L'Année liturgique — Le Temps après la Pentecôte (t. 10-15) (page 47)

Dom Prosper Guéranger · Vie de piété

Texte français, domaine public · Source : archive.org — L'Année liturgique t. 10-15, éd. 1911 (OCR) · 70 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

I. Job. XIX, 25-27. — 2. Apoc. xii, i. — 3. !hid. 14.

— 4. Bernard. Scrmo. v in Assumpt.

LE DIMANCHE DANS l'oCTAVE DE l'aSSOMPTION.

'est au lendemain de la Nativité de Marie que les Grecs célèbrent, de temps immémorial, la fête de saint Joachim. Les Maronites la fixèrent au lendemain de la Présentation en novembre, les Arméniens au mardi après l'Octave de l'Assomption de la Mère de Dieu. Chez les Latins, qui ne l'admirent que plus tard, il y eut d'abord partage pour sa célébration entre le lendemain de l'Octave de la Nativité, lô septembre, et le lendemain de la Conception de la Bienheureuse Vierge, q décembre. L'Orient et l'Occident s'accordaient, pour honorer le père, à le rapprocher de son illustre fille.

Vers l'an i5io, Jules II statua que l'aïeul du Messie prendrait place au calendrier romain sous le rit double-majeur ; toujours au souvenir de ces liens d'une famille où

55 2 S. Joachim, Père de la B. V. Marie.

l'ordre de la nature et celui de la ^râce se rencontrent en si pleine harmonie, il tixa la fête de Joachim au 20 mars, lendemain de celle de son gendre Joseph. On eût dit que le glorieux patriarche dût après sa mort continuer, sur le Cycle sacré, les pérégrinations de ces premiers pères du peuple hébreu dont sa noble vie retraça les mœurs. Cinquante années s'étaient à peine écoulées depuis le pontificat de Jules II. que la critique du temps ramenait l'ombre sur son histoire et faisait disparaître son nom du Bréviaire romain. Grégoire XV l'y rétablissait en 1622 sous le rit double, et sa fête restait désormais acquise à l'Eglise. La piété à l'égard du père de Marie s'accrut même à ce point que des instances eurent lieu pour qu'elle fût rangée parmi les solennités de précepte, comrne l'était déjà celle de son épouse sainte Anne. Ce fut afin de répondre à cette dévotion populaire sans augmenter pourtant le nombre des jours chômés, que Clément XIÎ (1738) transféra la fête de saint Joachim au dimanche après l'Assomption de la Bienheureuse Vierge sa fille; il lui rendait en même temps le degré de double-majeur.

Le Souverain Pontife Léon XIII, honoré au baptême du nom de Joachim, devait, le 1" août 1870, élever au rang des doubles de seconde classe la solennité de son auguste patron et celle de sainte Anne.

« L'Ecclésiastique enseigne qu'il faut louer ceux dont une descendance glorieuse est issue ', dit le décret notifiant cette décision

1. Eccli. XLiv, I,

A la Messe. 553

dernière à la Ville et au monde ; on doit donc rendre l'honneur d'une vénération toute particulière aux saints Joachim et Anne, puisque, ayant engendré l'Immaculée Vierge Mère de Dieu, ils" sont dès lors glorieux par-dessus tous. On vous connaît à votre fruit *, leur dit Damascène: vous ave^ mis au monde une fille supérieure aux Anges, et maintenant leur reine 2... Or, la divine miséricorde ayant fait qu'en nos temps rnalheureux, les "honneurs rendus à la Bienheureuse Vierge et son culte prissent des accroissements en rapport avec les besoins grandissants du peuple chrétien, il fallait que cette splendeur et cette gloire nouvelle, dont leur bienheureuse tille est environnée, rejaillît sur les fortunés parents. Puisse leur culte ainsi accru faire éprouver plus puissamment leur secours à l'Eslise ^ ! »

C'est une bonne chose que la prière avec le jeûne ; faire l'aumône est meilleur que d'amasser des monceaux d'or *. Mieux encore que Tobie, Joachim éprouva la vérité de cette parole de l'Archange. Une tradition rapporte que du revenu de ses biens il faisait trois parts . l'une pour le Temple, l'autre pour les pauvres, et la troisième pour sa

554 S Joachim, Père de la B. V. Marie.

maison. L'Eglise, voulant honorer le père de Marie, célèbre tout d'abord ces largesses salutaires et la justice qui lui valut la gloire dont il resplendit.

DISPERSIT, dédit pauperibus: justitiaejus manet in sasculum sasculi : cornu ejus exaltabitur in gloria.

Ps. Beatus vir qui timet Dominuni : in mandatis ejus cupit nimis, Gloria Patri, Dispersit.

IL a répandu l'aumône avec profusion sur le pauvre : sa justice demeurera à jamais ; sa force sera élevée en gloire.

Ps. Heureux l'homme qui craint le Seigneur, et qui met tout son zèle à lui obéir. Gloire au Père, lia répandu.

MÈRE DE Dieu, c'est le titre qui fait de Marie la plus noble des créatures; mais cette noblesse de la tille de Joachim élève aussi ce dernier parmi tous les bienheureux, comme le seul dont on dira dans les siècles qu'il est I'aïeul de jésus. Or, au ciel mieux qu'ici-bas, noblesse et puissance vont de concert. Faisons-nous donc, avec l'Eglise, les clients d'un si haut personnage.

DEUS, qui prae omn bus Sanctis tuis beatum Joachim Genitricis Filii tui patrem esse voluisti : concède, quaesumus ; ut cujus festa veneramur, ejus quoque perpétue

Ïatrocinia scntiamus. 'er eumdem DominumODiEU qui, de préférence à tous vos Saints , avez voulu choisir le bienheureux Joachim pour père de la Mère de votre Fils : écoutez notre prière ; faites qu'à jamais nous éprouvions le patronage de celui dont nous célébrons la fête. Par le même Jésus-Christ.

A la Messe.

On fait mémoire du dimanche correspondant, par la Collecte de ce dimanche.

Lecture du livre de la Sagesse. EcCLi. xxxi.

HEUREUX l'homme qui s'est trouvé sans tache, et qui n'est point allé après l'or, et qui n'a point mis dans les richesses et l'argent son espérance. Quel est-il ? et nous le louerons ; car il a fait des choses merveilleuses en sa vie. Eprouvé par l'or, il a été parfait : sa gloire sera éternelle : il a pu transgresser, et n'a pas transgressé ; faire le mal, et il ne l'a point fait. C'est pourquoi ses biens ont été affermis dans le Seigneur, et toute l'assemblée des saints publiera ses aumônes.

Lectio libri Sapientiae.

BEATUS vir qui invenlus est sine macula : et qui post aurum non abiit, nec speravit in pecunia et thesauris. Quis est hic, et laudabimus eum ? Fecitenim mirabilia in vita sua. Qui probatus est in illo et perfectus est, erit illi gloria ffiterna : qui potuit transgredi, et non est transgressus : facere mala, et non fecit. Ideo stabilita sunt bona illius in Domino, et eleemosynas illius enarrabit omnis ecclesia Sanctorum.

LA richesse de Joachim consistait en troupeaux comme celle des premiers patriarches. Le pieux emploi qu'il en taisait attirait sur ses biens la bénédiction du < Seigneur.' Mais il était une bénédiction plus désirée, que le ciel refusait à ses supplications: Anne, son épouse, était stérile ; au milieu des tilles d'Israël attendant le Messie, l'espérance de Sion semblait s'en être détournée. Au Temple, un jour que Joachim présentait des victimes, elles furent rejetées avec mépris.

556 S. Joachim, Père de la B. V. Marie.

C'était une autre offrande qu'attendait de lui le Seigneur du Temple ; quand, au lieu des brebis de ses pâturages, il présentera ici la Mère de l'Agneau de Dieu, elle ne sera point repoussée !

Mais aujourd'hui, dans sa douleur, il s'est enfui sans reparaître devant son épouse. Gagnant les montagnes où paissaient ses troupeaux, il y vivait sous la tente, jeûnant sans trêve et àisant : « Je ne prendrai point de nourriture, jusqu'à ce que le Seigneur mon Dieu m'ait regardé dans sa miséricorde ; mais ma prière sera mon aliment. »

De son côté Anne, cependant, pleurait le double deuil de son veuvage et de sa stérilité. Mais tandis q-u'elle priait dans le jardin et son époux sur la montagne *, leurs communes instances, présentées en même temps au Dieu souverain, étaient ensemble exaucées 2. L'Ange du Seigneur apparaissait à tous deux, leur donnant rendez-vous sous la porte Dorée ; et Anne bientôt pouvait dire : « Je sais maintenant que le Seigneur m'a bénie grandement. Car moi qui étais veuve, je ne le suis plus ; et moi qui étais stérile, j'ai conçu s ! »

Chantons de nouveau, dans le Graduel, Je mérite de l'aumône, le crédit d'une vie sainte auprès de Dieu. La race de Joachim sera puissante, bénie au ciel comme sur la terre. Qu'il daigne lui-même employer pour notre salut la faveur dont il jouit près de son auguste fille, près de Jésus dont il est l'aïeul !

I L a répandu raiimône avec

' profusion sur le pauvre : sa justice demeurera à jamais.

j^. Sa descendance sera puissante sur la terre ; la race du juste sera en bénédiction.

Alléluia, alléluia.

f. O saint Joachim, époux d'Anne, père de l'auguste Vierge, aidez ici-bas au salut ■ de vos serviteurs ! Alléluia.

DiSPERSiT, dédit pauperibus: justitia ejus manet in saeculum saeculi.

f. Potens in terra erit semen ejus : generatio rectorum benedicetur.

Alléluia, alléluia.

j^. O Joachim sancte, con jux Annae, pater aimas Virginis.hic famulis confer salutis opem. AlleLe commencement du saint Evangile selon saint Matthieu. Chap. I.

T E livre de la généalogie ^ de Jésus-Christ, fils de David, fils d'Abraham. Abraham engendra Isaac. Isaac engendra Jacob. Jacob engendra Juda et ses frères. Juda engendra Phares et Zara de Thamar. Phares engendra Esron. Esron engendra Aram. Aram engendra Aminadab. Am.inadab engendra Naasson. Naasson engendra Salmon. Salmon engendra Booz de Rahab. Booz engendra O- bed de Futh. Obed engendra Jessé. Jessé engendra David roi. David roi engenInitium sancti Erangelii secundum Matthaîum. Cap. I.

LIBER generationis Jesu Christi, filii David, filii Abraham. Abraham genuit Isaac. Isaac autem genuit Jacob. Jacob autem genuit Judam, et fratres ejus. Judas autem genuit Phares, et Zaram de Thamar. Phares autem genuit Esron. Esron autem genuit Aram. Aram autem genuit Aminadab. Aminadab autem genuit Naasson. Naasson autem genuit Salmon. Salmon autem genuit Booz de Rahab. Booz autem genuit Obed

558 S. Joachim, Père de la B. V. Marie.

ex Ruth. Obed autem genuit Jesse. Jesse autem genuit David regem. David autem rex genuit Saloraonem, ex ea quae fuit Uriae. Salomon autem genuit Roboam. Roboam autem genuit Abiam. Abias autem genuit Asa. Asa autem genuit Josaphat. Josaphat autem genuit Joram. Joram autem genuit Oziam. Ozias autem genuit Joatham. Joatham autem genuit Achar. Achaz autem genuit Ezechiam. Ezechias autem genuit Manassen. Manasses autem genuit Amon. Amon autem genuit Josiam. Josias autem genuit Jechoniam, et fratres ejus in transmigratione Babylonis. Et post transmigrationem Babylonis : Jechonias genuit Salathiel. Salathiel autem genuit Zorobabel. Zorobabel autem genuit Abiud. Abiud autem genuit Eliacim. Eliacim autem genuit Azor. Azor autem genuit

qui

dra Salomon de celle avait été femme d'Une. Salomon engendra Roboam. Roboam engendra Abias. Abias engendra Asa. Asa engendra Josaphat. Josaphat engendra Joram. Joram engendra Ozias. Ozias engendra Joatham. Joatham engendra Achaz. Achaz engendra Ezechias. Ezechias engendra Manassé. Manassé engendra Amon. Amon engendra Josias. Josias engendra Jechonias et ses frères, au .temps de la transmigration de Babylone. Et depuis la transmigration de Babylone. jechonias engendra Salathiel. Salathiel engendra Zorobabel. Zorobabel engendra Abiud. Abiud engendra Eliacim. Eliacim engendra Azor. Azor engendra Sadoc. Sadoc engendra Achim. Achim engendra Eliud. Eliud engendra Eléazar. Eléazar engendra Mathan. Mathan engendra Jacob. Jacob engendra Joseph, l'époux de Marie , de laquelle naquit Jésus, qui est appelé Christ.

Sadoc. Sadoc autem genuit Achim. Achim autem ge nuit Eliud. Eliud autem genuit Eléazar. Eléazar autem genuit Mathan. Mathan autem genuit Jacob. Jacob autem genuit Joseph, virum Maris, de qua natus est Jésus, qui vocatur Christus.

A la Messe. 55g

Éjouis-Toi, Joachim, parce que de ta fille un fils nous est né ' ! A cette exclamation de saint Jean Damascène, l'Kglise répond en parcourant aujourd'hui la série royale des ancêtres du Sauveur. Joseph, le descendant de tant d'illustres princes, transmit leurs droits à celui qui était son fils devant la loi juive, bien que selon la nature il descendît uniquement des aïeux de la Vierge-Mère.

L'évangéliste de Marie, saint Luc, nous a conservé' les noms de ces ascendants directs de la Mère de l'Homme-Dieu, qui remontent eux-mêmes à David par Nathan, frère de Salomon. Si Joseph, fils de Jacob selon saint Matthieu, reparaît en saint Luc comme fils d'Héli, c'est qu'épousant Marie, la fille unique de cet Héli, ou Héliachim, qui n'est autre que saint Joachim, il était devenu légalement son fils et son héritier.

Telle est l'interprétation généralement admise de nos jours pour expliquer les deux généalogies du Christ, fils de David. Mais on ne doit pas s'étonner que dans l'usage de sa Liturgie, Rome, la ville reine, l'Epouse succédant aux droits de Sion répudiée, ait préféré celui de ces documents où une longue suite d'aïeux couronnés fait mieux ressortir la royauté de l'Epoux sur Jérusalem. Le nom de Joachim, qui s\gn'\ÇiQ préparation du Seigneur, en apparaît plus auguste, et n'y perd rien de son sens si rempli de mystère.

De quelle gloire, en effet, ne se trouve-t-il

56o S. Joachim, Père de la B. V.Marie.

pas couronné lui-même r Jésus, son petitfils, le fait entrer en part de la puissance qu'il a reçue pour gouverner toute créature. C'est cet honneur et cette puissance de Joachim que chante l'Otî'ertoirc.

GLORIA et honore cor o nasti e u m : et constituisti eurn super opéra manuutn tuarum. Domine.

Vous l'avez couronné de gloire et d'honneur ; et vous l'avez. Seigneur, établi sur les œuvres de vos

«Joachim, Anne et Marie, quel sacrifice de louange ces trois réunis offraient à la Trinité ! » dit saint Epiphane '. Puisse leur intercession, commune aussi, nous obtenir le plein effet du Sacrifice qui se prépare sur l'autel en l'honneur du chef de cette noble famille.

SusciPE, clementissime Deus, sacrificium in honorem sancti patriarchae Joachim patris Mariae Virginis. majestati tuas oblatura : ut, ipso cum conjuge sua, et beatissima proie intercedcnte. perfectam consequi mercamur remissionem peccatorum, et gloriam sempiternam. Per Dominum.

DIEU très clément, recevez le Sacrifice offert à votre majesté en l'honneur du saint patriarche Joachim, père de la Vierge Marie ; afin que, lui-même intercédant avec son épouse ^et sa bienheureuse fille, nous méritions d'obtenir la parfaite rémission de nos péchés et la gloire éternelle. Par Jésus-Christ.

I. Epiphan. Oratio de Laud. Vi'g.

A la Messe.

56i

On (ait mémoire du dimanche, en récitant de même son Oraison secrète.

Dans les délices du Mystère sacré, n'oublions point (que si Marie nous a donné le froment des cieux, c'est à Joachim que nous devons Marie elle-même. Confions en toute sécurité à sa prudence la garde du germe sans prix qui doit maintenant fructifier dans nos âmes.

C'est le serviteur fidèle et prudent, que le Seigneur a établi sur sa famille pour donner à chacun au temps voulu la mesure de froment.

PDELIS servus et prudens, quem constituit Dominus super familiam suam, ut det illis in tempore tritici mensiiram.

Si les sacrements produisent par euxmêmes la grâce essentielle qui leur est attachée, l'intercession des Saints peut beaucoup cependant pour écarter tout obstacle à leur pleine opération dans les cœurs. C'est la pensée qui inspire à l'Eglise cette formule de Postcommunion.

DIEU tout-puissant, exaucez notre demande : par l'intervention des mérites et prières du bienheureux Joachim, père de la Mère de votre Fils bien-aimé notre Seigneur Jésus-Christ, puisse le Sacrement que nous venons de recevoir nous faire participer à votre

OU^SUMUS, omnipotens Deus : ut, per haec skcramenta, quaj sumpsimus, intercedentibus meritis et precibus beati Joachim, patris Genitricis dilecti Filii tui Domini nostri Jesu Christi, tuae gratije ia prassenti, et aeternae glo?ô

502 s. Joachim, Père de la B. V.Marie.

riae in future participes esse mereamur. Per eumdem.

grâce en ce monde et à h gloire éternelle dans l'autre. Par le même JésusChrist.

On ajoute la Postcommunion du dimanche correspondant, et son Evangile se lit aussi à la fin de la Messe, en place de celui de saint Jean.

Aux premières Vêpres, hier, l'Eglise présentait Joachim aux louanges de ses fils comme « l'homme glorieux dans sa descendance, auquel le Seigneur confia la bénédiction de toutes les nations, et sur la tête duquel il confirma son alliance ^ ». Les secondes Vêpres sont en tout celles des Confesseurs non Pontifes, avec leurs Antiennes si touchantes dans la gracieuse simplicité qui les inspire. On ne pouvait mieux chanter ce juste dont le sentier fut véritablement, comme dit la Sagesse, une lumière brillante progressant et croissant jusqu'au plein jour -. Il avait offert dans le Temple au Seigneur Dieu celle qui devait donner chair à son Verbe ; il n'y eut pas de déclin pour le soir d'une vie qui finissait dans l'épanouissement de la sainteté de la Vierge-Mère. Le père de l'Immaculée porta l'espérance aux )ustes des limbes.

I. Ant, de Magnificat aux I"» Vêpres. — t. Prov,

IV, i8.

A Vêpres.

Ant, 3

m'avez donné cinq talents : voilà que j'en ai gagné cinq autres en plus.

que talenta tradidisti mihi : ecce alia quinque superlucratus sum.

Psaume c\x. Dixit Dominus, ;7ag-e 45.

2. Ant. C'est bien, bon serviteur, fidèle dans les petites choses, entrez dans la joie de votre Seigneur.

2. Ant. Euge, serve bone, in modico fidelis, intra in gaudium Domini tui.

Psaume ex. CondtehoT tibi, Domine, page 46.

3. Ant. Fidelis servus et prudens, quem constituit Dominus super familiam suam.

Psaume cxi. Beatus vir, page 48.

, Ant. Beatus ille

4. Ant. Bienheureux ce serviteur que son maître trouve veillant, quand il arrive et frappe à la porte !

servus, quem cum venerit Dominus ejus, et pulsaverit januam, invenerit vigilantem.

Psaume cxn. Laudate pueri, page 49.

5. Ant. Serve bone et fidelis. intra in gaudium Domini tui.

Psaume cxvi. Laudate Dominum, omnes gentes, page 421.

CAPITULE. (Eccli. XXXI.)

EUREUX 1 homme qui s'est trouvé sans tache,

BEATUS vir, qui inventus est sine macula^

564 Le Temps après la Pentecôte.

et qui post aurum non abiit. nec speravit in pecunia et thesauris. Quis est hic. et laudabimus eum ? fecit enim mirabilia in vita sua.

et qui n'est point allé après l'or, et qui n'a point mis dans les richesses et l'argent son espérance. Quel est-il .' et nous le louerons ; car il a fait des choses merveilleuses en sa vie.

ISTE Confessor Domini colentcs, Quem pie laudant populi per orbem, Hac die laetus meruit suprêmes

Laudis honores.

Qui pius, prudeus, humilis, pudicus, Sobriam duxit sine labe

vitam, Donec humanos aniraavit aurae

Spiritus artus.

Cujus ob praestans mcritum fréquenter,

.(Egra quae passim jacuere, raerabra

Viribus morbi domitis, saluti

Restituuntur,

Noster hinc illi chorus

obsequentem Concinit laudem, celebresque palmas : Ut piis ejusprecibus juvemur

Omne per aevum.

C'est le jour où le Confesseur bienheureux que révèrent pieusement tous les peuples du monde a mérité l'honneur de la suprême louange.

Dans la piété, dans la prudence, l'humilité et la pureté , il a couru sans tache une carrière toujours sainte, aussi longtemps que le souffle vital anima son corps.

Par son mérite éminent souvent il arrive que les membres languissants de pauvres malades, surmontant la force du mal, recouvrent la santé.

C'est pourquoi notre chœur chante dévotement sa louange et ses titres de gloire : puissent ses prières compatissantes nous aider à jamais.

s. Joachim, Père de la B. V. Marie. 565

Salut, honneur, puissance soit à Celui qui de son trône éclatant dans le ciel gouverne tous les mondes, étant un et trois.

Amen.

t.

LE Seigneur a conduit le juste par

des voies droites.

TSf, Et il lui a montré le royaume de Dieu.

Sit salus illi, decus, atque virtus, Qui super cœli solio coruscans, Totius mundi seriem

gubernat

Trinus, et unus.

Amen.

r J

USTUM deduxit Dominus per vias rectas.

"Ef. Et ostendit illi regnum Dei.

ANTIENNE DE Magyiificaî.

C'est l'homme qui, méprisant le monde et les choses de la terre, a, triomphant, par œuvre et parole, entassé des richesses au ciel.

HIC vir despiciens mundum et terrena, triumphans, divitias cœ- lo condidit ore, manu.

Le Cantique Magnificat, L'Oraison, page bbj^. On fait ensuite mémoire

page 53.

du dimanche.

Les Actes des Saints reproduisent, au 20 mars, cette Hymne de l'ancien Bréviaire romain qui nous servira de prière au père de Marie.

O Joachim, père de la vierge souveraine qui enfanta Dieu de son sein très pur, présentez nos supO PATER gumma;, Joachim, puellas Quas Deum clauso ge« nuitpudore, ,

566 Le Temps aprcs la Pentecôte.

Promove nostras Domino querelas.

Caslaque vota.

Sois quot hic sasvis agitemur undis, Triste quos mundi mare

defatigat : Scis quot adnectat Sathanas carove Praelia nobis.

Jam sacris junctus superum catervis, Imo praeccdens, potes

omne, si vis : Nil nepos Jésus raerito

negabit,

Nil tibi nata.

plications au Seigneur; offrez-lui les vœux de no» cœurs qui veulent être 6- dèles.

Vous savez quelles violentes tempêtes sont sur nous déchaînées, combien pour nous la lutte est épuisante sur la mer de ce triste monde ; vous savez combien de combats nous livrent sans trêve et la chatr et Satan.

Mêlé maintenant aux saintes phalanges des cieux, ou plutôt marchant à leur tête, vous pouvez tout, si vous voulez : ni Jésus votre petit-fils, ni Marie votre fille ne sauraient rien vous refuser.

Faites qu'à votre prière la Divinité bienheureuse nous donne pardon et paix, pour qu'à vous réunis nous chantions suavement ses louanges.

Amen.

Fac tuo nobis veniam

precatu Donet et pacem Deitas

beata : Ut simul juncti resonemus illi Dulciter hymnos.

Amen.

PÈRE de Marie, nous vous rendons grâces : toute créature vous est redevable, depuis que lui-même le Créateur a voulu vous devoir celle dont il avait résolu de naître pour nous sauver. Epoux de la bienheureuse Anne, vous nous rappelez ce qu'eût été le paradis : par l'innocence première qui sembla en vous recouvrée pour présider aux

s. Joachim, Père de la B. V. Marie. 56 ~

origines de rimmaculée Vierge, sanctifiez la famille, relevez nos mœurs. Aïeul de Jésus, étendez votre amour à tous les chrétiens ses frères ; l'Eglise vous honore plus que jamais dans ces jours d'épreuve : elle sait votre crédit près du Père souverain qui daigna vous associer, sans autre intermédiaire que votre propre fille, à la génération dans le temps de son Fils éternel.

^•Sf^^Sf^^S^tS^^^f^^Sf^^^'S*

[N des plus beaux lis du champ des Prêcheurs vient s'épanouir au pied du trône où s'est assise la Reine des cieux. Hyacinthe représente, au Cycle sacré, la légion d'intrépides missionnaires qui, dans les xiii« et xiv^ siècles, s'élancèrent au-devant de la barbarie tartare et musulmane menaçant l'Occident. Des Alpes aux frontières septentrionales de l'empire chinois, des îles de l'Archipel aux terres arctiques, il propagea son Ordre et accrut le royaume de Dieu. Dans les steppes où le schisme de Byzance disputait ses stériles conquêtes à l'idolâtrie des envahisseurs du Nord, on le vit, quarante années durant, semer les prodiges, confondre l'hérésie, dissiper les ténèbres de l'inridélité.

Pas plus qu'au premier apostolat ne devait manquer à celui-ci la consécration du martyre. Que d'admirables épisodes, où les Anges du ciel semblèrent vouloir illuminer de leur sourire les rudes combats de leurs frères de la terre ! Au couvent fondé par Hyacinthe à Sandomir sur la Vistule , quarante-huit Frères Prêcheurs étaient rassemblés sous la conduite du Bienheureux Sadoc ; un jour, le lecteur du Martyrologe, proclamant la fête du lendemain, lit celte formule qui se déroule sous ses yeux en

Saint Hy^acinthe, Confesseur. 56g lettres d'or : A Sandomir, Lt: quatre des

Martyrs., Surpris d'abord, les Frères ont vite compris l'annonce inusitée : dans l'allégresse de leurs âmes, ils se disposent à cueillir la palme qu'une irruption de Tartares leur procure au jour dit ; c'est au chant du Salve Regina que, réunis au chœur à l'heure fortunée, ils teignent de leur sang le pavé du temple.

Hyacinthe ne terminera pas sous le glaive des bourreaux sa carrière glorieuse. Jean, le disciple bien-aimé, avait dû demeurer icibd^s jusqu'à ce que vînt le Seigneur ^ ; c'est la venue au-devant de lui de la Mère du Seigneur qu'attend notre Saint.

Ni le labeur toutefois, ni les souffrances les plus extrêmes, ni davantage les plus merveilleuses interventions d'en haut ne manquent à sa vie toute céleste. Kiew, la ville sainte des Russies, a résisté cinq ans au zèle de l'apôtre ; les Tartares passent sur elle comme la justice du Tout-Puissant. Tout est à sac dans l'indocile cité. L'universelle dévastation atteint les portes du sanctuaire où l'homme de Dieu achève à peine l'auguste Sacrifice. Revêtu comme il l'est des ornements sacrés, il prend d'une main le divin Sacrement, de l'autre la statue de Marie qui lui demande de ne pas la laisser aux barbares ; et sain et sauf avec ses Frères, il traverse les hordes païennes enivrées de carnage, les rues en flammes, le Dnieper enfin, l'ancien Borysthène, dont les flots ra-'

5 70 Le l^emps après la Pentecôte.

pides, affermis sous ses pieds, garderont la trace de ses pas. 1 rois siècles plus tard, les témoins entendus au procès de canonisation attestèrent, sous la toi du serment, que le prodige persévérait encore ; on donnait dans le pays le nom de chemin de saint Hyacinthe à ces vestiges toujours visibles sur les eaux d'une rive à l'autre.

Cependant le Saint, poursuivant sa retraite miraculeuse jusque dans Cracovie. y déposa au couvent de la Trinité son précieux fardeau. Légère comme un roseau tant qu'il l'avait portée, la statue de Marie reprit son poids naturel, trop considérable pour qu'un seul homme pût l'ébranler. C'est près d'elle qu'après bien d'autres travaux, Hyacinthe reviendra mo'jrir.

Une première fois, au même lieu, dans les débuts de sa vie apostolique, la divine Mère était vers lui descendue : « Aie bon courage et sois joyeux, disait-elle, mon fils Hyacinthe ! Tout ce que tu demanderas en mon nom te sera accordé. » C'était en la Vigile de la glorieuse Assomption qu'avait eu lieu l'ineffable entrevue. Le bienheureux y puisa la confiance surhumaine du thaumaturge que nul obstacle n'arrêta jamais ; il en avait surtout gardé le parfum virginal qui embauma toute sa vie, le rayonnement de beauté surnaturelle qui fit d'e lui l'image de son père Dominique.

Les années ont passé ; centre privilégié des travaux d'Hyacinthe, l'héroïque Polo^gnc est prête désormais à soutenir sous l'égide de .Marie son rôle de boulevard de la chrétienté. Au prix de quels sacrifices, c'est ce

Saint Hyacinthe, Cotifesseur. 571

qu'Hedwige, la contemporaine de notre Saint, la bienheureuse mère du héros de Liegnitza, doit nous dire en octobre ^ En attendant, comme saint Stanislas qui le précéda au labeur -, c'est à Cracovie, la capitale du noble royaume aux plus beaux temps de ses luttes immortelles, que le fils de Dominique doit son dernier soupir et le trésor de sa dépouille sacrée. Non plus en la vigile, mais au jour même de son triomphe, le i3 août 1257, dans l'église de la Très Sainte Trinité Notre-Dame est redescendue ; les Anges lui font une escorte brillante, les Vierges forment sa cour « Oh ! qui êtes-vous ? » s'écrie une sainte âme de la terre, pour qui l'extase a déchiré les voiles de la mortalité. « Je suis, répond Marie, la Mère de la miséricorde : et celui-ci, qui a sa main dans la mienne, est frère Hyacinthe, mon très dévot fils, que j'emmène aux noces éternelles. » Puis, Notre-Dame entonne elle-même de sa douce voix : Je m'en vais aux collines du Liban ^ ; et Anges et Vierges poursuivant dans un ineffable concert le chant du ciel, le cortège fortuné disparaît vers les sommets resplendissants de la patrie.

Lisons la notice que la Liturgie consacre à saint Hyacinthe. On y verra que le passage du Dnieper, dont il est plus haut question, ne fut pas la seule circonstance où il montra son pouvoir sur les flois.

HVACINTHE, Polonais, na- I TJvacinthus Polonus, quit de parents nobles | il nobilibus et chrisI. 17 octobre. — 2. 7 mai. — 3. Gant, iv, 6.

5 y 2 Le Temps après la Pentecôte.

tianis pareniibus, in Camiensi villa episcopatus Vratislaviensis natus est. A pueritia litteris instructiis. post datam jurisprudentia? et sacris litteris operam, inter cancnicos Cracovienses a?citus, insigni morum pietate et summa eruditione ceteros antecelluit. Romas in Praedicatorum ordineni ab ipso institutore sancto Dominico adscriptu<. perfectam vivendi rationem, qiiam ah ipso didicerat, usqua ad finem vitae sanctissime retinuit. Virginitittem perpetuo coluit : mod-stiam, patientiam, humilitatem. abstinentiam, ceterasqiie virtutes, ut certum religiosae vitae patriraonium, adamavit.

CARITATE in Deum fervens, intégras saere noctes fundendis precibns, castigaadoque corpori insumens, nullum eidem levamentum, nisi lapidi innixus, sive humi cubans, adhibebat. Remissus in patriam, Frisaci primum in itinere amplissimum sui ordinis inonasterium, mox Cracovire alteriim erexit. Inde per alia^ Polonia: regni provinet chrctiens au chiiteau de Kamin du diocèse de Rreslau. Enfant il étudia les lettres, puis la jurisprudence et les lettres sacrées. Agrégé aux chanoines de Cracovie, il les dépassa tous par l'insigne piété de ses mœurs et sa science. Reçu à Rome dans l'Ordre des Frères Prêcheurs par le fondateur même, saint Dominique, il garda religieusement jusqu'à la fin de sa vie !a forme de vie parfaite qu'il en avait apprise. Il conserva la virginité, fit ses délices de la retenue, de la i patience, de l'humilité, de j l'abstinence, des autres ver; tus qui sont le patrimoine du vrai religieux.

BRULANT d'amour pour Dieu, souvent il passait des nuits entières à prier, à châtier son corps ntiquel il n'accordait d'autre soulagement que l'appui d'une pierre, d'autre couche que la terre nue. Renvoyé dans sa patrie, il bâtit à Friesach. sur sa route, un important monastère de son Ordre , un second bientôt s'éleva dans Cracovie, puis quatre «litres dans les autres provinces du rovaume Je PoSaint Hyacinthe, Confesseur. 5j3

logne. On ne saurait croire combien il fit de fruit en tous lieux par sa prédication de la parole de Dieu et l'innocence de sa vie. II ne se passait pas de jour qu'il ne donnât quelque preuve éclatante de cette innocence, de sa foi, de sa piété.

LE zèle du Saint pour le salut du prochain fut récompensé par Dieu des plus grands miracles. Un des plus insignes eut lieu, quand il traversa sans bateau près de Wisgrade la Vistule débordée, faisant de même passer ses compagnons sur 8a chape étendue sur les eaux. Ayant persévéré daris son admirable genre de vie près de quarante années depuis sa profession, il annonça aux Frères le jour de sa mort. Ce fut en la fête de l'Assomption de l'année douze cent cinquante-sept, qu'ayant accompli les Heures canoniales et reçu avec grande dévotion les sacrements de l'Eglise, il rendit l'âme avec ces m.ots : Entre vos mains, Seigneur, je remets mon esprit. 11 continua d'éclater par des miracles après sa mort, et Clément VIII le mit au nombre des Saints.

cias. alus quatuor exîedificatis, incredibile dictu est quantum verbi Dei praedicatione et vitae innocentia apud omnes profecerit. Nullum diem praetermisit, quo non prseclara aliqua fidei, pietalis atque innocentiaî argumenta praestiterit.

SANCTissiMl viri studium erga proximorum salutem maximis Deus miraculis illustravit. Inter qaae illud insigne, quod Vandalum fîuvium prope Visogradum aquis redundantem, nuUo navigio usus, trajecit, sociis quoque expanso super undas pallio traductis. Admirabili vitae génère ad quadraginta prope annos post professioncm perducto, mortis die suis fratribus pra?nuntiato, ipso assumptœ Virginis festo, Horis Canonicis persolutis, sacrameniis ccclesiasticis summa cum veneratione perceptis, iis verbis : In manus tuas Domine, spiritum Deo reddidit, anno salutis millesimo ducentesimo quinquagesimo septimo. Quem miraculis, etiam post obitum, illustrem.

Cleraens Papa Octavus in Sanctorum numerum retulit.

bj4 ^£ lemps après la Pentecôte.

VOTRE privilège fut grand, o tîls de Dominique, associé à Marie de si près que le jour de son triomphe vous vit vous-même entrer dans la gloire ! Occupant si belle place dans le cortège qui la conduit aux cieux, dites-nous ses grandeurs, sa beauté, son amour pour les pauvres humains qu'elle voudrait faire tous participer comme vous à son bonheur.

Par elle vous fûtes puissant dans la 'allée d'exil, en attendant d'être près d'elle bienheureux et glorieux. Longtemps après les Adalbert et ies Anschaire. les Cyrille et les Méthodius, vous parcourûtes à nouveau les ingrats sentiers de ce septentrion où renaissent si promptement les épines et les ronces, où ces peuples que l'Eglise eut déjà tant de peine à délivrer du joug païen, se reprennent sans cesse dans les filets du schisme, dans les pièges de l'hérésie. Sur ce domaine de sa prédilection', le prince des ténèbres éprouva de nouvelles défaites, une multitude inrinie brisa ses chaînes, et la lumière du salut brilla plus loin qu'aucun de vos prédécesseurs ne l'avait portée. Conquête définitive pour l'Eglise, la Pologne devint son rempart, jusqu'aux jours de trahison qui marquèrent la fin de TF-urope chrétienne.

O Hyacinthe, gardez la foi au cœur des fils du noble peuple, en attendant le jour de la résurrection. Implorez grâce pour les régions du Nord, un instant'échauflées au souffle ardent de votre parole. Rien de ce

Saint Hyacinthe, Confesseur. 5^5

que vous demanderez par Marie ne saurait vous être refusé ; c'est la promesse de cette Mère de la miséricorde.

Maintenez le zèle de l'apostolat dans votre Ordre illustre. Puisse s'y multiplier le nombre de vos frères, trop au-dessous des besoins de nos temps.

Au pouvoir qui vous fut donné sur les flots se rattache celui que la confiance des fidèles, justifiée par tant de prodiges, vous attribue de rappeler à la vie les malheureux noyés. Maintes fois aussi les mères chrétiennes ont éprouvé votre puissance allant jusqu'au miracle, pour amener à la fontaine du salut les fruits de leur sein qu'un enfantement laborieux menaçait de priver du baptême. Montrez à vos dévots clients que la bonté de Dieu est toujours la même, que le crédit de ses élus n'est point amoindri.

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ROIS ans de famine, trois mois de défaites, trois jours de peste : le choix permis à David coupable entre ces trois mesures d'expiation 1,'les manifeste équivalentes pour la justice de Dieu. L'effroyable fléau qui fait plus de ravages en trois jours qu'en des mois et des années la famine ou une guerre désastreuse, montra bien qu'il gardait sa prééminence lugubre au xiv^ siècle de notre ère ; la peste noire couvrit le monde d'un manteau de deuil, et "lui enleva le tiers de ses habitants. Jamais sans doute la terre n'avait mieux mérité le terrible avertissement : les grâces de sainteté versées à profusion au siècle précédent étaient convaincues de n'avoir qu'un jour enrayé la défection des peuples ; toute digue désormais rompue laissait voir l'inévitable flot montant du schisme, de la réforme, et de la révolution dont le monde doit mourir. Miséricordieux néanmoins tant que dure cette vie. Dieu, en frappant les hommes pécheurs, leur présentait le prédestiné qui pouvait conjurer sa vengeance.

11 apparaît marqué d'une croix à sa naissance. Jeune homme, il distribue ses biens

I Paralip. xxi, 12.

Saint Roch, Confesseur. Sjy

aux pauvres, et quittant famille et patrie, il se fait pèlerin pour le Christ. L'Italie, dont les sanctuaires l'avaient attiré, lui ofTre ses villes dévastées par l'horrible peste, Roch s'établit parmi les morts et les mourants, ensevelissant ceux-là, guérissant les autres avec le signe de la croix. Saisi lui-même du mal, il se dérobe pour souffrir seul ; un chien lui apporte sa nourriture. Lorsque guéri par Dieu il rentre à Montpellier, sa ville natale, c'est pour y être arrêté comme espion, jeté cinq ans dans un cachot où il meurt. Telles sont vos voies dans vos élus, 6 Sagesse de Dieu M Mais aussitôt des prodiges éclatent, manifestant son origine et son histoire, révélant le pouvoir dont il restera doué pour délivrer de la peste ceux qui recourront à lui.

La renommée de son crédit, accrue à chaque retour de contagions par des bienfaits nouveaux, rendit son culte populaire. Bien que la fête de saint Roch ne soit pas universelle, nous lui devions celte courte notice. Elle sera complétée par la Légende et rOraison que nous empruntons aux Offices propres pour quelques lieux donnés à la suite du Bréviaire romain.

ROCH naquit à Montpellier. De quelle charité il brûlait pour le prochain, c'est ce qu'il montra surtout dans une peste très cruelle qui ravageait toute l'Italie. A- bandonnant sa patrie, il enROCHUS in monte Pessulano natus, quanta in proximum caritate flagraret, tum maxime ostendit, cum sasvissima peste longe lateque per Italiam grassante.

5y8 Le Temps .iprcs la Pentecôte.

patria relicta, It.Tlicam peregrinationem suscepit. urbesq.ie et oppida peragrans, seipsum in «grotantium obsequium impeudere. animamque suam pro fratribus ponere non dubitavit. Quod beati viri studium quam gratum Deo fuerit, miris sanationibus declaratum est. Complures enim pestilentia infectos e mortis periculo signo crucis eripuit, et intégras sanitati restituit. In patriam reversus, virtutibus et meritis dives, sanctissime obiit, ejusque obitum statim subsecuta est veneratio fidelium, quae in Constantiensi deinde concilie magnum récépissé dicitur incrementum. cum ad propulsandam ingruentem luem Rochi imago solemni pompa , omni comitante populo, per eamdem civitatem, episcopis approbantibus. est delata. Itaque ejus cultus mirifice propagatus est in universo terrarum orbe, qui eumdem sibi apud Deum adversus contagiosam luem patronum religioso studio adoptavit. Quibus accurate perpensis, Urbanus Octavus Pontifex Maximus, ut ejus dies festus

treprit le vovage de cette contrée dont iî parcourut les villes et les bourgs, se dépensant au service des malades, et n'hésitant pas à exposer sa vie pour ses frères. Des guérisons merveilleuses manifestèrent combien Dieu agréait le zèle du bienheureux ; il délivra par le signe de la croix du péril de mort un très grand nombre de ceux que le fléau avait atteints, et les rendit à une santé parfaite. Revenu dans sa pétrie, il y mourut saintement, riche de vertus et de mérites. La vénération des fidèles suivit aussitôt son trépas. Selon ce que l'on rapporte, elle reçut par la suite un grand accroissement au concile de Constance, lorsque pour éloigner une contagion menaçante, l'image de Roch suivie de tout le peuple fut portée solennellement par la ville avec l'approbation des évèques. C'est pourquoi son culte se propagea merveilleusement dans le monde entier, où la religion populaire l'adopta comme patron près de Dieu contre les épidémies. Ce qu'ayant pesé mûrement, le Souverain Pontife Urbain VIII a permis que, dans les lieux où il y aurait des églises consacrées à Dieu sous le nom de saint Roch. on en célébrât la fête et l'Office.

Saint Roch^ Confesseur.

lis in locis, in quibus forent ecclesiae sancti Rochi nomine Deo dicatœ, Cfficio ecclesiastico celcbraretur , induisit.

DANS votre bonté, nous vous en supplions, Seigneur, gardez toujours votre peuple: et par les mérites de saint Roch, préservez-le de toute contagion de l'àme ou du corps. Par JésusChrist.

POPULUM tuum, quaesumus Domine, continua pietate custodi : et beati Rochi suffragantibus meritis, ab omni fac animœ et corporis contagione securum. Per Dominum.

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TIENNE veillait, à Noël, près de la crèche où l'Enfant-Dieu venait ravir nos cœurs ; Laurent escorte aujourd'hui la Reine dont l'éclat fait pâlir la beauté des cieux. De part et d'autre, il fallait un Diacre au triomphe de l'amour se révélant, à Bethléhem, aans la faiblesse du nouveau-né, au ciel dans la gloire dont le Fils se complaît à combler la Mère. Dans les pérégrinations du désert de ce monde, les Diacres en effet gardent l'E- pouse, l'Eglise de Dieu, signifiée par l'ancien tabernacle où l'arche de l'alliance figurait Marie.

« Fils bien-aimés, leur dit le Pontife au jour de la consécration qui les élève au-dessus de leurs frères, considérez par quel grand privilège, héritant de la tribu levitique son office et son nom, vous entourez le tabernacle du témoignage, qui est l'E- glise toujours en défense contre un ennemi sans fin. Comme vos pères faisaient pour le tabernacle, vous devez la porter cette Eglise; parez-la de sainteté, fortifiez-la de la divine parole, soutenez-la de la perfection de vos exemples. Et puisque Levi signifie mis à part, soyez séparés des terrestres concupiscences; briller de l'éclat d'une pureté sans

L'Octave de Saint Laurent. 58 1

nulle tache, comme il convient à l'aimable tribu du Seigneur '. »

Par ce dégagement de la terre qui constitue la vraie liberté, l'Eglise, libre elle aussi devant la synagogue esclave -, revêt son lévite d'une grâce que ne connut pas le lévite ancien. De Laurent, comme il est écrit d'E- tienne^ il fut vrai de dire que son visage sembla celui d'un Ange parmi les hommes ^ : tant la Sagesse, qui résidait en eux *, illuminait leurs fronts de sa divine lumière; tant l'Esprit-Saint, qui parlait par leurs bouches '•, mettait d'attraits sur leurs lèvres. C'est dans le sang d'autrui que le lévite du Sinaï, brandissant le glaive, consacre à Jéhovah ses mains redoutées^; toujours prêta donner le sien, le Diacre manifeste sa force par une fidélité d'amour et non plus de servitude, alimentant d'oubli de soi et de droiture son énergie, les pieds sur terre où il combat, les yeux au ciel où il aspire, le cœur à l'Eglise qui s'est à lui confiée.

De quel dévouement il l'entoure, elle et ses trésors : depuis la perle sans prix du Corps de l'Epoux, jusqu'à ces joyaux de la Mère qui sont ses fils souffrants et pauvres ; depuis les richesses toutes spirituelles relevant du baptême et de la parole de Dieu, jusqu'aux biens matériels dont la possession atteste le droit de cité de l'Epouse ici-bas i Leçon opportune à rappeler dans nos temps. Dieu a voulu que le plus grand des martyrs

582 Le Temps après fa Fentecote de la ville reine dût sa couronne au refus de livrer les deniers de l'Eglise; et certes pourtant l'exigence du fisc était légale dans la circonstance, autant du moins qu'un édit de César peut légaliser l'injustice. Laurent ne crut point que cette fausse légalité lui permît de se rendre à la demande de l'agent du pouvoir ; il n'eut de réponse que le dédain pour ce profane qui ne savait pas que, la terre étant au Seigneur i, l'Epouse du Seigneur ne relève que de lui dans l'administration de ses biens.

Croit-on qu'il eût agi différemment, si l'Etat, joignant comme il s'est vu depuis l'hypocrisie à l'arbitraire, eût prétendu couvrir sa spoliation d'artifices de langage que ne connaît pas la franchise du voleur de grands chemins ?

Où sont maintenant l'Etat d'alors et son César ? Ce n'est pas d'aujourd'hui que les persécuteurs finissent dans la honte; il attendit peu Dour le savoir, l'impérial meurtrier du grand Diacre, ce Valérien devenu moins de deux ans après le marchepied de Sapor, en attendant que sa peau teinte en rouge allât se balancer aux voûtes d'un temple persan.

Laurent cependant recueille plus d'hommages que n'en connurent jamais césars et rois. Quel triomphateur de la Rome antique atteignit à sa gloire ? Rome môme est devenue sa conquête ; vingt-quatre sanctuaires dédiés au Christ sous son nom dans la Ville éternelle éclipsent tous les palais des Augustes Et par l'univers entier, que d'autres

I Psalm. XXIII, I.

VOcfave de Saint Laurent. 583

églises insignes, que de monastères s'honorent de son puissant patronage ! A la suite de l'ancien monde, le nouveau nous présente sous l'appellation glorieuse de SaintLaurent ses villes et ses provinces, et jusqu'à ses îles, ses baies, ses fleuves, ses caps et ses montagnes. Mais entre tous les royaumes chrétiens se distingue comme il était juste, dans les honneurs rendus à l'illustre archidiacre, l'Espagne sa patrie : elle célèbre le !" mai la fête de ses saints parents, Orentius et Patience, qui lui donnèrent naissance au territoire d'Huesca ; elle lui a consacré le plus noble monument de son plus grand siècle, Saint-Laurent de l'Escurial, à la fois église, monastère et palais, rappelant dans les lignes de son plan gigantesque le gril du Martyr.

Pour nous, terminons cette Octave avec la prière que formule aujourd'hui la Mère commune : « Excitez dans votre Eglise, ô Dieu, l'esprit dont le bienheureux Diacre Laurent fut animé dans votre service, afin qu'en étant remplis nous-mêmes, nous fassions en sorte d'aimer ce qu'il a aimé et de pratiquer ce qu'il a enseigné *. »

Nous venons de citer la Collecte de l'Octave du saint Martyr ; comme l'Introït et les autres Oraisons de ce même jour, elle est empruntée à l'ancienne Messe de nuit du lo août.

I. Collecte du jour de lOctave..

56'^ Le Temps après la Pentecôte.

C'est une occcision de rappeler que des prodiges surnaturels ont manifeste en divers temps cette nuit glorieuse comme ayant mérité au valeureux Diacre un privilège spécial, pour délivrer les âmes souffrantes des feux du purgatoire par la vertu de ses propres flammes. La piété romaine prit la coutume de prier pour les morts dans la basilique élevée par le premier empereur chrétien sur le tombeau de l'athlète qui. du ^ril embrasé, avait salué son arrivée libératrice. Saint-Laurent m (^^ro Veranoxo'w les fidèles de la Ville éternelle dormir leur dernier sommeil à Tombrede ses murs, et c'est dans son enceinte que Pie IX a voulu de même attendre la résurrection.

Notker nous donnera cette belle Séquence, après laquelle une Oraison du Sacramentaire léonien conclura ces pages.

LAURENTi, David magni martyr milesque Fortis,

Tu imperatoris tribunal.

Tu manus tortorum cruentas

Sprevisti, secutus desiderabilein atquc manu fortem,

Qui solus potuit rcgna superare tyranni crudelis,

Cujusque sanctus sanpuinis prodiges facit amor milites cjus,

LAURENT, martyr et courageux soldat du vrai et grand David,

Le tribunal d'un empereur.

Les mains sanglantes des bourreaux,

N'obtiennent de toi que le mépris ; tu suis le prince rempli d'attraits, à la main puissante,

Qui seul a pu mettre en déroute l'armée du crue! tyran,

Qui par son saint amour rend ses soldats prodigue> de leur sanç ;

L'Octave de Saint Laurent.

Pour mériter de le voir, ils font bon marché de la vie présente.

Ainsi méprises-tu les faisceaux du juge, et te moquestu de ses menaces ;

Le bourreau use en vain ses ongles de fer, le rôtisseur son gril.

L'impie préfet de Rome est dans la douleur ; il est vaincu par ce poisson rôti qui nourrit le Christ,

Tandis que lui-même, convive du Seigneur, se rassasie avec lui du rayon de miel qui est l'espoir de la résurrection '.

O Laurent, le plus invincible des soldats de notre David roi éternel,

Implore de lui grâce toujours pour ses petits serviteurs.

Toi son martyr et son soldat courageux.

Amen.

Dummodo illum liceat cernere dispendio vitae pra?sentis.

Caesaris tu fasces contemnis et judicis minas dérides,

Carnifex ungulas et ustor craticulam vane consumunt.

Dolet impius urbis prafectus, victus a pisce assato, Christi cibo.

Gaudet Domini conviva favo, conresurgendi, cum ipso saturatus.

O Laurenti. militum David invictissime régis aîterni,

Apud illum servulis ipsius deprecare veniam scmper,

Martyr milesque fortis.'

Amen.

Nous vous en prions, Seigneur, augmentez en votre peuple la foi qu'il a conçue en la fête du saint Martyr Laurent : afin que rien ne puisse par terreur ou

AUGE, quassumus Domine, fideni populi tui, de sancti Laurenîii Martvris festivitate conceptam ; ut ad confessionem tui Nominis

I . Allusion à la scène mystérieuse du soir de Pâques, où le Seigneur ressuscité mangea devant ses disciples d'un morceau de poisson rôti et d'un rayon de miel qu'ils lui présentèrent, et leur donna les restes (Luc

5-^6" Le Temps après la Pentecôte.

nullis properare terresmur adversis, sed tantae virtulis intuitu potius incitemur. Per Dominum.

souffrance nous détourner dz confesser votre Nom, mais que l'exemple d'un si grand courage nous stimule bien plutôt. Par Jésus-Christ.

NSÉPARABLE de Jésus dans Ics décrcts éternels, Marie fut avec lui le type de toute beauté pour l'Auteur du monde. Quand la Toute-Puissance préparait la terre et les cieux i, la Sagesse se jouait devant elle en son humanité future commue exemplaire premier, comme mesure et comme nombre 2, comme point de départ, centre et sommet de l'œuvre entreprise par l'Amiour ; mais avec elle aussi, la Mère prédestinée, la femme choisie pour donner de sa chair au Fils de Dieu sa qualité de Fils de l'homme, marquait, parmi les simples créatures, à l'ouvrier divin le terme de toute excellence dans les divers ordres de la nature, de la grâce et de la gloire. Ne soyons donc pas étonnés si l'Eglise * met sur les lèvres de Marie la parole que l'éternelle Sagesse dit la première : J'ai été créée au commencement *.

Dans tout son être, et iusqu'en son corps, fut réalisé pleinement l'idéal divin. Faire jaillir du néant le reflet des perfections inI. Prov. VIII, 22-3 I. — 2. Eccl. I, 9-10. — 3. Epître des Messes de Notre-Dame de la Pentecôte à l'Avent. — 4. Eccli. XXIV, 14.

5 m. s Le Temps après la Pentecôte.

finies, c'est le but de toute création, la loi de la matière môme. Or, après la face du plus beau des enfants des hommes ', rien n'exprima Dieu ici-bas comme le visage de la \'ier^e. On connaît l'exclamation admirative prêtée à saint Denys voyant pour la première fois Notre-Dame: « Si la foi ne m'eût révélé votre Fils, je vous aurais prise pour la Divinité ! » Authentique ou non dans la bouche de l'Aréopagite 2, ce cri du cœur rend bien pourtant la pensée des anciens. L'on devra d'autant moins en être surpris, que nul fils ne ressembla comme Jésus à sa mère. N'ayant point de père ici-bas, c'était deux fois pour lui la loi de nature. C'est aujourd'hui la complaisance des cieux, où Marie et Jésus montrent aux Anges, dans leurs corps

florifiés, des aspects nouveaux de l'éternelle eauté que ces substances immatérielles n'eussent point su traduire.

Or, l'ineffable perfection du corps de Marie résulta de l'union de ce corps avec l'âme la plus parfaite elle-même qui fut jamais, si, comme il se doit toujours faire, on excepte l'âme du Seigneur son Fils. Chez nous, la déchéance originelle a brisé l'harmonie qui devait subsister entre les deux éléments si divers de notre être humain, rompu aussi, le plus souvent, et parfois renverse les proportions de la nature et de la grâce. 11 en est autrement là où l'œuvre divine ne fut point de la sorte viciée dans son principe ; c'est ainsi que, pour chacun des bienheureux

I. Psalm. XLiv. 3. — 2. Ex pseudo-epistola DiONYS.

ad Paulum,

Quatr. Jour dans VOct. de V Assomption. 5Sg

esprits des neuf choeurs, le degré de la grâce est en rapport direct avec ses dons de nature '. L'exemption du péché laissa Tànie de l'Immaculée informer dans un empire absolu son corps à son image, tandis qu'ellemême, se prêtant à la grâce selon l'étendue de ses aptitudes exquises, permit à Dieu de l'élever surnaturellement par delà tous les Séraphins jusqu'aux degrés de son propre trône. Car au royaume de la grâce, non moins

qu'en celui de la nature, la suréminence de Marie fut celle qui convenait à une Reine. Son éveil au sein de la bienheureuse Anne nous la fait voir plus élevée déjà que les plus hauts monts 2 ; Dieu, qui n'aime que ce qu'il fait digne de son amour, chérit cette entrée, ces portes de la vraie Sion par-dessus toutes les tentes de Jacob 3, Se pouvait- il en effet qu'un seul instant le Verbe, qui l'avait élue pour Mère, dût aimer plus, comme plus parfaite, une autre créature ? Aussi nulle parité possible en ces origines mêmes, nulle infériorité surtout^ qui de la Mère eût atteint jusqu'au Fils. Egalement pour la suite, en la bien-aimée, nul défaut de correspondance aux prévenances divines; à perfection si grande eussent répugné toute défaillance, toute lacune, tout arrêt. Depuis le moment de sa Conception très sainte jusqu'à celui de la mort glorieuse qui lui ouvrit les cieux, la grâce agit en Marie sans nulle trêve dans la totalité cle sa force divine. C'est ainsi que

i. Thom. Aqu. I* P. qu. Lxu. art. 6. — 2. Psahn. i.xxxvi, I. — 3. Ibid. 2.

5^0 Le Temps après la Pentecôte,

partie de sommets encore inconnus, doublant à chaque coup d'aile son énergie, son vol puissant l'a portée jusqu'à ce voisinage de Dieu où notre admiration la suit en ces jours.

Cependant Notre-Dame n'est point seulement la preynière-née i, la plus parfaite, la plus belle, la plus sainte des créatures et leur Reine ; ou plutôt elle n'est tout cela, que parce qu'elle est la Mère du Fils de Dieu. Ne fût-ce que pour constater qu'elle dépasse à elle seule tous les sujets réunis de son vaste empire, il nous est possible encore de la comparer avec l'homme, avec l'ange, sur le terrain de la nature et celui de "la grâce. Où le rapprochement cesse, où toute transition fait défaut, c'est pour la suivre à la retraite inaccessible où, quoique toujours la servante du Seigneur 2, elle entre en part des éternelles relations qui constituent la Trinité sainte. Quel est, eri une créature, ce mode de la divine charité où Dieu est aimé comme fils? Mais écoutons ici l'évêque de .Meaux, dont le moindre mérite n'est pas d'avoir compris comme il l'a fait les grandeurs de Marie :

(c Pour former l'amour de la sainte Vierge il a fallu y mêler ensemble tout ce que la nature a de plus tendre, et la grâce de plus efficace. La nature a dû s'y trouver, parce que cet amour embrassait un fils ; la grâce a dû y agir, parce que cet amour rega'rdait un Dieu." Mais ce qui passe l'imagination, c'est que la nature et la grâce n'y suffisent

I. Eccli. XXIV, b, — 3. Luc. I, 38.

Qiitir. Jour dans l'Oct. de V Assomption» 5 9 /

pas, parce qu'il n'appartient pas à la nature de trouver un hls dans un Dieu; et que la grâce, du moins ordinaire, ne peut faire aimer un Dieu dans un fils : il faut donc nécessairement s'élever plus haut. Permettezmoi, chrétiens, de porter aujourd'hui mes pensées au-dessus de la nature et de la grâce, et de chercher la source de cet amour cians !e sein même du Père éternel. Le divin Fils dont Marie est mère, lui est commun avec Dieu. Elle est unie avec Dieu le Père, en devenant la Mère de son fils unique, qui ne lui est commun qu'avec le Père éternel dans la manière dont elle l'engendre *, Mais pour la rendre capable d'e'ngendrer un Dieu, il a fallu que le Très-Haut"la couvrît de sa vertu-, c'est-à-dire, qu'il étendît sur elle sa fécondité. C'est en cette sorte que Marie est associée à la génération éternelle.

« Mais ce Dieu qui a bien voulu lui donner son Fils, pour achever son ouvrage, a dû aussi faire couler dans son chaste sein quelque étincelle de l'amour qu'il a pour ce Fils unique, qui est la splendeur de sa gloire et la vive image de sa substance s. C'est de là qu'est né l'amour de Marie : il s'est fait une effusion du cœur de Dieu dans le sien ; et l'amour qu'elle a pour son Fils lui est donné de la même source qui lui a donné son Fils même. Après cette mystérieuse communication, que direz-vous, ô raison humaine r Prétendrez-vous pouvoir comprendre

I, Bern. Sermo II in Annuntiat. — 2. Luc. i, 35. —

5 g 2 Le Temps après la Pentecôte.

l'union de Marie avec Jésus-Christ? Car elle tient quelque chose de cette parfaite unité qui est entre le Père et le Fils. N'entreprenez pas non plus d'expliquer quel est cet jtrnour maternel qui vient d'une source si haute, et qui n'est qu'un écoulement de l'amour du Père pour son Fils unique i. >-

PALESTRiNA, l'ancienne Préneste, députe à la cour de iMarie son valeureux et doux martyr Agapit. Par son jeune âge et sa fidélité, il nous rappelle cet autre gracieux athlète, l'acolythe Tarcisius, dont la victoire accompagne de si près au i5 août le triomphe de la Reine du monde, qu'elle s'éclipse en la gloire de celle-ci. Au temps où Valérien persécutait l'Eglise, à la \eille des combats de Sixte et de Laurent, Tarcisius, portant le Corps du Seigneur, est rencontré par des païens qui prétendent le contraindre à leur montrer ce qu'il porte ; mais, serrant sur son cœur le trésor du ciel, il se laisse broyer sous leurs coups « plutôt que de livrer à ces chiens enragés les membres divins -. » Agapit, à quinze ans, parcourt au milieu des tourments et des prodiges l'arène que vient de rouvrir à l'ambition des disciples de Jésus le césar Aurélien. Si jeune qu'il fût, le martyr avait pu voir la fin honteuse de \'alérien ; or, l'édit nouveau qui lui valut de rejoindre Tarcisius aux pieds de Marie

I. BussuET, Premier Sermon pour l'Assomption. —

Damas, in Callisti.

Quatr. Jour dans VOct de l'Assomption. 5g3

n'était pas encore promulgué dans tout l'enapire, qu'Aurélien à son tour était foudroyé par ce Christ de qui seul tiennent leurs couronnes les empereurs et les rois.

QUE votre Eglise, ô Dieu, se réjouisse, appuyée sur le suffrage du bienheureux Agapit ; que les glorieuses prières de votre Martyr lui obtiennent fidélité persévérante et sécurité entière. Par Jésus-Christ.

T ^ETETUR Ecclesia tua, ^ Deus, beati Agapiti Martyris tui confisa suffragiis : atque ejus precibus gloriosis, et devota permaneat. et secura consistât. Per Dominum.

EN rentrant de Palestrina dans la Ville éternelle, saluons sur la gauche le cimetière des saints Marcellin et Pierre, où furent d'abord déposées les reliques saintes de la pieuse impératrice Hélène, qui s'éleva aujourd'hui de la terre au ciel. L'Eglise Romaine a cru ne pouvoir l'honorer mieux, qu'en confondant pour ainsi dire, au m Mai, sa mémoire avec celle du bois sacré rendu par elle à nos adorations. Nous ne reviendrons donc pas aujourd'hui sur la glorieuse Invention qui, après trois siècles de combats, vint consacrer si heureusement l'ère du triomphe. Offrons pourtant notre hommage à celle qui déploya sur le monde délivré l'étendard du salut, et plaça la Croix sur le front des princes autrefois ses persécuteurs ' .

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