L'Année liturgique — Le Temps après la Pentecôte (t. 10-15) (page 37)

Dom Prosper Guéranger · Vie de piété

Texte français, domaine public · Source : archive.org — L'Année liturgique t. 10-15, éd. 1911 (OCR) · 70 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

42 Le Temps après la Pentecôte.

Praeveni in maturitate, et clamavi : * quia inverba tua supersperavi.

Praevenerunt oculi mei ad te diluculo : * ut meditarer eloquia tua.

Vocem meam audi secundum misericordiam tuam. Domine : * et secundum judicium tuum vivifica me.

Ap propinquaverunt persequentes me iniquitati : • a lege autem tua longe facti sunt.

Prope es tu, Domine :

* et omnes viae tuae Veritas.

Initio cognovi de testimoniis tuis : * quia in aeternum fundasti ea.

Vide h u m i 1 i t a tem meam, et eripe me : * quia legera tuam non sum oblitus.

Judica judicium meum, et redime me : * propter eloquium tuum vivifica me.

Longe a peccatoribus salus : * quia justificationes tuas non exquisierunt.

Misericordiae tuae multse. Domine : * secundum judicium tuum vivifica me.

Multi qui persequuntur me, et tribulant me :

* a testimoniis tuis non declinavi.

J'ai devancé l'aurore, et j'ai poussé des cris; car j'espérais vivement en vos promesses.

Mes yeux se tournaient vers vous dès le point du jour, pour méditer votre loi.

Ecoutez ma voix selon votre miséricorde. Seigneur ; vivifiez-moi selon votre justice.

Mes persécuteurs ont embrassé l'iniquité ; ils se sont éloignés de votre loi.

Vous êtes près de nous, Seigneur ! et toutes vos voies sont vérité.

Dès le commencement j'avais reconnu que vous aviez établi vos témoignages pour durer éternellement.

Voyez mon humiliation, et délivrez-moi ; car je n'ai point oublié votre loi.

Jugez ma cause et rachetezmoi, ô Sauveur des hommes ! rendez-moi la vie, à cause de votre parole.

Le salut est loin des pécheurs, parce qu'ils n'ont pas recherché vos commandements.

Vos miséricordes sont infinies, Seigneur ; rendez-moi la vie selon vos oracles.

Ils sont nombreux, ceux qui me persécutent et m'affligent ; mais je ne me suis point écarté de vos préceptes.

J'ai vu les prévaricateurs, et j'en ai séché de douleur: car ils n'ont pas gardé vos ordonnances.

Voyez, Seigneur, que j'ai toujours aimé vos commandements ; rendez-moi la vie, dans votre miséricorde.

Le principe de vos paroles est la vérité : tous les décrets de votre justice demeurent à jamais.

Gloire au Père, etc.

LES princes m'ont persécuté injustement ; mais mon cœur n'a craint que votre parole.

Je me réjouirai dans vos promesses, comme un homme qui a trouvé de riches dépouilles.

J'ai haï l'iniquité, et je l'ai eue en horreur , mais j'ai aimé votre loi.

Sept fois le jour, j'ai chanté vos louanges sur les jugements de votre justice.

Paix abondante à ceux qui aiment votre loi ; il n'y a pas pour eux de scandale.

Comme Jacob, j'attendais votre Salut, ô Seigneur ! et dans cette attente, j'ai aimé vos commandements.

Mon âme a gardé vos préceptes ; elle les a aimés d'un amour ardent.

J'ai observé vos lois et vos ordonnances ; car toutes mes voies sont en votre présence.

Vidi praîvaricantes, et tabescebam : * quia eloquia tua non custodierunt.

Vide quoniam mandata tua dilexi. Domine: * in misericordia tua vivificame.

Principium verborum tuorum Veritas : * in aelernum omnia judicia justitiae tuae.

Gloria Patri, etc.

PRINCIPES persecuti sunt me gratis : * et a verbis tuis formidavit cor meum.

Laîtabor ego super eloquia tua : * sicut qui invenit spolia multa.

Iniquitatem odio habui, etabominatus sum : * legem autem tuam dilexi.

Septies in die laudem dixi tibi : * super judicia justitiae tuae.

Pax multa diligentibus legem tuam : * et non est illis scandalum.

Exspectabam Salutare tuum, Domine : * et mandata tua dilexi.

Custodivit anima mea testimonia tua : * et dilexit ea vehementer.

Servavi mandata tua, et testimonia tua ■ * quia omnes viae meas in conspectu tuo.

44 ^^ Temps après la Pentecôte.

Appropinquet deprecatio mea in conspectu tuo. Domine : * juxta eloquium tuum da mihi intcllectum.

Intret postulatio mea în conspectu tuo : * secundum eloquium tuum eripe me.

Eructabunt labia mea hymnum : * cumdocueris me justificationes tuas.

Pronuntiabit lingua mea eloquium tuum : ' quia omnia mandata tua aequitas.

Fiat manus tua, ut salvet me : * quoniam mandata tua elegi.

Concupivi Sa lu tare tuum, Domine : * et lex tua meditatio mea est.

Vivet anima mea, et laudabit te : * et judicia tua adjuvabunt me.

Erravi sicut ovis quaî periit : * quaere serv'um tuum, quia mandata tua non sum oblitus.

Que ma prière, Seigneur, monte jusqu'à vous ; donnezmoi l'intelligence, selon votre parole, o Sagesse du Père !

Que mes supplications pénètrent jusqu en votre présence : délivrez-moi, selon vos promesses.

Mes lèvres éclateront en cantiques, lorsque vous m'aurez enseigné vos justices.

Ma langue publiera vos oracles ; car tous vos commandements sont l'équité.

Etendez votre main, et sauvez-moi ; car j'ai choisi vos préceptes pour mon partage.

Seigneur Père Saint ! j'ai désiré avec ardeur votre Salutaire; et votre loi est tout mon entretien.

Maintenant qu'il est venu, mon àme vivra et vous louera ; et vos justices me protégeront.

J'errais comme une brebis perdue ; divin Pasteur, descendu du ciel, daignez chercher votre serviteur ; car je n'ai point oublié vos commandements.

Dieu ! venez à mon aide !

^. Hâtezvous, Seigneur, de me secourir.

Gloire au Père, et au Fils, et au Saint-Esprit ;

Comme il était au commencement, et maintenant, et toujours, et dans les siècles des siècles. Amen. Alléluia.

EUS. in adju t or i um eum inonde. ^. Domine , ad adjuvandum me festina.

Gloria Patri. et Filio, et Spirilui Sancto ;

Sicut erat in principio, et nunc et semper. et in sascula ssculorum. A- men. Alléluia.

CELUI (^MJ est le Seigneur a dit à son Fils mon Seigneur : Asseyez-vous à ma droite et régne'^ avec moi;

IXIT Dominus Domi

dextris meis.

46 Le Temps après la Pentecôte.

Donec ponam inimicos tuos : • scabellum pedum tuorum.

Virgam virtutis t u ae eraittet Dominus ex Sion : * dominare in tnedio inimicorum tuorum.

Tecum principium in die virtutis tuae in splendoribus Sanctorum : * ex utero ante luciferum genui te.

Juravit Dominus, et non pœnitebit eum : * Tu es Sacerdos in a?ternum secundum ordinem Melchisedech.

Dominus a dextris tuis : * confregit in die irae suae reges.

Judicabit in nationibus, implebit ruinas : * conquassabit capita in terra multorum.

De torrente in via bibet : * propterea exaltabit caput.

Jusqu'à ce que, au jour de votre dernier Avènement, je fasse de vos ennemis l'escabeau de vos pieds.

O Christ, le Seigneur votre Père fera sortir de Sion le sceptre de votre force : c'est de là que vous partirez pour dominer au milieu de vos ennemis.

La principauté éclatera en vous, au jour de votre force, au milieu des splendeurs des Saints, car le Père vous a dit : Je vous ai engendré de mon sein avant l'aurore.

Le Seigneur l'a juré ; et sa parole est sans repentir : il a dit en vous parlant : DieuHomme, vous êtes Prêtre à jamais, selon l'ordre de Melchisedech.

O Père ! le Seigneur votre Fils est donc h votre droite . c'est lui qui, au jour de sa colère, viendra juger les rois.

Il jugera aussi les nations ; il consommera la ruine du monde, et brisera contre terre la tête de plusieurs.

Jl est d'abord venu dans l'humilité ; il s'est abaissé pour boire l'eau du torrent des afflictions ; mais c'est pour cela même qu'un jour il élèvera la tête.

CONFITEBOR tibi, Domine, in toto corde

rE vous louerai. Seigneur,

I de toute la plénitude de

De l'Office des Vêpres.

mon cœur, dans l'assemblée des justes.

Grandes sont les oeuvres du Seigneur; elles ont été concertées dans les desseins de sa Sagesse.

Elles sont dignes de louange et magnifiques ; et la justice de Dieu demeure dans les siècles des siècles.

Le Seigneur clément et miséricordieux nous a laissé un mémorial de ses merveilles : il est le Pain de vie, et il a donné une nourriture à ceu.^c qui le craignent.

Il se souviendra à jamais de son alliance avec les hommes; il fera éclater aux yeux de son peuple la vertu de ses œuvres.

Il donnera à son Eglise l'héritage des nations : tout ce qu'il fait est justice et vérité.

Ses préceptes sont immuables et garantis par la succession des siècles; ils sont fondés sur la vérité et la justice.

Il a envoyé à son peuple un Rédempteur ; il rend par là son alliance éternelle.

Son Nom est saint et terrible ; le commencement de la Sagesse est de craindre le Seigneur.

La lumière et l'intelligence sont pour celui qui agit selon cette crainte : gloire et louange à Dieu dans les siècles des siècles.

meo : * in concilio justorum et congregatione. Magna opéra Domini : * exquisita in omnes voluntates ejus.

Confessio et magnificentia opus ejus : * et justitia ejus manet in saîculum saeculi.

Memoriam fecit rairabilium suorum, misericors et miserator Dominus : * escam dédit timentibus se.

Memor erit in sœculum testament! sui : * virtutem operum suorum annuntiabit populo suo.

Ut det illis haereditatem gentium : * opéra manuum ejus Veritas et judicium.

Fidelia omnia mandata ejus, confirmata in sasculum saeculi : * facta in veritate et aequitate.

Redemptionem misit populo suo : * mandavit in aeternum testamentum suum.

Sanctum et terribile Nomen ejus : * initium Sapientiœ timor Domini.

Intellectus bonus omnibus facientibus eum ; * laudatio ejus manet ni saeculum ssculi.

4 s Le Temps après Li Pentecôte.

EATUS vir qui timet Dotninum : * in mandatis ejus volet nimis.

Potens in terra erit semen ejus : * generatio rectorum benedicetur.

Gloria et divitise in domo ejus : * et justitia ejus manet in saeculum saeculi.

Exortum est in tenebris lumen rectis : * misericors, et miserator, et justus.

Jucundus homo, qui miseretur et commodat. disponet sermones suos in judicio : * quia in aeternum non commovebitur.

Tn memoria aeterna crit justus : * ab auditione mala non timebit.

Paratum cor ejus sperare in Domino, confirmatum est cor ejus : * non commovebitur donec despiciat inimicos suos.

Dispersit. dédit pauperibus ; justitia ejus manet in saîculum saeculi : " cornu ejus exaltabitur in gloria.

^eccator videbit. et irascetur, dentibus suis

HEUREUX l'homrne qui craint le Seigneur, et qui met tout son zèle à lui obéir.

Sa postérité sera puissante sur la terre ; la race du juste sera en bénédiction,

La gloire et la richesse sont dans sa maison, et sa justice demeure dans les siècles des siècles.

Une lumière s'est levée sur les justes au milieu des ténèbres : c'est le Seigneur, le Dieii miséricordieux, clément et juste.

Heureux l'homme qui fait miséricorde, qui a prêté au pauvre, qui a réglé jusqu'à ses paroles avec justice; car il ne sera point ébranlé.

La mémoire du juste sera éternelle : s'il entend une nouvelle fâcheuse, elle ne lui donnera point à craindre.

Son cœur est toujours prêt à espérer au Seigneur ; son cœur est en assurance : il ne sera point ému et méprisera i la rage de ses ennemis.

Il a répandu l'aumône avec profusion sur le pauvre : sa justice demeurera à jamais ; sa force sera élevée en gloire.

Le pécheur le verra, et il entrera en fureur : il grincera

De l'Office des Vêpres.

des dents et séchera de colère ; mais les désirs du pécheur périront.

fremel et tabescet : ' desiderium peccatorum peribit.

SERVITEURS du Seigneur, faites entendre ses louanges : célébrez le Nom du Seigneur.

Que le Nom du Seigneur soit béni, aujourd'hui et jusque dans l'éternité.

De l'aurore au couchant, le Nom du Seigneur doit être à jamais célébré.

Le Seigneur est élevé audessus de toutes les nations; sa gloire est par delà les cieux.

Qui est semblable au Seigneur notre Dieu , dont la demeure est dans les hauteurs ? C'est de là qu'il abaisse ses regards sur les choses les plus humbles dans le ciel et sur la terre.

II soulève de terre l'indigent, élève le pauvre de dessus le fumier où il languissait,

Pour le placer avec les princes , avec les princes mêmes de son peuple.

C'est lui qui fait habiter pleine de joie dans sa maison celle qui auparavant fut stérile, et maintenant est mère de nombreux enfants.

LAUDATE, pueri, Dominum : * laudate Nomen Domini.

Sit Nomen Domini benedictum : " ex hoc nunc, et usque in saeculum.

A solis ortu usque ad occasum : * laudabile Nomen Domini.

Excelsus super omnes gentes Dominus : * et super cœlos gloria ejus.

Quis sicut Dominus Deus noster qui in altis habitat: * et humilia respiciilncœlo et in terra?

Suscitans a terra inopem : * et de stercore erigens pauperem.

Ut coUocet eum cum principibus : * cum principibus populi sui.

Qui habitare facit sterilem in domo : *matrem hliorum laetantem.

kUAND Israël sortit d'E- gypte, et la maison de

Jacob du milieu d'un peuple barbare;

IN exitu Israël de Egypte : * domus Jacob de populo barbaro :

5o Le Temps après la Pentecôte.

Facta est Judaca sanctificaiio ejus ; ' Israël potestas ejus.

Mare vidit, et fugit : * Jordaniâ coaversus est retrorsum.

Montes ex-iultaveruni ut arietes : * et colles sicut agni ovium.

Quid est tibi mare,

Îuod fugisti : * et tu, ordanis, quia conTerius es retrorsum ?

Montes exsultastis sicut arietes : * et colles, sicut agni ovium ?

A facie Domini mota est terra : * a facie Dei Jacob,

Qui convertit petram in stagna aquarum : * et rupem in fontes aquarum.

Non nobis . Domine, non nobis : * sed Nomini tuo da gloriam.

Super misericordia tua. et veritate tua : * nequando dicant gentes : Ubi est Deus eorum ?

Deus autem noster in cœlo : * omnia quaecumque voluit fecit.

Simulacra gentium argentum et aurum : * opéra manuum hominum.

Os habent, et non loquentur : ' oculos habent, et non videbunt.

Aures habent, et non

La nation juive fut consacrée à Dieu, Israël fut son domaine.

La mer le vit et s'enfuit ; le Jourdain remonta vers sa source.

Les montagnes sautèrent comme des béliers , et les collines comme des agneaux.

O mer, pourquoi fuyais-tu ? Et toi , Jourdain, pourquoi remontais-tu vers ta source ?

Montagnes, pourquoi sautiez-vous comme des béliers ? Et vous , collines, comme des agneaux ?

A la face du Seigneur, la terre a tremblé : à la face du Dieu de Jacob,

Qui changea la pierre en torrents, et la roche en fontaines.

Non pas à nous, Seigneur, non pas à nous, mais à votre Nom donnez la gloire.

A cause de votre miséricorde et de votre vérité : de peur que les nations ne disent : Où est leur Dieu ?

Notre Dieu est au ciel : il a fait tout ce qu'il a voulu.

Les idoles des nations no sont que de l'or et de l'argent, et l'ouvrage des mains des hommes.

Elles ont une bouche, et ne parlent point ; des yeux, et ne voient point.

Elles ont des oreilles, et

De VOffice des Vêpres.

5i

n'entendent point ; des narines, et ne sentent point.

Elles ont des mains, et ne peuvent rien loucher ; des pieds, et ne marchent point ; un gosier, et ne peuvent se faire entendre.

Que ceux qui les font leur deviennent semblables, avec tous ceux qui mettent en elles leur confiance.

La maison d'Israël a espéré dans le Seigneur : il est leur appui et leur protecteur.

La maison d'Aaron a espéré dans le Seigneur : il est leur appui et leur protecteur.

Ceux qui craignent le Seigneur ont espéré en lui : il est leur appui et leur protecteur.

Le Seigneur s'est souvenu de nous, et il nous a bénis.

Il a béni la maison d'Israël : il a béni la maison d'Aaron.

Il a béni tous ceux qui craignent le Seigneur, grands et petits.

Que le Seigneur ajoute encore à ses dons sur vous, sur vous et sur vos enfants.

Bénis soyez-vous du Seigneur, qui a fait le ciel et la terre 1

Au Seigneur les hauteurs du ciel ; la terre est aux hommes par sa largesse.

Ce ne sont pas les morts

audient : * nares habent, et non odorabunt.

Manus habent, et non palpabunt ; pedes habent et non ambulabunt : * non clamabuntin gutture suo.

Similes illis fiant qui faciunt ea : * et omnes qui confidunt in eis.

Domus Israël speravit in Domino : * adjutor eorum, et protector eorum est.

Domus Aaron speravit in Domino : * adjutor eorum, et protector eorum est.

Qui timent Dominum, speraverunt in Domino : * adjutor eorum, et protector eorum est.

Dominus memor fuit nosifri : * et benedixit nobis.

Benedixit domui Is-^ rael : * benedixit domui Aaron.

Benedixit omnibus qui timent Dominum : * pusillis cum majoribus.

Adjiciat Dominus super vos : ' super vos, et super filios vestros,

Benedicti vos a Domino : * qui fecit cœlum et terram.

Cœlum cceli Domino ' * terram autem dédit filiis hominum.

Non mortui laudabunt

52 Le Temps après la Pentecôte.

te, Domine : * neque omnes qui descendunt in jnfernum.

Sed nos qui vivimus. benedicimus Domino : " ex hoc nunc et usque in saeculum.

qui vous loueront, ô Seigneur! ni tous ceux qui descendent dans la demeure souterraine des limbes.

Mais nous qui vivons, nous bénissons le Seigneur aujourd'hui et à jamais.

BENEDICTUS Deus et Pater Domini nostri Jesu Christi, Pater misericordiarum et Deus totius consolationis , qui consolatur nos in omni tribulatione nostra. ^. Deo gratias.

BÉNI soit Dieu et le Père de notre Seigneur JésusChrist, le Père des miséricordes et le Dieu de toute consolation, qui nous console dans toutes nos tribulations.

B^. Rendons grâces à Dieu,

Lucis Creator optime, Lucem dierum proférons : Primordiis lucis novae, Mundi parans originem.

Qui mane junctumvesperi, Diem vocari praecipis: Illabitur tetrum chaos, Audi preces cum fletibus.

Ne mens gravala crimine, Vitae sit exsul munere :

DIEU bon, créateur de la lumière, qui avez produit le flambeau des jours, vous avez préludé à l'origine de ce monde, en produisant, au premier jour, cette lumière qui jusqu'alors n'avait pas brillé.

O vous, qui nous apprenez à donner le nom de jour à l'espace qui s'étend du matin jusqu'au soir, un noir chaos menace encore de nous envelopper : écoutez nos prières, et voyez nos larmes.

Que notre âme appesantie par le péché ne demeure pas exilée de cette vie immortelle

De l'Office des Vêpres.

que vous lui avez préparée, cette àme si lâche quand il faut penser à l'éternité, si prompte à tomber dans les liens du péché.

Qu'elle frappe enfin aux portes des cieux ; cju'elle enlève le prix de la vie ; qu'elle évite tout ce qui peut lui nuire ; qu'elle se purifie de toute iniquité.

Faites-nous cette grâce, ô Père très miséricordieux, et vous, ô Fils unique, égal au Père, qui, avec l'Esprit consolateur, régnez dans tous les siècles. Araen.

f. Que ma prière s'élève vers vous, Seigneur !

B^!. Comme l'encens monte en votre présence.

Dum nil perenne cogitât, Seseque culpis illigat.

Cœleste pulset ostium, Vitale toUat prasmium : Vitemus omne noxium, Purgemus omne pessimum.

Praesta, Pater piissime, Patrique compar Unice, Cum Spiritu Paraclito Regnans per omne sjeculum.

Amen.

j^. Dirigatur, Domine, oratio mea,

Hft. Sicut incensum in conspectu tuo.

KAoN àme glorifie le Sei^^^ gneur •,

Et mon esprit tressaille en Dieu mon Sauveur :

Car il a regardé la bassesse de sa servante ; et pour cela, toutes les nations m'appelleront Bienheureuse.

Il a fait en moi de grandes choses, celui qui est puissant et de qui le Nom est saint ;

Et sa 'miséricorde s'étend de génération en génération, sur ceux qui le craignent.

Nyj AGNIFICAT : ' anima *■ mea Dominum ;

Et exsultavit spiritus meus : * in Deo Salutari meo.

Quia respexit humilitatem ancillae suje : *ecce enim ex hoc beatam me dicent omnes generationes.

Quia fecit mihi magna qui potens est "• * et sanctum Nomen ejus.

Et misericordia ejus a progenie in progenies • * timentibus eum.

54 Le Temps après la Pentecôte.

Fecit potentiam in brachio suo : ' dispersit superbos mente cordis sui.

Deposuit potentes de sede : * et exaltavit humiles.

Esurientes impie vit bonis : * et divites dimisit inanes.

Susccpit Israël puerum suum : * recordatus misericordiae suae.

Sicut locutus est ad

Eatres nostros : * Abraam et semini ejus in saecula.

II a opéré puissamment par son bras, et dispersé ceux qui suivaient les orgueilleuses pensées de leur cœur.

Il a mis à bas de leur trône les puissants, et il a élevé les humbles.

Il a rempli de biens ceux qui avaient faim, et renvoyé vides ceux qui étaient riches.

Il a reçu en sa protection Israël son serviteur, se souvenant de la miséricordieuse promesse

Qu'il fit autrefois à nos pères, à Abraham et à sa postérité pour jamais.

L'Oraison se trouve en son lieu, aux Dimanches et aux diverses Fêtes.

O Domino. ^. Deo gratias.

f. Fideliumanimœ per misericordiam Dei requiescant in pace.

ft. Amen.

f.

le Se

gneur.

grâces

"Bf. Rendons grâces à Dieu.

f. Que les âmes des fidèles. par la miséricorde de Dieu, reposent en paix.

^. Amen.

ON Père, veuillez me bénir.

Que le Dieu tout-puissant nous accorde une nuit tranquille et une fin heureuse. E. Amen.

ne, benedicere.

BenedicTio. Noctem quietam, et finem

perfectum concédât nobis

Dominus oranipoteas.

â. Amen.

MES Frères, soyez sobres et vigilants ; car votre adversaire le diable tourne autour de vous comme un lion rugissant, cherchant qui il pourra dévorer ; résistez-lui, étant forts dans la foi. Mais vous, Seigneur, ayez pitié de nous i

51. Rendons grâces à Dieu.

f. Tout notre secours est dans le Nom du Seigneur ;

FSATRES : Sobrii estote, et vigilate : quia adversarius vester diabolus, tamquam leo rugiens circuit, quaerens quem dévorât : cui resistite fortes in fide. Tu autem, Domine, miserere nobis.

^. Deo gratias. f. Adjutorium nostrum in Nomine Domini ;

56 Le Temps après la Pentecôte.

^. Qui fecit cœlum et 1 P^. C'est lui qui a fait le terram. | ciel et la terre.

On récite ensuite l'Oraison Dominicale en silence ; puis le Prêtre dit le Confiteor, et le Chœur le répète après lui.

►eus, Saiutaris noster.

J^. Et averte iram tuam a nobis.

i^. Deus, in adjutorium meum intende.

^. Domine, ad adjuvandum me festina.

Gloria Patri, etc.

^^ ô Dieu, notre Sauveur !

B?. Et détournez votre colère de dessus nous.

f. O Dieu ! venez à mon aide.

^. Seigneur, hâtez-vous de me secourir.

Gloire au Père, etc.

eUM mvocarem exaudivit me Deus justitiae meae : * in tribulatione dilatasti mihi.

Miserere mei : * et exaudi orationem meam.

Filii hominum, usquequo gravi corde ? * ut quid diligitis vanitatem, et quaeritis mendacium ?

Et scitote quoniam m i r i fi c a V i t Dominus sanctum suum : * Dominus exaudiet me. cum clamavero ad eum.

Irascimini, et nolite peccare : * quae dicitis in cordibus vestris, in cubilibus vestris compungiAu milieu de ma prière, le Dieu de ma justice m'a exaucé ; vous m'avez mis au large, quand j'étais dans l'affliction.

Ayez pitié de moi, et exaucez ma prière.

Enfants des hommes, jusques à quand aurez-vous le cœur appesanti, aimerez-vous la vanité, et chercherez-vous le mensonge ?

Sachez que le Seigneur a rendu admirable celui qui lui est consacré ; le Seigneur m'exaucera quand je crierai vers lui.

Si vous vous irritez, faites* le sans pécher ; repassez avec componction, dans le repos de votre couche, les pensées de vos cœurs.

A l'Office de Compiles.

Offrez un sacrifice de justice, et espérez au Seigneur, lien est plusieurs qui disent ; Qui nous montrera le bonheur que nous cherchons ?

La Lumière de votre visage, votre Verbe, Seigneur, a daigné luire sur nous : c'est vous qui donnez la joie à mon cœur.

Pour eux, leur richesse est dans l'abondance du vin, de l'huile et du froment :

Mais moi je dormirai et me reposerai dans la paix ;

Parce que vous seul, Seigneur, m'avez aflermi dans Pespérance.

Sacrificate sacrificium justitias, et sperate in Domino : ' multi dicunt : Quis ostendit nobis bona ?

Signatum est super nos lumen vultus tui, Domine : * dedisti lœtitiam in corde meo.

A fructu frumenti, vini et olei sui : ' multiplicati sunt.

In pace in idipsum ; ' dormiam et requiescam.

Quoniamtu, Domine, singulariter in spe : ' constituisti me.

CELUI qui habite dans l'asile du Très-Haut demeurera sous la protection du Dieu du ciel.

Il dira au Seigneur : Vous êtes mon protecteur et mon refuge ! Il est mon Dieu, j'espérerai en lui.

Car c'est lui qui m'a délivré du filet des chasseurs, et des paroles fâcheuses.

Le Seigneur te couvrira de son ombre: tu seras dans l'espérance sous ses ailes.

Sa vérité sera ton bouclier : tu ne craindras ni les alarmes de la nuit,

OUI habitat in adjutorio Altissimi : * in protectione Dei coeli commorabitur.

Dicet Domino: Susceptor meus es tu, et refugiummeum : ' Deus meus, sperabo in eum.

Quoniam ipse liberavit me de laqueo venantium : * et a verbo aspero.

Scapulis suis obumbrabit tibi : *et sub pennis ejus sperabis.

Scuto circumdabit te Veritas ejus : ' non timebis a timoré nocturno,

A sagiiia volante in die, a negoiio pcrambulante in lenebris : ab incursu, et daemonio mcridiano.

Cadcnt a laicre tuo mille, et deccm millia a dexiris luis : ' ad te autem non appropinquabit.

Verumtamen oculis tuis considerabis : ' et retributionem peccatorum videbis.

Quoniam tu es, Domine, bpes mea : ' Altissimum posuisti refugium tuum.

Non accedet ad te malum : ' et flagellum non appropinquabit tabernaculo tuo.

Quoniam Angelis suis mandavit de te : ' ut custodiant te in omnibus viis tuis.

In manibus portabunt te : ' ne forte offendas ad lapidem pedem tuum.

Super aspidem et basiliscum ambulabis : * et conculcabis leonem et draconem.

Quoniam in me speravit, liberabo eum : ' protegam eum, , quoniam cognovit Nomen meum.

Clamabit ad me, et ego exaudiam eum : '

Ni la flèche qui vole au milieu du jour, ni la contagion qui se glisse dans les ténèbres, ni les attaques du démon du Midi.

Mille tomberont à ta gauche, et dix mille à ta droite : mais la mort n'approchera pas de toi.

Cependant tu jetteras les yeux autour de toi, et tu contempleras le sort de l'impie.

Parce que tu as dit : « Seigneur, vous êtes mon espérance », parce que tu as placé ton refuge dans le Très-Haut;

Le mal n'approchera pas de toi, et les fléaux s'éloigneront de ta tente ;

Car le Seigneur a commandé à ses Anges de te garder en toutes tes voies.

Ils te porteront sur leurs mains, dans la crainte que tu ne heurtes ton pied contre la pierre.

Tu marcheras sur l'aspic et le basilic, et tu fouleras aux pieds le lion et le dragon.

Dieu dira de toi : Parce qu'il a espéré en moi, je le délivrerai : je le protégerai, parce qu'il a connu mon Nom.

Il criera vers moi, et je l'exaucerai : je suis avec lui

A l'Office de Compiles.

dans la tribulation ; je l'en retirerai et le glorifierai.

Je le rassasierai de longs jours, et je lui montrerai le Sauveur que je lui ai préparé.

cum ipso sum in tribulatione; eripiam eum, et glorificabo eum.

Longitudine dierura replebo eum : * et ostendam illi Salutare meum.

BÉNISSEZ maintenant le Seigneur, vous tous qui le servez.

Vous qui êtes dans la maison du Seigneur, sous les portiques de la maison de notre Dieu,

Elevez vos mains durant les nuits vers le Sanctuaire, et bénissez le Seigneur.

Dites à Israël : Que le Seifneur te bénisse de Sion, le eigneur qui a fait le ciel et la terre.

Ant. Ayez pitié de moi, Seigneur, et exaucez ma prière.

EccE nunc benedicite Dominum : ' omnes servi Domini.

Qui statis in domo Domini : ' in atriis domus Dei nostri.

In noctibus extoUite ipanus vestras in Sancta : " et benedicite Dominum.

Benedicat te Dominus ex Sion : * qui fecit coelum et terram.

Ant. Miserere mihi, Domine, ex exaudi orationem meam.

A VANT c^ue la lumière dis*^ paraisse, nous vous supplions, ô Créateur de toutes choses, d'être dans votre clémence notre protecteur et notre gardien.

Que les songes et les fantômes de la nuit s'enfuient

TE lucis ante terminum, Rerum Creator, poscimus. Ut pro tua clementia, Sis praesul et custodia.

Procul recédant somnia,

6o

Et noctium phaniasmaia Hostcmque nosirum

comprime, Ne polluantur corpora.

Praesta, Pater piissime, Patrique oompar l'nicc, Cum Spiritu Paraclito Regnans per omnc sœ- culum. Amen.

loin de nous. Comprimez notre ennemi ; qu'il ne profane pas nos corps.

Faites-nous cette grâce, ô Père très miséricordieux, et vous, ô Fils unique, égal au Pcre, vous qui, avec l'Esprit consolateur, régnez dans tous les siècles. Amen.

P- auîcm in nobis es. Domine, et Nomcn sanctum tuum invocatum est super nos : ne derelinquas nos, Domine Deus noster.

If. In manus tuas. Domine : r Commendo spiritum meum. In manus tuas.

t. Redemisti nos, Domine, Deus veritatis. * Commendo.

Gloria. In manus tuas.

f. Custodi nos, Domine, ut pupillam oculi.

^. Sub umbra alarum tuarum protège nos.

{Jeretn. xiv.)

VOIS êtes en nous. Seigneur ! et votre saint Nom a été invoqué sur nous : ne nous abandonnez pas. Seigneur notre Dieu !

if. Entre vos mains. Seigneur, ' Je remets mon esprit. On répète : Entre vos mains. Seigneur, etc.

f. Vous nous avez rachetés, Seigneur. Dieu de vérité. On répète : ' Je remets, etc.

Gloire au Père, etc. Entre vos mains, etc.

f. Gardez-nous. Seigneur, comme la prunelle de l'oeil.

If. Protégez-nous â l'ombre de vos ailes.

UNc dimittis servum tuum. Domine : '

CîST maintenant, Seigneur, que vous laisseA rOffice de Compiles.

6i

rez aller en paix votre serviteur, selon votre parole ;

Parce que mes yeux ont vu le Sauveur,

Que vous avez destiné à être exposé aux regards de tous les peuples :

Pour être la lutnière qui éclairera les nations, et la gloire de votre peuple d'Israël.

Ant. Sauvez-nous, Seigneur, durant la veille ; gardez-nous durant le sommeil : afin que nous puissions veiller avec JésusChrist, et que nous reposions dans la paix.

secunium ve r b u m tuum, in pace.

Quia viderun mei : ' Salutare

Quod parasti : faciem omnium lorum.

Lumen ad rev nem Gentium : ' riam plebis tuae

oculi tuum. ' ante popuelatioet gloIsrael.

Ant. Salva nos, Domine, vigilantes : custodi nos dormientes : ut vigilemus c u m Christo, et requiescamus in pace.

T nsiTEz, s'il vous plaît,

V Seigneur, cette maison, et éloignez-en toutes les embûches de l'ennemi ; que vos saints Anges y habitent, qu'ils nous y gardent dans la paix, et que votre bénédiction demeure toujours sur nous. Par Jésus-Christ votre Fils, notre Seigneur, qui, étant Dieu, vit et règne avec vous, en l'unité du Saint-Esprit, dans tous les siècles des siècles. Amen.

f. Le Seigneur soit avec vous ;

VISITA, quœsumus Domine, habitationem istam, etomnes insidias inimici ab ea longe repelle : Angeli tui sancti habitent in ea, qui nos in pace custodiant : et bencdictio tua sit super nos semper. Per Dominum nostrum Jesum Christum Filium tuum, qui tccum vivit et régnât in unitate Spiritus Sancti Deus, per omnia saecula sasculorum. Amen.

f. Dominus vobiscu;n :

fj2

If. Et cum spiritutuo.

f. Benedicamus Domino.

1^ Dec gratias.

Benedicat etcustodiat nos omnipotens et miscricors Doininus, Pater. et Filius, et Spiritus Sanctus.

^. Amen.

^. Et avec votre esprit. f. Bénissons le Seigneur.

If. Rendons grâces à Dieu.

Le Seigneur tout-puissant et miséricordieux, Père, Fils et Saint-Esprit, nous bénisse et nous conserve !

Pf'. Amen.

SALVE, Regina, mater misericordiœ. Vita, dulcedo et spes nostra, salve.

Ad te clamamus, exsuies tilii Evae.

Ad te suspiramus, gementes et flentes in hac lacrymarum valle.

Eia ergo, advocata nostra, illos tuos miséricordes oculos ad nos converte ;

Et Jesum, benedictum fructum ventris tui, nobis post hoc exsilium ostende ;

O clemens,

O pia,

O dulcis Virgo Maria.

f. Ora pro nobis sancta Dei Genitrix ;

^. Ut digni efficiamur promissionibus Christi.

SALUT, ô Reine, Mère de miséricorde,

Notre vie, nos délices, notre espérance, salut I

Exilés, enfants d'Eve, nous crions vers vous ;

Vers vous nous soupirons, gémissants et pleurants au tond de cette vallée de larmes.

Sus donc, ô notre avocate, tournez vers nous vos yeux compatissants ;

Et montrez-nous, après cet exil, Jésus, le fruit béni de votre sein :

O clémente,

O miséricordieuse,

O douce Vierge Marie.

1^. Sainte Mère de Dieu priez pour nous ;

Ff'. Afin que nous devenions dignes, des promesses

I du Christ.

A l'Office de Compiles.

DIEU tout-puissant et éternel, qui, par la coopération du Saint-Esprit, avez préparé le corps et l'àme de la glorieuse Vierge Marie, afin qu'elle devînt le digne séjour de votre Fils ; daignez, par sa miséricodieuse intercession nous accorder, à nous qui fêtons joyeusement sa mémoire, d'être affranchis des maux qui nous assiègent et délivrés de la mort éternelle. Par JésusChrist notre Seigneur. Amen.

f. Le secours divin demeure toujours sur nous !

ï^. Amen.

OMNiPOTENs sempiterne Deus, qui gloriosœ Virginis matris Maria; corpus et animam, ut dignum Filii tui habitaculum effici mereretur, S pi ri tu Sancto coopérante, prasparasti : da ut cujus commemoratione léetamur, ejus pia intercessione ab instantibus malis et a morte perpétua liberemur. Per eumdem Christura Dominum nostrum. Amen.

f. Divinum auxilium maneat semper nobiscum.

i^\ Amen.

u.'/,^.^;pji;>.^^lpj^^g Marguerite d'Ecosse et

V Clotilde de France, une autre souveraine éclaire de ses rayons le Cycle sacré. Sur la limite fe>rji^g extrême cjui sépare au midi la d3 chrétienté de Tinridélité musulmane, l'Esprit-Saint veut atfermir par elle dans la paix les conquêtes du Christ, et préparer d'autres victoires. Elisabeth est son nom : nom béni, qui, à l'heure où elle vient au nionde, embaume depuis un demi-siècle déjà la terre de ses parfums; présage que la

06 Le Temps après la Pentecôte.

nouvellement née, séduite par les roses qui s'échappent du manteau de sa tante de Thuringe, va faire éclore en Ibérie les mômes Heurs du ciel.

Hérédité mystérieuse des saints ! En l'année même où notre Elisabeth naissait loin du berceau où la première avait ravi les cieux à son lever si doux et pacifié la terre, une autre nièce de celle-ci, la Bienheureuse Marguerite, partie de Hongrie, quittait la vallée d'exil. \'ouée à Dieu ciès le sein de sa mère pour le salut des siens au milieu de désastres sans nom, elle avait rempli les espérances qui de si bonne heure étaient venues reposer sur sa tète ; les Mongols refoulés d'Occident, les loups chassés à leur suite de l'antique Pannonie redevenue quelque temps un désert, la civilisation fleurissant à nouveau sur les bords du Danube et de la Theiss : tant de bienfaits furent 4es fruits des vingt-huit années de prière et d'innocence que Marguerite passa ici-bas, attendant l'heure où elle transmit à la sainte que nous fêtons présentement la mission de continuer sous d'autres cieux l'œuvre de ses devancières.

Il était temps que le Seigneur dirigeât sur l'Espagne un rayon de sa grâce. Le treizième siècle finissait, laissant le monde à la dislocation et â la ruine. Las de combattre pour le Christ et bannissant l'Eglise de leurs conseils, les rois se retranchaient dans un isolement égoïste, où le conflit des ambitions tendait chaque jour à remplacer l'aspiration commune de ce grand corps qui avait été la chrétienté. Désastreuse pour tout l'Occident,

Sainte Elisabeth, reine de Portugal, ôj

pareille tendance l'était plus encore en face du Maure, dans cette noble contrée où la croisade avait multiplié les royaumes en autant de postes avancés contre l'ennemi séculaire. L'unité de vues, sacrifiant tout à l'achèvement de la délivrance, pouvait seule, dans ces conditions, maintenir les successeurs de Pelage à la hauteur des illustres souvenirs qui les avaient précédés. Malheureusement il s'en fallut que ces princes, presque tous héros sur les champs de bataille, trouvassent toujours la force d'âme suffisante pour mettre au-dessus de mesquines rivalités le rôle sacré que leur confiait la Providence. Vainement alors le Pontife romain s'efforçait de ramener les esprits au sentiment des intérêts de la patrie et du nom chrétien; les tristes passions de l'homme déchu étouffaient sa voix en des cœurs magnanimes par tant d'autres côtés, et le Croissant applaudissait aux luttes intestines qui retardaient sa défaite. Navarre, Castille, Aragon, Portugal, sans cesse aux prises, voyaient dans chaque royaume le fils armé contre le

Eère, le frère disputant au frère par lameaux l'héritage des aïeux. Qui rappellerait l'Espagne aux traditions, encore récentes, grâce à Dieu, de son Ferdinand III ? qui grouperait de nouveau les volontés discordantes en un faisceau terrible au Sarrasin et glorieux au Christ .'' Jacques I" d'Aragon, le digne émule de saint Ferdinand dans la valeur et la victoire, avait épousé Yolande, fille d'André de Hongrie; le culte de la sainte duchesse de Thuringe, dont il était devenu le beau-frère, fleurit dès

6 s Le Temps après la Pentecôte.

lors au delà des Pyrénées ; le nom d'Elisabeth, transformé lé plus souvent en celui d'Isabelle , devint comme un joyau de famille dont aimèrent à s'orner les princesses des Espagnes. La première qui le porta fut la fille de Jacques et d'Yolande, mariée à Philippe III de France, successeur de notre saint Louis; la seconde fut la petite-fille du même Jacques \^', l'objet des hommages de l'Eglise en ce jour, cl dont le vieux roi, par un pressentiment prophétique, aimait à dire qu'elle l'emporterait sur toutes les femmes sorties du sang d'Aragon.

Héritière des vertus comme du nom de la chère sainte Elisabeth, elle devait mériter en effet d'être appelée mère de la paix et de la patrie. Au prix d'héroïques renoncements et par la vertu toute-puissante de la prière, elle apaisa les lamentables dissensions des princes. Impuissante un jour à empêcher la rupture de la paix, on la vit se jeter sous une grêle de traits entre deux armées aux prises, et faire tomber des mains des soldats leurs armes fratricides. Ainsi prépara-t-elle, sans avoir la consolation de le voir de ses yeux, le retour à la grande lutte qui ne devait prendre fin qu'au siècle suivant, sous les auspices d'une autre Isabelle, digne d'être sa descendante et de joindre à son nom le beau titre de Catholique. Quatre ans après la mort de notre sainte, la victoire de Salado, remportée sur six cent mille infidèles par les guerriers confédérés de l'Espagne entière, montrait déjà au monde ce qu'une femme avait pu, malgré les circonstances les plus contraires, pour ramener son pays aux nobles

Sainte Elisabeth, reine de Portugal, 6g

journées de l'immortelle croisade qui fait sa gloire à jamais.

Urbain VIII, qui inscrivit Elisabeth au nombre des Saints, a composé en son honneur un Office propre entier. Voici la Légende où est racontée sa vie.

ELISABETH naquit de la souche royale d'Aragon, l'an de Jésus-Christ mil deux cent soixante et onze. En présage de sa future sainteté, ses parents, laissant de côté contre l'usage le nom de la mère et de l'aïeule, voulurent qu'on l'appelât au baptême du nom de sa grand'- tante maternelle, sainte Elisabeth , duchesse de Thuringe. A peine née. il parut tout de suite quelle médiatrice de paix elle serait pour les royaumes et les rois ; car l'allégresse de sa naissance éteignit de funestes discordes qui séparaient son aïeul et son père. Bientôt, admirant les dispositions que montrait sa fille en grandissant, celuici affirmait qu'à elle seule Elisabeth dépasserait de beaucoup en vertu les autres femmes sorties du sang des rois d'Aragon. Méprisant la parure, fuyant le plaisir, adonnée aux jeunes, aux prières continuelles, aux œuvres de charité, elle menait une vie si céleste que. plein de vénération, le père rapportait aux

ELISABETH Aragoniae regibus ortam, Christi anno millesimo ducentesimo septuagesimo primo, in pra?sagium futurae sanctimonias parentes, praeter morem, relicto matris aviasque nomine, a magna ejus matertera. Thuringias domina, sancta Elisabeth, in baptismo nominatam voluere. Ubi nata est, statim patuit, quam felix regum regnorumque esset futura pacatrix : natalitia enim ejus laetitia perniciosas avi patrisque dissensiones in concordiam convertit. Pater vero crescentis postea filiœ admiratus indolem, affirmabat fore, ut una Elisabeth reliquas Aragoniorum regum sanguine creatas feminas virtute longe superaret. Sic ccelestem ipsius vitam in contemnendocorporis ornatu, in fugiendis voluptatibus, in jejuniis frequentandis , in divinis precibus assidue recitanLe Temps après la Pentecôte.

dis, in caritatis operibus exercendis , veneratus, rerum suarum regnique felicitatem unius filiae meritis referebat acceptam. Tandem ubiqiie nota, et a multis principibus exoptata , Dionvsio Lusitaniae régi christianis cneremoniis rite est in matrimonium collocata.

JUNCTA conjugio, non minorem excolendis virtutibus, quam liberis educandis operam dabat. viro placere studens, sed magis Deo. Mediam fere anni partem solo pane tolerabat et aqua ; quae in quodam ipsius morbo divinitus versa est in vinum, cum id a medicis praescriptum bibere recusasset. Pauperis feminje ulcus horrendum exosculata, derepente sanavit. Pecunias pauperibus distribuendas, ut regem laterent , hiberno tempore in rosas convertit. Virginem ca?cam a nativitate illuminavit : multos alios solo crucis signo a gravissimis morbis liberavit : plurima id genus miracula patravit. Monasteria, collegia, et templa non modo exstruxit, sed etiam magnifiée dotavit. In regum discorseuls mérites de sa fille la prospérité de ses affaires et de tout le royaume. Sa renommée était partout ; beaucoup de princes la désiraient pour épouse ; elle fut enfin accordée au roi de Portugal Denys, et le mariage fut célébré con fermement aux rites de la sainte Eglise.

DANS la vie conjugale, elle menait de front l'exercice des vertus et l'éducation de ses enfants, cherchant à plaire à son époux, mais plus à Dieu. La moitié presque de l'année, elle ne vivait que de pain et d'eau ; cette eau fut divinement changée en vin, un jour que, malade, elle avait refusé d'en boire malgré la prescription des médecins. Une pauvre femme dont elle avait baisé l'horrible ulcère fut guérie soudain. Dans un hiver elle changea en roses, pour le cacher au roi, l'argent qu'elle s'apprêtait à donner aux pauvres. Elle rendit la vue à une vierge aveugle de naissance , et guérit par le seul signe de la croix beaucoup d^autres personnes de maladies très graves ; nombreux furent ses miracles en ce genre. Des monastères, des asiles , des églises furent construits par elle et dotés magnifiquement. Elle fut adSainte Elisabeth, reine de Portugal. 7 1

mirable dans son zèle pour apaiser les discordes des rois, infatigable à secourir les misères publiques ou privées des humains.

f E roi Denys mourut ; et de ^ même qu'elle avait été pour les vierges à son premier âge, pour les femmes dans le mariage, elle fut pour les veuves dans sa solitude un modèle de toutes les vertus. Prenant aussitôt, en effet, l'habit des religieuses de sainte Claire, elle assista sans faiblir aux funérailles du prince, et se rendit peu après à Compostelle afin d'y offrir pour son âme de nombreux dons de soie, d'argent, d'or et de pierreries. De retour en sa maison, elle convertit en pieux et saints usages tout ce qui lui restait de cher ou de précieux. Mettant la dernière main au monastère vraiment royal qu'elle avait fondé pour des vierges à Coïmbre, adonnée à nourrir les pauvres, à protéger les veuves , à défendre les orphelins, à soulager tous les malheureux, elle vivait, non pour elle, mais pour Dieu et l'avantage de tous les hommes. Pour rétablir la paix entre deux rois, son gendre et son fils, elle vint à la noble ville d'Estremoz ; ce fut là qu'elle tomba malade des fatigues de la route, et que, visitée par la

diis componendis admirabilis fuit : in privatis publicisque mortalium sublevandis calamitatibus indefessa.

J^FUNCTO rege Diony■*-* sic, sicut virginibus in prima ajtate, in matrimonio conjugibus, ita viduis in solitudine fuit omnium virtutum exemplar. Illico enim religiosis sanctae Clarœ vestibus induta, regio funeri constanter interfuit, ac paulo post Compostellam proficiscens, multaexholoserico, argento, auro, gemmisque donana pro régis anima obtulit. Inde reversa domum, quidquid sibi carum aut pretiosum supererat, in sacros ac pios usus convertit : absolvendoque suo vere regio Conimbricensi virginum cœnobio, et alendis pauperibus, et protegendis viduis, defendendis pupillis, miseris omnibus juvandis intenta, non sibi, sed Deo, et mortalium omnium commodis vivebat. Reges duos filium et generum pacificatura , Stremotium nobile oppidum veniens, morbo ex itinere contracto, ibidem a Virgine Deipara visitata sanctissime obiit, anno millesimo trecenteLe Temps après la Pentecôte.

simo trigesimo sexto, die quarta julii. Post mortem multis miraculis claruit, praesertira suavissimo corporis jam per annos fere trccentos incorrupti odore ; semper etiam reginae sanctas cognomento celebris. Tandem anno jubilaei , et nostrae salutis millesimo sexcentesimo vigesimo quinto, totius christiani orbis concursu et applausu, ab Urbano Octavo rite inter Sanctos adscripta est.

Vierge Mère de Dieu, elle mourut saintement, le quatrième jour de juillet de l'an mil trois cent trente-six. Sa sainteté éclata après sa mort par un grand nombre de miracles, spécialement par la très suave odeur de son corps resté sans corruption depuis bientôt trois cents ans ; aussi est-elle toujours connue sous la dénomination de la sainte reine. Enfin l'an du jubilé, de notre salut mil six cent vingtcinq, aux applaudissements de tout l'univers chrétien rassemblé, Urbain VIII l'inscrivit solennellement parmi les Saints.

SELON l'invitation que l'Eglise adresse en ce jour à tous ses fils ^, nous louons Dieu pour vos œuvres saintes, 6 bienheureuse Elisabeth ! Plus forte que tous ces princes au milieu desquels vous apparûtes comme l'ange de la patrie, vous portiez dans la vie privée l'héroïsme que vous saviez au besoin déployer comme eux sur les champs de bataille. Car c'était Dieu qui, par sa grâce, était le principe de votre conduite, comme sa gloire en était l'unique but. Or la divine' gloire se complaît dans les renoncements qui ont le Seigneur pour seul témoin, autant et souvent plus que dans les œuvres admirées justement de tout un peuple. C'est qu'en effet sa grâce souvent y paraît plus puissante ; et presque toujours, dans l'ordre de

I. Invitât, festi.

Sainte Elisabeth, reine de Portugal. jS

sa Providence, les bénédictions éclatantes accordées aux nations relèvent de ces renoncements ignorés. Que de combats célèbres dans les fastes des peuples, ont été tout d'abord livrés et gagnés, sous l'œil de la Trinité sainte, en quelque point ignoré de ce monde surnaturel où les élus sont aux prises avec tout l'enfer et parfois Dieu lui-même ! que de traités de paix fameux furent premièrement conclus dans le secret d'une seule âme, entre le ciel et la terre, comme prix de ces luttes de géants que les hommes méconnaissent ou méprisent ! Laissons passer la figure de ce monde i ; et ces profonds politiques qui dirigent, assure-t-on, la marche des événements, les négociateurs vantés, les fiers guerriers qu'exalte la renommée, apparaîtront pour ce qu'ils sont au palais de l'éternelle histoire : vains trompe-l'œil, masques d'un jour, ornements de façade qui voilèrent icibas les noms seuls dignes de l'immortalité. Gloire donc à vous, par qui le Seigneur daigne dès maintenant lever un coin de ce voile qui dérobe aux humains les réalités du gouvernement de ce monde ! Votre noblesse, au livre d'or des élus, repose sur des titres meilleurs que ceux que vous teniez de Votre naissance. Fille et mère de rois, vous aussi pourtant étiez reine, et commandiez sur une terre glorieuse; mais plus glorieux est au ciel le trône de famille, où vous rejoignez la première Elisabeth, Marguerite, Hedwige, où d'autres vous suivront à leur

74 l^e Temps après la Pentecôte.

tour, justifiant du même sang généreux qui coula dans vos veines.

Souvenez-vous cependant, ô mère de la patrie, que la puissance qui vous fut donnée ici-bas n'a point cessé de vous appartenir,

auand le Dieu des armées vous a rappelée e ce monde pour triompher dans les cieux. La situation n'est plus la même qu'autrefois sur ce sol ibérique, qui vous doit plus qu'à bien d'autres son indépendance; mais si les factions d'aujourd'hui ne risquent plus de ramener le Maure, il s'en faut qu'elles maintiennent le Portugal et l'Espagne à la hauteur de leurs nobles traditions : faites que ces peuples retrouvent entin la voie des glorieuses destinées que leur marque la Providence. Du ciel où votre pouvoir ne connaît plus de frontières, jetez aussi un regard miséricordieux sur le reste du monde; voyez les formidables armements dans lesquels les nations, oublieuses de tout autre droit que celui de la violence, engloutissent leurs richesses et leurs forces vives ; l'heure est-elle venue de ces guerres atroces, signal de la fin, où l'univers se détruira lui - même ? O" mère de la paix, entendez l'Eglise, la mère des peuples, vous supplier d'user jusqu'au bout de votre auguste prérogative : apaisez la fureur des combats; que cette vie mortelle soit pour nous un chemin pacifique conduisant aux joies de l'éternité i.

ttiA ftiA <TiA CtiA CtlA ctiA iT:u. CvlA CtlA «Tli. <tii. CtiA

ROIS fois en quelques jours , à la gloire de la Trinité, le septénaire va marquer dans la sainte Liturgie le règne de l'Esprit aux sept dons. Félicité, Symphorose, la mère des Machabées, échelonnent sur la route qui conduit au mois de l'éternelle Sagesse le triple bataillon des sept fils que leur donna le ciel. L'Eglise, que Pierre et Paul viennent de quitter par la mort, poursuit sans crainte ses destinées; car les martyrs font de leur corps un rempart au dépôt sacré du témoignage apostolique. Vivants, ils sont la force de l'Epouse ; leur trépas ne saurait l'appauvrir : semence de chrétiens i, leur sang versé dans les tourments multiplie l'immense famille des fils de Dieu. Mystère sublime du monde des âmes; c'est donc au temps où la terre pleure l'extinction de ses races les plus généreuses, qu'elles font souche dans les cieux pour les

7 6 Le Temps après la Pentecôte.

siècles sans fin. Ainsi en sera-t-il toujours; devenue plus rare avec la suite des âges, la consécration du martyre laissera en ce point sa vertu à l'holocauste de la virginité dans la voie des conseils.

La foi d'Abraham fut grande d'avoir espéré, contre toute espérance, qu'il serait le père des nations en cet Isaac qu'il reçut l'ordre un jour d'immoler au Seigneur; la foi de Félicité aujourd'hui est-elle moindre, lorsqu'à l'immolation sept fois renouvelée des fruits de son sein, elle reconnaît le triomphe de la vie et la bénédiction suprême donnée à sa maternité ? Honneur à elle, comme à ses devancières, comme aux émules que suscitera son exemple ! Nobles sources, épanchant l'abondance de leurs eaux sur le sable aride du désert, elles recueillent le dédain des sages de ce siècle; mais c'est par elles que la stérile gentilité se transforme à cette heure en un paradis du Seigneur, par elles encore qu'après le défrichement du premier âge le monde verra sa fertilité maintenue,

Marc Aurcle venait de monter sur le trône impérial, où dix-neuf ans de règne n'allaient montrer en lui que le médiocre écolier des rhéteurs sectaires du second siècle. En politique comme en philosophie, le trop docile élève ne sut qu'épouser les étroites et haineuses idées de ces hommes pour qui la lumineuse simplicité du christianisme était l'ennemie. Devenus par lui préfets et proconsuls, ils firent de ce règne si vanté le plus froidement persécuteur que l'Eglise ait connu. Le scepticisme du césar pfiilosophe ne l'exemptait pas au reste de la loi qui,

Lea Sept Frères, Martyrs.

chez tant d'esprits forts, ne dépossède le dogme que pour mettre en sa place la superstition. Par ce côté la foule, tenue à l'écart des élucubrations de l'auteur des Pensées., retrouvait son empereur; césar et peuple s'entendaient pour ne demander de salut, dans les malheurs publics, qu'aux rites nouveaux venus d'Orient et à l'extermination des chrétiens. L'allégation que les massacres d'alors se seraient perpétrés en dehors du prince, outre qu'elle ne l'excuserait pas, ne saurait se soutenir; c'est un fait aujourd'hui démontré : parmi les bourreaux de tout ce que l'humanité eut jamais de plus pur, avant Domitien, avant Néron lui-même, stigmatisé plus qu'eux de la tache du sang des martyrs, doit prendre place Marc Aurèle Antonin.

La condamnation des sept fils de sainte Félicité fut la première satisfaction donnée par le prince à la philosophie de son entourage, à la superstition populaire, et, pourquoi donc hésiter à le dire si l'on ne veut en plus faire de lui le plus lâche des hommes, à ses propres sentiments. Ce fut lui qui, personnellement, donna l'ordre au préfet Publius d'amener à l'apostasie cette noble famille dont la piété irritait les dieux ; ce fut lui encore qui, sur le compte rendu de la comparution, prononça la sentence et arrêta

au'elle serait exécutée par divers juges en ivers lieux, pour notifier solennellement les intentions du nouveau règne. L'arène, en effet, s'ouvrait à la fois sur tous les points, non de Rome seule, mais de l'em-pire ; l'intervention directe du souverain signifiait aux

•j8 Le Temps après la Pentecôte.

magistrats hésitants la ligne de conduite qui ferait d'eux les bienvenus du pouvoir. Bientôt Félicité suivait ses fils; Justin le Philosophe expérimentait la sincérité de l'amour apporte par César à la recherche de la vérité; toutes les classes fournissaient leur appoint aux supplices que le salut de l'empire réclamait de la haute sagesse du maître du monde : jusqu'à ce que sur la fin de ce règne qui devait se clore, comme il avait commencé, comme il s'était poursuivi, dans le sang, un dernier rescrit du doux empereur amenât les hécatombes où Blandine l'esclave et Cécile la patricienne réhabilitaient par leur courage l'humanité, trop justement humiliée des flatteries données jusqu'à nos temps à ce triste prince.

Jamais encore le vent du midi n'avait à ce point fait de toutes parts couler la myrrhe et les parfums dans le jardin de l'Epoux*; jamais contre un effort aussi prolongé de tous ses ennemis, sous l'assaut combiné du césarisme et de la fausse science donnant la main aux hérésies du dedans, jamais pareillement l'Eglise ne s'était montrée invincible dans sa faifelesse comme une armée rangée en bataille 2. L'espace nous manque pour exposer une situation qui commence à être mieux étudiée de nos jours, mais reste loin d'être pleinement comprise encore. Sous le couvert de la prétendue modération antonine, la campagne de l'enfer contre le- christianisme atteint son point culminant d'habileté à l'époque même qui s'ouvre par le martyre

I. Cant. IV, l6 ; V, l. — 2. Ibid. vi, 3.

Les Sept Frères, Martyrs^ y g

des sept Frères honorés aujourd'hui. Les attaques furibondes des césars du troisième siècle, se jetant sur l'Eglise avec un luxe d'atrocités que Marc Aurèle ne connut pas, ne seront plus qu'un retour de bête fauve qui sent lui échapper sa proie.

Les choses étant telles, on ne s'étonnera pas que l'Eglise ait, dès l'origine, honoré d'un culte spécial le septénaire de héros qui ouvrit la lutte décisive dont le résultat fut la preuve qu'elle était bien désormais invincible à tout l'enfer. Et certes, le spectacle que les saints de la terre ont pour mission de donner au monde * eut-il jamais scène plus sublime ? S'il fut combat auquel purent applaudir de concert et les an,^es et les hommes, n'est-ce pas celui du lo juillet 162, où, sur quatre points à la fois des abords de la Ville éternelle, conduits par leur héroïque mère, ces sept fils de l'antique patriciat engagèrent l'assaut qui devait, dans leur sang, arracher Rome aux parvenus du césarisrne et la rendre à ses immortelles destinées ? Quatre cimetières, après le triomphe, obtinrent l'honneur d'accueillir dans leurs cryptes sacrées les dépouilles des martyrs; tombes illustres, qui devaient en nos temps fournir à l'archéologie chrétienne l'occasion des plus belles découvertes et l'objet des plus doctes travaux. Aussi loin qu'il est possible de remonter à la lumière des plus authentiques monuments, le VI des ides de juillet apparaît, dans les fastes de l'Eglise Romaine, comme un jour célèbre entre tous,

8o Le Temps après la Pentecôte.

en raison de la quadruple station conviant les fidèles aux tombeaux de ceux que par excellence on nommait les Martyrs. L'âge de la paix maintint aux sept Frères une dénomination d'autant plus glorieuse, au sortir de la mer de san^ où sous Dioctétien l'Eglise s'était vue plongée; des inscriptions relevées dans les cimetières mêmes qui n'avaient pas eu la faveur de garder leurs restes, désignent encore au iv^ siècle le 1 1 juillet sous l'appellation de lendemain du jour des Àlartyrs. En cette fête de la vraie fraternité qu'exalte l'Eglise ^, deux sœurs vaillantes partagent l'honneur rendu aux sept Frères. Un si'ecle avait passé sur l'empire. Les Antonins n'étaient plus. A'alérien, qui d'abord sembla vouloir comme eux mériter pour sa modération les éloges de la postérité, venait de glisser sur la^pente sanglante à son tour : frappant à la tête, il tlécrétait du même coup l'extermination sans jugement des chefs de l'Eglise, et l'abjuration sous les peines les plus graves de tout chrétien d'une illustre origine. Rufine et Seconde durent aux édits nouveaux de croiser leurs palmes avec celles de Sixte et de Laurent, de Cyprien et d'Hippolyte. Elles étaient de la noble famille des Turcii Asterii que de modernes découvertes ont également remis en lumière. En s'en tenant aux prescriptions de \'alérien, qui n'ordonnait contre les femmes chrétiennes que la confiscation et l'exil, elles eussent paru devoir échapper à la mort ; mais leur crime de fidélité au Seigneur était aggravé

Les Sept Frères, Martyrs.

8i

par le vœu de la sainte virginité qu'elles avaient embrassée ; leur sang mêla sa pourpre à la blancheur du lis qui avait leur amour, La Basilique Mère et Maîtresse garde, près du baptistère de Constantin, les reliques des deux sœurs; le second siège cardinalice des princes de la sainte Eglise est placé sous leur protection puissante , et )oint à son titre de Porto celui de SantaRufina.

Lisons l'abrégé des Actes de leur martyre que nous offre aujourd'hui la sainte Liturgie, en le faisant précéder de celui des sept Frères.

SEPT Frères, fils de sainte Félicité, furent à Rome, sous la persécution de Marc Aurèle Antonin, traduits devant le préfet Publias. Celuici, par caresses d'abord, par menaces ensuite, tenta de les amener à renier le Christ et honorer les dieux. Mais leur courage et les exhortations de leur mère les ayant maintenus fermes dans la confession de la foi, ils furent mis à mort en diverses manières. Janvier mourut sous les fouets garnis de plomb ; Félix et Philippe sous le bâton ; Silvain fut précipité d'un lieu élevé ; Alexandre, Vital et Martial eurent. la tête tranchée. Quatre mois après, la mère obtenait comme ses fils la palme du martyre ; pour

SEPTEM Fratres , filii sa n c t as Felicitatis, Romas in persecutione Marci Aurelii Antonini a Public prœfecto primum blanditiis, deinde terroribus tentât! , ut Christo renuntiantes, deos venerarentur : et sua virtute, et matre hortante, in fidei confessione persévérantes, varie necati sunt. Januarius plumbatis caesus : Félix et Philippus fustibus contusi : Silvanus ex altissimo loco praeceps dejectus est : Alexander, Vitalis, et Martialis capite plectuntur. Mater eorum quarto post mense eamdem martyrii pal-; mam consecuta est : illi

82 Le Temps après la Pentecôte.

sexto idus julii spiritum Domino reddiderunt.

RUFINA et Secunda, sorores virgines Romanae, rejecto connubio Armentarii et Verini, quibus a parentibus desponsiï fuerant, quod Jesu Christo virginitatem vovissent, Valeriano et Gallieno imperatoribus comprehenduntur. Quas cum nec promissis, nec terrore Junius prœfectus a proposito posset abducere, Rufinam primum virgis caedi jubet : in quibus verberibus Secunda judicem sic interpellât : Quid est, quod sororem meam honore, me afficis ignominia ? Jubé ambas simul caedi, quœ simul C h r i s t u m Deum confitemur. Quibus verbisincensus judex imperat utramque detrudi in tenebricosum et fœlidum carcerem. Quo loco statim clarissima luce et suavissimo odore completo, in ardente balnei solio includuntur. Et cum inde etiam intégras evasissent, mox saxo ad collum alligato in Tiberim projectas sunt ; unde ab Angelo liberataj, extra Urbem via Aurélia milliario decimo capite pleceux, ce fut le six des ides de qu'i Seif

juillet qu'ils rendirent leur gneur.

UFINE et Seconde, vierges de Rome, étaient sœurs. Fiancées par leurs parents à Armentarius et Vérinus, elles repoussèrent cette alliance, comme ayant consacré à Jésus-Christ leur virginité. Arrêtées sous l'empire de Valérien et de Gallien , le préfet Junius ne put ni par promesses, ni par menaces, les faire changer de résolution. En conséquence, il fait d'abord battre de verges Rufine. Pendant qu'on la frappe. Seconde interpelle ainsi le juge : « Pourquoi l'honneur à ma sœur, et à moi la honte ? fais-nous frapper toutes deux, puisque toutes deux nous confessons le Christ Dieu, » A ces paroles, le juge enflammé de colère ordonne qu'on les plonge dans un cachot ténébreux et infect ; une lumière éclatante et la plus suave odeur remplissent soudain ce lieu. Enfermées dans un bain aux ardeurs embrasées, elles en sortent saines et sauves. Jetées dans le Tibre une pierre au cou, elles sont délivrées par un Ange. Enfin elles sont décapitées hors de la Ville, au dixième mille de la voie Aurélia. Une dame nommée Plautilla ensevelit leurs corps

Les Sept Frères, Martyrs.

dans sa propriété ; transportés à Rome plus tard, ils reposent dans la Basilique de Constantin, près du Baptistère.

tuntur. Quarum corpora a Plautilla matrona in ejus prasdio sepulta, ac postea in Urbem translata, in Basilica Constantiniana prope Baptisterium condita sunt.

ENFANTS, louez Ic Scigncur; chantez celui qui, dans sa maison, donne à la stérile une couronne de fils i. » Ainsi l'Eglise ouvre aujourd'hui ses chants. Etaitelle donc stérile, 6 Martyrs, la mère glorieuse qui vous avait donnés tous les sept à la terre ? Mais la fécondité qui s'arrête à ce monde ne compte pas devant Dieu; ce n'est point elle qui répond à la bénédiction tombée des lèvres du Seigneur, au commencement, sur l'homme 'fait par lui son semblable 2. Saint et fils de Dieu, c'était une lignée sainte, une race divine ^, qu'il recevait mission de propager par le Croisse::^ et multiplie^ du premier jour. Ce que fut la première création, toute naissance devait l'être : l'homme était réservé à ce degré d'honneur de ne communiquer sa propre existence à d'autres hommes ses semblables, qu'en leur donnant avec elle la vie du Père qui est aux cieux; celle-ci devait être aussi inséparable de la vie naturelle qu'un édifice l'est du fondement qui le porte, et, dans l'intention de Dieu, la nature appelait la grâce non moins que le cadre appelle l'œuvre d'art pour laquelle il est fait.

[ntroit. diei. — 2. Gen. i, 26-28. — 3. Act. xvii,

84 Le Temps après la Pentecôte.

Trop lot le péché brisa l'harmonie des lignes du plan divin; la nature fut violemment séparée de la grâce, et ne produisit plus que des Jil s de colère K Le Dieu riche en miséricorde '-' n'abandonnait point cependant les projets de son amour immense; lui qui dès la première création nous eût voulus pour fils, nous créait comme tels à nouveau dans son Verbe fait chair s. Ombre d'ellemême, ne donnant plus directement naissance aux fils de Dieu, l'union d'Adam et d'Eve était découronnée de cette gloire près de laquelle eussent pâli les sublimes prérogatives des esprits angéliques; mais elle restait la figure du grand mystère du Christ et de V Eglise ^.

La maternité s'était dédoublée. Stérile pour Dieu, confinée dans la mort qu'elle avait attirée sur sa race, l'ancienne Eve ne pouvait plus qu'en participation de la nouvelle mériter son titre de mère des vivants '-' . A cette condition toutefois de s'incliner devant les droits de celle que l'Adam nouveau a choisie comme Epouse, l'honneur demeurait grand pour elle, et il lui était loisible de réparer en partie sa déchéance. Mieux que la fille de Pharaon sauvant Moïse et le confiant à Jochabed, l'Eglise allait dire à toute mère au sortir des eaux : « Recevez cet enfant, et me le nourrissez ^. » Et humblement soucieuse de répondre à la confiance de l'E- glise, saintement fière de revenir aux intentions premières de Dieu pour elle-même,

I. Eph. II, 3. — 2. Ihid. 4. — 3. Ibid. 10. — 4. Ibid.

V, 32. — 5. Gen. m, 20. — 6. Ex. II, 9.

Les Sept Frères, Marty^rs. 85

toute mère chrétienne allait faire sienne, en son labeur redevenu plus qu'humain, cette parole d'un amour dépassant la nature : « Mes petits enfants, que j'enfante de nou« veau, jusqu'à ce que le Christ soit formé a en vous i ! »

Honte à celle qui mettrait en oubli la destinée supérieure appelant le fruit de son sein aux honneurs de la filiation divine ! Le crime serait pire que d'étouffer en lui par négligence ou calcul, dans une éducation exclusivement préoccupée des sens, l'intelligence qui distingue l'homme des animaux soumis à son empire. La vie divine n'est pas moins nécessaire à l'homme, en effet, pour atteindre sa fin, que la vie raisonnable; n'en point tenir compte, laisser dépérir le germe divin déposé dans l'âme d'un enfant à sa nouvelle naissance au bord de la fontaine sacrée, serait pour une mère replonger dans la mort l'être fragile qui lui devait l'existence.

Elle avait autrement compris sa mission votre illustre mère, 6 Martyrs ! Et c'est pourquoi l'Eglise, qui se réserve de nous rappeler sa mémoire sainte au jour où, quatre mois après vous, elle quitta notre terre, fait néanmoins de la fête présente le principal monument de sa gloire. C'est elle que célèbrent surtout et les lectures et les chants du Sacrifice -, et les instructions de l'Office de la nuit 3. C'est qu'en effet servante du Christ par la foi, proclame saint Grégoire, elle est

I. Gai, IV, 19. — 2. Introït., Epist., Evang., ComiHun. — 3. Lect. vi, et Homil. diei.

86 Le Temps après la Pentecôte.

aujourd'hui devenue sa mère, selon la parole du Seigneur même, en l'engendrant sept fois dans les fils que lui avait donnés la nature. Après vous avoir rendus si pleinement tous les sept à votre Père du ciel, que sera son propre martyre, sinon la fin trop longtemps retardée du veuvage, Theure toute de )oie i qui la réunira dans la gloire à ceux qui sont devenus doublement ses fils ? Dès ce jour donc qui fut pour elle la journée du labeur sans être encore celle de la récompense, à cette date où la mère passa sept rois par les tortures et la mort et dut accepter par surcroît la continuation de l'exil, il convenait qu'on vît se lever les fils 2 et renvoyer à qui de droit l'honneur du triomphe. Car dès maintenant, tout exilée qu'elle reste encore, la pourpre, teinte non pas deux ^ mais' sept fois, est son vêtement ''; les plus riches des filles d'Eve ^ s'avouent dépassées par cette débordante fécondité du martyre; ce sont ses œuvres mêmes qui la louent aujourd'hui dans l'assemblée des Saints ^. Puissent donc en ce jour et les fils, et la mère, puissent les deux nobles sœurs associées à leur triomphe, écouter nos vœux, protéger l'Eglise, rappeler le monde aux enseignements contenus dans les exemples de leur vie ! »

I. Prov, XXXI, 2 5. — 2. Ibi.i. 28. — 3. Ex. xxv, 4, etc. — 4. Prov. xx.\i, 22. — 5. Ibid. 29. — 6. Ibid. 3l.

^N saint Pape du second siècle, Je premier de cette série de Pontifes |.^f que le nom de Pie a illustrés jus*" qu'à nos jours, projette sur nous sa douce et sereine lumière. Malgré la situation toujours précaire de la société chrétienne, en face d'édits de persécution que les meilleurs des princes païens n'abrogèrent jamais, il mit à profit la paix relative que valait à l'Eglise la modération personnelle d'Antonin Te Pieux, pour atîermir les assises de la tour mystérieuse élevée par le Pasteur céleste à la gloire du Seigneur Dieu i. Exerçant ses droîts de suprême hiérarque, il établit que, nonobstant la pratique contraire suivie encore en divers lieux, la fête de Pâques serait désormais célébrée au dimanche par toutes les Eglises. Bientôt la glorieuse mémoire de Victor, successeur de Pie à la fin de ce siècle, viendra nous rappeler l'importance de la mesure qu'il crut ainsi devoir prendre et le retentissement qu'elle eut dans l'Eglise entière.

^'ancienne Légende de saint Pie P% modifiée récemment, rappelait le décret attriI. Herm. Past.

8 s Le Temps après la Pentecôte.

bue dans le Corps du droit à notre Pontife », touchant celui dont la négligence aurait laissé tomber quelque chose du Sang du Seigneur. Ces prescriptions traduisent bien le respect profond que le saint Pape voulait voir témoigner au Mystère de l'autel : la pénitence, y est-il ordonné, sera de quarante jours, si l'effusion du Sang précieux a lieu jusqu'à terre; où que ce soit qu'il tombe, on devra le recueillir avec les lèvres s'il se peut, brûler la poussière et déposer la cendre en un lieu non profane.

f> lus, hujus nominis primus. Aqaileiensis, Ruffini filius, ex presbytero sanctae Romanae Ecclesiae Summus Pontifex creatus est, Antonino Pio et Marco Aurelio impcratoribus augustis. Quinque ordinationibus mense decembri, episcopos duodecira, octodecira presbyteros creavit. Exstant nonnulla ab eo praeclare instituta, praesertim ut Resurrectio Domini nonnisi die Dominico celebraretur. Pudentis doraum in ecclesiam mutavit , eamque ob praïstantiam supra czeteros titulos, utpote Romani Pontificis mansionem. titulo Pastoris

PIE, premier de ce nom, était originaire d'Aquilée et fils de Rufin. Prêtre de la sainte Eglise Romaine, il fut créé Souverain Pontife au temps des empereurs Antonin le Pieux et Marc Aurèle. En cinq ordinations, au mois de décembre, il créa douze évêques et dix-huit prêtres. On a de lui plusieurs belles ordonnances, celle surtout qui regarde la célébration seulement au dimanche de la résurrection du Seigneur. Il changea en église la maison de Pudens, laquelle l'emportant par sa dignité sur les autres Titres comme demeure du Pontife Romain, fut dédiée sous le nom du Pasteur ; ce fut là aussi que souvent il célébra les sacrés

Saint Pie Premier, Pape et Martyr. 8g

Mystères, et qu'il baptisa de nombreux convertis à la foi, les recevant au nombre des fidèles. Or tandis qu'il remplissait l'office du bon pasteur, il se vit appelé à répandre son sang pour ses brebis et pour le Christ Pasteur su{)réme ; couronné du martyre e cinq des ides de juillet, on l'ensevelit au Vatican.

dicavit, et in qua saepe rem sacram fecit, et multos ad fidem converses baptizavit, ac in fidelium numerum adscripsit. Dum vero boni Pastoris munus obiret, fuso pro suis ovibus et Summo Pastore Christo sanguine, martyrio coronatus est quinto idus julii, ac sepultus in Vatican©.

GLORIEUX Poniife, nous nous souvenons de ces paroles écrites sous vos yeux, et qu'on dirait le commentaire du décret porté sous votre nom au sujet des Mystères sacrés : « C'est qu'en effet, » proclamait dès le milieu du second siècle à la face du monde Justin !e Philosophe, «. nous ne recevons pas « comme un pain commun, comme un breu« vage commun, cet aliment nommé chez « nous Eucharistie; mais de même que, fait « chair par la parole de Dieu, Jésus-Christ « notre Sauveur a eu et chair et sang pour (r notre salut, de même il nous a été appris « que l'aliment fait Eucharistie par la prière « formée de sa propre parole est et la chair « et le sang de ce Jésus fait chair i. » A cette doctrine, aux mesures qu'elle justifie si amplement, d'autres témoins autorisés faisaient écho, sur la fin du même siècle, en des termes qu'on croirait eux aussi empruntés à la lettre même des prescriptions qui vous sont attribuées : « Nous souffrons anxieugo Le Temps après la Pentecôte.

« sèment, si quoi que ce soit du calice ou « du pain même qui est nôtre vient à tomber « à terre, » disait TertuUien ' ; et Origène en appelait aux habitués des Mystères divins pour dire « quels soins, quelle vénéra« tion, entouraient les dons sacrés de peur « que ne s'en échappât la moindre parcelle, « ce qui, provenu de négligence, eût été re« a gardé comme un crime 2, » Et maintenant l'hérésie, pauvre de science comme de foi, prétend de nos jours que l'Eglise a dévié des antiques traditions, en exagérant ses hommages au Sacrement divin ! Faites en effet, ô Pie, que nous revenions aux dispositions de nos pères : non dans leur foi, qui est toujours la nôtre ; mais dans la vénération et l'amour qu'ils puisaient en cette foi pour le calice enivrant 3, trésor de la terre. Puisse l'Agneau réunir dans la célébration d'une même Pâque, selon vos volontés, tous ceux qu'honore le nom de chrétiens !

'epuis le jour où Simon le Mage se fit baptiser à Samarie, jamais l'enfer ne s'était vu si près d'être maître dans l'Eglise qu'au temps où nous ramène à l'occasion de la fête présente le Cycle sacré. Repoussé par Pierre avec malédiction, Simon, s'adressant aux princes, leur avait dit comme autrefois aux Apôtres : « Donnez-moi pour argent ce pouvoir qu'à quiconque j'imposerai les mains, celui-là ait le Saint-Esprit i. » Et les princes, heureux à la fois de supplanter Pierre et d'augmenter leurs trésors, s'étaient arrogé le droit d'investir les élus de leur choix du gouvernement des Eglises; et les évêques à leur tour avaient vendu au plus offrant les divers ordres de la sainte hiérarchie ; et s'introduisant à la suite de la concupiscence des yeux, la concupiscence de la chair avait rempli le sanctuaire d'opprobres sans nom.

Le dixième siècle avait assisté à l'humiliation même du pontificat souverain ; le onzième, au tiers de son cours, voyait le débordement du fleuve maudit changer en

I. Act. viii.

g 2 Le Temps après la Pentecôte.

marais les derniers pâturages encore saufs des brebis du Seigneur, L'œuvre du salut s'élaborait à l'ombre du cloître; mais l'éloquence de Pierre Damien n'avait point jus3ue-là franchi le désert, et la rencontre 'Hugues de Cluny, de Léon IX et d'Hildebrand devait se faire attendre plus encore. Or voici que dans le silence de mort qui planait sur la chrétienté, un cri d'alarme a retenti soudain, secouant la léthargie des peuples : cri d'un moine, vaillant homme d'armes jadis, vers qui s'est penchée la tète du Christ en croix pour reconnaître l'héroïsme avec lequel un jour il sut épargner un ennemi. Chassé par le flot montant de la simonie qui vient d'atteindre son monastère de San-Miniato, Jean Gualbert est entré dans Florence, et trouvant là encore le bâton pastoral aux mains d'un mercenaire, il a senti le zèle de la maison de Dieu dévorer son cœur i ; en pleine place publique, il a dénoncé l'ignominie de l'évêque et de son propre abbé, voulant ainsi du moins délivrer son âme 2.

A la vue de ce moine qui, dans son isolement, se dressait ainsi contre la honte universelle, il y eut un moment de stupeur au sein de la foule assemblée. Bientôt les multiples complicités qui trouvaient leur compte au présent état de choses regimbèrent sous l'attaque, et se retournèrent furieuses contre le censeur importun qui se permettait de troubler la bonne foi des simples. Jean n'échappa qu'à grand'peine à la mort ; mais, dès

1. Psalm. Lxviii, 10. — 2. E^jech. m, 19.

Saint Jean Gualbert, Abbé. g 3

ce jour, sa vocation spéciale était fixée : les justes qui n'avaient point cessé d'espérer, saluèrent en lui le vengeur d'Israël ; leur attente ne devait pas être confondue.

Comme toujours cependant pour les œuvres authentiquement marquées du sceau divin, l'Esprit-Saint devra mettre un long temps à former l'élu de sa droite. L'athlète a jeté le gant aux puissances de ce monde ; la guerre sainte est ouverte : ne semble-t-il pas que dès lors il faille avant tout donner suite à la déclaration des hostilités, tenir campagne sans trêve ni repos jusqu'à pleine défaite de l'ennemi ? Et néanmoins le soldat des combats du Seigneur, allant au plus pressé, se retirera dans la solitude pour y améliorer sa vie, selon l'expression si fortement chrétienne de la charte même qui fonda Vallombreuse i. Les tenants du désordre, un instant effrayés de la soudaineté de Tattaque et voyant sitôt disparaître l'agresseur, se riront de ce qui ne sera plus à leurs yeux qu'une fausse entrée dans l'arène; quoi qu'il en coûte au brillant cavalier d'autrefois, il attendra humble et soumis, pour reprendre l'assaut, ce que le Psalmiste appelle le temps du bon plaisir de Dieu -.

Peu à peu, de toutes les âmes que révolte la pourriture de cet ordre social en décomposition qu'il a démasqué, se recrute autour de lui l'armée de la prière et de la pénitence. Des gorges des Apennins elle étend

I. Meliorandz vitx jo'rj/ij ; Litterae donationis Itt.e

Abbatissae; Ughelli," III, 299 vel 23l. — 2. Psalm. Lxviii, 14.

p4 ^^ Temps après la Pentecôte.

ses positions dans la Toscane entière, en attendant qu'elle couvre l'Italie et passe les monts. Septime à sept milles de Florence, Saint-Sauve aux portes de la ville, forment les postes avancés où, en io63, reprend l'effort de la guerre sainte. Un autre simoniaque, Pierre de Pavie, vient d'occuper par droit d'achat le siège des pontifes. Jean et ses moines ont résolu de plutôt mourir que de porter en silence l'affront nouveau fait à l'Eglise de Dieu, Mais le temps n'est plus où la violence et les huées d'une foule séduite accueillaient seules la protestation courageuse du moine fugitif de San-Miniato. Le fondateur de \'allomibreuse est devenu, par le crédit que donnent les miracles et la sainteté, l'oracle des peuples. A sa voix retentissant de nouveau dans Florence, une telle émotion s'empare du troupeau, que l'indigne pasteur, sentant qu'il n'a plus à dissimuler, rejette au loin sa peau de brebis ^ et m^ontre en lui le voleur qui n'est venu que pour voler, pour égorger et pour perdre 2. Une troupe armée à ses ordres fond sur Saint-Sauve : elle met le feu au monastère, et se jette sur les moines qui, surpris au milieu de l'Office de la nuit, tombent sous le glaive, sans interrompre la psalmodie jusqu'au coup qui les frappe. De Vallombreuse, à la nouvelle du martyre ennoblissant ses fils, Jean Gualbert entonne un chant de triomphe. Florence, saisie d'horreur, rejette la communion de r«vêque assassin. Pourtant quatre années encore séparaient ce peuple de la délivrance,

I. Matth. VII, i5. — 2. JoHAN. X, 10.

Saint Jean Gualbert, Abbé. g 5

et les grandes douleurs pour Jean n'étaient pas commencées.

L'illustre ennemi de tous les désordres de son temps, saint Pierre Damien, venait d'arriver de la Ville éternelle. Investi de l'autorité du Pontife suprême, on était assuré d'avance qu'il ne pactiserait point avec la simonie, et l'on pouvait croire cju'il ramènerait la paix dans cette Eglise désolée. Ce fut le contraire qui eut lieu. Les plus grands saints peuvent se tromper, et, dans leurs erreurs, devenir les uns pour les autres un sujet d'épreuve d'autant plus acerbe que leur volonté, moins sujette aux changements capricieux des autres hommes, reste plus ferme dans la voie qu'ils se sont une fois tracée en vue des intérêts de Dieu et de son Eglise. Peut-être le grand évêque d'Ostie ne se rendit pas assez compte de la situation toute d'exception que faisaient aux victimes de Pierre de Pavie sa simonie notoire, et la violence avec laquelle il massacrait lui-même sans autre forme de procès les contradicteurs. Partant de l'incontestable principe que ce n'est point aux inférieurs à déposer leurs chefs, le légat réprouva la conduite de ceux qui s'étaient séparés de l'évêque; et, arguant de certaines paroles extrêmes échappées à quelques-uns dans une indignation trop peu contenue, il retourna sur ceux qu'il appelait « ses confrères les moines » l'accusation d'hérésie portée par eux contre le prélat simoniaque i. L'accès du Siège apostolique restait ouvert

I. Petr. Dam. Opuscu!. xxx, De Sacramentis per improbos administratis.

g 6 Le Temps après la Pentecôte.

aux accusés; ils y portèrent intrépidement leur cause. Celle ïois du moins, on ne pouvait soulever d'argument d'exception contre la canoniciié de leur procédure. Mais là, dit l'historien *, beaucoup craignant pour euxmêmes se mirent à s'élever contre eux ; et lorsque presque tous, exhalant leur fureur, jugeaient dignes de mort ces moines dont la témérité osait faire la guerre aux prélats de l'Eglise, alors derechef, en plein concile roma'^in, Pierre Damien prenant la parole alla jusqu'à dire au Pontife suprême : « Seigneur et Père saint, ce sont là les sauterelles qui dévorent la verdure de la sainte Eglise; que le vent du midi se lève et les emporte à la mer Rouge ! » Mais le saint et très glorieux Pape Alexandre II, répondant avec douceur à ces excès de langage, prenait les moines en sa défense et rendait hommage à la droiture de leurs intentions. Cependant il n'osa donner suite à leur demande de passer outre, parce que la plus grande partie des évêques favorisait Pierre de Pavie, et que seul l'archidiacre Hildebrand soutenait en tout l'abbé de Vallombreuse -.

L'heure néanmoins allait venir où Dieu même prononcerait ce jugement qu'on ne pouvait obtenir de la terre'. Assaillis de menaces, traités comme des agneaux au milieu des loups 3, Jean Gualbert et ses lils criaient au ciel avec le Psalmiste : « Levez-vous. Seigneur, aidez-nous; levez-vous, pourquoi dormez-vous, Seigneur ? levez-vous. 6 Dieu ;

Tous les livres