L'Année liturgique — Le Temps après la Pentecôte (t. 10-15) (page 41)

Dom Prosper Guéranger · Vie de piété

Texte français, domaine public · Source : archive.org — L'Année liturgique t. 10-15, éd. 1911 (OCR) · 70 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

2. Jbid.xxi.

SS. Na:^aire, Celse, Victor et Innocent. 27 j

terventions miséricordieuses, où se montrait ce Christ qu'elle s'obstinait à repousser. Or les marches et contre-marches des Goths, alliés la veille, ennemis le lendemain, promenant l'anarchie, furent l'occasion pour elle de revenir aux superstitions que les empereurs chrétiens ne toléraient plus ; et l'on vit sa sénile démence sourire à la liberté que le siège mis par Alaric devant ses murs rendait aux aruspices toscans, venus à son secours, d'y rétablir le culte des dieux. Le réveil fut terrible, lorsqu'au matin du 24 août 410, le vrai Dieu des armées prit sa revanche enfin, et qu'on vit la foudre, tandis que les Barbares massacraient et pillaient, mettre en feu la ville et pulvériser les statues dans lesquelles si longtemps elle avait mis sa confiance et sa gloire.

Les justiciers de Dieu, renversant Babylone, avaient respecté la tombe des deux fondateurs de la Rome éternelle. Sur ces fondements apostoliques , Innocent reprit en sous-œuvre l'édification de la cité sainte. Bientôt, sur les sept collines purifiées par le • feu, elle reparaissait plus éclatante que jamais comme le foyer prédestiné du monde des intelligences. C'est en l'année 417, dernière du pontificat d'Innocent, que retentissait dans l'Eglise l'acclamation d'Augustin à la condamnation portée contre l'hérésie péiagienne : « Des lettres de Rome sont arrivées ; la cause est finie '. »

Les conciles de Carthage et de Milève qui, dans la circonstance, avaient sollicité du

I. AuG. Sermo cxxxi, De verbis Apost. 11.

2j8 Le Temps après la Pentecôte.

Siège apostolique la confirmation de leurs décrets, ne faisaient en cela, du reste, que reprendre la tradition ininterrompue des Eglises à l'égard de la suréminente principauté 1 recon'nue par toutes à leur Maîtresse et Mère. C'est ce qu'atteste éloquemment le saint Pape Victor, associé aux Martyrs dans la Liturgie de ce jour. Son grand nom nous rappelle en etïet les conciles qui, par son ordre, se tinrent au second siècle dans l'Eglise entière au sujet de la Pâque ; la condamnation exécutée ou projetée par lui contre les Eglises d'Asie, sans que personne méconnût le droit qu'il avait de la prononcer ; enlin les anathèmes incontestés dont il frappa Montan et les précurseurs d'Arius.

Lisons les lignes consacrées dans l'Office d'aujourd"nui à nos quatre Saints.

NAZARius. a beato Lino Papa baptizatus, cum in Galliam profectus esset, ibi Celsum puerum, a se christianis praeceptis priiis instructum, baptiîavit : qui una Trevirim euntes. Neronis persecutione in mare uterque dejicitur, iinde mirabiliter e vase r u n t. Postea Mediolanum venientes. cum ibi Christi fidem disseminarent, ab Anolino prasfecto, constantissime C h r i s t u m Deum confitentes, capite

NAZAIRE fut baptisé par le bienheureux Pape Linus. Etant passé en Gaule, il y baptisa lui-même Celse, qui était encore un enfant, après l'avoir instruit du christianisme. Ensemble ils allèrent à Trêves ; la persécution de Néron qui sévissait les fît jeter tous deux à la mer. Sauvés par un miracle, ils vinrent à Milan et y répandirent la foi du Christ ; en suite de quoi le préfet Anolinus. ne pouvant triompher de leur constance à confesser le Christ comme Dieu, proSS. Na;(aire, Celse, Victor et Innocent. 2 7 g

nonça contre eux une sentence capitale. Leurs corps furent ensevelis hors de la porte Romaine. Restés longtemps ignorés, leur existence fut révélée par Dieu à saint Ambroise, qui les trouva couverts d'un sang aussi vermeil que s'ils venaient de souffrir le martyre ; transportés dans la ville, on leur donna un tombeau digne d'eux.

VCTOR, né en Afrique, gouverna l'Eglise au temps de l'empereur Sévère. Il confirma le décret de Pie I"' sur la célébration de la Pàque au Dimanche ; des conciles furent tenus dans beaucoup de lieux pour faire entrer cette règle dans les mœurs ; et enfin le premier concile de Nicée établit que la solennité pascale aurait lieu après le quatorzième jour de la lune, de peur que les Chrétiens ne parussent imiter les Juifs. Victor statua qu'en cas de nécessité on pourrait être baptisé avec n'importe quelle eau. pourvu qu'elle fût naturelle. Il chassa de l'Eglise Théodote le Corroyeur, de Byzance, qui enseignait que le Christ n'avait été qu'un homme. Il écrivit sur la question de la Pâque, et quelques autres opuscules. En deux ordinations au mois de décembre il créa quatre prêtres, sept diacres, et douze évêques

plectuntur : quorum corpora extra portam Romanam sepulta sunt. Quse cum diu latuissent, Dei monitu a beato Ambrosio conspersa recenti sanguine sunt inventa, tamquam si paulo ante martyrium passi essent : unde in urbem translata, honorifico sepulcro contecta sunt.

VICTOR in Africa natus, Severo imperatore, rexit Ecclesiam. Confirmavit decretum Pii Primi, ut sacrum Pascha die Dorainico celebraretur : qui ritus ut postea in mores induceretur, habita sunt multis in locis Concilia : et in Nicœna denique prima Synodo sancitum est, ut Paschae dies festus post quartamdecimam lunam ageretur, ne Christiani Judsos imitari viderentur. Statuit, ut quavis aqua, modo naturali, si nécessitas cogeret, quicumque baptizari posset. Theodotum Coriarium Byzantinum docentem Christum tantummodo hominem fuisse, ejecit ex Ecclesia. Scripsit de quaestione Paschae. et alia quaedam opuscula. Creavit duabus Ordinationibus mense decembri

2 8o Le Temps après la Pentecôte.

Presbyteros quatuor, Diaconos septem, Episcopos per diversa loca duodecim.Martyrio coronatus, sepelitiir in V^aticano, quinto calendas augusti. Sedit annos novem, mensem unutn, dies viginii octo.

1NNOCENTIUS Albanensis, sancti Hieronymi et Augustin! «tate floruit : de quo ille ad Demetriadem virginem : Sancti Innocentii, qui Apostolicae Cathedrae, et beatas memorias Anastasii successor et filius est, teneas|fidem, nec peregrinam, quamvis tioi prudens, callidaque videris, doctrinam recipias. Eum tamquam jusîum Lot subtractum Dei providentia ad Ravennam servatum fuisse, scribit Orosius, ne Romani populi videret excidium. Is, Pelagio et Coelestio damnatis, contra eorura hseresimdecre- I tum fecit, ut parvuli ex christiana etiam muliere nati. per baptismum renasci deberent ; ut in eis regeneratione mundetur, quod generatione contraxerunt. Probavit etiam, ut Sabbatoob memoriam Christi Domini sepultuT3Ë jejunium servaretur. Sedit annos quindecim,

pour divers lieux. Couronné du martyre, on l'ensevelit au Vatican, le cinq des calendes d'août. Il avait siégé neuf ans, un mois et vingt-huit jours,

INNOCENT, originaire d'Albano, vécut au temps de saint Jérôme et de saint Augustin. C'est de lui que Jérôme disait à la Vierge Démetriade : Gardez la foi de saint Innocent, fils et successeur d'Anastase de bienheureuse mémoire en la Chaire Apostolique ; ne recevez aucune doctrine étrangère, si prudente et habile que vous croyez être. Comme le juste Loth, écrit Orose, la providence de Dieu, pour lui épargner la vue de la ruine du peuple Romain, le retira de Kome et le mit en sûreté dans Ravenne. Après avoir condamné Pelage et Célestius, il décréta expressément, a l'en» contre de leur hérésie, que les enfants même nés d'une chrétienne devaient renaître par le baptême, afin que cette nouvelle naissance purifiât en eux la souillure de la première. 11 approuva aussi qu'on jeûnât le samedi, en souvenir de la sépulturj de notre Seigneur. Il siégea quinze ans, un mois et dix jours. En quatre ordiSS. Na^aire, Celse, Victor et Lvwcent. 2S.

nations au mois de décembre, il créa trente prêtres, quinze diacres, et cinquante-quatre évéques pour divers lieux. On lensevelit au cimetière nommé aJ Ursum Pileatum.

mensem unum. dies decem. Quatuor Ordinationibus mense decerabri creavit Presbytères triginta, Diaconos quindecim, Episcopos per diversa loca quinquaginta quatuor. Sepultus est in cœmeterio ad Ursum Pileatum.

GLORIEUX élus qui, soit par l'effusion de votre sang dans l'arène, soit par les décrets rendus sur le Siège apostolique, avez exalté la foi du Seigneur, bénissez nos prières. Donnez-nous de comprendre l'enseignement qui résulte pour nous de votre rencontre au Cycle sacré. Ni martyrs, ni pontifes, nous pouvons mériter pourtant d'être associés à votre gloire ; car le motif qui explique votre commun rendez-vous dans la béatitude en ce jour, doit être aussi pour chacun de nous, à des degrés divers, la raison du salut : dans le Christ Jésus, rien ne vaut, dit l'Apôtre, que la foi qui opère par la charité 1 ; c'est uniquement de cette foi, pour laquelle vous avez travaillé ou souffert, que nous aussi espérons la justice - et attendons la couronne 3.

Nazaire, qui aviez tout quitté pour annoncer le Christ aux contrées qui ne le connaissaient pas ; Celse qui, tout enfant, ne craignîtes point de sacrifier comme lui au Seigneur Jésus votre famille, votre pays, votre vie même : obtenez-nous l'estime du trésor

I. Gai. V, 6. — 2. Ibid. 5. — 3. II Tim iv, 8.

2S2 Le Temps après la Pentecôte.

que tout fidèle est appelé à faire valoir par la confession des œuvres et de la louange. Victor, gardien jaloux des traditions de cette divine louange en ce qui regarde le jour de la solennité des solennités, vengeur de l'Homme-Dieu dans sa nature divine ; Innocent, oracle incorruptible de la grâce du Christ Sauveur, témoin aussi de ses inexorables justices : apprenez-nous et la confiance et la crainte, et la rectitude de la croyance et la susceptibilité qui sied au chrétien en ce qui touche cette foi, fondement unique pour lui de la justice et de l'amour. Martyrs et Pontifes, ensemble attirez-nous par la voie droite qui mène au ciel.

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A.DELEINE, cette fois, avait été la première au-devant du Seigneur. Huit jours à peine étaient écoulés depuis son glorieux passage, que rendant à sa sœur le bon office qu'elle en reçut autrefois 1, elle venait lui dire à son tour: « Le « bien-aimé est là, et il t'appelle. » Et Jésus, prenant les devants, paraissait lui-même : (( Viens, disait-il, mon hôtesse; viens de « l'exil, tu seras couronnée '^ . » Hôtesse du Seigneur, tel sera donc au ciel comme icibas le nom de Marthe et son titre de noblesse éternel.

« En quelque ville ou village que vous « entriez, disait l'Homme-Dieu à ses disci« pies, informez-vous qui en est digne, et àe« meurez chez lui >\ o Or, raconte saint Luc, il arriva que comme ils marchaient, luimême entra en un certain village, et une femme nommée Marthe le reçut dans sa maison ^. Où chercher plus bel éloge, où trouver plus sûre louange de la sœur de Madeleine, que dans le rapprochement de ces deux textes du saint Evangile ? Ce certain lieu où elle fut, comme en étant

1. JoHAN. XI, 28. — 2. Raban. DevitaB. M. Magd. et

S. Marthae, xLVii. — 3. Matth. x, i i. —4. Luc. x, 38.

2S4 Le Temps après la Pentecôte.

digne, élue par Jésus pour lui donner asile, ce village, dit saint Bernard *, est notre humble terre, perdue comme une bourgade obscure dans l'immensité des possessions du Seigneur 2. Le Fils de Dieu, parti des cieux, f'aisait route à la recherche de la brebis perdue, guidé par l'amour 3, Sous le déguisement de notre chair de péché ^, il était venu dans ce monde qui était son œuvre, et le monde ne l'avait point connu ^ ; Israël, son peuple, n'avait pas eu pour lui, même une pierre où il pût reposer sa tête 6, et l'avait laissé dans sa soif mendier l'eau des Samaritains ". Nous, ses rachetés de la gentilité, qu'à travers reniements et fatigues il poursuivait ainsi, n'est-il pas vrai que sa gratitude doit être aussi la nôtre pour celle qui, bravant l'impopularité du moment, la persécution de l'avenir, voulut solder envers lui notre dette à tous ?

Gloire donc à la fille de Sion, descendante des rois, qui, fidèle aux traditions d'hospitalité des patriarches ses premiers pères, fut bénie plus qu'eux dans l'exercice de cette noble vertu ! Plus ou moins obscurément encore, ils savaient pourtant, ces ancêtres de notre foi, que le désiré d'Israël et l'attente des nations devait paraître en voyageur et en étranger sur la terre ^. Aussi, eux-mêmes pèlerins d'une patrie meilI. Bern. Sermo II in Assumpt. B. M. V. — 2. BaRUCH.ui, 24-25. — 3. Psalm. xviii; Matth. xviii, 12. —

20. — 7- JoHAN. IV, 6, 7. — 8. Jerem. XIV, 8, 9.

Sainte Marthe, Vierge. 2 85

feure, sans demeure fixe ', ils honoraient le Sauveur futur en tout inconnu se présentant sous leur tente - ; comme nous leurs fils dans la foi des mêmes promesses, accomplies maintenant, vénérons le Christ dans rhôte que sa bonté nous envoie 3. Pour eux comme pour nous, cette relation qui leur était montrée entre Celui qui devait venir et l'étranger cherchant un asile, faisait de l'hospitalité, fille du ciel, une des plus augustes suivantes de la divine charité. Plus ^d'une fois, la visite d'Anges se prêtant sous des traits humains aux bons offices de leur zèle, manifesta en effet la complaisance qu'y prenaient les cieux ^. Mais s'il convient d'estimer à leur prix ces célestes prévenances dont notre terre n'était point digne, combien pourtant s'élève plus haut le privilège de Marthe, vraie dame et princesse de la sainte hospitalité, depuis qu'elle en a placé l'étendard au sommet vers lequel convergèrent tous les siècles de l'attente et ceux qui suivirent !

S'il fut grand d'honorer le Christ, avant sa venue, dans ceux qui de près ou de loin étaient ses figures; si Jésus promet l'éternelle récompense à quiconque, depuis qu'il n'est plus avec nous 3, l'abrite et le sert en ses membres mystiques : celle-là est plus grande et mérita plus, qui reçut en personne Celui dont le simple souvenir ou la pensée donne à la vertu dans tous les temps mérite

I. Heb. XI, 8-i6. — 2. Gen. xviii, i-5 ; xxni, 6 ;

XXVI, 28. — 3. Matth. XXV, 35, 40 ; Reg. S. P. BeneDiCTi, LUI. — 4. Heb. XIII, 2. — 5. Marc, xiv, 7.

2 86 Le Temps après la Pentecôte et grandeur. Et de même que Jean l'emporte sur tous les Prophètes ', pour avoir montré présent le Messie qu'ils annonçaient à distance ; ainsi le privilège de Marthe, tirant son excellence de la propre et directe excellence du \'erbe de Dieu qu'elle secourut dans la chair même qu'il avait prise pour nous sauver, établit la sœur de Madeleine audessus de tous ceux qui pratiquèrent jamais les oeuvres de miséricorde.

Si donc Madeleine aux pieds du Seigneur garde pour elle la meilleure part 2, ne croyons pas que celle de Marthe doive être méprisée. Le corps est un, mais il a plusieurs membres, et tous ces membres n'ont pas le même rôle ; ainsi l'emploi de chacun dans le Christ est différent selon la grâce qu'il a reçue, soit pour prophétiser, soit pour servir •^. Et l'Apôtre, exposant cette diversité de l'appel divin : « Par la grâce qui m'a été donnée, disait-il, je recommande à tous ceux qui sont parmi vous de ne point être sage plus qu'il ne convient d'être sage, mais de se tenir à la mesure du don que Ùieu départit à chacun dans la foi •^ ». O discrétion, gardienne de la doctrine autant que mère Ses vertus ^, que de pertes dans les âmes, que de naufrages parfois, vous feriez éviter!

« Quiconque, dit saint Grégoire avec son sens si juste toujours, quiconque s'est donné entièrement à Dieu, doit avoir soin de ne pas se répandre seulement dans les œuvres, et tendre aussi aux sommets de la contemI Luc. VII, 28. — 2. Ihid. X, 42. — 3. Rom. xn, 4-7. — 4. IbiJ. 3. — 5. Reg. s. p. Benedicti, lxiv.

Sainte Marthe, Vierge. 2 8 y

plation. Cependant il importe extrêmement ici de savoir qu'il y a une grande variété de tempéraments spirituels. Tel qui pouvait vaquer paisible à la contemplation de Dieu, tombera écrasé sous les œuvres ; tel que l'usuelle occupation des humains eût gardé dans une vie honnête, se blesse mortellement au glaive d'une contemplation qui dépasse ses forces : ou faute de l'amour qui empêche le repos de tourner en torpeur, ou faute de la crainte qui garde des illusions de l'orgueil et des sens. L'homme qui désire être parfait doit à cause de cela s'exercer dans la plaine d'abord, à la pratique des vertus, pour monter plus sûrement aux hauteurs, laissant en bas toute impulsion des sens qui ne peuvent qu'égarer les recherches de l'esprit, toute image dont les contours ne sauraient s'adapter à la lumière sans contours qu'il désire voir. A l'action donc le premier temps, à la contemplation le dernier. L'Evangile loue Marie, mais xMarthe' n'y est point blâmée, parce que grands sont les mérites de la vie active, quo'ique meilleurs ceux de la contemplation 1. »

Et si nous voulons pénétrer plus avant le mystère des deux sœurs, observons que, bien que Marie soit la préférée, ce n'est pourtant point dans sa maison, ni dans celle de Lazare leur frère, mais dans la maison de Marthe, que l'Homme-Dieu nous est montré faisant séjour ici-bas avec ceux qu'il aime. Jésus, dit saint Jean, aimait Marthe, et sa sœur Marie et La:{are ^ : Lazare, figure des péni1. Moral, in Job. v, 26, passim. — 2. Johan. xi, 5

2SS Le Temps après la Pentecôte.

tents que sa miséricordieuse toute-puissance appelle chaque jour de la mort du péché à la vie divine ; Marie, s'adonnant dès ce monde aux mœurs de l'éternité ; Marthe entin, nommée ici la première comme l'aînée de son frère et de sa sœur, la première en date mystiquement selon ce que disait saint Grégoire, mais aussi comme celle de qui l'un et l'autre dépendent en cette demeure dont l'administration est remise à ses soins. Qui ne reconnaîtrait là le type parfait de l'Eglise, où, dans le dévouement d'un fraternel amour sous l'œil du Père qui est aux cieux, le ministère actif tient la préséance de gouvernement sur tous ceux que la grâce amène à Jésus ? Qui ne comprendrait aussi les préférences du Fils de Dieu pour cette maison bénie ? l'hospitalité qu'il y recevait, toute dévouée qu'elle fût, le reposait moins de sa route laborieuse que la vue si achevée déjà des traits de cette Eglise qui l'avait attiré du ciel en terre.

Marthe par avance avait donc compris que quiconque a la primauté doit être le serviteur : comme le Fils de l'homme est venu non pour être servi, mais pour servir ' ; comme plus tard le \^icaire de Jésus, le prince des prélats de la sainte Eglise, s'appellera Serviteur des serviteurs de Dieu. Mais en servant Jésus, comme elle servait avec lui et pour lui son frère et sa sœur, qui pourrait douter que plus que personne elle entrait en part des promesses de cet Homme-Dieu, lorsqu'il disait : « Qui me sert

I. Matth. XX, 26-28.

Sainte Marthe, Vierge. 28g

me suit ; et où je serai, là aussi sera mon serviteur ; et mon Père l'honorera 1. » Et cette règle si belle de l'hospitalité antique, qui créait entre l'hôte et l'étranger admis une fois à son foyer des liens égaux à ceux du sang, croyons-nous que dans la circonstance l'Emmanuel ait pu n'en pas tenir compte, lorsqu'au contraire son Evangéliste nous dit qu' « à tous ceux qui le reçurent il a donné le pouvoir d'être faits enfants de Dieu 2 ». C'est qu'en effet « quiconque le « reçoit, déclare-t-il lui-même, ne reçoit « pas lui seulement, mais le Père qui l'en« voie 3 ».

La paix promise à toute maison qui se montrerait digne de recevoir les envoyés du ciel ^, la paix qui ne va point sans l'Esprit d'adoption des enfants ^, s'était reposée sur Marthe avec une incomparable abondance. L'exubérance trop humaine qui d'abord s'était laissée voir dans sa sollicitude empressée, avait été pour l'Homme-Dieu l'occasion de montrer sa divine jalousie pour la perfection de cette âme si dévouée et si pure ^. Au contact sacré, la vive nature de l'hôtesse du Roi pacifique dépouilla ce qu'il lui restait de fébrile inquiétude ; et servante plus active que jamais, plus agréée qu'aucune autre ", elle puisa dans sa foi ardente au Christ Fils du Dieu vivant * l'intelligence de l'unique nécessaire et de la meilleure part " qui devait

i. JoHAN. xn. 26. — 2. Ibid. I, 12. — 3 Marc, ix,

2 go Le Temps après la Pentecôte.

un jour être aussi la sienne. Oh lequel maître de la vie spirituelle, quel modèle ici Jésus n'est-il pas de discrète fermeté, de patiente douceur, de sagesse du ciel dans la conduite des âmes aux sommets ' !

Jusqu'à la fin de sa carrière mortelle, selon le conseil de stabilité que lui-même il donnait aux siens '-, l'Homme-Dieu resta fidèle à l'hospitalité de Béthanie: c'est de là qu'il partit pour sauver le monde en sa douloureuse Passion ; c'est de Béthanie encore que, quittant le monde, il voulut remonter dans les cieux 3. Alors cette demeure, paradis de la terre, qui avait abrité Dieu, la divine Mère, le collège entier des Apôtres, parut bien vide à ceux qui l'habitaient. L'Eglise tout à l'heure nous dira par quelles voies, toutes d'amour pour nous Gentils, l'Esprit de la Pentecôte transporta dans la terre des Gaules la famille bénie des amis de l'HommeDieu.

Sur les rives du Rhône, Marthe restée la même apparut comme une mère, compatissant à toutes misères, s'épuisant en bienfaits. Jamais sans pauvres, dit l'ancien historien des deux sœurs, elle les nourrissait avec une tendre sollicitude des mets que le ciel fournissait abondamment à sa charité, n'oubliant qu'elle-même, ne se réservant que des herbes ; et en mémoire du glorieux passé, comme elle avait servi le Chef de l'Eglise en sa propre personne, elle le servait maintenant dans ses membres, toujours aimable pour tous, affable à chacun. Cependant les

I. JOHAN. XI. — 2. Luc. X, 7. — 3. IbiM, XXIV, 5o,

Sainte Marthe, Vierge. 2g i

pratiques d'une effrayante pénitence étaient ses délices. Mille fois martyre , de toutes les puissances de son âme Marthe la très sainte aspirait aux cieux. Son esprit, perdu en Dieu, s'absorbait dans la prière et y passait les nuits. Infatigablement prosternée, elle adorait régnant au ciel Celui qu'elle avait vu sans gloire en sa maison. Souvent aussi elle parcourait les villes et les bourgs, annonçant aux peuples le Christ Sauveur'.

Avignon et d'autres villes de la province Viennoise l'eurent pour apôtre. Tarascon fut par elle délivré de l'ancien serpent 2, qui sous une forme monstrueuse perdait les corps comme au dedans il tyrannisait les âmes. Ce fut là qu'au milieu d'une communauté de vierges qu'elle avait fondée, elle entendit le Seigneur l'appeler en retour de son hospitalité d'autrefois à celle des cieux. C'est là qu'aujourd'hui encore elle repose, protégeant son peuple de Provence, accueillant en souvenir de Jésus l'étranger. La paix des bienheureux qui respire en sa noble image, pénètre le pèlerin admis à baiser ses pieds apostoliques ; et en remontant les degrés de la crypte sacrée pour reprendre sa route dans cette vallée d'exil, il garde, comme un parfum de la patrie, le souvenir de l'unique et touchante épitaphe : Sollicita non turbaTUR ; fé/ée toujours, elle n'est plus troublée.

MARTHE, née de parents 1 \» artha nobilibus et nobles et riches, fut IVl copiosis parentibus plus illustre encore par l'hos- | nata, sed Christi Domini

I. Raban. De vita B. M. Magd. et S. Marlhae, xli.

2g2 Le Temps après la Pentecôte,

hospiiio clarior, post ejus ascensum in ccelum, cum fratre, sorore, et Marcella pedissequa, ac Maximino, uno ex septuaginta duobus discipulis Christi Domini, qui totam illam domum baptizaverat, multisque aliis christianis. comprehensa a Judaeis, in navem sine vélo ac remigio imponitur, vastissimoque mari ad certum naufragiiim committitur : sed navis, Deo gubernante, salvis omnibus Massiliam appulsa est.

Eo miraculo, et horum praïdicatione, primum Massilienses, mox Aquenses, ac finitimae gentes in Christum crediderunt : Lazarusque Massiliensium, et Maximinus Aquensium episcopus creatur. Magdalena vero assueta orationi et pedibus Domini, ut optima parte contemplandae cœlestis beatitudinis, quam elegerat, frueretur, in vastam altissimi montis speluncam se contulit : ubi triginta annos vixit, ab omni hominum consuetudine disjuncta, quotidieque per id tempus ad audiendas cœlestium laudes in altum ab Angelis elata.

pitalité du Christ Seigneur. Après son ascension au ciel, elle fut saisie par les Juifs avec son frère, sa sœur, Marcelle sa suivante, Maximin l'un des soixante-douze disciples, qui avait baptisé toute cette maison. En leur compagnie et celle de beaucoup d'autres chrétiens, elle fut jetée sur la vaste mer, dans un vaisseau sans voiles et sans rames, au-devant d'un naufrage certain ; mais sous la conduite de Dieu, tous sains et saufs, le navire aborda à Marseille.

CE miracle et leur prédication amenèrent à croire au Christ les Marseillais d'abord, puis les habitants d'Aix et les nations limitrophes. Lazare fut fait évêque de Marseille, Maximin d'Aix. Madeleine, habituée à l'craison et aux pieds du Seigneur, se retira dans la grotte déserte d'une montagne très élevée, pour y jouir de la meilleure part quelle avait choisie, dans la contemplation de la céleste béatitude; là elle vécut trente ans, séparée de tout commerce des hommes, et tous les jours durant ce temps transportée par les Anges dans les hauteurs pour y entendre les chants des habitants des cieux.

Sainte Marthe, Vierge.

2g3

POUR Marthe, son admirable charité et sainteté dévie lui gagna l'admiration et l'amour de tous les habitants de Marseille. Elle se retira avec plusieurs vertueuses femmes dans un lieu éloigné des hommes, où elle vécut longtemps en grande renommée de piété et de prudence. Enfin, glorifiée par ses miracles, ayant longtemps à l'avance prédit sa mort, elle passa au Seigneur le quatre des calendes d août. Son corps repose à Tarascon en grande vénération.

MARTHA autem, mirabili vitae sanctitate et charitate, omnium Massiliensium animis in sui amorem et admirationem adductis, in locum a viris remotum cum aliquot honestissimis feminis se recepit : ubi summa cum laude pietatis et prudentiae diu vixit : ac demum, morte sua multo ante prœdicta, miraculis clara migravit ad Dominum, quarto calendas augusti. Cujus corpus apud Tarascum magnam habet venerationem.

ENTRÉE pour jamais comme Madeleine en possession de la meilleure part, votre place, ô Marthe, est belle dans les cieux Car celui qui sert dignement s'acquiert un rang élevé, dit saint Paul, et sa confiance est grande à juste titre dans la foi du Christ Jésus 1 : le service que les diacres dont parlait l'Apôtre accomplissent pour l'Eglise, vous l'avez accompli pour son Chef et son Epoux ; vous avez bien gouverné votre maison 2, qui était la figure de cette Eglise aimée du Fils de Dieu. Or, assure encore le Docteur des nations, « Dieu n'est point injuste, pour oublier vos œuvres et l'amour que vous avez témoigné pour son nom, vous qui avez servi les sa'ints ^\ » Et le Saint des

I. Tim. III, i3. — 2. Ibid, 4. — 3. Heb. vi, 10.

2(^4 ■^<-' Temps après la i entecôte.

saints, devenu lui-même votre hôte et votre obligé, ne nous laisse-t-il pas déjà entrevoir assez vos grandeurs, lorsque parlant seulement du ser\itcur fidèle établi sur sa famille pour distribuer à chacun la nourriture au temps voulu, il s'écrie : « Heureux ce serviteur que le Maître, quand il viendra, trouvera agissant de la sorte ! en vérité, je vous le dis,' il l'établira sur tous ses biens i. » O Marthe, l'Eglise tressaille en ce jour où le Seigneur vous trouva, sur notre terre des Gaules, continuant de l'accueillir en ces plus petits où il déclare que nous devons maintenant le chercher -. Il est donc venu le moment de la rencontre éternelle ! Assise désormais, dans la maison de cet hôte fidèle plus qu'aucun aux lois de l'hospitalité, vous le voyez faire de sa table votre table 3, et se ceignant à son tour, vous servir comme vous Favez servi *.

Du sein de votre repos, protégez ceux qui continuent de gérer les intérêts du Christ ici-bas, dans son corps mystique qui est toute l'Eglise, dans ses membres fatigués ou souffrants qui sont les pauvres et les affligés de toutes sortes. Multipliez et bénissez les œuvres de la sainte hospitalité ; que le vaste champ de la miséricorde et de la charité voie ses prodigieuses moissons s'accroître encore en nosjours. Puisse rien ne se perdre de l'activité si louable où se dépense le zèle de tant d'âmes généreuses ! et dans ce but, ô sœur de Madeleine, apprenez

XXV. 40. — 3. Luc. XXII, 3o. — 4. Ibid. XII, 37.

Mém. des SS. Félix, Simplicius, etc. Mart. 2g5

à tous, comme vous-même l'avez appris du Seigneur, à mettre au-dessus de tout l'unique nécessaire, à estimer à son prix la meilleure part i. Après la parole qui vous fut dite moins pour vous que pour tous, quiconque voudrait troubler Madeleine aux pieds de Jésus, ou l'empêcher de s'y ren,dre, verrait à bon droit le ciel froissé stériliser ses œuvres.

COMME l'Eglise, faisons mémoire des martyrs Simplicius et Faustinus, que la persécution de Dioclétien moissonna pour le ciel avec leur sœur Viatrice, nommée gracieusement Béatrice après son arrivée aux cieux. La sœur avait eu le temps d'ensevelir ses frères; après son propre combat, elle fut placée près d'eux par la dernière des célèbres Lucines. L'heure du triomphe n'avait pas sonné encore ; et déjà pourtant, la sépulture de ce groupe illustre sous le bois même de la Dea Dia des Arvales, annonçait la victoire du Christ sur les plus antiques superstitions de la ville aux sept collines. Le saint Pontife Félix, qui tient aussi la palme en cette glorieuse compagnie, souffrit au temps des Ariens.

FAITES, Seigneur, nous vous en supplions, que de même que le peuple chrétien célèbre dans une fête

PR^STA, quaesumus Domine, ut sicut populus christianus martyrum tuorum Felicis,

g'j Le Temps après la Pentecôte.

Simplicii, Faustini et Beatricis temporali solemnitate congaudet : ita perfruatur œterna ; et quod votis célébrât, comÈrehendat elïectu. Per •ominum.

qui passe vos martyrs Félix, Simplicius, Faustinus et Béatrice, il se réjouisse aussi avec eux dans la fête éternelle, et' que ce qu'il honore en ses vœux lui devienne propre à lui-même. Par Jésus-Christ.

'ans les décrets de réternelle Sagesse, la noble contrée située au delà du Tigre ne doit ouvrir qu'après l'Occident ses arènes aux combats du martyre. Là aussi, à l'heure dite, Jésus aura par milliers ses témoins, nullement inférieurs à leurs devanciers, étonnant par de nouvelles formes d'héroïsme la terre et les cieux. Mais voici qu'impatients du délai, deux nobles Persans trouvent le secret de ravir la palme aujourd'hui même. C'est Rome qui, plus véritablement qu'elle ne le croit, les immole à son éternité. Après avoir soldé pour leur lointain pays à la ville reine le tribut de leur sang, ils protégeront nos Eglises latines et seront propices aux vœux qui monteront vers eux de la terre d'Occident. La France ne sera pas la moins bien partagée dans la distribution de leurs reliques saintes; et la ville d'Arles-sur-Tech, en Roussillon, gardera jusque sous les yeux de la génération incroyante des derniers temps le sarcophage à la source jamais tarie d'où leurs bienfaits s'écoulent avec l'eau mystérieuse.

2qS Le Temps après la Pentecôte.

ABDOl sa?,

Decio imperalore accusati, quoa corBDON et Sennen Pernpi

pora Christianorum, quae inhumata projiciebantur, in suo praedio sepelissent, jussu imperatoris comprehenduntur, et dlis jubentur sacrificare. Quod cum facere neqligerent, et Jesum Christum Deum constantissime prasdicarent: traditos in arctam custodiam, Romam postea rediens Decius vinctos duxit in triumpho. Qui cum in Urbe ad simulacra attracti essent, ea detestati conspuerunt. Quamobrem ursis ac leonibus objecti sunt : quos ferae non audebant attingere. Demum gladiis trucidati, colligatis pedibus tracti sunt ante Solis simuîacrum: quorum corpora clam inde asportata, Quirinus diaconus sepelivit in suis aedibus.

SOL'S l'empereur Dèce, les Persans Abdon et Sennen furent accusés d'avoir enseveli dans leurs terres les corps des chrétiens jetés à la voirie ; saisis par ordre impérial, on leur commande de sacrifier aux dieux : ce qu'ils refusent de faire, proclamant avec courage JésusChrist comme Dieu. Dcce les fit donc mettre en étroite captivité, et revenant à Rome les produisit dans son triomphe chargés de chaînes. Conduits de force aux idoles de la Ville, ils crachèrent- dessus ; pour les punir, on les exposa aux ours et aux lions ; mais ces animaux n'osèrent pas les toucher. Ils furent enfin frappés du glaive. Traînés par les pieds devant l'idole du Soleil, leurs corps furent enlevés de là secrètement, et ensevelis par le diacre Quirinus en sa maison.

ECOUTEZ ceux qui vous implorent, 6 Martyrs ! Puisse la foi triompher un jour en ces régions de la Perse, qui jadis virent écloretant de fleurs empourprées ornant maintenant les parterres du ciel. Pour vous, prévenant les temps marqués pour la lutte à votre terre natale, vous sûtes rencontrer ailleurs l'occasion du combat, et vous créer

Les SS. Abdon et Sennen, Martyrs. 2gg

dans la mort une patrie nouvelle à laquelle s'est dévouée votre âme. Bénissez en nous les concitoyens de votre libre choix, et faitesnous parvenir à l'éternelle et commune patrie des enfants de Dieu.

lEN que le cycle du Temps après la Pentecôte nous ait maintes fois déjà manifesté la sollicitude avec lac^uelle l'Esprit divin préside à la défense de l'Eglise, l'enseignement resplendit aujourd'hui d'une manière nouvelle. Au xvie siècle, un assaut formidable était livré à la cité sainte. Satan avait choisi pour chef de l'attaque un homme tombé comme lui des hauteurs du ciel. Luther, sollicité dans ses jeunes années par les grâces de choix qui font les parfaits, n'avait point su, dans un jour d'égarement, résistera l'esprit de révolte. Comme Lucifer, qui prétendit égaler Dieu, lui se posa en face du vicaire du Très-Haut sur la montagne du Testament ' ; bientôt, roulant aussi d'abîme en abîme, il entraînait de même à sa suite la troisième partie des étoiles du ciel de la sainte Eglise 2. Loi mystérieuse et terrible, que celle qui si souvent laisse à l'homme ou à l'ange déchu, dans les sphères du mal. la principauté qui devait s'exercer par eux pour le bien et l'amour ! Mais l'éternelle Sagesse n'est cependant jamais frustrée dans la divine loyauté de ce

Saint Ignace, Confesseur. 3oi

jeu sublime commencé avec le monde, et qui régit toujours les temps i ; c'est alors qu'à rencontre de la liberté pervertie de l'ange ou de l'homme, elle met en œuvre cette autre loi de substitution miséricordieuse dont Michel bénéticia le premier. .

La vocation d'Ignace à la sainteté suit pas à pas dans ses développements la défection luthérienne. Au printemps de l'année i52i, Luther, jetant son défi à toutes les puissances, venait à peine de quitter Worms et de gagner laWartbourg 2, qu'Ignace, à Pampelune, était frappé du coup qui devait le retirer du monde et bientôt le conduire à Manrèse. Valeureux comme ses nobles ancêtres, il s'était senti pénétrer dès ses premiers ans de l'ardeur oelliqueuse qu'on les vit montrer sur les champs de bataille de la terre des Espagnes; mais la campagne contre le Maure a pris fin dans les jours mêmes de sa naissance 3 ; se pourrait-il qu'il n'eût, pour satisfaire ses chevaleresques instincts, que les querelles mesquines où la politique des rois va toujours plus s'abaisser ? Le seul vrai Roi resté digne de sa grande âme, se révèle à lui dans répreuve qui vient d'arrêter ses projets mondains; une milice nouvelle s'offre à son ambition; une autre croisade commence; et l'an i522 voit, des monts de Catalogne à

I. Prov. VIII, 3o, 3i. — 2. La diète de Worms, où eut lieu la rupture officielle de l'hérésiarque en présence des divers ordres de l'empire, vit cette rupture se consommer dans les derniers jours d'avril, et ce fut le

20 mai qu'Ignace reçut la blessure dont sa conversion fut la suite. — 3. HQ'*

3o2 Le Temps après la Pentecôte.

ceux de Thuringe, se développer la divine stratégie dont les Anges seuls ont encore le secret.

Admirable campagne, où l'on dirait que le ciel se contente d'observer l'enfer, lui laissant prendre les devants, ne se gardant c)ue le droit de faire surabonder la grâce là où l'iniquité prétend abonder '. De même que, l'année d'auparavant, le premier appel d'Ignace avait suivi de trois semaines la rébellion consommée de Luther : à trois semaines également de distance, voici qu'en celle-ci l'enfer et le ciel produisent leurs élus sous l'armure différente qui convient aux deux camps dont ils seront chefs. Dix mois de manifestations étranges et d'ascèse diabolique ont préparé le lieutenant de Satan dans la retraite forcée qu'il nomme sa Pathmos ; et le 5 mars, en rupture de ban, le transfuge du sacerdoce et du cloître quitte la Wartbourg transformé sous la cuirasse et le casque en chevalier de fausse marque. Le 25 du même mois, dans la glorieuse nuit où le Verbe prit chair, le brillant soldat des armées du royaume catholique, le descendant des Ognès'et des Loyola, vêtu d'un sac comme de l'insigne de pauvreté qui révèle ses projets nouveaux, passe en prières au Mont-Serrat sa veille des armes; il suspend à l'autel de Marie sa vaillante épée, et de là s'en va préludant aux combats inconnus qui l'attendent dans une lutte sans merci contre lui-même.

Au drapeau du libre examen, qui partout déjà fait flotter ses plis orgueilleux, il oppose

Saint Ignace, Confesseur. 3o3

sur le sien pour unique devise : A la plus grande gloire de Dieu ! Bientôt Paris, où Calvin recrute dans le secret les futurs huguenots, le voit enrôler, pour le compte du Dieu des armées, la compagnie d'avant-poste qui doit dans sa pensée couvrir l'armée chrétienne en éclairant sa marche, porter et recevoir les premiers coups. L'Angleterre vientelle, aux premiers mois de i"534, d'imiter dans leur défection l'Allemagne et les pays du Nord, que, le i5 août de cette année, les premiers soldats d'Ignace scellent à Montmartre avec lui l'engagement définitif qu'ils doivent renouveler solennellement plus tard à Saint-Paul-hors-les-Murs. Car c'est à Rome qu'est fixé le point de ralliement de la petite troupe, qui s'accroîtra bientôt merveilleusement, mais dont la profession spéciale sera d'être toujours prête à se porter, au moindre signe, sur tous les points où le Chef suprême de l'Eglise militante jugera bon d'utiliser son zèle pour la défense de la foi ou sa propagation, pour le progrès des âmes dans la doctrine et la vie chrétienne i.

Une bouche illustre a dit en nos temps 2 que « ce qui frappe de prime abord dans l'histoire de la Société de Jésus, c'est que pour elle l'âge mûr est contemporain de la première formation. Qui connaît les premiers auteurs de la Compagnie, connaît la compagnie entière dans son esprit, dans son but.

I. Litt. Pauli III, Regimini militantis Ecclesiae;

JuLH III, Exposcit debitum ; etc. — 2. Cardinal Pie, Homélie prononcée dans les fêtes de la béatification du B. Pierre Le Fèvre.

3 04 Le Temps après la Pentecôte.

dans ses entreprises.dans ses procédés, dans ses méthodes. Quelle génération que celle qui préside à ses origines! Quelle union de science et d'activité, de vie intérieure et de vie militante! On peut dire que ce sont des hommes universels, des hommes de race gigantesque, en comparaison desquels nous ne sommes que des insectes : de génère giganteo^ quitus comparati quasi locustœ videbamur ^. »

Combien plus touchante n'en apparaît pas la simplicité si pleine de charmes de ces premiers Pères de la compagnie, faisant la route qui les sépare de Rome à pied et jeûnant, épuisés, mais le cœur débordant d'allégresse et chantant à demi-voix les psaumes de David 2 ! Quand il fallut, pour répondre aux nécessités de l'heure présente, abandonner dans le nouvel institut les grandes traditions de la prière publique, il en coûta à plusieurs de ces âmes ; ce ne fut pas sans lutte que Marie, sur ce point, dut céder à Marthe : tant de siècles durant, la solennelle célébration des divins Offices avait paru l'indispensable tâche de toute famille religieuse, dont elle formait la dette sociale première, coriime elle était l'aliment premier de la sainteté individuelle de ses membres !

Mais l'arrivée de temps nouveaux promenant partout la déchéance et la ruine, appelait une exception aussi insolite alors que douloureuse pour la vaillante compagnie qui dévouait son existence à l'instabilité d'alertes

I. Num. XIII. 34. — 2. P. RiBADENEiRA, Vita Ignatii

Loiolae, Lib. II, cap. vu.

Saint Ignace, Confesseur. 3o5

sans fin et de sorties perpétuelles sur les terres ennemies. Ignace le comprit; et il sacrifia au but particulier qui s'imposait à lui l'attrait personnel qu'il ressentit jusqu'à la fin pour le chant sacré, dont les moindres notes parvenant à son oreille faisaient couler de ses yeux des larmes d'extase i. Après sa mort, l'Eglise, qui jusque-là n'avait point connu d'intérêt primant la splendeur à donner au culte de l'Epoux, voulut revenir sur une dérogation qui portait une atteinte si profonde aux instincts les plus chers de son cœur d'Epouse; on vit Paul IV la révoquer absolument ; mais saint Pie V eut beau luimême longtemps lutter contre elle, il dut enfin la subir.

Avec les derniers siècles et leurs embûches, l'heure des milices spéciales organisées en camps volants avait sonné pour l'Eglise. Mais autant il devenait plus difficile chaque jour d'exiger de ces troupes méritantes, absorbées dans de continuels combats au dehors, les habitudes de ceux que protégeaient la Cité sainte et ses anciennes tours de défense : autant Ignace répudiait le contresens étrange qui eût voulu réformer les mœurs du peuple chrétien d'après la manière de vivre entraînée par le service de reconnaissances et de grand'garde, auquel il se sacrifiait pour tous. La troisième des dix-huit règles qu'il pose, comme couronnement des Exercices spirituels, pour avoir en nous les vrais sentiments de V Eglise orthodoxe, est de

3o6 Le Temps après la Pentecôte.

recommander aux fidèles les chants de l'E- glise, les psaumes, et les différentes Heures canoniales au temps marqué pour chacune. Et, en tète de ce livre qui est bien le trésor de la Compagnie de Jésus, établissant les conditions qui permettront de retirer le plus grand fruit possible des mêmes Exercices, il détermine, dans son annotation vingtième, que celui qui le peut devra choisir, pour le temps de leur durée, une habitation d'où il lui soit facile de se rendre aux Offices de Matines ^ et des Vêpres ainsi qu'au divin Sacrifice. Que fait du reste en cela notre Saint, sinon conseiller pour la pratique des Exercices le même esprit dans lequel ils furent composés, en cette retraite bénie de Manrèse où l'assistance quotidienne à la Messe solennelle et aux Offices du soir fut pour lui la source de délices du ciel '- ?

Mais il est temps d'écouter l'Eglise dans le récit de la vie de ce grand serviteur de Dieu.

1GNATIUS natione Hispanus, nobili génère, Loyolae in Cantabria natus, primo catholici régis aulam, deinde mililiam secutus est. In propugnatione PampeloT GNACE, Espagnol de nation, * naquit à Loyola, dans l'ancienne Cantabria, d'une noble famille. Attaché d'abord à la cour du roi catholique, il s'adonna ensuite aux armes. Contraint de

I Nous suivons ici l'édition latine authentique publiée sous les yeux de saint Ignace après l'approbauon ie Paul III, et réimprimée depuis par l'autorité des Congrégations générales, l'ne traduction nouvelle, faite au dernier siècle sur le texte espagnol, ne parle pas ici des Matines : mais elle insiste sur l'assistance de tous les jours, autant que faire se peut, à la Messe et aux Vêpres. — 2. Acta a L. Consalvo S. J. ex ore Sancti excepta.

Saint Ignace, Confesseur.

3oy

s'aliter par une blessure grave reçue dans la défense de Pampelune, la lecture fortuite de livres pieux l'embrasa d'une ardeur merveilleuse pour suivre les traces du Christ et des Saints. Il se rendit au Mont-Serrat où, suspendant ses armes devant l'autel de la bienheureuse Vierge et veillant toute une nuit, il entreprit l'apprentissage de la milice sacrée. De là, vêtu d'un sac comme il l'était, ayant auparavant donné à un mendiant ses habits de prix, il se retira à Manrèse ; il y demeura un an. ne vivant que d'eau et du pain de l'aumône, ieiînant tous les jours sauf le dimanche, domptant sa chair par une dure chaîne et le cilice, couchant à terre et se flagellant avec le fer jusqu'au sang, mais réconforté par Dieu de si merveilleuses lumières, que si les saintes Ecritures n'existaient pas, avait-il coutume de dire par la suite, il n'en serait pas moins prêt à mourir pour la foi sur les seules révélations

Sue le Seigneur lui avait îites à Manrèse. Ce fut alors que cet homme sans lettres aucunes composa le livre admirable des Exercices, confirmé par le jugement du Siège apostolique et l'utilité de tous.

nensi accepte vulnere graviter decumbens, ex fortuita piorum librorum lectione, ad Christi sanctorumque sectanda vestigia mirabiliter exarsit. Ad montem Serratum profectus, ante aram beatae Virginis suspensis armis, noctem excubans, sacrae militiae tyrocinium posuit. Inde, ut erat indulus sacco, traditis antea mendico pretiosis vestibus, Manresam secessit : ubi emendicato pane et aqua victitans, exceptisque diebus Dominicis jejunans, aspera catena cilicioque carnera domans, humi cubans, et ferreis se flagellis cruentans, par annum comraoratus est : claris adeo illustrationibus a Deo recreatus, ut postea dicere solitus sit : Si sacrae Litterse non exstarent, se tamen pro fide mori paratum ex iis solum. quœ sibi Manresae patefecerat Dominus. Quo tempore homo litterarum plane rudis admirabilem illum composuit Exercitiorum librum, Sedis Apostolicae judicio et omnium utilitate ccmprobatum.

3oS Le Temps après la Pentecôte.

UT vcro se ad animarum lucra rite formaret, subsidium litteraruin, a grammatica inter pueros exorsus, adhibere statuit. Cumque nihil intérim omitteret de studio aliéna salutis, mirum est, quas ubique locorum rtrumnas ac ludibria devoraverit, asperrima quaeque, et vincula et verbera pêne ad mortem usque perpessus, quibus tamen longe plura pro Domini sui gloria semper expetebat. Lutetia? Parisiorum adjunctis sibi ex illa academia variarum nationum sociis novem, qui omnes artium magisteriis et theologiae gradibus insignes erant. ibidem in monte Martyrum prima Ordinis fundamenta jecit : quem postea Romae instituens, ad tria consueta quarto addito de Missionibus voto, Sedi Apostolicae arctius adstrinxit : et Paulus Tertius primo recepit confirmavitque : mox alii Pontifices ac Tridentina synodus probavere. Ipse autem, misso ad praedicandum Indis Evangelium sancto Francisco Xaverio, aliisque in alias mundi plagas ad religionem propagandam dissePouR se rendre plus apte toutefois à gagner les âmes, il résolut de s'assurer le secours des lettres, et commença par étudier la grammaire au milieu des enfants. Comme cependant il ne relâchait rien de son zèle pour le salut d'autrui, on ne saurait croire combien il eut à dévorer de misères et d'affronts en tous lieux, subissant les plus âpres épreuves, la prison et les coups jusqu'à presque en mourir; mais il ambitionnait toujours de souffrir bien plus encore pour la gloire de son Seigneur. S'étant adjoint dans l'Université de Paris neuf compagnons de différentes nations, qui tous avaient pris les (degrés dans les arts et la théologie, il jeta dans cette ville, à Montmartre, les premiers fondements de l'Ordre que Rome le vit instituer plus tard. Aux trois vœux ordinaires il en ajouta un quatrième de sujétion étroite au Siège apostolique touchant les Missions, Paul III fut le premier qui accueillit et confirma la nouvelle société, approuvée bientôt par d'autres souverains Pontifes et par le concile de Trente. Ignace donc, envoyant saint François Xavier Frècher l'Evangile aux ndes et disséminant ses fils

Saint Ignace, Confesseur.

3og

dans les différentes parties du monde pour propager la religion, déclara au paganisme et à l'hérésie une guerre si heureuse, que, d'après le sentiment universel, confirmé même par l'oracle Apostolique, Ignace et son institut furent opposés par Dieu à Luther et aux hérétiques d'alors, comme en d'autres temps d'autres saints personnages furent suscités dans un but semblable.

MAIS le premier objet de sa sollicitude fut de renouveler la piété parmi les catholiques. La splendeur des édifices sacrés, l'enseignement du catéchisme, la prédication, la fréquentation des sacrements lui durent accroissement et progrès. Il ouvrit en tous lieux des écoles pour élever la jeunesse dans les lettres et la piété ; à Rome il fonda le collège Germanique, des refuges pour les femmes de mauvaise vie et les jeunes filles en danger, des maisons pour les catéchumènes et les orphelins des deux sexes. D'autres œuvres de piété encore attestaient son zèle infatigable pour gagner les âmes; et on l'entendait dire que, si le choix lui était donné, il préférerait vivre incertain de la béatitude et \

minatis , ethnicœ superstitioni haeresique bel!um indixit, eo successu continuatum, ut constans fuerit omnium sensus, etiam Pontificio confirmatus oraculo , Deum sicut alios aliis temporibus, sanctos vires, ita Luthero, ejusdemque temporis hasreticis, Ignatium et institutam ab eo Societatem objecisse.

SED in primis inter catholicos instaurare pietatem curœ fuit. Templorum nitor, catechismi traditio, concionum ac sacramentorum frequentia ab ipso incrementum accepere. Ipse apertis ubique locorum ad juventutem erudiendam in litteris ac pietate gymnasiis, erectis Romas Germanorum collegio, maie nuptarum et periclitantium puellarum cœnobiis, utriusque sexus tam orphanorum quam catechumenorum domibus, aliisque pietatis operibus, indefessus lucrandis Deo animis instabat ; auditus aliquando dicere, Si optio daretur, malle se beatitudinis incertum vivere, et intérim Deo inservire, et proxi3io Le Temps après la Pentecôte.

morum saluti, quam certutn ejusdem gloriae statim mori. In daemones mirum exercuit imperium. Vultum cjus cœ- lesti luce radiantem sanctus Philippus Nerius aliique conspexere. Denique aetatis anno sexa^esimo quinto ad Domini sui amplexum, cujus majorem gloriam in ore semper habuerat, semper in omnibus quaesierat, emi»ravit. Quem Gregorius Decimus quintus, magnis in Ecclesiam meritis et miraculis illustrera, Sanctorum fastis adscripsit.

cependant se dévouer au service de Dieu et au salut du prochain, plutôt que de mourir tout de suite avec l'assurance de la gloire du ciel. Son pouvoir sur les démons fut merveilleux. Saint Philippe Néri et d'autres virent son visage briller d'une lumière céleste. Enfin, dans sa soixante-cinquième année, il passa au baiser de son Seigneur, dont il avait toujours eu à la bouche la plus grande gloire, cherchant sans fin cette gloire en toutes choses. Illustre par ses miracles et ses grands mérites envers l'Eglise, il fut inscrit par Grégoire XV dans les fastes des Saints.

LA victoire qui triomphe du monde est notre foi 1. Une fois de plus vous l'avez montré, ô vous qui fûtes le grand triomphateur du siècle où le Fils de Dieu vous choisit pour relever son drapeau humilié devant l'étendard de Babel. Contre les bataillons sans cesse grossfssants des révoltés, vous fûtes longtemps presque seul, laissant au Dieu des armées le soin de choisir son heure pour vous mettre aux prises avec les cohortes de Satan, comme il l'avait choisie pour vous retirer de la milice des hommes. Le monde, instruit alors de vos desseins, n'y eût vu qu'un objet de risée ; et toutefois nul certes

Saint Ignace, Confesseur

aujourd'hui ne saurait le nier : ce fut un moment solennel pour l'histoire du monde, que celui où, pareil dans votre confiance aux plus illustres capitaines concentrant leurs armées, vous donniez ordre à vos neuf compagnons de gagner trois par trois la Ville sainte. Quels' résultats durant les quinze années où cette troupe d'élite, que recrutait l'Esprit-Saint, vous eut à sa tête comme premier Général ! L'hérésie refoulée d'Italie, confondue à Trente, enrayée partout, immobilisée jusqu'en son foyer même; d'immenses conquêtes sur des terres nouvelles, réparant les pertes subies dans notre Occident ; Sion elle-m.ème rajeunissant sa beauté, relevée dans son peuple et ses pasteurs, assurée pour ses fils d'une éducation répondant à leurs célestes destinées : sur toute la ligne enfin où il avait imprudemment crié victoire, Satan rugissant, dompté à nouveau par ce nom de Jésus qui fait fléchir tout genou dans le ciel, sur la terre et dans les enfers i ! Quelle gloire pour vous, 6 Ignace, eût jamais égalé celle-là dans les armées des rois de la terre? Du trône que vous avez conquis par tant de hauts faits, veillez sur ces fruits de vos œuvres, et montrez-vous toujours le soldat de Dieu. Au travers des contradictions q^ui ne leur manquèrent jamais, soutenez vos fils au poste d'honneur et de vaillance qui fait d'eux les sentinelles avancées de l'Eglise. Qu'ils soient fidèles à l'esprit de leur glorieux Père, « ayant sans cesse devant les « yeux : premièrement Dieu; ensuite, comme

3 12 Le Temps après la Pentecôte.

« une voie qui conduit à lui, la forme de « leur institut, consacrant tout ce qu'ils ont <( de forces à atteindre ce but que Dieu leur « marque; chacun pourtant suivant la mc« sure de la grâce qu'il a reçue de l'Esprit« Saint et le degré propre de sa vocation i. » Enfin, 6 chef dune si noble descendance, étendez votre amour à toutes les familles religieuses, dont le sort en face de la persécution est devenu si étroitement solidaire aujourd'hui de celui de la vôtre ; bénissez spécialement l'Ordre monastique qui protégea de ses antiques rameaux vos premiers pas dans la vie parfaite, et la naissance de l'illustre Compagnie qui sera votre couronne immortelle dans les cieux. Ayez pitié de la France, de ce Paris dont l'Université vous fournit les assises de l'inébranlable édifice élevé par vous à la gloire du Très-Haut. Que tout chrétien apprenne de vous à militer pour le Seigneur, à ne jamais renier son drapeau; que tout homme, sous votre conduite, revienne à Dieu son principe et sa fin.

I. Litt. apost. primae Institut! approbationis, Pauli

III, Regimini militantis.

AiSANT un dieu de l'homme qui l'avait asservie, Rome consacra le mois d'août à la mémoire de César Auguste. Quand le Christ l'eut délivrée, elle plaça comme monument de sa liberté reconquise, en tête du même mois, la fête des chaînes que Pierre vicaire du Christ avait portées pour rompre les siennes.

Divine Sagesse, qui régnez sur ce mois plus légitimement que le fils adoptif de César, vous ne pouviez inaugurer plus authentiquement votre empire. Force et douceur réunies sont l'attribut de vos œuvres i, et c'est dans la faiblesse de vos élus que vous triomphez des puissants 2. Vous-même, pour nous donner la vie, aviez absorbé la mort;

Eour affranchir la terre à lui confiée, Simon Is de Jean est devenu captif. Hérode d'abord, Néron plus tard, ont fait connaître à quel prix était la promesse qu'il reçut autrefois de lier et de délier ici-bas comme aux cieux 3 : il devait en retour porter l'amour du Pasteur suprême jusqu'à se laisser comme

3 14 ^^ Temps après la Pentecôte.

lui 1 charger de liens pour le troupeau et conduire où il ne voulait pas 2.

Chaînes glorieuses, qui ne ferez jamais trembler non plus les successeurs de Pierre, vous serez en face des Hérodes, des Nérons, des Césars de tous les temps, la garantie de la liberté des âmes. Aussi de quelle vénération, dès les âges les plus reculés, le peuple chrétien vous honore! On peut dire en toute vérité de la fête présente qu'elle se perd dans la nuit des siècles. Selon d'antiques monuments =% c'est à Pierre même que remonterait la consécration première à cette date du sanctuaire qui rassemble en ce jour d'émancipation, sur la plus haute des sept collines, les citoyens de la Ville éternelle. L'appellation de Titre d'Eudoxie, sous laquelle la vénérable église est souvent dénommée, proviendrait des restaurations dont elle fut l'objet à l'occasion des événements rappelés dans les Leçons de la fête. Quant aux liens sacrés devenus son trésor, la plus ancienne mention qu'on nous ait conservée du culte qui leur fut rendu, remonte aux premières années du second siècle. Balbina, fille du tribun Quirinus préposé à la garde des prisons, s'était vue guérie au contact des chaînes du saint Pape Alexandre; elle ne se rassasiait pas de baiser les liens qui l'avaient délivrée. « Cherche les fers du bienheureux Pierre, et baise-les plutôt que ceux-ci, » lui dit le Pontife; Balbina donc, ayant heureusement trouvé les fers apostoliques, reporta

3. Marlyrolog. Hieronym., Bed., Raban., Notker.

Saint Pierre es liens. 3i5

sur eux ses démonstrations pieuses, et les remit peu après à la noble Théodora, sœur d'Hermès i.

Les anneaux qui avaient enserré les bras du Docteur des nations sans pouvoir lier la parole de Dieu 2, furent aussi recueillis plus chèrement que les pierreries et l'or après son martyre. D'Antioche de Syrie, Jean Chrysostome, portant une envie sainte aux rivages qu'enrichissent ces trophées d'une captivité triomphante, s'écriait dans un transport sublime : « Quoi de plus magnihque que ces • chaînes ? Prisonnier pour le Christ est un nom plus beau que celui d'apôtre, d'évangéliste ou de docteur. Etre lié pour le Christ vaut mieux que d'habiter les cieux; siéger sur les douze trônes 3 est un moindre honneur. Si quelqu'un aime, il me comprend; mais qui comme le très saint choeur des Apôtres pénétra ces choses ? Pour moi, si l'on m'offrait à choisir ou ces fers, ou le ciel tout entier, je n'hésiterais pas; car c'est en eux qu'est le bonheur. Je voudrais présentement me trouver dans les lieux où l'on dit que sont encore gardés les liens de ces hommes admirables. S'il m'était donné d'être libre des soucis de cette église, d'avoir quelque santé, je ne balancerais pas à entreprendre ce voyage pour voir seulement la chaîne de Paul. Si l'on me disait : Qu'aimes-tu mieux être, ou l'Ange qui délivra Pierre, ou Pierre enchaîné ? j'aimerais mieux être Pierre, à cause de ses liens ^. »

3 16 Le Temps après la Pentecôte.

Toujours vénérée dans l'auguste basilique qui couvre sa tombe, la chaîne de Paul n'est point devenue pourtant comme celles de Pierre l'objet d'une fcte spéciale en l'Eglise. Cette distinction était due à la prééminence de celui qui « reçut seul les Clefs du Royaume des cieux pour les communiquer aux autres • », qui seul continue par ses successeurs de lier et de délier souverainement dans rétendue des mondes. Le recueil des lettres de saint Grégoire le Grand atteste combien, au vi^ siècle, était universellement répandu le culte des saintes chaînes, dont quelques parcelles de limure, enfermées dans des clefs d'argent ou d'or, étaient le plus riche présent que les Souverains Pontifes eussent coutume d'offrir aux églises insignes et aux princes qu'ils voulaient honorer. C'bnstantinople, à une époque assez indécise, fut elle aussi dotée de quelque portion de ces précieux liens ; elle en tîxa la fête au lô janvier, exaltant à cette occasion dans l'Apôtre Pierre Voccupant du premier Siège, le fondement de la foi, la base inébranlable des dogmes 2.

Voici la Légende de la fête au Bréviaire Romain.

Au temps de l'empire de Théodose le jeune, Euioxie son épouse vint à lérusalem pour accomplir in vœu ; elle y fut comblée le nombreux présents, dont

I. Opt.Milev. Contra Parmen. VII, m. — 2. Menées

ITheodosio juniore im1 perante, cum Eudocia ejus uxor Jerosolymam solvendi voti causa venissct, ibi multis est affecta muneribus : prae

le principal consistait en une chaîne de fer ornée d'or et de pierreries, qu'on assurait être celle dont l'Apôtre Pierre avait été lié par Hérode. L'impératrice, l'ayant pieusement vénérée, l'envoya ensuite à Rome à sa fille Eudoxie qui l'apporta au Souverain Pontife; celui-ci à son tour lui montra une autre chaîne dont le même Apôtre avait été chargé sous Néron.

COMME donc le Pontife comparait la chaîne romaine avec celle qu'on avait apportée de Jérusalem, il arriva qu'elles se joignirent entre elles de telle sorte qu'elles parurent, non pas deux, mais une seule chaîne faite par le même ouvrier. Ce miracle fut pour ces liens sacrés le point de départ des plus grands honneurs ; sous le nom de SaintPierre - es - liens du titre d'Eudoxie, on fit sur l'Esquilin la dédicace d'une église dont la fête anniversaire fut établie aux calendes d'août.

DE ce moment les solennités profanes des Gentils que l'on continuait de célébrer à ce jour, cédèrent devant l'hommage rendu

casteris insigne donum accepit ferreae catenae, auro gemmisque ornatae : quam illam esse affirmabant, qua Petrus Apostolus ab Herode vinctus fuerat. Eudocia catenam pie venerata, eam postea Romam ad filiam Eudoxiam misit, quae illam Pontifici maximo detulit : isque vicissim illi monstravit alteram catenam : qua, Nerone imperatore.idem Apostolus constrictus fuerat.

CUM igitur Pontifex Romanam catenam cum ea, quae Jerosolymis allata fuerat, contulisset, factura est ut illas inter se sic connecterentur, ut non duas, sed una catena ab eodem artifice confecta esse videretur. Quo miraculo tantus honor sacris illis vinculis haberi cœpit, ut propterea hoc nomine sancti Pétri ad Vincula ecclesia titulo Eudoxiae, dedicata sit in Exquiliis, ejusque mémorise dies festus institutus calendis augusti.

QUO ex tempore honos, qui eo die profanis (jentilium celebritatibus tribui solitus erat. Pétri vinculis haberi cœpit :

3iS Le Temps après la Pentecôte.

qux tacta aegros sanabant, et daemones ejiciebant. Quo in génère anno salutis humanae nongentesirao sexagesimo nono accidit, ut quidam cornes, Othonis imperatoris familiaris, occupatus ab immundo spiritu, seipsum dentibus dilaniaret. Quare is jussu imperatoris ad Joannem Pontificem ducitur : qui, ut sacra catena comitis collum attigit, erumpens nefarius spiritus hominem liberum reliquit : ac deinceps in Urbe sanctorum vinculorum religio propagata est.

aux chaînes de Pierre. Le contact de ces chaînes guérissait les malades et chassait les démons. Ainsi arriva-t-il que, l'an du salut neuf cent soixante-neuf, un certain comte, familier de l'empereur Othon, possédé par l'esprit immonde, se déchirait de ses propres dents ; conduit par ordre de l'empereur au Pontife Jean, à peine la chaîne sacrée eut-elle touché son cou, que le malin esprit s'échappant le laissa délivré. En suite de quoi, la dévotion des saints liens se répandit dans Rome.

METS tes pieds dans les fers de la Sagesse, et ton cou dans ses chaînes, disait prophétiquement l'Esprit sous l'ancienne alliance; ne te lasse point de ses liens : car à la fin elle te sera repos et joie, et ses entraves seront pour loi une protection puissante, et ses colliers un glorieux ornement, et ses liens le salut *. » Et la Sagesse incarnée vous appliquant l'oracle ellemême, ô Prince des Apôtres, annonçait qu'en témoignage de votre amour, un jour viendrait où vous connaîtriez en effet la contrainte et les liens 2. L'épreuve, ô Pierre, a été convaincante pour cette Sagesse éternelle qui proportionne ses exigence's à la mesure

Eccli. VI, 25-32. — 2. JOHAN. XXI, l8.

Saint Pierre es liens. 3iq

de son propre amour i. Mais vous aussi l'avez trouvée fidèle : aux jours du redoutable combat où elle voulut montrer sa puissance en votre faiblesse, elle ne vous abandonna point dans les fers - ; c'est dans ses bras que vous dormiez d'un sommeil si calme en la prison d'Hérode 3 ; descendue avec vous dans la fosse de Néron *, elle vous y tint fidèle compagnie jusqu'à l'heure où, soumettant à l'opprimé les persécuteurs mêmes, elle mit le sceptre en vos mains et sur votre front la triple couronne.

Du trône où vous siégez avec l'HommeDieu dans les cieux ^ comme vous l'avez suivi ici-bas dans l'épreuve et l'angoisse 6, déliez nos liens qui n'ont rien, hélas! de la gloire des vôtres : brisez ces fers du péché qui nous •rivent à Satan, ces attaches de toutes les passions qui nous empêchent de prendre vers Dieu notre essor. Le monde, plus que jamais esclave dans l'engouement de ses fausses libertés qui lui font oublier la seule vraie, a plus besoin d'affranchissement qu'au temps des Césars païens : vous qui seul pouvez l'être, une fois de plus soyez son libérateur. Que Rome surtout, tombée plus bas parce qu'elle a été précipitée de plus haut, éprouve à nouveau la vertu d'émancipation qui réside en vos chaînes ; elles sont devenues pour ses fidèles un signe de ralliement dans les dernières épreuves "* ; vérifiez la parole qui fut

I. Eccli. IV, 17-22. — 2. Sap. X, 12-14.— 3. Act.

XII, 6. — 4. Sap. X. i3. — 5. Apoc, iir, 21, — 6. Luc. XXII, 28. — 7. Archiconfrérie des Chaînes de S. Pierre, srigée le 18 juin 1867.

320 Le Temps après la Pentecôte.

dite par ses poètes autrefois, qu'a entourée de ces liens elle serait toujours libre * ».

AOUT resplendit des feux de la plus brillante des constellations qui soit au Cycle sacré. Déjà au sixième siècle, le deuxième concile de Tours observait que les fêtes des Saints remplissaient sa durée '^. Mes délices sont d'être avec les enfants des hommes 3, disait la Sagesse ; il semble que dans le mois où retentissent ses enseignements, elle ait mis sa gloire à s'entourer des hommes bienheureux * qui, marchant avec elle par le milieu des sentiers de la justice ■', ont trouvé en la trouvant elle-même la \ie et le salut qui vient du Seigneur <^. Noble cour, présidée par la Reine de toute grâce dont ie ' triomphe, consacrant le milieu de ce mois, appelait sur lui les prédilections de cette Sagesse du Père qui ne s'est plus séparée de Marie depuis qu'elle en a fait son trône. Quelle effusion des divines faveurs Fopulence des jours que nous allons traverser promet à nos âmes! Jamais les greniers du Père de famille ne s'enrichirent plus qu'en ce temps de maturité pour les moissons de la terre et pour celle des cieux.

Tandis qu'ici-bas l'Eglise, inaugurant ces jours bénis, se pare de la chaîne de Pierre

I Arator, De Act. Apost. L. I, v. 1070-1076. —

2. Toto Auguste... festivitates sunt et missae sanctorum. De observatione psallendi. Labbe, V, 857. —

3. Prov. VIII, 3l. — 4. Ibid. 32-34- — 5. Ibid. 20. -

Mémoire des SS, Machabées, Mart. 32 i

comme de son joyau le plus précieux, pour la troisième fois le septénaire brille au ciel. Dans l'arène sanglante, les sept Frères Machabées ont précédé les fils de Symphorose et de Félicite ; ils ont suivi la Sagesse avant

au'elle eût manifesté dans la chair ses attraits ivins. La cause sacrée dont ils furent les athlètes, leur force d'âme dans les tourments, leurs sublimes réponses aux bourreaux, offrirent à tel point le type reproduit depuis par tous les Martyrs, qu'on vit les Pères, aux premiers siècles de l'Église chrétienne, revendiquer pour elle tout d'une voix ces héros de la synagogue qui n'avaient puisé leur courage que dans la foi au Christ attendu. Seuls aussi, de tous les saints personnages de l'ancienne alliance, ils trouvèrent placé pour cette raison au Cycle chrétien ; tous les martyrologes, les fastes de l'Orient comme de l'Occident, attestent l'universalité de leur culte ; et telle est son antiquité que, dans la basilique Eudoxienne c^ui garde également à Rome leurs restes précieux, elle le dispute à l'antiquité même du culte rendu aux liens sacrés du Prince des Apôtres.

Au temps où dans l'espoir d'une résurrection meilleure ', ils refusaient sous l'assaut des tourments de racheter leur vie, d'autres héros du môme sang, s'inspirant d'une même foi, couraient aux armes et délivraient leur pays d'une crise terrible. Plusieurs enfants d'Israël, oublieux des traditions de leur peuple, avaient ambitionné pour lui les mœurs des nations étrangères ; et le Seigneur, pour châtiment,

32 2 Le Temps après la Pentecôte.

avait laissé peser de tout son poids sur la Judée le joug de législation profane qu'elle avait commis la faute de se laisser imposer*. Mais lorsque le roi d'alors, Antiochus, exploitant la trahison de ouelques-uns, l'insouciance du grand nombre, prétendit par ses ordonnances éliminer la divine loi qui seule donne à l'homme autorité sur l'homme, Israël, réveillé soudain, opposa au tyran la réaction simultanée de la révolte et du martyre. Judas Machabée, en d'immortels combats, revendiquait pour Dieu la terre de son héritage - ; tandis que par la vertu de leur généreuse confession, les sept Frères, émules de sa gloire, sauvaient eux aussi la loi, comme dit l'Ecriture, de l'asservissement des nations et des rois 3. Bientôt demandant grâce sous la main du Seigneur Dieu sans pouvoir l'obtenir *, Antiochus mourait dévoré des vers comme plus tard devaient aussi mourir le premier persécuteur des chrétiens et le dernier, Hérode Agrippa et Galère Maximien.

L'Esprit-Saint, qui se réservait de transmettre lui-même à la postérité les Actes du protomartyr de la loi nouvelle, n'a point fait autrement pour la passion des glorieux précurseurs d'Etienne aux siècles de l'attente. Au reste, c'était bien lui déjà qui, comme sous la loi d'amour =, inspirait paroles aussi bien que courage aux vaillants frères, à cette mère plus adniirable encore qui, devant ses

i. I Mach. I, 12-67. — 2. Deut. xzxii, Q. — 3. I Mac'n. Il, 48. — 4. Il Mach. ix, i3. — 5. Matth. x.

Mémoire des SS. Machabéts. Mattyrs. 323

sept fils livrés Tun après l'autre à d'effroyables tortures, ne trouvait pour chacun d'eux que des exhortations brûlantes à mourir. Entourée de leurs corps affreusement mutilés, elle se riait du tyran dont la fausse pitié voulait du moins qu'elle persuadât au plus jeune de sauver sa vie ; elle se penchait sur ce dernier survivant laissé encore à sa tendresse, et lui disait : « Mon fds, aie pitié de moi qui t'ai porté neuf mois dans mon sein, qui t'ai nourri trois ans de mon lait et élevé jusqu'à cet âge. Je t'en prie, mon enfant : regarde le ciel et la terre et tout ce qu'ils renferment ; comprends que tout cela, Dieu l'a fait de rien aussi bien que les hommes. Ne crains donc pas ce bourreau ; sois digne de tes frères, reçois comme eux la mort, afin que je le retrouve avec eux par la divine bonté qui doit me les rendre. » Et l'intrépide enfant courait dans son innocence au-devant des supplices ; et l'incomparable mère suivait ses fils 1.

/^^E la couronne fraterv^nelle de vos Martyrs, Seigneur, soit pour nous une cause d'allégresse, en procurant à notre foi l'accroissement des vertus et nous soutenant de leur multiple suffrage. Par JésusChrist.

FRATERNAnos, Domine Martyrum tuorum corona lastificet : quœ et fidei nostras praebeat incr^menta virtutum, et multiplici nos suffragio consoletur. Per Dominum.

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1ER, avec Pierre et les Machabées, nous admirions les substructions du palais que l'éternelle Sagesse se construit dans le temps pour durer toujours ^ Aujourd'hui, nous conformant aux divines mœurs de cette Sagesse qui atteint en se jouant d'une extrémité a l'autre '-, c'est au sommet de l'œuvre, à la dernière des assises actuellement posées, qu'il nous est donné de contempler le progrès du glorieux édifice. Or, au sommet comme dans les fondations, l'œuvre est une, les matériaux restent sans prix : témoin la pierre d'une eau si pure qui, à cette heure, envoie sur nous ses feux,

Alphonse de Liguori est, à la fois comme Docteur et comme Saint, le plus récent des bienheureux auxquels s'adresse l'hommage universel du monde. Grand par ses œuvres et sa doctrine 3, à lui s'applique directement l'oracle de l'Esprit-Saint : Ceux qui enseignent la justice à plusieurs brilleront comme des étoiles dans les éternités sans fin *.

Quand il parut, une secte odieuse voulait

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