L'Année liturgique — Le Temps après la Pentecôte (t. 10-15) (page 46)
I. Mansi, XV, 4o3. — 2. Spécialement dans l'Ant. de
Magnificat aux II*' Vêpres, que nous avons citée plus haut. — 3. Piewio- HiERONYMUS, De Assumpt. B. M.
Aux Premières Vêpres. 4g y
de leur vénération, de leur amour et de leur triomphante allégresse ^. » Pourquoi faut-il qu'une répulsion légitime pour les excès de ■quelques apocryphes ait amené l'auteur de ce bel exposé des grandeurs de Marie à hésiter sur la croyance au privilège glorieux de son Assomption corporelle - ? Prudence trop discrète, qu'allaient exagérer bientôt les martyrologes d'Usuard et d'Adon de Vienne.
Ce n'était pas pourtant sur les rives de la Seine ou celles du Rhône qu'il eût convenu de méconnaître une tradition s'affirmant toujours plus chaque jour, et dont, avant toutes autres, nos Eglises des Gaules avaient eu la gloire de consacrer en Occident la formule explicite. Qui, mieux que ne le faisait l'antique Liturgie gallicane, a su depuis chanter cette Assomption plénière. conséquence delà divine et virginale maternité, et comme elle apportant joie au monde 3 ? « Ni douleur dans l'enfantement, ni labeur en la mort, ni dissolution au tombeau, nulle tombe ne pouvant retenir celle que la terre n'a point souillée ^ : » ainsi nos pères exprimaient le mystère , et ils s'excitaient à gagner la patrie où nous précède corporellement la Vierge bienheureuse ^.
Au grand chagrin de plus d'une âme sainte 6, l'autorité du faux saint Jérôme, survenant à l'heure où se consommait l'aban1. PseMio-HiERONYMUS, De Assumpt. B. M. V, xiv.
— 2. Ibid. n. — 3. Missale ^othicum. Missa in Adsumpt. ^. Maric-e Matris D. N. — 4. Ibi-I. Contestatio.
— 5. Ibid. Collectio post nomina. — 6. C^SARlI HeisTERBAC. De S. Maria, cap. xxxvii.
4Q^ L'Assomption de la très sainte Vierge
don de la Liturgie gallicane par les premiers Carlovingiens ' . déconcerta quelque peu la piété de nos contrées. Mais on n'arrête pas le mouvement qu'il plaît au Saint-Esprit d'imprimer à la foi des peuples. Au xiii^ siècle, les deux princes de la théologie, saint Thomas et saint Bonaventure, s'accordaient pour souscrire au sentiment redevenu général de leur temps, touchant la croyance a la résurrection anticipée de Notre-Dame. Bientôt cette croyance s'imposait, par le fait de son universalité, comme la doctrine même de l'Eglise; dès l'année 1497, la Sorbonne déniait la liberté de se produire aux propositions qui s'élevaient à rencontre, et les frappait de ses plus dures censures -. En 1870, le concile du Vatican, trop lot suspendu, ne put donner suite au vœu instamment exprimé alors d'une définition qui eût achevé la glorieuse couronne de lumière, œuvre des siècles, hommage de l'Eglise militante à la Reine des cieux. Mais la proclamation de la Conception immaculée, qui reste acquise à notre temps, encourage nos espérances pour l'avenir. L'Assomption corporelle de la dil . Hœ sunt festivitJtes in anno qux per omnia servari debent... De assumptione sanclx Maris interrogandutn reliquiinus. Capîtulare Caroli îIagni. I, l 58 ; cui pro festo admittendo responsum a LuDOVico Pio, Capit. Il, 33, ex can. xxxvi concilii Mogunt. anni 8i3. —
2. Propositio J. Morcelli : Non tenemur crdere stih frœn.i peecati mortalis quod Vtrgo fuit jssumpfj iii ccrpore et anima, quii non est artiCulus fidei ; qualificatur : Ut jjcet, temeraria, scandalosa, impia, dévotion :i populi ad Virginem diininutivj, falsa et hxreticJ ; ideo revùcaiida publice.
A ux Premières Vêpres. 4g g
vine Mère se présente désorn~!ais comme le corollaire dogmatique, immédiat, d'un dogme révélé ; Marie, n'ayant rien connu du péché d'origine, n'a contracté nulle dette avec la mort son châtiment ; c'est librement que, pour se conformer à son Fils, elle a voulu mourir ; et, de même que le saint de Dieu, la sainte de son Christ n'a pu connaître la corruption du tombeau 1.
Si d'anciens calendriers donnent à la fête de ce jour le titre de Sommeil ou Repos, dormitio , pausatio , de la Bienheureuse Vierge, on ne saurait en conclure qu'au temps où ils furent rédigés, cette fête n'avait pas d'autre objet que la très sainte mort de Marie ; les Grecs, de qui cette expression nous est parvenue, ont toujours compris dans la solennité le glorieux triomphe qui suivit cette mort. Il en est de même des Syriens, des Chaldéens, des Coptes , des Arméniens. Chez ces derniers, conformément à l'usage qu'ils ont de rattacher leurs fêtes à un jour précis de la semaine, et non au quantième du mois, l'Assomption est fixée au Dimanche qui se rencontre entre le 12 et le 18 août. Précédée d'une semaine de jeûnes, elle donne son nom à la série des autres Dimanches qui la suivent, jusqu'à l'Exaltation delà sainte Croix en septembre.
A Rome, l'Assomption ou Dormitio de la sainte Mère de Dieu apparaît au vii^ siècle, comme célébrée depuis un temps qu'on ne saurait définir 2 ; on ne voit pas qu'elle y ait eu jamais d'autre jour propre que le quinI. Psalm. XV, 10. — 2. Liber pontifie, in Sergio I.
5 00 L'Assomption de la très sainte Vierge.
zième du mois d'août. Au rapport de Nicéphore Calliste ', c'est la même date que lui assignait pour Constantinople, à la fin du VI* siècle, l'empereur Maurice \ or, comme entre plusieurs autres solennités dont l'historien rappelle au môme lieu l'origine, celle de la Dormitio est la seule dont il dise qu'elle ait été, non pas établie, mais fixée par Maurice à tel jour, de savants auteurs en ont tiré la conclusion de la préexistence de la fôte elle-même à l'édit impérial : celui-ci n'aurait eu pour but aue de mettre un terme à certaine diversité d usage quant au jour où elle était célébrée 2.
C'était le temps où, bien loin de Byzance, nos pères, les Francs Mérovingiens, célébraient au 18 janvier la glorification de Notre-Dame avec cette plénitude de doctrine que nous avons rapportée. Quelle que puisse être l'explication du choix de ce jour, il est à noter qu'aujourd'hui encore les Coptes des bords du Nil annoncent dans leur synaxaire, au 21 du mois de Tobi, qui répond à notre
28 janvier, le Repos de la Vierge Marie^
Mère de Dieu, et r Assomption de son corps au ciel ; ils reprennent du reste cette annonce au 16 de Mesori, 21 août, et c'est également au premier de ce mois de Mesori qu'ils commencent leur carême de la Mère de Dieu, comprenant quinze jours comme celui des Grecs 3.
3. NiLLES, Kalendarium utriusque Eccl. orientalis et occidentalis.
Aux Premières Vêpres.
Il est des auteurs qui ont fait remonter la fête de l'Assomption de Notre-Dame aux Apôtres eux-mêmes. Le silence des monuments primitifs de la Liturgie favorise peu leur sentiment. L'hésitation sur la date qu'il convenait d'attribuer à cette fête, la liberté laissée longtemps à son sujet i, paraissent manifester plutôt dans sa première institution l'initiative spontanée des Eglises diverses, à l'occasion de quelque fait attirant l'attention sur le mystère ou l'ayant mis en plus grand jour. De cette sorte a pu être, vers l'an 461, la relation partout répandue dans laquelle Juvénal de Jérusalem exposait à l'impératrice sainte Pulchérie et à son époux Marcien l'histoire du tombeau, vide de son précieux dépôt, que les Apôtres préparèrent pour Notre-Dame au pied du mont des Oliviers. Les paroles suivantes de saint André de Crète, au vu® siècle, font bien voir la marche un peu indécise à l'origine qui résulta de telles circonstances pour la nouvelle solennité ; né à Dam.as, moine à Jérusalem, puis diacre de Constantinople, avant de ceindre enfin la couronne des pontifes dans l'île célèbre d'où lui resta son nom, il n'est personne qui soit mieux en mesure que notre Saint de parler en connaissance de cause pour l'Orient :
ce La solennité présente, dit-il, est pleine de mystère, ayant pour objet de célébrer le jour où s'endormit la Mère de Dieu ; elle s'élève plus haut, cette solennité, que le discours ne peut atteindre ; il n'a pas été tout
5 02 L'Assomption de la très sainte Vierge d'abord, ce mystère, célébré par plusieurs, mais tous mainterîant l'aiment et l'honorent. A son sujet, le silence précéda longtemps le discours, l'amour maintenant divulgue l'arcane. On doit manifester le don de IDieu, non l'enfouir; on doit le présenter, non comme récemment découvert, mais comme ayant recouvré sa splendeur. Quelques-uns de ceux qui furent avant nous ne le connurent qu'imparfaitement : ce n'est pas une raison de se taire toujours ; il ne s'est pas totalement obscurci : proclamons-le, et faisons fête. Qu'aujourd'hui s'unissent les habitants des cieux et ceux de la terre, qu'une soit la joie de l'ange et de l'homme, que toute langue tressaille et chante Je vous salue à la Mère de Dieu *. »
Nous aussi, faisons honneur au don de Dieu ; soyons reconnaissants à l'Eglise de ce que la glorieuse Assomption n'a pas subi chez nous le sort de tant d'autres fêtes, au commencement du siècle dernier, et nous trouve toujours unis à nos frères de la terre comme à ce\ys. du ciel pour chanter Marie.
Les Psaumes et l'Hymne des Vêpres sont les mêmes que ceux des autres fêtes de Noire-Dame. Les Antiennes, le Capitule et le Verset rendent avec une grâce intinie le mystère du jour.
. ^«•,. A SSUMPT.4 I , .^.^ \H ARIE a 6té
.'•/^'^^•A cstMa-| «• Ant.JVI élevée au
ria in cœlum : gaudent i ciel : les Anges se réjouissent,
I. Andr. Cret. Oratio xill, in Dormitionem Deij'arae, ii.
Aux Premières Vêpres.
5o3
ils louent et bénissent Seigneur.
Angeli, laudantes benedicunt Dominum.
Psaume cix. Dixit Dominus, page 45. A Vieree Mj
• 2 Ant I * Vierge
2. ANT. L rie a été élevée au céleste séjour, où le
Roi des rois est assis sur un trône étoile.
-AvT.M^»r^as':
sumptaestad asthereura thalamum, in quo Rex regum stellato sedet solio.
Psaume cxii. Laudate ^Mtv\, page 49.
OUS courons a l'odeur de vos parfums ; les jeunes filles vous aiment de tout leur amour.
3. Ant I '^ odorem
* unguentorum tuorum currimus : adolescentulae dilexerunt te nimis.
JE me suis réjoui quand on m'a dit : Nous irons vers Marie, la maison du Seigneur.
Nos pieds se sont fixés dans tes parvis, ô Jérusalem ! nos Coeurs dans votre amour, ô Marie!
Marie, semblable à Jérusalem, est bâtie comme une Cité : tous ceux qui habitent dans son amour sont unis et liés ensemble.
C'est en elle que se sont donné rendez-vous les tribus du Seigneur, selon l'ordre qu'il en a donné à Israël, pour y louer le Nom du SeigneurLiETATUS sum in his quas dicta sunt mihi : * In domum Domini ibimus.
Stantes nostri : * Jérusalem.
erant pedes
1 atriis tuis,
Jérusalem quœ aedificatur ut civitas : * cujus participatio ejus in idipsum.
Illuc enim ascenderunt tribus, tribus Domini : * testimonium Israël ad confitendum Nomini Domini.
5 04 L'Assomption cCe la très sainte Vierge.
Quia illic sederunt sedes in judicio : * sedcs super domum David.
Rogate quae ad pacem sunt Jérusalem : * et abundantia diligentibus te.
Fiat pax in virtute tua : * et abundantia in turribus tuis.
Propter fratres meos etproximos meos : * loquebar pacem de te.
Propter domum Domini Dei nostri : * quacsivi bona tibi.
4. ANT. ^5 fiiia t^ 3
Domino : quia per te fructum vitae communicavimus.
Là sont dre<;sés les sièges de la justice, les trônes de la maison de David ; et Marie est /j fille des Ro'S.
Demandez à Dieu, yar Marie, la paix pour Jérusalem : que tous les biens soient pour ceux qui t'aiment,
0 Eglise !
Voix Je Mirie : Que la paix règne sur tes remparts, ô nouvelle Sion ! et l'abondance dans tes forteresses.
.V/oj, la fille d'hraél. je prononce sur toi des paroles de paix, à cause de mes frères et de mes amis qui sont au milieu de toi.
Parce que tu es la maison du Seigneur notre Dieu, j'ai appelé sur toi tous les biens.
4- Ant. p ^^^^ ^^^^j^._
nie du Seigneur, parce que nous avons goûté par vous le fruit de vie.
Nisi Dominus aedificaverit domum : * in vanum laboraverunt qui sdifîcant eam.
Nisi Dominus custodierit civitatem : * frustra vigilat qui custodit eam.
Vanum est vobis ante lucem surgere : * surgite postquam sederitis, qui manducatis panem doloris.
SI le Seigneur ne bâtit la maison, en vain travaillent ceux qui la bâtissent.
Si le Seigneur ne garde la cité, inutilement veilleront ses gardiens.
En vain vous vous lèverez avant le jour : levez-vous après le repos, vous qui mangez !e pain de la douleur.
Aux Premières Vêpres
5o5
Le Seigneur aura donné un sommeil tranquille à ceux qu'il aime : des fils, voilà l'héritage que le Seigneur leur destine ; le fruit des entrailles, voilà leur récompense.
Comme des flèches dans une main puissante, ainsi seront les fils de ceux que l'on opprime.
Heureux Thomme qui en a rempli son désir ! il ne sera pas confondu, quand il parlera à ses ennemis aux portes de la ville.
Vous êtes belle et pleine de fille de Jérusalem, comme une armée rangée en bataille.
5. Ant.
grâces, terrible
Cum dederit dilectis suis somnum : * ccca haereditas Domini, filii, merces, fructus vcntris.
Sicut sagittae in manu potentis : * ita filii excussorum.
Beatus vir qui impievit desiderium suum ex ipsis : * non confundetur cum loquetur inimicis suis in porta.
5. ANT. f' ^j décora, filia Jérusalem, terribilis ut castrorum acies ordinata.
ARIE, vraie Jérusalem, chantez le Seigneur ; 'ar^'e, s.iinte Sion, chantez votre Dieu.
C'est lui qui fortifie contre le péché les serrures de vos portes ; il bénit les fils nés en votre sein.
Il a placé la paix sur vos frontières; il vous nourrit de la fleur du froment, Jésus le Pain de vie.
Il envoie par vous son Verbe à la terre ; sa parole parcourt le monde avec rapidité.
Il donne la neige comme
LAUDA, Jérusalem, Dominum : * lauda Deum tuum, Sion.
Quoniam confortavit seras portarum tuarum :* benedixit filiis tuis in te
Qui posuit fines tuos pacem : * et adipe frumenti satiat te.
Qui emittit eloquium suum terrae : * velociter currit sermo ejus.
Qui dat nivem sicut
5o6 L'Assomption de la très sainte Viercre.
lanam : * nebulam sicut cinerem spargit.
Mittit crystallum suam sicut buccellas : * ante faciem'frigoris ejus, quis sustinebit ?
Emittet Ver bum suum, et liquefaciet ea : * flabit Spiritus ejus, et fluent aqux.
Qui annuntiat Verbum
suum Jacob : * justitias, et judicia sua Israël.
Noij fecit taliter omni nationi : * et judicia sua non maaifestavit eis.
des flocons de laine ; il répand les frimas comme la poussière.
Il envoie le cristal de la glace semblable à un pain léger : qui pourrait résister devant le froid que son souffle répand ?
Mais bientôt il envoie son Verbe en Marie, et cette glace si dure se fond à sa chaleur : l'Esprit de Dieu souHle, et les eaux reprennent leur cours.
Il a donné son Verbe à Jacob, sa loi et ses jugements à Israël.
Jusqu'aux jours où nous sommes, il n'avait point traité de la sorte toutes les nations, et ne leur avait pas manifesté ses décrets.
CAPITULE. [Eccli. XXIV.)
I N omnibus requiem quaesivi, et in haîreditate Domini morabor. Tune praecepit, et dixit mihi Creator omnium : et qui creavit me, requievit in tabernaculo meo.
T 'ai cherché partout le repos, et j'ai voulu demeurer dans l'héritage du Seigneur, Alors le Créateur de toutes choses m'a parlé et fait connaître sa volonté : et lui, qui m'a créée, s'est reposé dans mon tabernacle.
AVE, maris Stella, Di! Maier aima, Atque semper Virgo, Félix cœli porta.
SAL'îT, astre des mers, Mère de Dieu féconde ! Salut, ô toujours Vierge, Porte heureuse du ciel I
Vous qui de Gabriel Avez reçu l'Are, Fondez-nous dans la paix, Changeant le nom d'Eva.
Délivrez les captifs, Eclairez les aveugles, Chassez loin tous nos maux, Demandez tous les biens.
Montrez en vous la Mère ; Vous-même offrez nos vœux Au Dieu qui, né pour nous, Voulut naître de vous.
O Vierge incomparable, Vierge douce entre toutes ! Affranchis du péché, Rendez-nous doux et chastes.
Donnez vie innocente Et siir pèlerinage. Pour qu'un jour soit Jésus Notre liesse à tous.
Louange à Dieu le Père, Gloire au Christ souverain ; Louange au Saint-Esprit ; Aux trois un seul hommage. Amen.
isainte Mèrede Dieu a été élevée ^. Plushautque les chœurs des Anges, au céleste royaume.
Sumens illud Ave Gabrielis ore, Funda nos in pace, Mutans Evae nomen.
Solve vincla reis, Profer lumen caecis, Mala nostra pelle, Bona cuncta posce.
Monstra te esse Matrem, Sumat per te preces Qui. pro nobis natus, Tulit esse tuus.
Virgo singularis, Inter omnes mitis. Nos culpis solutos Mites fac et castos.
Vitam pra;sta puram, Iter para tutum, Ut videntes Jesum, Semper coUaetemur.
Siî laus Deo Patri,
Summo Christo decus, Spiritui Sancto, Tribus honor unus. Amen.
^ C xALTATAestsanc^■ C ta Dei Genitrix. ^. Super choros Angelorum ad cœlestia régna.
ANTIENNE DE Magnificat.
VIERGE très prudente, où |"\r irgo prudentissima, allez-vous comme l'au- | '
quo progrederis,
■oS Le Temps après la Pentecôte.
quasi aurora valde rutilans ? Filia Sion tota formosa et suavis es, pulchra ut luna, electa ut sol.
rore empourprée ? Fille de Sion, vous êtes toute belle et suave, belle comme la lune, brillante comme le soleil.
Le Cantique Magnijîcat, page 53.
FAMULORUM tuorum , quœsumus Domine, delictis ignosce ; ut qui tibi placere de actibus nostris non valemus ; Genitricis Filii tui Domini nostri intercessione salvemur. Qui tecum.
DAIGNEZ, Seigneur, pardonner les péchés de vos serviteurs ; afin que, dans l'impuissance de vous plaire par nos actes, nous soyons sauvés par l'intercession de la Mère de votre Fils notre Seigneur. Qui vit et règne avec vous.
y ORSQUE le temps vint pour la BienheuL, reuse Marie de quitter la terre, les Apôtres furent rassemblés de tous les pays ; et ayant connu que l'heure était proche, ils veillaient avec elle. Or le Seigneur Jésus arriva avec ses Anges, et il reçut son âme. Au matin, les Apôtres levèrent son corps et le placèrent dans le tombeau. Et de nouveau vint le Seigneur, et le saint corps fut élevé dans une nuée *. »
A ce témoignage de notre Grégoire de Tours répondent l'Occident et l'Orient, exaltant « la solennité de la nuit bienheureuse qui vit la Vierge vénérée faire au ciel son
Greg. Turon. De gloria Martyr, iv.
L'Assomption de la très sainte Vierge. 5og
entrée triomphante *. » — « Quelle lumière éclatante perce ses ombres ! » dit saint Jean Damascène ^ ; et il nous montre l'assemblée fidèle se pressant avide, durant la nuit sacrée, pour entendre les louanges de la Mère de Dieu 3.
Comment Rome, si dévote à Marie, se fûtelle ici laissée vaincre ? Au témoignage de saint Pierre Damien, son peuple entier passait la nuit glorieuse dans la prière, les chants, les visites aux diverses églises ; au dire des privilégiés qu'éclairait la lumière céleste, plus grande encore était, à cette heure bénie, la multitude des âmes délivrées du lieu des tourments par la Reine du monde et visitant elles aussi les sanctuaires consacrés à son nom *. Mais la plus imposante des démonstrations de la Ville et du monde était la litanie ou procession mémorable dont l'origine première remonte au pontificat de saint Sergius (687-701) ^ ; jusque dans la seconde moitié du xvi* siècle, elle ne cessa point d'exprimer, comme Rome seule sait faire, l'auguste visite que reçut de son Fils NotreDame au solennel instant de son départ de ce monde.
On sait que deux sanctuaires majeurs représentent dans la Ville éternelle la résidence et comme les palais de la Mère et du Fils :
I. Inter opéra HiLDEFONSi ToLET. De Assumptione
B. M. Sermo IV. — 2. Joan. Damasc. in Dormitionem B. M. Homilia I.— 3. IbiJ. Homilia m. — 4. Petr. Dam. Opusc. XXXIV, Disputât, de variis apparit. et miraculis, cap. 3. — 5. Liber pontifie, in Sergio 1.
Temps après la Pentecôte.
la basilique du Sauveur au Latran, celle de Marie surl'Esquilin ; comme celte dernière s'honore de posséder le portrait de la Vierge bénie peint par saint Luc, le Latran garde dans un oratoire spécial, saint entre tous, l'image non faite de main d'homme où sont tracés sur bois de cèdre les traits du Sauveur. 1. Or, au matin de la Vigile de sainte Marie 2, le Pontife suprême accompagné des cardinaux venait nu-pieds découvrir, après sept génuflexions, l'image du Fils de la Vierge. Dans la soirée, tandis que la cloche de VAra cœli donnait du Capitole le signal des préparatifs prescrits par les magistrats de la cité, le Seigneur Pape se rendait à Sainte-Marie-Majeure, où il célébrait les premières Vêpres entouré de sa cour. Aux premières heures de nuit, étaient de même chantées au même lieu les Matines à neuf Leçons.
Cependant, une foule plus nombreuse d'instant en instant se presse sur la place du Latran, attendant le retour du Pontife. De toutes parts débouchent les divers corps des arts et métiers, venant sous la conduite de leurs chefs occuper le poste assigné pour chacun. Autour de l'image du Sauveur, en son sanctuaire, se tiennent les douze portiers chargés de sa garde perpétuelle, et tous membres des plus illustres familles; près d'eux prennent place les représentants du sénat et du peuple romain.-^
Mais le cortège papal est signalé redesI. Imago SS. Salvatoris acheropita, quae servatur in oratorio dicto SanctJ Sanetorum. — 2. Muséum itaiic li, Ordo roman, xi.
L'A ssomptlon de ra très sainte Vierge. 5 1 1
cendant TEsquilin. Partout, cj^uand il paraît, brillent les torches tenues a la main ou portées sur les brancards des corporations. Aidés des diacres, les cardinaux soulèvent sur leurs épaules l'image sainte qui s'avance sous le dais, escortée dans un ordre parfait par l'immense multitude. A travers les rues illuminées et décorées S elle gagne, au chant des psaumes, au son des instruments, l'ancienne voie Triomphale, contourne le Colisée, et, passant sous les arcs de Constantin et de Titus, s'arrête pour une j^remière station sur la voie Sacrée, devant l'église appelée Sainte-Marie Mineure ou la Neuve -. Pendant qu'on chante dans cette église , en l'honneur de la Mère, de nouvelles Matines à trois Leçons, des prêtres lavent avec de l'eau parfumée dans un bassin d'argent les pieds du Seigneur son Fils, et répandent sur le peuple cette eau devenue sainte. Puis l'image vénérée se remet en marche et parcourt le Forum au milieu des acclamations, jusqu'à l'église de Saint-Adrien ; d'où revenant gravir les rampes de l'Esquilin par les rues des églises de cette région, Saint-Pierreaux-Liens, Sainte-Lucie, Saint-Martin-auxMonts, Sainte-Praxède, elle fait enfin son entrée sur la place de Sainte-Marie-Majeure, Alors redoublent les applaudissements, l'allégresse de cette foule, où tous, hommes, femmes, grands et petits, lisons-nous dans un document de 1462 3, oubliant la fatigue
I. HiTTORP. Ordo rom. — 2. Aujourd'hui SainteFrançoise-Romaiae. — 3. Archivio della Compagnia di Sancta Sanctorum.
5i2 Le Temps après la Pentecôte.
d'une nuit entière passée sans sommeil, ne se lassent pas jusqu'au matin de visiter, de vénérer le Seigneur et Marie. Dans la glorieuse basilique parée comme une fiancée, le solennel Office des Laudes célèbre la rencontre du Fils et de la Mère, et leur union pour l'éternité.
Le ciel montra souvent par d'insignes miracles la complaisance qu'il prenait à cette manifestation de la foi et de l'amour du peuple romain. Pierre le Vénérable » et d'autres irrécusables témoins 2 mentionnent le prodige renouvelé chaque année des torches qui, brûlant toute la nuit, se retrouvaient au lendemain du même poids que la veille. L"an 847, au moment où, présidée par saint Léon IV, la procession passait près de l'église de Sainte-Lucie, un serpent monstrueux, qui d'une caverne voisine terrorisait les habitants, fut mis en fuite sans que depuis lors on le revît jamais ; c'est en souvenir de cette délivrance, que la fête reçut le complément de l'Octave dont jusque-là elle était dépourvue 3. Quatre siècles plus tard, sous l'héroïque pontificat de Grégoire IX' du nom, le cortège sacré venait de s'arrêter selon l'usage au vestibule de Sainte-Marie-laNeuve, lorsque des partisans de l'excommunié Frédéric II, occupant non loin la tour des Frangipani, se mirent à crier : c Voici le Sauveur, vienne l'empereur ! » mais soudain
I. Petr. Venerab. De miraculis II, xxx. -- 2. MaRANGONi, Istoria dell'oratorio di Sjncta Sanctorum, p. 127, — 3. Liber pontifie, in Leone IV.
L'Assomption de ItTtrès sainte Vierge. 5ij
la tour s'écroula, les broyant sous ses ruines 1.
Revenons à l'auguste basilique, où nous rappellent d'autres souvenirs. Une autre nuit nous vit dans son enceinte célébrer joyeux l'enfantement divin. Ineffables harmonies! C'est donc à l'heure où pour la première fois Marie pressa sur son sein TEnfant-Dieu dans retable, qu'elle s'éveille elle-même dans les bras du Bien-Aim.é au plus haut des cieux. L'Eglise, qui lit en ce mois les Livres de la Sagesse éternelle, est bien inspirée de réserver à cette nuit le Cantique sacré.
L'évêque de Meaux décrit ainsi celte mort : (( La divine Vierge rendit son âme sans peine et sans violence entre les mains de son Fils. II ne fut pas nécessaire que son amour s'eflbrçât par des mouvements extraordinaires. Comme la plus légère secousse détache de l'arbre un fruit déjà mûr, ainsi fut cueillie cette âme bénie, pour être tout d'un coup transportée au ciel , ainsi mourut la divine Vierge par un élan de l'amour divin : son âme "fut portée au ciel sur une nuée de désirs sacrés. Et c'est ce qui fait dire aux saints Anges : Qui est celle-ci, qui s'élève comme la fumée odoriférante d'une composition de myrrhe et d'encens - ? Belle et excellente comparaison, qui nous explique admirablement la manière de cette mort heureuse et tranquille. Cette fumée odoriférante que nous voyons s'élever d'une composition de parfums, n'en est pas arrachée par force, ni poussée dehors avec violence : une chaleur
5 14 ^e Temps après la Pentecôte.
douce et tempérée la détache délicatement, et la tourne en une vapeur subtile qui s'élève comme d'elle-même. C'est ainsi que l'âme de la sainte Vierge a été séparée du corps : on n'en a pas ébranlé tous les fondements par une secousse violente ; une divine chaleur l'a détachée doucement du corps, et l'a élevée à son bien-aimé i. «
Il restait pour quelques heures à notre monde, ce corps sacré « trésor de la terre, en attendant qu'il devînt la merveille des cieux - ». Qui nous dira les sentiments des augustes personnages réunis par le Fils de Marie pour rendre à sa Mère en son nom les devoirs suprêmes ? Un illustre témoin, Denys d'Athènes, rappelait à Timothée. présent comme lui alors, les discours qui, de ces cœurs remplis de l'Esprit-Saint, montèrent comme autant d'hymnes à la bonté toutepuissante par laquelle notre faiblesse fut divinisée. Là étaient Jacques, frère du Seigneur, et Pierre le coryphée, et les pontifes du collège sacré, et tous les frères venus pour contempler le corps qui avait donné la Vie et porté Dieu ; entre tous, après les Apôtres, se distinguait le bienheureux Hiérothée, ravi loin de la terre et de lui-même, en sublime communion avec l'objet de sa louange, semblant à tous un chantre divin ^.
2. D. GuÉRANGER, Essai historique sur l'abbaye de
Solesmes, suivi de la description de l'église abbatiale, avec l'explication des monuments qu'elle renferme, p. Ii3. — 3. DiONYs. Areopagit. De divinis Nomin. cap. III, § n.
L'Assomption de la très sainte Vierge. 5 15
Mais l'assemblée de ces hommes en qui régnait la divine lumière, avait compris qu'elle devait suivre jusqu'au bout les intentions de celle qui dans la m.ort était restée la plus humble des créatures. Porté par les Apôtres, escorté par les Anges du ciel et les saints de la terre, le corps virginal fut conduit de Sion vers la vallée de Gethsémani, où si souvent, depuis l'agonie sanglante, Notre-Dame avait ramené ses pas et son cœur. Une dernière fois, « Pierre, joignant ses mains vénérables, étudie les traits divins de la Mère du Sauveur; son regard, plein de foi, cherche à découvrir, à travers les ombres de la mort, quelques rayons de la gloire dont resplendit déjà la" reine des cieux 1. » Jean, le tils adoptif, jette un long, un dernier et douloureux regard sur le visage si calme et si doux de "la \'ierge. La tombe se referme ; c'en est fait pour la terre de ce spectacle dont elle n'était plus digne.
Plus heureux, les Anges, dont le marbre du monument ne saurait arrêter le regard, veillent près de cette tombe. Ils continuent leurs chants jusqu'à l'heure où, après trois jours, la très sainte âme de la divine Mère étant descendue pour reprendre sor corps sacré, ils s'éloignent eux-mêmes en l'accompagnant vers l'es cieux. Nous aussi donc, en haut les cœurs ! Oublions aujourd'hui notre exil, pour applaudir au triomphe de Marie ; et sachons la rejoindre un jour à l'odeur de ses parfums.
Faisons nôtre cette antique formule qui se
I. D, GuÉRANGER, ithi supra.
5ih L'Assomption de la très sai'ite Vierge.
disait à Rome sur le peuple assemblé, au moment du départ de la litanie solennelle que nous avons rappelée.
- . lîNERANDA nobis. DoV mine, hu)us est diei festivitas, in qua sancta Dei Genitrix mortem subiit temporalem ; nec tamen mortis nexibus deprimi potuit, quae Filium taum Dominum nostrum de se genuit incarnatum. Qui tecum.
,. , ous devons honorer la jN solennité de ce jour, ô Seigneur ; la sainte Mère de Dieu, en effet, y subit la mort du temps, sans que les liens de cette mort aient pu retenir celle qui de sa chair avait fourni un corps à votre Fils, notre Seigneur. Qui vit et règne.
y 'HvMNE et les trois Psaumes dont se comL pose l'Office de Tierce, se trouvent cide&sus, pa^e 28.
Ant. \yf ^^^^ ^•'■g° 1 Ant. I a Vierge Marie a jyi assumpta L ete élevée au ceest ad asthereum thala- j leste séjour, où le Roi des mum, in quo Rex re- I rois est assis sur un trône guni" stellato sedet solio. | étoile.
Le Capitule comme aux premières Vêpres,
iitnx. Es
Sancta Dei Genitrix. Exaltata.
i^. Super choros Angelorum ad cœlestia régna. * Sancta.
«. hr
Elevée a été * La sainte Mère de Dieu. Elevée.
f. Plus haut que les chœurs des Angles, au céleste royaume. * La sainte.
A la Messe.
Gloire au Père. Elevée.
j^. Marie a été élevée au ciel : les Anges se réjouissent.
^. Ils louent et bénissent le Seigneur.
Gloria Patri. Exaltata.
j^. Assumpta est Maria in cœlum, gaudent Angeli.
fi|. Laudantes benedicunt Dominum.
L'Oraison est la Collecte de la Messe, page 519.
QUEL est ce Roi de gloire? demandaient, au jour de la triomphante Ascension, les gardiens des portes éternelles ; et leur question, répétée dans le Psaume par deux fois ^, l'était une troisième en Isaïe s 'écriant au nom des habitants des cieux : Quel est celui qui vient d'Edom dans la beauté de sa robe empourprée, dans l'élan de sa force victorieuse '^ ? Or, au Cantique sacré, trois fois comme pour le Fils se manifeste au sujet de la Mère le ravissement des célestes Principautés.
Quelle est celle ci, qui s'avance comme V aurore à son lever 3 ? Et cette première demande admirative est suscitée par la naissance de Marie en laquelle prend fin la nuit du péché.
Quelle est celle-ci, qui monte par le désert comme une vapeur embaumée de toutes sortes
I. Psalm. xxni, 8, 10. — 2. Isai. lxiii, i.— 3. Gant.
5jS L'Assomption de la très sainte Vierge.
de parfums * r Et cette deuxième expression de l'étonnement angélique a pour objet l'incomparable vie de la Vierge, où se rencontrent tous les progrès, d'où se dégagent tous les arômes des vertus.
Quelle est celle-ci, qui s'élève du désert inondée de délices., appuyée sur son bienaimé - ': Et c'est là, vue des cieux, la sortie du tombeau de la Vierge bienheureuse.
Elle a rempli sa mission, accompli l'oracle, brisé la tête du serpent maudit s. De son cortège montent à nouveau vers les gardiens des remparts du ciel les paroles du psaume de triomiphe : Ouvre:{ vos portes '*. Ainsi disait prophétiquement, en figure d'elle. Judith victorieuse: Ouvre^ vos portes, car Dieu est avec nous, car il a signalé sa puissance ^.
Et voici que se lèvent derechef, en etïet, les portes éternelles. Du moindre au plus grand, tous les bienheureux habitants des hauteurs s'avancent à la rencontre de celle
3 ui monte de notre humble vallée t'. Plus émonstrative est la joie parmi les neuf choeurs, qu'elle ne le fut en Israël au jour où David introduisit l'arche figurative dans la cité sainte '.
Faisons écho à l'allégresse des cieux. Que le solennel Introït de la fête soit pour nous la marche triomphale accompagnant l'entrée de Marie dans la vraie Sion. Le psaume d'épithalame, qui joint ses Versets à l'An1. Cant. ni. 6. — 2. IbU. vni, 5. — 3.^ Gen. m, i5.
- 4. Psalm. XXIII, 7. — 5. Judith, xiii, i3 ; Luc. i, 5i.
- G. Judith, xiii, i3. — 7. 11 Reg. vi, 12-U).
A hi Messe.
5ig
tienne mélodieuse, est le trait d'union des chants du Sacrifice avec la lecture faite cette nuit du Cantique sacré.
GAUDEAMUS omnes in Domino, diem festum célébrantes sub honore beatas Mariae Virginis : de cujus Assumptione gaudent Angeli, et coUaudant Filium Dei.
Ps. Eructavit cor meum verbum bonum : dico ego opéra mea Régi. Gloria Patri. Gaudeamus.
dans le Seigneur, et faisons fête en l'honneur de la bienheureuse Vierge Marie ; de sor> A'isomption se réjouissent les Anges, et ils louent à l'envi le Fils de Dieu.
Ps. Mon cœur a proféré une parole excellente ; c'est au Roi que je dédie mes chants. Gloire au Père. Réjouissons-nous.
L'Oraison suivante demande le pardon et le salut par l'intercession de la Mère de Dieu. Son peu de rapport apparent au mvstère de la solennité pourrait surprendre, si 'l'on oubliait qu'elle n'est que la deuxième Collecte de ce jour au Sacramentaire ; la première, que nous avons donnée plus haut, se disait au moment de la première réunion des fidèles, et elle proclame expressément l'impuissance de la mort à retenir Marie dans ses liens.
DAIGNEZ, Seigneur, pardonner les péchés de vos serviteurs ; afin que, dans l'impuissance de vous plaire par nos actes, nous soyons sauvés par l'intercession de
FAMULORUM tuorum , quaesumus Domine, delictis ignosce : ut, qui tibi placere de actibus nostris non valemus, Genitricis Filii tui Domini
520 L'Assomption de la très sainte Vierge.
nostri intercessione sal vemur. Qui tecum.
la Mère de votre Fils notre Seigneur. Qui vit et règne avec vous.
Lectio libri Sapientiae.
IN omnibus requiem quaîsivi, et in hasreditate Domini morabor. Tune proecepit, et dixit mihi Creator omnium : et qui creavit me, requievit in tabernaculo mec, et dixit mihi : In Jacob inhabita, et in Israël haereditare, et in electis meis mitte radiées. Et sic in Sion firmata sum, et in civitate sanctificata sim.ilitcr requievi, et in Jérusalem potestas mea. Et radicavi in populo honorificato, et in parte Dei mei hoereditas illius, et in plenitudine sanctorum detentio mea. Quasi cedrus exaltata sura in Libano, et quasi cypressus in monte Sion. Quasi palma exaltata sum in Cades, et quasi plantatio rosae in Jéricho. Quasi oliva speciosa in campis, et quasi platanus exaltata sum juxîa aquam in plateis. Sicut cinnamomum, et balsamum aromatizans odorem dcdi :
Lecture du livre de la Sagesse. EccLi. xxiv.
J'ai cherché partout le repos, et j'ai voulu demeurer dans l'héritage du Seigneur. Alors le Créateur de toutes choses m'a parlé et fait connaître sa volonté ; et lui, qui m'a créée, s'est reposé dans mon tabernacle. Et il m'a dit : « Habitez en Jacob, et qu'Israël soit votre héritage, et prenez racine dans mes élus. » Et c'est ainsi que je me suis affermie dans Sion. J'ai donc trouvé mon repos dans la cité sainte, et ma puissance est établie dans Jérusalem. J'ai pris racine dans le peuple honoré du Seigneur, dans le peuple héritage de mon Dieu, et ma demeure est d;ms la plénitude des Saints. Je me suis élevée comme le cèdre au Liban, comme le cyprès de la montagne de Sion. Je me suis élevée comme le palmier en Cadès. et comme en Jéricho les plants des rosiers. Je me suis élevée comme un bel olivier dans la plaine, comme le platane sur les places au bord des eaux. J'ai donné mon parfum comme le cinnaA la Messe. 52 i
inome et le baume odorant ; 1 quasi myrrha electa dedi comme une myrrhe de choix suavitatera odoris. j'ai donné ma senteur. |
L'Epître qu'on vient de lire est en relation étroite, avec l'Evangile qui va suivre. Le repos recherché de Marie est celui de la meilleure part, le repos de l'àme en la présence du Pacifique, qui trouve lui-même dans cette âme pacifiée la part préférée de son héritage '. Nulle créature ne s'est approchée au point où l'a fait Notre-Dame de la paix où vit dans son éternité immuable la tranquille Trinité ; aussi nulle autre n'a mérité de devenir autant qu'elle le lieu du repos divin.
Or, nulle activité ne saurait atteindre à l'excellence, à l'abondance des fruits d'une âme en laquelle le Seigneur se repose, parce qu'elle-même se repose en lui ; car ce repos est celui de l'Epoux. Lorsque le Seigneur aura donné le sommeil à ses bien-aimés, alors apparaîtra leur fécondité, dit le Psaume ~.
Nous tous, devenus les fils de Marie au jour où le Seigneur se reposa dans son tabernacle, comprenons ce que la magnificence des expressions de l'éternelle Sagesse nous révèle de sa gloire en ce jour de triomphe. La branche sortie de la tige de Jessé ne porte point seulement la fleu'r divine sur laquelle s'est reposée la plénitude de l'EspritSaint 3 : elle a racine dans les élus, appeI. Cant. vni, 10-12. — 2. Psalm. cxxvi — 3, Isai5 22 L'Assomption de la très sainte Vierge.
lant du ciel en leurs rameaux la sève qui transforme leur nature et divinise leurs fruits. Ces fruits de Jacob et d'Israël, ces œuvres de la vie chrétienne ordinaire ou de la vie des parfaits, sont donc aussi le bien et la richesse de la divine xMère. Aujourd'hui l'éternelle Sion, la cité sanctifiée, le peuple gloritîé, héritage du Seigneur, la voient entrer à juste droit dans le repos sans tin où sa puissance s'aftirmera d'autant plus en Jérusalem, que les Saints lui feront à jamais hommage de leur plénitude.
Mais combien cette plénitude des Saints rassemblés est elle-même dépassée par la plénitude des mérites personnels de Marie ! Autant le cèdre du Liban domine les fleurs de la plaine, autant et plus, après son Fils divin, Notre-Dame s'élève par delà toute sainteté créée. « Les arbres auxquels est comparée dans cette Epître la Bienheureuse Vierge en son exaltation, dit le Docteur angélique, peuvent être considérés comme représentant les divers ordres des bienheureux. Le sens de ce passage est donc que Marie, ayant eu les mérites de tous, a été exaltée par delà les Anges, les Patriarches et les Prophètes, les Apôtres, les Martyrs, les Confesseurs, les \'ierges, par delà tous les Saints '. »
Le Psaume xliv', dont les accents d'épithalame ont retenti déjà au \'erset d'Introït, se poursuit au Graduel. La terre y chante les perfections qui ont mérité à l'Epouse l'appel
1. Thom. Aqu. Serrao in Assumpt. B. M. V.
A la Messe.
du Roi des cieux. Dans le Verset, l'armée des Anges nous est montrée saluant l'entrée de sa Reine.
PAR la vérité, par la douceur et la justice, régnez ; vos œuvres nous révèlent une conduite merveilleuse.
j^. Ecoutez, ô ma fille ! voyez et prêtez l'oreille ; car le Roi est épris de votre beautéAlléluia, alléluia.
j^. Marie a été élevée au ciel, l'armée des Anges est dans la joie. Alléluia.
PROPTER verttatem, et mansuetudinem, et justitiam, et deducet te mirabiliter dextera tua.
f. Audi filia, et vide, et inclina aurem tuam : quia concupivit Rex speciem tuam.
Alléluia, alléluia.
f. Assumpta est Maria in cœlum, gaudet exercitus Angelorum. AUeLa suite du saint Evangile selon saint Luc Chah. x.
EN ce temps-là, Jésus entra dans un certain village, et une femme nommée Marthe le reçut dans sa maison. Or, elle avait une sœur nommée Marie ; et celle-ci, se tenant assise aux pieds du Seigneur, écoutait sa parole. Mais Marthese dépensait pour le détail du service, et. s'arrêtant, elle dit : Seigneur, n'avez-vous pas souci de ce que ma sœur me laisse servir seule ? Diteslui donc qu'elle m'aide. Et répondant, le Seigneur lui
Sequentia sancti Evangelii secundum Lucam. Cap. X.
IN illo tempore : Intravit Jésus in quoddara castellum : et mulier quaedam Martha nomine, excepit illum in domum suam, et huic erat soror nomine Maria, quaeetiam sedens secus pedes Domini, audiebat verbum illius. Martha autem satagebat circa frequens ministerium : quae stetit, et ait : Domine, non est tibi curas , quod soror mea reliquit me solam
)4 VAssowftion <.<'' la trcs sainte Vierge.
dit : Marthe, Marthe, vous vous inquiétez et embarrassez de beaucoup de choses. Pourtant une seule chose est nécessaire. Marie a choisi la meilleure part, qui ne lui sera point enlevée.
illi, ut me adjuvct. Et respondens dixit ilii Dominus : Martha, Mariha, sollicita es, et turbaris erga plurima. Porro unum est necessarium. Maria optimam partem clegit, quœ non auferetur ab ea.
AUTREFOIS dans la Liturgie romaine ^ , comme aujourd'hui encore chez les Grecs et les Mozarabes, l'Evangile du jour se continuait sans transition par ces versets d'un autre chapitre de saint Luc : Comme il disait ces choses, une femme élevant la voix du milieu de la foule, lui dit: Heureux le sein qui vous a porté, et les mamelles qui vous ont nourri ! Et Jésus dit : Heureux plutôt ceux qui écoutent la parole de Dieu et qui la pratiquent 2 !
Cette addition ramenait la pensée vers Notre-Dame; mais l'épisode de Marthe et de sa sœur dans l'Evangile du jour n'en restait pas moins mystérieux. Ecoutons saint Bruno d'Asti résumer l'explication instructive qui nous est donnée de ce choix par la tradition. « Ces deux femmes sont, dit-il. les chefs de l'armée sainte ; c'est elles que suit le peuple entier des élus. Les uns vont après Marthe, les autres après Marie ; mais nul n'arrive à la patrie, qu'il ne suive ou celle-ci ou celle-là. Aussi les saints Pères ont-ils à bon droit statué que cet Evangile serait lu
A la Messe. ^2^
dans la fête principale de la Bienheureuse Vierge, parce que c'est elle que signifient les deux sœurs ; elle s'élève entre toutes les créatures, comme ayant plus qu'aucune réuni les privilèges des deux vies, à savoir l'active et la contemplative. Comme Marthe, et bien mieux, elle a reçu le Christ : elle l'a reçu, non pas dans sa maison seulement, mais dans son sein ; elle l'a servi davantage, l'ayant conçu, mis au monde, porté dans ses bras. Comme Marie, d'autre part, elle écoutait sa parole, et de plus la conservait pour nous tous en son cœur 1 ; elle contemplait son humanité, elle pénétrait aussi et plus que personne sa divinité. Elle a donc bien choisi la meilleure part, qui ne lui sera point enlevée 2. D
Or donc, poursuit saint Bernard, « Celui qu'elle reçut à son entrée dans cet humble monde, la reçoit en ce jour au seuil de la cité sainte. Point de lieu ne se trouva sur terre plus digne du Fils de Dieu que le sein de la Vierge ; point de trône plus sublime au ciel que celui où le Fils de Marie la fait asseoir à son tour. De part et d'autre bienheureuses réceptions, ineffables toutes deux, parce que toutes deux elles dépassent la pensée ! Qui racoyitera la génération du Fils 3, l'assomption de la Mère ^ ? »
A l'honneur de la Mère et du Fils, conformons nos mœurs aux enseignements évangéliques, Lorsqu'en nous Marthe se trouble,
520 LWssomption ie /a très sainte Vierge.
quand elle s'égare dans ses multiples sollicitudes, sachons la rappeler à l'unité de Marie. Soit en lui-même, soit dans ses membres, le Seigneur mérite seul d'arrêter notre pensée ; la valeur de toute chose, l'importance que nous devons dès lors lui attribuer dans notre conduite, se mesure à son rapport plus ou moins immédiat avec Dieu ou sa gloire. Que telle soit en tout la règle de nos appréciations : et la paix qui surpasse tout sentiment gardera nos intelligences et yios cœurs '.
Aujourd'hui Marthe, l'Eglise de la terre, laissée seule aux combats, aux labeurs, se plaint de son abandon. Mais le Seigneur prend parti pour Marie, et lui contirme la meilleure part. Il est, à n'en pas douter, grande fête au ciel parmi les esprits angéliques : l'Offertoire revient à nouveau sur les démonstrations de leur allégresse auprès du Seigneur.
AssCMPTA est Maria in 1 \A arie a été élevée au ciel : coelum : gaudent An- *'* les Anges se réjouisgeli. collaudantes bene- sent ; ils louent à l'envi et dicunt Dominum. Aile- bénissent le Seigneur. Alie'uia. I luia.
Ne laissons pas pourtant un sentiment de regret jaloux assombrir notre âme. Marie, comme tout passager de ce monde, a dû quitter la terre ; mais, dans la gloire, elle prie pour nous. C'est ce qu'exprime la Secrète.
A la Messe.
UE votre peuple trouve son secours. Seigneur, dans la prière de la Mère de Dieu ; suivant la condition de toute chair, elle a voulu quitter ce monde : mais puissions-nous ressentir les effets de son intercession pour nous dans la gloire des cieux. Par le même Jésus-Christ, notre Seigneur
SUBVENIAT, Domine , plebi tuœ Dei Genitricis oratio : quam etsi pro conditions carnis migrasse cognoscimus, in cœlesti gloria apud te pro nobis intercedere sentiamus. Per eumdem.
\^ juste, équitable et salutaire, Seigneur saint, Père touî-puissant, Dieu éternel, de vous rendre grâces en tout temps et en tous lieux ; spécialement de vous louer, de vous bénir, de vous célébrer en l'Assomption de la bienheureuse Marie toujours Vierge. C'est elle qui a conçu votre Fils unique par l'opération du Saint-Esprit, et qui, sans rien perdre de la gloire de sa virginité, a donné au monde la Lumière éternelle, Jésus-Christ notre Seigneur : par qui les Anges louent votre majesté, les Dominations l'adorent, les Puissances la révèrent en tremblant, les Cieux. et les Vertus des cieux, et les heureux Séraphins la célèbrent avec transport. Daignez permettre
VERE dignumet |ustum est, aequum et salutare, nos tibi semper et ubique gratias agere : Dooiine sancte, Pater o m n i p 0 t,e n s. asterne Deus : Et te in Assumptione beataï Marias semper Virginis collaudare, benedicere et praedicare. Quse etUnigenitum tuum Sancti Spiritus obumbratione concepit, et virginitatis gloria permanente, lumen œternum mundo etTudit, Jesum Christum Dominum nostrum. Per quem majestatem luam laudant Angeli. adorant Dominationes, tremunt Potestates ; Cœli, cœlorumque Virtutes. ac beata Seraphim, socia exsult a t i o n e concélébrant.
52S L'Assomption de la très sainte Vierge.
Cum quibiis et nostras voces ut admitli jubeas deprecamur , supplici confessione dicentes : Sanctus, Sanctus, Sancà nos VOIX de s'unir à leurs voix, afin que nous puissions dire dans une humble confession : Sdint ! Saint l Saint !
Si vous yn'aimie^. disait le Seigneur à ses disciples au moment de les quitter, vous vous réjouivie:{ de ce que je vais à mon Père ^. Nous qui aimons Notre-Dame, réjouissons-nous de ce qu'elle va vers son Fils. Comme le chante l'Antienne de Communion, la meilleure part, qu'elle a choisie, lui est assurée pour jamais.
PTIMAM parlera elegit sibi Maria : qua* non auferetur ab ea in asternum.
MARIE a choisi pour elle la meilleure part, qui ne lui sera jamais enlevée.
Le pain sacré, que nous devons à Marie, nous reste toujours. Puisset-il, avec son intercession, nous garantir contre tous maux !
Mens.ï: cœlestis participes effecti, imploramus clementiam tuam. Domine Deus noster : ut, qui Assumptionem Dei Genitricis colimus , a cunctis malis imminentibus. ejus intercessione liberemur. Per eumdem.
RENDUS participants de la table céleste, nous implorons, Seigneur notre Dieu, votre clémence ; puissions-nous, célébrant lAssomption de la Mère de Dieu, être délivrés par son intercession de tous les maux qui nous menacent. Par le même Jésus-Christ notre Seigneur.
A Sexte.
52g
L'Hymne et les trois Psaumes dont se compose l'Office de Sexte, se trouvent cidessus, page 34.
AvT M'^us courons à
ANT. i\ l'odeur de vos
parfums ; les jeunes filles
vous aiment de tout leur
amour.
An T.
N odorem uug u e n torum tuorum currimus : adolescentulaï dilexerunt te nimis.
CAPITULE. [Eccli. XXIV.)
■pr c'est ainsi que je me i-' suis affermie dans Sion. J'ai donc trouvé mon repos dans la cité sainte, et ma
Puissance est établie dans érusalem. J'ai pris racine dans le peuple honoré du Seigneur, dans le peuple héritage de mon Dieu, et ma demeure est dans la plénitude des Saints.
^ ITl vee au ciel :
Les Anges se réjouissent.
Marie.
"f. Ils louent et bénissent
le Seigneur. * Les Anges.
Gloire au Père Marie.
"f. La Vierge Marie a été élevée au céleste séjour,
%. Où le Roi des rois est assis sur un trône étoile.
ET sic in Sion firmata sum, et in civitate sanctificata similiter requievi, et in Jérusalem potestas mea. Et radicav in populo honorificato et in parte Dei mei hae rediras illius, et in pie nitudine sanctorum detentio mea.
a hr ASSUMPTAest
^- "''• t\ Maria in cœlum : * Gaudent Angeli. Assumpta.
y. Laudantes benedicunt Dominum. * Gaudent.
Gloria Patri. Assumpta.
^. Maria Virgo assumpta est ad asthereum thalamum.
% In quo Rex rcgum stellato sedet solio.
53o L'Assomption de ta très sainte Vierge.
L'Oraison est la Collecte de la Messe, page big.
T 'Hymne et les Psaumes, ci-dessus, page 3g.
Ant,
j^ ULCHRA es et f"^ décora, filia Jérusalem, terribilis ut castrorum acies ordinata.
^^^- V pleine de grâces, fille de Jérusalem, terrible comme une armée rangée en bataille.
IN plateis sicut cinnamomum et balsamum aromatizans odorem dedi : quasi myrrha electa. dedi suavitatem odoris.
a , X/lARIA Virgo
^- ^''- M a s s umpta est * Ad œthereum thalamum. Maria.
y. In quo Rex regum stellato sedet solio. * Ad asthereum.
Gloria Patri. Maria.
f. Dignare me laudare te. Virgo sacrata.
1^. Da mihi virtutem contra hostes tuos.
L'Oraison, page 5 19.
SUR les places, j'ai donné mon parfum comme le cinnamome et le baume odorant ; comme une myrrhe de choix j'ai donne ma senteur.
.„ , I A Vierge Marie a ^- ^''L été élevée- Au céleste séjour. La Vierge.
f. Où le Roi des rois est assis sur un trône étoile. * Au céleste séjour.
Gloire au Père. La Vierge.
:?. Souffrez , ô Vierge sainte, que je célèbre vos louanges.
^. Donnez-moi le courage contre vos ennemis.
dux Secondes Vêpres.
LES Antiennes, les Psaumes, le Capitule, l'Hymne et le Verset, sont les mêmes qu'aux premières Vêpres, pages 5o2-d ojfk l'exception de l'Antienne de Magnificat.
ANTIENNE DE Magnificat.
^ UJOURD'hui la Vierge A Marie est montée aux cieux ; réjouissez-vous, car elle règne avec le Christ à jamais.
Après l'Oraison de la fête, on fait mémoire d'un saint Confesseur qui fut assez heureux que d'être appelé au ciel au jour même du triomphe de Notre-Dame. L'Eglise, pour le mieux célébrer, a remis sa propre fête au lendemain de celle de Marie.
HODIE Maria Virgo cœlos ascendit : gaudete , quia cura Christo regntt in aeternum.
. , j E le comparerai '^' J à l'homme sage qui a bâti sa maison sur la pierre.
f. Le Seigneur Ta aimé, et il l'a honoré.
^. Il l'a revêtu d'un vêtement de gloire.
. Q l.MILABO eum
O viro sapienti, qui aïdificavit doraum suam supra petram.
j^. Amavit eum Dominus, et ornavit eum.
^. Stolam gloriae induit eum.
DIEU qui nous réjouissez par lasolennitéannuelle du bienheureux Hvacinthe,
DEUS , qui nos beati Hyacinthi Confessoris tui annua solemni532 L'Assomption de la très sainte Vierge.
tate laetificas : concède propitius ; ut cujus natalitia colimus, etiam actiones imitemur. Per Dominum.
votre Confesseur : soyeznous propice ; faites que nous imitions les actes de celui dont nous honorons la naissance au ciel. Par JésusChrist.
Aujourd'hui , dans toutes les églises de France, a lieu la procession solennelle instituée en souvenir et confirmation du vœu par lequel Louis XIII dédia le royaume très chrétien à la Bienheureuse Vierge.
Par lettres données à Saint-Germain-enLaye, le lo février i638, le pieux roi déclarait consacrer à Marie sa personne, son état, sa couronne, ses sujets, « Nous enjoignons à l'archevêque de Paris, disait-il ensuite, que tous les ans, le jour et fête de l'Assomption, il fasse faire commémoration de notre présente déclaration à la grande Messe qui se dira en son église cathédrale, et qu'après les Vêpres dudit jour il soit fait une procession en ladite église, à laquelle assisteront toutes les compagnies souveraines et le corps de ville avec pareille cérémonie que celle qui s'observe aux processions plus solennelles. Ce que nous voulons aussi être fait en toutes les églises tant paroissiales que celles des monastères de ladite ville et faubourgs, et en toutes les villes, bourgs et villages dudit diocèse de Paris. Exhortons pareillement tous les archevêques et évêques de notre royaume, et néanmoins leur enjoignons de faire célébrer la Messe solennelle" ez leurs églises épiscopales, et autres églises de leurs diocèses ; entendant qu'à ladite cérémonie les cours de parlement
Aux Secondes Vêpres.
et autres compagnies souveraines, les principaux officiers des villes y soient présents. Nous exhortons lesdits archevêques et évoques... d'admonester tous nos peuples d'avoir une dévotion particulière à la Vierge.^ d'implorer en ce jour sa protection, afin que sous une si puissante patronne notre royaume soit à couvert de toutes les entreprises de ses ennemis ; qu'il jouisse longuement d'une bonne paix ; que Dieu y soit servi et révéré si saintement, que nous et nos sujets puissions arriver heureusement à la dernière fin pour laquelle nous avons tous été créés; car tel est notre plaisir. »
A nouveau donc, le royaume de France s'affirmait le royaume de Marie. Moins d'un mois après la première fête célébrée conformément aux royales prescriptions, le 5 septembre i638, naissait d'une union stérile vingt ans celui qui fut Louis XIV. Lui-même devait renouveler la consécration à Marie de la couronne et du sceptre de France '. L'Assomption demeura, elle est toujours, pour ceux que ne séduisent pas des dates de révolte et d'assassinat, la fête nationale du pays.
Voici les prières spéciales qui se dirent tous les ans jusqu'à la chute de la monarchie, en exécution du vœu de Louis XIIL Nous donnons l'Oraison dans son texte primitif.
534 Le Temps Jiprès la Pentecôte.
SUB tuum praesidium confagimus, sancta Dei Genitrix : nostras deprecationes ne despicias in necessitatibus ; sed a periculis cunctis libéra nos semper, Virgo gloriosa et benedicta.
j^. Deusjudicium tuum régi da et justitiam tuam filio régis.
^. Judicare populum tuum in justitia et pauperes tuos in judicio.
^ ous avons recours à votre ^ protection, sainte Mère de Dieu : dans nos besoins ne méprisez pas nos prières ; mais délivrez-nous toujours de tous maux, Vierge glorieuse et bénie.
t. O Dieu, donnez au roi votre science du jugement et au fils du roi celle de votre justice.
Bpi. Pour juger votre peuple dans l'équité et vos pauvres dans la droiture.
DEUS, regum et regnorum rex, moderator et custos, qui Unigenitum Filium tuum. Beatissimas ^'irginis Marias filium, et ei subjectum esse voluisti, famull tui christianissimi Francorum régis, fidelis populi et totius regni sui vota, secundo favore prosequere, ut qui ejusdem se V'irginis imperio mancipant. et ipsius servituti devota sponsione consecrant. perennis in vita tranquillitatis acpacis et a?ternae libertatis in ccelo praemia cor.sequantur. Per eumdem.
DIEU, roi des rois et des royaumes, leur guide et leur gardien, vous qui avez donné comme fils à la bienheureuse \'ierge Marie votre propre Fils unique et le lui avez soumis : accueillez favorablement les vœux de votre serviteur le très chrétien roi des Francs, de son peuple fidèle et de tout le rovaume ; ils se soumettent eux-mêmes à l'empire de cette bienheureuse Vierge, ils se dévouent, s'engagent et se consacrent à son service : puissent-ils en retour obtenir, durant cette vie la tranquillité et la paix, au ciel l'éternelle liberté. Par le même Jésus-Christ, notre Seigneur.
L'Assomption de la très sainte Vierge. 535
Nous ne devons pas omettre de rappeler que la Hongrie fut de même consacrée à la Mère de Dieu par son premier roi, saint Etienne. Le présent jour y prit dès lors l'appellation du jour de la grande souveraine, dies Magnœ Dominœ. Marie reconnut la piété de V apostolique pvmce: ce fut le i5 août io38. qu'il échangea pour la couronne des cieux son trône de la terre : nous le retrouverons sur le C}'cle au deuxième jour de septembre.
Au xvi" siècle, on vit en plusieurs lieux les Luthériens continuer après leur apostasie d'observer l'Assomption de la bienheureuse Vierge, que les populations n'eussent pas laissé supprimer. La coutume d'un grand nombre d'églises d'Allemagne était, comme en font foi leurs Bréviaires et Missels, de célébrer durant trente jours consécutifs par des réunions et des chants le triomphe de Marie.
RESsoNs notre couronne liturgique à Marie glorifiée. Par où mieux commencer que par ces fleurs de si parfait, de si plein arôme, que le sol gaulois fit surgir aux premiers jours ? On verra que dans la Messe du i8 janvier, d'où elles sont prises, nos pères célébraient à la fois la maternité de Notre-Dame et son triomphe.
CÉLÉBRONS l'ineffable mystère du jour glorieux consacré à la Mère du Seigneur ; il mérite d'autant
GENEROS^ diei Dominicse Genitricis inexplicabile Sacramentum, tante magis prae536 Le Temps après la Pentecôte.
conabile, quantum est inter homines Assumptione Virginis singulare. Apud quem vitae integritas obtinuit Filium ; et mors non invenit par exemplum. Nec minus ingerens stuporem de transitu, quam exultatione ferens unico beata de partu. Non solum mirabilis pignore, quod fide concepit ; sed translatione praedicabilis, qua migravit. Speciaîi tripudio. afiectu multimodo, fideli vote, Fratres dilectissimi, corde deprecemur attente : ut ejus adjuti muniamur sufFragio ; quas fœcunda Virgo, beata de partu, clara de merito, felix praedicatur abscessu : obsecrantes misericordiam Redemptoris nostri : ut circumstantem plebem illuc dignetur introducere ; quo Beatam Matrem Mariam. famulantibus Apostolis, transtulit ad honorera. Quod ipse praestare dignetur : qui cum Pâtre et Spiritu Saricto vivit, et régnât Deus in ssecula.
plus la louange, ce mystère, que l'Assomption de la Vierge le rend unique parmi les hommes. Il nous montre une vie où la virginité met au monde un fils, une mort qui n'a pas sa semblable. L'étonnement que suscite une telle mort, n'est pas moindre que l'allégresse causée par ce bienheureux enfantement. Admirons cette conception par la foi ; exaltons le passage dans lequel consiste celte mort. Que spéciales soient les manifestations de la joie, que se multiplient les effusions de l'amour, que la dévotion réponde à l'objet de la fête. Frères bien-aimés, que notre cœur soit tout entier à la prière : obtenons l'aide et le suffrage de la Vierge féconde, de l'heureuse mère, au mérite éclatant, au départ fortuné ; supplions notre miséricordieux Rédempteur, qu'il daigne conduire le peuple ici présent où il a glorieusement élevé la Bienheureuse Marie, sa Mère, à laquelle ses Apôtres ont rendu les devoirs suprêmes. Qu'il daigne nous accorder cette grâce, celui qui avec le Père et le SaintEsprit vit et règne, étant Dieu, dans les siècles.
_._ ABITATORE.M Virgi- 1 j. w OS vœux s'adressent a |-J nalishospitii, Spon- I ^ l'hôte du sein vir^f^inal,
L'Assomption de la très sainte Vierge. 53y
à l'Epoux du sanctuaire bienheureux, au Seigneur du tabernacle, au Roi du temple ; l'innocence conférée par lui à sa Mère fut telle, que sa divine personne daignât y prendre chair et en être engendrée. N'ayant rien de commun avec le siècle, l'àme uniquement tournée vers la prière, cette mère observa dans ses mœurs la pureté qu'au salut de l'Ange elle avait reçue dans ses entrailles ; aussi, par son Assomption, ne connut-elle point la mort pour en être souillée, celle qui porta l'Auteur de la vie. Frères très chers, implorons par des prières ferventes le Seigneur : que sa miséricorde délivre les défunts de l'abîme, et les admette là où le corps de la Bienheureuse "Vierge a été transféré du sépulcre. Qu'il daigne faire ainsi, Celui qui vit dans une Trinité parfaite.
sum beati thalami, Djminum tabernaculi. Regem Templi, qui eam innocentiamcontulit Genitrici, qua dignaretur incarnata Deitas generari ; quœ nihil sasculi conscia, tantum precibus mens attenta, tenait puritatem in moribus, quam perceperat Angeli benedictione, visceribus : nec per Assumptionem de morte sensit inluviem ; quœ vitae portavit Auctorem : Fratres Karissimi, fusis precibus Dominum imploremus : ut ejus indulgentia illuc defuncti liberentur a tartaro ; quo Beatae Virginis translatum corpus est de sepulchro. Quod ipse praestare dignetur; qui in Trinitate perfecta vivit.
.Lest digne et juste. Dieu
I tout-puissant, il est équitable que nous vous rendions de grandes actions de grâces en ce temps consacré, en ce jour vénérable entre tous. Comme le fidèle Israël sortit de l'Egypte, ainsi laVierge Mère de Dieu passa du monde au Christ. Pas plus que la corruption de la vie, elle ne
DIGNUM et justum est, omnipotens Deus, nos tibi magnas merito gratias agere, tempore celebernmo, die prœ céeteris honorando. Quo fidelis Israhel egressus est de ^îi^gypto. Quo Virgo Dei Genitrix de mundo migravit ad Christum. Quas nec de
'J>^ Le Temps après la Pentecôte.
corruptione s u s c e p i t contigium ; nec resolutior.em pertulit in sepulchro, pollulione libéra, germine gloriosa, absiimptione secura, Paradiso dote fraelata. nesciens damna de coitu, sumens vota de fructu, non subdita dolori per parlum, non labori per transitum, nec vita voluniate, nec funus solvitur vi naturae. Speciosus thalamus, de que dignus prodit Sponsus, lux gentium, spes fidelium, praedo daemonum, confusio Juda^orum : vasculum vitae ; tabernaciilum glorijet, emplum cœleste : cujiis juvenculae melius praedicantur mérita ; cum veteris Evac conferuntur exempla.
SIQUIDEM ista mundo vitam protulit ; illa legem moriis invexit. Illa praevaricando. nos perdidit ; ista generando, salvavit. Illa nos pomo arboris in ipsa radice percussit ; ex hujus virja flos exiit, qui nos >dore reficeret, fruge :urarei. Illa maledictioDe in dolore générât ; ista benedictionem in salute confirmât. Illius perfidia serpenti consensit, conjugem decepit,
connut la dissolution du tombeau. Exempte de souillure, glorieuse en sa fécondité, délivrée par son asscmplion, elle règne au Paradis comme Epouse. Vierge toujours pure, elle porte un fruit d'allégresse ; la douleur est absente de son enfantement, la peine de sa mort ; sa vie fut au-dessus de la nature, son trépas ne fut pas une dette exigée par celle-ci. Chambre nuptiale brilKinie, d'où sort l'incomparable Epoux, la lumière des nations, l'espérance des fidèle*, le spoliateur des démons, la confusion des Juifs ! Vase de vie, tabernacle de gloire, temple céleste ! Mais de cette vierge nouvelle les mérites éclatent mieux, si les gestes de l'ancienne Eve en sont rapprochés.
CELLE-LA produit la vie pour le monde ; celle-ci donne naissance à l'empire de la mort Celle-ci prévarique et nous perd ; celle-là engendre et nous sauve. Ceile-ci par le fruit de l'arbre nous frappe à la racine ; de cette branche sort la fleur dont le parfum nous réconforte, dont le fruit nous guérit. L'une sous ia maiediction engendre dans !a douleur ; l'autre retrouve la bénédiction, assure le salut. La perfidie de l'une conspire
L'Assomption de la très sainte Vierge. 53g
avec le serpent, trompe son époux, perd sa race ; l'obéissance de l'autre apaise le Père, mérite le Fils, délivre sa descendance. L'une nous présente dans le suc d'un fruit l'amertume ; l'autre fait couler de la source de son Fils la douceur sans fin. Telle est l'aigreur de la pomme d'Eve, que les dents des enfants en demeurent agacées ; la suavité du pain de la Vierge les raffermit et les nourrit : nul avec elle ne meurt, que celui qui en présence de ce pain rassasiant reste dégoûté. Mais il est temps de laisser les vieux gémissements pour les nouvelles joies.
ous revenons donc à vous. Vierge féconde, Mère toujours pure qui ne connûtes point d'homme, qui enfantez, mais dont le Fils vous apporte l'honneur et non la souillure. Heureuse, vous par qui sont arrivées jusqu'à nous les joies que vous Hvez conçues ! Nous nous sommes félicités de votre naissance, nous avons tressailli à votre enfantement, nous nous glorifions de votre passage au ciel. Il n'eût pas suffi sans doute que le Christ sanctifiât votre entrée ; d'une telle Mère, il devait illustrer aussi la sortie. Il était juste que, l'ayant
prolem damnavit : hujus obedientia Patrem conciliavit. Filium meruit, posteritatem absolvit. Illa amaritudinem pomi suco propinat ; ista perennem dulcedinem Nat: fonte desudat. Illa acerbo gustu natorum dentés deterruit ; ha?c suavissimi panis blandimenti cibo formavit : oui nuUus dépérit, nisi qui de hoc pane saturare fauce fastidit. Sed jam veteres gemitus in gaudia nova vertamus.
AD te ergo revertimur, Virgo fceta. Mater intacta, nesciens virum, puerpera, honorata per Filium non poUuta. Félix, per quam nobis inspiiata gaudia successerunt. Cujus sicut gratulati sumus ortu. tripudiavimus partu : ita glorificamur in transitum. Parum fortasse fuerat si te Christus solo sanctificassef introitu ; nisi etiam talem Matrem adornasset egressu. Recte ab ipso suscspta es in Assumptione féliciter ; quem pie suscepisti conceptura per fîdem : ut
5-^0 Le Temps après la Pentecôte.
quœ terr3e non eras conhcia. non *eneret rupes indusa.
VFRE diversis insolis anima redempta : cui Apostoli sacrum reddunt obsequium. Angeli cantum. Christus amplexum. nubis vehiculum, Assumptio Paradisum, inter choros Virginum gloria principatum. Per Christum Dominum nostrum. Cui Angeli atque Archangeli.
reçu dans votre amour quand vous le conçûtes par la seule foi. lui-même à son tour vous reçût dans sa félicité par cette Assomption ; celle en qui la terre n'avait point eu de prise ne pouvait être retenue sous la roche du tombeau.
VÉRITABLEMENT doDC, que de merveilles inaccoutumées ! Les Apôtres lui rendent le devoir suprême ; les Anges la célèbrent en leurs chants ; le Christ la reçoit dans ses bras ; une nuée est son char ; son Assomption l'élève au Paradis ; parmi les choeurs des Vierges elle exerce une principauté glorieuse. Par le Christ notre Seigneur, à qui les Anges et les Archanges.
La Liturgie ambrosienne compose sa Préface de la Messe de Vigile avec les termes mêmes de la Collecte romaine qui se disait au moment de la solennelle Litanie précédemment décrite. Nous lui emprunterons les deux Antiennes suivantes de la Messe du )our.
Mater Christi, stans a dextris ejus in vestitu deaurato, circumamicta jucunditate
Mèr
OYEZ dans la joie. Vierge, ;re du Christ, vous tenant à sa droite en votre vêtement d'or, environnée de charmes.
L'Assomption de la très sainte Vierge. 54 r
Nous vous exaltons, Mère de Dieu, parce que de vous est ne le Christ, sauvant tous ceux qui vous glorifient. Sainte souveraine. Mère de Dieu, faites-nous part des grâces qui vous ont sanctifiée.
salvans omnes , qui te glorificant. Sancta Domina, Dei Genitrix, sanctificationes tuas transmitte nobis.
Les Mozarabes seront représentés par ces pièces de leurs Vêpres de la fête.
quia ej natus est Christus
Genitrix
Dei ex
VIERGE d'Israël, prenez le tvmpanon,
^. Et sortez au milieu des chœurs.
?. Vous êt2s bienheureuse. Reine qui vous élevez comme la lumière.
^. Et sortez.
Que le Seigneur soit toujours avec vous.
"Bf. Et avec votre esprit.
IRGO Israël, ornare tyrapanis tuis.
^. Et egredere in choro psallentium.
f. Beata es Regina, quae prospicis, quasi lumen.
IJ. Et egredere.
Dominus sit semper vobiscum.
IÇ!. Et cura spiritu tuo.
QUE le Seigneur Dieu du ciel vous bénisse : l'honneur du royaume deDavid est en vous.
^. Et l'on verra se prosterner devant vous les fils de nations nombreuses. Alléluia.
f. Ecoutez, fille de Sion, en ce jour de votre gloire où votre visage resplendit dans
DOMINUS Deus cœli benedicat tibi : honor regni David in manu tua.
^. Et adorabun: coram t.e rilii mulcarum gentium. Alléluia
f Audi, filia Sion, quia exaltata es, et faciès tua fjlget in templo
3-/2 Le Temps après la Pentecôte.
Del : Sol justitiae ingressu luo orietur.
B?. Et adorabunt. Dominus sit. "Sf. Et cum.
le temple de Dieu ; le Soleil de justice se lève à votre entrée.
^. Et l'on verra.
Que le Seigneur.
^. Et avec.
bu;
ENEDICTA tu Deo altissimo. prae omni; mulieribus.
i|?. Propter hoc non discedet laus tua ab ore hominum usque in saeculum.
■f. Non det in commotionem pedem tuum : neque dormiet qui custodit te.
K. Propter.
f. Gloria et honor Patri, et Filio, et Spiritui Sancto in ssecula sasculorum. Amen.
^. Propter.
Dominus sit.
Rj. Et cum.
ous êtes bénie par le Dieu très haut plus que toutes les femmes.
JSf. C'est pourquoi la bouche des hommes ne cessera point jusqu'à l'éternité de proclamer vos louanges.
t- Votre pied "ne sera jamais ébranlé ; il ne s'endormira pas celui qui vous garde.
^. C'est pourquoi.
f. Gloire et honneur au Père, et au Fils, et au SaintEsprit dans les siècles de siècles. Amen.
^. C'est pourquoi.
Que le Seigneur.
^. Et avec.
AMI mei rami honoris et gratiae. Alléluia.
BZ. Ego quasi vitis fructificavi suavitatem odoris. Alléluia, alléluia, alléluia, aileluia.
f. Ego autem, sicut oliva fructifera in domo Domini, sperabo in misericordia Dei mei in
MES rameaux sont des rameaux d'honneur et de grâce. Alléluia.
^. J'ai comme la vigne fructifié dans une suavité parfumée. Alléluia, alléluia. alléluia, alléluia.
f . Je suis comme un olivier chargé de fruits dans la maison du Seigneur ; j'espérerai dans la miséricorde de
L'Assomption de la très sainte Vierge. 543
mon Dieu pour l'éternité, pour les siècles des siècles.
fi|. J'ai comme.
f. Gloire et honneur au Père.
Bjf. J'ai comme
seternum, et in saeculum saeculi.
^. Ea;o quasi.
jl . Gloria et honor Patri.
^. Ego quasi.
«,ous contemplons, SeiN gneur Dieu, la glorieuse "Vierge Marie, qui s'élève aujourd'hui de la vallée des larmes et du désert du monde à d'inénarrables hauteurs, appuyée sur son bien-aimé, votre Fils unique et son Fils. Quelle gloire spéciale, quel joyau précieux est cette unité de nature entre l'immaculée Mère et le corps pris d'elle par la personne divine du Seigneur ! C'est pourquoi nous vous en supplions, Dieu souverain, ineffable: puissent nos énergies se diriger au but où nous précède aujourd'hui dans son fort amour, et comme notre digne avocate, cette bienheureuse Vierge !
^. Amen.
Par votre miséricorde, ô notre Dieu, qui êtes béni, et vivez, et gouvernez tout dans les siècles des siècles.
Amen,
Y j -EC est, Domine Deus, H gloriosa illa virgo Maria, quae hodie a convalle lachrymarum et mundi deserto cognoscitur superassumi incumbens super dilectum Unigenitum tuum, Filiumque suum loco videlicet inenarrabili : cujus vero quasi signaculum et monile detegitur pretiosum. dum unius naturae illud corpus confitemur Dominicum istius inlibatas genitricis a Divinitate assumptum. Proinde q u ae s u m u s, ineffabilis summe Deus, ut illic extendatur nostra intentio. quo per fortem dilectionem hodie praecessit digna suffragatrix pro nobis ac beatissima Virgo.
% Amen. "Per misericordiam tuam, Deus noster, qui es benedictus, et vivis, et omnia régis in saecula sasculorum.
^. Amen.
^44 -^c Temps après la Pentecôte.
Les Grecs nous donnent cette gracieuse composition, dont les huit premières'strophes s'adaptent aux huit tons musicaux, pour revenir dans la neuvième au premier, ayant ainsi chanté sur tous les modes le triomphe de xMarie '.
r\lviN.E majestatis nu*-^ tu, undeciimque deiferi apostoli nubium sublati culmine.
Ad metam ubi pervenerunt. immaculatum vas tuum, vita- principium, summa veneratione salutarunt.
At illae sublimissimae cœlorum potestates, cura suo Domino accedentes, Dei capax et illibatum corpus occursu honorabant, tremore corripiebantur, tum ad supernas sedes procedebant.
Et arcana voce clamabant superioribus agminum ducibus : Ecce univers! mundi regina, mater Dei accedit.
Tollite portas, inque superna recipite eam, iucis uti perpétuas matrem.
Per ipsam enim mortalium omnium salus
A UN signal de la toute-^ puissance, les Apôtres qui portent Dieu furent enlevés sur les nuées par les airs.
A leur arrivée, ils saluèrent dans un langage sublime votre corps très pur, principe de la vie.
Cependant les plus élevées des puissances des cieux, venant avec leur Seigneur, forment cortège au corps sans tache qui a renfermé Dieu ; saisies .de crainte, elles remontent vers les célestes demeures.
Et elles crient comme font les esprits aux chef> des angéliques phalanges : a Voici qu'arrive la reine de tous, la Mère de Dieu !
«t Ouvrez les portes, et recevez dans les hauteurs la mère de la lumière éternelle.
« Par elle s'est accompli l'universel salut des mortels.
I. J.-B. PiTRA, Analecta Spicilegio Solesmensi parata, 1, lxx, ex Anthologie.
L'Assomption de la très sainte Vierge. 54$
Nos yeux sont impuissants à fixer sa beauté.
« Elle ne saurait être assez honorée ; car son mérite surpasse toute pensée, u
C'est pourquoi, immaculée, ô Mère de Dieu, vivant à jamais dans la société du prince de la vie né de vous, intercédez pour nous sans cesse ; soyez notre garde ; sauvez de tout choc de l'ennemi cette jeunesse qui est vôtre. Car nous avons droit à votre secours :
A vous, dans les splendeurs de l'éternité, nos acclafacia est, in quam dirigere oculos non possumus.
Ipsi namque dari dignum praemium nequit; ejus enim praestantia omnem superat cogitatum.
Idcirco intemerata Deipara, semper cum vivifico rege et filio vivens, intercède continue , ut circummunias et salves ab omni inimico impetu juventutem tuam. In te enim tutelam possidemus,
Te persaecula inspiendoribus, beatam dicentes.
Cueillons de même quelques traits dans les chants chaldéens.
L'homme ne saurait louer comme il faut la Mère du Seigneur des anges et des hommes ; ni les hommes ne peuvent la comprendre, ni les anges la pénétrer pleinement :
Objet qu'elle est d'admiration dans sa vie mortelle, de stupeur dans sa mort vivifiante.
Durant sa vie, elle était morte au monde ; à sa mort , elle ressuscite les morts.
MATREM Domini angelorum hominumque labia hominis laudare non sufficiunt, quam nec homines plane mente assequuntur, nec angeli sat perspiciunt :
Mirandam in vita mortali, stupendam in morte vitali.
Vivens mundo mortua fuit, moriens mortuos exsuscitavit.
5^6 Le Temps après la Pentecôte.
Ad ipsam Apostoli properant e longinquis, angeli descendunt e superis, honoris causa débit!.
Virtutes invicem cohortantur , Principatus ut flammeae nubes exspatiantur, laetantur Dominaiiones . Potestates tripudiant.
Throni laudem ingeminant ; Seraphim clamantibus : Beatum o corpus gloriae ; dum Cherubim illam cantibus extollunt inter ipsos procedentem.
^Ethera, nubes. ipsi se submittunt; tonitrua plaudunt , collaudantia Filium; pluvia et ros uberibus ejus aemulantur :
Siquidem virentia pascunt, hœc autem virentium Dominum enutrivit.
Vers elle les Apôtres s'empressent des régions lointaines, les anges descendent des hauteurs du ciel pour l'honorer comnae il convient.
Les Vertus s'animent mutuellement, les Principautés se répandent comme des nuages enflammés, les Dominations sont dans la joie, les Puissances tressaillent.
Les Trônes multiplient la louange, tandis que les Séraphins exaltent la gloire de son bienheureux corps, et que les Chérubins célèbrent dans leurs chants celle qui s'avance au milieu d'eux.
L'air et les nuées s'inclinent à son passage ; les tonnerres applaudissent en louant son Fils dans leur concert ; la pluie et la rosée portent envie à son sein virginal :
Car elles nourrissent les plantes, mais lui a nourri le Seigneur des plantes.
Raoul de Tongres, qui écrivit au xiv' siècle son iivre De l'observance des canons dans les Offices de F Eglise, signale l'Hymne suivante comme usitée de son temps pour la fête de ce jour i.
Radulph. De canon, observ. Prop. xiii.
L'Assomption de la très sainte Vierge. 547
OQUE glorieuse est la lumière dont vous brillez, royale fille de la race de David ! Du trône où vous êtes élevée, Vierge Marie, vous dominez tous les habitants des cieux.
Mère en gardant l'honneur de la virginité, vous offrîtes comme palais votre cœur au Seigneur des Anges ; la pureté prépara votre sein sacré : Dieu fut chair, et le Christ naquit.
C'est lui qu'adore en tremblant l'univers, lui devant qui tout genou à cette heure fléchit dévotement, lui de qui nous implorons, par votre secours, la fin de nos ténèbres et les joies de la lumière.
Accordez-nous cette grâce, Père de toute lumière, par votre Fils, dans l'EspritSaint : avec vous il vit et règne ce Fils, dans les cieux resplendissants, gouvernant tous les siècles.
Amen.
OQUAM glorifica luce coruscas, Stirpis Davidicas régla
proies : Siiblimis residens Virgo
Maria, Supra cœligenas aetheris omnes.
Tu cum virgineo mater honore,
Angelorum Domino pectoris aulam,
Sacris visceribus casta parasti ;
Natus hinc Deus est corpore Christus,
Quem cunctus venerans
orbis adorât, Cui nunc rite genu flectitur omne : A quo te, petimus, subveniente, Abjectis tenebris, gaudia
lucis.
Hoc largire, Pater luminis omnis, Natum per proprium,
Flamine sacro : Qui tecum nitida vivit in
aethra Regnans, ac moderans
sxcula cuncta. Amen.
Terminons par cette suave Séquence.
f^cV Le Temps après la PenUcote.
AFFLUENS deliciis, David régis filia, Sponsi fertur brachiis Ad cœli sedilia : Et arnica properat Sponsum, quo abierat, Quserens inter lilia.
Hodie cubiculum Régis Hester suscipit, Sedare periculum, Quod hostilis efficit Aman instans fraudibus, Peccati rudentibus Mundo mortem conficit.
Per cœli palatia Cuncla transit ostia Intra régis atria. Ubi sceptrum aureum. Christum. os virgineum Osculatur hodie. Ut sit pax Ecclesiae.
Vox Rachelis in Rama Hic auditur : sed drama Tibi dulce canitur, Ubi te amplectitur Sponsus, et alloquitur, Quo beata frueris Plusquam cunctis superis.
Te transmittit hodie Telles cceii curiae.
I NONDÉE de délices, la fille
* du roi David est portée dans les bras de l'Epoux aux célestes trônes ; la bien-aimée. cherchant l'E- poux parmi les lis, s'empresse de le rejoindre où il était allé.
Aujourd'hui s'ouvre pour Esther la chambre du Roi : elle y vient conjurer le danger provenu des perfidies d'Aman notre ennemi, qui enserre le monde dans les liens du péché pour lui donner la mort.
Traversant les palais des cieux, elle franchit les diverses barrières, pour pénétrer jusqu'aux appartements royaux ; là, aujourd'hui, sa bouche virginale baise le sceptre d'or, qui est le Christ : ainsi est accordée paix à l'E- glise.
En Rama, ici-bas, la voix de Rachel se fait entendre ; mais un chant suave à votre honneur remplit le lieu des embrassemenis. des douces paroles de l'Epoux, dont vous jouissez, ô fortunée, plus qu'aucun habitant des cieux.
La terre jourd'hui à
vous envoie aula céleste cour.
L'Assomption de la très sainte Vierge, 54g
comme la femme prudente David régis Thecuitem,
de Thécua au roi David, Helisasi Sunamitem,
comme la Sunamite au véri- Ut fugati revoceraur,
table Elisée : faites-nous Et prostrati suscitemur
rappeler de notre exil, faites- Ad alterna gaudia,
nous ressusciter de la mort, Ubi es in gloria.
pour goiiter les joies éter- Amen, neiles où vous êtes dans la gloire. Amen.
^ r ous avez goûté la mort, 6 Marie ! Mais son
V sommeil, comme le sommeil d'Adam aux premières heures du monde, n'a été qu'une extase mettant en présence l'Epoux et l'E- pouse. Comme le sommeil de l'Adam nouveau au grand jour du salut, il appelait aussi le réveil de la résurrection. Déjà, par le Christ Jésus, notre nature, dans la totalité de son être, âme et corps, régnait aux cieux ^ ; mais, comme au paradis du premier jour, il n'était point bon que l'homme fût seul sous le regard de la Trinité sainte 2. A la droite de Jésus paraît aujourd'hui la nouvelle Eve 3, en tout semblable au chef divin dans le vêtement de sa chair glorifiée; rien ne manque plus au paradis de l'éternité.
O Marie, qui, selon l'expression de votre dévot serviteur, Jean Damascène, avez rendu la mort bienheureuse et joyeuse *, détacheznous de cette terre où rien ne saurait plus nous retenir. Nous vous avons accompagnée de nos vœux ^ ; nous vous avons suivie, du regard de l'âme, aussi loin que l'ont permis
I. Eph. n, 6. — 2. Gen. 11, 18.— 3. Psalm. XLiv, 10.
— 4. JoAN.DAMASC.in Dormit. B. M. Homil. I. — 3. Bernard. Sermo iv in Assumpt.
55o Le Temps après la Pentecôte.
les bornes de notre mortalité : et maintenant, nos yeux pourront-ils jamais se reporter sur ce monde de ténèbres? Vierge bénie, pour sanctifier l'exil, pour nous aider à vous rejoindre, assurez-nous le secours des vertus dont le vol sublime vous a portée à ces hauteurs. En nous aussi, il faut qu'elles régnent ; en nous aussi, il faut qu'elles boisent la tête du serpent maudit : pour qu'un jour, en nous aussi, elles triomphent. O jour des jours, où l'espérance de Job sera pour nous dépassée i, où nous verrons non point seulement le Rédempteur, mais la Reine qui se tient si près du Soleil de justice qu'elle en est revêtue -, éclipsant de son éclat les splendeurs des Saints ;
L'Eglise, il est vrai, nous reste, 6 Marie, l'Eglise elle aussi notre Mère, et qui poursuit votre lutte contre le dragon aux sept têtes odieuses. Mais elle aussi soupire après l'heure où lui seront données les ailes d'aigle ^^ qui lui permettront de s'élever comm.e vous par le désert, et d'atteindre l'Epoux. Voyez-la parcourant comme la lune à vos pieds ses phases laborieuses ; entendez les supplications qu'elle vous adresse comme à sa médiatrice auprès du Soleil divin : que par vous elle reçoive la lumière ; que par vous elle mérite faveur auprès de Celui qui vous a aimée, revêtue de gloire, couronnée de beauté ♦,