L'Année liturgique — Le Temps après la Pentecôte (t. 10-15) (page 44)
1 *^ étant grandement déchue, le désir de la ramener à la forme de la vie apostolique lui fit instituer l'Ordre des Clercs réguliers: ceux-ci , laissant de côté toute préoccupation des choses de la terre, sans revenus, sans autorisation de mendier, devaient vivre des seules aumônes offertes spontanément par les fidèles. Clément VII ayant donc approuvé l'institut, il en fit profession solennelle à l'autel majeur de la basilique Vaticane, en la compagnie de Jean-Pierre Caraffa évèque de Théate , qui fut plus tard le Pape Paul IV, et de deux autres personnages d'éminente piété. Dans le sac de Rome qui eut lieu alors, cruellement tourmenté par des soldats avides d'un argent que les
praelatos a Julio Secundo collocatus, et sacerdotio initiatus , tanto divini amoris œstu succensus est, ut relicta aula se îotum Deo mancipaverit. Nosocomiis proprio sere fundatis, etiam morbo pestilenti laborantibus, suis ipse manibus inserviebat. Proximorum saluti assidua cura incumbebat, dictus propterea Venator animarum.
COLLAPSAM ecclesiasticorum disciplinam ad formam apostolicae vitaï instaurare desiderans, ordinem Clericorum regularium instituit, qui, abdicata rerum omnium terrenarum sollicitudine, nec reditus possiderent , nec vitas subsidia a fidelibus pétèrent, sed solis eleemosynis sponte oblatis viverent. Itaque approbante Clémente Septimo ad aram maximam basilicje Vaticanœ una cum Joanne Petro Carafa episcopo Theatino, qui postea Paulus Quartus Pontifex Maximus fuit, et aliis duobus eximise pietatis viris, vota solemnia emisit. In Urbis direptione a militibus crudelissime vexatus ut pecuniam proderet,
40 2 Le Temps après la Pentecôte.
quam dudum in cœlestes ihesauros manus pauperum deportaverant , verbera , tormenta, et carceres invicta patientia sustinuit. In suscepto vitae instituto constantissime perseveravit, soli divinae providentiae inhserens , quam sibi nuraquam defuisse aliquando miracula comprobarunt.
DiviNi cultus studium, nitorem domus Dei, sacrorum rituum observantiam, et sanctissimœ Eucharistiœ frequentiorem usum maxime promovit. Haeresum monstra et latebras non semel detexit, ac profligavit. Orationem ad octo passim horas jugibus lacrymis protrahebat saepe in exstasim raptus, ac prophetias dono illustris Koma: nocte nataHtia ad prjesepe Domini. infantem Jesum accipere meruit a Deipara in ulnas suas. Corpus intégras noctes interdum verbcrationibus affligebaf, nec umquam adduci potuit. ut vitœ asperitatem emolliret, testatus, in cinere et cilicio velle se mori. Denique ex animi dolore concepto morbo , quod offendi
mains des pauvres avaient depuis longtemps placé dans les trésors du ciel, il supporta les coups, la torture, la prison, avec une invincible patience. Il persévéra sans faiblir dans le genre de vie qu'il avait embrassé, ne s'appuyant que sur la divine Providence; celle-ci ne lui fit jamais défaut, et parfois des miracles en fournirent la preuve.
IL fut le zélé promoteur du culte divin, de la beauté i de la maison de Dieu, de la fidélité aux rites sacrés, de l'usage fréquent de la très sainte Eucharistie. Plus d'une fois il découvrit et dissipa les obscures menées de l'hérésie. On le voyait prolonger son oraison jusqu'à huit heures de suite en larmes continuelles, souvent ravi en extase et éclairé du don de prophétie. A Rome pendant une nuit de Noël, près de la crèche du Seigneur, il mérita de recevoir l'enfant Jésus des bras de la Mère de Dieu dans les siens Quelquefois il passait des nuits entières à châtier son corps par les disciplines, et l'on ne put jamais l'amener à adoucir l'austérité de sa vie, sa volonté était, disait-il, de mourir sur la cendre et le cilice. Enfin il tomba malade de
Saint Gaétan de Thienne, Confesseur. 40 3
plebis seditione Deum videret, ccelesti visione recreatus, Neapoli migravit in cœlum : ibique corpus ejus in ecclesia sancti Pauli magna religione colitur. Quem multis miraculis in vita et post mortem gloriosum, Clemens Decimus Pontifex Maximus sanctorum numéro adscripsit.
la douleur qu'il conçut de voir Dieu offensé dans une sédition du peuple. Ce fut à Naples que, réconforté par une vision céleste, il passa au ciel ; son corps y repose dans l'église de Saint-Paul, où il est entouré des plus grands honneurs. Glorifié par nombre de miracles durant sa vie et après sa mort, le Souverain Pontife Clément X l'a mis au nombre des Saints.
QUI comme vous, ô grand Saint, fit honneur à la parole de l'Evangile : Ne vous inquiète:^ ni du manger, ni du boire, ni du vêtement ^ ? Vous connaissiez aussi l'autre parole, également divine : Celui qui travaille mérite qu'on le nourrisse '- ; vous saviez (qu'elle s'appliquait principalement aux ouvriers de la doctrine 3 ; vous n'ignoriez point que d'autres semeurs du Verbe avaient avant vous fondé sur elle l'incontestable droit de leur pauvreté, embrassée pour Dieu, à revendiquer du moins le pain de l'aumône. Sublime revendication d'âmes affamées d'opprobres à la suite de Jésus, et rassasiant en elles ainsi surtout l'amour! Mais la Sagesse qui plie les aspirations des saints aux circonstances du temps où elle place leur vie mortelle, fit prédominer en vous sur la soif des humiliations l'ambition d'exalter dans votre pauvreté la sainte Providence , n'était-ce pas ce qu'il
404 -L-e Temps après la Pentecôte.
fallait à un siècle dont le néopaganisme semblait, avant même d'avoir écouté l'hérésie, ne plus compter sur Dieu ? Hélas! de ceux mêmes à qui le Seigneur s'était donné pour possession au milieu des enfants d'Israël i, on pouvait trop justement dire : Ils recherchent comtne des païens les biens de ce monde 2. Vous eûtes à cœur, ô Gaétan, de justifier le Père qui est aux cieux, de montrer qu'il était toujours prêt à tenir la promesse faite pour lui par son Fils adoré : Cherche^ premièrement le royaume de Dieu et sa justice, et toutes ces choses vous serotit données par surcroît ^.
C'était bien ainsi que, par le fait, il s'imposait de commencer la réforme du sanctuaire à laquelle vous aviez résolu de dévouer votre vie. Il fallait tout d'abord rappeler les membres de la sainte milice à l'esprit de la formule sacrée qui fait les clercs, au jour béni où, déposant l'esprit du siècle avec ses livrées, ils disent dans la joie de leur cœur : Le Seigneur est la part de mon héritage et de mon calice ; c'est vous, ô Dieu, qui me rendre^ mon héritage *.
Le Seigneur, ô Gaétan, reconnut alors votre zèle et bénit vos efforts. Gardez en nous le fruit de votre labeur. La science des rites sacrés reste grandement redevable à vos tîls; puissent-ils prospérer, dans une fidélité renouvelée aux traditions de leur père. Que votre bénédiction de patriarche accompagne
33. — 4. Pontificale roman. De clcrico faciendo, ex
Psalm. XV, 5.
Mém. de S. Donat, Evêque et Mart. 4o5
toujours les nombreuses familles des Clercs réguliers marchant à la suite de la vôtre. Que tous les ministres de la sainte Eglise éprouvent qu'au ciel vous restez puissant pour les maintenir, et, au besoin, les ramener dans la voie de leur saint état, comme vous Tétiez sur la terre. Que l'exemple de votre confiance sublime en Dieu apprenne à tous les chrétiens qu'ils ont au ciel un Père dont la Providence n'est jamais en défaut pour ses fils.
yj ONORONS la mémoire du saint évêque d'A- H rezzo que la persécution de Julien l'Apostat envoya en ce jour au ciel. La prière suivante, ou l'Eglise exprime la confiance qu'elle garde toujours en son intercession puissante, se retrouve déjà au Sacramentaire gélasien; si le titre de Confesseur y tient la place de celui de Martyr i, on ne saurait pourtant révoquer en doute la mort de Donat pour le Christ.
ODiEU, la gloire de vos prêtres, accordez à notre prière d'éprouver le secours de votre saint Martyr et Evêque Donat, dont nous célébrons la fête. Par JésusChrist.
DEUS, tuorum gloria sacerdotum : praesta quassumus ; ut sancti Martyris tui et Episcopi Donati, cujus festa gerimus, sentiamus auxiium. Per Dominum.
N précurseur de Laurent, diacre comme lui, paraît au Cycle et fait jp déjà trembler l'enfer. Cyriaque est ** puissant contre le démon, et la confiance des peuples l'a rangé à ce titre parmi les Saints auxiliateurs. Il forme avec les compagnons de son martyre un des plus nobles groupes de l'armée du Christ, en cette dernière et décisive bataille où la Croix l'emporta par l'empressement de ses fidèles à montrer qu'ils savaient mourir. Rome, baptisée dans le sang qu'elle avait versé, se trouvait chrétienne en dépit d'elle-même; tous ses honneurs allaient maintenant à ces hommes qu'au temps de sa démence elle jetait au glaive des bourreaux. Tels sont vos triomphes, 6 Sagesse de Dieu.
La mémoire consacrée en ce jour aux trois martyrs se trouve consignée dans les fastes les plus authentiques de l'Eglise qui nous soient parvenus du iv' sièc'le *. Si donc, comme le reconnaît Baronius -, quelques faits de leur Légende ne sont pas à l'abri d'une critique fondée, leur culte n'en est pas
I. Calendarium BuCHERli — 2 Annnl r>c1 r-n. ^oo. vi.
SS. Cyriaqiie, Largus et Smaragdus. 40 y
moins immémorial sur la terre ; et la dévotion persévérante dont ils sont l'objet, principalement dans les sanctuaires enrichis de leurs reliques saintes, montre que leur crédit est grand près du trône de l'Agneau.
LE diacre Cyriaque subit une longue prison en la compagnie de Sisinius, Largus et Smaragdus. Il fit de nombreux miracles, et entre autres, délivra du démon par ses prières Arthémia, fille de Dioclétien. Envoyé à Sapor, roi des Perses, il délivra également Jobia, sa fille, du malin esprit, ce qui amena le baptême du roi et de quatre cent trente autres. De retour à Rome, l'empereur Maximien le fit saisir et traîner chargé de chaînes devant son char. Tiré de prison quatre jours après , arrosé de poix bouillante, étendu sur le chevalet, il fut enfin, avec Largus, Smaragdus. et vingt autres, frappé de la hache su-r la voie Salaria, aux jardins de Salluste. Les corps, ensevelis sur la même voie par le prêtre Jean le dix-sept des calendes d'avril, furent ensuite, le six des ides d'août, par les soins du Pape Marcel et de la noble Lucine, embaumés de parfums précieux dans des étoffes de lin, et transférés dans une terre de Lucine elle-même sur la
CRI A eu S diaconus, cum Sisinio, Largo, et Smaragdo diutius inclusus in carcere, multa edidit miracula, in quibus Arthemiam Diocletiani filiam precibus a daemone liberavit : missusque ad S ap o rem Persarum regem, jobiam etiam ejus filiam a nefario spiritu eripuit. Rege vero ejus pâtre cum quadringentis ac triginta aliis baptizatis Romam rediit . ubi Maximiani imperatoris jussu comprehensus, catenis vinctus ante rhedam suam trahitur et post dies quatuor e carcere eductus, pice liquata perfusus, et in catasta extensus, démuni cum Largo et Smaragdo, aliisque viginti securi percussusest via Salaria , ad hortos Sallustianos. Quorum corpora in eadem via , decimo septimo calendas aprilis, sepulta a Joanne presbytero, postea sexto idus augusti a Marcello Pontince, et Lucina nobili femina lineis velis
40 H Le Temps après la Pentecôte.
involuta, et pretiosis un- voie d'Ostie, au septième
puentis condita . in ip- mille de Rome.
sius Lucinae praedium
via Ostiensi, septimo ab
Urbe lapide translata
sunt
L'Eglise formule aujourd'hui cette prière à leur tionncur.
DEUS, qui nos annua sanctorum Martyrum tuorum Cyriaci . Largi et Smaragdi soleranitate laetificas • concède propitius; ut quorum natalitia colimus, virtutem quoque passionis imitemur. Per DomilEU qui nous réjouissez par la solennité annuels de vos saints Martyrs Cyriaque, Largus et Smaragdus ; soyez-nous propice, et donnez-nous aussi d'imiter le courage avec lequel ont souffert ceux dont nous honorons la naissance au ciel. Par Jésus-Christ.
ON serviteur, ne crains pas; car je suis avec toi, dit le Seigneur. Si tu passes par le feu, sa flamme ne te sera point funeste et son odeur ne laissera en toi nulle trace. Je te délivrerai de la main des méchants, je t'arracherai aux mains des forts i. » C'est l'heure du combat où la Sagesse 2, plus puissante que le feu et la flamme s, appelle Laurent à conquérir 'le laurier de victoire dont son nom même était l'annonce.
Les trois jours sont enfin passés pour le diacre de Sixte, et pour lui aussi l'exil va finir; rejoignant son Pontife à l'autel des cieux, il n'en sera plus désormais séparé. Mais, avant d'aller prendre au Sacrifice éternel la part glorieuse qui lui revient par le droit de son Ordre, il faut que sur cette terre, où se jettent dans le temps qui passe les semences de l'immuable éternité, il justifie de la fidélité vaillante qui sied au lévite de l'éternelle loi d'amour. Laurent est prêt. « Eprouvez le ministre auI. II* Pépons des Matines, ex IsAl. XLIII, et JeREM. XV. — 2. Sap X, 12 — 3. Cant. viïi, 6.
410 Le Temps après la t^entecôte.
quel vous avez confié la dispensation du sang du Seigneur. » C'était sa parole à Sixte 11 '. Selon la recommandation du Pontife, il a distribué aux pauvres les trésors de l'E- glise ; dès ce matin, par deux fois la sainte Liturgie le constate en ses chants -. Mais il sait que livrer toute la substance de sa maison pour V amour, ce n'est donner rien qui vaille 3, et il aspire à se livrer lui-même. Dans l'allégresse de sa générosité débordante, il salue l'holocauste dont on dirait qu'il sent s'élever déjà le parfum suave et fort ^. Aussi peut-il chanter à l'Offertoire de cette Messe de Vigile qui célèbre sa fidélité, son espérance, sa propre oblation en abordant l'arène : « Ma prière est pure, et c'est pourquoi je demande que ma voix soit entendue au ciel ; car là est mon juge, mon témoin est dans les hauteurs des cieux : que ma supplication s'élève au Seigneur ^. d
Prière sublime dont les accents pénètrent en effet la nue ^ ! Dès maintenant nous pouvons le dire avec l'Eglise, sa race sera puissante sur la terre ', cette race de nouveaux chrétiens nés du sang du martyr ^. Car dans la personne de Romain, le néophyte gagné par ses premiers tourments et qui le précède au ciel, nous en saluons aujourd'hui même les prémices fortunées. Réunissons, comme fait l'Eglise, le soldat et le diacre en notre prière.
I. Ambr. De Offic. I, 4- T. — 2. Introït, Graduel de la Messe de Vigile, ex Psalm. cxi. — 3 Gant, viii, 7.
— 4. Epitre, ex Eccli. Ll. — 5. Offertoire, ex Job. xvi.
— 6. Eccli. XXXV. 21. — 7. Verset du Graduel, ex Psalm. CXI. — 8. Tertull. Apolog. u
La Vigile de Saint Laurent. 411
SOYEZ propice, Seigneur, à nos prières; et par l'intercession du bienheureux Laurent, votre Martyr, dont nous devançons la fête, accordez-nous dans votre bonté miséricorde à jamais. Par Jésus-Christ.
A DESTO, Domine, sup^* plicationibus nostris : et, intercessione beati Laurentii, Martyris tui, cujus prasvenimus festivitatem, perpetuam nobis misericordiam benignus impende. Per Dominum.
PITES, nous vous en prions, Dieu tout-puissant, que l'intercession du bienheureux Romain, votre Martyr, nous protège contre toute adversité quant au corps et nous délivre en l'àme des pensées mauvaises. Par Jésus-Christ.
PR -t: s T A, quaESumus omnipotens Deus : ut , intercedente beato Romano, Martyre tuo. et a cunctis adversitatibus liberemur in corpore, et a pravis cogitationibus mundemur in mente. Per Dominum.
wmm
UTREFOis la mère des faux dieux, du Christ aujourd'hui l'Epouse, à cette heure par Laurent la victoire s'attache, ô Rome, à ton nom. Triomphatrice des rois superbes, ton empire s imposait aux nations ; mais à ta gloire manquait, ayant réduit la barbarie, d'avoir aussi dompté les impures idoles. Victoire de sang, mais non plus tumultueuse, comme celles d'un Camille , d'un César ; combat de la foi c^ui s'immole à elle-même, et par la mort détruit la mort. De quelle voix , par quelles louanges célébrer cette mort ? Sur quel mode chanjterons-nous dignement un pareil martyre • ? »
Ainsi débute le poème sublime où Prudence a consacré les traditions qui de son temps, si
1. Prudent. Peristephanon, Hymn. II.
Saint Laurent, Diacre et Martyr. 41 3
rapproché encore de la grande lutte, entouraient d'une incomparable auréole le front du diacre romain. C'était l'heure où l'éloquence enchanteresse de saint Ambroise redisait elle-même la rencontre de Sixte et du lévite au chemin du martyre 1. Avant l'abeille de Milan, avant le chantre des Couronnes, Damase, Pontife suprême, consignait pour la postérité, dans ses monumentales inscriptions dignes de la majesté des temps du triomphe, cette victoire de Laurent par la seule foi que le poète exaltait dans des strophes immortelles 2,
Rome multipliait les démonstrations en l'honneur de l'invincible athlète qui, sur le gril ardent, avait prié pour sa délivrance. Non contente d'insérer son nom au Canon sacré, elle entourait l'anniversaire de sa naissance au ciel des mêmes privilèges de solennité, de vigile et d'octave, que celui des glorieux Apôtres ses fondateurs. Sur son sol empourpré du sang de bien d'autres témoins du Christ, chaque pas du lévite autrefois, chaque souvenir de Laurent, voyait surgir une église attestant la gratitude spéciale de la cité reine. Parmi tant de sanctuaires rappelant à divers titres sa mémoire bénie, celui qui gardait le corps du martyr prenait place à la suite des églises du Latran, de Sainte-Marie de l'Esquilin, de Pierre au Vatican, de Paul sur la voie d'Ostie : Saint-Laurent-hors-les-murs complétait le nombre des Basiliques majeures qui sont l'apanage réI. Ambr. De Offic. I, 41. — 2. De Rossi, Inscript.
414 J-^ Temps après la Pentecôte.
serve du Pontife romain, comme étant l'expression de sa juridiction universelle et immédiate sur toutes les Eglises, comme représentant les patriarcats de Rome, d'A- lexandrie, d'Antioche, de Constantinople, de Jérusalem, entre lesquels se divise l'univers. Ainsi, par Laurent, la Ville éternelle achevait de se montrer pour ce qu'elle est, le centre du monde et la source de toute grâce.
De même que Pierre et Paul sont la richesse, non de Rome seule, mais de la terre, Rome vit donc aussi Laurent acclamé comme l'honneur du monde ; ennoblie par son héroïsme, l'humanité régénérée personnifia en lui le courage des autres martyrs. Au commencement de ce mois, Etienne même se levait du lieu où il s'était couché dans la mort, pour venir confondre ses honneurs de Protomartyr avec la gloire du diacre de Sixte II dans la communaut'é d'une seule tombe. Le triomphe, comme la lutte de tous, parut atteindre en lui au dernier sommet: bien que la persécution dût avoir encore de terribles retours et multiplierpendantun demi-siècle les hécatombes, la victoire de Laurent fut considérée comme le coup qui frappait le paganisme au cœur ; l'enfer s'était heurté, pour sa perte, à un amour plus inflexible qus ses feux '.
u Le démon, dit Prudence, avait pressé dans une lutte acharnée le témoin de Dieu ; il tombait lui-même percé de coups, et demeurait à jamais terrassé. Cette mort du saint athlète fut la vraie mort des temples; alors Vesta vit déserter le palladium, sans pouvoir
I. Gant, vui, 6.
Saint Laurent, Diacre et Martyr. 415
le venger. Tous ces Quirites, coutumiers des superstitions que Numa jadis avait instituées, se pressent, ô Christ, en tes parvis, et chantent des hymnes à ton martyr. Lumières du sénat, Luperques et Flamines baisent le seuil des Apôtres et des Saints Nous y voyons d'illustres familles, patriciens et nobles matrones, offrir en vœu leur clarissime lignée, gage de chères espérances. Le pontife, au front naguère ceint de bandelettes, s'enrôle sous le signe de la Croix; la vestale Claudia visite, ô Laurent, ton sanctuaire 1, »
Ne soyons pas étonnés si, du haut des sept collines, la solennité de ce jour remplit aussitôt l'univers des échos de sa triomphante allégresse, c Autant il serait impossible à Rome de rester cachée, proclame saint Augustin, autant il l'est que la couronne de Laurent se dérobe aux yeux 2. » En Orient comme en Occident, à Byzance comme à Rome, peuples et princes fondaient des temples à son honneur. En retour, au témoignage de l'évèque d'Hippone, « ses bienfaits ne pouvaient se compter 3, montrant quel était son mérite : qui l'a prié, sans être exaucé *? »
Nous donc aussi, conclurons-nous avec Maxime de Turin, a dans cette dévotion concordante du monde célébrant partout le triomphe du bienheureux Laurent &, comprenons (que c'est une chose sainte et qu'il plaît à Dieu que nous honorions, dans la ferI. Prudent, ubi supra. — 2. Aug. Sermo 3o3, al. de Div. 123. — 3. Ibid. — 4. Sermo 3o2, al. de Div. iii. — 5. Maxim. Taurin. Homil. 75.
41 6 Saint Laurent , Diacre et Martyr.
veur de nos âmes, la naissance au ciel de celui dont les flammes radieuses répandent aujourd'hui sur l'Eglise universelle du Christ un éclat de victoire. Pour son insigne pureté d'âme qui le fit lévite, pour la plénitude de sa foi qui lui valut la dignité du martyre, c'est justement que nous l'exaltons comme presque l'égal des Apôtres ' . >.>
LAURENT est entré dans ia lice du martyre, il a confessé le nom du Seigneur JésusChrist. L'Eglise ouvre par cette Antienne les premières Vêpres de la fête ; et en effet, à l'heure où nous sommes, Laurent a vu s'abaisser devant lui les barrières de l'arène. Il a jeté aux puissants son défi d'une sublime ironie , le sang de ses veines a déjà coulé.
Mandé le jour même du martyre de Sixte II à la barre du préfet de Rome, Cornélius Sécularis -, il avait obtenu de ce magistrat le délai nécessaire à l'héroïque fraude qu'il méditait comme réponse aux prétentions du fisc. Valérien, négligeant dans ses édits de persécution les membres obscurs de la communauté chrétienne, avait décrété la dissolution de celle-ci par l'interdiction des assemblées, la mort des chefs et la contiscation. De là simultanément, au 6 août, la dispersion des fidèles réunis au cimetière de PréI. Homi!. 74. — 2. Elenchus Philocal.
Aux Premières Vêpres 41 j
textat, l'exécution du Pontife, et la comparution du premier diacre sommé de livrer les trésors dont le pouvoir n'ignorait pas qu'il était le gardien.
« Reconnais, dit le préfet, ma juste et paisible demande. On assure que, dans vos orgies, c'est la coutume de vos pontifes, la règle et la loi de leur culte, de faire dans des coupes d'or les libations; on dit que dans des vases d'argent fume le sang des victimes, que des chandeliers d'or soutiennent les flambeaux dans vos mystères nocturnes. Et puis, grand est parmi vous le soin des frères : s'il en faut croire la renommée, on vend pour eux ses terres, on en retire des milliers de sesterces; le fils déshérité par ses saints parents gémit dans la pauvreté, le patrimoine s'enfouit pieusement dans les réduits de vos temples Remets-nous ces richesses immenses, honteux butin prélevé par vos prestiges sur la crédulité; le bien public le réclame : pour les besoins du fisc, pour la solde de l'armée, rends à César ce qui est à César. »
Sans trouble aucun, comme prêt à obéir, Laurent répond avec douceur : « Je ne le nie pas, notre Eglise est opulente; Auguste môme, ni personne au monde, ne l'égale en richesse. Je révélerai tout, je te montrerai les trésors du Christ Je demande seulement quelque trêve, qui me permette de tenir mieux ma promesse ; car il me faut inventorier toutes choses, compter chaque pièce, en noter la valeur. »
Gonflé de joie, dévorant l'or en espérance, le )uge convient d'un délai de trois jours. Laurent ce pendant parcourt la ville, convo■4r"
41 s Saint Laurent, Diacre et Martyr.
quant, rassemblant boiteux, aveugles, inhrmes de toutes sortes, mendiants des places publiques, légions que nourrit l'Eglise leur mère. Mieux que personne, le diacre les connaît. Il les compte, écrit leurs noms, les dispose en longue file. Puis, le jour dit, retournant au juge : « Viens avec moi , dit-il; admire les richesses sans pareilles du sanctuaire de notse Dieu ! »
Ils arrivent : de l'essaim à l'aspect repoussant s'élève le bruit des prières. « Pourquoi frémir? dit Laurent au préfet ; est-ce donc là vil spectacle, ou qu'on doive mépriser ? La vraie richesse, c est la lumière et le genre humain : ils sont les fils de la lumière, ceuxci que la débilité de leurs membres garde de l'orgueil et des passions ; bientôt, dépouillant leurs ulcères au palais de l'éternelle vie, ils brilleront d'admirables splendeurs sous leurs robes de pourpre et leurs couronnes d'or. Voilà donc l'or que je t'avais promis, que le feu n'atteint pas, que le voleur ne saurait ravir. Maintenant, de peur que tu ne croies que le Christ est pauvre, ^y veux ajouter les perles de choix, les pierres aux mille feux, ornement du temple ; vois ces vierges sacrées, ces veuves qui ne connurent point de second hymen : c'est le collier sans prix de l'Eglise, l'ornement de son noble front, sa parure d'épousée, les joyaux qui ravissent le Christ. Voilà nos richesses ; reçois-les : elles embelliront la ville de Romulus, augmenteront les trésors du prince ; toi-même en seras plus riche i. »
I. Prudent. M^z SMyPra,
Aux Premières Vêpres. 41g
Une lettre du Pape saint Corneille, écrite quelques années avant ces événements, nous fait connaître que le nombre des veuves et des pauvres assistés par l'Eglise de Rome s'élevait à plus de quinze cents '.En les produisant devant le magistrat, Laurent savait qu'il n'exposait que lui-même, la persécution de Valérien, comme nous l'avons observé, se détournant des petits et frappant à la tête. Mais, dans cette admirable scène, la Sagesse s'était complue à mettre en présence du brutal césarisme la faiblesse méprisée qui devait l'emporter sur sa toute-puissance.
On était au 9 août 258. La flagellation, le chevalet, la torture avaient été la première réponse du préfet fm-ieux, en attendant Tépreuve suprême qu'il réservait à celui dont la noblesse d'âme venait de donner à sa cupidité une leçon si fière, saint Damase l'atteste, lorsqu'en plus des flammes il constate « les coups, les bourreaux, les tourments, les chaînes, dont Laurent triompha 2 »
On ne saurait donc rejeter sur ce point l'autorité de la notice qu'Adon de Vienne inséra, au ix^ siècle, dans son Martyrologe, en l'empruntant d'une source plus ancienne. Comme le prouve la conformité des expressions, c'est en partie à cette même source que l'Antiphonaire grégorien avait dès auparavant puisé les Antiennes et les Répons de la fête.
2. Verbera, carnifices, flammas, torraenta, catenas
Vincere Laurent! sola fides potuit. Haec Daraasus cumulât supplex altaria donis, Martyris egregium suspiciens meritum.
42 0 Saint Laurent, Diacre et Martyr.
Indépendamment des détails qui nous sont connus parle témoignage de Pruden^ et des Pères il est fait allusion dans cet Office aux conversions opérées par Laurent prisonnier et à la euérison des aveugles, qui parut être le don spécial du saint diacre dans les jours précédant son martyre.
I. rt.Ni . L entre dans la lice du martyre, et il a
confessé le nom du Seigneur
Jésus-Christ.
Psaume cix. Dixit Dommus, page 43.
2. Ant. Laurent a fait une bonne œuvre, lui qui par le signe de la croix a rendu aux aveugles la lumière.
Psaume ex. Confîtebor tibi, Domine, page 46.
3. Ant. Mon âme s est attachée à votre suite, car ma chair a été briilée par le feu pour vous, ô mon Dieu.
Psaume cxi Beatus vir, page 48.
4.ANT.Mi5itDominus I 4. Ant. Le Seigneur a Aneelum suum, et libe- envoyé son Ange, et il m a ravit me de medio ignis, délivré du milieu du feu, et et non sum aestuatus. I je n"ai point ete consume.
Psaume cxii. Laudate pueri, page 49.
3. Ant. Beatus Lau- I 5. Ant. Le bienheureux rentius orabat, dicens : | Laurent priait, disant : Je
Aux Premières Vêpres.
vous rends grâces , Seigneur, de ce que j'ai mérité d'entrer dans votre demeure.
Gratias tibi ago Domine, quia januas tuas ingredi merui.
TOUTES les nations, louez le Seigneur ; tous les peuples, proclamez sa gloire. Car sa miséricorde s'est affermie sur nous, et la vérité du Seigneur demeure éternellement.
LAUDATE Dominum, omnes gentes : * laudate eum, omnes populi. Quoniam confirmata est super nos misericordia ejus : * et veritas Domini manet in aeternum.
ES Frères , celui qui sème peu moissonnera peu aussi ; et celui qui sème avec abondance moissonnera aussi avec abondance.
RATRES : Qui parce seminat , parce et metet : et qui seminat in benedictionibus, de benedictionibus et metet.
ODiEU , de vos soldats partage , couronne et recompense , délivrez des liens du péché ceux qui chantent les louanges de votre Martyr
Les joies du monde, les caressants appâts du mal trompeur furent à ses yeux poison et fiel ; ainsi parvint-il aux cieux.
lia fourni la course avec courage, il a porté virilement
DEUS tuorum militum Sors , et corona, praemium, Laudes canentes Martyris Absolve nexu criminis
Hic nempe mundi gaudia, Et blanda fraudum pabula Imbuta felle deputans, Pervenit ad cœlestia.
Pœnas cucurrit fortiter,
42 2 Le Temps après la Pentecôte.
Et sustulit viriliter, Fundensque pro le sanguinem, iEterna dona possidet.
Ob hoc precatu suppliai Te poscimus piissime : In hoc triumpho Martyris Dimitte noxam servulis.
Laus et perennis gloria Patri sit, atque Filio, Sancto simul Paraclito. In sempiterna saecula.
Amen.
- f^^ LORIA et ho^' \_J. norecoronasti
eum Domine.
r|. Et constituisti eum
super opéra manuum
tuarum
la souffrance , son sang pour vous répandu lui assure les biens éternels.
Humblement prosternés , nous vous en supplions donc, ô très miséricordieux : pardonnez leurs fautes à vos débiles serviteurs.
Louange et gloire éternelle soit au Père et au Fils avec le saint Paraclet, dans les siècles sans fin.
Amen.
fl'avez
Vous 1 avez couronné d'honneur et
de gloire, ô Seigneur.
B?. Et vous l'avez établi sur les œuvres de vos mains.
L EVITA Laurentius bonum opus operatus est, qui per signum cruels caecos illuminavit, et thesauros Ecclesiae dédit pauperibus.
ANTIENNE DE Magmficat
Laur: ■agi
RENT le lévite a bien
1 a rendu la lumière aux aveugles par le signe de la croix et distribué aux pauvres les trésors de l'Eglise.
Le Cantique Magnificat, page 53,
et
nobis , quaesumus omnipotens Deus : lorum nostrorum
vous en prions, donneznous d'éteindre les flammes
Saint Laurent, Diacre et Martyr. 423
de nos vices, vous qui avez accordé au bienheureux Laurent de triompher du feu qui tortura son corps. Par JésusChrist.
flammasexstinguere; qui beato Laurentio tribuisit tormentorum siiorum incendia superare. Per Dominum.
LE disque embrasé de l'astre du jour a disparu derrière les monts Vaticans. La brise du soir ramène le mouvement sur les sept collines, où les ardeurs du soleil d'août semblaient avoir arrêté toute vie. Détaché du chevalet vers le milieu du jour, Laurent seul s'est interdit le repos. Meurtri et sanglant, il a baptisé dans sa prison les recrues gagnées au Christ par le spectacle de sa vaillance au milieu des tourments ; il les confirme dans la foi, les élève elles-mêmes à l'intrépidité du martyre , quand soudain l'heure décisive vient à sonner pour lui. Tandis que Rome court aux plaisirs, le préfet ramène au combat les bourreaux dont l'épuisement n'a pu, quelques heures plus tôt, servir à point sa vengeance.
Entouré de leur sinistre escouade : « Sacrifie aux dieux, dit-il au valeureux diacre; ou cette nuit entière verra ton supplice. — Ma nuit, répond Laurent, n'a point d'ombres, et tout y resplendit pour moi de lumière, x» Et comme on le frappait sur la bouche avec des pierres, il souriait et disait : a Je vous rends grâces, ô Christ ! »
On apporta alors un lit de fer à trois barreaux, et le bienheureux, dépouillé de ses vêtements, fut étendu sur ce gril , et l'on plaça dessous des charbons ardents. Tandis
42 4 ^^^ Temps après la Pentecôte.
qu'on l'y retenait avec des fourches de fer. il dit • « Je m'otfre à Dieu en sacrifice de suave odeur. » Or, les bourreaux ne cessaient d'activer le feu et de renouveler les charbons, en le maintenant avec leurs fourches. Le saint dit alors : « Apprends, malheureux, quelle est la puissance de mon Dieu; car tes charbons me sont un rafraîchissement, mais ils seront pour toi l'éternel supplice J'en atteste le Seigneur : accusé, je n'ai point nié ; interrogé, j'ai confessé le Christ ; sur les charbons, je lui rends grâces. » Et, son visage rayonnant d'une oeauté céleste . " Oui ; je vous rends grâces, Seigneur Jésus-Christ, qui a-vez daigné me fortifier. » Levant les yeux sur le ju'ge : «« Voilà un côté cuit à point, retourne-moi sur l'autre er mange ! » Puis, revenant à la glorification du Seigneur Dieu « Je vous rends grâces de ce que j'ai mérité d'entrer dans vo'tre demeure i. » Et comme il allait rendre l'âme, se souvenant de l'E- glise, reprenant vie à la pensée de Rome immortelle, sa prière s'exhala ainsi dans l'extase :
« O Christ, Dieu unique, 6 splendeur, 6 vertu du Père, 6 ouvrier de la terre et des cieux dont la providence éleva ces remparts, toi qui plaças le sceptre de Rome au sommet des choses : tu voulus que le monde se soumît à la toge, pour rassembler sous d'uniques lois les nations divisées de mœurs, de coutumes, de langage, de génie, de sacrifices. Voici que tout entier le genre humain s'est rangé sous l'empire de Réinus ; dissentiSjint Laurent, Diacre et Martyr. 425
ments et dissonances se fondent en son unité: souviens-toi de ton but, qui fut d'enlacer d'un même lien sous l'empire de ton nom l'immensité de l'univers. Christ, poiir tes Romains, fais chrétienne la ville appelée par toi à ramener les autres à l'unité sacrée. Tous les membres en tous lieux s'unissent en ton symbole; l'univers dompté s'assouplit: puisse s'assouplir sa royale tête ! Envoie ton Gabriel guérir l'aveuglement des fils d'Iule, et qu'ils connaissent quel est le Dieu véritable. Je vois venir un prince, un empereur serviteur de Dieu ! il ne souffrira plus que Rome soit esclave ; il fermera les temples, il les scellera d'éternels verrous. »
Ainsi finit sa prière, et avec le dernier souffle de sa voix s'envola son âme. De nobles personnages, conquêtes de l'admirable liberté du martyr, enlevèrent son corps; l'amour du Dieu très haut, envahissant soudain leur âme, en avait chassé les anciennes folies. Dès ce jour se refroidit le culte des dieux infâmes; la foule fut plus rare dans les temples; on courut aux autels du Christ. Ainsi Laurent, dans le combat, n'avait point ceint son flanc d'un glaive ; mais, arrachant le fer à Tennemi, il en avait retourné contre lui la pointe 1.
L'Eglise, dont la reconnaissance est à la hauteur des services rendus, ne pouvait mettre en oubli cette nuit glorieuse. Aux temps où la religion de ses fils répondait à la sienne, elle les convoquait au coucher du soleil, dans la soirée du 9 août, pour un premier
^■2 6 Saint Lauretit^ Diacre et Martyr.
Office nocturne. Sur l'heure de minuit, commençaient de secondes Matines, lesquelles étant terminées, une première Messe, dite de la nuit ou du premier matin *, complétait cette assistance des chrétiens autour du saint diacre pendant les heures qu'avait duré sa lutte triomphante. O Dieu, vous ave^ éprouvé mon cœur et l'ave^ visité dans la nuit ; vous m'ave:{ scruté par le feu, et l'iniquité ne s'est point trouvée en moi : Seigneur, aye\ égard à ma justice, écoute:^ ma prière 2. Quelle grandeur dans ce chant d'Introït couronnant une telle nuit, et consacrant sur terre, à l'aurore du 10 août, l'instant même où Laurent fit son entrée dans le sanctuaire éternel, pour remplir son office à l'autel des cieux !
Plus tard on conserva longtemps aux Matines de cette fête, en quelques églises, un usage qui signalait également les Matines de la Commémoration de saint Paul. Il consistait à faire précéder d"un Verset particulier la reprise de chaque Antienne des Nocturnes. Le labeur tout spécial du Docteur des nations et de Laurent dans le champ de l'apostolat et celui du martyre, leur avait, disent les docteurs de la sainte Liturgie, mérité cette distinction entre tous autres =*.
La comparaison de la dureté du supplice du saint diacre sur ses charbons et de la tendresse de cœur qui, trois jours auparavant, lui faisait verser des larmes en quittant
I. De nocte, in primo mane : Sacramentar. Greg.
apud H. Menard. — 2. Introït, ex Psalm. xvi : Antiphonar. afud Thomasi. — 3. Beleth. cxlv ; SicarD X, xxiix; Durand. VII, xxiii.
A Tierce.
Sixte II, avait vivement frappé nos pères. Aussi donnèrent-ils le gracieux nom de larmes de saint Laurent à la pluie périodique d'étoiles filantes qui caractérise, pour le peuple comme pour les savants, la nuit du 10 août. La piété populaire, qui aime à trouver dans les phénomènes de la nature l'occasion d'élever plus haut sa pensée, eut rarement d'inspiration plus touchante.
T 'Hymne et les trois Psaumes dont se com^ pose l'Office de Tierce, se trouvent cidessus, page 28.
Ant.
LAURENT a fait une bonne œuvre, lui qui par le signe de la croix a rendu aux aveugles la lumière.
Ant.
LAURl b
o n u m opus operatus est, qui per signum crucis csecos illuminavit.
Le Capitule comme aux premières Vêpres,
ai. P\ E gloire et
^- ^'' D d'honneur * Vous l'avez , ô Seigneur , couronné. De gloire.
j^. Et vous l'avez établi sur les œuvres de vos mains. * Vous l'avez.
Gloire au Père. De gloire.
Jf. Vous avez placé sur sa tête. Seigneur,
Bpi. Une couronne de pierres précieuses.
LORiA et honore * Coeum Domine.
ronasti Gloria.
j^. Et constituisti eum super opéra manuum tuarum. * Coronasti.
Gloria Patri. Gloria.
f. Posuisti Domine super caput ejus,
Rj. Coronam de lapide pretioso.
42 s Saint Laurent, Diacre et Martyr.
L'Oraison est la Collecte de la Messe, page 429.
LE diacre suivant son pontife a pénétré au delà du voile ; lévite fidèle, il s'est rangé dans sa force près de l'arche de l'alliance éternelle. Il admire les splendeurs de ce tabernacle non fait de main d'homme i, dont celui de Moïse était une si faible image, dont l'E- glise même ici-bas, entourée d'ombres, laisse à peine soupçonner la magnificence.
Et cependant, aujourd'hui, l'Eglise tressaille d'une sainte fierté dans son exil ; car le ciel lui doit en ce jour un éclat nouveau, une sainteté plus grande. Elle s'avance, triomphante elle aussi, vers l'autel de la terre qui n'est qu'un même autel avec celui des cieux; ayant suivi toute cette nuit du regard et du cœur son noble fils, elle ose chanter comme siennes cette beauté, cette sainteté, ces magnificences de la patrie, dont il semble qu'un "rayon soit descendu jusqu'à elle au moment où le voile se soulevait poUr lui donner entrée au Saint des Saints.
L'Introït, comme son Verset, est tiré du Psaume xcv.
CONFESSIO et pulchri- I y a louange et la beauté tudo in conspectu | L forment sa cour ; la sainA la Messe.
42 g ejus : sanctitas et magnificentia in sanctificatione ejus.
Ps. Cantate Domino canticum novum : cantate Domino omnis terra. Gloria Patri. Confessio.
teté et la magnificence éclatent dans le sanctuaire de Dieu.
Ps. Chantez au Seigneur un cantique nouveau; toute la terre, chantez au Seigneur. Gloire au Père. La louange.
L'épreuve du gril embrasé n'est sans doute pas celle qui attend notre faiblesse. Mais d'autres feux nous assaillent, qui seraient l'aliment de la flamme éternelle, si nous ne savions les éteindre en ce monde même. L'Eglise demande pour nous à cette fin, dans la fête du bienheureux Laurent, force et prévoyance.
DIEU tout-puissant , nous vous en prions, donneznous d'éteindre les flammes de nos vices, vous qui avez accordé au bienheureux Laurent de triompher du feu qui tortura son corps. Par JésusChrist.
DA nobis , quïesumus omnipotens Deus : vitiorum nostrorum flammas exstinguere ; qui beato Laurcntio tribuisti tormentorum s u o r u m incendia superare. Per Dominum.
Lecture de l'Epître du bienheureux Paul , Apôtre , aux Corinthiens. II, Chap.
MES Frères, celui qui sème peu moissonnera peu aussi , et celui qui sème avec abondance moissonnera aussi avec abondance. Que
Lectio Epistolae beati Pauli Apostoli ad Corinthios. II, Cap. ix.
FRATRES, Qui parce seminat, parce et metet : et qui seminat in benedictionibus. de benedictionibus et metet.
43 0 Saint Laurent, Diacre et Martv
Unusquisque prout destinavit in corde suo, non ex tristitia. aut ex necessitate : hilarem enim datorem diligit Deus. Potens est autcm Deus omnem gratiam abundare facere in vobis : ut in omnibus semper omnem sufficientiam habentes, abundetis in omne opus bonum, sicut scriptum est : Dispersit, dédit pauperibus : justitia ejus manet in sœculum ssculi. Qui autem administrât semen seminanti : et panem ad manducandum praestabit, et mukiplicabit semen vestrum, et augebit incrementa frugum justitisB vestrae.
chacun donne selon ce qu'il a résolu dans son cœur, et non avec tristesse ou comme par force ; car Dieu aime celui qui donne avec joie. Or, Dieu est assez puissant pour vous faire abonder en toute grâce; en sorte que, ne manquant jamais en rien du nécessaire, vous ayez par delà de quoi vous répandre en toutes bonnes œuvres , selon ce qui est écrit : <i II a répandu l'aumône avec profusion sur le pauvre ; sa justice demeurera à jamais. » Celui donc qui procure la semence à celui qui sème , saura bien à la fois vous donner le pain dont vous avez besoin pour vivre, et multiplier la semence de vos œuvres et faire croître toujours plus les fruits de votre justice.
IL a répandu Vaumône avec profusion sur le pauvre : sa justice demeurera à jamais. L'E- glise Romaine aime à revenir sur l'application de cette parole du Psaume cxi à son grand archidiacre. Hier déjà, Tlntroït et le Graduel de Vigile y puisaient l'inspiration de leurs mélodies ; l'harmonieux écho s'en répercutait à travers les Répons de la nuit glorieuse, et jusque dans le Verset des Laudes triomphantes. le même texte, cité par le Docteur des nations dans sa seconde lettre aux ridèles de Corinthe, est aujourd'hui la raison du choix de l'Epître qu'on vient de
A la Messe. 43 1
lire, et d'où sont également empruntés les Capitules des différentes Heures.
Cette insistance nous montre assez que, pour l'Eglise, !e point de départ des grâces de choix qui valurent à Laurent la gloire de son incomparable martyre est dans la fidélité vaillante et allègre avec laquelle il distribua aux membres souffrants de Jésus-Christ l'or dont il avait la garde. Telle est l'unité des glorieuses scènes auxquelles il nous a été donné d'assister durant ces trois jours, telle la loi d'économie surnaturelle qui préside aux largesses de l'Esprit-Saint : Celui qui sème avec parcimonie moissonnera comme il sème, et celui qui sème en bénédictions tnoissonnera des bénédictions.
Observons-le du reste avec l'Apôtre • le mérite qui touche Dieu, et l'amène à multiplier ses faveurs, rés-ide moins dans l'œuvre elle-même que dans l'esprit qui l'anime ; Dieu aime celui qui donne avec joie. Noblesse de cœur, tendresse exquise, dévouement qui s'oublie, héroïsme fait de simplicité autant que de courage, bonne grâce souriante jusque sur les charbons : c'est là tout ce que fut Laurent dans sa vie avec Dieu, avec son père Sixte IL avec les petits, comme en face de la mort etdes puissants. Ledénouementde cette vie ne fit que le montrer dans les plus grandes choses ce qu'il avait été dans les moindres i. Rarement, au reste, l'accord entre la nature et la grâce se rencontra plus parfait que dans le )eune diacre; et si le don du martyre est si grand que nul en ce monde ne le
4^2 Saint Laurent, Diacre et Martyr.
saurait mériter, on peut dire pourtant que le sien, dans la grandeur toute spéciale dont le Seigneur voulut l'entourer, manifesta l'évolution normale et comme spontanée des germes de choix déposés par l'Esprit-Saint dans sa riche nature.
Les paroles du Psaume xvi, qui fournissaient autrefois à la Messe de la nuit son admirable Introït, se retrouvent au Graduel et au Verset de la Messe du )0ur. Le Verset alléluiatique rappelle les miracles opérés par Laurent sur des aveugles, et qui doivent nous porter à implorer de lui la guérison de l'aveuglement spirituel plus terrible que l'autre.
PROBASTI, Domine, cor meum , et visitasti nocte
f. Igné meexaminasti, et non est inventa in me iniquitas.
Alléluia, alléluia.
f Levita Laurentius bonum opus operatus est qui per signum crucis caecos illuminavit Alléluia.
ODiEU, vous avez éprouvé mon cœur et l'avez visité dans la nuit.
j^. Vous m'avez scruté par le feu, et l'iniquité ne s'est point trouvée en moi.
Alléluia, alléluia.
f Laurent le lévite a bien agi : il a rendu la lumière aux aveugles par le signe de la croix. Alléluia.
Sequentia sancti Evangelii secundum Johannera. Cap. xii.
Jésus
La suite du saint Evangile selon saint Jçan. Cha/>. xn.
tempore : Dixit T? n ce temps-là, Jésus dit à discipuli» suis : C ses disciples En vérité.
A la Messe.
en vérité je vous le dis, si le grain de froment ne tombe en terre et ne meurt, il reste seul ; mais s'il meurt, il porte beaucoup de fruit. Celui qui aime sa vie la perdra ; et celui qui hait sa vie en ce monde, la garde pour la vie éternelle. Si quelqu'un me sert, qu'il me suive; et où je suis, là sera aussi mon serviteur. Lorsque quelqu'un m'aura servi, mon Père l'honorera.
Amen, amen dico vobis, nisi granum frumenti cadens in terrani, mortuum fuerit, ipsum solum manet : si autem mortuum fuerit, mulîum fructum afFert. Qui amat animam suara, perdet eam ; et qui odit animam suam in hoc mundo, in vitam asternam custodit eam. Si quis mihi ministrat, me sequatur : et ubi sum ego, illic et minister meus erit. Si quis mihi ministraverit, honorificabit eum Pater meus.
ECOUTONS saint Augustin commenter en cette fête même l'Evangile que nous venons d'entendre ; a Votre toi reconnaît le grain tombé en terre, et qui s'est multiplié dans la mort. Votre foi le connaît, dis-je, ce grain mystérieux, parce que lui-même habite en vos âmes. Que ce soit de lui-même en effet
aue le Christ ait ainsi parlé, nul chrétien ne oute. Mais voici donc que, lui mort et multiplié, nombre de grains ont été répandus en terre .-parmi lesquels le bienheureux Laurent, dont c'est aujourd'hui le jour de semence. Et de ces grains jetés par le monde tout entier, quelle abondante moisson est sortie : nous le voyons, c'est notre joie, c'est nous-mêmes; si toutefois sa grâce nous marque pour le grenier. Car n'appartient pas au grenier tout ce qui se trouve dans la moisson. La même pluie en effet, utile et nourrissante, fait croître et le froment et la paille. A Dieu ne