrinainforrnare, juvenum ccetus pietate excolere, œtate etiam provectos ad mores emendandos fréquenter hortari non destitit. Sacris initiatus cnm primo litaret, cœlesti oborto lumine. Angelorum corona circum^datus stupenti populo apparuisse
5g6 Le Temps après la Pentecôte.
traditur. Exinde animarum saluti impensius consulere , depravatis moribus summa ope obsislere curae fuit. Ad haec advenas, egenos, afflictos paterno complexus affectu, piis adloquiis atque subsidiis recreatoâ ita solari, ut ejus domus miserorum perfugium haberetur, ipseque Pater patriae atque Angelus meruerit a suis civibus appellari.
■« g EDIOLANI, cum secum ^ agitaretuberiores in rem christianam manare posse fructus, si in vinea Domini sibi laborum socios adscisceret, re communicata cum Bartholomaeo Ferrario et Jacobo Morigia nobilissimis et sanctissimis viris, Sodalitatis ClericorumRegularium fundamenta )ecit ; quam, ob suum in gentium Apostolum amorem, a Sancto Paulo nuncupavit : quae. Clémente SeptimoPontifice Maxime approbante et Paulo Tertio confirmante, brevi per complures regiones pronagata est. Sanctimoniaîium quoque Angelicarum Societas ipsum Antonium Mariam parentem et auctorem habuit. Qui tamen adeo de
lumière céleste. Depuis lors, la poursuite du salut des âmes, la lutte contre les vices eurent toutes ses pensées. Objets aussi de ses sollicitudes paternelles, les étrangers, les indigents, les affliges affluaient à sa maison, devenue un asile de malheureux que réconfortait sa parole compatissante et qu'aidaient ses aumônes ; aussi mérita-t-il de ses concitoyens les noms d'Ange et de Père de la patrie.
. MILAN, faisant réflexion A «î" il serait possible de produire plus de fruits de salut s'il s'associait des compagnons qui travailleraient comme lui à la vigne du Seigneur, il communiqua cette pensée à Barthélémy Ferrari et Jacques Moriaia, très nobles et très saints personnages, et ] eta les fondements d'une société de Clercs réguliers, à laquelle son amour pour l'Apôtre des nations lui fît donner le nom de saint Paul. Approuvée par le Souverain Pontife Clément VII et confirmée par Paul III, elle se répandit bientôt en beaucoup de contrées. La société des religieuses dites Angéliques eut aussi Antoine-Marie pour auteur et pour père. Lut cependant avait si bas sentiment de lui-même, qu'on ne
Saint Antoine-Marie Zaccaria, Conf. 5gy
put aucunement l'amener à prendre le gouvernement de son Ordre. Si grande était sa patience, que les plus redoutables tempêtes soulevées contre les siens ne troublaient point son calme ; si grande sa charité, qu'il ne cessa jamais d'enflammer par ses pieuses exhortations les religieux à l'amour de Dieu, de rappeler les prêtres à la manière de vie des Apôtres, de porter au bien les pères de famille qu'il associait en confréries. Parfois même, portant la Croix avec les siens par les rues et les places publiques, il ramenait les âmes dévoyées dans la voie du salut par l'ardeur et la force de ses discours. rantes improbosque homines
ON doit aussi savoir que . ce fut lui qui, dans son brûlant amour de Jésus crucifié, établit l'usage de sonner la cloche chaque vendredi, à trois heures, pour rappeler à tous le mystère de la Croix. Sans cesse dans ses écrits, comme sur ses lèvres, se retrouvait le très saint nom de Jésus-Christ dont ce vrai disciple de Paul portait les souffrances en son corps. L'ardeur dont il brûlait pour la sainte Eucharistie en fit l'apôtre du retour à la pratique de la communion fréquente, et on
se submisse sentiebat , ut nullo pacto prœesse suo Ordini unquam voluerit. Tanta vero fuit patientia, ut formidolosissimas tempestates in suos commotas constanti animo perferret ; tanta caritate, ut piis adhortationibus religiosos viros ad Dei amorem inflammare, Sacerdotes ad apostolicam vivendi normam revocare, patrumque familias sodalitia ad bonam frugem instituera numquam intermiserit ; imo interdum praelata Cruce per compita plateasque cum suis progressus, fervida ac véhément! oratione , aberîd salutem reduceret.
1LLUD etiam mémorandum quod in Jesum crucifixum amore flagrans, Crucis mysterium ab omnibus, ad statum œris campani indicium , sexta^ quaque feria sub vesperas, recolendum curavit : sanctissimum Christi nomen in suis scriptis passim usurpabat et in ore semper habebat ; ejusdemque cruciatus, vere Pauli discipulus, in corpore suo prœ se ferebat. In sacram Eucharistiam singulari caritate fereba5gS Le Temps après la Pentecôte.
lur ; cujus et fréquenter percipiendae consuetudinem instauravit ; et morem e sublimi throno publiée in triduum adorandae invexisse perhibetur. Pudicitiam adeo coluil ut etiam in exsangui corpore, reviviscere risus, ejus amorem testaretur. Accessere cœlestia dona ecstasis, lacrymarum, futuiorum eventuum cognitionis, scrutationis cordium, virtutis in humani generis hostem. Tandem magnis laboribus ubique exantlatis, Guastallse. quo pacis sequester accitus fuerat, gravi morbo correptus est. Cremonam adductus, inter suorum fletus, et complexus piissimae matris, quam proxime obituram prsedixit ; superna Apostolorum visione recreatus, Sodalitatis suœ incrementa prœnuntians ; tertio nonas julii anno millesimo quingentesimo trigesimo nono, sanctissimae obiit, annos natus sex supra triginta. Cultum tanto viro, ob eximiam ejus sanctitatem et signorum copiam a christiano populo slatim exhibitum, Léo Decimustertius Pontifex Maximus ratum habuit et confirmavit ;
lui attribue l'introduction de l'adoration publique des Quarante Heures. Telles étaient les délicatesses de sa pureté, qu'elles semblèrent, pour s'affirmer encore, rendre vie à son corps inanimé. Extases, don des larmes, connaissance de l'avenir et du secret des cœurs, puissance contre l'ennemi du genre humain, étaient venus de la part du ciel relever ses vertus. Mais les grands travaux qu'il entreprenait partout l'avaient épuisé ; à Guastalla, où on l'avait appelé comme médiateur de paix, il fut pris d'une maladie grave. On le transporta à Crémone où, réconforté par une céleste apparition des Apôtres et prophétisant les développements que sa Congrégation devait prendre, il mourut saintement, au milieu des larmes de ses disciples, entre les bras de sa pieuse mère à laquelle il prédit qu'elle ne tarderait pas à le suivre ; c'était le trois des nones de juillet de l'année mil cinq cent trenteneuf ; il avait trente-six ans. Le culte public rendu aussitôt à un si grand personnage. Cour sa sainteté et ses nomreux miracles, fut approuvé et confirmé par le Souverain Pontife Léon XIII qui, en l'année mil huit cent quatrevingt-dix-sept, au jour de
Saint Antoine-Marie Zaccaria, Conf. 5gg
eumdemque anno millesimo octingentesimo nonagesimo septimo, in
l'Ascension du Seigneur,
l'inscrivit solennellement
aux fastes des Sainrs.
festo Ascensionis dominicae, solemni ritu Sanctorum
fastis adscripsit.
T^N cette Octave des saints Apôtres, vous ïl> nous apparaissez, comme une pierre de grand prix rehaussant leur couronne. De la place d'honneur où monte ainsi vers vous l'hommage de l'Eglise, daignez bénir ceux qui comme vous poursuivent ici-bas l'œuvre apostolique, sans se lasser des perpétuels recommencements qu'imposent aux ouvriers du salut la sape et la mine de l'enfer. De notre temps comme de vos jours, l'enseignement des Apôtres, soutenu de l'exemple et de la prière des Saints, suffit à sauver le monde. Disciple de Paul et son imitateur fidèle, ce fut la science du Christ apprise à son école qui, de médecin des corps vous fit sauveur d'âmes ; ce fut l'amour, supérieur' à toute science *, qui jusque par delà le tombeau rendit féconde votre vie si courte et pourtant si remplie. Puisse Dieu, comme le demande par Votre intercession l'Eglise 2, susciter au milieu de nous cet esprit réparateur et sauveur ; puissent, les premiers, vos fils et vos filles, rangés sous la bannière apostolique, faire honneur toujours au grand nom du Docteur des nations.
lERMEMEXT appuvée sur Pierre, l'Eglise se retoîirne vers celui que l'Epoux lui a donné pour chef et lui témoigne, non moins qu'obéissance etfoi, vénération et amour. C'est le besoin de sa reconnaissance; et d'autre part elle n'ignore
Êoint que, selon la parole de saint Pierre •amien attribuée par d'autres à un disciple de saint Bernard, « nul ne peut prétendre à l'intimité du Seigneur, sans être aussi l'intime de Pierre i.» Admirable unitédela marche de Dieu vers sa créature ! mais, en même temps, loi absolue du progrès de celle-ci vers la vie divine : Dieu ne se trouve qu'en Jésus, de même que Jésus dans l'Eglise , et l'Eglise avec Pierre. Si vous me connaissiez^, disait le
I. Petr. Dam. vel Nicol. Claravall. Sermo de S.
Peiro Ap.
VOct. des SS. Apôtres Pierre et Paul. 60 1
Seigneur, peut-être aussi connaitrie:{-vous mon Père^ ; mais les Juifs cherchaient Dieu en dehors de Jésus, et leurs efforts étaient vains. D'autres depuis sont venus, qui ont voulu trouver Jésus en se passant de son Eglise ; mais ce que Dieu a uni, Vhomme le séparerait' il donc 2 ? et ces hommes, à la poursuite du Christ de leurs conceptions, n'ont rencontré ni Jésus ni l'Eglise. D'autres enfin sont fils de l'Eglise, mais se persuadent que, dans les pâturages où, à bon droit, leur àme veut s'engraisser de Dieu, ils n'ont à rechercher que le Pasteur divin qui réside au ciel ; et néanmoins, en remettant à un autre le soin de paître agneaux et brebis 3, Jésus sans doute n'entendait pas qu'il en fût ainsi : par ces paroles, ce n'est pas de quelques-uns seulement, des commençants ou des imparfaits, des puissants ou des saints, mais de tous, petits et grands, que le céleste Pasteur confiait à Simon fils de Jean la nourriture, la direction, l'accroissement et la garde.
O âme avide de Dieu, sache donc aller à Pierre ; ne crois pas arri\er autrement à l'apaisement de la faim qui te presse. Formée à l'école de la sainte Liturgie, tu n'es point de celles assurément qui, dans le divin Fils de Marie, négligent l'humanité pour arriver, disent-elles, plus vite et plus sûrement au Verbe; mais pareillement, ne cherche point, comme tu ferais d'un obstacle, à tourner le Vicaire de Dieu. Jésus n'est pas inoins impatient que toi de la rencontre ; sois donc asI. JoHAN. XIV, 7. — 2. Matth. XIX, 6 ; Eph. v, 32.—
3. JoHAN. XXI, iS-iy.
6o2 Le Temps après la Pentecôte.
surée que ce qu'il place entre toi et lui, sur la route, n'est point retardement, mais secours. Comme, en l'auguste Eucharistie, les espèces sacrées ne sont que pour t'indiquer où t'attend celui que tu ne saurais trouver par toi-même ici-bas : ainsi le mystère de Pierre n'a d'autre fin que de te montrer sûrement où réside pour toi, dans son autorité et son infaillible conduite, celui qui réside pour toi de même au divin Sacrement dans sa propre substance. Les deux mystères se complètent ; ils marchent de pair et cesseront à la fois, lorsque nos yeux auront pouvoir de contempler directement Jésus ; mais d'ici là, l'Eglise y voit bien moins un intermédiaire ou un voile, que le signe mille fois précieux de l'Epoux invisible. Aussi ne t'étonne point que les honneurs rendus par elle à Pierre, rivalisent avec ceux qu'elle prodigue à l'Hostie ; dans ces génuflexions multipliées également des deux parts, elle adore en effet également : non l'homme sans doute qu'elle voit assis au trône apostolique, pas plus que les espèces perçues par ses sens à l'autel; mais des deux parts le même Jésus, qui se tait au Sacrement, qui parle et commande en son Vicaire.
Au reste, elle sait que Pierre seul peut lui donner l'Hostie. Le baptême qui nous fait fils de Dieu, et tous les sacrements qui multiplient en nous les énergies divines, sont un trésor dont seul il a licence de disposer légitimement par lui-môme ou par d'autres. C'est sa parole, qui, dans tout le monde, à tous les degrés de l'enseignement autorisé, fait naître "au fond des âmes la
LOct. des SS. Apôtres Pierre et Paul. 60 3
foi commencement du salut, et l'y développe, depuis ces humbles commencements jusqu'aux plus lumineux sommets de la sainteté. Et comme, sur les montagnes, la vie des conseils évangéliques est le jardin plus spécialement réservé de l'Epoux, Pierre aussi se réserve la conduite et protection plus spéciale des familles religieuses, voulant pouvoir toujours lui-même, directement, offrir à Jésus les plus belles fleurs de cette sainteté dont son riaut ministère est le principe et l'appui. Ainsi sanctifiée, c'est encore à Pierre que l'Eglise s'adresse pour apprendre de lui la manière d'aller à l'Epoux, dans ses hommages et son culte ; elle lui répète, comme autrefois les disciples au Sauveur : Eyiseigne:{-nous à prier 1 ; et Pierre, s'inspirant de ce qu'il sait des pompes de la patrie, ordonne ici-bas l'étiquette sacrée et dicte à l'Epouse le thème de ses chants. Enfin à sa sainteté, qui donc, sinon Pierre, vient ajouter encore ces caractères d'unité, de catholicité, d'apostolicité, qui sont pour elle, en face du monde, l'irréfragable titre de ses droits au trône et à l'amour du Fils de Dieu ?
Si nous sommes vraiment fils de l'Eglise, si c'est au cœur de notre Mère que nous puisons nos sentiments, comprenons quels seront la reconnaissance , le respect plein d'amour, la tendre confiance, le dévouement absolu de tout notre être envers l'homme de qui, par la très suave volonté de Dieu, nous viennent tous ces biens. Pierre en lui-même
6o-f Le Temps après la Pentecôte.
et dans ses successeurs, en celui surtout qui porte de nos jours le poids du monde et nos propres %rdeaux, sera l'objet constant de notre culte filial. Ses gloires, ses souffrances, ses pensées seront nôtres. N'oublions pas que celui dont le Pontife Romain est le représentant visible, a voulu que tous ses membres eussent leur part invisible au gouvernement de son Eglise : la responsabilité de chacun en un point d'importance si majeure, est clairement indiquée par le devoir de la prière, qui compte plus que l'action devant Dieu, et que l'amour rend plus forte que l'enfer i. Et cet autre devoir majeur de l'aumône, qui nous oblige à subvenir à l'indigence du plus humble de nos frères: croirions-nous donc en être libres à l'égard de l'évèque et du père de nos âmes, lorsque d'injustes spoliations l'amènent à connaître, dans les nécessités de son immense gestion, le besoin et la gène ? Heureux qui, au tribut de l'or, peut être admis à joindre celui du sang ! mais tous n'ont pas cet honneur.
En ce dernier jour de l'Octave consacrée au triomphe des deux princes des Apôtres, saluons encore la ville qui fut témoin de leurs derniers combats. Elle garde leurs tombes, et reste le siège du successeur de Pierre ; à ce double titre elle est le vestibule des cieux, la capitale de l'empire des âmes. La pensée des augustes trophées élevés sur les deux rives de son fleuve et des souvenirs glorieux multipliés alentour, faisait
I. Cant. vni, b.
LOct. des SS. Apôtres Pierre et Paul. 60 5
tressaillir sous le ciel de l'Orient saint Jean Chrysostome. « Non, s'écriait-il dans une Homélie à son peuple ; le ciel, lorsque le soleil l'illumine de tous ses feux, n'a rien de comparable à la splendeur de Rome versant sur le monde la lumière de ces deux flambeaux. C'est de là que sera enlevé Paul, que partira Pierre. Réfléchissez et frissonnez déjà à la pensée du spectacle dont Rome sera témoin, lorsque Paul avec Pierre se levant de leurs tombes seront emportés à la rencontre du Seigneur. Quelle rose éclatante Rome présente au Christ ! Quelles couronnes entourent cette cité ! De quelles chaînes d'or elle est ceinte ! Quelles fontaines elle possède ! Cette ville fameuse, je l'admire, non à cause de l'or dont elle abonde, non à cause de ses fastueux portiques, mais parce qu'elle garde dans son enceinte ces deux colonnes de l'Eglise 1. » Et l'illustre orateur exprimait en termes brûlants le désir qu'il aurait eu de visiter les grands tombeaux, trésor du monde, rempart assuré de la cité-reine.
Aujourd'hui, des divers territoires assignés à leur zèle, les chefs du peuple de Die.u viennent, à des intervalles fixés par le droit, visiter les basiliques élevées sur les restes précieux de Pierre et de Paul ; comme celuici durant sa vie mortelle 2, ils doivent aussi venir voir Pierre vivant toujours dans le Pontife héritier de sa primauté. Si les simples chrétiens ne sont pas soumis à une obligation qui est, pour leurs évêques, l'objet
I. Homil. XXXII in Ed. ad Rom. — 2. Gai. l 18.
6o6 Le Temps après la Peyitecôte.
d'un serment solennel, tout vrai catholique dirigera néanmoins fréquemment sa pensée vers les sommets bénis d'où partent les canaux du salut pour de là se diviser sur la terre entière. Un des symptômes les plus consolants de nos temps malheureux est le mouvement qui commence à ébranler les foules et à les porter vers la Ville éternelle. Mouvement à encourager, s'il en fut ; car il nous fait rentrer dans les plus saines traditions de nos pères ; et aujourd'hui, les facilités d'un pareil pèlerinage, une fois dans la vie, sont devenues telles que, pour un grand nombre, il ne saurait aller sérieusement à rencontre d'aucune nécessité réelle de position ou de famille.
Si tous pourtant ne peuvent s'approprier en ce sens la parole du Psaume : « Je me suis réjoui de ce qui m'a été dit, nous irons dans la maison du Seigneur ; » que tous du moins, aussi bien et mieux que le Juif, sachent redire ces accents du vrai patriotisme des âmes: « Que tous les biens soient pour ceux qui t'aiment, 6 vraie Jérusalem ! que la paix rè^ne sur tes remparts, et l'abondance dans tes ï'orteresses. C'est là mon vœu, à cause de mes frères qui sont en toi ; c'est là ma prière, parce que tu es pour moi la maison du SeiPour rendre honneur aux églises de la
Ville éternelle qui gardent les" principaux
souvenirs des saints Apôtres, Benoît XIV
1. Psalm. cxxi.
VOct. des SS. Apôtres Pierre et Paul. 6oj
établit 1 que, chacun des jours de l'Octave, une Messe pontificale serait chantée successivement dans l'une de ces églises, avec le concours des chantres et autres ministres de la chapelle papale. Au lendemain de la fête du
29 juin, que le Pontife souverain se réserve de célébrer lui-même en la Basilique Vaticane sur le tombeau du prince des Apôtres, les évèques Assistants au trône pontifical sont convoqués dans la Basilique de la voie d'Ostie qui abrite, non loin du lieu de son martyre, le corps et les chaînes du Docteur des nations. Les Protonotaires apostoliques se réunissent le i*"' juilletdans l'Eglise de SaintePudentienne, ancienne maison du sénateur Pudens, « où, dit Benoît XIV, Pierre annonçant la parole divine et célébrant les saints Mystères, jeta en quelque sorte les premier-, fondements de TEglise Romaine mère et maîtresse des autres Eglises, » Le 2 juillet, les Auditeurs de Rote et le Maître du sacré palais honorent de même, à Sainte-Marie in Via lata, la mémoire du séjour que fit en ce lieu durant deux années l'Apôtre des gentils. Le cinquième jour, 3 juillet, la Messe pontificale est célébrée à Saint-Pierre-ès-liens, avec l'assistance des Clercs de la Chambre ', le sixième jour, à la prison Mamertine en présence des Votants de la Signature ; le septième, devant les Abréviateurs" du Parc-Majeur, à Saint-Pierre in Afontorio désigné par une tradition comme l'emplacement du martyre de l'Apôtre. Enfin, le 6 juillet, le Sacré-ColI. 5M//e Admirabiiis Sapientiaï Dei sublimitas, 7«- Avril 1743.
6oS Le Temps après la Pentecôte.
lège des Cardinaux termine l'Octave en grande solennité à Saint-Jean de Latran, où sont exposés à la vénération publique, en de riches reliquaires, les chefs mêmes de saint Pierre et de saint Paul.
Entrons dans la pensée qui inspira au grand Pape Benoît XIV cette distribution des jours de rOctave des saints Apôtres, et prions avec lui pour la Ville et le monde, en empruntant au bacramentaire de son immortel prédécesseur, saint Léon l", les deux formules qui suivent.
VERE dignuni. Qui prfevidens quantis nostra Civitas laboratura esset incommodis, Apostolici roboris ia eadem praecipua membra posuisti. Sed o felix, si tuos prœsules, Roma, cognosceres. et tantos digne studeres celebrare rectores ! Nulli te hostes impeterent, nulla prorsus arma terrèrent, si eorum faraulata doctrinis veraciter atque fideliter eos proposito christianse sinceritatis ambires : quum tibi sufficienter appareat, quae benemeritis dona conferrent. qui tuentur etiara peccatores.
IL est vraiment juste de vous rendre grâces, à vous qui. prévoyant les épreuves dont notre Ville aurait à subir Tassaut, plaçâtes en elle les membres principaux de la vigueur apostolique. O Rome heureuse, si tu connaissais tes gardiens, si tu mettais ton zèle à célébrer dignement de si nobles guides ! Aucun ennemi ne t'attaqu-erait, tu ne craindrais aucunes armes, si, docile à leurs enseignements, véridique et fidèle, tu te pressais autour d'eux dans la profession d'un sincère christianisme. Quels dons te viendraient d'eux si tu les méritais, ils le montrent assez par la protection que déjà ils accordent à des pécheurs.
Deus. qui Ecclesiae tuae in sanctis montibus funO Dieu qui avez placé sur les montagnes saintes les
VOct. des SS. Apôtres Pierre et Paul. ôog
damenta posuisti : da, ut nuUis errorum subruatur incursibus, nuUa mundi perturbatione quatialur ; sed Apostolica semper et institutione sit firma, et interventione secura. Per Dominum.
fondements de votre Eglise ; faites qu'elle ne soit minée paraucune entreprise de l'erreur, ébranlée par aucun trouble du monde : mais que, fondée par les Apôtres, elle soit toujours ferme, et, protégée par eux, toujours tranquille. Par Jésus-Christ.
La Prose suivante. d'Adam de Saint-Victor, terminera dignement le recueil des pièces liturgiques qui nous ont aidés, durant cette Octave, à pénétrer dans l'esprit de la sainte Eglise. Nous la choisissons de préférence à celle de l'illustre poète qui commence par ces mots Oaude Roma, capiit mundi, et qui est exclusivement personnelle à saint Pierre, dont elle raconte les miracles et la vie.
QUE Rome en Pierre se glorifie, que Rome d'un même culte vénère aussi Paul ; ou bien plutôt que tout entière, en allégresse, en chants joyeux, l'Eglise célèbre ce jour.
Ils sont ses fondements, ses fondateurs et ses appuis ; bases, architraves, couvertures et tentures, peaux du temple richement teintes, coupes, pommes et lis d'ornements.
Ils sont les nuées éclatantes arrosant la terre de nos cœurs, tantôt de pluie, tantôt de roROMA Petro glorietur.
Roma Paulum veneretur
Pari reverentia : Imo tota jocundetur, Et jocundis occupetur
LaudibusEcclesia.
Hi sunt ejus fundamenta, Fundatores, fulcimenta,
Bases, epistylia ; lidem saga, qui cortinœ, Pelles templi jacinthinœ,
Scyphi, spherae, lilia.
Hi sunt nubes coruscantes, Terram cordis irrigantes
6 r o
Nunc rore, nunc pluraecones novœ
lej
Etductores novi gregis Ad Christi prîesepia.
Laborum socii Triturant aream, In spe denarii Colentes vineam.
His ventilantibus, Secedit palea, Novisque frugibus Implentur horrea.
Ipsi montes appellantur, Ipsi prius illustrantur
Veri solis lumine. Mira virtus est eorum ; Firmamenti vel cœlorum
Designantur nomine.
Fugam morbis imperant. Leges mortis superant, Eti'ugant daîmonia. Delent idolatriam, Reis donant veniam, Miseris solatia.
Laus communis est amborum, Quum sinl tamen singulorum Dignitates propria» : Petrus praeit principatu, Paulus pollet magistratu TotiusEcclesiaf.
Principatus uni datur,
sée. Ils sont les hérauts de la loi nouvelle, les guides du troupeau nouveau vers le bercail du Christ.
Ensemble ils foulent l'aire, compagnons de labeurs ; ils travaillent à la vigne dans l'espoir du denier.
Par leurs efforts la paille est séparée, les greniers se remplissent de la moisson nouvelle.
On les appelle les monts, frappés qu'ils sont les premiers de la lumière du vrai soleil. Admirable est leur force ; aussi les désigne-t-on sous le titre de firmament ou de cieux.
Ils mettent en fuite les maladies, domptent la mort et ses lois, chassent les démons. Ils détruisent l'idolâtrie, donnent grâce aux coupables, aux malheureux consolation.
La louange est commune pour les deux, quoique la dignité de chacun soit particulière : Pierre précède par 1^ primauté, Paul excelle par ses enseignements dans l'Eglise entière.
La primauté est donnée à
L'Oct. des SS. Apôtres Pierre et Paul. 6i i
un seul, et l'unité de la foi catholique est ainsi proclamée. Une seule écorce est pour les grains, et tous en leur multiplicité ont une seule vertu sous la même
Rome fut le rendez-vous des courriers du salut: là, comme ils le savaient, dominait le mal, et le remède était absent. Médecins fidèles, ils combattent le mal ; les malades en délire repoussent les remèdes de la vie, les insensés la science.
Le nom du Christ a retenti : Simon le Mage et Néron se troublent à ces discours, et ne cèdent pas aux Apôtres. Mais on voit céder toute langueur et la mort obéir ; le Mage se brise, Rome croit, et le monde revient à la vie, rejetant les idoles.
Néron chargé de crimes frémit ; la mort du Mage le désole : autant lui plaisait son erreur, autant il est marri de sa chute. Les combattants du bon combat ne peuvent être ébranlés dans leur foi ; ils se redressent de toute leur taille à la lutte, sans craindre le glaive.
Unitasque commendatur Fidei catholicae ;
Unus cortex est granorum,
Sed et una vis multorura Sub eodemcortice.
Romam convencrant Salutis nuntii, Ubi plus noverant Inesse vitii, Nihil medicinœ. Insistunt vitiis Fidèles medici ; Vitîe remediis Obstant phrenetici, Fatui doctrinae.
Facta Christi mentione,
Simon magus cum Nerone
Conturbantur hoc sermone, Nec cedunt Apostolis.
Languor cedit, mors obedit,
Magus crepat, Roma crédit.
Et ad vitam mundus redit, Reprobatis idolis.
Nero frémit sceleratus, Magi morte desolatus, Cujus error ei gratus,
Grave praecipitium. Bellatores prseelecti Non a fide possuntflecti; Sed in pugnastant erecti,
Nec formidant gla? dium.
6i2 Le Temps après la Pentecôte.
Pctrus, hœres verœ lucis, Fert inversuà pœnam crucis, Paulus ictum puglonis : Nec diversae passionis
Sunt diversa prœmia. Patres summas dignitatis, Sumrao Régi conregnatis : Vincla nostrae pravitatis Solvat vestrae potestatis
Efficax sententia.
Amen.
Pierre, l'héritier de la vraie lumière, subit la croix la tête en bas ; Paul est passé par l'épée : supplice divers, même récompense. Pères de dignité souveraine, vous régnez avec le souverain Roi : déliez les liens de notre malice par la sentence efficace qui est en votre pouvoir.
Amen.
^'f^*^.
CXiA <tiA CtiA <ti> <TiX <tiA CtiA CtiA CtiA CtiA <tiA <^*
IL convenait que l'Octave des Princes des Apôtres ne s'éloignât point, sans qu'apparussentau Cycle sacré quelques-uns des satellites glorieux qui empruntent d'eux leur lumière à travers les siècles. Deux astres jumeaux se lèvent au ciel de la sainte Eglise, illuminant des feux de leur apostolat d'immenses contrées. Partis de Byzance, on croirait tout d'abord que leur évolution va s'accomplir indépendante des lois que l'ancienne Rome a puissance de dicter aux mouvements des cieux, dont il est dit qu'îVs racontent la gloire de Dieu et les œuvres de ses mains*-. Mais saint Clément I", dont les reliques sont tirées par eux d'une obscurité de huit siècles, incline leur marche vers la cité maîtresse ; et bientôt, on les voit graviter avec un éclat incomparable dans l'orbite de Pierre, manifestant une fois de plus au monde que toute vraie lumière, dans l'ordre du salut, rayonne uniquement du Vicaire de l'Homme-Dieu. Alors aussi, une fois
I. Psalm. xvni, 2
6i4 Le Temps après la Pentecôte.
déplus, se réalise magnifiquement la parole du Psaume, que tout idiome et toute langue entendra la voix des messagers de la lumière '.
Au subit et splendidc épanouissement de la Bonne Nouvelle qui marqua le premier siècle de notre ère, avait succédé le labeur du second apostolat, chargé par l'EspritSaint d"amencr au F'ils de" Dieu les races nouvelles appelées par la divine Sagesse à remplacer l'ancien monde. Déjà, sous l'influence mystérieuse de la Ville éternelle s'assimilant par un triomphe nouveau ceux qui l'avaient vaincue, une autre race latine s'était formée des barbares mêmes dont l'invasion, comme un déluge, semblait avoir pour jamais submergé l'Empire. L'accession des Francs au baptême, la conversion des Goths ariens et de leurs nombreux frères d'armes achevaient à peine cette transformation merveilleuse, que les Anglo-Saxons , puis les Germains , suivis brentôt des Scandinaves , venaient, sous la conduite des moines Augustin , Boniface et Anschaire , frapper euxmêmes aux portes de l'Eglise. A la voix créatrice des apôtres nouveaux, l'Europe apparaissait, sortant des eaux de la fontaine sacrée.
Cependant, le mouvement continu de la grande émigration des peuples avait amené sur les rives du Danube une famille dont le nom commençait, au ix' siècle, à fixer l'attention du monde. Entre l'Orient et l'Occident, les Slaves , mettant à profit la faiblesse des descendants de Charlemagne et les révolutions de la cour de Byzance, lenI. Psalm. xvui, 4.
SS. Cyrille et Méthodius, Év. et Conf. 6i5
daient à ériger leurs tribus en principautés indépendantes de l'un et l'autre empire. C'était l'heure que la Providence avait choisie, pour conquérir au christianisme et à la civilisation une race jusque-là sans histoire. L'Esprit de la Pentecôte se reposait sur les deux saints frères que nous fêtons en ce jour. Préparés par la vie monastique à tous les dévouements, à toutes les souffrances , ils apportaient à ces peuples qui cherchaient à sortir de leur obscurité passée, les premiers éléments des lettres et la connaissance des nobles destinées auxquelles le Dieu Sauveur conviait les hommes et les nations. Ainsi la race Slave devenait digne de compléter la grande famille européenne ; et Dieu, dans cette Europe objet des éternelles prédilections, lui concé'dait l'espace plus largement qu'il ne l'avait fait pour ses devancières.
Heureuse, si toujours elle s'était tenue attachée à cette Rome qui, dans les rivalités dont ses origines eurent à subir l'assaut , l'avait si grandement aidée ! Rien, en effet, ne seconda plus ses aspirations à l'indépendance que la faveur d'une langue spéciale dans les rites sacrés, obtenue pour elle du Siège de Pierre par ses deux apôtres. Les réclamations de ceux qui prétendaient la garder sous leurs lois, montrèrent assez, dès lors, la portée politique d'une concession aussi insolite qu'elle était décisive pour consacrer dans ces régions l'existence d'un peuple nouveau, distinct à la fois des Germains et des Grecs. L'avenir le devait mieux prouver encore. Si aujourd'hui, des Balkans à l'Oural, des rivages grecs aux bords glacés de l'Océan
6/6 Le Temps après la Pentecôte.
du Nord, la race Slave s'étend, toujours forte, irréductible aux invasions, maintenant, au sein des empires qui ont pu la terrasser un jour, ce dualisme que le peuple vainqueur doit se résigner à porter en ses flancs comme une menace toujours vivante à travers les siècles: un tel phénomène, qui ne se retrouve point ailleurs en pareille mesure, est le produit de la démarcation puissante opérée il y a mille ans entre cette race et le reste du monde, par l'introduction dans la Liturgie de sa langue nationale. Devenu sacré par cet usage, le Slavon primitif ne connut point les variations inhérentes aux idiomes des autres nations; tout en donnant naissance aux dialectes variés de divers peuples issus de la souche commune , il resta le même, suivant les moindres tribus slaves dans les péripéties de leur histoire, et continuant, pour le plus grand nombre, de les grouper à part de toutes autres au pied des autels. Belle unité, gloire de l'Eglise, si le désir, si l'espérance des deux Saints qui l'avaient établie sur le roc immuable, avaient pu l'y maintenir! Arme terrible au service delà tyrannie, si jamais Satan la faisait tomber par le schisme entre les mains de quelqu'un des suppôts de l'enfer.
Mais ces considérations nous entraîneraient trop loin. Il est temps de lire le récit très complet que l'Eglise romaine consacre aujourd'hui aux deux illustres et très saints frères Cyrille et Méthodius.
CYRILLUS et Metho- I /^ VRILLE et Méthodius dius fratres germani, I v># étaient frères germains ;
55. Cyrille et Méthodius,Év. et Conf. 6iy ils naquirent à Thessalonique de très nobles parents. De bonne heure ils se rendirent à Constantinople, pour se former aux arts libéraux dans cette capitale de l'Orient. Leurs progrès furent en peu de temps considérables. Cyrille surtout acquit une telle réputation de science, que, pour le distinguer par honneur, on l'appelait le philosophe. Méîhodius avait embrassé la vie monastique. Pour Cyrille, à l'instigation du Patriarche Ignace, il fut jugé digne par l'impératrice Tnéodora d'aller instruire dans la foi chrétienne les Khazares habitant au delà de la Chersonèse ; ses enseignements les amenèrent. par l'aide de Dieu , à Jésus-Christ, et mirent fin à leurs nombreuses superstitions. Ayant organisé au mieux la nouvelle communauté chrétienne, il revint plein de joie à Constantinople, et rejoignit lui-même Méthodius au monastère de Polychrone. Cependant la renommée des succès obtenus au delà de la Chersonèse étant parvenue à Ratislas. prince de Moravie, porta ce dernier à revenir jusqu'à trois fois à la charge près de l'empereur Michel, pour obtenir de Constantinople quelques ouvriers évangéligues. Cyrille et Méthodius -îtant donc désignés pour
Thessalonicœ amplissimo loco nati, Constantinopolim mature concesserunt, ut in ipsa urbe Orientis principe humanitatis artes addiscerent. Uterque plurimum brevi profecerunt ; sed maxime Cyrillus. qui tantam scientiarum laudem adeptus est, ut singularis honoris causa philosophus appellaretur. Deinde monachum agere Méthodius cœpit ; Cyrillus autem dignus esthabitus. cui Theodora imperatrix. auctore Ignatio Patriarcha. negotium daret erudiendi ad fidem christianam Chazaros trans Chersonesum incoîentes ; quos prœceptis suis edoctos et Dei numine instinctos, multiplici superstitione deleta, ad Jesum Christum adjunxit. Recenti Christianorum communitate optime constituta. Constantinopolim rediit aiacer, atque in monasierium Polychronis, quo se jam Méthodius receperat, Cyrillus ipse secessit. Intérim cum res trans Chersonesum prospère gestas ad Ratislaum Moraviœ principem fama detulisset, is de aliquot o p e r a r i i s evangelicis Constantinopoli arcesLe Tem):s après la Pentecôte.
sendis cum imperatore Michaele tertio cgit. Igitur Cyrillus et Methodius illi expcditioni destinât!, et in Moraviam celehri lartitia excepti, animos christianis institutionibus tanta vi, tamque operosa industria excolendos aggrediuntur, ut non longe intervallo ea gens nomen Jesu Christo libentissime dederit. Ad eam rem non parum scientia valait dictionis Slavonicae, quam Cyrillus ante perceperat, multumque potuerunt sacrae utriusque Testamenti litteras, quas proprio populi sermone reddiderat : nam Cyrillus et Methodius principes inveniendi fuerunt ipsas litteras, quibus est sermo ipsoruni Slavorum signatus et expressus, eaque de causa ejusdem sermonis auctores non immerito habentur.
CUM rerum gestarum gloriam secundus rumor Romam nuntiasset , sanctus Nicolaus Primus Pontifex Maximus fratres optimos Romam contendere jussit. Illi Romanum iter ingressi, reliquias sancti Clementis Primi Pontificis Maximi, quas
cette expédition, furent reçus en Moravie avec grande allégresse; ils mirent tant de force, tant de soins et d'habileté à infuser dans les esprits la doctrine chrétienne, qu'il ne fallutpas longtemps pour que cette nation donnât de grand coeur son nom àJésus-Christ, Ce dénouement ne fut pas peu favorisé par la connaissance de la langue slavonne que Cyrille avait acquise auparavant ; ne fut point non plus de peu de poids la traduction qu'il fit , dans l'idiomepropre à ces peuples, de l'Ecriture sainte des deux Testaments. Cyrille et Methodius, en effet, furent les premiers à donner l'alphabet dont se servent les Slaves, et pour cette cause, non sans raison, ils sont regardés comme les pères de cette langue.
L" bruit public porta jusqu'à Rome la gloire de si grandes actions, et le Pape saint Nicolas !«•■ envoya l'ordre de s'y rendre aux illustres frères. Ils se mettent en route , apportant avec eux les reliques du Pape saint Clément I'"', que Cyrille avait découvertes a Cherson. A cette nouvelle, Adrien II,
SS. Cyrille et Méthodius, Év. et Conf. 6ig
qui avait succédé à Nicolas, se porte en grand honneur à leur rencontre, accompagné des clercs et du peuple. Cyrille et Méthodius rendent ensuite compte au Souverain Pontife entouré du cierge romain, des saints labeurs de leur charge apostolique. Comme des envieux basaient contre eux une accusation, sur ce fait qu'ils s'étaient permis d'user de la langue slavonne dans l'accomplissement des rites sacrés, ils appuyèrent leur cause de raisons si claires et si sûres, qu'ils reçurent du Pontife et de l'assistance approbation et louange. Tous deux s'étant alors engagés sous serment à persévérer dans la foi du bienheureux Pierre et des Pontifes Romains, furent consacrés évéques par Adrien. Mais il était arrêté dans les décrets divins que Cyrille, plus miir par la vertu que par l'âge, terminerait à Rome le cours de sa vie. Le corps du défunt fut l'objet de solennelles funérailles, et placé dans le tombeau même qu'Adrien s'était fait préparer; on le conduisit ensuite à SaintClément, pour y reposer près des cendres du saint Pape. Ces marches par la Ville au millieu du chant festif des psaumes, cette pompe moins funèbre que
Cyrillus Chersonse repererat, secum advehunt. Quo nuntio, Adrianus Secundus, qui Nicolao demortuo fuerat suffectus, clero populoque comitante, obviam eis mag-na cum honoris significatione progreditur. Deinde Cyrillus et Méthodius de munere apostolico inquoessentsancte laborioseque versati, ad Pontihcem Maximum, assidente clero, referunt ; cum autem eo nomine ab invidis accusarentur, quod sermonem Slavonicum in perfunctione munerum sacrorum usurpavissent, causam dixere rationibus tara certis tamque illustribus, ut Pontifex et clerus et laudarinthomines etprobarint. Tum ambo jurati se in fide beati Pétri et Pontificum Romanorum permansuros, episcopi ab Adriano consecrati sunt, Sed erat provisum divinitus, ut Cyrillus vitae cursum Romae conderet, virtute magis quam aetate maturus. Itaque defuncti corpus elatum funere publico, in ipso sepulcro quod sibi Adrianus exstruxerat compositum fuit ; tum ad sancti démentis deductum, et hujus prope
ôpo Le Temps après la Pentecôte.
cineres conditum. Cumque veheretur per Urbem inler festos psalmorum cantus, non tam funeris quam triumphi
Sompa, visus est populus ^omanus libamenta honorum cœlcstium viro sanctissimo detulisse. Methodius vero in Moraviam régressas, ibique factus forma gregis ex animo. rei catholicœ inservire majore in dies studio institit. Quin etiam Pannonios, Bulgaros, Dalmatas in fide christiani nominis confirmavit ; in Carinthiis autem ad unius veri Dei cultum traducendis plurimum elaboravit.
APUD Joannem Octavum, qui Adriano successerat, iterum de suspecta fide violatoque more majorum accusatus, ac Romam venire jussus, coram Joanne. et episcopis aliquot cleroque urbano, facile vicit catholiccm prorsus fidem et se retinuisse constanter, et caeteros diligenter edocuisse : quod vero ad linguam Slavonicam in sacris peragendis usurpatam. ?e certis de causis ex venia Adriani Pontifîcis, nec sacris Litteris repugnantibus, jure fetriomphale, sembla de la part du peuple romain comme l'inauguration des honneurs célestes pour un si saint personnage. Methodius retourna en Moravie ; il mit toute son âme à s'y montrer le modèle du troupeau, se dépensant toujours plus ardemment au service des intérêts catholiques. On le vit même, indépendamment des Moraves, confirmer dans la foi du nom chrétien Pannoniens. Bulgares, Dalmates, et s'employer grandement à amener les Carinthiens au culte du seul Dieu véritable.
CEPENDANT Jean VIII avait succédé à Adrien. L'apôtre, accusé de nouveau comme suspect dans la foi et violateur des règles des anciens, fut mandé à Rome. En présence de Jean, de plusieurs évéqueset du clergé de la\'ille, il vengea sans peine la pureté de la croyance qu'il avait gardée pour lui fidèlement et enseignée au.K autres avec zèle ; pour l'usage du Slavon dans la sainte Liturgie, il montra qu'il avait agi légitimement, avec la permission du Pape Adrien et pour de bons motifs qui n allaient point contre les saintes
SS. Cyi ille et Méthodius, Êv. et Conf. 621
Lettres. C'est pourquoi, quant au présent, le Pontife, embrassant la ;ause de Méthodius, donna ordre qu'on reconnût son pouvoir archiépiscopal et la légitimité de son expédition chez les Slaves, publiant même des lettres à cet effet. De retour donc en Moravie, Méthodius continua de remplir avec un soin toujours plus vigilant la charge qui lui était assignée, et souffrit même pour elle l'exil de bon cœur. Il amena à la foi le prince des Bohémiens et son épouse, et répandit au loin dans cette nation le nom chrétien. II porta la lumière de l'Evangile en Pologne, et, au rapport de quelques historiens, ayant établi à Léopol un siège épiscopaU il pénétra dans Ja Moscovie proprement dite, où il fonda le trône pontifical de Kiew. Enfin, revenu en Moravie chez les siens, et sentant que le terme de ses pérégrinations ici-bas était proche, il se désigna luimême un successeur, encouragea par de suprêmes recommandations le clergé et le peuple à la vertu, et termina en grande paix cette vie qui avait été pour lui le chemin du ciel. Ainsi que Rome avait fait pour Cyrille, la Moravie entoura Siéthodius mourant des plus grands honneurs. Leur fête était solencisse. Quapropter in re prœsenli complexus Methodium Pontifex, potestatem ejus archiepiscopalem, expeditionemque Slavonicam. datis etiam litteris, ratam esse jussit. Quare Méthodius in Moraviam reversus assignatum sibi munus explere vigilantius perseveravit. pro quo et exsilium libenter passus est. Bohemorum principem ejusque uxoremadfidem perduxit, et in ea gente christianum nomen longe lateque vulgavit. Evangelii lumen in Poloniam invexit. et, ut nonnuUi scriptores tradunt, sede episcopali Leopoli fundata, in Moscoviam proprii nominis digressus, thronum pontificalem Kiowensem constituit. Demum in Moraviam reversus est ad sucs : jamque sese abripi adhumanum exitum sentiens, ipsemet sibi successorem designavit, clerumque et populum supremis prœ- ceptis ad virlutem cohortatus, ea vita. quse sibi via in cœlum fuit, placi--- dissime defunctus est. Uti Cyrillum Roma, sic Methodium ÎSloravia decedentem summo honore prosecuta est. lUorum vero festum, quod apud
6?2 Le Temps après la Pentecôte.
Slavoniae populos jamdiu celebrari consueverat. Léo Decimus lertius Pontifex Maximus cum Orticio ac Missa propria in iiniversa Ecclesia quotannis agi prajcepit.
nisée depuis longtemps déjà chez les peuples Slaves, lorsque le Souverain Pontife Léon XIII ordonna qu'elle fût célébrée tous les ans dans l'Eglise universelle, avec un Ofllice et une Messe propres.
En inscrivant la solennité des saints Cyrille et Méthodius au calendrier universel , le Souverain Pontife Léon XIII a voulu donner lui-même leur expression aux hommages et prières de l'Eglise, dans les deux Hymnes de la fête.
Sedibus cœli nitidis receptos Dicite athletas geminos,
fidèles ; Slavicae duplex columen, decupque Dicite gentis.
Hos amor fratres sociavit unus, Unaque abduxit pietas
eremo. Ferre quo multis celèrent beatas Pignora vitas.
Luce, quœ templis superis renidet. Bulgares complent, Moravos, Bohemos ; Mox feras turmas numerosa Petro Agmi^a ducunt.