L'Année liturgique — Le Temps après la Pentecôte (t. 10-15) (page 52)
I. Qui n'est pas né.
Le Tcwps aprcs la Pentecôte.
Ab ipsa enim intellexit j^ratissimum sibi f jre, si religionem sub titulo de Merccde. seu de Misericordia redemptionis vaptivorum, ea suggerente nuper fundalam, ingrcderctur. Qua monitione percepta, Barcinonpm statim profectus, illud tam prtEcellentis erga proximum caritatis institutum amplexus est. Regulafi Igitur militise adscriptu?, virginitatetn, quam pridem beatœ \ irgini consecraverat, perpetuo coluit, cetcrisque virtutibus enituit, carilate prœsertim erga christianos, qui sub potestate paganorum miseram in captivitate vitara degebant. Hos ut redimeret, in Africam missus, cura jam multos a servitutc liberasset, ne, consumpta pecunia, aliis item in proximo abnegandce fidci discrimine constilutis deesset, se ipsum pignori dcdit ; sed cum ardentissimo salutis animarum desidcrio succensus, plures mahometanos suis concionibus ad Christum converleret, in arctam custodiam a barbaris conjectus, variisque suppliciis cruciatus, mox labiis perforatis et sera i'errea clausis, crudcle
lui fit comprendre qu'il lui serait très agréaSle de le voir entrer dans l'Ordre appelé de la Merci, ou de la Miséricorde pour la rédemption des captifs, récemment fondé à son inspiration. Sur cet avis. Raymond gagna aussitôt Barcelone, pour y embrasser l'institut qui faisait son objet d'une charité si sublime envers le prochain. Enrôlé donc dans la milice régulière, il redoubla de zèle pour garder toujours sa virginité qu'il avait dès auparavant consacrée à la bienheureuse Vierge. On le vit exceller aussi dans les autresvertus, parmi lesquelles brilla surtout la charité dont il fit preuve à l'égird des chrétiens malheureux détenus captifs au pays des païens. Député en Afrique pour leur rachat, il en avait déjà délivré un grand nombre, lorsque, ses ressources épuisées, et ne voulant pas cependant en délaisser d'autres qui se trouvaient dans le même péril prochain de renier la foi, il se livra lui-même en gage ; mais, l'ardent désir du salut des âmes qui le possédait l'avant amené à conve tir au Christ par ses discours plusieurs mahométans, les barbares le jetèrent dans une étroite prison, lui infligèrent divers supplices, et enfin, perçant ses lèvres, les ferSaint Raymond Nonnat, Confesseur. i53
mércnt d'un cadenas d'acier : cruel martyre, qu'il subit longtemps.
ES faits et d'autres avaient répandu au loin la renommée de sa sainteté. Grégo'iTQ IX, auquel elle était parvenue, appela Raymond à iaire p rtie de l'auguste collège des cardinaux de la sainte Eglise Romaine. Mais, dans cette dignité, l'homme de Dieu, conservant son horreur de toute pompe, retint Toujours inflexiblement l'humilité d'un religieux. Il se rendait à Rome, quand, parvenu à Cardona, la maladie qui devait terminer sa vie interrompit le voyage. Le mourant avait instamment demandé d'être fortifié par les sacrements de l'Eglise ; le mal s'aggravant et le p être n'arrivant pas, des Anges apparurent sous le costume de religieux de son Ordre, qui lui donnèrent le viatique du salut. L'ayant reçu, il rendit grâces à Dieu et passa au Seigneur ; c'était le dernier Dimanche d'août de l'année mil deux cent quarante. Des contestations s'étant élevées au sujet du lieu de la sépulture, on chargea du cercueil une mule aveugle qui, conduite par Dieu, le porta à la chapelle de saint Nicolas, pour qu'il fût enseveli où avaient été jetés les I
raartyrium diu sustinuit.
B hsec et alia fortiter gesta , sanctitatis cjus fama longe lateque diffusa est. Qua permotus Gregorius Nonus. in amplis'^imum sanctœ Romanas Ecclesia? cardinalium collegium Raymundum adscripsit : sed vir Dei in ea dignitate ab omni pompa abhorrens, religiosa; humilitatis tenacissimus semper fuit. Romam vero pergens, statim ac Cardonam pervenit, extremo morbo confectus, ecclesiasticis j sacramentismuniri sum- j mis precibus postulavit. Cumque morbus ingravesceret, et sacerdos diutius tardaret, Angelorum ministerio, sub specie religiosorum sui Ordinis apparentium, salutari viatico refectus fuit. Quo sumpto, et gratiis Deo peractis, migravit ad Dominum Dominica ultima Augusti, anno millesimo ducentesimo quadragesimo. Mortui corpus, cum circa locum sepultura? contentio orta esset, arca; inclusum, et mulae csca; impositum, ad sacellum sancti Nicolai Dei nutu
1 54 ^e Temps après la Pentecôte.
delatum fuit, ut ibi tumularetur, ubi prima jecerat sanctioris vitœ fundamenta. lUic constructo sui Ordinis cœnobio, a confluentibus voti causa ex universa Catalaunia fidelibus populis honoratur, variis miraculis et signis gloriosiis.
premiers fondements de sa vie très sainte. On y construisit une maison de son Ordre, où les miracles et les prodiges ont accru sa gloire, et qui voit atïluer de toute la Catalogne des multitudes de fidèles venant acquitter leurs vœux.
usQu'ou, illustre Saint, n'avcz-vous pas suivi le conseil du Sage * ! Les liens de la Sagesse sont des liens de salut, disait-il -. Et, non content de livrer vos pieds à ses fers et votre cou à ses entraves 3, vos lèvres sont allées, dans l'allégresse de l'amour, au-devant du cadenas redoutable dont ne parlait pas le fils de Sirach. Mais quelle récompense n'est pas la vôtre, aujourd'hui que cette Sagesse du Père, si totalement embrassée par vous * dans la plénitude de la divine charité en son double précepte, vous abreuve au torrent des éternelles délices s, ornant votre front de cette gloire, de ces grâces ^ qui sont le rayonnement de sa propre beauté ! Afin que nous puissions vous rejoindre un jour près de son trône de lumière, montrez-nous à marcher en ce monde par ses voies toujours belles, par ses sentiers où la paix n'est jamais troublée 'j fût-ce au fond des cachots s. Délivrez nos âmes, si le péché les captive encore ; rompez leurs attaches égo stes, et
4. Prov. V, 8. — 5. Psalm. xxxv, 9. — 6. Frov. v, 9
— 7. Ibid. m, 17. — 8. Sap. X, 9-21.
Saint Raymond Nonnat, Confesseur. 1 55
remplacez-les par ces liens heureux de la Sagesse qui sont l'humilité, le renoncement, l'oubli de soi, l'amour de nos frères pour Dieu, de Dieu pour lui-même.
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OMME siynple et droit, qui craint Dieu et s'éloigne du mal * : ainsi les lectures de la nuit, dans l'Office du Temps, nous décrivent le juste ; cest tout le portrait du saint moine proposé par l'Eglise à Thommage de notre admiration, de notVe imitation, de notre prière. Fuyant les hommes pour trouver Dieu, il s'éloigne d'une patrie où sa naissance, où ses vertus plus encore, empêchent qu'il ne soit ignoré ; il sort des villes où les miracles que la charité lui impose menacent de le mettre en lumière. Errant des rivages de la Grèce aux bords du Rhône, il s'arrête enfin dans les forêts de la Septimanie ; là s'offre à lui, croit-il, cette solitude définitive qu'il avait rêvée. Trois années durant, tout à l'action de grâces au fond d'une caverne obstruée par les ronces, il prie pour le salut du peuple - ; il vit d'herbes et d'eau pure, jusqu'à ce que vienne à lui la biche que le Seigneur a préparée pour lui donner son lait, et bientôt, hélas! le trahir encore. Un jour, dépistée, traquée par la meute royale, elle fuit tremblante, amenant au Saint lès chasseurs. Près de lui s'est calmé son effroi mortel ; mais une flèche qui devait
1 Jon. I. s. — 2. Acta S. -EtriJii.
Saint Gilles, Abbé. i5-
l'atteindre a traversé la main de Gilles qui ne se guérira pas, qu'il refusera de laisser panser pour goûter jusqu'à la' fin de sa vie la souffrance. Douleur plus grande : près de sa retraite ainsi révélée, un monastère s'élève, dont il est contraint de devenir le père ; les prodiges se multiplient, les foules accourent ; c"en est fait de l'oubli des hommes, du silence de sa forêt bien-aimée.
Après la mort du serviteur de Dieu, le flot des arrivants croît toujours ; du Nord, de l'Orient, du Midi, les multitudes viennent présenter leurs prières, acquitter leurs vœux, au tombeau de celui que nos pères appellent Tun des Saints les plus secourables du paradis 1. Aux inconnus se joignent les Pontifes 2 et les rois s. Rencontre touchante : c'étaient surtout les guerriers et les petits enfants que l'on voyait affluer près des reliques saintes, ceux-là partant pour la croisade armés de toutes pièces, ceux-ci portés sur les bras de leurs mères ; tous se confiant à l'humble et doux moine qui apaisa au péril
1. Saint Gilles est le seul Confesseur qui ait place dans le groupe connu des quatorze Saints dits aiixiliateurs, et dont voici les noms selon l'ordre indique par d'anciens Missels : Georges, Biaise, Erasme, Pantaléon, Vite, Christophe, Gilles, Acace. Denys, Cyriaque, Eustache, Catherine, Marguerite et Barbe. Il était même du nombre des cinq Saints frivilégiés,Denys, Georges, Christophe, Biaise, Gilles, honorés d'une manière plus spéciale en quelques lieux. — 2. Urbain II, qui consacra l'autel de la basilique où reposait le saint corps, Gélase II, Calliste II, Innocent II; Clément IV était né à Saint-Gilles même ; Jules II avait tenu l'abbaye en commende — ?. Boleslas III de Pologne, saint T.ouis de France.
i5iS Le Temps après la Pentecôte.
de sa vie les terreurs de la biche de la forêt ; tous implorant sa protection contre les fraveurs qui s'emparent des plus braves au mifieu des combats, ou viennent troubler le calme des berceaux. Alors, avec Rome et Compostelle, Saint-Gilles était considéré comme l'un des trois grands pèlerinages de l'Occident.
Au-dessus des restes du bienheureux s'élevait une gigantesque église, que l'on a signalée cornme « le type le plus parfait du stjie byzantin parvenu au plus haut degré de splendeur '. » A l'entour, une ville de trente mille feux remplaçait le désert de jadis. Le plus illustre des puissants comtes de Toulouse donnait le pas sur tous ses autres titres à celui qu'il tenait de la noble cité ; Raymond de Saint-Gilles fut le nom sous lequel il voulut être connu dans l'histoire. Raymond VI, son trop oublieux descendant, expiait cent ans plus tard au seuil de la célèbre basilique ses connivences avec l'hérésie ; notre Saint, qui venait de donner à Pierre de Castelnau l'hospitalité de la tombe, ouvrait ses portes à la reconciliation du meurtrier présumé du martyr.
Mais nous ne finirions plus : d'autant qu'il faudrait maintenant dire les églises, les paroisses, les abbayes, les autels sans nombre consacrés à saint Gilles sur tous les points de la chrétienté : sources de grâces, centres nouveaux de multiples pèlerinages. Espagne, Italie, Belgique, Allemagne, Hongrie, Bavière,
1. Mérimée, Notes d'un voyape dans le Midi de la
France.
Saint Gilles, Abbé.
Pologne, rivalisent sous ce rapport avec notre France; l'Angleterre ne le cède à aucun pays du monde, avec -les cent quarante-six sanctuaires dédiés par elle au pieux moine et les honneurs que lui continue l'Eglise établie.
Hâtons-nous de donner sans plus ample commentaire la brève Légende réservée au saint Abbé, depuis qu'à dater du xvi^ siècle, son jour natal ne compte plus parmi les fêtes à neuf Leçons. La meilleure part de ses précieuses reliques est conservée au riche trésor de l'église Saint-Sernin de Toulouse; SaintGilles-du-Gard, qui avait dû s'en dépouiller
Four les sauver des audaces sacrilèges de hérésie armée, eut en i865 la consolation de retrouver le tombeau primitif du bienheureux.
NÉ à Athènes de race royale, Gilles, dès son premier âge, s'adonnait de telle sorte aux lettres divines et aux œuvres de charité, qu'il ne semblait avoir souci d'aucune autre chose. Aussi, ses parents morts, distribua^ t-il aux pauvres tout son patrimoine, allant jusqu'à dépouiller sa tunique pour en couvrir un malade dans l'indigence. Celui-ci avait aussitôt recouvré la santé ; puis survinrent beaucoup d'autres miracles ; en sorte que, craignant la renommée qui ne pouvait manquer d'en résulter pour lui, Gilles se rendit
T;gidius Atheniensîs, iX- regias stirpis, a prima aetate divinis litteris et caritatis officiis ita deditus fuit, ut nihil prœ- terea curare videretur. Itaque parentibus mortuis, totum pairimonium in pauperes erogavit : quin etiam tunicam exuit ut a'grotum egentem tegeret ; qua ille indutus statim convaluit. Sed multis deinceps clarior miraculis, timens sui nominis celebritatem , Arelatem adbeatum Ca;- sarium contendit : a quo post bicnnium discedens,
i6n Le Temps après la Pentecôte.
à Arles auprès de saint Césaire. Deux ans après, il le quittait pour s'enfoncer dans la solitude. Longtemps il neut pour nourriture que des herbes, des racines, et le lait d'une biche qui venait à lui à des heures déterminées. Admirable était devenue sa sainteté, quand un jour cette biche, poursuivie par la meute royale, s'enfuit vers la grotte du bienheureux; le roi de France, lavant ainsi découvert, obtint à force d'instances qu'il voulijt bien laisser bâtir un monastère au lieu où se trouvait cette caverne. A la prière du prince, Gilles en prit malgré lui la conduite; et c'est après s'être plusieurs années prudemment et pieusement acquitté de cette charge, qu'il passa au ciel.
A LLi.z à mon serviteur, et présente^ votre offrande, disait Dieu au temps du juste de ridumée ; mon serviteur priera pour vous, et je le regarderai favorablement, et votre faute ne vous sera point imputée à châtiment ^ Ainsi voyons-nous qu'il est fait sans cesse dans les innombrables sanctuaires où l'on vous honore, ô bienheureux Gilles ! Usez pour nous de vos secourables prérogatives ; exauceznous à la gloire de Celui qui couronne votre humilité. En retour de l'admirable paix dont votre âme offrit constamment ici-bas le
secessit in ercmum, ubi diutius herbarum radicibus et cervœ lacté, quae statis ad eum horis veniebat, admirabili sanctitate vixit. Quœ cerva, insequentibus quodam die canibus regiis, cum in antrum .î^gidii rcfugisset, Gallice regem impulit, ut ab eo summis precibus peteret, ut in ioco speluncas monasterium exstrui pateretur Cujus administrationem, flagitante rege, invitus suscepit : eoque munere aliquot annis prudenter pieque gesto, migravit m cœlum.
Mémoire des dou:^e frères. Martyrs. ^6i
spectacle au ciel, vous régnez sur les troubles de mille sortes c^ui agitent du berceau à la tombe notre misérable existence. Dès le début de la vie, vous aidez les mères à chasser les fantômes que promène dans la nuit l'ennemi des innocents ; vous protégez le premier âge contre l'irruption de ces maladies terribles qui disputent à l'âme son empire de naturesur l'organisme qui la doit servir. \'ous suivez l'enfant dans les voies de l'adolescence afin d'affermir son équilibre moral, en lui donnant pour base la crainte de Dieu qui fait l'homme sans reproche et sans peur. Dans les dangers, sous la foudre qui gronde, au sein des batailles, vous le maintenez vaillant et calme ; plus que tout, vous tenez à distance de votre protégé la plus lâche des terreurs, celle du respect humain, la plus triste des hontes, celle qui recule au tribunal sacré devant l'aveu des fautes commises pour en avoir le pardon. Les soucis, les déboires de l'âge mûr, n'atteignent pas la sérénité de qui s"appuie sur vous. La vieillesse n"a pour lui nulle perspective troublante ; il s"endort du dernier sommeil, sur le sein de Dieu, comme il faisait dans les bras de sa mère aux premiers jours. Daignez nous accueillir parmi vos dévots clients ; que notre confiance ne soit pas confondue.
KNÉVENT nous présente douze frères martyrs, originaires de la terre africaine, et qui triomphèrent en divers lieux, mais dont la réunion dans ses murs fait aujourd'hui sa
i(')2 Le 7\'))ifs jfi-cs la Pentecôte.
eloirc. Unissons-nous à la prière que lEglisc Vait monter vers Dieu en l'honneur de cet admirable groupe de héros.
T 'RATERNA nos, Domine, r Martyrum tuorum corona Isetificet : quœ et fidei nostrae praebeat incrementa vinutum, et multiplie! nos suflragio consolctur. Per Dominum.
^ "^L'E cette couronn» de *^,,-' frères, vos Martyrs, soit notre joie, Seigneur : puisse notre foi en recevoir l'accroissement des vertus ; puisse leur multiple suffrage consoler notre exil. Par .fcsus-Chri-^t.
TOUS ne devons pas omettre de mentionner brièvement que le présent jour marque pour les Grecs le point de départ du Calendrier, et qu'ils le célèbrent à cause de cela par une fête spéciale, dite de VIndiction ou du nouvel an.
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AINT ÉTIP:NNF, roi de HONGRIE,
R celui qui dévore est venu l'aliment, du fort est sortie la douceur 1. Le'peuple aux dents d'acier broyant les nations se donne en nourriture à c]ui fut dit : l^uc, et mange - ; autrefois vomissant l'écume et la rage, la bouche des Huns distille maintenant le miel de la charité. Tels sont, ô Christ, vos miracles ; telles sont vos œuvres, ô notre Dieu 3 ! » Ainsi Baronius, en Tan mille de l'histoire, salue l'arrivée des députés hongrois offrant à l'Eglise Romaine la suzeraineté de leur terre, et sollicitant du Vicaire de l'Homme-Dieu le titre de roi pour leur duc Etienne.
L'Europe meurtrie se souvenait encore du jour où, cent années auparavant, conduites par Arpad fils d'Almutz sous la bannière de i'épervier.les tribus magvares étaient descendues des montagnes dV Transylvanie dans les plaines qu'arrosent la Theiss et le Danube. Attila revécut dans ces fils de sa race,
1. Judic. XIV, 14. — 2. Saint Pierre, en la vision de
Joppé qui signifiait l'assimilation des Gentils par l'E- glise; Act.x, i3. — 3. BAnoN". Annal, eccles. Silvestri II an. j, Christi looo.
ji)4 !'(-' Temps après la Pentecôte.
dont le torrent couvrit encore de ruines la Germanie, la Gaule et l'Italie. Mais l'empire hunnique sur la Pannonie reconquise ne devait durer qu'autant qu'il cesserait d'être le fléau de Dieu, pour devenir le rempart de son Eglise. En ce monde, qui n'est point encore celui des justices éternelles, les instruments de la colère du Tout-Puissant sont vite brisés, s'ils ne savent aussi s'adapter à l'amour. Cinq siècles plus tôt, Attila en personne se ruait comme un fleuve débordé sur la capitale de l'univers, lorsque parut devant lui le Pontife suprême ; les chroniques hongroises, traduisant ainsi la rencontre fameuse, nous disent que le message suivant fut alors signifié du ciel au dévastateur du monde : « Ecoute l'ordre du Seigneur Dieu Jésus-Christ. Ta fierté n'entrera pas dans la cité sainte où reposent les corps de mes Apôtres. Retourne. Plus tard, ta descendance viendra vers Rome avec humilité ; je ferai qu'elle y reçoive une couronne qui durera toujours 1. » Attila donc, repassant les Alpes, n'eut que le temps de gagner le Danube, et mourut.
Or, voici l'heure où la parole du ciel est dégagée. Qu'on ne s'étonne pas de ne nous ponit voir en discuter l'authenticité. Légendaire ou non, quant aux formes dont les traditions nationales l'ont revêtu, l'engagement divin pris en la circonstance n'a rien que doive écarter l'historien ; car il répond aux règles certaines de la Providence qui gouverne
I. Chautuicius, Chronica Hungarorum, Ho victoria
.Vquile reiL,Ms.
s. Etienne de Hongrie, Confesseur, i 65
l'histoire. Le souvenir de Dieu ne fait défaut à nul bienfait ; la gratitude apostolique ne défaille point avec les années; au temps voulu, Sylvestre II solde la dette de Léon le Grand. I)e ce tombeau qu"a respecté le ravageur' des peuples, une vertu est sortie, changeant son rôle de justicier en celui d'apotre ; la couronne posée sur le front du successeur d'Attila par celui de Pierre n'en sera point renversée, tant que marchera devant lui la Croix, autre insigne, marquant son titre à ces honneurs nouveaux. Comme le Saint-Empire, auquel la Hongrie doit s'unir, plus tard sans pourtant se confondre avec lui, c'est donc sur Pierre que la monarchie hongroise est fondée ; c'est pour lui qu'elle subsiste, n'ayant qu'en lui par suite devant Dieu la garantie de son avenir ..
Que les tristes pressentiments de l'heure actuelle ne nous fassent point oublier la puissance merveilleuse déployée en cette fête par VAgneaii dominateur de la terre ^. La trace du sang versé par les fils d'Arpad n'a point disparu encore des places des cités ; à peine se dissipent la fumée des derniers incendies qu'alluma leur torche, la poussière des murailles écroulées sous leurs pas.: et déjà leur farouche énergie, trempée comme une lame de choix dans les eaux de la fontaine sainte, est devenue à l'Orient la plus sûre défense de la chrétienté. Nouveau genre d'invasion : d'Etienne, le héros de ce jour, la sainteté se propage en multiples rameaux d'où les plus belles fleurs, s'envolant sur
1 06 Le Temps après la Pentecôte.
toutes plages, conspirent durant des siècles à ne laisser nulle contrée sans parfums pour l'Epoux.
Lisons l'histoire du roi apostolique dans le livre de la sainte Eglise.
STF.PHANUS in Hungariam Christi fidem et regium nomen invexit. Regia corona a Romano Pontifice impetrata, ejusc]ue jussu in regem inunctus, regnum Sedi • apostolicse obtulit. Varia pietatis domicilia Romae, •lerosolymis, Constantinopoli ; in Hungaria archiepiscopatum Strigoniensem, episcopatus deccm, admirabili rcligione et munificentia fimdavit. Par in pauperes amor et liberalitas.quos veluti Christum ipsum complectcns, neminem a se mœrentcm ac vacuum umquam dimisit ; auin ad eorum inopiam «^uhlevandam amplissimis facultatibus erogatis, domesticam quoq^ue supellectjlem eximia benignitate fréquenter distribuit : suis insuper manibus lavarc paupcrum pedes, noctu sulus et ignotus nosocomia frequentare, dccumbenlibus inscrvire, ac cetera caritatis ollicia cxhibcre
^''^E fut Etienne qui im^- planta la foi du Christ et la dignité royale en Hongrie. Couronné et sacré par
1 ordre du Pontife Romain, il offrit son royaume au Siège apostolique. Rome, Jérusalem,Consiantinople, le virent construire divers asiles de piété ; rarchevêché de Gran. dix évêchés, lui durent en Hongrie leur fondation. Admirables furent en ces occasions sa religion et sa munificence. Egales étaient sa charité, sa libéralité pour les pauvres, qu'il accueillait comme s'ils eussent été le Christ lui-même. Aucun deux n'eut jamais à > éloigner de lui sans être consolé et secouru ; non content de consacrer des sommes considérables à soulager leur misère, il y employa souvent les objets à son propre usage.
C était cette exquise bonté qui lui faisait laver leurs pieds de ses mains, visiter de nuit seul et sans se faire connaître les hôpitaux, servant les malades dans leurs lits et leur rendant tous les oflices de la charité. .\ij^>j
s. Etienne de Hongrie, Confesseur. i6-
arriva-t-il du mérite de tant de bonnes œuvres que sa main droite demeura sans corruption, lorsque dans le tombeau le reste de son corps s'en alla en poussière.
rViNS son ardeur pour la *-' prière, il passait les nuits presque entières sans sommeil ; perdu dans la contemplation des choses du ciel. on l'aperçut plus d'une fois, ravi hors de ses sens, élevé en l'air. Plus d'une fois aussi le secours qu'il tirait de 1 oraison fut sensible dans la manière merveilleuse dont il échappa aux conspirations des traîtres, aux attaques de puissants ennemis. Ayant épousé la sœur de l'empereur saint Henri, Gisèle de Bavière, il en eut un fils du nom d'Enieric, que la vertu et la piété auxquelles il le forma élevèrent jusqu'à la sainteté. Pour le gouvernement du royaume, Etienne s'entourait d'hommes d une prudence et d'une sainteté éprouvées qu'il savait appeler de toutes parts, n'entreprenant jamais rien sans leur conseil. Cependant, prosterné dans la cendre et le cilice, il suppliait Dieu qu'il lui fût donné de voir la Hongrie tout entière catholique avant de sortir de cette vie. C'est à bon droit que la grandeur de son zèle pour
consuevit : qunrum virtutum merito illius dextera, resoluto cetero corpore, incorrupta permansit.
ORANDi studio noctes pêne totas ducebat insomnes, atque in cœ- lestium rerum contemplatione defixus, interdum extra sensus raptus, sublimis in aéra ferri visus fuit. Perduellium conspirationes, ac validorum hostium impetus, miro prorsus modo, non semel orationis pra?sidio evitavit. Susceptum ex Ghiselia Bavarica, sancti Henrici imperatoris sorore.quam sibi matrimonio junxerat, Emericum filium tanta morum disciplina, talique pietate enutrivit, quantum ejus postea sanctitas declaravit. Regni vero negotia ita disposuit, ut accitis undique prudentissimis et sanctissimis viris. nihil umquam sine illorum consilio moliretur. Humillimis intérim precibus in cinere et cilicio Deum deprecans, ut universum Hungarias regnum antequam e vita migraret, catholicum videre mererctur. ^'e^c pruplcr in/ ()S Le Tcnips après la Pentecôte.
gens dilatands fidei studium, illius gentis Apostolus nuncupatus, facta a Romano Pontifice ipsi, posterisque regibus praeferendje crucis potestate.
DEI Genitricem, quam ardentissime venerabatur, amplissimo in ejus honorem constructo templo, Hungariœ Patronam instituit, ab eadem vicissim Vir^ine receptus in ccelum ipso suas Assumptionis die, quem Hungari, e sancti régis instituto, Magnse Dominae diem appellant. Sacrum ejus corpus suavissimo fragrans odore, liquore cœlesti scatens. inter multa et varia miracula, Romanî Pontificis jussu, nobiliorem in locuro translatum est, atque honorificentius conditum. Ejus autem festum Innocentius Undecimus Pontifex Maximus quarto nonas septembris, ob insianem victoriam ab exercitu Leopoldi Primi Romanorum electi impcratoris et Hungarine régis, eadem die in Budas expugnatione, ope divina e Turcis reportatani, ceIcbrandum instituit.
l'expansion de la foi l'a tait appeler 1 Apôtre de ce peuple, et lui a mérité du Pontife Romain le privilège, transmis à ses successeurs, de faire porter la croix devant lui.
DANS sa très ardente vénération pour la Mère de Dieu, il construisit en son honneur une église splendide, et 1 institua Patronne de la Hongrie. En retour, la bienheureuse Vierge le reçut dans le ciel au )our même de son Assomption, qu'en vertu d'un édit du saint roi, les Hongrois nomment le jour de la Grande Dame. Nombreux et divers furent ses miracles. Son saint corps devant être par l'ordre du Pontife Romain élevé de terre et transféré dans un lieu plus honorable, on le trouva répandant une odeur très suave et nageant dans une liqueur céleste. Le Souverain Pontife Innocent XI a fixé sa fête au quatre des nones de septembre, jour de l'insigne victoire où Bude fut reprise sur les Turcs avec le secours de Dieu par l'armée de Léopold I", empereur élu des Romains et roi de Hongrie.
s. Etienne de Hongrie, Confesseur, i 6q
PÔTRE et roi, protégez votre peuple, aidez l'Eglise, secourez-nous tous. Quand finissait ce dixième siècle dont l'anarchie avait débordé Jusgue sur le sanctuaire, on vit renaître l'espérance au jour où l'Esprit rénovateur et créateur choisit votre race, en sa vigueur native, pour restaurer la jeunesse du monde. Satan frémit sous les voûtes de son ténébreux empire : lui qui croyait la papauté à jamais humiliée, voyait venir à elle de nouveaux constructeurs', comme au seul fondement sur lequel il fût possible de bâtir ; la Elus fière des familles qui eussent fait trem1er Tancien empire de Romulus, sollicitait de Rome le droit de compter désormais parmi les nations d'Occident. Il était donc bien vrai cjue les portes de l'enfer ne prévaudraient jamais contre la pierre, contre l'Eglise fondée sur elle ', contre la cité sainte préparée au sommet des monts pour attirer les peuples ^. En vain l'orage avait soulevé jusqu'à la vase des fleuves de l'abîme : c'était l'heure où Dieu levait sa main, comme dit le Prophète, vers les lointaines frontières d'où les rois apportaient à l'Epouse, toujours sainte, ces fils inconnus qu'eux-mêmes lui avaient nourris 3, Non ; le Seigneur ne confond point ceux qui espèrent en lui ^. Et c'est pourquoi nous espérerons, fût-ce contre toute espérance, en l'avenir du noble peuple établi par vous sur la fermeté apostolique. Ce n'est pas lui, si justement fier de tant d'incorruptioles héros,
I. MaTTH. XVI, l8. — 2. ISAI. II, 2. — ?. Ibid. XLIX, ijo Le Temps après la Pentecôte.
qu"une fausse liberté, soudoyée par l'or juit, prônée par tous les ennemis de ses traditions, pourra égarer longtemps. Du ciel, Martin veille avec vous sur le pays qui le vit naître ; la souveraine de la Hongrie, l'auguste Reine des cieux, ne verra pas ses loyaux sujets prêter Toreille aux propositions du roi des enfers.
ENEZ, VOUS tous quc sollicite l'attrait du bien immuable, et qui vainement le demandez à ce siècle qui passe ; je vous dirai ce que le ciel a fait pour moi. Comme vous jadis je cherchais fiévreusement; et ce monde extérieur ne donnait point satisfaction à mon désir brûlant. Mais, par la divine grâce qui nourrissait mon angoisse, enfin m'est apparue, plus belle que le soleil, plus suave que le baume, Celle dont alors le nom m'était ignoré. Venant à moi, combien son visage était doux ! combien pacifiante était sa voix, me disant : « O toi dont la jeunesse est toute « pleine de l'amour que je t'inspire, pourquoi « répandre ainsi ton cœur? La paix que tu « cherches par tant de sentiers divers est avec « moi ; ton désir sera comblé, je t'en donne (( ma foi : si, cependant, tu veux de moi pour '( épouse. » J'avoue qu'à ces mots défaillit mon cœur; mon âme fut transpercée du trait de son amour. Comme toutefois je désirais savoir son nom, sa dignité, son origine, elle me dit qu'elle se nommait la Sagesse de Dieu, laquelle, invisible d'abord au sein du Père, avait pris d'une Mère une nature visible pour être plus facilement aimée. Alors, en grande alléLe Temps après la Pentecôte.
gresse, je lui donnai consentement; et elle, me donnant le baiser, se retira joyeuse.
« Depuis, la flamme de son amour a été croissant, absorbant mes pensées. Ses délices durent toujours ; c'est mon épouse bien-aimée, mon inséparable compagne. Par elle, la paix que je cnerchais fait maintenant ma joie. Aussi, écoutez-moi, vous tous : allez à elle de même ; car elle met son bonheur à ne rebuter personne ^. »
Lisons l'histoire de celui qui vient de nous livrer dans ces lignes le secret du ressort de sa vie.
LAURENTius, ex illustri Justinianorum familia Venetiis natus, eximiam vel puer morum gravitatem prœ se tulit. Exacta inter pietatis officia adolescentia, ad castum Verbi et animœ connubium a divina Sapientia invitatus, de religiosae vitœ instiiuto capessendo deliberare cœ- pit. Novœ itaque milil\x clam proludens,
Sraeter alias corporis afictationes, super nudos cubabat asseres, sedenscjue velut arbitcr hinc inter sDeculi blandimenta, paratasque a matre nuptias, illinc claustrales inter austeritates, oculis in Christi patientis cru1 AURENT naquit à Venise de ^ l'illustre famille des Justiniani. Il montra dès l'enfance une gravité rare. Son adolescence se passait dans les exercices de la piété, lorsque, invité par la Sagesse divine aux noces très pures du Verbe et de l'âme, il conçut la pensée d'embrasser l'état religieux. C'est pourquoi, préludant secrètement à cette milice nouvelle, il affligeait son corps en différentes manières et couchait sur la planche nue. Puis, comme un arbitre appelé à prononcer, il prenait séance entre, d'une part, les austérités du cloître, de l'autre, les douceurs du siècle et le mariage que lui préparait sa mère; alors, tournant les yeux vers la croix du Christ soufI. Laurent. Justinian. Fasciculus amoris, cap. xvi.
s. Laurent Justiuien, Év. et Conf. ij3
frant : « C'est vous, disait-il, Seigneur, qui êtes mon espérance ; c'est là q^ue vous ave^ placé pour moi votre asile très sûr.» Ce fut vers la congrégation des chanoines de Saint-Georges in Alga que le porta sa ferveur. On l'y vit inventer de nouveaux tourments pour sévir plus durement contre lui-même, se déclarant une guerre d'ennemi acharné, ne se permettant aucun plaisir. Plus jamais il n'entra dans le jardin de sa famille, ni dans la maison paternelle, si ce n'est pour rendre les derniers devoirs à sa mère mourante, ce qu'il fit sans une larme. Non moindre était son zèle pour l'obéissance, la douceur, l'humilité surtout : il allait au-devant des oflicesles plus abjects du monastère ; il se plaisait à mendier par les lieux les plus fréquentés de la ville, cherchant moins la nourriture que l'opprobre; les injures, les calomnies ne pouvaient l'émouvoir ni lui faire rompre le silence. Son grand secours était dans la prière continuelle ; souvent l'extase le ravissait en Dieu; telle était l'ardeur dont brûlait son âme, qu'elle embrasait ses compagnons, les prémunissant contre la défaillance, les affermissant dans la persévérance et l'amour de Jésus-Christ.
cem conversis : Tu, inquit, es Domine spes mea : ibi posuisti certissimum refugium tuum ; ad canonicorum sancti Georgii in Alga congregationem convolavit : ubi novis excogitatis cruciatibus acrius in se ipsum, vcluti in hostem infensissimum , instaurans bellum, nullam adeo sibi oblectationem indulgebat, ut ne in domesticum umquam hortum, nec in paternam quidem domum, nisi cum morienti matri extrema pietatis officia siccis oculis persolvit, exinde intraverit. Par erat obedientiœ. mansuetndinis. ac praecipue humilitatis studium. cum abjectissima qiiasque cœnobii munia sibi ultro desumeret, celeberrima per urbis loca, non tam victum quam ludibria emendicaret, illatasque contumelias ac calumnias immotus ac silens perferret ; assiduas prassertim orationis subsidio, qua srepe per mentis excessum rapiebatur in Deum; tantoque cor ejus œstuabat ardore, ut nutantes etiam sodales ad perseverantiam ac .lesu Christi amorem inflam• maret.
ij4 ^-t' Temps après la Pentecôte.
A B l-iuocnio Quarto **■ patrix cpiscopus designatus. quem magna contentione honorem detrectaverat. majori gessit cum laude. Nam consueta vivendi ratione nihil admodum immutata, paupertatem, quam semper coluerat, in mensa, supellectili ac lecto perpétue retinuit. Modicam domi alebat familiam, quod grandem al:eram sibi esse diceret, paupercs Christi significans. Quacumque adiretur hora, prœsto omnibus erat, paterna omnes caritate allevabat, non renuens vel sere se aliène gravare, illorum ne inopiae deesset. Rogatus qua spe id faceret? Domini mei, qui pro me dissolvere facile poterit. respondebat. Spem autem non confundere divina Providentia submissis inopinato subsidiis jugiter declarabat. Plnra virginum monasteria construxit, quas etiam ad perfections vitre rationem sua vi^ilantia composuit. Matronis a sapculi pompis et ornatus vanitate revocandis, ecclesiasticce disciplinée ac moribus reformandis
maximoperc studuit ; dignus sanequi ab cudem
rj T.KVK par Eugène IV à r. l'épiscopat de sa patrie, l'cft'ort qu'il fit pour décliner Ihonneur ne fut dépassé que par le mérite avec lequel il s'acquitta de la charge. Il ne changea en rien sa manière de vivre, gardant jusqu à la tinpour la table, le lit, l'ameublement, la pauvreté qu'il avait toujours pratiquée. 11 ne retenait à ses gages qu'un personnel réduit de familiers, disant qu'il avait une autre grande famille, par laquelle il entendait les pauvres du Christ.Quellequefùt l'heure, on le trouvait toujours abordable ; sa paternelle charitc se donnait à tous, n'hésitant pas à s'endetter pour soulager la misère. Comme on lui demandait sur quelles ressour- ; ces il comptait, ce faisant, il * répondait: « Sur cellesde mon Seigneur, qui pourra facilement payer pour moi. » El toujours, par les secours le-; plus inattendus, la Providence divine justifiait sa confiance. Il bâtit plusieurs monastères de vierges, et forma diligemment leurs habitantes à marcher dans les voies de la vie parfaite. Son zèle s'emplova à détourner les matrones vénitiennes des pompes du siècle et des vaines parures, comme h réformer la discipline ecclésiastique elles mœurs. Aussi fût-ce à bon droit que le même Eugène IV l'appela, on
s. Laurent Justinicn, Év. et Conf. i-.
présence des cardinaux, la i,'Ioire et l'honneur delà prélature.Ce fut également pour reconnaître son mérite, que le successeur d'Eugène, Nicolas V, ayant transféré le titre patriarcal de Grado à Venise, l'institua premier patriarche de cette ville.
HONORÉ du don des larmes, il offrait tous les jours au Dieu tout-puissant l'hostie d'expiation. C'est en s'en acquittant une fois dans la nuit de la Nativité du Seigneur, qu'il mérita de voir sous l'aspect d'un très bel enfant le Christ Jésus. Efficace était sa garde autour du bercail à lui confié ; un jour, on sut du ciel que 1 intercession et les mérites du Pontife avaient sauvé la république. Eclairé de l'esprit de prophétie, il annonça d'avance plusieurs événements que nul homme ne pouvait prévoir. Maintes fois ses prières mirent en fuite maladies et démons. Bien qu il n'eût presque point étudié la grammaire, il a laissé des livres remplis d'une céleste doctrine et respirant 1 amour. Cependant la maladie qui devait l'enlever de ce monde venait de l'atteindre ; ses gens lui préparaient un lit plus commode pour sa vieillesse et son infirmité ; mais lui, manifestant sa répulsion pour des
Eugcnio gloria ci decus pra-sulum coram cardinalibus vocaretur, et qui a Nicolao Quinte ejus successore, translate e Gradensi civitate titulo, primus Venetiarum patriarcha renuntiaretur.
J ACRV.MARUM dono insi *• gnitus, omnipotenti Deo placationis hostiam quotidie offerebat. Quod cum aliquando nocte DominicT Nativitatis perageret. Christum Jesum sub pulcherrimi infantis specie videre promeruit ; tantumque in eo erat commissi gregis prîesid um, ut cœlitus 'aliquando acceptum fuerit, pontificis sui intercessione ac meritis stetisse rempublicam. Prophetiœspiritu afflatus, plura humanae cognitioni prorsus impervia prsdi.xii : morbos ac dcemones suis precibus saepe fugavit : iibros ctiam cœlestem doctrinam ac pietatem spirantes , grammaticrc pêne rudis, conscripsit. Denique cum lethalem incidisset in morbum, et commodiorem domestici lectum seni atque œgri' pararent, aversatus ejusmodi delicias, t -mquam a durissima morientis
i-jS Le Temps après la Pentecôte.
Domini sui cruce plus nimio abhorrentes, consueto in stramine se jussit deponi. et finem vltae suœ adventare prœ- noscens. sublatis in cœ- lum oculis : Venio, inquit, ad te, o bone Jesu ; ac dieoctava januarii obdormivit in Domino. Pretiosam ejus mortem testati sunt angelici concentus, a Carthusianis quibusdam monachis au - diti, et sacrum cadaver per duos ultra menses inhumatum, suavi fragrans odore, et rubescente facie, integrum atque incorruptum, ac nova post mortem patrata miracula : quibus permotus Alexander Octavus Pontifex Maximus cum sanctorum numéro adscripsit. Innocentius vero Duodecimus quintam septembris diem qua vir sanctus ad pontificiam primo cathedram fucrat evectus, celebrando illius festo assienavit.
délices trop peu en rapport avec la dure croix de son Seigneur mourant, voulut qu on le déposât sur sa couche ordinaire. Sentant venue la fin de sa vie : « Je viens ;i vous, ô bon Jésus ! » dit-il, les yeux levés au ciel. Ce fui le huit janvier qu'il s'endormit dans le Seigneur. Combien sa mort avait été précieuse, c'est ce qu'attestèrent les concerts angéliques entendus par plusieurs Chartreux, et la conservation de son saini corps qui, pendant plus de deux mois que la sépulture en fut différée, demeura sans corruption, avec les couleurs de la vie et exhalant un suave parfum. D'autres miracles suivirent aussi cette mort, lesquels amenèrent le Souverain Pontife Alexandre VIII à l'inscrire au nombre des Saints. Innocent XII désigna pour sa fête le cinquième jour de septembre, où il avait été d abord élevé sur la chaire des pontifes.
O Sagesse qui résidez sur votre trôuc sublime, X'erbe par qui tout fut fait, soyez-moi propice dans la manifestation des secrets de votre saint amour i. » C'était, Laurent, votre prière, lorsque craignant d'avoir à répondre du talent caché si vous gardiez pour
I. De caste connubio Vcrbi et animîc, Proœmium.
s. Laurent Justinien, Ev. et Conf. 777
vous seul ce qui pouvait profiter à plusieurs ', vous résolûtes de divulguer d'augustes mystères. Soyez béni d'avoir voulu nous faire partager le secret des cieux. Par la lecture de vos dévots ouvrages, par votre intercession près de Dieu, attirez- nous vers les hauteurs comme la flamme purifiée qui ne sait plus que monter toujours. Pour l'homme, c'est déchoir de sa noblesse native que de chercher son repos ailleurs qu'en Celui dont il est l'image 2. Tout ici-bas n'est que pour nous traduire l'éternelle beauté, nous apprendre à l'aimer, chanter avec nous notre amour s.
Quelles délices ne furent pas les vôtres, à ces sommets de la charité, voisins du ciel, où conduisent les sentiers de la vérité qui sont les vertus '* ! C'est bien de vous-même en cette vie mortelle que vous faites le portrait, quand vous dites de l'âme admise à l'ineffable intimité de la Sagesse du Père : Tout lui profite ; où qu'elle se tourne, elle n'aperçoit qu'étincelles d'amour; au-dessous d'elle, le monde qu'elle a méprisé se dépense à servir sa flamme ; sons, spectacles, suavités, parfums, aliments délectables, concerts de la terre ci rayonnement des cieux, elle n'entend plus, elle ne voit plus dans la nature entière qu'une harmonie d'épithalame et le décor de la fête où le Verbe la épousée^. Oh ! puissions-nous marcher comme vous à la divine lumière, vivre d'union et de désir, aimer plus toujours, pour toujours être aimé davantage.
I. De casto connuhio Verbi et animœ, Proœmium. —
— 2. Ihid. cap. I. — 3. Ibid. cap. xxv . — 4. Ihid.
EST la naissance de la Vierge Marie; faisons-lui fête, en aàoTant le' Christ son Jils, le Seigneur '. Telle est Tinvitation que nous adresse aujourd'hui l'E- glise. Ecoutons son appel : entrons dans sa joie qui déborde 2 : l'Epoux est proche, puisque son trône est dès maintenant dressé sur terre '^; encore un peu, et lui-même paraîtra sous ce diadème de notre humanité dont doit le couronner sa mère au jour de la joie de son cœur et du nôtre*. Aussi, comme en la glorieuse Assomption, retentit à nouveau
I. Invitatoire de la fêle. — 2. Répons i, 11, v, \i
Leçons du deuxième Nocturne: Ant. des Vêpres et des Laudes. — 3. III Reg. x. iK-20; Cant. m, 7-10; Ant. de Bcnedictii>. — .|.. Cani. m. II.
La Nativité de la très sainte Vierge. ijQ
le Cantique sacré ' ; mais il est plus de la terre, cette fois, que du cieV .
Voici qu'en vérité nous est donné mieux que le premier paradis à cette heure. Eden, ne crains plus les retours des mortels humains; ton chérubin peut cesser sa garde ^ et regagner les cieux. Que nous importent tes beaux fruits auxquels on ne peut toucher sans mourir 3 ? La mort, maintenant*, elle est pour ceux qui ne goûteront pas du fruit qui s'annonce parmi les fleurs de la terre vierge où nous fait aborder notre Dieu.
Salut, monde nouveau où les magnificences de la création primitive sont dépassées ; salut, port fortuné dont le repos s'offre à nous après tant d'orages ! L'aurore paraît '-> ; Tarc-en-ciel brille<5; la colombe s'est montrée '' ; l'arche touche terre, ouvrant au monde de nouvelles destinées s. Le port, l'aurore, l'arc-en-ciel, la colombe, l'arche du salut, le paradis du céleste Adam, la création dont l'autre n'était qu'une ébauche, c'est vous, douce enfant, en qui déjà résident toute grâce, toute vérité, toute vie^.
Vous êtes la petite nuée que le père des Prophètes attendait dans l'angoisse suppliante de son âme, et qui apporte à la terre desséchée la fraîcheur i<^ ; sous la faiblesse de vos membres si frêles apparaît la mère du bel amour et de la sainte espérance ^^. Vous êtes cet autre léger nuage d'exquis parfum qu'exhale aux cieux notre désert^^ . rïncomparable huI. Leçons du premier Nocturne. — 2. Gen. ni, 24. — 3. Ibid. 3. — 4. JoHAN. VI, 54. — 5. Gen. xxxii,
26. — 6. Ibid. IX, i3. — 7. Ibid. VIII, 8. — 8. Ibid.
4, 17. — 9. Eccli. XXIV, 25. — 10. III Reg. xviii, 42-45. — II. Eccli. xxiv, 24. — 12. Gant, m, 6.
jHo Le Temps après la Pentecôte.
milité de votre âme qui s'ignore révèle leur Reine aux Anges, armés en guerre ^ près de votre berceau.
O tour du vrai David 2, citadelle où, du premier choc, s'est brisé l'enfer ^ ; vraie Sion, dès l'abord fondée sur les saintes montagnes, au sommet des vertus '» ; temple et palais dont ceux de Salomon étaient l'ombre^; maison que l'éternelle Sagesse s'est bâtie pour ellemême*^: le plan réalisé dans vos lignes si pures était arrêté dès l'éternité '. Avec l'Emmanuel qui vous prédestina pour son lieu de délices 8, vous êtes vous-même, enfant bénie, le sommet de toute création, l'idéal divin pleinement réalisé sur terre •'.
Or donc, comprenons l'Eglise, quand elle acclame dès ce jour votre divine maternité, ne séparant pas la naissance de l'Emmanuel et la vôtre en ses chants i*^. Celui qui, étant Fils en Dieu par essence, voulut l'être aussi dans rhuniaine naturels avait avant tous autres desseins résolu qu'il aurait une Mère ; tel par suite devait être en celle-ci le caractère primordial, absolu, de ce titre de Mi^re, qu'il ne fît qu'un dans l'éternel décret avec son être futur, comme en étant le motif, comme renfermant la cause même de son existence ainsi que le principe de toutes ses perfections de nature et de grâce. Donc nous aussi, dès le berceau, devons-nous voir en vous la Mère,
6. Prov. IX, I. — 7. Ibid. viii, 23.— 8. Sap. viii, i(>.
— 9. Le Temps après la Pentecôte, T. IV', p. 587. — lo.'Invitatoirc de l'Office. Introït de la Messe, etc.
— II. I.c- Temps après la l'entccote, T. IV, p. 4Ç!3.
La Nativité de la très sainte Vierge. i8i
et célébrer votre naissance, en adorant votre fils, le Seigneur^.
D'autant qu'embrassant tous les frères de l'Homme-Dieu, votre bienheureuse maternité projette ses rayons surtout ce qui précède ou suit dans le temps ce fortuné jour. LHeu, notre Roi avant les siècles, a opéré le saint aie milieu de la terre ^ : « Le milieu de la terre, c'est admirablement Marie, dit TAbbé deClairvaux; Marie, centre universel, arche de Dieu; elle est la cause des choses, l'affaire des siècles '^. Vers elle se tournent les habitants des cieux comme du séjour de l'expiation, les hommes qui nous précédèrent et nous qui sommes présentement, ceux qui doivent nous suivre, et les fils de nos fils et leurs descendants : les cieux pour voir se remplir leurs vides, les habitants des bas lieux pour leur délivrance ; les hommes du premier ks^e, pour être trouvés des prophètes fidèles^., ceux qui viennent après pour obtenir de parvenir à la béatitude. Mère de Dieu, Reine des cieux, Souveraine du monde, toutes les générations vous diront bienheureuse 3; car vous avez engendré pour toutes la vie et la gloire. En vous à jamais les Anges puisent la joie, es justes la grâce, les pécheurs le pardon; en vous, et par vous, et de vous la bénigne main du Tout-Puissant a créé une seconde fois ce qu'elle avait fait une première 6. »
« Solennité d'entrée, dit de ce jour André
I. Invitatoire. — 2. Psalm. Lxxiil, I2. — 3. Rerum causam, negotium saeculorum. — 4. Eccli. xxxvi. 18. — 5. Lt'C. 1, 48. — 6. Bern. in fcsto Pentecost. ScriS2 Le Temps après la Pentecôte.
de Crète; fête initiale, dont le terme est l'union du Verbe et de la chair; fête virginale, de joie pour tous et de confiance *. »
— « Toutes les nations, soyez présentes, s'écrie Jean Damascène ; toute race, toute langue, tout âge, toute dignité, célébrons joyeusement le jour natal de l'allégresse du monde '^. » — « C'est le commencement du salut, l'origine de toute fête, proclame à son tour saint Pierre Damien: voici qu'est née la Mère de l'Epoux ! A bon droit, l'univers aujourd'hui tressaille, et TEglise, transportée, module des motifs d'épithalame en ses chœurs 3. »
Mais les docteurs d'Orient et d'Occident ne sont pas seuls à exalter dans les mêmes termes aujourd'hui l'apparition de Marie sur terre. Dans l'Office de la fête, les deux Eglises latine et grecque chantent toujours, chacune en leur langue, cette belle formule de conclusion*, identique pour toutes deux: «Votre naissance, ô Mère de Dieu, fut l'annonce de la joie pour le monde ; car c'est de vous qu'est né le Soleil de justice, le Christ notre Dieu, qui détruisant la malédiction octroya la bénédiction, et confondant la mort nous gratitia de l'éternelle vie »
L'accord de Rome et de Byzance dans la célébration de la fête de ce jour remonte au vii« siècle au moins •', On ne saurait avec quelque
I. Andr. Cret. Oratio i, in Nativit. Deiparoe i. —
— 2. JoAN. Damasc. in Natal. B. M. Homilia l. —
— 3. Peir. Dam. Sermo xlv, in Nativit. B. M. V.
— 4. Tropaire de renvoi in utroque Vespertino; Ant.dc Magnificat aux secondes Vêpres. — 5. Liber pontifie, in bergio 1.
La Nativité de la très sainte Vierge. i83
assurance préciser davantage, ni surtout généraliser la date première .de son institution. Angers regarde le saint évêque Maurille comme en ayant été le premier auteur, sur un désir de la Bienheureuse Vierge à lui apparue, vers l'an 43o, dans les prairies du Marillais : d'où le nom de Notre-Dame Angevine, ou fête de l'Angevine, donné si fréquemment à la présente solennité. Au xi« siècle, Chartres, la ville de Marie, n'en revendique pas moins pour son Fulbert, soutenu de l'autorité de Robert le Pieux, une part prépondérante dans la diffusion de la glorieuse fête au pays de France ; on sait l'intimité de l'évêque et du roi, et comment celui-ci voulut noter lui-même en chant d'une suave mélodie les trois admirables Répons où son ami célèbre le lever de Tétoile mystérieuse qui doit engendrer le soleil, la branche sortant de la tige de Jessé pour porter la fleur divine où se reposera l'Esprit-Saint, la bénigne toutepuissance qui fait produire à la Judée Marie comme la rose à l'épine i.
En l'année 124.5, dans la session troisième du premier Concile de Lyon, celle-là même où Frédéric II fut dépose de l'empire, Innocent IV établit pour l'Eglise universelle, non la fête partout dès lors observée, mais l'Octave de la Nativité de la Bienheureuse Vierge Marie 2 ; c'était l'accomplissement du vœu fait par lui et les autres cardinaux pendant le veuvage de dix-neuf mois, résultatdes intrigues du fourbe empereur, qui suivit pour l'Eglise la mort de Célestin IV, et auquel l'élection de
l. 'Bf. ysf. Solem justitias, Slirps Jesse virsi^am produxit, Ad nutum Domini. — 2, Mansi, XXIII, 6\2.
j S4 La Nativité de la très sainte Vierge.
Sinibaldo Fieschi sous le nom d'Innocent avait mis un terme.
En iSyy, le grand Pape qui venait de briser les chaînes de la captivité d'Avignon, Grégoire XI, voulut compléter par l'adjonction d'une Vigile à la solennité les honneurs rendus à Marie naissante; mais soit qu'il n'eût exprimé sur ce point qu'un désir, comme un
f)eu plus tard au sujet du jeûne préparatoire à a fête de la Visitation son successeur Urbain VI, soit pour toute autre cause, les intentions du pieux Pontife ne prévalurent que peu de temps dans les années si troublées qui suivirent sa mort
Avec l'Eglise * implorons, comme fruit de cette fête si suave, la paix qui semble fuir toujours plus nos temps malheureux. Ce fut dans la seconde des trois périodes de paix universelle signalées sous Auguste, et dont la dernière marqua l'avènement du Prince même de la paix, que naquit Notre-Dame.
Pendant que se fermait le temple de Janus, l'huile mystérieuse sortait du sol où devait s'élever le premier sanctuaire de la Mère de Dieu dans la Ville éternelle; les présages se multipliaient; le monde était dans l'attente; le poète chantait : « Voici qu'arrive enfin le dernier âge prédit par la Sibylle, voici s'ouvrir la grande série des siècles nouveaux, voici la \ ierge ^ ! »
En Judée, le sceptre est ôté de Juda '^ ; mais celui-là même qui s'en est approprié la puissance, Hérode l'Iduméen poursuit en hâte
I. Collecte du jour. — 2. Vihc. EjîIo},'. IV. Polli(->.
— 3. Gcn. XI. I\, lo.
Aux Premières Vêpres. i85
la splendide restauration qui doit permettre au second Temple de recevoir dignement dans ses murs l'Arche sainte du nouveau Testament.
C'est le mois sabbatique, premier de l'année civile, septième du cycle sacré : Tisri, où commence le repos de chaque septième année, où l'année sainte du Jubilé s'annonce * ; le plus joyeux des mois, avec sa solennelle Néoménie q^ue signalent les trompettes et les chants ^, sa tète des Tabernacles, et la mémoire de l'achèvement du premier Temple sous Salomon.
Au ciel, l'astre du jour, parcourant ses demeures du zodiaque, vient de quitter le signe du Lion pour entrer dans celui de la Vierge. Sur la terre, deux descendants obscurs de David, Joachim et Anne, remercient Dieu qui a béni leur union longtemps inféconde.
I ES Psaumes, le Capitule et l'Hymne des
^ Vêpres sont les mêmes que ceux âes autres fêtes de Notre-Dame. Les Antiennes et le Verset glorifient la naissance de la plus noble des filles d"Eve, illustrant notre race, donnant à Dieu une Mère, à nous une avocate dont les prières ne seront jamais 'repoussées.
I. Ant.
gloriosae Virginis Maria? ex semine Abrahae, ortas de tribu Juda. clara ex stirpe David.
'est la naissance de la glorieuse Vierge Marie, issue de la race d'Abraham, de la tribu de Juda, de la noble souche de David.
Psaume cix. Dixit Dominus, page 4b
TAS est hodie sanctae Marias Virginis, cujus vita inclyta cunctas illustrât ecclesias.
-. .VNT. v^ d'hui la naissance de la sainte Vierge Marie, dont la vie sublime est la lumière de toutes les églises.
Psaume cxii. Laudate pueri, page 4c).
•^ \ N.-T- r^ ^ rovale desX ANT. U cen'dance.
3. Ant. R ^^ali ex p r o g enie Maria exorta refulget : cujus precibus nos adjuvari mente et spiritu devotissime poscimus.
Marie naît en ce jour ; de cœur et dame nous implorons dévotement le secours de ses prières.
L status sum in bis quae dicta sunt mihi : * In domum Domini ibimus.
Stantes erant pedes nostri : * in atriis tuis, Jérusalem.
Jérusalem quae aedificatur ut civitas : * cujus participatio ejus in idipsum.
llluc cniaiascendcrunt
T E me suis rejoui quand on
m'a dit : Nous irons vers
iVii;je,la maison du Seigneur.
Nos pieds se sont fixés dans tes parvis, ô Jérusalem! nos cœurs dans votre jmoiir, t! Marie!
Marie, semblable à Jérusalem, est bâtie comme une Cité : tous ceux qui habitent dans son amour sont unis cl liés ensemble.
C'est en clic que se sont
Aux Premières Vêpres.
donné rendez-vous les tribus du Seigneur, selon l'ordre qu'il en adonné à Israël, pour y louer le Nom du Seigneur.
Là sont dressés les sièges de la justice, les trônes de la maison de David ; et Marie est la fille des Rois.
Demandez à Dieu, par Marie, la paix pour Jérusalem : que tous les biens soient pour ceux qui t'aiment, 6 Eglise !
Voix de Marie: Que la paix règne sur tes remparts, 0 nouvelle Sion ! et l'abondance dans tes forteresses.
Moi, la fille d'Israël, je prononce sur toi des paroles de paix, à cause de mes frères et de mes amis qui sont au milieu de toi.
Parce que tu es la maison du Seigneur notre Dieu, j'ai appelé sur toi tous les biens.
4. Ant.
, E cœur et d âme chantons gloire au Christ, en cette solennité sacrée de l'incomparable Marie Mère de Dieu.
tribus, tribus Domini : * testimonium Isr el ad confitendum Nomini Domini.
Quia illic sederunt sedes in judicio : * sedcs super domum David.
Rogate quae ad pacem suntJerus lem:*etabundantia diligentibus te.
Fiat pax in virtute tua : * et abundantia in turribus tuis.
Propter fratres meos et proximos meos : * loquebar pacem de te.
Propter domum Domini Dei nostri : * quaesivi bona tibi.
Ant.
4. ANi. w anime
Christo canamusgloriam in hac sacra solemnitate prascelsae Genitricis Dei Mariœ.
Vj I le Seigneur ne bâtit la maison,en vain travaillent ceux qui la bâtissent.
Si le Seigneur ne garde la cité, inutilement veilleront ses gardiens.
\J isi Dominus aedifica^ ^ verit domum : * in vanum laboraverunt qui sedificant eam.
Nisi Dominus custodierit civitatem : * frustra vigilat qui custodit eam.
iS8 La Nativité de la très sainte Vierge.
Vanum est vobis ante lucem surgere : * surgite postquam sederitis, qui manducatis panem doloris.
Cum dederit dilectis suis somnum : * ecce haereditas Domini, filii, merces, fructus ventris.
Sicut sagitta; in manu potentis: * ita filii excussorum.
Beatus vir qui implevit desiderium suum ex ipsis : ' non confundetur cum loquetur inimicis suis in porta.
^ — ' cunditate Nativitatem beatae Mariae celebremus, ut ipsa pro nobis intercédât ad Dominum Jesum Christum.
En vain vous vous lèverez avant le jour : levez-vous après le repos, vous qui mangez le painde la douleur.
Le Seigneur aura donné un sommeil tranquille à ceux qu'il aime : des fils, voilà l'héritage que le Seigneur leur destine; le fruit des entrailles, voilà leur récompense.
Comme des flèches dans une main puissante, ainsi seront les fils de ceux que Ton opprime.
Heureux 1 homme qui en a rempli son désir! il ne sera pas confondu, quand il parlera à ses ennemis aux portes de la ville.
N allégresse célébrons la naissance de Marie la bienheureuse, pour qu'elle-même intercède en notre faveur près du Seigneur Jésus-Christ.
LAUDA, Jérusalem, Dominum : * lauda Deum tuum, Sion.
Quoniam confortavit seras portarum tuarum : * benedixit filiis tuis in le.
Qui posuit fines tuos pacem : ' et adipe frumcnii satial lo.
MARIE, traie Jérusalem, chantez le Seigneur : Mjiïc sainte Sion, chantez votre Dieu.
C'est lui qui fortifie contre le péché les serrures de vos portes; il bénit les fils nés en votre sein.
Il a placé la paix sur vos frontières; il vous nourrit de la fleur du froment, Jésus, le Pain de vie.
Aux Premières Vêpres.
i8q
Il en\o\cpar vous son Verbe à la terre; sa parole parcourt le monde avec rapidité.
11 donne la neige comme des flocons de laine ; il répand les frimas comme la poussière.
Il envoie le cristal de la glace semblable à un pain léger ; qui pourrait résister devant le froid que son souffle répand ?
Mais bientôt il envoie son Verbe en Marie, et cette glace si dure se fond à sa chaleur ; l'Esprit de Dieu souflle, et les eaux reprennent leur cours.
Il a donné son Verbe à Jacob ; sa loi et ses jugements à Israël.
Jusqu'aux jours où ?wus sommes, il n avait point traité de la sorte toutes les nations, et ne leur avait pas manifesté ses décrets.
Qui cmittit eloquiuni suum. terrœ : ' velocitcr currit sermo ejus.
Qui dat nivem sicut lanam : * nebulam sicut cinerera spargit.
Mittit crystallumsuam sicut buccellas : ' ante faciem frigoris ejus. quis sustinebit ?
Emittet Verbum suum, et liquefaciet ea : * flabit
Spiritus ejus. et fluent aquœ.
Qui annuntiat Verbum suum Jacob : * justitias, et judicia sua Israël.
Non fecil taliter omni nationi : * et judicia sua non manifestavit eis.
CAPITULE. [Eccli. XXIV.)
J'ai été créée dès le commencement et avant les siècles, et jusque dans le siècle futur je ne cesserai point d'être; j'ai rempli mon oflîce devant lui dans son temple.
\ B initio et ante sœcu'^ la creata sum, et usque ad futurum spéculum non desinam, et in habitatione sancta coram ipso ministravi.
Cali.it, astre des mers,
Mère de Dieu féconde Salut, o toujours Vierge, Porte heureuse Ju ciel '.
v VE, maris Stella, A Dei mater aima, Atque semper Virgu, Félix cœli porta.
Sumens illud Ave Gabrielis ore, Funda nos in pace, Mutans Evaî nomen.
Solve vincla reis, Profer lumen caecis, Mala nostra pelle. Bona cuncta posce.
Monstra te esse Matrem, Sumat per te preces Qui. pro nobis natus. Tulit esse tuus.
Virgo singularis, Inter omnes mitis. Nos culpis solutos Mites fac et castos.
Vitam praesta puram, Iter para tutum. Ut videntes Jesum. Semper collaetemur.
Sit laus Deo Patri. Summo Christo decus, Spiritui Sancto, Tribus honor unus. Amen.
^ XJativitas est '^' ^^ hodie sanctx
Mariae Virginis. içr. Cujus vita inclyta
cunctas illustrât ecclesias.
Vous qui de Gabriel Avez reçu VAve, Fondez-nous dans la paix, Changeant le nom d'Eva.
Délivrez les captifs, Eclairez les aveugles, Chassez loin tous nos maux, Demandez tous les biens.
Montrez en vous la Mère ; \^ous-même offrez nos vœux Au Dieu qui, né pour nous. Voulut naître de vous.
O Vierge incomparable. Vierge douce entre toutes ! Aflranchis du péché, Rendez-nous doux et chastes.
Donnez vie innocente Et sûr pèlerinage, Pour qu'un jour soit Jésus Notre liesse à tous.
Louange h Dieu le Père, Gloire au Christ souverain . Louange au Saint-Esprit ; Aux trois un seul hommage.
Amen.
^ /^^'est aujourd'hui la ^--' naissance de la sainte Vierge Marie,
"Bf. Dont la vie sublime est la lumière de toutes les églises.
Gi.ORios.t; \' i r g i n i s Mariaeortum dignisMagnificat. ONORONS la très
digne
nativité de la glorieuse
Mémoire de saint Adrien, Martyr, i g i
Vierge Marie, qui a obtenu la dignité de Mère sans perdre son intégrité virginale.
simum recolamus, quaet Genitricis dignitatem obtinuit. et virginalem pudicitiam non amisit.
Le Cantique Magnificat, page 53. L'Oraison est la Collecte de la Messe, ci après, page \cp.
UN illustre Martyr veille avec les Anges sur le berceau de la Mère de Dieu. Officier des gardes à la cour d'un empereur de la terre, c'est à ce titre encore qu'il demeure auprès de la Souveraine du monde. Nicomédie fut le lieu des combats d'Adrien ; son saint corps, transporté d'abord à Byzance, Tavait été ensuite dans la Ville éternelle. Enrichie à cette date de l'année du précieux dépôt, l'impériale cité sut concilier magnitiquement avec l'hommage dû à Marie naissante l'honneur que méritait l'héroïque soldat devenu son hôte au même jour. Dès le vii^ siècle *, l'église SaintAdrien était fixée comme point de départ de la solennelle Litanie qui, dans cette fête de la Nativité, puis dans celles de l'Annonciation et de l'xVssomption de la Bienheureuse Vierge, conduisait le peuple romain du forum à SainteMarie-Majeure.
On reconnaît aujourd'hui que les Actes du martyre d'Adrien ne sont pas contestables. Ils empruntent à l'intervention de sa jeune épouse Natalie un charme tout spécial d'héroïque suavité. Chrétienne dès l'enfance à l'insu de
j g2 La Nativité de la très sainte Vierge.
son époux engagé dans les liens de ridolâtric. elle apprend a la fois sa conversion opérée par le spectacle de la constance des Confesseurs, et l'élan généreux qui Ta poussé soudain à demander départager leurs chaînes. Transportée elle accourt et, baisant ses fers : « Bienheureux êtes-vous,s'écrie-t-elle, mon seigneur Adrien ! » Entre les deux époux, durant les jours que celui-ci doit vivre encore, se déroulent d'admirables scènes dont les plus grands génies de l'antiquité n'approchèrent point dans leurs fictions. Laissée libre par les geôliers de Galère, Natalie ne quitte plus celui que la captivité pour le Christ revêt à ses yeux d'une auréole où pâlit tout l'éclat de sa valeur d'autrefois sous les enseignes de César. Assise à ses pieds dans la prison, l'accompagnant au prétoire, elle n'a d'autre pensée que de maintenir le néophyte sous l'assaut des tourments à la hauteur delà vocation qui le marque pour le martyre, d'autre souci que d'écarter de lui toute sollicitude de la terre, tout retour sur elle-même si faible, qu'il va laisser presque encore une enfant; si ce n'est qu'à la veille du dénouement suprême, elle laisse échapper ces mots: « Souviens-toi de ta coopératrice au martyre; prie que je meure avec toi, pour que les' autres femmes apprennent à se conduire comme elles doivent envers leurs époux, en voyant ton amour pour moi » Enfin, l'heure venue, soutenant jusqu'au bout dans la simplicité de son cœur si pur une fidélité où l'héroïsme n'altère pas un instant la tendresse la plus exquise, elle-même étend sur l'enclume où on va les briser les pieds de celui ciuellc aime seul au monde. Et comme
A Tierce. igS
après Tatroce supplice ii respirait encore, Je Martyr présente sa main à Natalie pour qu'elle la donne à couper aux bourreaux. Alors il meurt, et se rappelant la prière de sa compagne, il l'attire peu après avec lui au ciel.
On se souvient que l'Emmanuel voulut joindre la' mémoire de la sainte veuve Anastasie à la solennité de son jour natal *. C'est dans une même délicate pensée de sa très suave maternité pour tous, que la Vierge des vierges inspire à l'Eglise d'associer aux joies de sa propre naissance la glorification de l'héroïque époux de Sainte Natalie.
1 'Hymne et les trois Psaumes dontse compose l'Office de Tierce, se trouvent ci-dessus, page 28.
» /^ 'est aujuurd hui
■ V-"* la naissance de
la sainte Vierge Marie, dont
la vie sublime est la lumière
de toutes les églises.
'' ' ■ l N hodie sanctse Maria- \'irginis, cujus
vita inclyta cunctas ilI lustrât ecclesias.
Le Capitule comme aux premières Vêpres, page 189.
, . IX ANS votre éclat, * I xr h ■ Q^^^^^^ '^"^ • * "■ '' ■ LJ Et votre beauté. 1 ^" ' ' O Et pulchribans votre éclat. | tudinc tua. Specie tua
y .Vvancez, triomphez, et
régnez. * Dans votre beauté.
"f. Intende, prospère procède, et régna. ^ Et pulchritudine tua.
Le Te.mp-. Je Xoël, I. p. 261.
ig4 ^<^ Nativité de la très sainte Vierge.
Gloria Patri. Specie tua.
^. Adjuvabit eam Deus vultu suo.
IÇ. Deus in medioejus, non commovebitur.
Gloire au Père. Dans votre éclat.
f. Le Seigneur la protégera de son regard.
Bf. Dieu est au milieu d'elle ; elle ne sera point ébranlée.
L'Oraison est la Collecte de la Messe, page ig5.
I 'Eglise entonne le beau chant de Sédulius à la Mère de Dieu ; comme le Très-Haut, en effet, elle voit Marie déjà Mère, ainsi qu'elle l'est par la divine prédestination dès avant tous les âges. Déjà aussi Marie répond au salut de l'Eglise par léchant de l'Epouse, le psaume dépithalame, qui jamais ne résonna si pleinement pour nulle autre âme que la sienne dès ce premier jour.
SALUT, Mère sainte, o vous dont l'enfantement a mis au monde le Roi qui gouverne le ciel et la terre dans les siècles des siècles.
Ps. Mon cœur a proféré une parole excellente ; c'est au Roi que je dédie mes chants. Gloire au Père. Salut.
Bien que le divin enfantement de NotreDame ait historiquement suivi sa propre naissance, la sainte Liturgie se place en ses prières
SALVE, sancta parens, enixa puerpera Regem : qui cœlum terramque régit in saecula sa;culorum.
Ps. Eructavit cor meum verbum bonum : dico ego opéra mea Régi. Gloria Patri. Salve.
A la Messe.
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au point de vue du Cycle annuel qui, commencé dans les semaines de l'Avent, se poursuit toujours. C'est pourquoi la Collecte demande que le mystère présent développe en nous l'œuvre de sanctification et de paix inaugurée à Bethléhem.
SEIGNEUR, nous VOUS prions d'accorder à vos serviteurs le don de la grâce céleste : afin que ceux pour qui l'enfantement de la bienheureuse Vierge a marqué le commencement du salut, trouvent dans la solennelle mémoire de sa Nativité l'accroissement de la paix. Par Jésus-Christ.
Dans les Messes privées, à la suite des Collecte, Secrète et Postcommunion de la fête, on fait mémoire de saint Adrien.
AMULls tuis, quœsumus Domine, cœlestis gratiae munus impertire : ut, quibus beataVirginis partus exstitit salutis exordium, Nativitatis ejus votiva solemnitas pacis tribuat incremcntum. Per Dominum.
ACCORDEZ à notre prière, Dieu lo'.n-puissant, que nous, qui célébrons la naissance au ciel du bienheureux Adrien votre Martyr, soyons par son intercession fortifiés dans l'amour de votre Nom. Par Jésus-Christ.
PR.'ESTA, quœsum nipotens Deus
;umus omipotens Ueus : ut. qui beati Adriani, Martyris tui, natalitia colimus. intercessione ejus in tui Nominis amore roborcmur. Per Dominum.
Lecture du livre de la Sagesse. Prov. viii.
LE Seigneur m'a possédée au commencement de ses
Lectio libri Sapientiœ- Prov. viii.
in initio vi
possedit me iarum suarum antequam quidquam taceret a principio. Ab œterno ordinata sum, et ex amiquis, antequam terra fieret.Nondum erant abyssi, et ego jam concepta eram : necdum tontes aquarum eruperant : necdum montes gravi mole constiterant : ante colles ego parturiebar: adhuc terram non fecerat, et flumina et cardines orbis terme. Quando prœparabat cœlos, aderam : quando ceita lege, et gyro vallabat abyssos : quando aethera firmabat sursum, et librabat fontes aquarum : quando circumdabat mari terminum suum, et legem ponebat aquis ne transirent fines suos : quando appendebat fundamenta terrae. Cum co eram cuncta coniponcns : et delcctabar pcr singulos dies. ludcns coram co i>mni tcmporc, ludens in orbe terrarum : et delicix mex- esse cum Hliis hominum. Nunc crgo, filii, audite me : licati qui custodiunt vias meas. Audite disciplinam, et estote sapientes, cl nolitc abjicere eam. Bcalus homo qui audit me, et qui vigilat ad fores meas quotidie, et observai ad postes iislii mei.
voies, avant qu'il créât aucune chose au commencement. J'ai été établie dès l'éternité et de toute antiquité, avant que la terre fût créée. Les abîmes n'étaient peint encore, et déjà j'étais conçue ; les fontaines n'avaient point encore répandu leurs eaux ; la pesante masse des montagnes n était pas encore formée ; j'étais enfantée avant les collines : il n'avait point encore créé la terre, ni les fleuves, ni les pôles du monde. Lorsqu il préparait les cieux, jetais présente; lorsqu'il environnait les abîmes de cette circonférence qui a de si justes proportions ; lorsqu'il affermissait l'air au-dessus de la terre, et qu'il pesait comme dans une balance les eaux des fontaines ; lorsqu'il renfermait la mer dans ses bornes, et qu'il imposait une loi aux eaux, afin qu'elles ne franchissent point leurs limites ; lorsqu'il fondait la terre sur son propre poids, j étais avec lui et je réglais toutes choses. Je prenais plaisir chaque jour, me )ouant sans cesse devant lui, me jouant dans l'univers; et mes délices sont d'être avec les enfants des hommo. Mainten int donc, ô mes enfants 1 écoutez-moi ; Heureux ceux qui gardent mes voies ! ICcoute/ mes instrucA la Messe.
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tions', soyez sages, et ne les rejetez pas. Heureux celui qui m'écoute, qui veille tous les jours à l'entrée de ma maison, et qui se tient tout prêt à ma porte ! Celui qui m'aura trouvée trouvera la vie, et il puisera le salut dans li^ Seigneur.
Qui me invenerit, inveniet vitam, et hauriet salutem a Domino.
pRÈs du berceau des princes, il est d'usage ' de pronostiquer leur grandeur future, en composant aux nouveau-nés une auréole de la gloire des aïeux. Ainsi et mieux fait aujourd'hui l'Eglise. L'Evangile doit nous rappeler la généalogie temporelle du Messie et de celle qui ne naît aujourd'hui que pour lui donner naissance à son tour; mais tout d'abord c'est la genèse en Dieu du Fils et de la Mère qui vient de nous être livrée par ce passage des Proverbes. J'étais enfantée avant les collines et la terre, dit pour "tous deux la Sagesse éternelle; j'étais présente, lorsqu'il préparait les deux.
A la différence de notre infirme humanité qui, sujette du temps, perçoit les choses selon la série de leur évolution successive, Dieu les considère d'au delà du temps qu'il domine de son éternité, dans l'ordre de la dépendance mutuelle où il les a mises en vue de la manifestation de sa gloire. Le commencement pour Dieu, le principe de toute œuvre, est la raison qui la détermine. Or, le Très-Haut n'agit au dehors de lui que pour se révéler par son Verbe fait chair, devenu fils d'une Mère créée comme il est fils du Créateur. L'HommeDieu comme but, Marie comme moyen : tel