L'Année liturgique — Le Temps après la Pentecôte (t. 10-15) (page 51)

Dom Prosper Guéranger · Vie de piété

Texte français, domaine public · Source : archive.org — L'Année liturgique t. 10-15, éd. 1911 (OCR) · 70 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

1 L bâtit une grande quantité

1 de monastères et d'hospices pour les pauvres, secouSaint Louis, Roi de France, Conf. q3

rant les indigents, visitant les malades, auxquels, non content de procurer de sa bourse toutes choses, il rendait de ses mains les services dont besoin était. Son vêtement était sans faste; continuellement le cilice et le jeune affligeaient son corps. Ayant passé une seconde fois la mer pour combattre les Sarrasins, il avait établi en face d'eux son camp, lorsqu'il fut frappé de la peste, et mourut en disant cette prière: «J'entrerai dans votre maison, j'adorerai dans votre saint temple, et je louerai votre Nom. » Son corps fut transporté à Paris, où on le garde et l'honore dans la célèbre église de Saint-Denys ; sa tète est h la Sainte-Chapelle. Illustré par des miracles, le Pape Boniface VIII le mit au nombre des Saint?.

tia egentes sublevabat : frequens visebat œgrotos, quibus ipse non solum suis sumptibus omnia suppeditabat, sed etiam, quœ opus erant, manibus minisirabat. Vestitu vulgari utebatur, cilicio ac jejunio corpus assidue affligebat. Sed cum iterum transmisisset.bellum Saracenis illaturus, jamque castra in eorumconspectu posuisset, pestilentia decessit in illa oratione : Introibo in domum tuam ; aJora'bo ad templura sanctum tuum, et confitebor nomini tuo. Ejus corpus posîea Lutetiam Parisiorum translatum est,

âuod in celebri sancti lyonisii templo asservatur et colitur : caputvero in sacra œde sanctœ Capell3E. Ipse clarus miraculis a Bonifacio Papa Octavo in Sanctorum numerum est relatas.

I ÉRL'S.\LEM, la vraie Sion, vous ouvre enfin

'^ ses portes, à vous, ô Louis, qui pour elle avez donné vos trésors et vous-même. Du trône éternel où le Fils de Dieu vous associe à ses honneurs et à sa puissance, soyez toujours le promoteur du règne de Dieu sur terre, le zélateur de la foi, le bras de notre Mère l'E- glise. Sans adorer le Christ. l'Orient infidèle, grâce à vous, respecte ses adorateurs, confondant sous Lluc niciiic siizniiicaîiou le nom de

04 -^^ Temps après la Pentecôte.

chrétien et de Franc. A cause de cela, nos gouvernants du jour prétendent rester dans ces contrées les protecteurs du christianisme qu'ils poursuivent sur le sol gaulois ! Contradiction non moins fatale au pays, qu'opposée à ses traditions de franchise, à sa renommée d'honneur et de loyauté. Comment connaitraient-ils nos traditions et notre histoire, comment comprendraient-ils l'intérêt national, ceux qui méconnaissent le Dieu de CIovis, de Charlemagne et de saint Louis ? Déjà, qu'est devenu, dans cette Egypte qui eut vos plus durs labeurs, le patrimoine d'influence

f;lorieuse que les siècles avaient maintenu à a nation ?

Vos descendants ne sont plus là pour nous garder de l'invasion de ces hommes qui exploitent la patrie et n'ont que l'exil pour ceux qui l'ont faite. Ici pourtant, combien redoutables ne se révèlent pas les justices du Seigneur ! Vous-même l'aviez dit : Plutôt un étranger que mon fils pour gouverner le peuple du royaume, si mon fils le doit mal gouverner ' f Trente années après la croisade de Tunis, un prince indigne, votre deuxième successeur, outrageait le Vicaire de l'HommeDieu. Rejeté d'en haut, Philippe IV. le Bel, voyait aussitôt s'arrêter dans sa race stérilisée la sève partie de votre racine. Flétri et brisé, le rameau sacrilège faisait place sur la tige auguste à une autre branche issue de vous toujours. Mais la nation, solidaire de ses rois, allait expier elle-même le forfait d'.Xnagni dans une guerre terrible, dont limprévoyancc

Saint Louis, Roi de France, Conf. g5

politique du même Philippe le Bel avait, par le )Ugemeni de Dieu, posé la cause ' ; prince aussi tuiieste a l'Etat q à ri::,glise et à sa propre famille, (^e fut alors que, cent années durait, le pays parut à la veille de sa perte ; jusqu'à ce que, p otecuon m i veilleuse du ciel surnotiep trie! la pucei e u 'Orléans, Jeanne la Bienheureuse, arrachât des gritl s du eop rd anglais le lis de France q .M p. étendait s'unir. D'autres fautes devaient, hélas ! compromettre encore, puis par deux fois à nouveau dessécher ou rompre les branches de l'arbre royal. Longtemps vos mérites personnels firent contrepoids devant Dieu au scandale des mœurs dont nos princes s'étaient fait comme une note de race, un privilège odieux : honte que transmirent aux Bourbons les Valois mourants, que dut expier sans parvenir à l'eftacer le sang du juste Louis XVI, qu'expient toujours tant d'illustres proscrits promenant sur la terre étrangère leur déchéance et leurs souvenirs. Puissiez-vous du moins reconnaître, en ces fils qui vous restent, les imitateurs de vos vertus ! c'est en revendiquant d'abord ce premier héritage, qu'un jour peut-être ils amèneront Dieu à leur rendre l'autre -.Car Dieu qui commande d'obéir au pouvoir établi dans les divers temps, reste le maître des peuples, l'arbitre immuable de leurs variables destinées. Mais c'est alors qu'instruit par l'é1. En mariant sa fille Isabelle à Edouard II d'Angleterre : mariage qui, après la mort sans descendance mâle des trois fils de Philippe le Bel, Louis X, Philippe V et Charles IV, fournit la base des prétentions du fils d'Isabelle, Edouard III. à la couronne de France.

g6 Le Temps après la Pentecôte.

preuve, nul de vos descendants ne devra plus oublier, ô Louis, votre recommandation suprême : Travaille-toi que tout vilain péché soit été de ta terre; spécialement vilains serments et hérésie fais abattre à ton pouvoir.

^KPHYRiN fut le preniier des Pontifes ensevelis dans la crypte célèbre où les Papes du m'' siècle vinrent après _ leurs combats dormir le dernier sommeil. La catacombe qui succédait ainsi au cimetière Vatican dans l'honneur d'abriter les vicaires du Christ avait été inaugurée, trente ans auparavant, par Cécile la vierge martyre : comme sur le point de quitter la vie elle consacrait son palais de Rome en église, du fond de la tombe elle faisait maintenant que sa sépulture de famille passât à l'Eglise maîtresse et mère La donation funéraire des Caecilii devenait, en face de l'Etat pa'ien, le commencement de la propriété collective ecclésiastique, officiellement reconnue du pouvoir; Zéphvrin confia l'administration du nouveau cimetière au premier personnage après lui de l'Eglise romaine. l'archidiacVe Calliste. Le saint Pontife vit s'accentuer de son temps la lutte de l'hérésie touchant l'unite de Dieu et la trinité des divines personnes ; sans le secours d'un vocabulaire qui ne vint que plus tard fixer jusque dans les mots l'exposition théologique, il sut tenir à égale distance les Sabelliens pour qui la Trinité n'était qu'un nom. et les précurseurs d'Arius qui se vengèrent en déversant sur lui l'outrage *.

1. IMiilosophumena, T^ib. IX.

qS Le Temps après la Pentecôte.

ZUPHVKIMS Romanus Severo imperatore ad regendam Ecclesiam assumptus, sancivit, ul qui ordinandi essent, opporiuno tempore et multis praesentibus clericis et laicis, de more sacris initiarentur ; doctique ac spectatœ vitœhomines ad id ofiicii munus deligerentur. Decrevit prœ- terea, ut rem divinam facienti episcopo sacerdotes omnes astarent. Idem instituit ut patriarcha, primas, metropolitanus adversus episcopum non ferant sententiam, nisi aposiolic auctoritate fulti. Vixit in pontificatu annos decem et octo, dies decem et octo. Habuit ordinationes quatuor mense decembri, quibus creavit presbyteros tredecim, diaconos sepiera, episcopos per diversa loca tredecim. Antonino imperatore martyrio coronatus est, et scpultus via Appia prope cœmeterium Callisti, sentimo calendas septembris. |

CuccESSEUR de Victor I*^', le Pontife de l;i •^ Pâque, vous aussi fûtes dévore du zèle do la maison de Dieu * pour maintenir, en la.

"/ i;PHYRiN,néàRome,fut élu A pour gouverner l'Eglise au temps de 1 empereur Sévère. Il prescrivit que ceux qui devaient être promus aux Ordres sacrés le seraient en présence de nombreux clercs ei laïques, au temps convenable et selon la coutume, voulant qu'on ne choisît pour cet office que des hommes de science et de vie recommandable. Il décréta enoutre que tous les prêtres assisteraient l'cvêque dans la célébration des Slystcres. Il établit que patriarche, primat, métropolitain ne pourraient sans l'autorité apostolique condamner un évéque. Son pontificat fut de dix-huit ans et dix-huit jours. En quatre ordinations au mois de décembre, il créa treize p êtres, sept diacres, et treize évêques pour divers lieux. Il fut couronné du martyre sous Antonin, et enseveli sur la voie Appienne, près du cimeticrj de Calliste, le sept des calendes de septembre.

Saint Zéphyj'in, Pape et Martyr. qc)

accroissant toujours, la régularité, la dignité, ia splendeur du culte divin sur notre terre. Au ciel, la cour du vainqueur de la mort s'enrichit pendant votre pontificat des plus nobles conquêtes, ^es Irénée, les Perpétue, tous les martyrs sans nombre auxquels la persécution de Séptime Sévère assura le triomphe Parmi de périlleuses embûches, la vérité eut en vous le gardien divinement assisté que le Seigneur avait promis à son Eglise i. Votre fidélité fut récornpensée par des progrès nouveaux de cette Epouse du Fils de Dieu à vous confiée, par l'affermissement définitif de ses pieds sur le sol d'un monde qu'elle doit acquérir tout entier à l'Epoux. Nous retrouverons en octobre votre souvenir, inséparable qu'il est de celui de Calliste, aujourd'hui votre diacre, alors à son tour vicaire de l'Homme-Dieu. A cette heure, bénissez-nous comme père; que Pierre connaisse toujours en nous ses fils.

s M\r .i(')SRPH CA! -\S\-v/.

jous sere:^ le secours de l'orphelin; c'est à vous que le pauvre a été laissé *. Cette parole que déjà \'enise la superbe avait vue réalisée dans la personne de son noble fils Jérôme Emilien, fixe aujourd'hui la sainteté d'un autre illustre personnage comptant parmi ses aïeux les premiers prmces de Navarre, mais devenu souche d'une lignée plus haute au royaume de la charité.

Dieu qui arrose les arbustes de la plaine comme les cèdres du Liban, parce qu'il les a tous plantés -, ne néglige point non plus les passereaux qui n'amassent rien dans des greniers ^: oubliera-t-il Tentant, qui vaut mieux que l'oiseau du ciel ^ ? ou, nourrissant son corps, négligera-t-il en lui l'àmc qui est plus ■•, Tàme aftcimée de ce pain de la science du salut qui conforte le cœur de l'homme ^ ': Hélas ! en ce seizième siècle qui se leva sur tant de ruines, on eût dit que les anciennes réserves du Père de famille étaient épuisées. Merveilleuses sans doute se manifestèrent bientôt les revanches de l'Esprit qui fait les Saints, et

I. Psalm. IX. 14. — 2. Psalm. cm. 16 — 3. Mai ru.

VI, -jb. — 4. //•/./. — ?■. Ihi.i. •j5'. — 6. l'salni. i:ui. ib.

Saint Joseph Calasan:^, Confesseur, i oi

qui par eux ressuscite les morts ; mais que d'abandonnés auxquels la charité renaissante n'avait pu suffire, en son zèle trop débordé par les mille soins de -la première heure ! combien d'enfants surtout, loin des écoles où le riche seul avait entrée, réclamaient l'aliment de l'éducation la plus élémentaire, la plus indispensable à leurs obligations, à leur noblesse aussi de fils de Dieu,' sans que personne se présentât pour leur rompre le pain de l'intelligence ^ !

Plus heureuse que tant d'autres nations où l'hérésie minait toutes les forces sociales, l'Espagne, à son apogée, jouissait du centuple promis à quiconque^c/zt'rc/îe premièrenient le royaume de Dieu ^. Un moment, elle sembla devenue la ressource intarissable du Seigneur: naguère, c'était Ignace de Loyola qu'elle donnait au monde ;^elle vient, par la précieuse mort de Thérèse d'Avila, d'enrichir le ciel; aujourd'hui, c'est encore à son abondance

3ue l'Esprit recourt pour relever l'opulence e la capitale même de l'univers chrétien, et subvenir, sous les yeux de l'Eglise maîtresse et mère, aux besoins des plus numbles de la grande famille.

Le descendant des Calasanz de Péralta de la Sal, l'apôtre auquel les peuples d'Aragon, de Catalogne et de Castille préparent les plus hautes dignités dans leur admiration reconnaissante, entend retentir à l'oreille de son âme une voix mystérieuse : Va a Rome; soj'S de la terre de ta naissance ^; bientôt t'appa1. Thren. iv, 4. — 2. Matth. vi, 33. — 3. Gen.

xu, I.

!(r2 Le Tevips après la Pentecôte.

raîtra dans sa beauté des cieux la compagne qui t'est destinée, la sainte pauvreté, qui t'appelle à cette heure aux austères délices de son alliance; va, sayis savoir la route par ou je te mené ' ; je te ferai le père d'une postérité immense '^ : je te montrerai tout ce qu'il faudra souffrir pour mon nom 3.

Quarante années d'une tidélité aveugle ont été nécessaires pour disposer l'élu du ciel, dans la sainteté qui s'ignore, à sa vocation sublime. En effet, nous dit aujourd'hui f)our l'Eglise saint Jean Chrysostome, « quoi de plus grand que de manier les âmes, que de former les mœurs des enfants ? Je le dis dans ma persuasion intime : il l'emporte sans nul doute possible sur tous les peintres, il l'emporte sur tout statuaire, sur tout artiste d'aucune sorte, celui qui sait modeler les jeunes âmes *. »

Joseph a compris la dignité de sa mission : conformément aux recommandations du saint Docteur s, durant cinquante-deux années qu'il doit vivre encore, rien ne lui semblera méprisable ou vil dans le service des petits de ce monde; rien ne lui coûtera pour arriver, par l'enseignement des éléments des lettres , à infuser aux enfants qui viennent à lui sans nombre la crainte du Seigneur '\ Bientôt, de Saint-Pantaléon, sa résidence, les Ecoles pies couvrent l'Italie entière; puis passant la mer et les monts, elles se répandent par la Sicile, l'Espagne, tandis que peuples et rois se disI. Heb. XI, 8. — 2. Gcn. xii, 2. — 3. Act. ix, i6.

— 4. Homilia diei, exCuRVs. in Mnith. i.x. — 3. IhiJ.

— 6. Psalm. xxxiii. i:j.

Saint Joseph Calasan:^, Confesseur. io3

putent leur trop petit nombre dans la Moravie, la Bohème, la Pologne et les pavs du

L'éternelle Sagesse associait Calasanz à son œuvre de salut sur terre ' ; elle reconnut ses travaux en la manière qu'elle manque rarement de le faire pour les privilégiés de son amour, leur offrant, comme dit l'Esprit-Saint, le combat des forts, où elle leur assure, par son aide plus puissante que tout, la victoire ^. Combat des patriarches au gué de Jaboc 3, dernier obstacle séparant de la terre promise, quand déjà sont passés devant, par le dépouillement aosolu, toutes les délices et tous les biens de ce monde ^; combat de nuit '\ où défaille la nature boiteuse s, mais qui fait se lever l'aurore " et laisse le lutteur en face du jour sans fin ^; combat avec Dieu ^ seul à seulio,sous l'apparence, il est vrai,de l'homme** ou de l'ange 12 ; mais qu'importe, si la diversité du Voile sous lequel il plaît au Seigneur de se cacher dans la lutte n'enlève rien aux droits de son domaine suprême! Pourquoi chercher mon nom ? dit l'adversaire de Jacob 13; Iq vôtre est maintenant Israël, fort contre Dieu **.

On pourra demander aux historiens de saint Joseph Calasanz le détail des épreuves qui firent de lui ce prodige de force ^^ que nous recommande aujourd'hui l'Eglise; elles

7 04 L.e Temps après la Pentecôte.

allèrent jusqu'à amener, sur les calonmies spécieuses de quelques faux frères, la déposition du bienheureux et 1 1 ruine momentanée de son Ordre, réduit à l'état de congrégation séculière. Ce fut seulement après sa mort, qu'Alexandre VII, puis Clément IX, rendirent aux Ecoles pies l'état Régulier et le titre de Religion à vœux solennels. Dans son grand ouvrage de la Canonisation des Saints, Benoît XlV s'étend longuement sur ce sujet, et il se complaît à rappeler la part multiple qu'il eut au procès du Serviteur de Dieu, à titre d'abord d'Avocat consistorial, puis comme Promoteur de lu foi, entin. Cardinal, émettant un suffrage favorable en la cause ^ ; on verra dans la Légende que, de plus, ce fut lui qui le béatitia.

Lisons cette notice consacrée par la sainte Liturgie au fondateur des Piaristes, ou Clercs réguliers pauvres de la Mère de Dieu des Ecoles pies.

JOSEPHUS Galasanctius a Matre Dci, PetraltoE in Aragonia nobili génère natus, a leneris annis futurs in pueros caritatis et eorum instilutionis indicia praebuit. Nam adhuc parvulus eos ad se convocatos in mysteriis fidei et sacris precibus erudiebat. Humanis divinisque litteris

î OSEPH Calasanz de la Mère •^ de Dieu naquit à Péraltc en Aragon d'une noble famille. Il fit présager dès ses premiers ans la charité qui devait le faire se dévouer à l'éducation du jeune âge Car encore enfant lui-même, il rassemblait autour de lui les enfants pour leur apprendre les mystères de la foi et de saintes prières. Remarqua1. Benedict. XIV, De Servorum Dei beatificatione et Heatiirum canoni/ntione. î.ib. III, c. \\\. lô. ty, l8.

Saint Joseph Calasan^, Confesseur. io5 \

blement versé dans les lettres humaines et divines, il s'adonnait à Valence aux études théologiques, lorsqu'il eut à triompher des séductions' d'une femme noble et puissante, gardant sans tache par une insigne et courageuse victoire la virginité qu'il avait vouée à Dieu. Devenu prêtre en exécution d un vœu, plusieurs évéques des royaumes de Nouvelle-Castille , d'Aragon et de Catalogne le voulurent pour collaborateur. Il surpassa l'attente de tous, corrigeant partout les mœurs dépravées, restaurant la discipline ecclésiastique, merveilleusement habile à dissiper les inimitiés et les factions sanglantes. Mais, averti dans une vision céleste et plusieurs fois appelé par Dieu, il partit pour Rome.

SA vie y fut toute d'austérité, affligeant son corps par les veilles et les jeiînes, passant les jours et les nuits dans la prière et la contemplation des choses du ciel, visitant presque chaque nuit les sept basiliques de cette ville, coutume qu'il garda plusieurs années. On le vit, ayant donné son nom à de pieuses confréries, s'employer avec une ardeur admirable à soulager par des aumônes et tous les oiïices de la charité les pauvres, spécialement les

e^rt'gie doctus, cum studiis theologicis Valentiœ operam daret , nobilis potentisque feminœ illecebris fortiter superatis, virginitatem, quam Deo voverat, inoffensam insigni Victoria servavit. Sacerdos ex voto factus, a compluribus episcopis in Castellse Novœ, xVragoni.-e et Catalauniœ regnis in partem laboris ascitus, exspectationem omnium vicit, pravis ubiquc moribus emcndatis. ecclesiastica disciplina restituta, inimicitiis cruentisque factionibus mirifice exstinctis. At cœlesti visione et Dei voce fréquenter admonitus, Romam profectus est.

I N Urbcsumma vitœ asI peritate , vigiliis et jejuniis corpus alTligens, in orationibus et cœlestium rerum contemplatione dies noctesque versabatur, septem ejusdem Urbis ecclesias singulis fere noctibus obire solitus : quem inde morem complures annos servavit. Dato piis sodalitatibus nomine , mirum quanto ardore pauperes, infirmos potissimum, aut carceribus detentns eleeio6 Le Temps après la Pentecôte.

mosynisomnique pietatis ofTicio suhicvaret. Lue Urbem depopulante. una cum sancto Camillo . tanto fuit actus impetu cariîatis ut prseter subsidia aeerotis pauperibus lar^e collata, ipsa etiam defunctorum cadavera suis humeris tumulanda transferret. Verum cum divinitus accepisset, se ad informando'; intelligentine ac pietatis spiritu adolescentulos. pr^pcipue pauperes, desfinari. Ordinem Clericorum reeularium pauperura Matri? Dei scholarum piarum fundavit, qui peculiarem curam circa pueror"m erud'tionem ex proprio instituto profitorentur : ip«umque Oïdinem a Clémente Octavo , a Paulo Quinto aliisque Summis Pontificibus magnopere probatum, brev! temnore per plurimas Europre prnvincias e' reg^na mirabil'ter propajeravit. In hoc autem tôt labore*; perpessu<; est. ac tôt îïTumnas invicio anime toléra it ut omni-'m voc ■ mira-ulum ^ortitudinis. et sancti Jobi exemplura diceretur.

OUAMvis Ordini universo pr.Tesset. totisque viribus ad animamalades ou les prisonniers. Pendant une peste qui ravajïeait la ville, il s'adjoignit à saint Camille, et son zèle dévorant ne se dépensant pas suffisamment h son gré au service des malades indigent*;, il alla jusqu'à porter lui-même sur ses épaules à la sépulture les cadavres des morts. Cependant , averti d'en haut que sa vocation était de former les enfants, surtout les pauvres, à la science et à la piété, il fonda l'Ordre des Clercs réguliers pauvres de la Mère de Dieu des Ecoles p'es, dont la profession spéciale deva't être de s'adonner tout particulièrement à lins'ruction du jeune âge. Hautement approuvé par Clément VIII. Paul V et d'autres Souverains Pontifes, cet Ordre se propagea merveilleusement en peu d'années dans beaucoup de provinces et de royaumes de l'Europe. Mais combien de fatigues, combien de tribulations .lD<;eph eut à •souffrir dans cette œuvre, quelle invincible constance il v montra, c'est ce "u'atteste la voix de tous, qui le proclama un prodige de force et la copie du saint homme ,Iob.

t)iEN que chargé du gou-L) vcrnement de tout l'Ordre et se consacrant tout

Saint Joseph Calasan:^, Confesseur. loy

entier au salut des âmes, il ne cessa cependant jamais d'instruire le'; enfants, donnant aux pauvres sa préférence; il avait la coutume de balayer leurs écoles et de les reconduire h leurs maisons. Office de souveraine patience et d'humilité, dans lequel il persévéra cinquante - deux années malgré une santé mauvaise. Aussi, en récompense. Dieu l'honora souvent par des prodiges sous les yeux même de ses disciples, et la bienheureuse Vierge daigna lui apparaître avec l'Enflant Jésus qui bénissait les écoliers en prière. Il refusa les plus hautes dignités ; mais le don de prophétie, de pénétration des cœurs, de connaissance de'; événements éloignés, les miracles qu'il faisait, le glorifiaient devant les hommes; la Vierge Mère de Dieu, qu'il honorait depuis son enfance d'une p'été singulière et dont il recommandait grandement le culte aux siens, les autres bienheureux du ciel, l'honoraient fréquemment de leurs apparitions. 11 prédit le jour de sa mort, et le rétablissement et l'accroissement de son Ordre alor% presque détru't. Ce fut dans sa quatre-vingtdouzième année du il s endormit dans le Seigneur, à Rome, le huit des calendes de septembre de l'an mil six

rum salutem incumberet, numquam tamen intermisit pueros, prœsertim pauperiores erudire , quorum scholas verrere. eosque domum comitari consuevit. In eo summœ paiientiœ et humilitatis munere, valctudine etiam infirma, duos et quinquaginta annos perseveravit : dignus propterea, quem crebris Deus miraculis coram discipulis illustraret, et cui beatissima Virgo cum puero i Jesu, illis oran'ibus be- 1 nedicente, appareret. i Amplissimis intérim di- i gnitatibus repudiatis , ' prophetia , abdita cor- , dium et absentia coenoscendi donis et miraculis ï clarus. Deiparrp V'rgi- ! nis, quam singulari p'e- S tate et ipse ab infantia '! coliiit, et suis maxime 'j commendavit , aliorum- |j que cœlitum frequenti j apparitione dignatus, .. cum obitus sui diem, et Ordinis tune prope eversi restitut ionem at- '{ que incrementum prœ- i nuntiasset, secundurri et 3 nonagesimum annum a- i] gens. Roma? obdormivit ! in Domino, octavo calendas septembris , anno millesimo sexcentesimo quadragesimo octavo. Ejus cor et lingua post

io8 Le Temps après la Pentecôte.

saeculum intégra et incorrupta reperta sunt. Ipse vero multis post obiium quoque siçnis a Deo illustratus, primum a Benedicto Decimo quarto Beatorum cultu decoratus fuit, ac deinde a Clémente Decimo tertio inter Sanctos solemniter est relatus.

cent quarante-huit. Son cœur et sa langue furent après un siècle retrouvés intacts et sans corruption. Illustré encore par Dieu de nombreux miracles après sa mort, Benoit XIV lui conféra le culte des Bienheureux, et ensuite Clément XIII le mit solennellement au nombre des Saints.

i E Seigneur a exaucé le désir des pauvres, ^ // a été au-devant des aspirations de leur cœur 1, en vous faisant le mandataire de son amour, en mettant sur vos lèvres la parole que lui-même formula le premier : Laisse:^ veyiir à moi les petits enfants ^. Combien, ô Joseph, vous devront Téternel bonheur, parce que vous et vos tils aurez gardé en eux la ressemblance divine reçue au^baptême, et qui est Tunique titre de Thomme à entrer aux cieux 3 ! Soyez béni d'avoir justitié la confiance de Jésus remettant à vos soins ces êtres si frêles, objet de sa divine prédilection.

Soyez béni de Tavoir justifiée mieux encore cette confiance du Seigneur Dieu, quand il donna, comme pour Job, licence à l'enfer de tout briser autour de vous, avec des recherches de surprise douloureuse que ne connut point le juste de Tldumée. Ne faut-il pas que Dieu puisse compter imperturbablement sur les siens? N'est-il pas d'une convenance souveraine, qu'au milieu des défectif»ns de ce triste monde, il justifie, devant ses Anges, et

Saint Joseph Calasan:^, Confesseur. log

sa grâce et notre pauvre nature, en montrant jusqu'où peuvent aller dans ses Saints les reprises de sa volonté toujours adorée ?

La réparation que votre indomptable confiance attendait de la Mère de Dieu, devait venir quand il plairait au ciel. O Joseph, maintenant que depuis si longtemps a sonné pour les Ecoles pies Theure'de la résurrection, bénissez les disciples que notre siècle vous donne toujours ; obtenez-leur , ainsi qu'aux nombreux écoliers qu'ils continuent de former à la science chrétienne, les bénédictions de Jésus Enfant; à tous ceux qui consacrent au jeune âge leurs travaux et leur vie, inspirez votre esprit, obtenez courage ; élevez nos âmes à la hauteur des enseignements de votre héroïque existence.

E plus grand des Docteurs et le plus humble, Augustin se lève, acclamé par les cieux dont nulle conversion de pécheur n'excita comme la sienne l'ineffable joie ^, célébré par l'Eglise où ses travaux laissent pour les siècles en pleine lumière la puissance, le prix, la gratuite de la divine grâce.

Depms l'entretien extatique qui tit d'Ostie un jour le vestibule du ciel -, Dieu a complété ses triomphes dans le fils des larmes de Monique et de la sainteté d'Ambroise. Loin des villes fameuses où l'abusèrent tant de séductions, le rhéteur d'autrefois n'aspire qu'à nourrir son âme de la simplicité des Ecritures sacrées dans le silence de la solitude. Mais la grâce, qui a brisé la double chaîne enserrant son esprit et son cœur, garde sur lui des droits souverains; c'est dans la consécration des pontifes vouant Augustin à l'oubli de soi-même, que la Sagess^e consomme avec lui son alliance : la Sagesse qu'il déclare « aimer seule pour elle seule, n'aimant qu'à cause d'elle le repos et la vie 3. » A ce somI. Luc. XV, 7. — 2. Le Temps Pascal, T. II, iv mai, en la fcte Je sainte Monique. — 3. .\ltî. Soli5. Augustin, Ev. et Doct. de l'Eglise. i 1 1

met où Ta porté la miséricorde divine, entendons-le épancher son cœur :

« Je vous ai aimée tard, beauté si ancienne et si nouvelle! je vous ai aimée tard ! Et vous étiez en moi, et moi, hors de moi-même, vous cherchais en tous lieux i... J'interrogeais la terre, et elle me disait : « Je ne suis pas ce « que tu cherches ; » et tous les êtres que porte la terre me faisaient même aveu. J'interrogeais la mer et ses abîmes, et ce qui a vie (ians leurs profondeurs; et la réponse était : « Nous ne sommes pas ton Dieu, cheru che au-dessus de nous. » J'interrogeais les vents et la brise ; et l'air disait avec ses habitants : « Anaximènes se trompe; je ne suis « pas Dieu. » J'interrogeais le ciel, le soleil, la lune, les étoiles : « Nous non plus, nous ne « sommes pas le Dieu que tu cherches. » O vous tous qui vous pressez aux portes de mes sens, objets qui m'avez dit n'être pas mon Dieu, dites-moi de lui quelque chose; et dans leur beauté qui avait attiré mes recherches avec mon désir, ils ont crié d'une seule voix : « C'est lui qui nous a faits ''. » — Silence à l'air, aux eaux, à la terre ! silence aux cieux ! silence en l'homme à l'âme elle-même ! qu'elle passe au delà de sa propre pensée : par delà tout langage, qu'il soit de la chair ou de l'ange, s'entend lui-même Celui dont parlent les créatures; là où cessent le signe et l'image, et toute vision figurée, se révèle la Sagesse éternelle 3... Mes oreilles sourdes ont entendu votre voix puissante; votre lumière

i.Confess. X, xxvn. — 2 Ibid. vi. — 3. Ibid. iX, x.

112 J.e Temps après la Pentecôte.

éblouissante a forcé l'entrée de mes yeux aveugles; votre parfum a éveillé mon souffle, et c'est à vous que j'aspire; j'ai faim et soif, car je vous ai goûté ; j'ai tressailli à votre contact, je brûle d'entrer dans votre repos : quand je vous serai uni de tout moi-même, la douleur et le travail auront pris fin pour moi 1. y

Un autre travail que le labeur de la correspondance intime aux prévenances de son Dieu ne devait finir pour Augustin qu'avec la vie : celui de ses luttes pour là vérité qui avait délivré son âme 2, sur tous les champs de bataille choisis dans ces temps par le père du mensonge. Combats terminés par autant de victoires, où l'on ne sait qu'admirer le plus, comme d'autres l'ont dit : la science des Livres saints, la puissance de la dialectique ou l'art de bien dire; mais dans lesquels l'emporte sur tout la plénitude de la charité. Nulle part ailleurs n'apparait mieux lunité de cette divine charité communiquée par l'Esprit à l'Eglise, et qui, du même cœur où elle puise son inflexibilité à maintenir jusqu'au moindre iota les droits du Seigneur Dieu, déboriic d'ineffable mansuétude pour tant de malheureux qui les méconnaissent encore :

« Qu'ils vous s lient durs, ceux qui ne savent pas quel labeur c'est d'arriver au vrai, d'éviter l'erreur. Qu'ils vous soient durs, ceux qui ne savent pas combien il est rare, combien il en coûte, de parvenir à surmonter dans la sérénité d'une âme pieuse les fantômes des sens. Qu'ils vous soient durs, ceux

I. Confcss. X, XXVII, xxviii. — 2. Johax. viii, 32.

s. Augustin, Év. et Doct. de l'Eglise. t t3

qui ne savent pas avec quelle peine se guérit l'oeil de l'homme intérieur, pour fixer son soleil, le soleil de justice; ceux gui ne savent pas par quels soupirs, "quels gémissements, on arrive, en quelque chose, à comprendre Dieu. Qu'ils vous soient durs enfin, ceux qui n'ont jamais connu séduction pareille à celle qui vous trompe... Pour moi qui , ballotte par les vaines imaginations dont mon esprit était en quête, ai' partagé votre misère et si longtemps pleuré, je ne saurais aucunement être dur avec vous i. »

C'est aux disciples de Manès, traqués partout en vertu des lois mêmes des empereurs païens, qu'Augustin adressait ces paroles émues : nouveau Paul , se souvenant du passé - ! Combien effrayante n'est donc pas la misère de notre race' déchue, que les nuages s'élevant des bas fonds y prévalent à ce point sur les plus hautes intelligences! avant d'être le plus redoutable adversaire de l'hérésie, Augustin, neuf années durant, s'était montré lesectateur convaincu, l'apôtre ardent du manichéisme : variante incohérente de ce roman dualiste et gnostique dans lequel, pour expliquer l'existence du mal, on n'imaginait rien de mieux que de faire un dieu dii mal même, et qui trouva dans la complaisance qu'y prenait l'orgueil du prince des ténèbres le secret de son influence étrange à travers les siècles.

Plus locale, mais autrement prolongée, devait être la lutte d'Augustin contre la secte

I. AuG. Contra epist. Manichasi quara vocant fundamenti, 2-3. — 2. I Cor. xv, 9.

114 ^c Temps après la Pentecôte.

Donatistc, appuyée d'un principe aussi faux que le fait dont elle se disait ncc. Le fait, démontré juridiquement inexact à la suite des requêtes présentées par Donat et ses par tisans. était que Cécilien, primat d'Afrique en 3 II, aurait reçu la consécration episcopale d'un évêque traditeur des Livres saints pendant la persécution. Comme principe et conséquence tirée par eux dudit principe, les Donatistes affirmaient que nul ne pouvait communiquer avec un pécheur sans cesser de faire partie du troupeau du Christ; que dès lors, les évêcjues du reste du monde n'en ayant pas moins continué de communiquer avec Cécilien et ses successeurs, eux seuls Donatistes étaient maintenant l'Eglise. Schisme sans fondement, s'il en fut, mais qui s'était imposé pourtant au plus grand nombre des habitants de l'Afrique romaine, avec ses quatre cent dix évêques et ses troupes de Circoncellions, fanatiques toujours prêts aux violences et aux meurtres contre les catholiques surpris sur les routes ou dans les maisons isolées. Le rappel de ces brebis égarées prit à notre Saint le meilleur de son temps. Qu'on ne se le représente pas méditant à loisir, écrivant dans la paix d'une humble ville épiscopale, choisie comme à dessein par la Providence, ces ouvrages précieux dont le monde devait jusqu'à nou.s recueillir les fruits. Il n'est point sur la terre de técondite sans souffrance, souffrances publiques, angoisses privées, épreuves connues des hommes ou de Dieu ; lorsque, à la lecture des écrits des Saints, germent en nous les pieuses pensées, les résolutions généreuses, nous ne devons

s. Augustin, Ev. et Dnct. de F Eglise i /."

pas nous borner, comme pour les livres profanes, à solder un tribut quelconque d'admiration au génie de leurs auteurs, mais plus encore songer au prix dont sans nul doute ils ont payé le bien surnaturel produit par eux dans chacune de nos âmes- Avant l'arrivée d'Augustin dans Hippone, les Donatistes s'y trouv-^aient en telle majorité, rappelle-t-il luimême, qu'ils en abusaient jusqu'à interdire de cuire le pain pour les catholiques i. Quand le Saint mourut, l'état des choses était bien changé; mais il avait fallu que le pasteur, faisant passer avant tous autres devoirs celui de sauver, fût-ce malgré elles, les âmes qui lui étaient confiées, donnât ses jours et ses nuits à cette œuvre première, et courût plus d'une fois le risque heureux du martyre -. Les chefs des schismatiques, redoutant la force de ses raisons plus encore que son éloquence, se refusaient à toute rencontre avec lui ; mais ils avaient déclaré que mettre à mort Augustin serait œuvre louable, méritant la rémission de tout péché à qui aurait pu l'accomplir '^. « Priez pour nous, disait-il en ces débuts de son ministère, priez pour nous qui vivons d'une façon si précaire entre les dents de loups furieux : brebis égarées, brebis obstinées qui s'offensent de ce que nous courons après elles, comme si leur égarement faisait qu'elles ne soient pas nôtres. — Pourquoi nous appeler? disent-elles; pourquoi nous poursuivre ? — Mais la cause de nos cris, de nos angoisses, c'est justement qu'elles vont

I. AuG. Contra litteras Petiliani, ii, 1R4. — 2. PossiDiLS, Vita Augustin!, l'i. — '3. Ilji.i. lu.

i r6 Le Tonps après la Pentecôte.

à leur perte. — Si je suis perdue, si je n'ai plus la vie, qu'avez-vous affaire de moi ? que nie voulez-vous ? — Ce que je veux, c'est ta rappeler de ton éi^arement; ce que je veux, c'est t'arracher à la mort. — Et si je veux m'égarer ? si je veux me perdre ? — Tu veux t'égarer ? tu veux te perdre ? Combien mieux, moi, je ne le veux pas! Oui; j'ose le dire : je suis importun; car j'entends l'Apôtre : Prêche la parole, presse à temps, à contre-temps i . A temps, sans doute, ceux qui le veulent bien; à contre-temps, ceux qui ne le veulent pas. Oui, donc; je suis importun : tu veux périr; je ne le veux pas. 11 ne le veut pas, lui non plus. Celui qui dit, plein de menaces, aux pasteurs : Vous n'ave^ vas rappelé ce qui s'égarait, vous n'ave:^ pas cherché ce qui était perdu '^. Dois-je plus te redouter que luimême ? Je ne te crains pas : ce tribunal du Christ, devant lequel nous devons tous paraître 3, tu ne le remplaceras pas par celui de Donat. Que tu le veuilles ou non, je rappellerai la brebis qui s'égare, je chercherai la brebis perdue. Que lesVonces me déchirent : il n'y aura pas de brèche assez étroite pour arrêter ma poursuite; il n'y aura pas de haie que je ne secoue, tant que le Seigneur me donnera des forces, pour pénétrer où que ce soit que tu prétendes périr *. »

Forcés dans leurs derniers retranchements par l'intransigeance d'une telle charité, les Donatistes répondaient-ils en massacrant, à défaut d'Augustin, ridèles et clercs ; l'évêque

1. II Tim. IV, 2. — 2. llZFCH. xxxiv, 4. — 3. II

Cor. V, 10. — 4. Aie;. SeimoxLVi, 14.

s. Augustin, Ev. et Doct. de l'Église. 1 1 y

suppliait les juges impériaux qu'on épargnât aux coupables la mutilation et la mort, de crainte que le triomphe des martyrs ne fût comme souillé par ces "représailles" sanglantes 1. Mansuétude bien digne, à coup sur, de TEglise dont il était Pontife, mais que tenteraient vainement de retourner contre cette même Eglise, en l'opposant à certains faits de son li^istoire, les tenants d'un libéralisme qui reconnaît tout droit à Terreur et lui réserve toute prévenance. L'évêque d'Hippone l'avoue : sa pensée fut d'abord qu'il ne fallait point user de contrainte pour amener personne à l'unité du Christ; il crut que la parole, la libre discussion, devait être dans la conversion des hérétiques le seul élément de victoire ^ ; mais, à la lumière de ce qui se passait sous ses yeux, la logique même de cette charité qui dominait son âme l'amenait bientôt à se ranger au sentiment tout autre de ses collègues plus anciens dans l'épiscopat 3. « Qui peut, remarque-t-il, nous aimer plus que ne fait Dieu ? Dieu néanmoins emploie la crainte pour nous sauver, tout en nous instruisant avec douceur. Et le Père de famille, voulant des convives à son festin, n'envoie-t-il pas par les chemins, le long des haies, ses serviteurs, avec ordre de forcé)' à venir tous ceux qu'ils rencontreront *"? Ce festin, c'est l'unité du corps du Christ. Si donc la divine munificence a fait qu'au temps voulu la foi des rois devenus chrétiens reconnût ce pouvoir à l'E*

2. Epist. XCHI, al. XLViii, 7. — 3. Epist. CLXXXV, al. L, qux et Liber de Correctione Donatistarum, 25. —

//<V Le Temps après la Pentecôte.

glise, c'est aux hérétiques ramènes de tous les carrefours, aux schismatiques forcés dans leurs buissons, de considérer, non la contrainte qu'ils subissent, mais le banquet du Seigneur où sans elle ils n'arriveraient pas. Le berger n'use-t-il pas de la menace, de la verge au besoin, pour faire rentrer aii bercail du maître les brebis que la séduction en avait fait sortir ': La sévérité provenant de l'amour est préférable à la douceur qui trompe. Celui qui lie l'homme en délire et réveille le dormeur de sa léthargie, les moleste tous deux, mais pour leur bien. Si dans une maison menaçant ruine se trouvaient des gens que nos cris ne persuaderaient pas d'en sortir, est-ce que ne point user de violence à leur endroit pour les sauver malgré eux ne serait pas cruauté ? et cela, lors même que nous ne pourrions en arracher qu'un seul à la mort, et que l'obstination de plusieurs en prendrait occasion de précipiter leur perte : comme font ceux du parti de Donat, qui, dans leur' furie, demandent au suicide la couronne du martyre. Nul ne saurait devenir bon malgré lui ; mais ce sont des villes entières, non quelques hommes seulement, que la rigueur des .ois dont ils se plaignent amène chaque jour à délivrance, en les dégageant des liens du mensonge, en leur faisant voir la vérité que la violence ou les tromperies schismatiques dérobaient à leurs veux. Loin qu'elles se plaignent, leur reconnaissance aujourd'hui est sans bornes, leur joie entière; leurs fêtes et leurs chants ne cessent plus *. »

5. Aits^ustijj, Ev. et Doct. de l'Eglise. 1 1 q

Cependant, par delà les flots séparant Hippone des rivages d'Italie, la justice du ciel passait sur la "reine des nations. Rome, qui depuis le triomphe de" la Croix n'avait point su répondre au délai que lui laissait la miséricorde, expiait sous les coups d'Alaric le sang des Saints versé jadis pour ses taux dieux. Sorte^ d'elle, mon peuple i. A ce signal que le prophète de Pathmos avait entendu d'avance, la ville aux sept collines s'était dépeuplée. Loin des routes remplies de Barbares, heureux le fugitif pouvant confier à la haute mer, au plus fragile esquif, l'honneur des siens, les débris de sa fortune ! Comme un phare puissant dont les feux dominent l'orage, Augustin, par sa seule renommée, attirait" vers la côte d'Afrique les meilleurs de ces naufrages de la vie. Sa correspondance si variée ikjus fait connaître les liens nouveaux créés par Dieu alors entre Tévèque d'Hippone et tant de nobles exilés. Naguère, c'était jusqu'à Noie, en l'heureuse Campanie, que des messages pleins de charmes, où se mêlaient les doctes questions, les réponses lumineuses, allaient saluer « ses très chers seigneurs et vénérables frères, Paulin et Thérasia, condisciples d'Augustin en l'école du Seigneur Jésus 2. » Maintenant c'est à Carthage, ou plus près encore, que les lettres du Saint vont consoler, instruire, fortifier Albina, Mélanie, Pinianus, Proba surtout et Juliana, aïeule et mère illustres d'une plus illustre fille, la vierge Démétriade, première du monde romain par la noblesse et l'opu1. Apoc. xviTi, 4. — 2. AuG. Epist. xcv, al.

tJA.. etc.

120 Le Temps apiTs la Pentecôte.

lence *, conquête très chère d'Augustin pour l'Epoux.

« Oh ! qui Jonc, s'écrie-t-il à la nouvelle de la consécration de cette lîancée du Seigneur, qui expliquera dignement combien glorieuse se révèle aujourcl'hui la fécondité des Anicii, donnant des vierges au Christ après avoir pour le siècle ennobli tant d'années du nom des consuls leurs fils ! Que Démétriade soit imitée : quiconque ambitionne la gloire de l'illustre famille, prenne pour soi sa sainteté -l » \'œu du cœur d'Augustin, qui devait se réaliser magnihquement, lorsque la gens Anicia, moin, d un siècle plus tard , donna au monde Scholastique et Benoit pour conduire tant d'âmes avides de la vraie noblesse dans le secret de la face de Dieu.

La chute de Rome eut dans les provinces et par delà un retentissement immense. L'évêque d'Hippone nous dit ses propres gémissements quand il l'eut apprise, ses larmes à lui, descendant des anciens Numides, sa douleur presque inconsolable ^ : tant, même en sa décadence, par l'action secrète de Celui qui lui réservait de nouvelles, de plus hautes destinées, la cité reine avait gardé de place en la pensée universelle et d'empire sur les âmes. En attendant, la terrible crise devenait pour Augustin l'occasion de ses œuvres les plus importantes. Sur les ruines du monde qui semblait s'écrouler pour toujours, il éditiait son grand ouvrage de la Cité de Dieu : réponse aux partisans de ridolàtrie, nombreux

I. HiiîRON. Epist. cxxx, al. vui. — 2. Auo. Epist.

CI., .i/. ci.xxix. — 3. De Urbl's cxcidiu, 1\

s. Augustin, Év. et Doct. de l'Église. 121

encore, qui attribuaient à la suppression du culte des dieux les malheurs de l'empire. Il y oppose à la théologie et, en même temps, à îa philosophie du paganisme romain et grec la réfutation la plus magistrale, la plus complète qu'on en ait jamais vue ; pour de là établir l'origine, l'histoire, la fin des deux cités, l'une de la terre, l'autre du ciel, qui se divisent le monde, et que « firent deux amours divers : l'amour de soi jusqu'au mépris de Dieu, l'amour de Dieu jusqu'au mépris de soi-même ^ »

Mais le principal triomphe d'Augustin fut celui qui joignit à son nom le titre de Docteur de la grâce. La prière aimée de Tévêque d'Hippone : Da quod jubés, et jubé quod vis 2, froissait l'orgueil d'un moine breton que les événements ae l'année 410 avaient amené lui aussi sur la terre africaine ^ : d'après Pelage, la nature, toute-puissante pour le bien, se suffisait pleinement dans l'ordre du salut, n'ayant été lésée d'aucune sorte d'ailleurs par le péché d'Adam qui n'avait affecté que luimême. On comprend la répulsion toute spéciale d'Augustin, si redevable à la miséricorde céleste, pour un système dont les auteurs « semblaient dire à Dieu : Tu nous as faits hommes, mais c'est nous qui nous faisons justes *. »

Dans cette campagne nouvelle, les injures ne furent pas épargnées au converti de jadis ;

I. De civitate Dei contra Paganos, XIV, xxvni. —

2. Seigneur, donne'^ ce que vous covimande:^, et commande^ ce que vous vendre:;. Confess. X, xxix, xxxi, xxxvn. — :<. De dono perseverantiœ, 53. — 4. Epist. CLXXVit, al. xcv.

t

122 Le Temps après la Pentecôte.

mais elles étaient la joie et l'espérance * de celui qui, rencontrant ce même genre d'arguments dans la bouche d'autres adversaires, avait dit déjà :« Catholiques, mes frères très aimés, unique troupeau de Tunique Pasteur, je n"ai cure des insultes de l'ennemi au chien de garde du bercail ; ce n'est pas pour ma défense, c'est pour la vôtre que je dois aboyer. Faut-il lui dire pourtant, à cet ennemi, qu'en ce qui touche mes égarements, mes erreurs d'autrefois , je les c'ondamne avec tout le monde, et n'y vois que la gloire de Celui qui par sa grâce m'a délivré de moi-même. Lorsque j'entends rappeler cette vie qui fut la mienne, à quelque intention qu'on le fasse, je ne suis pas si ingrat que de m'en affliger ; car autant l'on fait ressortir ma misère. "autant moi je loue mon médecin -. ^>

La renommée de celui qui faisait si bon marché de lui-même remplissait néanmoins la terre, en compagnie de la ^râce par lui victorieuse. « Honneur à vous, écrit de Bethléhem Jérôme chargé d'années; honneur à l'homme que n'ont point abattu les vents déchaînés!... Avez bon courage toujours. L'univers entier célèbre vos louanges ; les catholiques vous vénèrent et vous admirent comme le restaurateur de l'ancienne foi. Signe d'une gloire encore plus grande : tous les Hérétiques vous détestent. Moi aussi, ils m'honorent de leur haine ; ne pouvant nous frapper du glaive, ils nous tuent en désir 3. »

I. Contra duas Epist. Pelaeianorum. i. 3. — 2. Contra lilteras l'oiiliani. m. ii. — '.\ Hiikon. l'"pi>i. cm.i, j!. i.x.w.

s. Augustin, Ev. et Doct. de l'Eglise. i2J^

On reconnaît dans ces lignes l'intrépide lutteur que nous retrouverons en septembre, et qui laissait bientôt après sa dépouille mortelle à la grotte sacrée près de laquelle il avait abrité sa vie. Augustin devait poursuivre le bon combat quelques années, compléter l'exposé de la doctrine catholique à rencontre même de saints personnages, auxquels il eût semblé que du moins le commencement du salut, le désir de la foi, ne requérait pas un secours spécial du Dieu rédempteur et sauveur. C'était le semi-pélagianisme. Cent ans plus tard i, le second concile d'Orange, approuvé par Rome, acclamé par l'Eglise, terminait la lutte en s'inspirantdans ses définitions des écrits de l'évéque d'Hippone. Lui cependant concluait ainsi le dernier ouvrage achevé par ses mains : « Que ceux qui lisent ces choses rendent grâces à Dieu, s'ils les comprennent; sinon,*" qu'ils s'adressent dans la prière au docteur de nos âmes, à Celui dont le rayonnement produit la science et l'intelligence. Me croient-ils dans l'erreur ? qu'ils y réfléchissent encore et encore, de peur que peut-être ce ne soient eux qui se trompent. Pour moi, quand il advient que les lecteurs de mes travaux m'instruisent et me corrigent, j'y vois la bonté de Dieu ; et c'est ce que je demande comme faveur, aux doctes surtout qui sont dans l'Eglise, s'il arrive que ce livre parvienne en leurs mains et qu'ils daignent prendre connaissance de ce que j'écris 2. »

Revenons au milieu de ce peuple d'Hippone si privilégié, conquis par le dévouement d'AuI. 32(). — 2. Arc. De Ji.ni) pci scvcranti;v, 68.

124 ^^ Temps après la Pentecôte.

gustin plus encore que par ses admirables discours. Sa porte, ouverte à tout venant, accueillait toute demande, toute douleur, tout litige de ses tils. Parfois, devant l'insistance des autres églises, des conciles même, réclamant d'Augustin la poursuite plus active de travaux d'intérêt général, un accord intervenait entre le troupeau et le pasteur, et l'on déterminait que, tels et tels jours de la semaine, le repos laborieux de celui-ci serait respecté par tous i ; mais la convention durait peu ; quiconque le voulait ^ triomphait de cet nomme si aimant et si humble, près de qui, mieux que tous, les petits savaient bien qu'ils ne seraient jamais econduits : témoin l'heureuse enfant qui, désireuse d'entrer en relation épistolaire avec l'évêque, mais craignant de prendre l'initiative, reçut de lui la missive touchante qu'on peut lire en ses Œuvres '^.

Resterait à montrer dans notre Saint l'initiateur de la vie monastique en Afrique romaine , par les monastères qu'il fonda et habita lui-même avant d'être évêque; le légiS' lateur dont une simple lettre aux vierges d'Hippone ^ devenait la Règle où tant de serviteurs et de servantes de" Dieu puiseraient jusqu'aux derniers temps la forme de leur vie religieuse ; enhn, avec les clercs de son église vivant ainsi que lui de la vie commune clans la désappropriation absolue ^, l'exemplaire et la souche de la grande famille des Chanoines réguliers. Mais il nous faut abréger

4. Epist. ccxi, al. cix. — b. Scrmonc* crci.v, ccci.vi.

s. Augustin, Év, et Doct. de V Eglise. i25

ces pages déjà longues, que complétera le récit de la sainte Liturgie.

Lisons ce récit autorisé. Indépendamment de la fête présente, l'Eglise fait au cinq mai mémoire spéciale de la Conversion d'Augustin dans son Martyrologe.

A uousTiN, né à Thagaste * ■^ en Afrique , était de bonne famille. Enfant , la docilité sans égale de son esprit le rendit bientôt supérieur pour la science à tous ceux de son âge. A Carthage, où se passa une partie de sa jeunesse, il tomba dans l'hérésie des Manichéens. Rome le vit ensuite, puis Milan, où on l'envoya professer la rhétorique. Auditeur assidu de l'évéque Ambroise, il sentit naître en son âme un ardent désir de la foi catholique, et fut, à l'âge de trente-trois ans, baptisé par le saint. De retour en Afrique, la pureté de vie qui relevait son zèle religieux amena Valère, évêque d'Hippone et renommé pour sa sainteté, à l'ordonner prêtre. Il établit alors une famille de religieux dont il partageait la manière de se nourrir et vêtir, et qu'il formait avec grand soin à la doctrine et à la vie apostoliques. L'hérésie des Manicnéens qui

UGUSTiNUS, Tagaste in Africa honestis parentibus natus , ac puer docilitate ingenii squales longe superans, brevi omnibus doctrina antecelluit. Adolescens, dum esset Carthagine, in Manichtcorum haeresim incidit. Postea Romam profectus , inde Mediolanum missus ut rhetoricam doceret, cum ibi frequens Ambrosii episcopi esset auditor, ejus opéra incensus studio catholicœ fidei, annos natus triginta très ab ipso baptizatur. Reversus in Africam, cum religione vitas sanctimoniam conjungens, a Valerio notas sanctitatis episcopo Hipponensi presbyter factus est. Quo tempore familiam instituit religiosorum, quibuscum victu communi eodemque cultu utens , eos ad apostolicae vitae doctrinaeque disciplinam

I. Souk-Arhas, en Algérie, à vingt-cinq sud de Bône, l'ancienne Hippone.

lieues au

T26 Le Temps après la Pentecôte.

dilii;cnlisï.imc oiudiebat. Sed ciim vigeret Manichaeorum haeresis, vehementius in illam invehi cœpit , Fortunatumque haercsiarchamconfutavit.

fAC Augustini pietate commotus Valerius, eum adjutorem adhibuit episcopalis olficii. Nihil illo fuit humilius. nihil continentius. Lectus ac vestitus modcraïus, vulgaris mensa, quam semper sacra vel lectione vel disputatione condiebat. Tanta benignitate fuit in pauperes, ut, cum non esset alia facultas, sacra vasa frangeret ad eoruni inopiam sustentandam. Feminarum , et in eis sororis, et fratris tiliie, contubernium familiaritatemque vitavit : quippe qui diceret, etsi propinquae mulieres suspectœ non essent, tamen qua2 ad cas ventitarent, posse suspicionem eilicere.Nullum finem fecit prnedicandi Dei verbum, nisi gravi morbo oppressus. Hœreticos perpétue insectaïus et coram et scriptis, ac nullo loco passus consistere. Africam a Manicha?orum, Donatistarum, Pelagianoryin, aliorumque practcrca parte liberavit.

prenait vigueur attira ses attaques victorieuses, et il confondit Fortunat, l'un de leurs chefs.

'y orCHÉ de cette piété d'Au1 gustin, Valère en fît son coadjuteur dans la charge épiscopale. Nul ne le surpassait en retenue, en humilité; lit et vêtement modestes, table frugale, repas toujours assaisonnes de lectures saintes ou de pieux entretiens. Telle était sa bonté pour les pauvres, que, s'il ne lui restait rien autre, il rompait les vases sacrés pour subvenir à leur indigence. Il évitait la conversation des femmes, la société même de sa sœur et de sa nièce, disant que si les proches parentes n'éveillaient pas de soupçons, celles qui viendraient les visiter le pouvaient faire. Il ne cessa point, à moins de maladie grave, de prêcher la parole de Dieu. Combattant sans relâche les hérétiques dans des conférences publiques ou par ses écrits, ne souffrant pas qu'ils prissent pied nulle part, il délivra presque entièrement l'.Vfrique des Manichéens, des Donatistes, des l^élagiens et auties sectaires. haereticorum errore magna ex

s. Augustin, Ev. et Doct. de l'Eglise. 12^

LE nombre, la pietc, la profondeur et l'éloquence de ses ouvrages ont grandement illustré la doctrine chrétienne; aussi fut-il un des premiers guides de ceux qui dans la suite travaillèrent à une exposition méthodique et raisonnée de la science théologique. Cependant les Vandales ravageaient l'Afrique. et il y avait déjà trois mois qu'ils assiégeaient Hippone, lorsque Augustin fut pris de la fièvre. Comprenant que la mort approchait, il fit placer devant lui les Psaumes de David qui expriment la pénitence, et il les lisait avec grande abondance de larmes ; nul en effet, avait-il coutume de dire, ne doit être assez présomptueux pour quitter la vie sans pénitence, n'eùton conscience d'aucun péché. En présence donc des frères, qu'il avait exhortés à la charité, à la piété, à toutes les vertus, il passa au ciel, ayant gardé sa connaissance et continué de prier jusqu'à la fin, après soixante-seize ans de vie , et environ trente-six d'épiscopat. Son corps, por'é d'abord en Sardaigne, fut ensuite racheté à grand prix par Luitprand, roi des Lombards, et transféré à Pavie. où on l'ensevelit avec honneur.

TA.M multa pie. subtiliter et copiose scripsit, ut christianam doctrinam maxime illustrarit. Quem in primis secuti sunt, qui postea theologicam disciplinam via et ratione tradiderunt. Wandalis Africam bello vastantibus , et Hipponem tertium jam mensen obsidentibus, in febrim incidit. Itaque cum discessum e vita sibi instareintelligeret, Psalmos David qui ad poenitentiam pertinent , in conspectu positos profusis lacrimis legebai. Solebat autem dicere neminem, etsi nullius sceleris sibi conscius essel, committere debere, ui sine pœnitentia migraret e vita. Ergo sensibus integris, in oratione defixus, astantibus fratribus, quos ad caritatera, pietatem, virtutesque omnes erat adhortatus, migravit in cœlum. Vixit annos septuaginta sex, in episcopatu ad triginta sex. Cujus corpus primum in Sardiniam delatum , deinde a Luitprando, Longobardorum rege. magno pretio redemptum,Ticinum translatum est, ibique honorifice conditum.

I2S Le Temps après la Pentecôte.

QUELLE mort fut la vôtre, Augustin, sur l'humble couche où n'arrivaient à vous que nouvelles de désastres et de ruines ! Livrée aux Barbares en punition de ces crimes innommés du vieux monde dont la nourricière de Rome avait eu sa si large part, l'Afrique, votre patrie, ne devait pas vous survivre. Avec Genséric, Arius triomphait sur cette terre qui pourtant, grâce à vous, par la vigueur de foi qu'elle avait retrouvée, allait encoVe, un siècle durant , donner d'admirables martyrs au Verbe consubstanticl. Rendue au "monde romain par Bélisaire, Dieu sembla vouloir à cause d'eux lui ménager l'occasion de retrouver ses beaux jours; mais l'impéritie byzantine, absorbée dans ses querelles théologiques et ses intrigues de palais, ne sut ni la relever, ni la garder contre une invasion plus funeste que n'avait été la première. Les flots débordants de l'infidélité musulmane curent bientôt fait de tout stériliser, dessécher et flétrir.

Enfin, après douze siècles, la Croix reparaît dans ces lieux où de tant d'Eglises florissantes le nom même a péri. Puisse la liberté qui lui est rendue devenir bientôt le triomphe I Puisse la nation dnnt relève aujourd'hui votre sol natal se montrer rièrc de cet honneur nouveau, comprendre les obligations qui en résultent pour elle eu face d'elle-même et du monde!

Durant cette longue nuit pesant sur la terre d'où vous étiez monté aux cieux, votre action cependant ne s'était pas ralentie. Par l'univers entier, vos ouvrages immortels éclai

s. Augustin, Év. et Doct. de V Église. 12g

raient les intelligences , excitaient l'amour. Dans les basiliques desservies par vos imitateurs et fils, la splendeur du culte divin, la pompe des cérémonies , la perfection des mélodies saintes, maintenaient au cœur des peuples Tenthousiasme surnaturel qui s'était emparé du vôtre à l'instant heureux où, pour la première fois dans notre Occident, résonna sous la direction d'Ambroise le chant alternatif des Psaumes et des Hymnes sacrées ^ Dans tous les âges, aux eaux sorties de vos fontaines ^, la vie parfaite se complut à renouveler sa jeunesse sous les mille formes que le double aspect de la charité, qui regarde Dieu et le prochain, lui demande de revêtir. Illuminez toujours l'Eglise de vos incomparables rayons. Bénissez îes multiples familles religieuses qui se réclament de votre illustre patronage. Aidez-nous tous, en obtenant pour nous l'esprit d'amour et de pénitence, de confiance et d'humilité qui sied si bien à l'âme rachetée ; enseignez-nous l'infirmité de la nature et son indTgnité depuis la chute, mais aussi la bonté sans limites de notre Dieu, la surabondance de sa rédemption, la toute-puissance de sa grâce. Que tous avec vous nous sachions non seulement reconnaître la vérité, mais loyalement et pratiquement dire à Dieu : « Vous nous avez faits pour vous, et notre cœur est inquiet jusqu'à ce qu'il se repose en vous 3. »

t. Ai G. Confess. IX. \i, vu.

3. AuG. Confess. 1, I.

j3o Le Temps après la Pentecôte.

c ALLONS un saint personnage signalé par les '^ plus anciens monuments de l'Eglise romame ^ comme déjà en possession à ce jour d'un culte qui a traversé les siècles. Hermès, magistrat romain, rendit au Christ sous Trajan le témoignage du marrvre. La crypte construite, moins d'un demi-siècle après la mort des Apôtres, pour recevoir ses restes précieux, est célèbre par la majesté de ses proportions et leur ampleur inusitée dans les cimetières souterrains. Ce fut sa sœur Théodora qui recueillit des mains de Balbina, tille du tribun Quirinus, les vénérables Chaînes du bienheureux Pierre.

DEUS, qui beatumHermetem , Martyrem tuura, virtute constantiae in passione rohorasti : ex ejus nobis imitatione tribue, pro amore tuo prospéra mundi despicere, et nuUa ejus adversa formidare. Per Dominum.

f s lEU qui avez fortifié de la lJ vertu de constance en sa passion le bienheureux Hermès, votre Martyr; accordeznous qu'à son exemple, pour votre amour, nous méprisions les félicités du monde et ne redoutions aucune de ses disgrâces. Par Jésus-Christ.

N ce temps-là, Hérode envoya prendre Jean et il le mit en prison chargé de liens, à cause d'Kérodiadè, femme de son frère Philippe, qu'il avait épousée. Car Jean disait à Hérode : Il ne vous est pas permis davoir la femme de votre frère. Or Herodiade lui dressait des embûches et voulait le faire mourir, mais ne le pouvait pas. Hérode, en effet, craignait Jean qu'il tenait pour un homme juste et saint, et il le gardait, faisant beaucoup de choses d'après ses avis et l'écoutant volontiers. Un jour favorable s'étant donc présenté, à savoir celui de la naissance d'Hérode où il avait offert un banquet à ses grands, aux chefs militaires et aux principaux de la Galilée, la fille d'Hérodiade entra et dansa, et elle plut à Hérode et à ses convives, et le roi lui dit : Demande-moi ce que tu voudras, et je te le donnerai. Et il en fit le serment : Quoi que ce soit que tu demandes, je te le donnerai, fût-ce la moitié de mon royaume. Or elle, étant sortie, dit à sa mère : Qu'est-ce que je demanderai ? Sa mère lui dit : La tête de Jean-Baptiste. Rentrant donc aussitôt en grande hâte, elle fit au roi sa demande, disant : Je veux que sur-le-champ vous me donniez dans un plat la tète de Jean-Baptiste. Et le roi en fut peiné; mais à cause de son serment et de ceux qui

i32 Le Temps après la Pentecôte.

étaient avec lui à table, il ne voulut pas la

contrister, et envoyant un de ses gardes, il lui donna Tordre d'apporter la tète dans un plat. Et le garde coupa la tète de Jean dans la prison, et l'apportant dans un plat, il la remit à la tille qui la donna à sa mère. Ce qu'ayant appris, ses disciples vinrent et enlevèrent son corps, et ils l'ensevelirent dans un tombeau *. » Ainsi donc finit le plus grand des enfants nés d'une femme ', sans témoins, dans la prison d'un tyran de second ordre, victime de la plus vile des passions, prix d'une danseuse. Au silence devant le crime, fût-ce sans espoir d'amender le coupable 3, au renoncement à sa liberté, même dans les fers *, la Voix du Verbe a préféré la mort. Belle liberté de la parole -^j selon l'expression de saint Jean Chrysostome, quand elle est véritablement la liberté même du V'^erbe de Dieu, quand par elle ne cessent point de vibrer ici-bas les échos des collines éternelles ! Elle est bien alors recueil de la tyrannie, la sauvegarde du monde, des droits de Dieu et de l'honneur des peuples, des intérêts du temps comme de ceux de l'éternité. La mort ne prévaut pas contre elle ; à l'impuissant meurtrier de JeanBaptiste, à tous ceux qui voudraient l'imiter, mille bouches pour une, jusqu'à la fin des temps, redisent en toute langue, en tous lieux : // ne t'est pas permis d'avoir ta femme de ton frère.

XI. II. — 3. Chrvs. Ad episcopos, piesb. et diac. ob pietatem in carcere inclusos. — 4. Ibid. Ad eos qui scandalizati sunt ob adversitates- x\ii. — 5. Jhid.

La Décollation de S. Jean-Baptiste. i33 !

'( Grand et admirabk mystère! s'écrie par ailleurs saint Augustin, il faut qu'il croisse, et que je diminue S disait lean, disait la \'oix en laquelle se personnifient les voix qui le précédèrent, annonçant comme lui la Parole du Père incarnée dans son Christ. Toute parole, en tant que signifiant quelque chose, en tant qu'idée, verbe intérieur, est indépendante du nombre des syllabes, de la variété des lettres ou des sons ; elle reste immuable et une au cœur qui la conçoit, bien que multiples puissent être les mots qui lui donnent corps extérieurement, les voix qui la propagent, les langues, grecque, latine ou autres, où elle se tradfuit. A qui sait la parole, inutiles deviennent les formules et la voix. \'oix furent les Prophètes, voix les Apôtres ; voix dans les Psaumes, voix dans l'Evangile. Mais vienne la Parole, le Verbe qui était aie commencement, le Verbe qui était avec Dieu, le Verbe qui était Dieu '^ : quand nous le verrons comme il est 3, entendra-t-on encore réciter l'Evangile ? écouterons-nous les Prophètes ? lironsnous les Epîtres des Apôtres ? La voix défaille où grandit le Verbe... Non qu'en lui-même le Veroe décroisse ou grandisse. Mais il est dit croître en nous, quand c'est nous qui croissons en lui. A qui donc se rapproche du Christ, à qui progresse dans la contemplation de la Sagesse, les mots sont moins utiles ; il est nécessaire qu'ils tendent à faire tous défaut. Ainsi s'amoindrit le ministère de la voix en la mesure du progrès de l'âme vers le

i34 Le Temps après la Pentecôte.

Verbe ; ainsi faut-il que le Christ grandisse et que Jean diminue. C'est ce qu'indiquent la Décollation de Jean et l'Exaltation du Christ en croix, comme lavaient déjà fait leurs dates de naissance ; car à partir de la naissance de Jean décroissent les jours, qui grandissent à dater de celle du Seigneur i. »

Utile leçon donnée "aux guides des âmes dans les sentiers delà vie" parfaite. Si, dès rabord,ils doivent respectueusement observer la direction de la grâce en chacune d'elles, pour seconder l'Esprit-Saint et non s'imposer à lui: ainsi faut-il qu'à mesure qu'elles avancent, ils évitent d'obstruer le \''erbe sous l'abondance de leur propre parole ; comme aussi leur discrétion devra respecter l'impuissance où ces âmes en arrivent progressivement d'exprimer ce qu'opère en elles le Seigneur. Heureux -alors d'avoir conduit l'Epouse à l'Epoux, qu'ils apprennent à dire avec Jean : // faut qu'il croisse, et que je diminue.

Et n'est-ce pas une leçon pareille que nous insinue à nous-mêmes le Cvcle sacré, lorsque nous le verrons, dans les jours qui vont suivre, comme tempérer ses propres enseignements par la diminution du nombre des têtes et l'ansence prolongée des grandes solennités qui ne reparaîtront qu'en novembre? L'école de la sainte Liturgie n'a point d'autre but que d'adapter l'âme, plus sûrement, plus pleinement qu'aucune autre école, au magistère intérieur de l'Epoux. Gomme Jean,

I. Al'G. Scrmo cct.xxxvMI, In Natali J. B:ipi. il,

De voce et vcrbu.

La Décollation de S. Jean-Baptiste. i35

l'Eglise voudrait, s'il était possible ici-bas toujours, laisser Dieu parler seul; du moins aime-t-elle, sur la fin de la route, à modérer sa voix, à quelquefois s'imposer silence, désirant donner à ses fils l'occasion de montrer qu'ils savent écouter au dedans d'euxmêmes Celui qui pour elle et pour eux est l'unique amour. Aux interprètes de sa pensée de bien la comprendre. L'ami de l'Epoux, qui jusqu'au jour des noces marchait devant lui, se tient maintenant debout et lui-même il l'écoute ; et cette voix de l'Epoux, qui fait rentrer la sienne dans le silence, le remplit d'immense joie. Cette joie donc qui est la mienne est complète, disait le Précurseur *.

La fête de la Décollation de saint JeanBaptiste peut être considérée comme un des jalons de l'Année liturgique en la manière que nous venons d'exposer. Elle est rangée par les Grecs au nombre des solennités chômées. La mention qui en est faite au Martyrologe dit de saint Jérôme, la place qu'elle occupe dans les Sacramentaires gélasien et grégorien, démontrent sa haute antiquité dans l'Eglise latine. C'était aux environs de la fête de Pâques qu'avait eu lieu la bienheureuse mort du Précurseur; pour l'honorer plus librement, on choisit ce jour qui rappelle aussi la découverte à Emèse de son glorieux chef.

La vengeance de Dieu s'était appesantie sur Hérode Antipas. Josèphe rapporte que les Juifs attribuaient à la mort de Jean sa défaite par Arétas d'Arabie, dont il avait répudié la

i3t'} Le Temps après la Pentecôte.

fille pour suivre ses instincts adultères i. Déposé par Rome de son tétrarchat de Galilée, il fut relégué à Lyon, dans les Gaules, où l'ambitieuse Hérodiade partagea sa disgrâce. Quant à Salomé la danseuse, nos pères racontaient, d'après d'anciens auteurs ^, ' qu'ayant un jour d'hiver voulu danser sur une rivière gelée, la glace se rompit l'englou- . tissant jusqu'au cou, tandis que s'a tête, tranchée par les glaçons rejoints soudainement, ' continua quelque temps par ses bonds cette danse de la mort.

De Machéronte au delà du Jourdain, où leur maître consomma son mart}-re, les disciples de Jean avaient porté son corps jusqu'à Sébaste, l'ancienne Samarie, en dehors des frontières d'Antipas : car il était ureent de le soustraire aux profanations au'Hérodiade n'avait point épargnées à son cnef auguste. La vengeance de la malheureuse ne se crut point satisfaite, en effet, quelle n'eût perce d'une de ses épingles à cheveux la langue qui n'avait pas craint de flétrir sa honte ^ ; et la face du Précurseur, que l'église d'Amiens présente depuis sept siècles à'^la vénération du monde, garde encore trace des violences auxquelles se porta sa furie dans la joie du triomphe. Au temps de Julien l'Apostat, les païens voulurent compléter l'œuvre de cette indigne descendante des Machabées ^ en envahissant le tombeau de Sébaste pour

I. JosKPH. Antiquit. Jud. XVIII, vi. — 2. PseudoDexter, Chronicon, ad ann. Christi 34 ; Niceph. Gall. 1. XX. — 3. HiERON. Adv. Rufin. III. 42. —

4. Par Mariamne, son aïeule, petite-fille d'Hyrcan.

Mémoire de Sainte Sabine, Martyre. i3j

brûler et disperser les restes du Saint. Mais ce sépulcre vide n'en faisait pas moins toujours la terreur des démons^ comme sainte Paule le constatait avec une religieuse émotion quelques années plus tard *. Sauvées d'ailleurs en grande partie, les précieuses reliques s'étaient répandues par l'Orient, d'où elles devaient, à l'époque surtout des Croisades, émigrer dans nos contrées où leur présence tait la gloire de nombreuses églises.

ALUONS la noble Mart\'re dont le triomphe vient compléter les" honneurs de cette journée. La très antique église de SainteSabine sur l'Aventin forme un des joyaux du trésor de la Ville éternelle. Avec SaintSixte-le-Vieux, elle eut cette autre gloire d'abriter dans Rome saint Dominique et ses premiers fils.

ODiEU qui, parmi les autres miracles de votre puissance, accomplissez celui de donner la victoire du martyre à un sexe fragile : accordez-nous miséricordieusement de marcher vers vous par l'imitation de votre Martyre, la bienheureuse Sabine, dont nous célébrons la naissance au ciel. Par JésusChrist.

^TOus reviendrons au Précurseur, en faisant ' nôtres les formules suivantes du SacraI. HiERON. Epist, cvni, al. xxvii, ad Eustochiura.

DEUS, qui inter cetera potentiae tuae miracula, etiam in sexu fragili victoriam martyrii contulisti : concède propitius ; ut qui beats Sabinîe Martvris tuae natalitia colimus. per ejus ad te exempla gradiamur. Per Dominum.

i3S Le Temps après la Pentecôte.

mentaire grégorien pour la fête de la Décollation.

SANCTi Johannis Baptistae et Martyris tui. Domine, quaesumus. veneranda festivitas, salutaris aiixilii nobis pra;- stel effectuni. Per Dominum.

FAITES, Seigneur, nous vous en supplions, que la vénérable fête de saint Jean, votre Baptiste et Martyr, soit pour nous un secours efficace de salut. Par JésusChrist.

MUNERA tibi. Domine, pro sancti Martyris tui Johannis Baplista; passione deferimus, qui dura finitur in terris, factus est cœlesti sede perpetuus ; quresumus , ut ejus obtentu nobis proficiant ad salutem. Fer Dominum.

EIGNELR, nous vous faisons notre offrande pour la passion de votre saint Martvr Jean-Baptiste ; finissant ici-bas sa vie terrestre, il en a commencé une éternelle au céleste séjour : à sa considération, puisse cette offrande profiter à notre salut. Par Jésus-Christ.

\j ERE dignum et justum est, a-quum et salutare, nos tibi semper et ubique gratias agcre. Domine sancte, Pater omnipotens.nîterneDeus: Qui pra?cursorcm Filii tui tanto munere ditasti, ut pro veritatis praeconio capite plecteretur : Et qui Christum aqua baptizaverat. ab ipso in Spiritu bapiizatus, pro codem proprio sanguine tingeretur. i*r.-ecoquippc

T L est vraiment digne et

I juste, équ't ble et salutaire, de vous rendre grâces en tout temps et en tous lieux. Seigneur saint. Père tout-puissant. Dieu éternel, qui avez enrichi d'une telle grâce le précurseur de votre Fils : pour l'allirmation de la vérité il donna sa tête; lui qui avait baptisé le Christ dans l'eau, baptisé par lui dans l'Esprit, fut lavé pour lui dans son propre sang. Car ayant. comme héraut de la vérité

La Décollation de S. Jean-Baptiste. i3g

qui est le Christ, rappelé Hérode au respect de la couche de son frère, il fut jeté dans 1 obscurité d'une prison où ne lui restait pour biens que la lumière de votre divinité. Ensuite, puni de mort, il descendit comme précurseur du Seigneur aux enfers, y précédant par son précieux trépas Celui qu'en ce monde avait désigné son doigt. C'est pourquoi donc, avec les Anges.

verit'tis, quas Christus est, Herodem a fraternisthalamis prohibendo, carceris obscuritate detruditur, ubi solius divinitatis tua? lumine frucretur. Deinde capitalem sententiam subiit, et ad inferna Dominum prscursurus descendit. Et quem in mundo digito demonstravit, ad inferos pretiosa morte prascessit. Et ideo cum Angelis.

OUE le Dieu qui nous donne de célébrer la solennité du bienheureux JeanBaptiste, vous accorde et d'y montrer la dévotion de vos âmes, et d'y recevoir les faveurs de sa bénédiction.

• içt. Amen.

Que celui qui pour avoir proclamé sa loi fut enfermé dans les ténèbres des cachots, vous délivre par sa prière de la séduction des œuvres de ténèbres.

"Eç. Amen.

Et que n'ayant pas balancé, pour la vérité qui est Dieu, à livrer sa tête, il vous fasse arriver par son intercession au Christ qui est notre tête.

Bjl. Amen.

Qu'il daigne nous l'accorder Celui qui règne à jamais.

nEUS, qui nos beati Johannis Baptistae concedit solemnia frequentare, tribuat vobis et eadem devotis mentibus celebrare, et suae benedictionis dona percipere.

Et qui pro legis ejus prseconio carceralibus est retrusus in tenebris, intercessionesuaa tenebrosorum operum vos libereî incentivis.

Et qui pro veritate, quœ Deus est, caput non est cunctatus amittere, suo interventu ad caput nostrum, quod Christus est, vos faciat pervenire

Quod ipse pra?stare disnetur.

J40 Le Temps après la Pentecôte.

CiNFERAT nobis, Domine, sancti Johannîs utrumque solemnitas: ut et magnifica sacramenta quae sumpsimus, digne veneremur, et nobis salutaria sentiamus. Per Dominum.

r^uissE, Seigneur, la sor lennité de saint Jean nous donner à la fois, et de vénérer comme ils le méritent les glorieux Mystères auxquels nous avons participé, et d'expérimenter leur action salutaire. Par Jésus-Christ.

UEL parfum d'au delà de l'Océan nous apporte aujourd'hui la brise ! L'ancien monde renouvelle sa jeunesse à ces senteurs du ciel ; le nouveau se concilie par elles la terre et les cieux. Cent ans ont passé depuis les jours où l'Europe étonnée apprit qu'un continent nouveau se révélait par delà les flots de la mer Ténébreuse, effroi des navigateurs. L'Espagne venait d'expulser le Croissant de ses propres terres ; comme récompense, elle reçut la mission de planter la Croix sur ces plages immenses. Ni héros, ni apôtres, ne firent défaut dans cette œuvre au royaume Catholique ; ni non plus, pour son malheur, les aventuriers dont la soif de l'or tit le fléau des Indiens qu'il s'agissait d'amener au vrai Dieu. La décadence si prompte de l'illustre nation qui avait triomphé du Maure, montrera oientôt jusqu'à quel point les peuples prévenus des plus hautes bénédictions restent , pourtant solidaires des crimes commis, sous le couvert de leur nom, par quiconque porte le drapeau du pays On sait comment finit au Pérou l'empire des Incas : malgré les protestations indignées des missionnaires, malgré les ordres venus de la mère patrie,

14-^ Le Temps après la Pentecôte.

quelques années suffirent aux compagnons de Pizarrc pour exterminer le tiers des habitants de ces florissantes contrées ; un autre tiers achevait de périr dans la misère d'une servitude pire que la mort immédiate; le reste fuyait vers les montagnes, emportant au fond des forêts la haine de l'envahisseur, et trop souvent, hélas ! de l'Evangile, responsable à ses jeux des atrocités accomplies par les baptisés, La cupidité des vainqueurs donnait entrée à tous les vices dans ces âmes en lesquelles cependant la foi restait vive : Lima, fondée au pied des Cordillères comme métropole des provinces conquises, semblait bâtie sur la triple concupiscence : avant la fin du siècle, Jonas nouveau d'une nouvelle Ninive, saint François Solano la menaçait du courroux de Dieu,

Mais déjà la miséricorde avait pris les devants; la justice et la paix s'étaieyit rencontrées 1 dans lame d'une enfant prête à toutes les expiations, insatiable d'amour. Combien nous voudrions nous arrêter à contempler la vierge péruvienne dans son héroïsme qui s'ignora toujours, dans sa grâce si candide et si pure 1 Rose qui n'eut pour ceux qui l'approchaient que des suavités embaumées, et garda pour elle le secret des épines sans lesquelles ne vont point les roses ici-bas ! Eclose du sourire de Marie, elle ravit l'Enfant-Dieu qui la veut sur son cœur. Les fleurs la reconnaissent pour reine, et toute saison les voit répondre à son désir ; à son invitation, les plantes s'agitent joyeuses, les arbres inSaintfi Rose de Sainte-Marie, Vierge. 143 i

clinent leurs rameaux, toute la nature très- ' saille, eux-mêmes les insectes organisent des j chœurs, les oiseaux rivalisent avec elle d'harmonies pour célébrer leur auteur commun. Et elle chante, au souvenir des noms de son ■: père et de sa mère, Gaspard des Fleurs et [ Marie d'Olive : « O mon Jésus, que vous êtes beau entre les olives et les fleurs ; et vous ne dédaignez pas votre Rose ! »

Cependant l'éternelle Sagesse se révélait dans les jeux de l'Enfant divin et de sa bienaimée *. C'est Clément X qui, dans la bulle de canonisation, nous rappelle qu'un jour où elle était plus soutfrante, le tout aimable fils de la Vierge bénie l'invita pour une partie mystérieuse où l'enjeu serait laissé au libre choix du vainqueur Rose gagne, et réclame sa guérison, aussitôt accordée. Mais Jésus demande la revanche, et l'emportant au second tour, il rend son mal, accompagné du don de patience, à la perdante toute joyeuse ; car elle avait compris qu'elle gagnait plus à la seconde partie qu'à la première.

Réservons à l'Eglise de raconter, en la Légende, jusqu'où notre Sainte fut amenée par Pefficacité de ces divines leçons touchant la souffrance. Dans les tortures surhumaines de sa dernière maladie, elle répondait à qui l'exhortait au courage : « Ce que je demande à mon Epoux, cest qu'il ne cesse point de me brûler des ardeurs les plus cuisantes, jusqu'à ce que je sois pour lui le fruit mûr qu'il daigne recevoir de cette terre à sa table des cieux » Et comme on s'étonnait alors de

144 Le Temps après la Pentecôte.

sa sécurité, de sa certitude d'aller directement au paradis, elle dit avec feu cette autre parole qui montre aussi tout un aspect de son âme : « Moi, j'ai un Epoux qui peut ce qu'il y a de plus grand, qui possède ce qu'il y a de plus rare ; et je ne me vois pas n'espérant de lui que de petites choses. »

Confiance bien justifiée par l'infinie bonté, les assurances et les prévenances du Seigneur à l'égard de Rose. Elle n'avait que trente et un ans, lorsque, au milieu de la nuit qui ouvrait la fête de saint Barthélémy de l'année 1617, elle entendit le cri : Voici l'Epoux 1 ! Dans Lima, dans tout le Pérou, dans l'Amérique entière, des prodiges de conversion et de grâce signalèrent le trépas de l'humble vierge, inconnue jusque-là du grand nombre. « Il fut attesté juridiquement, dit le Pontife suprême 2, que, depuis la découverte du Pérou, aucun missionnaire ne s'était rencontré qui eût produit pareil ébranlement d'universelle pénitence. » Cinq ans plus tard, était dédié ce monastère de Samte-Catherincde-Sienne qui devait continuer au milieu de Lima l'œuvre de sanctification, d'assainissement, de défense sociale, et qu'on appelait le monastère de Rose, parce qu'elle en était en effet devant Dieu la fondatrice et la mère. Ses prières en avaient obtenu l'érection qu'elle avait prédite pour après sa mort, désignant d'avance le plan, les religieuses futures, la première supérieure, qu'elle investit un jour

Erophétiquement de son esprit dans un emrassement plein de mystère.

I. Matth. XXV, 6. — 2. Bulle de canonisation.

Sainte Rose de Sainte-Marie, Vierge, 14:

Lisons le beau récit liturgique qui la concerne.

T A première fleur de sainteté que l'Amérique méridionale ait donnée au monde, la vierge Rose naquit à Lima de parents chrétiens. Dès le berceau brillèrent en elle les marques de sa sainteté future. Un jour le visage de l'enfant apparut merveilleusement transfiguré comme une rose; ce fut l'occasion du nom qu'on lui donna ensuite, et auquel depuis la Vierge Mère de Dieu ajouta le sien comme surnom, voulant qu'elle s'appelât désormais Rose de Sainte-Marie. Elle fit à cinq ans vœu de virginité perpétuelle. Plus grande, pour éviter d être contrainte au mariage par ses parents, elle coupa en secret sa magnifique chevelure. Ses jeûnes dépassaient la limite humaine ; elle passa sans pain des Carêmes entiers, ne vivant que de cinq pépins de citron par jour.

A YANT reçu l'habit du tiers Ordre de saint Dominique, elle redoubla ses austérités, usant d un long et dur cilice garni de pointes acérées, portant jour et nuit sous son voile une couronne armée au dedans d'un ^rand nombre

P RIMLS America; Meridionalis flos sanclitatis, virgo Rosa, christianis parentibus Limse progenita, mox ab incunabulis claruit futura; sanctimoniae indiciis. Nam vultus infantis mirabiliter in rosae elTigiem transfiguratus. huic nomini occasionem dédit : cui postea Virgo Deipara cognomen adjecit, jubens vocari deinceps Rosam a sancta Maria. Quinquennis votum perpetuae virginitatis emisil, Adultior, ne a parentibus ad nuptias cogeretur, clam sibimet venustissimam capitis caesariem

Eraescidit. Jejuniis supra um.anum modum addicta, intégras Quadragesimas transegit, pane abstinens, ac dietim solis quinque granulis mali citrini victitans.

'y-i ABITU tertii Ordinis ' '■ sancti Dominici assumpto, pristinas vitae austeritates duplicavit • oblongo asperrimoque cilicio sparsim minusculas acus innexuit ; sub vclo coronam densis acu146 Le Tcnips après la Pentecôte.

leis introrsusobarmatam interdiu noctuque gest 1- vit. Sanctae Catharinas Senensis ardua premens vestigia, catena ferrea, triplici nexu circumducta, lumbos cinxit. Lectulum sibi e truncis nodosis composuit, horumque vacuas commissuras fragminibus testarum implevit. Cellulam sibi angustissimam struxit in extremo horti angulo, ubi cœlestium contemplationi dedita, crebris disciplinis, inedia, vigiliis corpusculum exienuans, ai spiritu vegetata, larvas dsemonum, frequenti certamine victriXjimpavide protrivit ac superavit.

T^GRITUDIXUM tormenyC tis, domesticorum insultibus, linguarum morsibus dire agitata, nondum satis pro merito seaffligi querebatur. Per quindecim annos ad plusculas horas desolatione spiritus et ariditate miserrimc contabescens , forti animo tulit ngones omni morte amariores. Exinde cœpit supernis abundare deliciis, illustrari visionibus, colli3ucscerc seraphicis aroribus. Angelo tutelari, sancta- Catharinx Sede clous aiguisés. Elle s'était proposé sainte Catherine de Sienne pour modèle et pour guide dans les sentiers de la pénitence. Une chaîne de fer ceignait ses reins à triple tour. Elle s'était fait un lit de troncs darbres noueux, dont elle avait rempli les vides de tessons. Une cellule étroite qu'elle se construisit à l'extrémité du jardin, pour y vaquer à la contemplation des cnoses du ciel, la vit mater son faible corps par des disciplines fréquentes, par la faim et les veilles ; mais son esprit y puisait la vigueur, et, victorieuse des démons en de nombreux combats, elle se riait de leurs efforts et réduisait à néant leurs illusions.

r; N butte à des maladies

C cruelles, aux mauvaises langues, aux affronts des siens, elle se plaignait de n'être point encore traitée selon son mérite. Livrée pendant quinze ans plusieurs heures par jour à une effroyable désolation spirituelle, desséchée, consumée par l'épreuve, elle supporta courageusement ces agonies plus amères que toute mort. Mais c'étaient à la .«luiie les délices d'en haut, les visions, les séraphiques ardeurs. Son Ange gardien, sainte Catherine de Sienne, la Vierge

Sainte Rose de Sainte-Marie, Vierge. i4j

Mère de Dieu lui apparaissaient dans une admirable familiarité. Elle méritait d'entendre ces mots du Christ Jésus : Rose de mon cœur, sois mon épouse. Enfin arriva le jour fortuné où s'ouvrit

gour elle le paradis de cet Ipoux. Nombreu.x furent ses miracles après comme avant son trépas ; et le Souverain Pontife Clément X l'inscrivit solennellement au catalogue des saintes Vierges.

eiparae

nensi, Virgini D inier assiduas apparitiones mire familiaris, a Christo bas voces audire meruit : Rosa cordis mei, tu mihi sponsa e?to. Denique Sponsi hujus paradiso féliciter invectam, plurimisque ante et post obitum miraculis coruscam, Clemens Decimus Pontifex Maximus sanctarum Virginum catalogo ritu solemni adscripsit.

PATRONNE de votre patrie de ce monde, veillez sur elle toujours. Justifiez sa contiance, dans Tordre même de la vie présente, en la défendant des tremblenients de terre dont les secousses promènent l'effroi sur ses rivages, des commotions politiques dont sa récente indépendance s'est vue si cruellement éprouvée. Etendez votre action tutélaire aux jeunes républiques qui l'avoisinent, et qui elles aussi vous honorent ; ainsi que votre terre natale, protégez-les contre le mirage des utopies venues de notre vieux monde, contre les entraînements, les illusions de leur propre jeunesse, contre les sectes condamnées qui finiraient par ébranler jusqu'à leur foi toujours vive. Enfin, Rose aimée du Seigneur, souriez à l'Eglise entière que ravissent aujourd'hui vos charmes célestes. Comme elle, nous voulons tous courir à l'odeur de vos parfums ^.

I. Collecte de la fête, ex Cant. i, 3.

14^ i-i-' Temps après la Pentecôte.

Apprenez -nous à nous laisser prévenir comme vous par la céleste rosée. Montreznous à répondre aux avances du sculpteur divin c|ui vous apparut un jour, remettant aux soins de ceux qu'il aime les marbres de choix des vertus, pour les polir et les tailler en saidant de leurs larmes et du ciseau de la pénitence. Plus que tout le reste, enseignez-nous la confiance et l'amour. Tout ce qu'opère, disiez-vous, le soleil dans l'immensité de "univers, faisant éclore les fleurs et mûrissant les fruits, créant les perles au sein des océans, les pierres précieuses dans les plis des montagnes : l'Epoux l'accomplissait dans les espaces sans fin de votre âme, y produisant toute richesse, toute beauté, toute joie, toute chaleur et toute vie. Puissionsnous, ainsi que vous-même, profiter de la descente du Soleil de justice en nos poitrines au Sacrement d'union, ne vivre plus que de sa lumière bénie, porter la bonne odeur du Christ en tous lieux *.

I ES saints Martyrs Félix et Adauctus conquirent la palme au temps de Dioclétien. Us méritèrent que le saint Pape Damase honorât d'une de ses glorieuses épitaphes leur sépulture, voisine du tombeau de l'Apôtre des nations. Adressons à Dieu la prière où l'Eglise implore aujourd'hui leur protection puissante.

1. Collecte de la fêle, ex II Cor. H, l5.

Além. des SS. Félix et Adaiichis, Mart. 14g

DAIGNE votre Majesté, Seigneur, exaucer nos supplications ; le souvenir de vos Saints nous est une allégresse toujours renouvelée : que toujours aussi leur intercession soit notre défense. Par Jésus-Christ.

\ 1 AJESTATEMtUam,DoAl mine, supplices exoramus : ut, sicut nos jugiter Sanctorum tuorum commemoratione lœtificas, ita semper supplicatione defendas. Per Dominum.

^OLT finit comme il a commencé, par une fête de délivrance : sceau divin de l'éternelle Sagesse sur ce mois

qui lui est consacré. Depuis qu'au

sortir dEden, elle fit son but de la rédemption du genre humain que poursuivait son amour, tous ses privilégiés ont eu leur part en ce grand œuvre : part de labeur, de prières, de souffrances, comme fut la sienne en la chair; part féconde en la mesure même de l'association qu'elle daigne leur octroyer à ses renoncements miséricordieux. Pierre dans ses liens avança plus l'émancipation du monde que les conspirateurs soulevés contre la tyrannie des Césars ; Raymond Nonnat et ses frères, prenant sur eux les chaînes des captifs, firent plus que tous les philosophes égalitaires ou les déclamateurs de liberté pour l'abolition de l'esclavage et Textinction de la barbarie.

Déjà les fêtes des saints Raymond de Pcgnafort et Pierre Nolasque nous ont donne d'assister aux origines de l'Ordre illustre où Raymond Nonnat brille d'un éclat si grand Bientôt sa fondatrice auguste elle-même, Notre-Dame de la Merci, daignera se prêter à

Samt Raymond Nonnat, Confesseur. i5i

Texpression de la reconnaissance du monde

f)our tant de bienfaits. Le récit qui suit dira es mérites particuliers. du Saint de ce jour.

RAYMOND, surnommé Nonnat * pour n'être venu au jour qu'après la mort de sa mère à 1 encontre de la commune loi de nature, eut pour patrie Portel en Catalogne. D'une famille pieuse et noble, il donna dès l'enfance des marques de sa future sainteté par le mépris des amusements de l'enfance et des attraits du monde, par une piété si soutenue que tous admiraient déjà en lui la vertu de l'âge mûr. Après quelques années, il s'adonna aux lettres, puis, sur l'ordre de son père, revint vivre à la campagne. Une chapelle dédiée à saint Nicolas, dans le voisinage de Portel, l'attira fréquemment dès lors ; il y venait visiter une image sainte de la Mère de Dieu, qui est encore aujourd'hui l'objet de la grande vénération des fidèles. Là, perdu dans la prière, il suppliait cette divine Mère de daigner l'adopter pour fils et lui enseigner la voie du salut et la science des Saints.

LA très bénigne Vierge accueillit son désir. Elle

i , AYMUNDUs. Nonnatus ■ ^ cognomento dictus, quia prœter communem naturae legem e mortuar matris dissecto latere in lucem eductus fuit, Portelli in Catalaunia piis et nobilibus parentibus ortus, ab ipsa infantia futurœ sanctitatis indicia dédit. Nam puerilia oblectamenta, mundique illecebras respuens, ita pietati operam dabat, ut omnes in puero adultam virtutem admirarentur. Crescente vero œtate, litterarum studiis incubuit : sed mox jubente pâtre vitam ruri agens, sacellum sancti Nicolai in Portelli finibus situm crebro adibat, ut sacram Deiparaï imaginera, quœ in eo summa fidelium veneratione etiam nunc colitur, visitaret. Ibi cffusns in preces, ipsam Dei parentem, ut se in filium adoptare vrmque salutis ac scientiam sanctorum edocere dignaretur, cnixe deprecabatur

benignissima Virgo

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