L'Année liturgique — Le Temps après la Pentecôte (t. 10-15) (page 40)

Dom Prosper Guéranger · Vie de piété

Texte français, domaine public · Source : archive.org — L'Année liturgique t. 10-15, éd. 1911 (OCR) · 70 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

14. Psalm. XLiv, 8. — I 3. Psalm. cxxxii.

Sairtte Marie Madeleine.

près du Christ avec toi sans le Christ i. Heureuse pécheresse que celle qui mérita de figurer l'Eglise -, au point d'avoir été directement prévue et annoncée par les Prophètes, comme le fut l'Eglise même ! C'est ce qu'enseignent saint Jérôme ^ et saint Cyrille d'A- lexandrie *, pour sa vie de grâce comme pour son existence de péché. Et résumant à son ordinaire la tradition qui l'a précédé, Bède le Vénérable ne craint pas d'affirmer qu'en eftet (( ce que Madeleine a fait une fois, reste « le type de ce que fait toute l'Eglise, de ce « que chaque âme parfaite doit toujours « faire '^ . n

Qui ne comprendrait la prédilection de l'Homme-Dieu pour cette âme dont le retour, en raison même de la misère plus profonde où elle était tombée, manifesta dès l'abord et si pleinement le succès de sa venue, la défaite de Satan, le triomphé de cet amour souverain posé à l'origine co'mme l'unique loi de ce monde ! Lorsque Israël n'attendait du Messie que des biens périssables <^, quand les Apôtres eux-mêmes '^ et jusqu'à Jean le bien-aimé ^ ne rêvaient près de lui que préséances et honneurs, la première elle vient à Jésus pour lui seul et non pour ses dons. Avide uniquement de purification et d'amour, elle ne veut pour partage que les

Eieds augustes fatigués à la recherche de la rebis égarée : autel béni 9, où elle trouve

I. Paulin. Ep. XXIII, 42. — 2. Ibid. 32. — 3. HieEON. in Osée proœmium. — 4. Cvrill. Al. in xx Joh.

— 5. Beda in XII Joh. — 6. Act. i, 6. — 7. Luc. xxir, 24.

— 8. Matth. XX, 20-24. — 9. Paulin. Ep. xxiii, 3i.

222 Le Temps après la Pentecôte.

le moyen d'ortVir à son libérateur autant d'holocaustes d'elle-même, dit saint Grégoire, qu'elle avait eu de vains objets de complaisance ' . Désormais ses biens comme sa personne sont à Jésus, dont elle n'aura plus d'occupation que de contempler les mystères et la vie, dont elle recueillera châQue parole, dont elle suivra tous les pas dans la prédication du royaume de Dieu 2. S'asseoir à ses pieds est pour elle l'unique bien, le voir l'unique joie, l'entendre le seul intérêt de ce monde ^. Combien vite, dans la lumière de son humble confiance, elle a dépassé la synagogue et les justes euxmêmes ! Le pharisien s'indigne, sa sœur se plaint, les disciples murmurent * : partout Marie se tait, mais Jésus parle pour elle •'• ; on sent que son Cœur sacré est atteint de la moindre appréciation défavorable à rencontre. A la mort de Lazare, le Maître doit l'appeler du repos mystérieux où même alors, remarque saint Jean, elle restait assise ^ ; sa présence au tombeau fait plus que celle du collège entier des Apôtres et de la tourbe des Juifs ; un seul mot d'elle, déjà dit par Marthe accourue la première" , est plus puissant que tous les discours de celleci ; ses pleurs enfin font pleurer l'HommeDieu ==, et suscitent en lui le frémissement sacré, précurseur du rappel à la vie de ce mort de quatre jours, le trouble divin qui

5. Bernard, in Assumpt. B, M. sermo m. — 6. Johan.

Sainte Marie Madeleine. 223

montre Dieu conquis à sa créature. Bien véritablement donc, pour les siens comme pour elle-même, pour le monde comme pour Dieu, Marie a choisi la meilleure part, qui ne lui sera point enlevée < .

En ce qui précède, nous n'avons fait, pour ainsi dire, que coudre l'un à l'autre les témoignages bien incomplets d'une vénération qui se retrouve la même, toujours et partout, chez les dépositaires de la doctrine et les maîtres de la science. Cependant les hommages réunis des Docteurs n'équivalent point, poiir l'humble Madeleine, à celui que lui rend l'Eglise même, lorsqu'au jour de la glorieuse Assomption de Notre-Dame, elle n'hésite pas à rapprocher l'incomparable souveraine du monde et la pécheresse justifiée, au point ^d'appliquer à la première en son triomphe l'éloge évangélique qui regarde celle-ci '-. Ne devançons point les lumières que le Cycle nous réserve en ses développements ; mais entendons Albert le Grand 3 nous attester pour sûr que, dans le monde de la grâce aussi bien que dans celui de la création matérielle *, Dieu a fait deux grands astres, à savoir deux xMaries, la Mère du Seigneur et la sœur de Lazare : le plus grand, qui est la Vierge bienheureuse, pour présider au jour de l'innocence ; le plus petit, qui est Marie la pénitente sous les pieds de cette bienheureuse Vierge ^, pour présider à la nuit en éclairant les pécheurs qui

I. Luc. X, 42. — 2. Evangelium Assumpt. — 3. Albert. Magn. in vu Luc. — 4. Gen. i, 16. — 5. Apoc.

'2 2 4 Le Temys après la Pentecôte.

viennent comme elle à repentir. Comme la lune par ses phases marque les jours de fête à la terre >, ainsi sans doute Madeleine, au ciel, donne le signal de la joie qui éclate parmi les Anges de Dieu sur tout pécheur faisant pénitence 2. N'est-elle donc pas également, par son nom de Marie et en participation de l'Immaculée, VEtoile de la mer, ainsi que le chantaient autrefois nos Eglises des Gaules, lorsqu'elles rappelaient qu'en pleine subordination servante et reine avaient été toutes deux principe d'allégresse en l'E- glise : l'une engendrant le salut, l'autre annonçant la Pâque 3 !

Nous ne reviendrons point sur les inoubliables récits de ce jour, le plus grand des jours, où Madeleine, comme l'étoile du matin, marcha en avant de l'astre vainqueur inaugurant l'éternité sans couchant. Glorieuse aurore, où la divine rosée, s'élevant de la terre, effaça du fatal décret * la déchéance prononcée contre Eve ! Femme, pourquoi pleures-tu ' ? Tu ne te trompes pas : c'est bien le divin jardinier qui te parle 6, celui qui, hélas ! au commencement avait planté le paradis ". Mais trêve aux pleurs; dans cet autre jardin, dont le centre est un tombeau vide ^, le paradis t'est rendu : vois les Anges, qui n'en ferment plus l'entrée •'; vois l'arbre de vie qui, depuis trois jours, a donné son fruit. Ce fruit que tu réclames pour t'en

7. Gen. II, S. — 8. Johan. xix, 41. — 9. Gen. m, 24.

Sainte Marie Madclei

saisir encore et l'emporter * comme aux premiers jours 2, il t'appartient en effet pour jamais ; car ton nom maintenant n'est plus Eve, mais Marie 3. S'il se refuse à tes empressements, si tu ne peux le toucher encore *, c'est que de même qu'autrefois tu ne voulus point goûter seule le fruit de la mort, tu ne dois pas non plus jouir de l'autre aujourd'hui sans ramener préalablement l'homme qui par toi fut perdu.

O profondeurs en notre Dieu de la sagesse et de la miséricorde ■' 1 voici donc que, réhabilitée, la femme retrouve des honneurs plus grands qu'avant la chute même, n'étant plus seulement la compagne de l'homme, mais son guide à la lumière. Madeleine, à qui toute Yemme doit cette revanche glorieuse, conquiert en ce moment la place à part que lui assigne l'Eglise dans ses Litanies en tête des vierges elles-mêmes, comme JeanBaptiste précède l'armée entière des Saints par le privilège qui lit de lui le premier témoin du salut 6. Le témoignage delà pécheresse complète celui du Précurseur : sur la foi de Jean, l'Eglise a reconnu l'Agneau qui efface les péchés du monde " ; sur la, foi de Madeleine, elle acclame l'Epoux triomphateur de la mort * : et constatant que, par ce dernier témoignage, le cycle entier des mystères est désormais pleinement acquis à" la croyance catholique, elle entonne aujourd'hui l'immortel Symbole dont les accents

1. JoHAN. XX, i5. — 2. Gen. m, 6. — 3. Johan.

XX, i6. — 4. Ibid. 17. — 5. Rom. xi, 32, 33. — 6. Johan. I, 7. — 7. Ibid. 29. — 8. Sequenlia paschalis.

22 0 Le Temps après la Pentecôte.

lui paraissaient prématurés encore en la solennité du fils de Zacharie.

O Marie, combien grande vous apparûtes aux regards des cieux dans l'instant solennel où, la terre ignorant encore le triomphe de la vie, il vous fut dit par l'Emmanuel vainqueur: « Va vers mes frères, et dis-leur : Je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu ^ ! » Vous étiez bien toujours alors notre représentante, à nous Gentils, qui ne devions entrer en possession du Seigneur par la foi qu'après son Ascension par delà les nues -. Ces frères vers qui vous envoyait l'Homme-Dieu, c'étaient sans doute les privilégiés que lui-même durant sa vie mortelle avait appelés à le connaître, et auxquels vous deviez, ô Apôtre des Apôtres, manifester ainsi le mystère complet de la Pâque; toutefois déjà la miséricordieuse, bonté du Maître projetait de se montrer le jour même à plusieurs, et tous devaient être comme vous bientôt les témoins de son Ascension triomphante. Qu'est-ce à dire, sinon que, tout en s'adressant aux disciples immédiats du Sauveur, votre mission, ô Madeleine, s'étendait bien plus dans l'espace et' les temps ?

Pour l'oeil du vainqueur de la mort à cette heure de son entrée dans la vie sans fin, ils remplissaient en effet la terre et les siècles ces frères en Adam comme en Dieu qiCil amenait à la gloire^ selon l'expression du

1 . JoHAN. XX, 17. — 2. AuG. Sermo CCXLIII, 2 ; Beda in XX Joh. ; Ripert. xiv in Joh. ; etc.

Sainte Marie Madeleine. 2 2y

Docteur futur de la gentilité i. C'est d'eux qu'il avait dit dans le Psaume : (C J'annoncerai votre Nom à mes frères; je vous louerai dans la grande assemblée des nations, au sein du peuple encore à naître qui doit appartenir au Seigneur 2. » C'est d'eux, c'est de nous tous composant cette génération à venir à laquelle le Seigneur devait être annoncé 3, qu'il vous disait alors : « Va vers mes frères, et dis-leur : Je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu. )) Et au loin comme auprès vous êtes venue, vous venez sans cesse, remplir votre mission près des disciples et leur dire : « J'ai vu le Seigneur, et il m'a dit ces choses *. D

Vous êtes venue, ô Marie, lorsque notre Occident vous vit sur ses montagnes ^ foulant de vos pieds apostoliques, dont Cyrille d'Alexandrie salue la beauté 6, les rochers de Provence. Sept fois le jour, enlevée vers l'Epoux sur l'aile des Anges, vous montriez à l'Eglise, plus éloquemment que n'eût fait tout discours, la voie qu'il avait suivie, qu'elle devait suivre elle-même par ses aspirations, en attendant de le rejoindre enfin pour jamais.

Ineffable démonstration que l'apostolat luimême, en son mérite le plus élevé, n'est point dépendant de la parole effective ! Au ciel, les Séraphins, les Chérubins, les Trônes fixent sans cesse l'éternelle Trinité, sans

2 2S Le Temps après la Pentecôte.

jamais abaisser leurs yeux vers ce monde de néant ; et cependant par eux passent la force, la lumière et l'amour dont les augustes messagers des hiérarchies subordonnées sont lès distributeurs à la terre. Ainsi, ô Madeleine, vous ne quittez plus les pieds sacrés rendus maintenant à votre amour; et pourtant, de ce sanctuaire où votre vie reste absorbée sans nulle réserve avec le Christ en Dieu ', qui mieux que vous nous redit à toute heure : « Si vous êtes ressuscites avec le Christ, cherchez ce qui est en haut, là où le Christ est assis à la droite de Dieu; goûtez ce qui est en haut, non ce qui est sur la terre 2 ! »

O vous, dont le choix si hautement approuvé du Seigneur a révélé au monde la meilleure part, faites qu'elle demeure toujours appréciée comme telle en l'Eglise, cette part de la divine contemplation qui prélude ici-bas à la vie du ciel, et reste en son repos fécond la source des grâces que le ministère actif répand par le monde. La mort même, qui la fait s'épanouir en la pleine et directe vision, ne l'enlève pas, mais la confirme à qui la possède. Puisse nul de ceux qui l'ont reçue de la gratuite et souveraine bonté, ne travailler à s'en déposséder lui-même ! Fortunée maison, bienheureuse assemblée, dit le dévot saint Bernard, où Marthe se plaint de Marie ! mais l'indignité serait grande de voir Marie jalouser Marthe ^. Saint Jude nous l'apprend : malheur aux anges qui ne garI. Col. m. 3. — 2. Ibid. 1-2. — 3. Bern. Sermo IH in Ass. B. .M. V.

Sainte Mari2 Madeleine. 22^)

dent point leur principauté 1, qui, familiers du Très-Haut, veulent abandonner sa cour ! Maintenez au cœur des familles religieuses établies par leurs pères sur les sommets avoisinant les cieux, le sentiment de leur noblesse native : elles ne sont point faites pour la poussière et le bruit de la plaine; elles ne sauraient s'en rapprocher qu'au grand détriment de l'Eglise et d'elles-mêmes. Pas plus que vous, ô Madeleine, elles ne se désintéressent pour cela des brebis perdues, mais prennent en restant ce qu'elles sont le plus sûr moyen d'assainir la terre et d'élever les âmes.

Ainsi même vous fut-il donné un jour, à Vézelay, de soulever l'Occident dans ce grand mouvement des croisades dont le moindre mérite ne fut pas de surnaturaliser en l'âme des chevaliers chrétiens, armés pour la défense du saint tombeau qui avait vu vos pleurs et votre ravissement, les sentiments qui sont l'honneur de l'humanité.

Et n'était-ce pas encore une leçon de ce genre que le Dieu par qui seul régnent les rois ^, et qui se rit des projets de leur vanité ^, voulut donner dans les premières années du siècle précédent au guerrier fameux dont l'orgueil dictait ses lois aux empires ? Dans l'ivresse de sa puissance, on le vit prétendre élever à lui-même et à son armée ce qu'il appelait le Temple de la gloire. Mais bientôt, emportant le guerrier, passait la tempête ; et continué par d'autres constructeurs, le noble

2 3o Le Temps après la Pentecôte.

édifice s'achevait, portant comme dédicace à son fronton le nom de Madeleine.

O Marie, bénissez ce dernier homn açe de notre France que vous avez tant aimée, et dont le peuple et les princes entourèrent toujours d'une vénération si profonde votre retraite bénie de la Sainte-Baume et votre église de Saint-Maximin, où reposent les restes mille fois précieux de celle qui sut rendre amour pour amour. En retour, apprenez-nous que la seule vraie et durable gloire est de suivre comme vous, dans ses ascensions, Celui qui vous envoya vers nous autrefois, disant : a Va vers mes frères, et disleur : Je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu ! »

A sainte Eglise qui, dans les diverses saisons liturgiques, insère en leur lieu comme autant de perles de grand prix les divers passages de l'Evangile ayant rapport à sainte Marie Madeleine, renvoie également à la fête de sainte Marthe, que nous célébrerons dans huit jours, les particularités concernant la vie de son illustre sœur après l'Ascension. Aux pièces liturgiques déjà insérées dans cet ouvrage à sa louange, nous ajouterons cette antique Séquence, bien connue des Eglises de l'Allemagne, et que nous ferons suivre d'un Répons et de l'Oraison de la fête au Bréviaire Romain.

LAVS tibi, Christe, qui es Creator et redemptor, idem et salvator

LOUANGE à vous. Christ, 'qui êtes créateur, et aussi rédempteur et sauveur

Sainte Marie Madeleine.

Du ciel, de la terre, de la mer.desanees et des hommes,

Vous qu à la fois nous confessons homme et Dieu,

Vous qui êtes venu pour sauver les pécheurs,

Prenant sans le péché l'apparence du péché.

Dans cette troupe coupable vous visitâtes et la Chananée, et Marie Madeleine.

A la même table réconfortant l'une des miettes du Verbe, l'autre de son breuvage enivrant.

Dans la maison de Simon, vous prenez place au banquet mystique :

Le pharisien murmure, là où pleure celle que poursuit la conscience de ses fautes ;

Le pécheur méprise celle qui comme lui pécha ; vous qui ne connûtes point de fautes, exaucez son repentir, purifiez ses souillures : vous l'aimez pour la rendre belle.

Elle embrasse les pieds de son Seigneur, les lave de ses larmes, les essuie de ses cheveux, et les lavant, les es«uyant, les oint de parfum, les couvre de baisers.

Ce sont là les festins qui vous plaisent, ô Sagesse du Père !

Vous qui né de la Vierge ne repoussez point le contact de la pécheresse.

Le pharisien vous invite, et c'est Marie qui vous nourrit.

Cœli, terrœ. maris, angelorum et hominum,

Quem solum Deum confitemur et hominem.

Qui peccatores venisti ut salvos faceres.

Sine peccato peccati assumens formulam.

Quorum de grege, ut Chananaeam, Mariam visitasti Magdalenam,

Eadem mensa Verbi divini illam micis, hanc refovens poculis.

In dorao Simonis leprosi conviviis accubans typicis,

Murmurât pharisaeus, ubi plorat fœmina criminis conscia.

Peccator contemnit compeccantem , peccati nescius pœnitentemexaudis, emundas fœdam, adamas, ut pulchram facias.

Pedes amplectitur dominicos, lacrymis lavât, tergit crinibus, lavando, tergendo, unguento unxit, osculis circuit.

Haec sunt convivia, quae tibi placent, o Patris Sapientia.

Natus de Virgine qui non dedignaris tangi de peccatrice.

A pharisaeo es invitatus, Mariae ferculis saturatus.

^\llltum dimiltis inultum anianti, ncc crimen postea rcpetenti.

Dsemoniis eam septem mundas septiformi Spiritu.

Ex mortuis te surgentem das cunctis videre priorem.

Hac, Christe, proselytam sieinas Ecclesiam, quam ad filiorum mensam vocas alienigenam.

Quam inter convivia legis et gratiaï spernit pharisrei fastus. lepra vexât haeretica.

Qualis sit tu scis, tangit te quia peccatrix, quia venias optatrix.

Quidnam haberet aegra. si non accepisset. si nonmedicus adesset ?

Rex regum dives in omnes, nos salva, peccatorum tergens cuncta crimina, sanctorum spes et gloria.

Vous remettez beaucoup à celle qui beaucoup aime et ne retourne pas à ses fautes.

Vous la délivrez des sept démons par l'Esprit septiforme.

Ressuscitant des morts , vous lui donnez de vous voir la première.

Par elle, ô Christ, vous signifiez l'Eglise des Gentils, étrangère appelée par vous à la table des fils :

C'est elle qu'aux festins de la loi et de la grâce, méprise l'orgueil du pharisien, harcèle la lèpre hérétique;

Vous savez quelle elle e>t. elle vient à vous parce qu'elle a péché, parce qu'elle désire sa grâce.

Qu'aurait-elle si elle ne le recevait la malade infortunée, si le médecin ne se montrait propice ?

Roi des rois riche pour tous, sauvez-nous, effacez tous péchés, vous l'espérance des saints et leur gloire.

COXGRATULAMINI mihi, omnes qui diligitis Doniinum ; qu'a quem qurrrebam apparuit m'"- hi : * Et dum flerem ad monumentum, vidi Dominum meum, alléluia. f. Recedentibus discir qui aimez le Seigneur , car Celui que je cherchais m'est apparu : * Et tandis que je pleurais au tombeau, j'ai vu mon Seigneur, alléluia. f. Quand les disciples se

Sainte Marie Madeleine.

retiraient, je ne me retirais pas, et brûlante du feu de son amour, je me consumais de désir. * Et tandis que.

pulis, non recedebam, et amoris ejus igné succensa, ardebam desiderio. * Et dum.

Nous vous en prions. Seigneur , accordez-nous d'être aidés des suffrages de la bienheureuse Madeleine, dont les prières ont obtenu que vous rappeliez vivant du tombeau son frère Lazare, mort depuis quatre jours. Vous qui vivez.

BEATiE Mariae Magdalenae, quaesumus Domine, suffragiis adjuvemur : cujus precibus e.xoratus quatriduanurri fratrem Lazarum vivum ab inferis resuscitasti. Qui vivis.

AVENNE, mère des cités, convoque aujourd'hui l'univers à célébrer l'évêque martyr dont les travaux tirent plus pour son éternelle renommée que la faveur des empereurs et des rois. Du milieu de ses antiques monuments la rivale de Rome, aujourd'hui déchue, n'en montre pas moins fièrement la chaîne ininterrompue de ses Pontifes, remontant jusqu'au Vicaire de l'Homme-Dieu par Apollinaire, qu'ont exalté dans leurs discours les Pères et Docteurs de l'Eglise universelle, ses successeurs et ses fils 1. Plût au ciel que toujours la noble ville se fût souvenue de ce qu'elle devait à Pierre !

Pour suivre uniquement le Prince des Apôtres, Apollinaire, oubliant famille, patrie, avait tout quitté. Or, un jour, le maître dit au disciple : « Pourquoi restes-tu assis avec nous? Voilà que tu es instruit 'de tout ce q^uc Jésus a fait : lève-toi, reçois le SaintLsprit, et va vers cette ville qui ne le connaît pas, » Et le bénissant, et lui donnant le baiser, il l'envoya au loin 2. Scènes suI . Petr. Chrysolog. Sermo cxxviii, in div. Apollin. ; Petr. Dam. Sermon, xxx, xxxi, xxxii, in eumdera. —

2. Passio S. Apollin. ap. Bolland.

Saint Apollinaire, Évéque et Martyr. 235

blimes de séparation, fréquentes en ces premiers temps, bien des fois répétées depuis, et qui font dans leur héroïque simplicité la grandeur de l'Eglise.

Apollinaire courait au sacrifice. Le Christ, dit saint Pierre Chrysologue >, se hâtait audevant du martyr, le martyr précipitait le pas vers son Roi : TEglise qui voulait garder cet appui de son enfance se jeta audevant du Christ pour retarder, non le combat, mais la couronne ; et durant vingt-neuf ans, ajoute Pierre Damien 2^ le martyre se poursuivit à travers d'innombrables tourments, de telle sorte que les labeurs du seul Apollinaire suffirent à ces contrées qui n'eurent point d'autre témoin de la foi par le san^. Selon les traditions de l'Eglise qu'il avait si puissamment fondée, la divine Colombe intervint directement et visiblement par douze fois, jusqu'à l'âge de la paix, pour désigner chacun des successeurs d'A- pollinaire.

Voici les lignes consacrées dans la sainte Liturgie à l'histoire du vaillant apôtre.

A POLLINAIRE vint d'Antiû** che à Rome avec le Prince des Apôtres qui l'ordonna êvêque, et l'envoya à Ravenne prêcher l'Evangile du Seigneur Christ. Nombreuses furent les conversions à la foi qu'il y fit ; d'où

/Vpollinaris cum ^ Principe Apostolorum Antiochia Romam venit : a quo ordinatus Episcopus, Ravennam ad Christi Domini Evangelium praedicandum mittitur : ubi cura ad Christi

2. Petr. Dam.

23Ù Le Temps après h Pentecôte.

fide plurimos converteret, captus ab idolorum sacerdotibus graviter caesus est. Cutnque ipso oranle Bonifacius nobilis vir.qui diu mutus fuerai, loqueretur, ejusque filia immundo spiritui liberata csset ; iterum est in illum commota seditio. Itaque virgis caesus. ardentes carbones nudis pedibus premere cogitur: quem cum subjectus ignis nihil laederet, ejicitur extra urbem.

1s vero latens aliquamdiu cum quibusdam Christianis, inde profectus est in ^Émiliam, ubi Rufini patricii fi 1 i a m mortuam ad vitam revocavit : ut propterea tota Rufini familia in Jesum Christum crederet. Quare vehementer incensus praefectus accersit Apollinarem, et cum eo gravius agit, ut finem faciat disseminandi in urbe Christi fidem. Cujuscum ApoUinaris jussa negligeret, equuleo cruciatur : in cujus plagas aqua fervens infunditur, saxoque os tunditur : mox ferreis vinculis constrictus includitui in c a r c e r e. Quarto die impositus in navem, mittitur in exsilium : ac facto naufragio

il advint que. saisi par les prêtres des idoles , il fut frappé cruellement. Il arriva qu'ensuite, à sa prière, un noble personnage du nom de Boniface recouvra la parole que depuis longtemps il avait perdue, et vit sa fille délivrée de l'esprit immonde : d'où nouveau soulèvement contre l'apôtre. Battu de verges, on le fait marcher pieds nus sur des charbons ardents , lesquels ne lui faisant nul mal, on le chasse de la ville.

APRÈS être resté caché (Quelque temps en compagnie de chrétiens, il partit pour l'Emilie, où la fille du patrice Rufinus qui était morte fut par lui rappelée à la vie : ce qui détermina la famille tout entière de Rufinus à croire en Jésus-Christ. Fortement courroucé, le préfet mande Apollinaire el lui signifie sévèrement d'avoir à cesser de propager la foi du Christ en la ville. Apollinaire , n'ayant tenu aucun compte de ses ordres, est torturé sur le chevalet, on réEand sur ses plaies de l'eau ouillante, et on lui meurtrit la bouche avec une pierre ; après quoi on l'enferme en prison chargé de fers. Jeté le quatrième jour sur un vaisseau qui l'emporte en exil, il fait naufrage et vient en

Saint Apollinaire, Evêqiie et Martyr. 23y

Mysie , d'où il passe aux bords du Danube, puis en Thrace.

DANS un temple de Sérapis, le démon refuse de donner ses réponses , tant qu'il y aurait là un disciple de l'Apôtre Pierre ; cherché longtemps , trouvé enfin, Apollinaire est contraint de reprendre la mer. Ainsi revient-il à Ravenne. Mais accusé par les mêmes prêtres des idoles, on le remet à la garde d'un centurion qui honorait en secret le Christ et renvoie de nuit Apollinaire. A cette nouvelle, les satellites sont mis à sa poursuite, le rejoignent sur la route et l'accablent de coups, le laissant pour mort. Recueilli par les chrétiens, il quitta cette vie sept jours après , couronné de la gloire du martyre et les exhortant à la constance dans la foi. Son corps fut enseveli près dû mur de la ville.

venit in Mysiam, inde ad ripara Danubii, postea in Thraciam.

CU.M autem in Serapidis templo daemon se responsa daturum negaret, dum ibidem Pétri Apostoli discipulus moraretur, diu conquisitus inventus est Apollinaris : qui iterum jubetur navigare. Ita reversus Ravennam, ab iisdem illis idolorum sacerdotibus accusatus, centurion! custodiendus traditur : qui cum occulte Christum coleret, noctu Apollinarem dimisit. Re cognita, satellites eum persequuntur, et plagis in itinere confectum, quod mortuum crederent, relinquunt. Quem cum inde Christian! sustulissent, septimo die exhortans illos ad fide! constantiam, martyr!! gloria clarus migravit e vita. Cujus corpus prope murum urbis sepultum est.

INSTRUITS par Venance Fortunat ' venu de Ravenne en nos régions du Nord, nous saluons de loin votre glorieuse tombe. Répondez-nous par le souhait que vous formuliez durant les jours de votre vie mortelle : Que

23 s Le Temps après la Pentecôte.

la paix Je notre Seigneur et Dieu JésusChrist repose sur vous! La paix, don parfait, premier salut de l'apôtre' et consommation de toute grâce - : combien vous l'avez appréciée, combien vous en fûtes jaloux pour vos fils, même après avoir quitté la terre ! C'est elle qui vous fit obtenir du Dieu de paix et de dilection '^ cette intervention miraculeuse par laquelle si longtemps furent marqués les pontifes qui devaient après vous s'asseoir en votre chaire. Vous-même n'apparûtes-vous pas un jour au Pontife romain, pour lui montrer dans Chrysologue l'élu de Pierre et d'Apollinaire ? Et plus tard, sachant que les cloîtres allaient devenir l'asile de cette divine paix bannie du reste du monde, vous vîntes en personne par deux fois solliciter Romuald d'obéir à l'appel de la grâce et d'aller féconder le désert.

Pourquoi faut-il qu'enivré de faveurs qui partaient de la terre, plus d'un de vos successeurs que ne désignait plus, hélas! la divine Colombe, ait oublié si tôt les leçons laissées par vous à votre Eglise ? Fille de Rome, ne devait-elle pas se trouver assez grande d'occuper entre ses illustres sœurs la première place à la droite de la mère ^ ? Du moins l'Evangile même chanté depuis douze siècles et plus peut-être s, en la solennité de ce jour, aurait-il dû la protéger contre les lamentables excès appelés à précipiter sa déchéance. Rome, avertie par de trop regretI . Luc. X, 5. — 2. Cant. vni, lo. — 3. II Cor. xni, 1 1- — 4. Diplom. Clementis II, Quod propulsis. — 5. Kalendar. Fronton.

Mémoire de S. Li boire, Ev. et Conf. 23g

tables indices, prévoyait-elle donc déjà les sacrilèges ambitions des Guibert, quand son choix se fixait sur ce passage du texte sacré : // s'éleva une contestation parmi les disciples à qui devait passer pour le plus grand i ? Et quel commentaire, à la fois plus significatif et plus touchant, pouvait-on donner à cet Evangile, que les paroles de Pierre même en l'Epîlre : « Les vieillards qui sont parmi vous, je les supplie, moi vieillard comme eux et témoin des souffrances du Christ, de paître le troupeau, non dans un esprit de domination sur l'héritage du Seigneur, mais en étant ses modèles dans le desintéressement et l'amour; que tous s'animent à l'humilité mutuellement, car Dieu résiste aux superbes, et il donne sa grâce aux humbles 2. » Faites, ô Apollinaire, que pasteurs et troupeau, dans toutes les Eglises, profitent maintenant du moins de ces apostoliques et divines leçons, pour que tous un jour nous nous trouvions assis à la table éternelle où le Seigneur convie les siens près de Pierre et de vous dans son rovaume ^.

rpANDis que la Mère commune resplendit 1 sous la pourpre du martyre dont l'a ornée Apollinaire, un autre noble fils couronne son front de la blanche auréole des Confesseurs Pontifes. Liboire, héritier des Julien, des Thuribe, des Pavace, anneau brillant de la série glorieuse qui rattache à Clément

240 Le Temps après la Pentecôte.

successeur de Pierre l'origine d'une illustre Eglise, se lève en la cité des Cénomans comme l'astre radieux qui dissipe les dernières nuées d'orage après la tempête; il rend à la terre bouleversée la fécondité réparant au centuple les ruines que la tourmente avait causées.

Plus encore que la froide légalité des proconsuls et la haine farouche des vieux Druides, le fanatique prosélytisme des disciples d'Odin, envahissant l'Ouest des Gaules, avait ravagé dans nos contrées le champ du Seigneur. Défenseur de la patrie terrestre et guide des âmes à celle des cieux, Liboire rendit l'ennemi citoyen de l'une et de l'autre en le faisant chrétien. Pontife, il employa le plus pur de son zèle à développer les magnificences du culte divin qui rend à Dieu l'hommage et assainit la terre ^ ; apôtre, il reprit l'œuvre d'évangélisation des premiers messagers de la foi, chassant l'idolâtrie des positions'qu'elle avait reconquises et l'expulsant des cam^pagnes où toujours elle était restée maîtresse: Martin, dont il fut l'ami, n'eut pas d'émulé qui lui fût à ce point comparable.

Mais quels ne furent pas surtout ses triomphes d'outre-tombe, lorsque cinq siècles après la fin des travaux de sa vie mortelle, on le vil se lever du sanctuaire où il reposait en la compagnie des évèques ses frères, et, semant les miracles sur sa roule, aller victorieusement forcer dans ses retranchements le paganisme saxon que Charlemagne avait

Mémoire de S. Liboire, Ev. et Conf. 241

vaincu sans le dompter! La barbarie reculait de nouveau en présence de Liboire; ses reliques saintes avaient conquis au Christ la Westphalie; Le Mans et Paderborn scellaient, dans la vénération de leur commun apôtre, un pacte de fraternité dont mille ans n'ont point encore affaibli la puissance.

tout-puissant , que la glorieuse solennité du bienheureux Liboire votre Confesseur et Pontife , fasse croître en nos âmes la dévotion et les fruits du salut. Par Jésus-Christ.

DA, quassumus omnipotensDeus, utbeati Liborii, Confessoris tut arque Pontificis , veneranda solemnitas et devotionera nobis augeat, et salutem. Per Dominum.

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HRisTiNE, dont le nom seul embaume l'Eglise des parfums de l'Epoux, prélude dans sa grâce à la fête de l'aîné des Jîls du tonnerre. L'antique Vulsinies, assise près de son lac aux rives de basalte, aux calmes et claires eaux, la vit à dix ans mépriser les idoles des nations. Elle triompha du paganisme étrusque là même où Constantin signale en ses édits • le lieu de la solennelle réunion qui se faisait chaque année des faux prêtres ombriens et toscans. La découverte du tombeau de Christine est venue confirmer dans nos temps jusqu'à cette particularité de'^l'âge de la martyre donne par ses Actes, auxquels la science des derniers âges avait voulu dénier toute valeur. Nouvelle leçon, reçue après bien d'autres, et c^ui devrait amener une critique trop infatuée à reporter quelque peu sur elle-même les défiances dont elle se fait un honneur.

Lorsque du rivage qui reçut après ses combats la dépouille de l'héroïque enfant, on contemple l'île où périt tragiquement deux siècles plus tard la noble fille de Théodoric

Sainte Christine, Vierge et Martyre. 243

le Grand, Amalasonte, le néant des grandeurs qui n'oni que cette terre pour piédestal saisit l'âme plus éloquemment que ne ferait tout discours. Au xiii^ siècle, l'Epoux, continuant d'exalter la martyre au-dessus des plus illustres reines ', voulut l'associer à son triomphe au Sacrement d'amour : ce fut l'église de Christine qu'il choisit pour théâtre du miracle fameux de Bolsena, qui précéda de quelques mois seulement l'institution de la solennité du Corps du Seigneur.

Unissons nos louanges et nos prières à celles de l'Eglise, pour honorer la glorieuse \'ierge Martyre.

\nt \I ^^^^' Epouse du

' ■ ■ ' Christ ; recevez la couronne que le Seigneur vous a préparée pour l'éternité.

f. Dans votre éclat et votre beauté,

^. Avancez, marchez à la victoire, et régnez.

A NT V ^^^' Sponsa

Z^'"'- > Christi. accipe coronam quam tibi

Dominus prasparavit in

aeternum.

f. Specie tua et pulchritudine tua,

Bf. Intende, prospère procède, et régna.

PlTES, Seigneur, que nous obtenions votre miséricorde par l'intercession de la bienheureuse Christine. Vierge et Martyre, qui vous a toujours été agréable par le mérite de la chasteté, et par la profession qu'elle a faite de la vertu dont vous êtes la source. Par JésusChrist.

j NDLLGENTIAM nobis,

• quaesumus Domine , beata Christina Virgo et Martyr imploret : quae tibi grata semper exstitit, et merito castitatis et tuae professione virtutis. Par Dominum.

^LUONS l'astre brillant qui se lève sur l'Eglise. Compostelle jadis resplendit par lui de l'éclat de tels feux que, pendant mille années, l'univers subit l'attraction de la ville obscure devenue, avec Jérusalem et Rome, l'un des foyers puissants de la piété des peuples. Tant que dura la chrétienté, Jacques le Grand le disputa, pour la gloire de sa tombe, à celle du sépulcre où Pierre repose soutenant l'Eglise.

Parmi les Saints de Dieu, il n'en est pas qui manifeste mieux la mystérieuse survivance des élus à leur carrière mortelle, dans la poursuite des intérêts que leur confia le Seigneur. La vie de Jacques fut courte après l'ap^pel qui le faisait Apôtre ; le résultat de son apostolat apparut prescjue nul en cette Espagne qui lui était donnée. A peine l'avait-on vu comme prendre possession du sol de ribérie dans sa course rapide; et empressé à boire le calice qui devait satisfaire sa persévérante ambition d'être près du Seigneur 1, le premier des douze il ouvrait dans l'arène la marche glorieuse que l'autre fils de Zébédée devait clore. O Salomé, qui

I. Marc, x, 35-40.

Saint Jacques le Majeur, Apôtre. 245

les mîtes au monde et fûtes près de Jésus l'interprète de leurs prétentions 1, tressaillez d'une double allégresse 2 : vous n'êtes point rebutée; vous avez pour complice celui qui fit le cœur des mères. N'est-ce pas lui qui déjà dès ce monde, à l'exclusion de tous autres et en la compagnie du seul Simon son vicaire, appelait les enfants que vous lui aviez donnés au spectacle des plus profondes œuvres de sa puissance 3, à la contemplation de sa gloire au Thabor *, à la divine confidence de son trouble mortel au jardin de l'agonie ^ ? Or voici qu'aujourd'hui l'aîné de votre sein devient le premier-né du collège sacré dans la mort; protomartyr apostolique, ainsi quant à lui reconnut-il l'amour spécial du Seigneur Christ.

Comment pourtant sera-t-il le messager de la foi, celui dont le glaive d'Hérode Agrippa 6 vient d'arrêter subitement la mission ? comment justifiera-t-il son nom de fils du tonnerre "', l'Apôtre dont quelques disciples au plus entendirent la voix dans le désert de l'infidélité ? Ce nom nouveau « qui mettait à part encore une fois les deux frères, Jean le réalisa en déchirant la nue par les éclairs sublimes qui révélèrent au monde dans ses écrits les profondeurs de Dieu ^ ; pour lui, comme pour Simon nommé Pierre par le Christ 10 et devenu à jamais le fondement du temple, l'appellation reçue de

3. Marc, y, Sy. — 4- if>i^- ix. i. — 5. Ibid. xiv, 33.

— 6. Act. XII, 2. — 7. Marc, m, 17.— 8. Apoc. 11, «7.

— 9. I Cor. II, 10. — 10. Marc m, 16.

246 Le Temps après la Pentecôte.

l'Homme-Dieu fui prophétie et non vain titre ; pour Jacques aussi bien que pour Jean, l'éternelle Saj^esse ne peut s'être trompée. Ne croyons pas que le glaive d'un Hérode

Quelconque puisse déconcerter le Très-Haut ans les appels qu'il fait entendre aux hommes de sa droite. La vie des Saints n'est jamais tronquée ; leur mort, toujours précieuse 1, l'est plus encore quand c'est pour Dieu qu'elle semble arriver avant l'heure. C'est alors doublement qu'on peut dire en toute vérité que leuj'S œuvres les suivent -, Dieu même étant tenu d'honneur et pour eux et pour lui à ce que rien ne manque à leur plénitude. « Il les a reçus comme une « hostie d'holocauste, dit l'Esprit-Saint; mais « ils reparaîtront dans leur temps. On les « verra scintiller comme la flamme qui court « parmi les roseaux. Ils jugeront les nau tions, dompteront les peuples; et le Sei« gneur régnera par eux éternellement 3. » On ! combien littéral devait, en ce qui touche notre Saint, se montrer l'oracle !

A l'extrémité nord de la péninsule ibérique, sur le tombeau où la piété de deux disciples avait jadis comme a la dérobée ramené son corps, près de huit siècles avaient passé, qui pour les habitants des cieux sont moins qu'un jour ^. Durant ce temps, la terre de son héritage, si rapidement parcourue naguère, avait'vu les Barbares ariens succéder aux Romains idolâtres, puis le Croissant ramener plus profonde la nuit un moment

I. Psalm. cxv, ib. — 2. Apoc. xiv, i3. — 3. Sap.

m, 6-8. — 4. Psalm. LXixix, 4.

Saint Jacques le Majeur, Apôtre, 24^

dissipée. Un jour, au-dessus des ronces recouvrant le monument oublié, ont étincelé des lueurs, appelant l'attention sur ce lieu qui ne sera plus connu désormais que sous le nom de champ des étoiles. Mais soudain quelles clameurs retentissent, descendant des montagnes, ébranlant les échos des vallées profondes ? Quel est le chef inconnu ramenant au combat, contre une armée immense, la petite troupe épuisée que le plus vaillant héroïsme n'a pu la veille sauver d'une défaite ? Prompt comme l'éclair, brandissant d'une main son blanc étendard à la croix rouge, il fond haut l'épée sur l'ennemi éperdu, dont soixante-dix mille cadavres teignent de leur sang les pieds de son cheval de bataille. Salut au chef de la guerre sainte dont tant de fois cette Année liturgique a rappelé le souvenir ! Saint Jacques ! Saint Jacques ! Espagne, en avant ! C'est la rentrée en scène du pêcheur galiléen, que l'Homme-Dieu apj^ela autrefois'^de la barque où il raccommodait ses filets ' ; c'est la réapparition de l'aîné des //^ du tonnerre^ libre enfin de lancer la foudre sur les Samaritains nouveaux 2 qui prétendent honorer l'unité de Dieu en ne voyant qu'un prophète dans son Christ 3. Désormais Jacques sera pour l'Espagne chrétienne la torche ardente qu'avait vue le Prophète, le feu qui dévore à droite et à gauche les nations enserrant la cité sainte, jusqu'à ce qu'elle ait retrouvé ses anciennes

I. Matth. IV, 21. — 2. Luc. IX, 5:

de Clavijo, sous Ramire I, vers 846.

•54. — 3. Bataille

24^ Le Temps après la Pentecôte.

limites, et soit habitée au même lieu qu'autrefois par ses tîls *.

Et quand, après six siècles et demi que la mémorable lutte doit durer encore, ses porte-enseigne, les rois Catholiques, auront rejeté par delà les flots les restes de la tourbe infidèle qui n'aurait jamais dû les franchir, le vaillant chef des armées des Espagnes déposera sa brillante armure, le tueur de Maures redeviendra le messager de la foi. Montant sur sa barque de pêcheur d'hommes et groupant autour d'elle les flottes intrépicîes des Christophe Colomb, des Vasco de Gama, des Albuquerque, il les guidera sur les mers inconnues à la recherche de rivages où jusque-là n'ait point été porté le nom du Seigneur. Pour sa part de contribution aux travaux des douze, Jacques amènera de l'Occident, de l'Orient, du Midi, des mondes nouveaux qui renouvelleront la stupeur de Pierre à la vue de telles prises 2. Et celui dont on avait pu croire, au temps du troisième Hérode, l'apostolat brisé dans sa fleur avant d'avoir donné ses fruits, pourra dire lui aussi : ce Je ne m'estime point infé« rieur aux plus grands des Apôtres 3; car, « par la grâce de Dieu, j'ai travaillé plus « qu'eux tous +. »

Lisons le récit consacré par l'Eglise à son honneur.

J lius, Johannis Apo- | J frère germain de Jean

I. Zach. XH. 6. — 2. Lrc. v, i-ii.— 3. II Cor.

Saint Jacques le Majeur, Apôtre. 24g

l'Apôtre, était Galiléen. Appelé des premiers à l'apostolat comme son frère, il laissa ainsi que lui son père et ses filets pour suivre le Seigneur. Tous deuxfurent nommés par Jésus même Boanergès, c'està-dire enfants du tonnerre. Jacques fut un des trois Apôtres que le Sauveur aima davantage, et qu'il voulut avoir pour témoins de sa transfiguration et du miracle qu'il fit en ressuscitant la fille du prince de la synagogue ; lorsqu'il se retira sur la montagne des Oliviers pour prier son Père, avant d'être saisi par les Juifs, c'est eux encore qu'il prit avec lui.

CEPENDANT Jacques, après l'Ascension de JésusChrist au ciel, prêcha sa divinité dans la Judée et la Samarie, où il amena à la foi beaucoup de gens. Parti bientôt pour l'Espagne, il y convertit quelques hommes au Christ ; de ce nombre furent les sept évêques que saint Pierre ordonna dans la suite, et envoya les premiers dans ce pays. Jacques, revenu à Jérusalem, y gagna entre autres à la vérité le magicien Hermogène ; ce fut l'occasion pour Hérode Agrippa, devenu roi sous l'empereur Claude, et qui voulait plaire aux Juifs, de porter une senstoligermanus frater^Galilaîus, inter primos A- postolos vocatus cum fratre, relictis pâtre ac retibus secutus est Dominum, et ambo ab ipso Jesu Boanergès, id est, tonitrui filii sunt appellati. Is unus fuit ex tribus Apostolis, quos Salvator maxime dilexit, et testes esse voluit suae transfigurationis, et interesse miraculo , quum archisj^nagogi filiam a mortuis excitavit, et adesse cum secessit in montem Oliveti, Patrem oraturus , antequam a Judasis comprehenderetur.

p osT Jesu Christi as*■ censum in cœlum, in Judasa et Samaria ejus divinitatem praedicans , plurimos ad Christianam fidem perduxit. Mox in Hispaniam profectus, ibi aliquos ad Christum convertit : ex quorum numéro septem postea episcopi a beato Petro ordinati, in Hispaniam primi directi sunt. Deinde Jerosolymam reversus, quum inter alios Hermogenem magum fidei veritate imbuisset, Herodes Agrippa Claudio imperator ad regnum elatus, ut a

Judxis gratiam iniret, Jacobum libère Jesum Christum Deum contitentem capitis condemnavit. Quem qaum is, qui eum duxeral ad tribunal, fortiler martyrium subeunlem vidisset, stalim se et ipse Christianum esse professas est.

Au supplicium quum rapcrentur . petiit ille a Jacobo veniara : quem Jacobus osculatus, Pax. inquit, tibi sit. Itaque uterque est securi percussus, quum paulo ante Jacobus paralyticum sanasset. Corpus ejus postea Compostellam translatum est, ubi summa celebritate colitur, convenientibus eo religionis et voti causa ex toto terrarum orbe peregrinis. Mcmoria ipsius natalis hodierno die, qui translationis dies est, ab Ecclesia celebratur, quum ipse circa festum Paschaî primus Apostolorum Jerosolymis profuso sanguine testimonium Jesu Christo dederit.

tence capitale contre' l'Apôtre qui proclamait sans crainte Jésus-Christ comme Dieu. Celui qui l'avait amené au tribunal, voyant le courage avec lequel il allait au martyre, se déclara lui-même aussitôt chrétien.

COMME on les entraînait au supplice, il implora le pardon de lApôtre. c La paix soit à toi ! » dit Jacques, en lui donnant le baiser. Tous deux furent donc frappés de la hache. Peu auparavant, Jacques avait guéri un paralytique. Son corps fut ensuite transporté à Compostelle, où la renommée souveraine de son culte attire de l'univers entier les pèlerins qui viennent y satisfaire leur dévotion ou accomplir leurs vœux. La mémoire de sa naissance au ciel est célébrée par l'Eglise en ce jour, qui est celui de sa translation ; ce fut aux environs de la fête de Pâques, à Jérusalem, que, le premier des Apôtres, il rendit témoignage par l'effusion du sang à Jésus-Christ,

des Espagnes, n'oubliez pas l'illusîuple qui vous dut à la lois sa noblesse dans les cieux et sa prospérité de ce monde ; protégez-le contre l'amoindrissement

tre pei dar

Saint Jacques le Majeur, Apôtre. 25 1

des vérités qui firent de lui en ses beaux jours le sel de la terre; qu'il pense à la terrible sentence portant que, si le sel s'affadit., il n'est plus bon qu'à être foulé aux pieds i. Mais en même temps souvenez-vous, ô Apôtre, du culte spécial dont vous honore l'E- glise entière. Aujourd'hui encore, ne gardet-elle pas sous la protection immédiate du Pontife romain et votre corps sacré si heureusement retrouvé dans nos temps 2, et le vœu d'aller en pèlerin vénérer ces restes précieux ?

Que sont devenus les siècles où, si grande Que se manifestât votre force d'expansion au dehors, elle était dépassée par la merveilleuse puissance d'attirer tout à vous, que vous avait communiquée le Seigneur 3 ? Qui donc, sinon Celui qui compte les astres du firmament ^, pourrait nombrer les Saints, les pénitents, les rois, les guerriers, les inconnus de tout ordre, multitude infinie, renouvelée sans cesse, gravitant autour de vos reliques saintes comme sous l'empire de ces immuables lois qui règlent au-dessus de nos têtes les mouvements des cieux; armée alors sans cesse en marche vers ce champ de Vétoile d'où sexerçait votre rayonnement sur le monde ? Et n'était-ce donc pas le sens de la vision mystérieuse prêtée, dans nos antiques légendes, au grand empereur par qui l'Europe chrétienne était fondée, lorsqu'au soir d'une journée de labeur, des bords de la

25 2 Le Temps après la Pentecôte.

mer de Frise, il contemplait la longue zone étoilée qui, partageant le ciel, semblait passer entre les Gaules, l'Allemagne et l'Italie, pour de là, traversant Gascogne, pays Basque et Navarre, gagner les terres de la lointaine Galice ? On raconte que vous-même apparûtes alors à Charles, et lui dîtes : « Ce chemin d'étoiles marque la route qui s'offre à toi pour délivrer ma tombe, et que suivront après toi tous les peuples ' . » Et Charlemagne, passant les monts, donna le signal pour la chrétienté de cette marche en avant sur les terres Sarrasines qu'on appela la Croisade; ébranlement immense, qui fut le salut aussi bien que la gloire des races latines, en rejetant la peste musulmane sur le foyer où elle avait pris naissance.

Mais quand nous venons à considérer que deux tombeaux furent, aux deux points extrêmes, les pôles voulus par Dieu de ce mouvement absolument incomparable dans l'histoire des nations : l'un qui fut celui où Dieu même se coucha dans la mort, et l'autre, ô fils de Zébédée, qui ^arde vos cendres ; comment ne point nous écrier, dans la stupéfaction du Psalmi^ste : Vos amis sont honorés jusqu'à Vexcès. 6 Dieu - ! Et du Fils de l'homme à son humble Apôtre, quelles recherches de l'amitié n'agréant d'honneurs que ceux qu'elle partage, "jusque dans l'établissement de ces Ordres hospitaliers et militaires qui, de part et d'autre, devenus la terreur du Croissant, n'eurent d'autre but à

I. PseuJo-TvRPiti. De vita Car. Magn. et Rolandi.

— 2. Psalm. cxxxvill, 17-

Mémoire de S. Christophe, Martyr. 2 53

l'origine que de recueillir et de protéger les pèlerins dans leur route vers l'un ou l'autre des saints tombeaux ! Puisse l'impulsion d'en haut, dont le retour aux grands pèlerinages catholiques est un des signes les plus heureux de nos temps, ramener aussi vers Compostelle les fils de vos clients d'autrefois ! Four nous du moins, avec notre saint Louis balbutiant encore de ses lèvres mourantes en face de Tunis la Collecte de votre fête, nous redirons en finissant : « Soyez, Seid gneur, pour votre peuple, sanctificateur et a gardien ; fortifié du secours de votre Apô(( tre Jacques, qu'il vous plaise dans ses « mœurs et vous serve d'un cœur tran« quille. »

LE nom de Christophe, dont la mémoire vient relever la solennité du fils du tonnerre, signifie porte-Christ. Christine rappelait hier aux chrétiens qu'ils doivent être la bonne odeur du Christ en tous lieux i ; Christophe nous fait souvenir que le Christ habite en effet par la foi dans nos cœurs-. On connaît le récit gracieux qui se rattache à son nom. Comme d'autres devaient se sanctifier plus tard sur la terre des Espagnes, en construisant les routes et les ponts destinés à faciliter l'accès du tombeau de saint Jaccjues aux pèlerins, Christophe, en Lycie, s'était voué pour l'amour du Christ à transporter les voyageurs sur ses fortes épaules du bord à l'autre d'un torrent redouté. « Ce que vous

I. II Cor. II, i5. — 2. Eph. m, 17.

2b4 Le Temps après la Pentecôte.

a avez fait pour le plus petit de mes frères, u c'est pour moi que vous l'avez fait, » doit dire le Seigneur au jour du jugement ». Or donc, une nuit qu'éveillé par la voix d'un enfant demandant à passer, Christophe s'était mis en devoir d'accomplir sa charité accoutumée, voilà qu'au milieu des flots qui s'agitent et semblent trembler, le géant qu^ucun poids n'avait jamais courbé, fléchit sous son fardeau devenu soudain plus pesant

3ue le monde même : « Ne sois pas étonné, it l'enfant mystérieux : tu portes Celui qui porte le monde ! » Et il disparaît, bénissant son porteur, qu'il laisse rempli de sa force divine.

Christophe fut, sous Dèce, couronné du martyre. Le secours que nos pères savaient obtenir de lui contre les orages, les démons, la peste, les accidents de toutes sortes. Ta. fait ranger parmi les Saints auxiliateurs. On plaçait a ce jour dans plusieurs lieux, sous le commun auspice de saint Christophe et de saint Jacques, la bénédiction des fruits du pommier.

PR-ESTA, quaesumus omnipotens Deus : ut, oui beaii Christophori Martyris tui nataliiia colimus . intercessione ejus in tui Nominis amore roboremur. Per Dominutn.

ACCORDEZ a notre pnere. Dieu tout-puissant, que nous, qui célébrons la naissance au ciel du bienheureux Christophe votre Martyr , soyons par son intercession fortifiés dans l'amour de votre Nom. Par Jésus-Christ notre Seigneur.

.i^^!f^A^/i^/J^/i^,^!m<i^/!^^i^^<^^^i^^

OIGNANT le sang des rois à celui des pontifes, Anne apparaît glorieuse plus encore de son incomparable descendance au milieu des filles d'Eve. La plus noble de toutes celles qui conçurent jamais en vertu du Croisse:^ et multiplie:^ des premiers jours ', à elle s'arrête, comme parvenue à son sommet, comme au seuii de Dieu, la loi de génération de toute chair; car de son fruit Dieu même doit sortir, fils uniquement ici-bas de la Vierge bénie, petit-fils à la fois d'Anne et de Joacnim.

Avant d'être favorisés de la bénédiction la plus haute qu'union humaine dût recevoir, les deux saints aïeuls du Verbe fait chair connurent l'angoisse qui purifie l'âme. Des traditions dont l'expression, mélangée de détails de moindre valeur, remonte pourtant aux origines du christianisme, nous montrent les illustres époux soumis à l'épreuve d'une stérilité prolongée, en butte à cause d'elle aux dédains de leur peuple, Joachim repoussé du temple allant cacher sa tristesse au désert, et Anne demeurée seule

236 Le Temps après la Pentecôte.

pleurant son veuvage et son humiliation. Quel exquis sentiment dans ce récit, comparable aux plus beaux que nous aient gardés les saints Livres !

« C'était le jour d'une grande fête du Seigneur. Malgré sa tristesse extrême, Anne déposa ses vêtements de deuil, et elle orna sa tête, et elle se revêtit de sa robe nuptiale. Et vers la neuvième heure, elle descendit au jardin pour s'y promener ; et voyant un laurier, elle s'assit à son ombre et répandit sa prière en présence du Seigneur Dieu, disant : a Dieu de mes pères, bénissez-moi et exau« cez mes supplications, comme vous avez *i béni Sara et lui avez donné un fils ! u

« Et levant les yeux au ciel, elle vit sur le laurier un nid de passereau, et gémissant elle dit : « Hélas ! quel sein m'a portée, pour « être ainsi malédiction en Israël ?

« A qui me comparer ? Je ne puis me « comparer aux oiseaux du ciel; car les oi« seaux sont bénis de vous, Seigneur.

« A qui me comparer ? Je ne puis me € comparer aux animaux de la terre; car « eux aussi sont féconds devant vous.

« A qui me comparer r Je ne puis me « comparer aux eaux ; car elles ne sont « point stériles en votre présence, et les « fleuves et les océans poissonneux vous « louent dans leurs soulèvements ou leur « cours paisible.

a A qui me comparer .•' Je ne puis me com« parer à la terre même; car la terre elle « aussi porte ses fruits en son temps, et elle « vous bénit, Seigneur. »

« Or voici qu'un Ange du Seigneur surSainte Anne, Mère de la B. W Marie. 2 5-]

vint, lui disant : « Anne, Dieu a exaucé ta « prière ; tu concevras et enfanteras, et « ton fruit sera célébré dans toute terre « habitée. »

« Et le temps venu, Anne mit au monde une fille, et elle dit : « Mon âme est magni« fiée à cette heure. » Et elle nomma l'enfant Marie ; et lui donnant le sein, elle entonna ce cantique au Seigneur :

« Je chanterai la louange du Seigneur « mon Dieu; car il m'a visitée, il a éloigné « de moi l'opprobre, il m'a donné un fruit « de justice. Qui annoncera aux fils de Ru« ben qu'Anne est devenue féconde ? Ecou« tez, écoutez, douze tribus : voici qu'Anne « allaite M »

La fête de Joachim, que l'Eglise a placée au Dimanche dans l'Octave de l'Assomption de sa bienheureuse fille, nous permettra de compléter bientôt l'exposé si suave d'épreuves et de joies qui furent aussi les siennes. Averti par le ciel de quitter le désert, il avait rencontré son épouse sous la porte Dorée donnant accès au temple du côté de l'Orient. Non loin, près de la piscine Probatique, où les agneaux destinés a l'autel lavaient leur blanche toison avant d'être offerts au Seigneur, s'élève aujourd'hui la basilique restaurée de Sainte-Anne, appelée primitivement Sainte-Marie de la Nativité. C'est là que, dans la sérénité du paradis, germa sur la tige de Jessé le béni rejeton salué du Prophète 2 et qui devait porter la divine fleur éclose au sein du Père avant tous les temps.

I. Protevangelium Jacobi. — 2. IsAl. xi, l.

2.^8 Le Temps après la Pentecôte.

Séphoris, patrie d'Anne, Nazareth, où vécut Marie, disputent, il est vrai, à la Ville sainte l'honneur que réclament ici pour Jérusalem d'antiques et constantes traditions. Mais nos hommages à coup sûr ne sauraient s'égarer, quand ils s'adressent en ce jour à la bienheureuse Anne, vraie terre incontestée des prodiges dont le souvenir renouvelle l'allégresse des cieux, la fureur de Satan, le triomphe du monde.

Anne, point de départ du salut, horizon qu'observaient les Prophètes, région du ciel la première empourprée des teux de l'aurore; sol béni, dont la fertilité si pure donna dès lors à croire aux Anges qu'Eden nous était rendu ! Mais dans l'auréole d'incomparable paix qui l'entoure, saluons en elle aussi la terre de victoire éclipsant tous les champs de bataille fameux : sanctuaire de l'Immaculée Conception, là fut repris par notre race humiliée le grand combat i commencé près du trône de Dieu par les célestes phalanges; là le dragon chassé des cieux vit Droyer sa tète, et Michel surpassé en gloire remit joyeux à la douce souveraine qui, dès son éveil à l'existence, se déclarait ainsi, le commandement des armées du Seigneur.

Quelle bouche humaine, si le charbon ardent ne l'a touchée 2, pourra dire l'admiratit étonnement des angéliques principautés, lorsque la sereine complaisance de la Trinité sainte, passant des brûlants Séraphins jusqu'aux derniers rangs des neuf chœurs, inclina leurs regards de feu à la contemI. Apoc. xii, 7-9. — 2. IsAi. VI. 6-7.

Sainte Anne, Mère de la B. V. Marie. 25g

platioii de la sainteté subitement éclose au sein d'Anne ? Le Psalmiste avait dit de la Cité glorieuse dont les fondations se cachent en celle qui auparavant fut stérile : Ses fondements shnt posés sur les saintes montagnes i ; et les célestes hiérarchies couronnant les pentes des collines éternelles découvrent là des hauteurs inconnues qu'elles n'atteignirent jamais, des sommets avoisinant la divinité de si près que déjà elle s'apprête à y poser son trône. Comme Moïse à la vue du buisson ardent sur Horeb, elles sont saisies d'une frayeur sainte, en reconnaissant au désert de notre monde de néant la montagne de Dieu, et comprennent que l'affliction d'Israël va cesser 2. Quoique sous le nuage qui la couvre encore, Marie, au sein d'Anne, est en effet déjà cette montagne bénie dont la base, le point de départ de grâce, dépasse le faîte des monts où les plus hautes saintetés créées trouvent leur consommation dans la gloire et l'amour.

Oh ! combien donc justement Anne, par son nom, signifie grace^ elle qui, neuf mois durant, resta le lieu des complaisances souveraines du Très-Haut, de l'extase des très purs esprits, de l'espoir de toute chair ! Sans doute ce fut Marie, la fille et non la mère, dont l'odeur si suave attira dès lors si puissamment les cieux vers nos humbles régions. Mais c'est le propre du parfum d'imprégner de lui premièrement le vase qui le garde, et, lors même qu'il en est sorti, d'y laisser sa senteur. La coutume n'est-elle pas

26 0 Le Temps après la Pentecôte du reste que ce vase lui aussi soit avec mille soins préparé d'avance, qu'on le choisisse d'autant plus pure, d'autant plus noble maticre, qu'on le relève d'autant plus riches ornements que plus exquise et plfis rare est l'essence qu'on se propose d'y laisser séjourner ? Ainsi Madeleine renfermait-elle son nard précieux dans l'albâtre *. Ne croyons pas que l'Esprit-Saint, qui préside à la composition des parfums du ciel, ait pu avoir de tout cela moins souci que les nommes. Or le rôle de la bienheureuse Anne fut loin de se borner, comme fait le vase pour le parfum, à contenir passivement le trésor du monde. C'est de sa chair que prit un corps celle en qui Dieu prit chair à son tour; c'est de son lait qu'elle -fut nourrie; c'est de sa bouche que, tout inondée qu'elle fût directement de la divine lumière, elle reçut les premières et pratiques notions de la vie. Anne eut dans l'éducation de son illustre fille la part de toute mère; non seulement, quand Marie dut quitter ses genoux, elle dirigea ses premiers pas; elle rut en toute vérité la coopératrice de l'Esprit-Saint dans La formation de cette âme et la préparation de ses incomparables destinées : jusqu'au jour où, l'œuvre parvenue à tout le développement qui relevait de sa maternité, sans retarder d'une heure, sans retour sur ellemême, elle offrit l'enfant de sa tendresse à celui qui la lui avait donnée.

Sic fingit tabernacuhim Deo^ ainsi elle crée un tabernacle à Dieu : c'était la devise

I. Marc, xiv, 3.

Sainte Anne, Mère de la B. V. Marie. 261

que portaient, autour de l'image d'Anne instruisant Marie, les jetons de l'ancienne corporation des ébénistes et des menuisiers, qui, regardant la confection des tabernacles de nos églises où Dieu daigne habiter comme son œuvre la plus haute, avait pris sainte Anne pour patronne et modèle auguste. Heureux âge que celui où ce que l'on aim.e à nommer la naïve simplicité de nos pères, atteignait si avant dans l'intelligence pratique des mystères que la stupide infatuation de leurs fils se fait gloire d'ignorer ! Les travaux du fuseau, de tissage, de couture, de broderie, les soins d'administration domestique, apanage de la /emme foi^te exaltée au livre des Proverbes *, rangèrent naturellement aussi dans ces temps les mères de famille, les maîtresses de maison, les ouvrières du vêtement, sous la protection directe de la sainte épouse de Joachim. Plus d'une fois, celles que le ciel faisait passer par l'épreuve douloureuse qui, sous le nid du passereau, avait dicté sa prière touchante, expérimentèrent la puissance d'intercession de l'heureuse mère de Marie pour attirer sur d'autres qu'elle-même la bénédiction du Seigneur Dieu,

L'Orient précéda l'Occident dans le culte public de l'aïeule du Messie. Vers le milieu du VI* siècle, Constantinople lui dédiait une église. Le Typicon de saint Sabbas ramène sa mémoire liturgique trois fois dans l'année : le 9 septem'bre, en la compagnie de Joachim son époux, au lendemain de'la Nati2(')2 Le Temps après la Pentecôte.

vite de leur illustre fille; le 9 décembre, où les Grecs, qui retardent d'un jour sur les Latins la solennité de la Conception immaculée de Notre-Dame, célèbrent cette fête sous un titre qui rappelle plus directement la part d'Anne au mystère; enfin le 25 juillet, qui, n'étant point occupé chez eux par la mémoire de saint Jacques le Majeur anticipée au 3o avril, est appelé Dormition ou mort précieuse de sainte Anne, mère de la très sainte Mère de Dieu : ce sont les expressions mêmes que le Martyrologe romain devait adopter par la suite.

Si Rome, toujours plus réservée, n'autorisa que beaucoup plus tard l'introduction dans les Eglises latines d'une fête liturgique de sainte Anne, elle n'avait point attendu cependant pour diriger de ce côté, en l'encourageant, la piété des fidèles. Dès le temps de saint Léon III i, et par le commandement exprès de l'illustre Pontife, on représentait l'histoire d'Anne et de Joachim sur les ornements sacrés destinés aux plus nobles basiliques de la Ville éternelle -. L'Ordre des Carmes, si dévot à sainte Anne, contribua puissamment, par son heureuse transmigration dans nos contrées, au développement croissant d'un culte appelé d'ailleurs comme naturellement par les progrès de la dévotion des peuples à la Mère de Dieu. Cette étroite relation des deux cultes est en effet rappelée dans les termes de la concession par laquelle, en i38i, Urbain VI donnait satisfaction aux vœux des fidèles d'Angleterre et autorisait

I. 795-816. — 2. Lib. pontif. in Léon. III.

Sainte Anne, Mère de la B. V. Marie. 263

pour ce royaume la fête de la bienheureuse Anne i. Déjà au siècle précédent, l'Eglise d'Apt en Provence était en possession de cette solennité : priorité s'expliquant chez elle par Thonneur insigne qui lui échut pour ainsi dire avec la foi, lorsque au premier âge du christianisme elle reçut en dépôt le très saint corps de l'aïeule du Messie.

Depuis que le Seigneur remonté aux cieux a voulu c|ue, comme lui, Notre-Dame j fût couronnée sans plus tarder dans la totalité de son être virginal, n'est-il pas vrai de dire que les reliques de la Mère de Marie doivent être doublement chères au monde : et comme toutes autres, en raison de la sainteté de celle dont ils sont les restes augustes; et plus qu'aucunes autres, par ce côté qui nous les montre en voisinage plus immédiat qu'aucune avec le mystère de la divine Incarnation ? Dans son abondance, rÊglise d'Apt crut pouvoir se montrer prodigue; si bien qu'il nous serait impossible d'énumérer les sanctuaires qui, soit de cette source incomparable, soit d'ailleurs pour de plus ou moins notables portions, se trouvent aujourd'hui enrichis d'une part de ces restes précieux. Nous ne pouvons omettre de nommer cependant, parmi ces lieux privilégiés, l'insigne Basilique de Saint-Paul-hors-les-Murs; dans une apparition à sainte Brigitte de Suède 2, Anne voulut confirmer elle-même l'authenticité du bras que l'église où repose le Docteur des nations, conserve d'elle comme

I. Labb. Concil. XI, p. H, col. 2o5o. — 2. Revelationes S. Birgitt-e, Lib. VI, cap. 104.

264 J^e Temps après la Pentecôte.

un des plus nobles joyaux de son opulent trésor.

Ce fut seulement en 1584, que Grégoire Xin ordonna la célébration de la fête du 26 juillet dans le monde entier, sous le rit double. C'était Léon XIII qui devait, de nos jours (1879), l'élever en même temps que celle de saint Joachim à la dignité des solennités de seconde Classe. Mais auparavant, en 1Ô22, Grégoire XV, guéri d'une grave maladie par sainte Anne, avait déjà mis sa fête au nombre des fêtes de précepte entraînant l'abstention des œuvres serviles.

Anne recevait entin ici-bas les hommages dus au rang qu'elle occupe au ciel ; elle ne tardait pas à reconnaître par des bienfaits nouveaux la louange plus solennelle qui lui venait de la terre. Dans les années 1623, 1624, 1625, au village de Keranna près Auray en Bretagne, elle se manifestait à Yves Nicolazic, et ïui faisait trouver au champ du Bocenno, qu'il tenait à ferme, l'antique statue dont la découverte allait, après mille ans d'interruption et de ruines, amener les peuples au lieu où l'avaient jadis honorée les habitants de la vieille Armorique. Les grâces sans nombre obtenues en ce lieu, devaient en effet porter leur renommée bien au delà des frontières d'une province à laquelle sa foi, digne des anciens âges, venait de mériter la faveur de l'aïeule du Messie ; Sainte-Anne d'Auray allait compter bientôt parmi les principaux pèlerinages du m^onde chrétien.

Sainte Amie, Mère de la B. V. Marie. 2O

PLUS heureuse que l'épouse d'Elcana, qui vous avait figurée par ses épreuves et son nom même 1, ô Anne, vous chantez maintenant les magnificences du Seigneur ■-'. Où est la synagogue altière qui vous imposait ses mépris"? Les descendants de la stérile sont aujourd'hui sans nombre ; et nous tous, les frères de Jésus, les enfants comme lui de Marie votre fille, c'est dans la joie qu'amenés par notre Mère, nous vous présentons avec elle nos vœux en ce jour. Quelle fête plus touchante au foyer que celle de l'aïeule, c^uand autour d'elle, comme aujourd'hui, viennent se ranger ses petitsfils dans la déférence et l'amour ! Pour tant d'infortunés qui n'eussent jamais connu ces solennités suaves, ces fêtes de famille, de jour en jour, hélas ! plus rares, où la bénédiction du paradis terrestre semble revivre en sa fraîcheur, quelle douce compensation réservait la miséricordieuse prévoyance de notre Dieu ! Il a voulu, ce Dieu très haut, tenir à nous de si près qu'il fût un de nous dans la chair; il a connu ainsi que nous les relations, les dépendances mutuelles résultant comme une loi de notre nature, ces liens d'Adam dans lesquels il avait projeté de nous prendre 3 et où il se prit le premier. Car, en élevant la nature au-dessus d'elle-même, il ne l'avait pas supprimée; il faisait seulement que la grâce, s'emparant d'elle, l'introduisît jusqu'aux cieux : en sorte qu'alliées dans le temps parleur commun auteur, naI. I Reg. I. — 2. IbU. II. — 3. Ose. xi. 4

■2'» h Le Temps après la Pentecôte.

ture et grâce demeurassent pour sa gloire unies dans l'éternité. Frères donc par la grâce de celui qui reste à jamais votre petitfils par nature, nous devons à cette disposition pleine d'amour de la divine Sagesse de n'être point, sous votre toit, des étrangers en ce jour ; vraie fête du cœur pour Jésus et Marie, cette solennité de famille est aussi la nôtre.

Donc, 6 Mère, souriez à nos chants, bénissez nos vœux. Aujourd'hui et toujours, soyez propice aux supplications qui montent vers vous de ce séjour d'épreuves. Dans leurs désirs selon Dieu, dans leurs douloureuses confidences, exaucez les épouses et les mères. Maintenez, où il en est temps encore, les traditions du foyer chrétien. Mais déjà, que de familles où "le souffle de ce siècle a passé, réduisant à néant le sérieux de la vie, débilitant la foi, ne semant qu'impuissance, lassitude, frivolité, sinon pis, à la place des fécondes et vraies joies de nos pères ! Oh ! comme le Sage, s'il revenait parmi nous, dirait haut toujours : « Qui trouvera la femme forte ^ ? » Elle seule, en effet, par son ascendant, peut encore conjurer ces maux, mais à la condition de ne point oublier où réside sa puissance; à savoir dans les plus humbles soins du ménage exercés par elle-même, le dévouement qui se dépense obscurément, veilles de nuit, prévoyance de chaque heure, travaux de la laine et du lin, jeu du fuseau: toutes ces fortes choses^ qui lui assurent confiance et louange de la part

XXXI, lo. — 2. rbiJ. i3-i8.

Sainte Anne, Mère de la R. V. Marie. 267

de répoux 1, autorité sur tous 2, abondance au foyer ^, bénédiction du pauvre assisté par ses mains *, estime de l'étranger ^, respect de ses fils ^, et pour elle-même, dans la crainte du Seigneur ", noblesse et dignité !*, beauté autant que force ^ , sagesse, douceur et contentement 10^ sérénité du dernier jour 1'.

Bienheureuse Anne, secourez la société qui se meurt par le défaut de ces vertus qui furent vôtres. Vos maternelles bontés, dont les effusions sont devenues plus fréquentes, ont accru la confiance de l'Eglise ; daignez répondre aux espérances qu'elle met en vous. Bénissez spécialement votre Bretagne fidèle ; ayez pitié de la France malheureuse, que vous avez aimée si tôt en lui confiant votre saint corps, que vous avez choisie plus tard de préférence comme le lieu toujours cher d'où vous vouliez vous manifester au monde, que naguère encore vous avez comblée en lui remettant le sanctuaire qui rappelle dans Jérusalem votre gloire et vos ineffables joies : ô vous donc qui, comme le Christ, aimez les Francs, qui dans la Gaule déchue daignez toujours voir le royaume de Marie , continuez-nous cet amour, tradition de famille pour nous si précieuse. Que votre initiative bénie vous fasse connaître par le monde à ceux de nos frères qui vous ignoreraient encore. Pour

7. Ibid. 3o. — 8. Ibid. 22-23. — 9. Ibid. 25. — 10.

Jbid. 26, 27. — II. Ibid. 25.

2()f< Le Temps après la Pentecôte.

nous qui dès longtemps avons connu votre puissance, éprouvé vos bontés, laissez-nous toujours chercher en vous, 6 Mère, repos, sécurité, force en toute épreuve ; à qui s'appuie sur vous, rien n'est à craindre ici-bas : ce que votre bras porte est bien porté.

PRÉSENTONS notre couronne liturgique à la bienheureuse Anne ; et, comme premiers en date, otfrons-lui d'abord ces accents empruntés aux Menées des Grecs.

Ex Officio vespertino.

EN splendida solemnitas et dies clara, universo mundo jucunda, venerabilis atque laudanda dormitio Annae gloriosae, ex qua prodiit Mater Vitae.

Quas prius infecunda et sterilis. primitias nostras salutis germinavit, Christum rogat ut cuiparum veniam largiatur his qui cum fide eum collaudant.

Salve, avis spiritualis, verni nuntia gratiae. Salve, ovis agnam parta, quae Agnum tollentem peccata mundi, Verbum, verbo genuit.

Salve, terra benedicta,

FÊTE solennelle, toute de lumière, allégresse du monde ! aujourd'hui dans une sainteté digne de toute louange, s'est endormie la glorieuse Anne qui donna naissance à la Mère de la Vie.

Sur la stérile et l'inféconde ont germé les prémices du salut. Elle prie le Christ d'accorder le pardon de leurs fautes à ceux qui le louent dans la foi.

Salut, messagère du prinprinSalut,

temps de la grâce brebis dont reçut vie l'agnelle en qui l'Agneau qui ôte les péchés du monde, le Verbe, d'un mot fut conçu 1 Salut, terre bénie d'où sorSainte Anne, Mère de la B. V. Marie. 26g

tit la branche qui fleurit divinement ! Ton enfantement met en fuite la stérilité, Anne en Dieu bienheureuse, aïeule du Christ Dieu, qui as mis au monde la Mère de Dieu comme un flambeau brillant: daigne avec elle intercéder pour qu'à nos âmes soit faite miséricorde grande.

Toutes créatures, venez ; sur les cymbales et le psaltérion acclamons la pieuse Anne : de ses entrailles elle engendra la Montagne de Dieu, et fut enlevée jusqu'aux célestes monts dans les tabernacles du Paradis. Disons-lui : Bienheureuses les entrailles qui portèrent en toute vérité celle qui porta en elle la lumière du monde ! Gloire au sein dont fut allaitée celle qui nourrit le Christ notre nourriture 1 Prie-le qu'il nous garde de toute attaque de l'ennemi et que nos âmes soient sauvées.

quae virgam divinitus germinantem mundo florescere fecisti. Sterilitatem tuo partu fugasti, Anna in Deo beatissima, avia Christi Dei, quaB fulgentem lucernam, Dei genitricem, edidisti: quacum intercedere digneris, ut animabus nostris magna misericordia donetur.

Venite universae creaturœ, in cymbalis psalmorum Annae pias acclamemus, quae e visceribus suis genuit divinura Montem, et ad montes spirituales ac tabernacula Paradisi est translata. Ad ipsam dicaraus: Beata alvus tua quae vere gestavit illam quas in ventre suo portavit lumen mundi ; gloriosa ubera tua, quibus lactata est ea quœ Christum , cibum vitœ nostras, aluit. Hune deprecare, ut ab omni vexatione et incursu inimici liberemur, et animas nostrae salventur.

Passant dans nos contrées occidentaîes, unissons-nous aux chants des diverses Eglises. Les Mozarabes interpréteront les sentiments de la stérile, enfin si splendidement exaucée :

J de

vous louera tout mon

i. Seigneur, lx-> onfiteb( cœur, parce |vj mine, i

OR tibi, Don toto corde

2-^0 Le Temps après la Pentecôte.

meo : quia exaudisti verba oris niei.

^. In conspectu Angelorum psallatn tibi.

f. Deus meus es tu, et confitebor tibi : Deus meus, et exaltabo te.

f^. In conspectu.

f. Gloria et honor Patri, et Filio, et Spiritui Sancio in sascuia saîculorum. Amen.

Hj. In conspectu.

que vous avez exaucé lec paroles de ma bouche,

^. En présence des Anges, je vous chanterai des psaumes.

f. Vous êtes mon Dieu, et je célébrerai vos louanges ; vous êtes mon Dieu, et je dirai vos grandeurs.

^. En présence.

t. Gloire et honneur au Père, et au Fils, et au SaintEsprit dans les siècles des siècles. Amen.

R|. En présence.

Apt dira la gloire dent en elle honorée :

la Provence est

OSPLENDOR Provinciae, nobilis mater Mariae Virginis, et Davidis filia ; avia Redemptoris, nobis opem feras

veniae beatis

ut vivamus cum

O GLOIRE de la Provence, noble Mère de la Vierge Marie, fille de David, aïeule du Rédempteur, soyez-nous secourable pour obtenir grâce et vie bienheureuse.

La Bretagne proclamera la confiance qu'elle met dans son illustre protectrice :

H.EC est Mater nobis electa a Domino, Anna sanctissima, Britonum spes et tutela : * Quam in prosperis adjutricim, in adversis auxiliatricem habemus. t. Populi sui memor

VT oici la Mère qu'a choisie pour nous le Seigneur. Anne la très sainte, des Bretons l'espérance et la garde : ' Dans la prospérité notre aide, notre secours dans l'adversité.

f. Que de son peuple touSainte Anne, Mère de la B. V. Marie. 2^ i

jours elle ait souvenir ; qu'elle sourie à ses fils sur la terre et sur l'onde. * Dans la prospérité.

Gloire au Père, et au Fils, et au Saint-Esprit. * Dans la prospérité.

Tous, avec elle, nous ferons nôtre l'Hymne suivante :

sit semper ; adsitque grata filiis suis, terra marique laborantibus. * Quam in prosperis.

Gloria Patri. et Filio, et Spiritui Sancto, * Quam in prosperis.

LUMIÈRE bienheureuse, dont les joies font tressaillir la Mère Eglise ! en ce jour elle chante Anne, l'honneur de la Judée, la Mère de Marie.

Joignant au sang des saints Rois celui de ses aïeux les Pontifes, Anne surpasse par l'éclat des vertus l'illustration d'une telle race.

Sous le regard du ciel, elle contracte une alliance bénie ; dans sa chair sainte prend vie l'astre immortel des vierges.

Merveille de la céleste grâce! au sein d'Anne sa mère, la Vierge écrase en sa conception la tête du dragon cruel.

Nantie d'un tel gage de salut, la race humaine espère enfin : au monde racheté la colombe annonce la paix qui la suit.

Soit louange au Père, ainsi qu'au Fils, et à vous, EspritLUCIS beata» gaudiis Gestit parens Ecclesia, Annamque Judaeae decus Matrem Marias concinit.

Regum piorum sanguini

Jungens Sacerdotesavos,

lUustris Anna splondidis

Vincit genus virtutibus.

Cœlo favente nexuit Vincli jugalis fœdera, Alvoque sancta condidit Sidus perenne virginum.

O mira cœli gratia ! Annae parentis in sinu Concepta Virgo conterit Seevi draconis verticem.

Tanto salutis pignore Jam sperat humanum

genus : Orbi redempto praevia Pacem columba nuntiat.

Sit laus Patri, sit Filio,

Le Temps après la Pentecôte,

Tibique Sancte Spiritus Annam pie colentibus Confer perenncm gratiam. Amen.

Saint ! Aux pieux clients d'Anne donnez la grâce éternelle.

Amen.

Milan, dans son Missel ambrosien, conclura par ces belles formules de louange et de prière au Seigneur :

Î TERNE Deus : c}ui beatam Annam singulari tuae gratiae privilégie sublimasti. Cui des i d e r a t ae fœcunditatis munus raagnificum. et excellens adeo contulisti ; ut ex ipsa \'irgo virginum, Maria, Angelorum Domina, Regina mundi, maris Stella. Mater Filii tui Dei et hominis nasceretur. Et ideocum Angelis. .

IL est digne de vous rendre grâces, Dieu éternel, qui avez par un privilège singulier de votre grâce exalté la bienheureuse Anne. A son désir^ de fécondité vous répondîtes par un don magnifique et dépassant tout, faisant que d'elle naquît Marie, Vierge de» vierges, souveraine des Anges, Reine du

Etoile de

rai

monde, utoiie ae la mer, Mère de votre Fils Dieu et homme. C'est pourquoi donc, avec les Anges.

OMNIPOTENS, sempiterne Deus, qui beatam Annam. diuturna sterilitate afBictam. gloriosae prolis foetu tua gratia fœcundasti ; da , quaesumus : ut. pro nobis apud te intervenientibus ejus meritis, efficiamur sincera fide fœcundi, et salutiferis operibus fructuosi. Per Dominum.

DIEU tout-puissant, éternel, qui par votre grâce avez, après l'épreuve d'une longue stérilité, rendu féconde d'un fruit glorieux la bienheureuse Anne ; faites, nous vous en supplions, que, par l'appui de ses mérites auprès de vous, nous obtenions la fécondité d'une foi pure et produisions les fruits du salut dans nos œuvres. Par Jésus-Christ.

'Orient célèbre aujourd'hui un de ses grands martyrs. Médecin des corps et conquérant des âmes, son nom qui indiquait la force du lion fut, au moment où il allait mourir, changé par le ciel en celui de Pantéléèmon ou tout miséricordieux : présage des biens que la gratuite libéralité du Seigneur se proposait de répandre par lui sur la terre. Les diverses translations et le partage de ses restes précieux dans notre Occident, y propagèrent son culte et sa renommée secourable, qui le fit ranger parmi les Saints auxiliateurs.

PANTALÉON, noble médecin de Nicomédie, fut instruit f)ar le prêtre Hermolaûs dans a foi de Jésus-Christ. Ayant reçu le baptême, il ne tarda pas de persuader à Eustorgius son père de se faire aussi chrétien. Puis il se mit à prêcher librement dans Nicomédie la doctrine du Seigneur, exhortant tout le monde à l'embrasser. C'était sous l'empire de Dioclétien. On le tortura sur le chevalet, on appliqua des lames ardentes sur son corps ; il supporta toute

PANTALEON N i c o m ediensis, nobilis medicus, ab Hermolao Presbytère in Jesu Christi fide erudifus, baptizatus est : qui mox patri Eustorgio persuasit, ut Christianus fieret. Quare cum Nicomediae postea Christi Domini fidem libère praedicaret, et ad ejus doctrinam omnes cohortaretur, Diocletiano imperatore equuleo tortus, et admotis ad ejus corpus laminis candentibus, cru2-4 i-s Temps après la Pentecôte.

ciatus est : quam tormentorum vim œquo et forti animo ferens, ad extremum eladio percussus. martyni coronara adeptus est.

la violence des tourments d'une ame forte et tranquille ; enfin il fut frappé du glaive, et conquit ainsi la couronne du martyre.

Qu\' a-t-il de plus fort que le lion, de plus doux que le miel ' ? Plus grand que Samson, vous avez dans votre personne même, ô Martyr, posé et résolu l'énigme: du fort est sortie la douceur -, O lion "qui marchiez si intrépidement à la suite du Lion de Juda, vous sûtes aussi imiter sa mansuétude ineffable ; et, comme il mérita d'être appelé YAgneau à jamais, ainsi voulut-il que sa miséricorde resplendît dans le nom éternel par lequel, transformant votre nom de la terre, il vous appelait au festin des cieux. Pour l'honneur de celui qui en ht votre titre de gloire, justihez-le toujours plus. Soyez propice à ceux qui vous implorent, aux malheureux qu'une triste consomption rapproche chaque jour des portes du tombeau, aux médecins qui comme vous se dépensent dans les soins donnés à leurs frères : aidez-les à soulager la souffrance physique, à guérir les corps ; montrez-leur à panser mieux encore les plaies morales, à conduire Tàme au salut.

cttA CviA C^ CXiJi. CXU. ftlA CXtX Ctî>. CtlA CtiA fti^l CtiA

LA gloire de l'Eglise de Milan, Nazaire ei Celse apparaissent au Cycle en ce jour. Oubliés trois siècles dans l'obscurité de la tombe qui, au temps de Néron, avait caché leurs dépouilles sacrées, ils reçoivent maintenant les hommages de l'Orient et de l'Occident réunis dans leur culte. Neuf ans s'étaient écoulés depuis la journée triomphale où, non moins ignorés de la ville témoin jadis de leurs combats, Gervais et Protais étaient venus, comme d'eux-mêmes, se ranger près d'un illustre Pontife attaqué pour la divine consubstantialité du même Christ qui avait eu leur amour et leur foi. Ambroise, que le martyre fuyait, mais qu'aimaient les Martyrs, était près de recevoir la blanche couronne réservée à ses œuvres saintes, quand le ciel lui révéla le nouveau trésor dont la découverte allait, une fois de plus, « illustrer les temps de son épiscopat i. » Théodose n'était plus ; Ambroise allait mourir ;

2j6 Le Temps après la Pentecôte.

partout déjà les Barbares se montraient. Mais comme si, avec la menace de la destruction imminente de l'ancien monde, l'heure de la première résurrection dont parle saint Jean eût sonné, les Martyrs se levaient de leurs tombes, et ils allaient régner mille ans avec le Christ sur un monde renouvelé *. Elle est tombée, elle est tombée la grande Babylone qui abreuvait tous les peuples du vin de sa fornication, et dans laquelle s'est trouvé tout le sang des saints qui furent tués sur la terre -. Le grand Pape saint Innocent Ie% dont la mémoire semble venir aujourd'hui compléter tout exprès celle des Martyrs, n'est-il pas là pour rendre en effet témoignage du cataclysme dans lequel, aux jours de son pontificat, Rome païenne périt enfin et fit place entière à la Jérusalem nouvelle descendue des cieux ^ ? Pas plus que l'antique Sion, la Rome des Césars ne s'était rendue aux avances du Dieu qui pouvait seul répondre à ses espérances d'immortalité. Depuis même le triomphe de la Croix sous Constantin, aucune ville de l'empire n'était restée si opiniâtrement éprise des idoles aux pieds desquelles avait coulé par sa criminelle folie, tant qu'elle était demeurée libre, le sang généreux qui aurait pu renouveler sa jeunesse. Après pourtant la défaite de ses vains simulacres, la patience divine s'était résolue de l'attendre un siècle entier, dont les dix dernières années ne furent qu'une suite de menaces salutaires et d'inI Apoc. XX, 1-7. — 2. Ibid. XIV, 8 ; xviii, 2. 24.

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