L'Année liturgique — Le Temps après la Pentecôte (t. 10-15) (page 43)

Dom Prosper Guéranger · Vie de piété

Texte français, domaine public · Source : archive.org — L'Année liturgique t. 10-15, éd. 1911 (OCR) · 70 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

1 éclat de ses feux par son manteau de neige, terrible aussi plus qu'une armée > ; car, à dater de ce jour, osant ce que n'avaient tenté apôtres ni martyrs, ce dont Jésus même n'avait point voulu sans elle prendre pour lui l'honneur, elle dépossède de leurs trônes usurpés les divinités de l'Olympe. Comme il convenait, Taltière Junon dont l'autel déshonorait l'Esquilin, la fausse reine de ces dieux du mensonge fuit la première à l'aspect de Marie, cédant les splendides colonnes de son sanctuaire souillé à la seule vraie impératrice de la terre et des cieux.

Quarante années avaient passé depuis ces temps de Silvestre où « l'image du Sauveur, tracée sur les murs du Latran, apparut pour la première fois, dit l'Eglise, au peuple romain -. » Rome, encore à demi païenne, voit aujourd'hui se manifester la Mère du Sauveur; sous la vertu du très pur symbole qui frappe au dehors ses yeux surpris, elle sent s'apaiser les ardeurs funestes qui tirent d'elle le fléau des nations dont maintenant elle aussi doitètre la mère, et c'est dans l'érnoI. Gant. VI, 9. — 2. Lectionei II' Noct. in Dedic. basilicœ Salvatoris.

364 L^ Temps après la Pentecôte.

tion d'une jeunesse renouvelée qu'elle voit les souillures d'autrefois céder la place sur ses collines au blanc vêtement qui révèle l'E- pouse '.

Déjà, et dès les temps de la prédication apostolique, les élus que le Seigneur, malgré sa résistance homicide, recueillait nombreux dans son sein, connaissaient Marie, et lui rendaient à cet âge du martyre des hommages qu'aucune autre créature ne reçut janlais: témoin, aux catacombes, ces fresques primitives où Notre-Dame, soit seule, soit portant l'Enfant-Dieu, toujours assise, reçoit de son siège d'honneur la louange, les messages, la prière ou les dons des prophètes, des archanges et des rois 2. Déjà dans la région transtlbérine, au lieu où sous Auguste avait jailli l'huile mystérieuse annonçant la venue de l'oint du Seigneur, Calliste élevait vers l'an 222 une église à celle qui demeure à jamais le véritable /ow5 oleiAa source d'où sort le Christ et s'écoule avec lui toute onction et toute grâce. La basilique que Libère, aimé de Notre-Dame, eut la gloire d'élever sur l'Esquilin, ne fut donc pas le plus ancien monument dédié par les cnrétiens .de Rome à la Mère de Dieu; la primauté qu'elle prit dès l'abord, et conserva entre les églises de la Ville et du monde consacrées à Marie, lui fut acquise par les circonstances aussi solennelles que prodigieuses de ses origines.

Es-tu entré dans les trésors de la^neige, dans ynes réserves contre Vennemi pour lejcur du

I Apoc. XIX, 7-8. — 2 Cimetières de Priscille, de

Nérée et Achillée, etc

Notre-Dame-des-Neiges. 365

combat? disait à Job le Seigneur i. Au cinq août donc, pour continuer d'emprunter leur langage aux Ecritures ■•^, à l'ordre d'en haut, les trésors s'ouvrirent et la neige s'envolant comme Voiseau précipita son arrivée, et sa venue fut le signal soudain des jugements du ciel contre les dieux des nations, La tour de David 3 domine maintenant les tours de la cité terrestre; inexpugnable en la position qu'elle a conquise, elle n'arrêtera qu'avec la prise du dernier fort ennemi ses sorties victorieuses. Qu'ils seront beaux vos pas dans ces expéditions guerrières, ô fille du prince ^, à reine dont l'étendard, par la volonté de votre Fils adoré, doit flotter sur toute terre enlevée à la puissance du serpent maudit ! L'ignominieuse déesse qu'un seul de vos regards a renversée de son piédestal impur, laisse Rome encore déshonorée par la présence de trop de vains simulacres. O notre blanche triomphatrice, aux acclamations des nations délivrées, prenez la voie fameuse qu'ont suivie tant de triomphateurs aux mains rougies du sang des peuples ; traînant à votre char les démons démasqués enfin, montez à la citadelle du polythéisme, et que la douce église de Sainte-Marie /« Ara cœli remplace au Capitole le temple odieux de Jupiter. Vesta, Minerve, Cérès, Proserpine, voient leurs sanctuaires , leurs bois sacrés , prendre à Tenvi le titre et les livrées de la libératrice dont leur fabuleuse histoire offrit au monde d'informes traits, mêlés à trop de

I.JOB. XXXVIII, 22-23. — 2. Eccli. XLIII, I4-l5, 19-20. — 3. Cant. IV, 4. — 4- Ibid. vu, i.

366 Le Temps après la Pentecôte.

souillures. Le Panthéon, devenu désert, aspire au jour où toute noblesse et toute magnificence seront pour lui dépassées par le nom nouveau qui lui sera donné de SainteMarie-des-Mart)TS. Au triomphe de votre Assomption dans les cieux, quel préambule,

6 notre souveraine, que ce triomphe sur terre dont le présent jour ouvre pour vous la marche glorieuse !

La basilique de Sainte-Marie-des-Neiges, appelée aussi de Libère son fondateur, ou de Sixte troisième du nom qui la restaura, dut à ce dernier de devenir le monument de la divine maternité proclamée à Ephèse; le nom de Sainte-Marie-Mère, qu'elle reçut à cette occasion, fut complété sous Théodore \'^ i, qui l'enrichit de sa relique la plus insigne, par celui de Sainte-Marie de la Crèche ; nobles appellations que résume toutes celle de Sainte-Marie Majeure, amplement justifiée i^ar les faits que nous avons rapportés, la dévotion universelle, et la prééminence effective que lui maintinrent toujours les Pontifes romains. La dernière dans l'ordre du temps parmi les sept églises sur lesquelles Rome chrétienne est fondée, elle ne cédait le pas au moyen âge qu'à celle du Sauveur, dans la procession de la grande Litanie au

25 avril, les anciens Ortire5 romaine assignent à la Croix de Sainte-Marie sa place entre la Croix de Saint-Pierre au-dessous d'elle et celle de Latran qui la suit '- Les importantes

I. 642-649. — 2. Muséum italicum • Joann. Diac

Lib. de Eccl. Lateran. xvi, de episcopis et cardinal, per patriarchatus disposicis ; romaai Ordin. xi, xii.

Notre-Dame-deS'Neiges. 36y

et nombreuses Stations liturgiques indiquées à la basilique de l'Esquilin, témoignent assez de la piété romaine et catholique à son endroit. Elle eut l'honneur de voir célébrer des conciles en ses murs et élire les vicaires de Jésus-Christ; durant un temps ceux-ci l'habitèrent, et c'était la coutume qu'aux mercredis des Quatre-Temps, où la Station reste toujours fixée dans son enceinte, ils' y publiassent les noms des Cardinaux Diacres ou Prêtres qu'ils avaient résolu de créer i.

Quant a la solennité anniversaire de sa Dédicace, objet de la fête présente, on ne peut douter qu'elle n'ait été célébrée de bonne heure sur l'Esquilin. Elle n'était pas encore universelle en l'Eglise, au xin' siècle ; Grégoire IX, en effet, dans la bulle de canonisation de saint Dominique qui était passé le SIX août de la terre au ciel, anticipe sa rete au cinq de ce mois comme étant libre encore, a la différence du six occupé déjà, comme nous le verrons demain, par un autre objet. Ce fut seulement Paul IV qui, en i558, hxa définitivement au quatre août la fête du fondateur des Frères Prêcheurs; or la raison qu il en donne est que la fête de SainteMane-des-Neiges, s'étant depuis généralisée et prenant le pas sur la première, aurait pu nuire dans la religion des fidèles à l'honneur du au saint patriarche, si la fête de celui-ci continuait d'être assignée au même jour - Le bréviaire de saint Pie V promulguait peu

I. Paulus de Angelis. Basilicœ S. Marije Mai. descnptio, VI. V. - 2. Pauli IV Const. Gloriosus in bunc lis SUIS

I IBERIO summo Ponti^ fice, Joannes patricius Romanus, et uxor pari nobilitate, cum liijeros non suscepissent. quos bonorum hœredes relinquerent, suam haereditatem sanctissimse Virgini Dei Matri voverunt, ab ea summis precibus assidue petentes, ut in quod pium opus eam pecuniam potissimum erogari vellet, aliquo modo significaret. Quorum preces et vota ex animo facta beata Virgo Maria bénigne audiens, miraculo comprobavit.

NONIS igitur augusti, quo tempore in Urbe maximi calores esse soient, noctu nix partem coliis Exquilini contexit. Qua nocte Dei Mater separatim Joannem et conjugem in somnis admonuit, ut quera locum nive conspersum vidèrent, in eo ecclesiam adificarent, quae Marias ^*irginis nomine dedicaretur • se enim ita velle ab ipsis haeredem institui. Quod Joannes ad Liberium Pontificem deCous le pontificat du Pape *^ Libère, le natrice romain Jean et son épouse d'égale noblesse, n'ayant point eu d'enfants auxquels ils pussent laisser leurs biens après eux, vouèrent leur héritage à la très sainte Vierge Mère de Dieu, la suppliant par de ferventes et assidues prières de signifier en quelque manière l'œuvre pie à laquelle elle préférait qu'on employât cet argent. La bienheureuse Vierge Marie, écoutant avec bonté ces prières et ces vœux partis du cœur, y répondit par un miracle.

Aux nones d'aoiît, époque habituelle pour Rome des plus grandes chaleurs, la neige couvrit de nuit une partie de la colline Esquiline. Cette même nuit, la Mère de Dieu donnait en songe avis à Jean et à son épouse, séparément, qu'ils eussent à construire au lieu qu'ils verraient couvert de neige une église qui serait consacrée sous le nom de la Vierge Marie : ainsi voulaitelle être instituée leur héritière. Jean l'ayant fait savoir au Pape Libère, celui-ci

Notre-Dame-des-Neîges.

36 g déclara avoir eu la même vision.

tulit, qui idem per somnium sibi contigisse affîrmiivit.

/^ UARE solemni sacerV^ dotum et populi suj> plicatione ad collera venit nive coopertum, et m eo locum ecclesiae designavit, quse Joannis et uxoris pecunia exstrueta est. postea a Xvsto Tertio restituta. Variis nominibus primum est appellata, basilica Libeni, sancta Maria ad Praesepe. Sed cum multas jam essent in Urbe ecclesiae sub nomine sanctae Marise Virginis : ut quae basilica novitate miraculi ac dignitate caeteris ejusdem nominis basilicis praestaret, vocabuli etiam excellentia significaretur, ecclesia sanctae Mariœ majoris dicta est. Cujus dedicationis memoria ex nive, quœ hac die mirabiliter cecidit, anniversaria celebritate colitur.

QUELS souvenirs, 6 Marie, ravive en nous cette fête de votre basilique Majeure! Et quelle plus digne louange, quelle meilleure prière pourrions-nous vous offrir aujourd'hui que de rappeler, en vous suppliant de les renouveler et de les confirmer a jamais, les grâces reçues par nous dans son enceinte bénie? N'est-ce pas à son ombre,

SOLENNELLEMENT accompagné des prêtres et du peuple, il vint donc à la colline couverte de neige, et y détermina l'emplacement de l'église qui fut élevée aux frais de Jean et de son épouse. Sixte III la restaura plus tard. On l'appela d'abord de divers noms, basilique de Libère, SainteMarie de la Crèche. Mais de nombreuses églises ayant été bâties dans la Ville sous le nom de la sainte Vierge Marie, pour que la basilique qui l'emportait sur les autres de même nom en dignité et par l'éclat de sa miraculeuse origine, fût aussi distinguée par l'excellence de -son titre, on la désigna sous celui d'église de Sainte-Marie-Majeure. On célèbre la solennité anniversaire de sa dédicace en souvenir du miracle de la neige tombée en ce jour.

3jo Le Temps après la Pentecôte.

ûu'unis à notre mère l'Eglise en dépit des distances, nous avons goûté les plus douces et les plus triomphantes émotions du Cycle inclinant maintenant vers son terme ?

C'est là qu'au premier dimanche de l'Avent a commencé l'année, comme dans « le lieu le plus convenable pour saluer l'approche du divin Enfantement qui devait réjouir le ciel et la terre, et montrer le sublime prodige de la fécondité d'une Vierge *. « Débordantes de désir étaient nos âmes en la Vigile sainte qui, dès le matin, nous conviait dans la radieuse basilique « où la Rose mystique allait s'épanouir entin et répandre son divin parfum. Reine de toutes les nombreuses églises que la dévotion romaine a dédiées à la Mère de Dieu, elle s'élevait devant nous resplendissante de marbre et d'or, mais surtout heureuse de posséder en son sein, avec le portrait de la Vierge Mère

Eeint par saint Luc, l'humble et glorieuse rèche que les impénétrables décrets du Seigneur ont enlevée à Bethléhem pour la conher à sa garde. Durant la nuit fortunée, un peuple immense se pressait dans ses murs, attendant l'heureux instant où ce touchant monument de l'amour et des abaissements d'un Dieu apparaîtrait porté sur les épaules des ministres sacrés, comme une arche de nouvelle alliance, dont la vue rassure le pécheur et fait palpiter le cœur du juste ■-. » Hélas ! quelques mois écoulés à peine

I. L'Avent, page 127. — 2. Le Temps de Noël, t. I,

Notre-Dame-des-Neiges. 3y i

nous retrouvaient dans le noble sanctuaire, « compatissant cette fois aux douleurs de notre Mère dans l'attente du sacrifice qui se préparait i. » Mais bientôt, quelles allégresses nouvelles dans l'auguste basilique! « Rome faisait hommage de la solennité pascale à celle qui, plus que toute créature, eut droit d'en ressentir les joies, et pour les angoisses que son cœur maternel avait endurées, et pour sa fidélité à conserver la foi de la résurrection durant les cruelles heures que son divin Fils dut passer dans l'humiliation du tombeau 2. » Eclatant comme la neige qui vint du ciel marquer le lieu de votre prédilection sur terre, 6 Marie, un blanc troupeau de nouveau-nés sortis des eaux formait votre cour gracieuse et rehaussait le triomphe de ce grand jour. Faites qu'en eux comme en nous tous, ô Mère, les affections soient toujours pures comme le marbre blanc des colonnes de votre église aimée, la charité resplendissante comme l'or qui brille à ses lambris, les œuvres lumineuses comme le cierge de la Pàque, symbole du Christ vainqueur de la mort et vous faisant hommage de ses premiers feux.

2. Le Temps Pascal, t. I, f. 209.

Dieu qui, dans la glorieuse Transtiguration de votre Fils unique, avez confirmé par le témoignage des pères les mystères de Ta foi, et par la voix sortie de la nuée lumineuse avez admirablement signifié d'avance l'adoption parfaite des enfants; rendez-nous dans votre miséricordieuse bonté les cohéritiers effectifs de ce Roi de gloire, en nous faisant participants de la même gloire qui resplendit en lui 1. 1) Noble formule, qui résume la prière de l'Eglise et nous donne sa pensée en cette fête de témoignage et d'espérance. Or, il convient d'obseVver tout d'abord que la mémoire de la glorieuse Transfiguration s'est vue déjà représentée au Cycle sacré : par deux fois, au deuxième dimanche de Carême et au samedi précédent, le récit en a passé sous nos yeux. Qu'est-ce à dire, sinon que la solennité présente a pour objet moins le fait historique déjà connu que le mystère permanent qui s'y rattache, moins la faveur personnelle qui honora Simon Pierre

1. Collecte du jour.

La Transfiguration de Notre-Seigneiir. 3j3

et les fils de Zébédée que l'accomplissement du message auguste dont ils furent alors chargés pour l'Eglise ? Ne parle^ à personne de cette vision, jusqu'à ce que le Fils de l'homme soit ressuscité d'entre les morts ' . L'Eglise, née du côté ouvert de l'Homme-Dieu sur la croix, ne devait point se rencontrer avec lui face à face ici-bas; lorsque, ressuscité des morts, il aurait scellé son alliance avec elle dans l'Esprit-Saint envoyé pour cela des cieux, c'est de la foi seule que devait s'alimenter son amour. Mais, par le témoignage suppléant la vue, rien ne devait manquer à ses légitimes aspirations de connaître. A cause de cela, c'est pour elle qu'un jour de sa vie mortelle encore, faisant trêve à la commune loi de souffrance et d'obscurité <}u'il s'était imposée pour sauver le monde, il laissa son naturel écoulement à la gloire qui remplissait en lui l'âme bienheureuse. Le Roi des Juifs et des Gentils 2 se révélait sur la montagne où sa calme splendeur éclipsait pour jamais les foudres du Sinaï; le Testament de l'alliance éternelle se déclarait, non plus dans la promulgation d'une loi de servitude gravée sur la pierre, mais dans la manifestation du Législateur luiniême, venant sous les traits de l'Epoux 3 régner par la grâce et la beauté sur les cœurs*. La prophétie et la loi, qui préparèrent ses voies dans les siècles d'attente, Elie et Moïse, partis de points différents, se

I . Matth. xvn, Q. — 2. Hymne des Vêpres. — S.Basil.

Seleuc. Oratio XL, 3, in Transfig. Dom. — 4.. Psaln%

3j4 ^£ Temps après la Pentecôte.

rencontraient près de lui comme des courriers hdèies au point d'arrivée ; faisant hommage au Maître commun de leur mission conduite à son terme, ils s'effaçaient devant lui à la voix du Père disant. Celui-ci est mon Fils bien-aimé ' ! Trois témoins, autorisés plus que tous autres, assistaient à cette scène solennelle : le disciple de la foi, celui de l'amour, et l'autre tils du tonnerre qui devait le premier sceller dans le sang la foi et l'amour apostoliques. Conformément à l'ordre donne et à toute convenance, ils gardèrent religieusement le secret du Roi 2, jusqu'au jour où celle qu'il concernait pût la première en recevoir communication de leurs bouches prédestinées.

Le six août fut-il ce jour à jamais précieux pour l'Eglise? Plus d'un docteur des rites sacrés l'atïîrmeS Du moins convenait-il que le fortuné souvenir en fût de préférence célébré au mois de l'éternelle Sagesse. Eclat de la lumière incréée, miroir sans ^ache de l infinie bonté *, c'est elle qui, répandant la grâce sur les lèvres du Fils de l'homme, en fait aujourd'hui le plus beau de ses frères s, et dicte plus mélodieux que jamais au chantre inspiré les accents de l'épithalame : Mon cœur a proféré une parole excellente, c'est au Roi que je dédie mes chants '^

I. Matth. XVII ; Marc, ix -, Luc. ix ; II Petr. i.

— 2. ToB. XII, 7. — 3- SiCARD. Cremon. Mitrale, ix, 38; Beleth. Rationale, cxliv , Di'rand. \'II. xxii ; etc. — 4. Verset alléluiatique, ex Sap. vu, 2'i. — 5. Graduel, ex Psalm xi.iv, 3. — 6 Verset du Graduel, ex eodem Psalmo^ 2

La Transfiguration de Noîve-Seigneiir. 3j5

Aujourd'hui, sept mois écoulés depuis l'Epiphanie manifestent pleinement le mystère dont la première annonce illumina de si doux rayons le Cycle à ses débuts; par la vertu du septénaire ici à nouveau révélée, les commencements de la bienheureuse espérance i que nous célébrions alors, enfants nousmêmes avec Jésus enfant, ont grandi comme l'Homme-Dieu et l'Eglise; et celle-ci, établie dans l'inénarrable paix de la pleine croissance qui la donne à l'Epoux -', appelle tous ses fils à croître comme elle par la contemplation du Fils de Dieu jusqu'à la mesure de l'âge parfait du Christ s. Comprenons donc la reprise en ce jour, dans la Liturgie sainte, des formules et des chants de la glorieuse Théophanie. Lève-toi, Jérusalem ! "sois illuminée ; car ta lumière est venue, et la gloire du Seigneur s'est levée sur toi^. C'est qu'en effet, sur la montagne, avec le Seigneur est glorifiée aussi l'Epouse, resplendissante ellemême de la clarté de Dieu s.

Car tandis que « sa face resplendissait comme le soleil, dit de Jésus l'Evangile, 5^5 vêtements devinrent blancs comme larieige ^. » Or ces vêtements, d'un tel éclat de neige, observe saint Marc, qu'il n'y a point de foulon qui puisse en faire d'aussi blancs sur la terre ", que sont-ils sinon les justes, inséparables de l'Homme-Dieu et son royal ornement, sinon la robe sans couture qui est

I. Léon, in Epiph. Sermo II, 4. — 2. Cant. viii. lo.

— 3 Eph. IV. I?. — 4. Premier Répons des Matines, ex IsAl. LX. I. — 5 Capitule de None, ex Apoc, XXI, 1 1. — b. iMatt^. XVII, 2—7. Marc, ix, 2

3 y 6 Le Temps après la Pentecôte.

l'Eglise, et que la douce souveraine célébrée hier continue de tissera son Fils de la plus pure laine, du plus beau lin qu'ait trouvés la femme forte ^ ? Aussi, bien que le Seigneur, ayant traversé le torrent de la soufï'rance -, soit personnellement entré déjà sans retour dans sa gloire s, le mystère de la radieuse Transfiguration ne sera complet qu'à l'heure où le dernier des élus, ayant lui-même passé par la préparation laborieuse du foulon divin * et goûté la mort, aura rejoint dans sa résurrection le chef adoré. Face du Sauveur, ravissement des cieux, c'est alors qu'en vous brilleront toute gloire, toute beauté, tout amour. Exprimant Dieu dans la directe ressemblance du Fils par nature, vous étendrez les complaisances du Père au retîet de son Verbe constituant les fils d'adoption, et se jouant dans l'Esprit-Saint jusqu'aux dernières franges du manteau qui remplit au-dessous de lui le temple •''.

D'après la doctrine de l'Ange de l'école, en effet ^, l'adoption des enfants de Dieu, qui consiste en une conformité d'image avec le Fils de Dieu par nature ', s'opère en une double manière : d'abord par la grâce de cette vie, et c'est la conformité imparfaite , ensuite par la gloire de la patrie, et c'est la conformité parfaite, selon cette parole de saint Jean . « Nous sommes dès maintenant les enfants de Dieu, et cependant ce que nous serons ne paraît pas encore, nous savons que

i.-Prov. XXXI, i3. — 2. Psalm. cix, 7.— 3. Luc.

6 III* P qu. xi.v, art. 4 — 7. Rom. viii, 2Q-3o.

La Transfiguration de Notre- Seigneur Sjj

lorsque Jésus apparaîtra, nous lui serons semblables, parce que nous le verrons comme il est 1. D

La parole éternelle : Vous êtes mon Fils, je vous ai engendré aujourd'hui 2, a eu deux échos dans le temps, au Jourdain et sur le Thabor ; et Dieu, qui ne se répète jamais ^, n'a point en cela fait exception à la règle de ne dire qu'une fois ce qu'il dit. Car, bien que les termes employés dans les deux circonstances soient identiques, ils ne tendent pas au même but, dit toujours saint Thomas, mais à montrer cette manière différente dont l'homme participe à la ressemblance de la filiation éternelle. Au baptême du Seigneur, où fut déclaré le mystère de la première regénération, comme dans sa Transfiguration qiii nous manifeste la seconde, la Trinité apparut tout entière : le Père dans la voix entendue, le Fils dans son humanité, le Saint-Esprit, d'abord en forme de colombe, ensuite dans la nuée éclatante; car si, au baptême, il confère l'innocence qui est désignée par la simplicité de la colombe, dans la résurrection il donnera aux élus la clarté de la gloire et le rafraîchissement de tout mal, qui sont signifiés par la nuée lumineuse K

Mais, sans attendre le jour où notre désiré Sauveur renouvellera nos corps eux-mêmes conformément à la clarté glorieuse de son divin corps », ici-bas même déjà, le mystère de la radieuse Transfiguration s'opère en nos

t. I JoHAN. III, 2. — 2. Psalm. II, 7. — 3. Job. XXXIII, 14. — 4. III' P. Ibid. ad i et 2. — 5. Capitule de Vêpres et de Laudes, ex Philipp. m, 20-2 1.

3^8 Le Temps après la Pentecôte.

âmes. C'est de la vie présente qu'il a été écrit, et qu'aujourd'hui l'Église chante : Le Dieu qui fait briller la lumière au sein des ténèbres a resplendi dans nos cœurs, pour les éclairer de la science de la clarté de Dieu par la face du Christ Jésus ^. Thabor, saint et divin mont qui rivalises avec les cieux 2, comment ne pas redire avec Pierre : // nous est bon d'habiter ton sommet ! Car ton sommet c'est l'amour^, la charité, qui domine au milieu des vertus comme tu l'emportes en grâce, en hauteur, en parfums, sur les autres montagnes de Galilée qui virent aussi Jésus passer, parler, prier, accomplir des prodiges, mais ne le connurent pas dans l'intimité aes parfaits. C'est après six jours, observe l'Evangile, et dès lors dans le repos du septième, qui déjà confine au huitième de la résurrection *, que Jésus s'y révèle aux privilégiés répondant à son amour. Le royaume de Dieu est en nous'-^", lorsque, laissant endormi tout souvenir des sens, nous nous élevons par l'oraison au-dessus des œuvres et soucis de la terre, il nous est donné d'entrer avec l'Homme-Dieu dans la nuée : là, contemplant directement su gloire, autant que le comporte l'exil, 7ious sommes transformés de clarté en clarté par la puissance de son Esprit dans sa propre image ^.

« Donc, s'écrie saint Ambroise, gravissons la montagne ; supplions le Verbe de Dieu de se

6. Capitule de Sexte, ex II Cor. m, 18.

La Transfiguratioyi de Notve-Seigneiir 3yg

montrer à nous dans sa splendeur, dans sa beauté; qu'il se fortifie, qu'il progresse heureusement, qu'il règne en nos âmes i. Car, mystère profond ! sur ta mesure, le \'erbe décroît ou grandit en toi. Si tu ne gagnes ce sommet plus élevé que l'humaine pensée, la Sagesse ne t'apparaît pas ; le Verbe se montre à toi comme dans un corps sans éclat et sans gloire 2, »

Si la vocation qui se révèle pour toi en ce )Our est à ce point grande et sainte 3, « révère l'appel de Dieu, reprend à son tour André de Crète * : ne t'ignore pas toi-même, ne dédaigne pas un don si grand, ne te montre pas indigne de la grâce, ne sois pas si lâche en ta vie que de perdre ce trésor des cieux. Laisse la terre à la terre, et les morts ensevelir leurs morts ^; méprisant tout ce qui passe, tout ce qui s'éteint avec le siècle et la chair, suis jusqu'au ciel inséparablement le Christ qui fait route en ce monde pour toi. Aide-toi de la crainte et du désir, pour écarter la défaillance et garder l'amour. Donnetoi tout entier; sois souple au Verbe dans l'Esprit-Saint, pour la poursuite de cette fin bienheureuse et pure : ta déification, avec la jouissance d'inénarrables biens. Par le zèle des vertus, par la contemplation de la vérité, par la sagesse, arrive à la Sagesse, principe de tout et en laquelle subsistent toutes choses ^. »

4. Andr Hierosolymitani , Archiepisc. Cretensis

Oratio in Transfigur. — 5. Matth. viii, 22. — 6. Col.

38o Le Temps après la Pentecôte.

La fête de la Transfiguration remonte aux temps les plus reculés chez les Orientaux. Elle est, chez les Grecs, précédée d'une Vigile et suivie d'une Octave ; et l'on s'y abstient des œuvres serviles, du commerce et des plaidoiries. Sous le gracieux nom de rose-flamme, rosce coruscatio, on la voit dès le commencement du IV» siècle, en Arménie, supplanter Diane et sa fête des fleurs par le souvenir du jour où la rose divine entr'ouvrit un moment sur terre sa corolle brillante. Précédée d'une semaine entière de jeûnes, elle compte parmi les cinq principales du Cycle arménien, où elle donne son nom à l'une des huit sections de l'année. Bien que le Ménologe de cette Eglise l'indique au six août comme celui des Grecs et le Martyrologe romain, elle y est cependant célébrée toujours au septième dimanche après la Pentecôte, et par un rapprochement plein de profondeur, on y fête au samedi qui précède l'Arche de l'alliance du Seigneur, figure de l'Eglise.

En Occident, les origines de la fête de ce jour sont moins faciles à déterminer. Mais les auteurs qui reculent son introduction dans nos contrées jusqu'à l'année 1457, où en effet Calliste III promulgua de précepte un Office nouveau de cette solennité enrichi d'indulgences, n'ont pas vu que le Pontife en parle comme d'une fête déjà répandue et, dit-il, a vulgairement appelée au Sauveur K » On ne peut nier toutefois qu'à Rome principalement, la célébrité de la fête plus ancienne de Sixte II,

I. Callist. III CoQst. l'nter divinae dispensationis arcjna.

La Transfiguration de Notre-SeigneuT 38 1

et sa double Station aux deux cimetières

3ui avaient recueilli séparément les reliques u Pontife martyr et de ses compagnons, n'ait nui longtemps à l'acceptation au même jour d'une autre solennité. Quelques églises même, tournant la difficulté, choisirent une autre date de l'année que le six août pour honorer le mystère. Par une marche semblable à celle que nous constations hier pour Notre-Dame-des-Nei^es, la fête de la Transfiguration devait s'étendre plus ou moins privément, avec Offices et Messes de composition variée i, jusqu'au jour où l'autorité suprême interviendrait pour sanctionner et ramener à l'unité cette expression de la piété des diverses églises. Calliste III crut l'heure venue de consacrer sur ce point le travail des siècles; il fit de l'insertion solennelle et définitive de cette fête de triomphe au calendrier universel le monument de la victoire qui arrêta sous les murs de Belgrade, en 1456, la marche en avant de Mahomet II, vainqueur de Byzance, contre la chrétienté. Mais au ix* siècle déjà, sinon plus tôt, les documents liturgiques, martyrologes et autres 2, fournissent la preuve qu'elle était en possession d'une solennité plus ou moins grande ou d'une mémoire quelconque en divers lieux. Au xii*, Pierre le Vénérable, sous le gouvernement duquel Cluni prit possession du Thabor 3, statue que «dans tous les monastères ou églises appartenant à son

I. ScHULTiNG, à ce jour; To.m.masi, Antiphonaire.

— 2. Wandalbert; Eldefons. — 3. Petr. Venerab. Lib. II, Epist 44.

3S2 Le Temps après la Pentecôte.

Ordre, la Transfiguration sera fêtée avec le même degré de solennité que la Purification de Notre-Dame ^ ; »et la raison qu'il en donne, outre la dignité du mystère, est a l'usage ancien ou récent de beaucoup d'églises par le monde, qui célèbrent la mémoire de la dite Transfiguration avec non moins d'honneur que l'Epiphanie et l'Ascension du Seigneur -. »

Par ailleurs, à Bologne, en i233, dans l'instruction juridique préliminaire à la canonisation de saint Dominique, la mort du Saint est déclarée avoir eu lieu eri la fête de saint Sixte, sans nulle mention d'aucune autre ^. il est vrai, et nous croyons ce détail non dénué de valeur interprétative en l'occurrence, quelques années plus tôt Sicard de Crémone s'exprimait ainsi dans son Mitrale : « Nous célébrons la Transfiguration du Seigneur au jour de saint Sixte *. » N'était-ce pas indiquer assez que si la fête de ce dernier continuait toujours de donner son nom traditionnel au viii des ides d'août, elle n'empêchait pas que déjà une solennité nouvelle, et plus grande même, ne prît place à côté de la première, en attendant qu'elle l'absorbât dans ses puissants rayons? Car il ajoute :

a C'est pourquoi e« ce viêmejour, la Transfiguration se rapportant à l'état qui doit être celui des fidèles après la résurrection, on consacre le sang du Seigneur avec du vin nou1. Statuta Cluniac. v. — 2. Ibid. — 3. Déposition du Prieur de Saint-Nicolas. — 4, Sicard. Mitrale, IX,

La Transfiguration de Notre-Seigneur. 383

veau, s'il est possible d'en avoir, afin de signifier ce qui est dit dans l'Evangile : Je ne boirai plus de ce fruit de la vigne, jusqu'à ce que je le boive nouveau avec vous dans le royaume de mon Père ^. Si l'on ne peut s'en procurer, qu'on pressure au moins dans le calice un peu de raisin arrivé à maturité, ou qu'on bénisse desgrappes qui soient partagées au peuple -. »

L'auteur du Mitrale mourut en I2i5. Or il ne fait que reprendre ici l'explication déjà donnée dans la seconde moitié du siècle précédent par Jean Beleth, recteur de l'Université de Paris 3. On doit reconnaître, en effet, que la très ancienne benedictio uvœ des Sacramentaires au jour de Saint-Sixte, ne se rapporte à rien de la vie du grand Pape qui puisse justifier l'attribution. Les Grecs, chez qui cette même bénédiction des raisins est aussi fixée à la môme date du six août a, n'y ont jamais célébré que la Transfiguration du Seigneur, sans aucune mémoire de Sixte IL Quoi qu'il en soit, les paroles de l'évêque de Crémone et du recteur de Paris montrent que Durand de Mende, exposant la même interprétation symbolique, à la fin du xiii« siècle ^, est en cela l'écho d'une tradition plus ancienne que son temps.

L'ancien Office de la fête a été conservé par saint Pie V, sauf les Leçons du premier et

384 ^^ Temps après la Pentecôte.

du deuxième Nocturne qui étaient tirées d'O- rigène ', et les trois Hymnes des Vêpres, des Matines et des Laudes, rappelant quelque peu la facture des Hymnes correspondantes du Très-Saint Sacrement 2. L'Hymne actuelle des Vêpres et des Matines, que nous donnons ici, est empruntée au beau chant de Prudence sur l'Epiphanie, dans son Cathemerinon.

QuiCUMQUE Christum quaritis Oculos in altum tollite : Ilfic licebit visere Signum perennis gloriae.

Illustre quiddam cernimus, Quod nesciat finem pati, Sublime, celsum, interminum, Antiquius cœlo et chao.

Hic ille Rex est Gentium, Populique Rex judaici, Promissus Abrahaf patri, Ejusque in aevum semini.

Hune et prophetis testibus.

OV0X3S qui cherchez le Christ, levez les yeux en haut ; là, vous apercevrez le signe de son éternelle gloire.

La lumière qui éclate manifeste Celui qui ne connaît pas de terme, le Dieu sublime, immense, sans limites, dont la durée précède celle du ciel et du chaos.

Il est le Roi des nations, le Roi du peuple judaïque , il fut promis au Patriarche Abraham et à sa race, dans les siècles.

Les Prophètes sont ses témoins, et sous leur propre

T. Homil. xii inExod. De vultu Moysi glorifîcato et velamine quod ponebat in facie sua.

2 Gaude, mater pietatis.

Exsiiltit laudibus saçrata concioNorum sidus exuritur.

La Transfiguration de Notre-Seignein

garantie, témoin lui-même, le Père nous ordonne de l'écouter et de le croire.

Jésus, gloire soit à vous qui vous révélez aux petits, à vous avec le Père et l'Esprit-Saint dans les siècles éternels.

Amen.

lisdemque signatoribus Testator et Pater jubet Audire nos et credere.

Jesu, tibi sit gloria, Qui te révélas parvulis, Cum Pâtre et almo Spiritu In sempiterna saecula.

Amen.

Adam de Saint- Victor a aussi chanté glorieux mystère.

RÉJOUISSONS-NOUS en allégresse et fêtons dévotement ces saintes solennités; âu'à l'honneur du souverain >ieu la louange du présent jour retentisse en l'Eglise.

Le Christ en ce jour fortuné donna les signes manifestes de sa gloire ; qu'il soit en aide et nous remplisse de sa grâce, afin que nous puissions le redire !

Le Christ donc, le Dieu fort, qui donne la vie, qui dompte la mort, le véritable soleil de justice, transfiguré au sommet du Thabor, glorifie aujourd'hui la chair qu'il reçut de la Vierge.

Oh ! qu'heureux est des bons le partage ! Car telle

le

L Ac dévote celebremus

Haec sacra solemnia ; Ad honorem summi Dei Hujus laudes nunc diei

Personet Ecclesia.

In hac Christus die festa Suje dédit manifesta

Gloriae indicia ; Ut hoc possit enarrari Hic nos suo salutari

Repleat et gratia !

Christus ergo, Deus fortis, V'itas dator, Victor mortis,

V'erus sol justitiae, Quam assumpsit carnenj

de Virgine, Transformatus in Thabor culmine. Glorifient hodie.

O quam felix sors bonorum !

3S6 Le Temps après la Pentecôte.

Talis enim beatorum

Erit resurrectio. Sicut fulget sol pleni luminis, Fulsit Dei vultus et hominis, Teste Evangelio.

Candor quoque sacrse vestis Deitatis fuit testis

Et futurae glorise. Mirus honor et sublimis • Mira, Deus, tuae nimis

Virtus est potentise.

Cumque Christus, virtus Dei, Petro, natis Zebedaei

Majestatis gloriam Demonstraret manifeste, Ecce vident, Luca teste,

Moysem et Eliam.

Hoc habemus ex Matthaeo,

Quod loquentes erant

Dec Dei Patris Filio :

Vere sanctum, vere dignum Loqui Deo et benignum, Plénum omni gaudio.

Hujus magna lausdiei, Quae sacratur voce Dei,

Honor est cximius : Nubes illos obumbravit, Et vox Patris proclamavit : Hc est meus Filius.

Hujus voccm exaudite :

sera la résurrection des bienheureux. Comme brille le soleil en sa pleine lumière, ainsi, au témoignage de l'E- vangile, brilla le visage du Dieu homme

L'éclat aussi de son sacré vêtement attesta sa divinité et la future gloire. Admirable et sublime honneur ! admirable, ô Dieu, plus que tout est la vertu de votre puissance.

Et lorsque le Christ, vertu de Dieu, devant Pierre et les fils de Zébédée, manifestait pleinement la gloire de sa majesté, voici qu'apparaissent, dit saint Luc, Moïse et Elie.

Nous apprenons de saint Matthieu qu'ils étaient vus

Èarlant à Dieu, au Fils du >ieu Père : chose vraiment sainte et vraiment digne, parler à Dieu ! chose bonne et pleine de toute joie.

Grande est la gloire de ce jour que consacre la voix de Dieu, insigne est son honneur ! une nuée les couvrit de lumière, et la voix du Père proclama : « C'est là « mon Fils.

« Ecoutez sa voix; car il

La Transfiguration de Notre- Seigneur. 38 j

« a les paroles de la vie, par « sa parole il peut toutes choa ses. » C'est là le Christ, le roi de tous, salut du monde, lumière des Saints, lumière éclairant toutes choses.

C'est là le Christ, Verbe du Père, par qui finit le droit cruel qu'eut contre nous l'ennemi méchant, l'odieux serpent qui, pénétrant Eve de son poison, fut notre perte ;

Le Christ qui en mourant nous guérit, en ressuscitant rétablit la vie et condamna la tyrannie de la mort. C'est là le Christ, éternelle Paix, gouvernant hauteurs et abîmes, à qui des cieux la voix du Père rend témoignage.

A cette voix sont troublés les trois Pères nommés plus haut; quand retentit cette parole, ils sont prosternés en terre. Au signe du Christ enfin ils se relèvent, regardent attentivement tout autour, quand soudain Jésus seul est en vue.

Habet enim verba vitae,

Verbo potens omnia. Hic est Christus, rex

cunctorum, Mundi salus, lux Sanctorum, Lux illustrans omnia.

Hic est Christus, Patris Verbum,

Per quem perdit jus acerbum

Quod in nobis habuit

Hostis nequam, serpens

dirus. Qui, fundendo suum virus Evœ, nobis nocuit.

Moriendo nos sanavit Qui surgendo reparavit Vitam Christus et damnavit

Mortis magislerium. Hic est Christus , Pax

aeterna, Ima regeus et superna, Cui de cœlis vox paterna

Confert testimonium.

Cujus sono sunt turbati Patres illi très praefati Et in terram sunt prostrati Quando vox emittitur. Surgunt tandem, annuente Sibi Christo, sed intente Circumspectant, cum repente Solus Jésus cernitur.

388 Le Temps après la Pentecôte.

Volens Christus haec celari Non permisit enarrari. Donec, vitae reparator, Hostis vitsî triumphator, Morte victa, surgeret. Haec est dies laude digna Qua tôt sancta fiunt signa? Christus, splendor De:

Patris, Prece sancta suje matris Nos a morte liberet.

Tibi, Pater, tibi, Nate, Tibi, Sancte Spiritus,

Sit cum summa potestate Laus et honor debitus ! Amen.

Voulant que ces faits fussent secrets, le Christ ne permit point qu'on les racontât, avant que, réparateur de la vie, triomphateur de l'ennemi de la vie, la mort vaincue, il fût ressuscité. Tel est ce jour digne de louange où s'opèrent tant de saints prodiges ; que le Christ, splendeur de Dieu le Père, par la prière sainte de sa mère nous délivre de la mort.

A vous, ô Père, à vous, ô Fils, à vous, Esprit-Saint, soient avec puissance souveraine la louange et l'honneur qui sont dus 1

Amen.

Les Menées des Grecs nous donneront ces strophes de saint Jean Damascène.

In Matutino.

OUI manibus învisibilibus formasti secundum imaginem tuam , Christe, hominem, archetypam tuam in figmento pulchritudinem ostendisti non ut in imagine, sed ut hoc ipse exsistens pcr substantiam, Dsus simul et homo.

Quam magnum et terribile visum est spectaculum hodie ! e cœlo senTOI qui de tes invisibles mains as formé l'homme à ton image, ô Christ, dans ton humanité tu as montré la beauté archétype , non comme en une image, mais l'étant toi-même substantiellement, ensemble homme et Dieu.

Quel redoutable et grand spectacle en ce jour ! du ciel le soleil qui affecte les

La Transfiguration de Notre-Seigneur. 38g

sens, d'ici-bas le soleil spirituel de justice, incomparable, brillent au mont Thabor

De tous les rois le plus beau, de tous les souverains le seigneur , bienheureux prince, habitant une inaccessible lumière, à toi hors d'eux-mêmes les disciples criaient : Enfants, bénissezle; chantez-le, prêtres; peuple, exaltez-le dans tous les siècles.

A toi, en tant gue seigneur du ciel, roi de la terre, maitre des souterraines demeures, ô Christ, firent cortège : représentants de la terre, les Apôtres ; du ciel, Elie de Thesbé ; des morts, Moïse : ils chantaient sans fin : Enfants, bénissez-le; chantez-le, prêtres; peuple, exaltez-le dans tous les siècles.

Laissant à la terre ses vaines préoccupations , ô ami des hommes, l'élite des Apôtres t'a suivi loin de la terre vers la divine cité; aussi, admis à bon droit à voir ta divine manifestation, ils chantaient • Enfants, bénissez-le ; chantez-le, prêtres ; peuple, exaltez-le dans tous les siècles.

sibilis, e terra v«ro incomparabilis eifulsit sol justitiœ. inlelligibilis, in monte Thabor.

Regnantium es Rex pulcherrimus, et ubique dominantium Dominus, princeps beatus, et lumen habitans inaccessibile, cui discipuli stupefacti clamabant : Pueri, benedicite ; sacerdotes , concinite ; populus, superexaltate per omnia saîcula.

Tamquam coelo dominanti, et terrœ regnanti, et subterraneorum dominium habenti, Christe, tibi adstiterunt ; e terra quidem apostoli; tamquam e coelo autem, Thesbites Elias ; Moyses vero ex mortuis, canentes incessanter . Pueri, benedicite ; sacerdotes, concinite; populus, superexaltate per orania sjecula.

Segnitiem parientes curse in terra derelictae sunt, apostolorum delectu, O humane, ut te secuti sunt ad sublimera e terra divinam politiam, unde et jure divinae tuae manifestationis participes effecti, canebant : Pueri, benedicite: sacerdotes, concinite ; populus. superexaltate per omnia saecula.

3go Le Temps après la Pentecôte.

Agite mihi, pa r e t e mihi, populi ascendentes in montem sanctum, coelestem : abjecta materia stemus incivitate viventis Dei, et inspiciamus mente divinitatem materias expertera Patris et Spiritus, in Filio unigenito eft'ulgentem.

Demulsisti desiderio me, Christe, et alterasti divino tuo amore , sed combure igné a materia remoto peccata mea, et impleri eis quae in te deliciis dignum fac, ut duos saltando magnificem, o bone, adventus tuos.

Venez, peuples, écoutezmoi, gravissons la sainte, la céleste montagne ; rejetant la matière , comportons-nous en citoyens de la cité du Dieu vivant, et par l'âme contemplons la divinité immatérielle du Père et de l'Esprit qui éclate dans le Fils unique.

Tu m'as fasciné de désir, ô Christ, et enivré de ton divin amour ; mais brûle d'un feu immatériel mes péchés et rends-moi digne de me rassasier des délices qui sont en toi, afin que j'exalte dans l'allégresse, ô très bon, tes deux avènements.

Il convient d'emprunter aussi quelques accents à l'Eglise d'Arménie qui célèbre ce jour avec tant de solennité.

QUI transfiguratus in monte vim divinam ostendisti, te glorificamus.intelligibile Lumen.

Ast ipsum deitatis ineffabile Lumen propriis visceribus provide portasti. Maria Mater 'Virgoque : te glorificamus et benedicimus.

L u m i n e abbreviato chorus Apostolorum terretur ; ast in te plenius habuisti ignem divinitatis, Maria Mater VirgoLUMIÈRE intelligible, nous vous glorifions , vous qui, transfiguré sur la montagne , avez montré votre vertu divine.

Or, cette ineffable Lumière de divinité, ton sein bienheureux l'a portée, Mane Mère et Vierge : nous te louons et bénissons.

Le chœur des Apôtres tremble à la vue de la Lumière amoindrie; en toi pleinement a résidé le feu divin, Marie Mère et Vierge :

La Transfiguration de Notre-Seignear. 3g

nous te louons et bénissons.

Une nuée lumineuse s'étend au-dessus des Apôtres; en toi, sainte Mère de Dieu, se répand TEsprit-Saint , vertu du Très-Haut, te couvrant de son ombre : nous le louons et bénissons.

O Christ, notre Dieu, faites qu'avec Pierre et les fils de Zébédée, nous soyons dignes de votre divine vision.

Par delà les monts de cette terre enlevez-nous au tabernacle intelligible plus élevé que les cieux.

Elles tressaillent aujourd'hui les montagnes de Dieu allant au-devant du Créateur, les troupes des Apôtres et des Prophètes associés aux monts éternels.

La montagne de Sion, l'Epouse du Roi immortel, est aujourd'hui dans la joie, à la vue du céleste Epoux paré de lumière en la gloire du Père

Aujourd'hui la branche de Jessc a fleuri sur le Thabor.

Aujourd'huis'exhale leparfum de l'immortalité , enivrant les disciples.

Nous vous bénissons, con8ubstantiel au Père, vous qui venez sauver le monde.

que : te glorificamus et benedicimus.

Apostolis nubes liicida tenditur desuper ; ast in te Spiritus Sanctus, virtus Altis&imi, diffunditur obumbrans, sancta Dei Mater : te glorificamus et benedicimus.

Christe, Deus noster, da ut cum Petro et filiis Zebedaei tua divina visione digni habeamur.

Ultra montem terrenum aufer nos ad intelligibile tabernaculum cœ- lo Celsius.

Exsultant hodie montes Dei Creatori obviam procedentes, Apostoloruin agmina et Prophetarum montibus aeternis sociata.

Hodie sponsa Régis immortalis, Sion excelsa lastatur, adspiciens cœ- lestem Sponsum iumine décorum in gloria Patris.

Hodie virga de radice Jesse floruit in monte Thabor.

Hodie immortalitatis odor émanât, inebrians discipulos.

Te benedicimus consubstaniialem Patri, qui venisti salvare mundum

Terminons, en adressant à Dieu cette prière du Missel ambrosien.

1I.L u MINA, qusesumus Domine, p o p u 1 um tuum, et splendcre gratiae tuae cor eorura semper accende : ut Salvatoris mundi, aeterni luminis gloria famulante, manifestata celebritas mentibus nostris reveletur semper, et crescat. Per eumdem Dominum.

Nous vous en prions, Seigneur, éclairez votre peuple, et que la splendeur de votrs grâce embrase toujours nos cœurs ; afin que par la vertu de la g-loire du Sauveur dii monde, lumière éternelle, le mystère manifesté dans cette fête se révèle toujours plus et croisse en nos âmes. Par le mémo Jésus-Christ , notre Seigneur.

iSTUM in cimiterio ayiimadversum f^vi. sciatis octavo iduum augustarum die. Apprenez que Sixte a été décapité dans le cimetière le huit des ides d'août i. » Ces paroles de saint Cyprien marquent le début d'une période glosieuse pour le Cycle et l'histoire. Du Pontife souverain à Cyprien lui-même en passant par le diacre Laurent, que d'holocaustes en quelques semaines la terre va présenter au Dieu très haut! On dirait l'Eglise, en cette fête de la Transfiguration du Seigneur, impatiente de joindre son témoignage d'Epouse a celui des Prophètes, des Apôtres et de Dieu. Le Bien- Aimé, proclame tel dans les cieux2, voit pour lui la terre attester elle aussi son amour : témoignage du sang et de tous les héroïsmes, écho sublime éveillé par la voix du Père en toutes les vallées de notre humble monde, et qui se répercutera dans les siècles !

Saluons aujourd'hui le très noble Pontife descendu le premier dans l'arène que Valé3g4 Le Temps après la Pentecôte.

rien ouvre toute grande aux combattants du Christ. Entre les vaillants chefs qui, de Pierre à Melchiade, menèrent la lutte où Rome fut vaincue et sauvée, il n'en est pas de plus illustre au titre du martyre. Saisi dans les souterrains de la gauche de l'Appienne, sur la chaire même où il présidait malgré les édits récents l'assemblée des frères, il fut après sentence du juge ramené à la crypte sacrée. Là, spectacle nouveau ! sur cette même chaire de son enseignement, au milieu des martyrs dormant dans les tombeaux voisins leur sommeil de paix, le bon et pacifique Pontife i reçut le coup de la mort. Des sept diacres de l'Eglise romaine six mouraient avec lui 2; Laurent restait seul, inconsolable d'avoir cette fois manqué la palme, mais confiant dans la parole qui lui donnait rendez-vous après trois jours à l'autel descieux.

Deux des diacres compagnons du Pontife étaient ensevelis au cimetière de Prétextât où avait eu lieu la sublime scène. Sixte et sa chaire empourprée transportés de l'autre côté de l'Appienne à la crypte des Papes, y devenaient pour de longs siècles le principal objet de la vénération des pèlerins. Tandis que Damase, aux jours de la paix, illustrait de ses nobles inscriptions les sépultures des Saints, le cimetière tout entier de Calliste, dont la salle funéraire des Pontifes faisait partie, recevait l'appellation « de Cécile et de Sixte »; glorieux noms que Rome inscriI. PoNTius DiAC. De vita et passione S. Cypriani,

XIV. — 2. Liber pontifie, in Sixt. II.

Saint Sixte ij, Pape et Martyr. 3g5

vait également dans les diptyques augustes du Sacrifice. Deux fois, à la date de ce jour, l'Action sacrée rassemblait les chrétiens pour célébrer, sur les deux côtés de la reine des voies qui conduisent à la Ville éternelle, les victimes triomphantes du viii des ides d'août '.

SIXTE II, originaire d'A- thènes, s'était converi de la philosophie à la foi du Christ. Dans la persécution de Valérien, il fut accusé de prêcher Jésus-Christ publiquement. Saisi , on le traîne au temple de Mars, lui donnant le choix ou de subir la peine capitale ou de sacrifier à l'idole, impiété dont il se défend avec énergie. Comme on le menait au martyre, il fait la rencontre de saint Laurent, qui lui demande tout affligé . « Où allez-vous, père, sans votre fils ? où courez-vous, saint pontife , sans votre diacre ? » Sixte lui répond : « Je ne t'abandonne pas, mon fils; de plus grands combats pour la foi du Christ t'attendent. Tu me suivras après trois jours ; le lévite rejoindra le prêtre. En attendant, distribue aux pauvres les trésors de l'E*- glise. » Le même jour donc

XYSTUS Secundus, Atheniensis, ex philosopho Christi discipulus, in persecutione Valeriani accusatus quod publice Christum praedicaret, comprehensus trahitur in templum ÎNIartis, proposita ei capital! pœ- na, nisi illi simulacro sacrificaret. Qua impietate constantissime recusata, cum ad martyrium duceretur , occurrenti sancto Laurentio, et doienter in hune modum interroganti • Quo progrederis sine filio pater ? quo sacerdos sancte sine ministro properas ? Respondit : Non ego te desero fili : majora te manent pro Christi fide certamina : post triduum me sequeris, sacerdotem levita • interea, si quid in thesauris habes, pauperibus distribue, Eodem igitur die interfec»

3q6 Le Temps après la Pentecôte.

tus est una cum Felicissimo et Agapito diaconis, Januario, Magno, Vincentio et Stephano subdiaconis, et in cœmeterio Callisti sepultus octavo idus augusti : caeteri vero in cœmeterio Praetextati. Sedit menses undecim , dies duodecim. Quo tempore habuit ordinationem mense decembri, creatis presbyteris quatuor, diaconis septem, episcopis duobus.

il fut mis à mort avec les diacres Félicissime et Agapit, les sous-diacres Janvier, Slagnus, Vincent et Etienne. On l'ensevelit au cimetière de Calliste le huit des ides d'août ; les autres furent déposés au cimetière de Prétextât. Il avait siégé onze mois et douze jours. Il fit pendant ce temps, au mois de décembre, une ordination où il créa quatre prêtres, sept diacres, deux évéques.

La Préface suivante du Sacramentaire léonien pour ce jour offre comme un parfum et une impression toute récente du triomphe de l'Eglise après la persécution.

VERE dignum. Cognoscimus enim, Domine, tuas pietatis effectus, quibus nos adeo gloriosi Sacerdotis et Martyris tui Xysti semper honoranda soiemnia, nec inter prasteritas mundi tribulationes, omittere voluisti , et nunc reddita praestas libertate venerari.

IL est vraiment juste de vous rendre grâces , ô Seigneur. Car nous reconnaissons ici les effets de votre bonté : c'est par elle qu'au milieu des tribulations passées du monde , vous avez voulu que nous n'omissions pas de solenniser la toujours vénérable mémoire de Sixte votre glorieux Pontife et Martyr; c'est par elle qu'il nous est donné de la célébrer maintenant dans la liberté reconquise.

Saint Sixte ij, Pape et Martyr. 3g j

L'Oraison actuellement en usage est celle du Sacramentaire grégorien pour les saints Félicissime et Agapit, dont on a fait précéder les noms de celui de saint Sixte.

Oivons de célébrer le jour natal de vos saints Martyrs Sixte, Félicissime et Agapit : donnez-nous de jouir de leur société dans l'éternelle béatitude. Par JésusChrist.

DEUS, qui nos concedis sanctorum Martyrum tuorum Xysti, Felicissimi et Agapiti natalitia colère : da nobis in aeterna beatitudine de eorum societate gaudere. Pcr Dominum.

AETAN apparut comme le zélateur du sanctuaire, à l'heure où la fausse réforme lançait par le monde ses manifestes de révoltée. Lagrande cause du péril d'alors avait été l'insuffisance des gardiens de la cité sainte, leur connivence par complicité de cœur ou d'esprit avec les doctrines et les mœurs païennes, qu'une renaissance mal entendue avait ramenées. Ravagée par le sanglier de la forêt, la vigne du Dieu des armées retrouverait-elle janiais sa fertilité des beaux jours i ? Gaétan reçut de l'éternelle Sagesse la révélation du nouveau mode de culture cjui convenait à cette fin pour une terre épuisée.

L'urgent besoin de ces jours néfastes était le relèvement du clergé par la dignité de la vie, le zèle et la science. 11 fallait à cette œuvre des hommes qui, clercs eux-mêmes dans l'acception entière du mot et la variété des obligations qu'il comporte, fussent pour les membres de la sainte hiérarchie un modèle permanent de la perfection primitive, un supplément à leurs impuissances, un

I. Pàalm. Lxxix.

Saint Gaétan de Thienne, Confesseur. 3 g g

levain qui peu à peu régénérerait et soulèverait la masse entière i. Mais où trouver ailleurs que dans la vie des conseils et la stabilité des trois vœux qui en forment l'essence, l'impulsion, la puissance, la durée nécessaires aux éléments d'une telle entreprise ? L'inépuisable fécondité de l'Ordre religieux ne lit pas plus défaut à l'Eglise en ces temps de décadence qu'aux époques de sa gloire. Après les moines tournés vers Dieu dans leurs solitudes, et attirant sur la terre qu'ils semblaient oublier la lumière et l'amour; après les familles des religieux mendiants, gardant par le monde leurs habitudes claustrales et l'austère parfum du désert : les clercs réguliers faisaient leur entrée sur le champ de bataille, où leur poste de combat, leur genre extérieur de vie, leur costume même, allaient confondre leurs ran^s avec ceux de la milice séculière ; ainsi on fortifie les cadres d'une troupe hésitante en y versant des soldats éprouvés de mêmes armes, qui agissent par la parole, l'exemple et l'entraînement sur les faibles.

Comme d'autres avaient été les initiateurs des grandes formes antérieures de la vie religieuse, Gaétan fut le patriarche des Clercs réguliers. Le 24 juin 024, un bref de Clément VII approuvait sous ce nom l'institut qu'il fondait cette année même avec l'évêque de Théate, d'où vint aussi aux nouveaux religieux l'appellation de Théatins. Bientôt, Barnabites, Compagnie de Jésus, Somasques de saint Jérôme Èmilien, clercs réguliers

40 0 Le Temps après la Pentecôte.

Mineurs de sainl François Carracciolo, clercs réguliers Ministres des infirmes, clercs réguliers des Ecoles pies, clercs réguliers de" la Mère de Dieu, d'autres encore, se pressaient dans la voie ouverte et montraient l'Eglise toujours seule belle, toujours digne de l'Epoux, laissant retomber de son poids sur l'hérésie l'accusation d'impuissance qu'elle lui avait lancée.

Ce fut sur le terrain du détachement des richesses, dont l'amour avait causé mille maux dans l'Eglise, que Gaétan voulut commencer et qu'iTmena le plus avant la réforme On vit les Théatins présenter au monde un spectacle inconnu depuis les Apôtres, pousser le zèle du dénûment jusqu'à s'interdire la faculté de mendier, et attendre toutes choses de l'initiative spontanée des fidèles. Héroïque hommage rendu à la Providence de Dieu, à l'heure "même où Luther en niait l'existence, et que maintes fois le Seigneur se plut à reconnaître par des prodiges.

Lisons le récit de la vie du nouveau patriarche.

GAJETvtNUS , n o b i l i Thienaea gente Vicentiae ortus, statim a matre Deiparse Virgini oblatus est. Mira a teneris annis morum innocentia in eo eluxit, adeo ut Sanctus ab omnibus nuncuparetur. Juris utriusque lauream Patavii adcptus, Romam profectus est : ubi inter

"^ AÉTAN naquit à Vicence, -J de la noble famille de Thienne ; à peine né, sa mère Icffrit à la Vierge Mère de Dieu. Telle apparut dès les premiers ans son admirable innocence, que par tous il était appelé le Saint. Il prit à Padoue les degrés de docteur en l'un et l'autre droit, et se rendit à Rome où Jules II lui donna rang dans

Saint Gaétan de Thienne, Confesseur. 401

la prélature. Ordonné prêtre, un tel feu de l'amour divin envahit son âme que, laissant la cour, il se voua à Dieu tout entier. On le vit fonder des hôpitaux de ses propres deniers, et y servir de ses mains les malades même atteints de maladies pestilentielles. Le zèle sans trêve qu'il déployait pour le salut du prochain lui fit donner le nom de Chasseur des âmes.

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