L'Année liturgique — Le Temps après la Pentecôte (t. 10-15) (page 54)

Dom Prosper Guéranger · Vie de piété

Texte français, domaine public · Source : archive.org — L'Année liturgique t. 10-15, éd. 1911 (OCR) · 70 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

IL est vraiment digne de vous rendre grâces, Dieu éternel qui avez voulu que la bienheureuse Vierge INIarie fût mère de votre Fils unique. Car il ne convenait pas qu'un Dieu eût d'autre mère qu'une vierge, ni une vierge d'autre fils qu'un Dieu. Comme au nom de Jésus tout genou fléchit devant votre divine Majesté, au ciel, sur la terre et dans les enfers ; de même, quand est prononcé le nom de Marie, les cieux s'inclinent, la terre se prosterne, l'enfer tremble, confessant votre adorable toute-puissance en la ViergeMère. C'est pourquoi donc, avec les Anges.

\J ERE quia dignum tibi ^' gratiasagere, œterne Deus. Qui beatissimam Mariam virginem Unigenititui genitricem esse voluisti : quoniam nec alia Deum mater decebat, quam virgo ; nec virginem alius filius, quam Deus. Sicut autem divinas Majestati tuse in nomine Jesu omne genu flectitur cœlestium, terrestrium et infernorum ; sic, audito Mariœ nomine, inclinantes se cœ- li, terra procumbens, trépidantes inferi tuam in Virgine Matre adorandam omnipotentiam confîtentur. El ideo cum A.ngelis.

La Préface du jour même de la Nativité au rit ambrosien est la suivante.

VERE quia diiiniim tibi gratias agere, aeterne Deus. Recensemus enim praeclarissimae Nativitatis diem.qiio gloriosissima Dei (jenitrix, inlemerata V^irgo Maria, Stella corusca et admirabilis, mundo effulsit. Quie nobis perennis vitae januam, quam Eva in paradiso clauserat. reseravit : nosque de tehebris ad lucis antiquae gaudia revocavii. Per eumdem.

] L est vraiment digne de l vous rendre grâces. Dieu éternel. Car nous célébrons le jour de la précieuse naissance où la très glorieuse Mère de Dieu, l'immaculée Vierge Marie, étoile brillante et merveilleuse, resplendit sur le monde. C'est elle qui a rouvert pour nous la porte de la vie éternelle fermée par Eve au paradis, qui nous a ramenés des ténèbres aux joies de l'antique lumière. Par Jésus-Chrisi.

AR VOUS la Croix sainte est honorée et adorée dans toute la terre'. » Ainsi, au lendemain du jour où fut vengée à Ephèse la divine maternité, Cyrille d'Alexandrie saluait NotreDame. L'éternelle Sagesse a voulu que l'Octave de la naissance de Marie n'eût pas de plus bel ornement que celui qu'elle reçoit aujourd'hui de cette fête du triomphe delà Croix, C'est qu'en effet, la Croix est l'étendard de ces milices de Dieu dont Marie est la Reine ; c'est par la Cro:x qu'elle brise la tète du serpent maudit, et remporte contre l'erreur et les ennemis du nom chrétien tant de victoires.

Tic vaincras par ce sig)ie. Les siècles où Satan avait eu loisir d'essayer contre l'Eglise l'épreuve des tortures, touchaient à leur fin; par l'édit de Sardique rendant aux chrétiens la liberté, Galère mourant venait d'avouer l'impuissance de l'enfer. Au Christ maintenant de prendre l'offensive ; à sa Croix de revendiquer l'empire L'année 3ii incline vers son terme. Au pied des Alpes, une armée romaine s'apprête à passer des Gaules en Italie ; provoqué par Maxence, son rival politique, Constantin qui la commande ne songe qu'à

I. CvRiLL. Al. Hom. iv, Ephesi habita.

■2 4'i J^<^ Temps après la Pentecôte.

venger son injure Mais ses soldats, sans le savoir plus que leur chef, sont d'ores et déjà dévolus au vrai Dieu des batailles : le Fils du Très-Haut, devenu comme homme au sein de Marie Roi de ce monde, va se révéler à son premier lieutenant et du même coup montrer à sa première armée l'étendard qui doit la guider à l'ennemi. Au-dessus des légions, dans un ciel sans nuage, la Croix proscrite trois siècles a soudain resplendi ; les yeux de tous la voient, faisant du soleil qui penche vers l'horizon son piédestal, avec ces mots en traits de feu qui l'entourent : In hoc vince, Par cela sois vainqueur ! Quelques mois plus tard, 27 octobre 3 1 2, du haut des sept collines tous les faux dieux dans la stupeur contemplaient, débouchant sur la voie Flaminienne, au delà du pont Milvius, le labarum au monogramme sacre devenu l'enseigne des armées de l'empire, en attendant la décisive bataille qui, le lendemain, ouvrait au Christ seul Dieu, à jamais Roi, les portes de la \'ille éternelle « Salut, ô Croix, redoutable aux ennemis, boulevard de l'Eglise, force des princes ; salut dans ton triomphe ! La terre cachait encore le bois sacré, et il se montrait dans le ciel, annonçant la victoire ; et un empereur, devenu chrétien, l'arrachait aux entrailles de la terre *. » Ainsi dès hier chantait l'Eglise grecque, préludant aux joies de ce jour ; "c'est pour r(3rient, qui ne connaît pas notre fèie spéciale du trois Mai, tout l'objet de la solennité présente, à savoir : la défaite des idoles par le signe du salut manifesté à Constantin

1. Ap. Ciracc. Mlikc. iii prufcsto Exalluliunis.

L'Exaltation de la Sainte Croix. 24/

et à son armée, la découverte de la Sainte Croix quelques années après dans la citerne du Golgotha.

Mais une autre solennité, dont la mémoire annuelle demeure fixée par le Ménologe au treize Septembre, vint en Tannée 3^5 compléter heureusement les souvenirs attachés à ce jour ; ce fut la dédicace des sanctuaires élevés par Constantin sur le <1alvaJre tt le Saint Sép ilcre, a la suite des décou enes sans prix qu'avait dirigée-, la sagace piété de sa mère sainte Hé.'ène. Non loin encore de ces événements, une pieuse voyageuse, dont les récits, longtemps ignorés, s'ont d'un £;iand prix pour l'hisioire, atteste que l'anniversaire de cette dédicace se célébrait avec les honneurs des fêtes de Pâques et de l'Epiphanie ; on y voyait un concours immense d'évêques et de clercs, de moines et de séculiers de tout sexe et de toute province: et la raison en est, dit-ell^, que la Croix fut trouvée ce jour-là ; motif qui fit choisir ledit jour pour celui de la consécration primitive, afin qu'une même date réunit l'allégresse et de cette consécration et de ce souvenir '.

Pour n'avoir point eu présent à la pensée ce voisinage immédiat delà Dédicace de TAnastasie, ou Eglise de la Résurrection, précédant la fête de la Sainte Croix, plusieurs n "ont pas compris le discours prononcé en cette fête, trois siècles après son insMtuti<in, par le saint patri irche de Jérusalem, Sophr'nius : « C'est le iour de la Croix ; qui ne tr^ ssaillirait ? c'est le iriomph t de la Résurrection ; qui ne serait

T. Peregrinatio SlLVi.ï:: vel polius Ethi;ri.e iii fine.

24^ Le Temps après la Pentecôte.

dans la joie ? Jadis, c'était la Croix qui marchait la première ; maintenant, la Résurrection se fait l'introductrice de la Croix. Résurrection et Croix : trophées de notre salut ^ ! » Et le Pontife se complaisait à développer les instructions qui résultaient d'un pareil rapprochement.

C'était, semble-t-il, le temps où l'affinité des deux grands mystères amenait en quelque manière notre Occident à les rapprocher de même sorte ; sans abandonner la mémoire de la Croix au présent jour, la piété des Eglises latines introduisait dans les splendeurs du Temps pascal une première fête de l'instrument du salut, détachant à cette fin du quatorze Septembre le souvenir de l'Invention du bois rédempteur. Par une heureuse compensation, la solennité présente voyait alors son caractère de triomphe puiser un éclat nouveau dans les événements contemporains qui font, ainsi qu'on va le voir, l'objet principal des lectures historiques dô ce jour en la Liturgie Romaine.

L'n siècle auparavant, saint Benoît fixait à cette date de l'année le point de départ de la carrière de pénitence connue sous le nom de Carême monastique -, et qui s'étend jusqu'à l'ouverture de la période quadragésimale proprement dite, où l'armée entièredes chrétiens rejoint les phalanges du cloître dans le labeur de l'abstinence etdu jeûne. « La Croix se rappelle à notre souvenir : quel homme, dit saint Sophronius, ne se crucifiera pas lui-même ?

2. S. P. BiiNKDlCi. lic^. \ul.

L'Exaltation de la Sainte Croix. 240

L'adorateur sincère du bois sacré est celui qui soutient son culte de ses œuvres '. »

Lisons la Légende ci-dessus annoncée.

SUR la fin de lempire de Phocas, Chosroès, roi dos Perses, ayant occupé 1 iigypte et l'Afrique, s'empara aussi de Jérusalem où il massacra des milliers de chrétiens. La Croix du Seigneur, dont sainte Hélène avait enrichi le Calvaire, fut par lui emportée en Perse. Héraclius cependant succédait à Phocas. Réduit aux dernières extrémités par les calamités de la guerre, il demandait la paix, sans pouvoir, aux plus dures conditions, l'obtenir de Chosroès. qu'enflaientses victoires C est pourquoi, s absorbant dans le jeune et la prière, il se tourne vers Dieu, implorant secours en son péril extrême ; avis lui est donné du ciel de rassembler des troupes : il les mène à l'ennemi, et défait trois généraux de Chosroès avec leurs armées.

ABATTU par ces revers, et fuyant vers le Tigre qu'il s'apprête à passer.

/'^ HOSROAS Persarum ^^ rex, extremis Phocae imperii temporibirs, -Egypto et Africa occupafa. ac Jerosolvma capta, multisque ibi cassis Christianorum millibus, Christi Domini Crucem, quam Helena in monte Calvariae collocarat, in Persidemabsiulit.Itaque Héraclius, qui Phocae successerat, multis belli incommodis et calamitatibus affectus, pacem petebat, quam a Chosroa victoriis insolente ne iniquis quidem conditionibus impetrare poterat. Quare in summo discrimine se assiduis je)uniis et orationibus exercens, opem a Deo vehementer implorabat cujus monitu exercitu comparato, signa cum hoste contulit. ac très duces Chosroae cum tribus exercitibus superavit.

QUIBVS cladibus fractus Ghosroas, in fuga, qua trajicere TiI. SoPHRON. ubi supra.

2 5o Le Temps après la Pentecôte.

ifrim parabat, Mcdarsen ifilium socium regni désignât. Sed eam contiimeliam cum Siroes Chosroae major natu filius ferret atrociter, patri simul et tratrinecem machinatur : quam paulo post utrique ex fuara rétracte attulit, regnumque ab Heraclio irapetravit, quibusdam acceptis conditionibus , quarum ea prima fuit, ut Crucem Christi Domini restitueret. Ergo Crux, quatuordecim annis postquam venerat in potestatem Persarum, recepta est : quam reJerosolvmam Hediens

radius solemni celebritate suis humeris

montem, quo eam Salvator tulcrat.

Chosroés associe au trône son fils Médarsès. Mais Sirocs l'aine, furieux de l'injure, dresse des embûches à son père et à son frère, les arrête dans leur fuite et les tue peu après ; ce qu'étant accompli, il obtint d'être reconnu roi par Héraclius, sous certaines clauses dont la première portait restitution de 1; Croix du Seigneur. Quatorze ans après qu'elle était tombée au pouvoir des Perses, la Croix fut donc reconquise ; Héraclius, venant à Jérusalem, la reporta en grande pompe sur ses propres épaules à la montagne où le Sauveur l'avait portée.

tulit in cum

OlOD factum illustri miraculo commendatura est. Nam Héraclius, ut erat auro et gemmis ornât us, insistcre ooactus est in porta, qua; ad Calvarirc montem ducebat. Quo enim magis progredi conabatur, eo magis retineri .videbatur. Cumque ea re et ipse Héraclius, et reliqui omnes obstupescerent : Zacharias Jerosolvmorum autistes. Vide, inquit, imperator, ne ist'> triumphaii ornalu, in Crucc fcrcnda parum

A i;ErTE occasion, eut lieu ^^ un insigne miracle bien digne de mémoire. Car Héracl'us. couvert comme il l'était d'ornements d or et de pierreries, ne put franchir la porte qui conduisait au Calvaire : plus ses efforts pour avancer étaient grands, plus il semblait retenu sur place. D'où stupeur d'Héraclius et de la multitude. Mais levéque de Jérusalem, Zacharic. prenant la parole : Considérez, dit-il , empereur, que cette parure de triomphe, en portant la Croix, ne rappelle pas assez peut-être la pauL'Exaltation de la Sainte Croix. 25 1

yreté et l'humilité de JésusChrist. Héraclius alors, dépouillant ses habits luxueux,' nu-pieds, et vêtu comme un homme du peuple, fit sans difliculté le reste de la route, et replaça la Croix au Calvaire, dans le même lieu d'où les Perses l'avaient enlevée. La fête de l'Exaltation de la Sainte Croix, qui se célébrait tous les ans en ce jour, acquit dés lors un éclat nouveau, en mémoire de ce que cette Croix sainte fut de la sorte rétablie par Héraclius à l'endroit où on l'avait d'abord dressée pour le Sauveur.

Jesu Chrisli paupertatem et humilitatem imiterc. Tum Héraclius abjecto amplissimo vestitu, detractisque calceis, ac plebeio amictu indutus , reliquum viae facile confecit. et in eodem Calvariîe loco Crucem statuit, unde fuerat a Persis asportata. Itaque Exaltationis sanctae Crucis solemnitas. qu-^ hac die quotannis celebrabatur, illustrior haberi cœpit ob ejus rci memoriam, quod ibidem fuerit reposita ab Heraclio, ubi Salvatori primum fuerat constituta.

j -v victoire ainsi consignée dans les fastes de ^ l'Eglise ne fut pas,"ô Croix, votre dernier triomphe ; et les Perses non plus ne furent pas vos derniers ennemis. Dans le temps même de la défaite de ces adorateurs du feu, se levait le Croissant, si^ne nouveau du prince des enfers. Par la sublime loyauté du Dieu dont vous êtes l'étendard et qui,'venu sur terre pour lutter comme nous, ne se dérobe devant nul ennemi. l'Islam aussi allait avoir licence d'essayer et d'user contre vous sa force : force du glaive, unie à la séduction des passions. Mais là encore, dans le secret des combats de Satan et de l'âme comme sur les champs de bataille éclairés du grand jour de l'histoire, le succès final était assuré à la faiblesse et à la folie du Calvaire.

2^2 Le Temps après la Pentecôte.

Vous tûtes, ô Croix, le ralliement de notre Europe en ces expéditions sacrées qui empruntèrent de vous leur beau titre de Croisades, et portèrent si haut dans l'Orient infidèle le nom chrétien. Tandis qu'alors elles refoulaient au loin la dégradation et la ruine, elles préparaient pour plus tard à la conquête de continents nouveaux l'Occident reste par vous la tète des nations.

Campagnes immortelles dont les soldats, grâce à vos rayons, brillent aux premières pages du livre d'or de la noblesse des peuples. Aujourd'hui même, ces ordres nouveaux de chevalerie qui prétendent grouper en eux l'élite de l'humanité ne voient-ils pas en vous l'insigne le plus élevé du mérite et de l'honneur^ Suite toujours du mystère de cette fête; exaltation, jusqu'en nos temps amoindris, de. la Croix sainte qui dans les siècles antérieurs était passée de l'enseigne des légions au sommet du diadème des empereurs et des rois.

Il est vrai que sur la terre de France des hommes sont apparus, qui se donnent pour tâche d'abattre le signe sacré partout où l'avaient honoré nos pères. Problème étrange que cette invasion des valets de Pilate au pays des croisés; problème pourtant qui s'explique, aujourd'hui qu'on a surpris l'or juif soldant leurs exploits. Ceux-là, dit des Juifs saint Léon dans l'Office de ce jour, ceux-là, dans l'instrument du salut, ne peuvent voir que leur crime * ; et leur conscience troublée soudoie pour renverser la Croix sainte les

VIII de Pass.

L'Exaltation de la Sainte Croix. 2?3

mêmes hommes qu'ils payaient jadis pour la dresser.

Hommage encore, que la coalition de tels ennemis ! O Croix adorée, notre gloire, notre amour ici-bas, sauvez-nous quand vous apparaîtrez dans les cieux, au jour où le Fils de rhomme, assis dans sa majesté, jugera l'univers.

I -, \, r A \) T\\. i \ v A. fi\ ; T 1 .

OIT louange et gloire à vous, Trinité sainte, qui nous avez donné de faire fête en ces jours ! Soit à vous aussi louange, sainte Mère J de Dieu, sceptre de l'orthodoxie : par vous la ; Croix triomphe et l'homme est rappelé aux \ cieux ; par vous les idoles tombent et les nations viennent à pénitence *. )> Accents de TE- glise, empruntés par elle aux Docteurs ses fils, pour conclure la radieuse Octave. Ainsi sans doute chantaient déjà prophétiquement les Anges près de Marie nouvellement née. Ainsi nous-mêmes, à la lumière des siècles écoulés, nous sommes-nous efforcés d'honorer son entrée dans la vie par la réponse à la question qui se dresse sur tous les berceaux : Que sera cette enfant ?

Disons-le donc, conformément à la doctrine naguère encore magistralement exposée par l'infaillible successeur de Pierre : depuis les jours de sa vie mortelle où, dès ce monde, Marie fut véritablement la mère de l'Eglise, la reine des Apôtres et leur maîtresse en ce qui touche les oracles divins - ; depuis surtout qu'élevée au sommet des cieux, elle s'est vue

i. Leçons du II* Noct. de ce jour, ex CvRILL. Ai. Hom. IV, Kphcsi. — 2. I.kon. Xlll, l'incvcl. A.iji(lticcm piifuli cliristiaiii, 5 Sept. iSqb.

L'Octave de la Xativité.

investie dun pouvoir eu quelque sorte immense pour administrer les fruits de l'humaine rédemption i, la puissante auxiliatrice du peuple chrétien, la réparatrice du monde - n'a point cessé de se nîontrer l'inexpugnable rempart de VEglise, le solide foyiaement de la foi ^, la source divinement jaillissante d'oii les fleuves de la divine Sagesse roulant leurs eaux ti'ès pures refoulent l'erreur en tous lieux *.

Qu'un si glorieux passé nous donne confiance en l'avenir. « C'est par Marie, dit le Bienheureux Grignon de Montfort, que le salut du monde a commencé, et c'est par Marie qu'il doit être consommé. Etant la voie par laquelle Jésus-Christ est venu à nous la première fois, elle le sera encore lorsqu'il viendra la seconde, quoique non pas de la même nianière. Marie doit éclater, plus que jamais, en miséricorde, en force et en grâce, dans les derniers temps : en miséricorde, pour ramener et recevoir amoureusement les pauvres pécheurs et dévoyés qui se convertiront et reviendront à l'Eglise catholique ; en force contre les ennemis de Dieu, les idolâtres, schismatiques, mahométans, juifs et impies endurcis, qui se révolteront terriblement pour séduire et faire tomber, par promesses et menaces, tous ceux qui leur seront contraires; et enfin elle doit éclater en grâce, pour animer

5 Sept. i8q5. — 2. IHd. ex Tharas. Orat. in

Praesent. Deiparac. — 3. Ibid. ex hymno Graecor. Acathist. — 4. Ibid. ex German. Orat. in Prassent. Deip.

i'5^ Le Temps après la Pentecôte.

et soutenir les vaillants soldats et tidèles serviteurs de Jésus-Christ qui combattront pour ses intérêts. Marie doit être terrible comme une armée rangée en bataille, principalement dans ces derniers temps. C'est principalement des dernières et cruelles persécutions du diable qui augmenteront tous les jours jusqu'au règne de l'Antéchrist, qu'on doit entendre cette première et célèbre prédiction et malédiction de Dieu, portée dans le paradis terrestre contre le serpent : Je mettrai des inimitiés entre toi et la femme, et ta race et la sienne.

« Jamais Dieu n'a fait et formé qu'une inimitié, mais irréconciliable : c'est entre Marie, sa digne Mère, et le démon ; entre les enfants et serviteurs de la sainte Vierge, et les enfants et suppôts de Lucifer. Satan appréhende plus Marie, non seulement que tous les Anges et les hommes, mais, en un sens, que Dieu même : ce n'est pas que l'ire, la haine et la puissance de Dieu ne soient infiniment plus grandes que celles de la sainte Vierge, puisque les perfections de Marie sont limitées; mais c'est parce que Satan, étantorgueilleux, souffre mfiniment d'être vaincu et puni par son humilité qui l'humilie plus que le pouvoir divin. Les diables craignent plus un seul de ses soupirs pour quelque âme que les prières de tous les Saints, et une seule de ses menaces contre eux que tous les autres tourments '. »

L'Octave de la Nativité.

j ; N saint prêtre, du nom de Nicomède, est ^ associé aux honneurs de ce jour Pour avoir enseveli le corps de Félicula, vierge et martyre du Christ, celle-ci lui obtint de cueillir aussi la palme. Implorons avec lEglise sa protection près de Dieu.

A DESTO, Domine, po^ pulo luo : ut beati Nicomedis Martyris tui mérita prœclara siiscipiens. ad impetrandam misericordiam tuam t;emper ejus patrociniis adjuvetur. Pcr Dominum.

HANTONS à Marie dans sa Nativité cette gracieuse Séquence du xiv* siècle.

^ OYEZ propice. Seigneur. à votre peuple ; il honore les mérites éclatants du bienheureux Nicomède, votre Martyr : puisse-t-il, sous son égide, obtenir toujours votre miséricorde. Par JésusChrist.

.^i:quf,nce.

I A naissance de la \'ierge

*- Marie qui nous a purifiés de la tache de nos crimes se célèbre en ce jour, jour d'allégresse ! C'est le rejeton que le Soleil de la vraie lumière fit surgir de la tige de Jessé ; c'est l'œuvre de la Sagesse, le temple de sa grâce.

Lever nouveau d'une ét<^ilc nouvelle, dont la naissance

NJATIVITAS Maria' Vir< ginis l^uas nos lavit a labe criminis

Celebratur hodie.

Dies est Isetitix : De radicè Jesse propaginis Hanc eduxit Sol vcri

luminis

Manu Sapienti^e,

Templum suae gratiae

Stella nova novitcr oril t TtMPS AI-RES LA l'KN IHCO 1 E.

2 58 Le Temps après la Pentecôte.

Cujus ortii mors nostia

moritur, Evae lapsus jam rcstituitiir

In Maria : Ut aurora surgens progreditur, Sicut luna pulchra dcscribitur, Super cunctas ut sol

eligilur Virgo pia.

Virgo mater et virgo

unica, Virga fumi scJ aromatica, In te cœli munJique fabrica

Gloriatur : Te signarunt ora prophetica, Tibi canit Salomoncanîica Canticorum, te vox angclica

Protestatur.

Vcrbum Patris pruccssu tcmporis, Intra tui secretum corporis, In te totum et totum Jcforis

Simul luit : Pructus virens arcntis

arboris. Chrislus, gigas immcnsi

roboris. Nos a ncxu funesti pignciris Eripuit.

met à mort notre mort 1 la chute d"Eve se réparc en Marie. Elle s'avance comme l'aurore qui grandit ; de la lune elle présente aux yeux la beauté ; sur tous les astres elle l'emporte comme un soleil, la Vierge trcs douce !

Vierge mère et vierge incomparable, nuage de parfums, de vous sont fiers et ce monde et les cieux. Les Prophètes vous ont signalée ; Salomon vous chante le divin (Cantique ; la bouche de

1 Ange atteste votre grandeur.

Dans la suite, le Verbe du Père prit pour retraite votre corps, à la fois en vous tout entier et tout entier par delà. Fruit savoureux d'un arbre qui ne connut pas la rosée, le Chri>t e>t aussi ce géant de force sans pareille qui in «us a délivrés des liens du funeste engagement.

L'Octave de la Nativité.

25q

Le fils d'un sein virginal a eu pitié du genre humain.: enfants, vieillards, que tous s'appliquent à célébrer la Vierge. Celui qui possédait tout droit de nous tenir rigueur pour le péché des premiers parents sest fait de Dieu et de l'homme le médiateur.

O Marie, de quel doux commerce votre sein ne déroba-t-il pas le mystère, quand remède et salut furent accordés aux coupables ! O notre joie, notre véritable espérance, faites qu'après la course de cette vie nous soit donnée aux cieux l'ambitionnée récompense.

Amen.

Condoluit huma no

generi Virginalis filius uteri, Accingantur senes et

pueri

Ad laudem Virginis: Qui poterat de nobis

conqueri Pro peccato parentum

veteri, Mediator voluit fiert

Dei et hominis.

O Maria, dulcc commercium Intra tuum celasti grcmium. Quo salutis reis remedium

Indulgetur : O vera spes et verum

gaudium, Fac post vitie praesentis

st;dium. Ut optât um in cœlis bravium

Xobis detur. Amen.

vous tous qui passc:[pav le chemin, J'egarde^ et voye::^ s'il est douleur pareille à ma douleur ^ ! Est-ce donc le premier cri de la douce enfant dont la venue a causé joie si pure à la terre ; et fallait-il arborer si tôt le drapeau de la souffrance sur le berceau où repose tant d'innocence et d'amour ? Le cœur de l'Eglise pourtant ne l'a pas trompée; cette fête, à cette date, est toujours la réponse à la question de l'humanité dans l'attente : Que sera cette enfant ?

Raison d'être de Marie, le Sauveur à venir doit en être en tout l'exemplaire. C'est à titre de Mère que fut annoncée, qu'est apparue la

I. Thrcn. I, 12.

Les Sept Douleurs de la B. T^ Marie. 26 1

Vierge bénie, et dès lors à titre de Mère de douleurs, parce que le- Dieu dont la naissance prochaine est le motif de sa propre naissance sera en ce monde l'homme des douleurs et de l'infirmité ^ |^ qui vous comparer ? chante le prophète des lamentations : 6 Vierge, votre affliction est comme l'océan -. Sur la montagne du Sacrifice, comme inère elle donna son hls, comme épouse elle s'offrit avec lui ; par ses souffrances d'épouse et de mère, elle fut la corédemptrice du genre humain. Une première fête des Douleurs de Marie, préludant aux I récits de la grande Semaine, a gravé dans nos âmes cet enseignement et ces souvenirs.

Le Christ ne meurt plus 3; pour NotreDame, de même, a cessé la souffrance. Néanmoins la passion du Christ se poursuit dans ses élus, dans son Eglise contre laquelle, à son défaut, se rue l'enfer A cette passion du corps mystique dont elle est aussi mère, la compassion mystérieuse de Marie reste acquise; que de fois ne l'ont pas attesté les larmes coulant des yeux de ses images les plus vénérées ! Là encore, là surtout est aujourd'hui l'explication de cette reprise inaccoutumée par la Liturgie sainte d'une fête célébrée déjà dans une autre saison sous un titre identique.

Le lecteur qui compulse le recueil des ordonnances du Siège apostolique sur les Rites sacrés, s'étonne d'y rencontrer après le

20 mars 1809 une interruption prolongée;

lacune insolite, ne prenant tin que le 18 sep262 Les Sept Douleurs de la B V. Marie.

tembre 18 14 par le décret qui institue au présent Dimanche une nouvelle commémoration des Douleurs de la Bienheureuse \'ierge*. 1809-1814: lustre fatal, où le gouvernement de la chrétienté demeura suspendu ; années de sang, qui revirent l'agonie de l'HommeDieu dans son Vicaire captif. Toujours debout près de la Croix cependant, la Mère des douleurs offrait à Dieu les souftVances de l'Eglise; à la suite de lépreuve, n'ignorant pas d'où lui venait la miséricorde reconquise, Pie Ml dédiait ce jour à Marie comme mémorial nouveau de la journée du Calvaire.

Dès le xvii« siècle, les Servites étaient par privilège en possession de cette seconde fête, qu'ils célèbrent sous le rit Double de première classe avec Vigile et Octave. C'est d'eux que l'Eglise voulut en emprunter l'Oftice et la Messe. Honneur et privilège bien dus à cet Ordre, établi par Notre-Dame sur le culte de ses souffrances, et qui s'en était fait l'apôtre. Héritier des sept bienheureux fondateurs, Philippe Benizi proEagea la flamme allumée par eux sur les auteurs du mont Senario ; grâce au zèle de ses successeurs et fils, la dévotion des Sept Douleurs de la Bienheureuse \'ierge Marie, jadis pour eux patrimoine de famille, est aujourd'hui le trésor de la terre entière.

La prophétie du vieillard Siméon, la fuite en Egypte, la perte de l'Enfant divin dans Jérusalem, le portement de Croix, le crucifiement, la descente de Croix, la sépulture de .lésusseptuple mystère, autour duquel Notre-Dame

A Li Messe.

2 6-i aime à voir grouper les aspects quasi infinis des souffrances qui firent d'elle la Reine des Martyrs, la première rose et la plus belle du champ de Dieu. Ayons à cœur la recommandation du livre de Tohie, dont TEglise fait lecture cette semaine en TOffice du Temps : Honore^ votre Mère, et n'oublie :[ jamais les douleurs qu'elle a endurées pour vous donner la vie 1.

Sous les magnificences de la sainte Liturgie le Sacrifice quotidien n'est autre substantiellement que celui du Calvaire Comme assistance au pied de la Croix dans la journée de la grande oolation, le chant d'entrée nous montre quelques femmes, un seul homme, faisant cortège en larmes à la Mère des douleurs. Nous retrouverons dans l'Evangile cet Introït et jusqu'à son \'erset qui, contre l'usage, n'est pas emprunté des Psaumes.

DEBOUT près de la Croix de Jésus, étaient sa Mère et la sœur de sa Mère, Marie, femme de Cléophas, et Salomé, et Marie-Madeleine.

Jf. Femme, voilà votre fils, dit Jésus. Et au disciple : Voilà votre mère. Gloire au Père. Debout.

STABANT juxta Crucem Jesu Mater ejus, et soror Matris ejus Maria Cleophœ, et Salome, et Maria Magdalene.

f. Mulier, ecce films tuus, dixit Jésus • ad discipulum autem • Ecce mater tua. Gloria Patri Stabant.

Le culte des Douleurs de xMarie n'est poin)" une distraction fâcheuse, détournant nos pensées de la victime unique du salut. Comme l'exprime la Collecte au contraire, son résultat direct est de faire fructifier en nous la passion du Sauveur.

r^EUS, in cujus pas*~-^ sione, secundum Simeonis prophetiara, dulcissimam animam gloriosas Virginis et Matris Mariae doloiis gladius pertransivit : concède propitius ; ut qui doI<>- res cjus venerando recolimus, passionis tuse effectum feliccm consequamur. Qui vivis.

/^ Dieu en la passion du^-^ quel, comme Siméon l'avait prédit, un glaive de douleur transperça l'àrae très douce de la glorieuse Marie Vierge et Mère ; accordez-nous, dans votre miséricorde, que le souvenir et le culte de ce qu'elle a ainsi souffert nous obtienne le fruit heureux de votri; passion. Vous qui vive/.

On fait mémoire du Dimanche correspondant par la Collecte de ce Dimanche.

Lectio libri Judith. Cap. Mil.

ph-NEDIxir te Duuuf-^ nus in virtute sua, quia per te ad nihilum reJegit inimicos nostros. Benedicta es tu, fîlii, a Domino Deo excelso, pr.T omnibus mulieribus super terram. Benedictus .Dominus, qui creavil cœ- lum et terram : quia hodie nomen luum ita m,it;niLccture du livre de .l'.idith, Chap. xiii.

I i: Soigneur voub a bénie

'- dans sa force, réduisant par vous à néant nos ennemis. O fille de notre race, le Seigneur Dieu très haut vous a bénie plus que toutes les femmes qui sont sur la terre. Béni soit le Seigneur qui a créé le ciel et la terre ; car il a en ce jour exalté votre nom de telle sorte que

A la . Messe.

votre louange ne cessera plus dans la bouche des humains': à jamais ils auront souvenir de la puissance du Seigneur, et comment, n'épargnant point votre âme en présence du malheur et de l'angoisse de votre peuple, vous êtes intervenue devant notre Dieu pour empêcher sa ruine.

ficavit, ul non recédât laus tua de ore hominum, qui memores fuerint virtutis Domini in asternum, pro quihus non pepercisti animae tua: propter angustias, et tribulationem generis tui, sed subvenisti ruinas ante conspectum Dei nostri.

(^ GRANDEUR de notre Judith entre les créa^ tures! « Dieu, dit le pieux et profond Père Faber, Dieu semble choisir en lui les choses qui sont le plus incommunicables pour les communiquer à Marie d'une manière mystérieuse. \'ovez comme il la déjà mêlée aux desseins éternels de Tunivers dont il la rend presque cause et type partiel. La coopération de la sainte Vierge au salut du monde nous présente un 'nouvel aspect de sa magnificence. Ni l'Immaculée Conception, ni l'Assomption ne nous donnent une plus haute idée de Marie que le titre de corédemptrice. Ses douleurs n'étaient pas nécessaires à la rédemption, mais dans les conseils de Dieu elles en étaient inséparables. Elles appartiennent à l'intégrité du plan divin. Les mystères de Jésus ne sont-ils pas ceux de Marie, et les mystères de Marie ne sont-ils pas ceux de Jésus ? La vérité paraît être que tous les mystères de Jésus et ceux de Marie n'étaient pour Dieu qu'un seul mystère. Jésus lui-même est la douleur de Marie sept fois répétée, sept fois agrandie. Durant les heures de la Passion, l'olfrande de Jésus et celle de Marie étaient réunies en une seule. Quoique dedi266 Les Sept Douleurs de la B. W Marie.

gnité, de valeur évidemment différentes, elles étaient offertes avec des dispositions semblables, allant du même pas, embaumées des mêmes parfums, consumées par le même feu ; oblation simultanée faite au Père par deux cœurs sans tache pour les péchés d'un monde coupable, dont ils avaient librement assumé les démérites '. »

Aux tourments de la grande \'ictime, aux pleurs de Marie, sachons unir nos larmes. C'est dans la mesure où nous l'aurons fait en cette vie, que nous pourrons nous réjouir au ciel avec le Fils et la Mère ; si Notre-Dame, comme chante le Verset, est elle-même aujourd'hui reine du ciel et souveraine du monde, il n'est personne parmi les élus dont les souvenirs de souffrance puissent être comparés aux siens.

A la suite du Graduel, la touchante complainte attribuée au bienheureux franciscain Jacopone de Todi, le Stabat Mater, nous donnera une belle formule de prière et d'hommage à la Mère des Douleurs.

DOLOROSA, et lacrymabilis es virgo Maria, slans juxta Crucem Domini Jesu Filii lui Redemptoris.

f. Virgo Del Genitrix, quem totus non capit orbis, hoc crucis

Y ^ OTRE douleur attire les larmes. Vierge Marie, qui vous tenez debout près de la Croix du Seigneur Jésus Votre Fils, le Rédempteur.

t. \'ierge Mère de Dieu, celui que le monde entier ne saurait contenir, c'est lui

A la Messe.

l'auteur e la vie, s'étant fait homme, ui subit ce supplice de la croc.

Allelu , alléluia.

]^. Prè. de la Croix de notre Seineur Jésus-Christ était debot, pUine de douleur, sainl: Maiie, la Reine du ciel et a suiveraine du monde.

fert supplicium , auctor vitae factus homo.

Alléluia, allcluia.

f. Stabat sancta Maria, cofli Rei(ina, et mundi Domina, juxta Crucem Domini nostri ,lesu Chrisli dt^lorosa.

T^EBOUT au pied e la Croix *-^ à laquelle se fils était suspendu, la Mèr des douleurs pleurait.

Son âme, en prc aux gémissements et à 1 désolation, fut alors tmspercée d'un glaive.

Oh! qu'elle fut riste et affligée, cette iNIco bénie d'un fils unique !

Elle gémissait et sapirait," cette tendre Mère, ; la vue des angoisses de cet uguste fils.

Qui pourrait reteir ses larmes, en voyant la i\;re du Christ en proie à cet excès de douleur ?

Qui pourrait contérpler, sans une tristesse proinde,

Q TABAT Mater dolorosa ■-'. Juxta Crucem lacrymosa, Dum pendebat filius.

Cujus animam gementem, Contristatam, et dolcntem, Pertransivit gladius.

O quam tristis et afflicta Fuit illa benedicta Mater unigeniti !

Qua? mœrebat, et dolebat,

Pia Mater dum videbat Nati pœnas inclyti.

Quis est homo qui non fleret, Matrem Christi si videret In tanto supplicio ?

Quis non posset contristari,

268 Les Sept Douleurs de la B. V. Mric.

Christi Matrcm contcmplari Doleniem cum filio?

Pro peccatis suse gentis Vidit Jesum intormenlis. Et flagellis subditum.

Vidit suum dulcem natum Moriendo desolatum, Dum cmisit spiritura.

Ei?.. Mater, fons am(>- ris. Me sentire vim doloris Fac, ut tecum lugeam.

Fac ut ardeat cor meum In amandû Chris tu m

Deum, Ut sibi complaceam.

Sancta Mater, istud afifas, Crucifixi fige plagas Cordi meo valide.

Tui nati vulnerati, T m dignati pro me pati. Pœnas mecum divide.

l-'ac me tecum pif flere. Crucifixo condolcre. Donec ego vixero.

Juxta Crucem tecum stare, Et me tibi sociare In planctu desidcro.

cette Mère du Sau^ur souffrant avec son fiJs

Elle avait sous les yeux Jésus livré jux ourments, déchiré de coupsde fouets, pour les péclés d ses frères.

Elle voyat ce tendre fils mourant, etians:onsolation, jusqu'au denier soupir.

O Mère^ source d'amour, faites que sente votre douleur, que j pleure avec vous.

Faites ue mon cœur aime avec ardar le Christ mon Dieu, etie songe qu'à lui plaire.

Mère s nte. imprimez profondémet dans mon cci-ur les plaie du Crucifié.

Donn«-moi part aux douleurs qc votre fils a daigné endureipour niui.

Faite que je pleure de compa>ion avec vous, que je compaBse à votre Crucifié, tous le jours de ma vie.

Mordésir est de demeurer avec ous prés de la Croix, et dem'associer pour toujours votre deuil.

A la Messe.

Vige, la plus noble des vierg, ne me soyez pas. sévèf, laissez-moi pleurer avecous.

Q je porte en moi la monu Christ; que je partage! Passion; que je garde les'Venir des plaies quil a soulrtes.

Ftes que ses blessures soit miennes ; que je sois eni^ de la croix et du sang de tre fils.

(Vierge, gardez-moi des fei dévorants ; défendezmc vous-même au jour du jument.

Christ, quand il me faudisortir de cette vie, accord'-moi, par votre Mère, la pue victorieuse.

!t lorsque mon corps dc\ subir la mort, daignez Eorder h mon âme la gloire (paradis. Vmen. Alléluia.

Virgo virginum prreclara, Mihi jam non sisamara: lac me tecum plangerc.

Fac ut portem Christi mortem, Passionis fac consortem, Et plagas recolcre.

Fac me plagis vulncrari, Fac me cruce inebriari. Et cruore filii.

Flammis ne urar succensus, Per te, Virgo, sim defcnsus. In die judicii.

Christe, cum sil hinc exire, Da per Matrem me venire Ad palmam victoriae.

Quando corpus morietur, Fac ut animse donetur Paradisi gloria.

Amen. Alléluia.

i suite du saint Evangile sein saint Jean. Chap. xix.

N ce temps-là, debout près ' de la Croix de Jésus. ;aient sa Mère et la sœur de

Sequentiasancti Evangclii secundum Johannem. CvP. xix.

I X illo tempore :

' bantjuxta Ci

Sta) u X t a e,ruccm

Jcsu Mater cjus, cl soror

Les Sept Douleurs de la B. T*. Mac.

sa Mère, Marie, feras de Cléophas, et Marie-kdcleine. Jésus ayant vu sa ère. et debout près d'elle, Idisciple qu'il aimait, il dix sa Mère : Femme, voilà otrc fils. Et ensuite il dit aijisciple : Voilà votre mer Et depuis cette heure, leiisciplc la prit chez lui.

Matris ejus Maria Cleofihoe, et Maria Magdaenc. Cum vidisset ergo Jésus Matrem, et discipulum stantcm. quem diiigebat, dicit Matri suœ : >iulier. ecce filius tuus. Deindc dicit disciçulo : Ecce mater tua. Et ex illa hora accepit eam discipulus in sua.

I, EMME, voilà votre fils. — Mon Dieu, on Dieu, pourquoi m'ave^-vous abandons? Paroles de Jésus sur la Croix. N"a-t-il dic plus ni Père au ciel, ni Mère ici-bas! Mys^e de justice, et encore plus d'amour : Die a tant aimé le monde qu'il a donné pour lui ai Fils S jusqu'à le substituer aux nommes |- cheurs dans la malédiction 2 due au péché ; et Notre-Dame, dans son union sublime 1 Père, n'a pas épargné davantage, mais liv comme lui* pour nous tous ce même Fils ; sa virginité. Si de ce chef nous appartenu, au Père souverain, nous sommes bien aussi Marie désormais; nous avons été, des dci parts, achetés d'un grand prix •'• : le Fils uniqu échangé pour les tîls d'adoption.

C'est au pied de la Croix que Notrc-Dam est devenue véritablement la Reine de la m scricordc. Au pied de l'autel où le renouvelle ment du grand Sacrifice se prépare, recoin mandons-iîous de sa toute-puissance sur h divin Cœur.

m. i3. — 3. II Cor.

A la Messe.

/^ Vierge JNIère de Dieu, ^-^ souvenez-vous , quand vous serez en présence du Seigneur, de parler en notre faveur et de faire qu'il détourne de nous sa colère.

Decordare, VirgoMa^^ ter Dei. dum steteris in conspectu Domini, ut loquaris pro nobis bona, et ut avertat indignationem suam a nobis.

Combien de saintes âmes ne sont pas venues, dans la suite des âges, tenir compagnie fidèle à la Mère des Douleurs ! Leur intercession, jointe à celle de Marie, est la force de l'Eglise : c'est par elle que nous espérons obtenir retîet des mérites de la mort du Sauveur.

Nous vous offrons prières et dons, Seigneur JésusChrist ; écoutez notre humble supplication, au souvenir de la Transfixion de la très douce âme de la bienheureuse Marie votre Mère : que sa très pieuse intervention, accrue de celle de tous les saints qui l'accompagnent au pied de la Croix, nous obtienne d'avoir part avec les bienheureux, grâce aux mérites de votre mort. Vous qui vivez.

On fait mémoire du Dimanche.

La Préface est la même que celle du viii septembre, page 202, si ce n'est qu'au lieu de in Nativiti.7te.en la Nativité, on dit in Transfixione, en la Transfîxio)i de la bienheureuse Marie toujours vierge.

OFFERl.MUS tibi preces et hostias. Domine Jesu Christe, humiliter supplicantes : ut, qui Transfixionem dulcissimi spiritus beatse Mariœ Matris tuae precibus recensemus ; suo, suorumque subCruce sanctorum consortium, multiplicato piissimo interventu, meritis mortistuœ, meritum cum beatis habeamus. Qui vivis.

2^2 Les Sept Douleurs de la B. V. Marie.

Si grande, a-t-on pu dire, fut la douleur de Marie au Calvaire, que, divisée entre toutes les créatures capables de souffrir, elle les ferait toutes subitement mourir ' . C'est l'admirable paix de Notre-Dame, maintenue quand même dans l'acquiescement parfait, dans l'abandon total de son être au Seigneur, qui put seule alors soutenir en elle une vie que l'Esprit-Saint gardait pour l'Eglise. Puisse la communion des Mystères sacrés nous donner cette ^-aix de Dieu qui surpasse tout sentiment, qui garde les intelligences et les cœurs ■-.

TJ" ELICES sensu» bcata» ' Mariae Vlrginis. qui sine morte meruerunt martyrii palmam suh Cruce Domini.

T7 ORTUNÉES puissances do la ' bienheureuse Vierge Marie qui, sans mourir, méritèrent ia palme du martyie au pied de la Croix du Seigneur !

Comme l'indique la Postcommunion, la mémoire pieuse des Douleurs de la divine Mère nous est d'un grand secours pour trouver tous les biens dans le Sacrilicc de l'autel.

C ACRIFICIA, quae sump•^ simus, Domine Jesu

Christe, TransHxiunom Matris tuae et Virginis dévote célébrantes, nobis

Ce I g n e V r J é s u s- Christ, ^ puisse le Sacrifice auquel nous venons de participer, cclébrant pieusement laTran--- fixion de la Vierge votre

I. Bern.ahdin. SiN. Pro festivit. V. M. Sermo XIII,

De cxaltationc I>. V. in gloria, art. Il, c. 2. — 2, Phir

A Vêpres.

2y3

Mcrc, nous obtenir de votre clémence la réalisation de tous biens dans l'ordre du salut. Vous qui vivez.

impetrcnt apud clementiam tuam omnis boni salutaris cffectum. Qui vivis.

On ajoute la Postcommunion du Dimanche correspondant, et l'Evangile de ce même Dimanche tient lieu, à la tin de la Messe, de celui de saint Jean.

T A première et la cinquième Antienne des ^" Vêpres sont tirées du Cantique, les trois intermédiaires dTsaïe, de Job celle de Magnificat ; le Capitule est de Jérémie.

bien-aime, o la plus belle d'entre les femmes? où s'est retiré ton bien-aimé ? et nous le chercherons avec toi.

I. Ant.( )''f'.,^^l'' d 1 1 e ctus

tuus, o pulcherrima mulierum .'' quo declinavit

dilcctus tuus, et quaeremus eum tecum?

Psaume cix. Dixit Dominus, page 45.

2. Ant. Recedite a me. amare flebo, nolilc

incumberc, ut consolemini me.

Psaume cxii. Laudate pueri, /:<7g-t' 4g.

?. Ant. 11 n'a plus ni beauté, ni éclat ; nous l'avons vu, rien en lui n'attirait le regard.

3. Ant. Non est ei species, neque décor, et vidimus eum, et non crat aspoclus.

2^4 Les Sept Douleurs de la B. V. Marie.

Psaume cxxi. Laetatus sum, page i86.

4. An't. De la plante des pieds jusqu'au sommet de la tête, il n'y a rien de sain en lui.

Psaume cxxvi. Nisi Domnwx?,, page iSy.

3. Ant. Soutenez-moi avec des fleurs, entourez-moi de fruits odorants; car je lanSfuis d'amour.

Psaume cw^wi. Laud a Jérusalem, jrag^t' 188. CAPITULE. (Thren. it.)

Cii comparabo te ? vel cui assimilabo te filia Jérusalem? cui exaequabo te, et consolabor te virgo filia Sion ? magna est velut mare contritio tua.

QUI vous comparerai-je ?

A qui dirai-je que vous ressemblez, fille de Jérusalem ? Où trouverai-je quelque chose d'égal à vos maux .-i Et comment pourrai-je vous consoler, o Vierge fille de Sion ? Votre affliction est v;randc comme la mer.

/^ Ql or undis lacry^-^ marum Quo dolore volvitur, I.uctuosa de crucnto Dum, revulsum stipitc. (ternit ulnis incubantem Virgo Mater Hlium!

Os suave, mite pectus. Et latus dulcissimum

O PLUIE de larmes ' ù abime de douleur 1 Dans ses bras étendu, la Vierge Mère en deuil voit son fils détaché de l'arbre sanglant.

O bouche aimée, poitrine suave. Cote percé malgré sa

douceur; et ses deux mains dont la droite est trouée et la gauche, elle aussi, blessée: et SCS pieds rouges de sang : de quels pleurs désolés elle vous arrose !

Cent fois, mille fois elle enlace, elle étreint cette poitrine et ces bras, elle met les lèvres à ces blessures ; elle se fond toute dans les baisers de la douleur.

O Mère, donc, nous vous en supplions par ces larmes de vos yeux, par le trépas si dur de votre fils, par la pourpre de ses blessures : faites régner dans nos cœurs à nous la douleur du vôtre.

Soit au Père, ainsi qu'au Fils, et à l'Esprit coéternel, soit à la Trinité souveraine gloire sans fin, louange incessante, honneur en ce siècle et toujours !

Anicn.

^ p ElNK des Martyrs. IN priez pour nous :

Kf. Vous qui êtes demeurée près de la Croix de Jésus.

Dexteramque v u 1 n e r atam. Et sinistram sauciam. Et rubras cruore plantas JEgra tingit lacrymis.

Centiesque milliesque Stringit arctis nexibus Pectus illud, et lacertos, Illa figit vulnera : Sicque tota coUiquescit In doloris osculis.

Eia Mater, obsecramus Per tuas has lacrymas, Filiique triste funus, Vulnerumque purpuram, Hune tui cordis dolorem Conde nostris cordibus.

Este Palri, Filioque, Et coasvo Flamini, Esto summœ Trinitati Sempiterna gloria. Et perennis laus, honorhloc, et omni sxculo. Amen.

REGINA Martyrum, ora pro

f.

nobis

içî. Quae juxta Crucem Jesu constitisti,.

ANTIENNE DE Magnificat.

A douleur s'est appesantie | /^ ppressit me dolor,

i- sur moi, mon visage s'est ! V f et faciès mea intugonflé sous les larmes, et 1 muit a fletu, et palpe2y6 Les Sept Douleurs de la B. V. Marie.

br.T mcae caligavcrunt. | mes paupières se sont obsI curcics.

Le Cantique Magnificat, page 53.

L'Oraison, page 264.

On fait ensuite mémoire du Dimanche.

t

ENCONTRE ù laqucllc sourient les Anges ! L'enfer voulut un jour, dans une querelle fameuse i, opposer Cyprien au Siège suprême; or voici que, représailles dignes d'elle, la Sagesse présente en une mêine fête au commun hommage de la terre et des cieux l'évêque de Carthage et l'un des plus nobles successeurs de Pierre. Noble entre tous, Corneille le fut par la naissance, comme en témoigne son tombeau, retrouvé naguère dans la crypte de famille où les plus beaux noms de l'ancien patriciat lui formaient un cortège d'honneur. L'élévation au pontificat souverain d'un héritier des Scipions reliait dans Rome les grandeurs du passé à celles de l'avenir. C'était le temps où Dèce, redoutant plus d'apprendre l'élection d'un Pape que de voir se lever un compétiteur à l'empire 2, avait lancé l'édit de la septième persécution générale. Mais le césar qu'un bourg de Pannonie vient de donner à la capitale du monde n'arrêtera pas les destinées de

I. Sur la question de la validité du baptême donné par les hérétiques. — 2. CvPRiAN. Epist. X, ad Antonianum, ix.

2-jH Le Temps après la Pentecôte.

la Ville éternelle. En face du sanguinaire empereur et de ses pareils passés ou futurs, dont la cité reine ne connut les pères qu'à titre d'esclaves ou d'ennemis vaincus, le Romain authentique, le descendant des Cornelii, se révèle à la simplicité native qu'on nous décrit en lui, au calme accompagnant sa force d'àme, à l'intrépide fermeté de sa race qui le fait triompher le premier de l'usurpateur que la flèche des Goths attend sur les bords des marais Danubiens ^. O saint Pontife, plus grand pourtant êtes-vous encore par l'humilité qu'admirait en vous Cyprien, votre illustre ami, par cette pureté de votre âme virginale qui selon lui vous rendit l'élu de Dieu et de son Christ 2.

Près de vous, quelle n'est pas la grandeur de Cvprien lui-même ! Quel sillon de lumière a tracé dans le ciel de l'Eglise le converti du prêtre Caecilius ! Dans la générosité de son âme conquise au Christ, il abandonne et les richesses et les honneurs, héritage de famille, et la gloire acquise dans les joutes de l'éloquence. A l'admiration de tous on dirait que, selon le mot de son historien, la moisson des vertus précède en lui les semailles 3. Par une exception justifiée, néophyte encore il est déjà pontife. Il le sera dix ans, durant lesquels Carthage, l'Afrique, le monde, auront les yeux fixés sur lui; les païens, criant : Cyprien au lion ! les chrétiens, attendant son mot d'ordre. Dix années qui représenteront une des périodes les plus troublées de l'his -

2. Ihid. Mil. — 3. PoNTIUsDuc. De vila et pass. Cypr. 11.

Saint Corneille et Saint Cyprien. 2-/q

toire : dans l'empire, anarchie au sommet, invasions sur toutes les frontières, peste promenant partout répouvante; dans TEglise, après une longue paix qui avait endormi les âmes, les persécutions de Dèce, de Gallus, de Valérien, dont la première, éclatant comme la foudre, multipliera les défaillances de la première heure et causera les schismes du lendemain, par la trop hâtive indulgence de plusieurs ou l'excessive rigueur de quelques autres envers les tombés.

Or, qui donc ^ enseignera à ceux-ci la pénitence ^, aux hérétiques la vérité, aux schisinatiques l'unité 3, aux tils de Dieu la prière et la paix ^ ? Qui ramènera les vierges aux règles de leur vie sainte ^ ? Qui retournera contre les gentils leurs sophismes blasphématoires 6 ? Sous la mort séparant et frappant, qui rappellera les biens futurs et consolera les âmes " ? De qui apprendront-elles et la miséricorde ^, et la patience •', et le secret de changer en douceur de salut les poisons provenant des morsures de l'envie lo ? Qui enfin élèvera les martvrs à la hauteur de l'appel de Dieu ? qui soutiendra les confesseurs sous la torture, au fond des cachots, dans l'exil ? qui préservera des embûches de la liberté retrouvée les survivants du martyre ^i i

I. PoNTius DiAC. De vita et passione Cypriani vil. — 2. CvPR. De lapsi>. — 3. De unitate Ecclesiœ.

— 4. De oratione Dominica. — 3. De habitu virginis.

— 0. Lib. ad Demelrianum, et De idol. vanilate. —

9. De bono patientiae. — 10. De zelo et livore. — îi. De exhortatione martvrii, et Epistolic ad confessores.

2So Le Temps après la Pentecôte.

Dans son calme incomparable, Cyprien, toujours prêt, semble détier les puissances de Tenfcr, de la terre et des cieux. Jamais troupeau n'aura eu mam plus sûre pour le rallier sous l'irruption soudaine et déconcerter le sanglier de la forêt. Et quelle fierté inspire au pasteur la dignité de cette famille chrétienne dont Dieu fa fait le guide et le rempart ! L'amour de l'Eglise, si l'on peut ainsi parler, esc la note toute spéciale de l'évéque de Carthage; en d'immortels épanchements avec ses très forts et très lieurenx frères, confesseurs du Christ, honneur de la Mère commune, il s'écrie : « O bienheureuse notre Eglise, qu'illumine des plus purs rayons la divine condescendance, qu'illustre en nos temps le glorieux sang des martyrs! Elle était blanche autrefois "des œuvres de nos frères; la voilà maintenant empourprée du suc sorti des veines de ses héros. Ni les lis, ni les roses ne manquent à ses fleurs *. »

Etrange infirmité des plus fermes esprits d'ici-bas ! Ce fut cet amour même, ce fut, Vicn légitime, mais faussement appliqué, .son exclusivisme jaloux pour la très noble Epouse du Sauveur, qui ht dévier Cyprien dans la grave question de la validité du baptême conféré par les sectes dissidentes. « Seule l'unique, disait-il, a les clefs, la puissance de l'Epoux ; c'est son honneur que nous défendons, en repoussant l'eau adultère de l'hérésie '^. » C'était oublier aue si, grâce à la miséricordieuse libéralité du Sauveur, le plus

I. Epist.vui, Ad martyre-; et confessores. — 2.Kpist.

aJ Jubaianum, i. xi.

Saint Corneille et Saint Cyprien. 2S1

indispensable des Sacrements ne perd pas sa vertu, quel qu'en soif le ministre, étranger à l'Eglise ou son ennemi, il n'a de fécondité pourtant même alors que pour et par l'Epouse, ne valant qu'en union de ce qu'elle fait elle-même. Mais il est donc bien vrai : sainteté ou science ne donnent pas à l'homme l'infaillibilité, que la divine promesse assure au seul successeur de Pierre.

Pareille démonstration pouvait avoir son prix ; et sans doute ce fut la raison pour laquelle Dieu permit dans la haute intelligence du primat de l'Afrique romaine une éclipse passagère. Le péril ne pouvait être grave, ni définitive l'erreur, en celui dont la pensée maîtresse est toute dans ces mots que rappellent moins volontiers les adversaires de nos dogmes : « Celui qui ne garde pas l'unité de l'Eglise, croit-iî qu'il garde la foi ? Celui qui abandonne la Chaire de Pierre sur laquelle est fondée l'Eglise, peut-il se flatter d'être encore dans l'Eglise '? »

Grande avait été la vie de Cyprien ; plus grande fut sa mort. Valérien venait d'ordonner l'extermination des chefs des Eglises A Rome, Sixte II, suivi de Laurent trois jour: plus tard, reprenait le premier le chemin di martyre. Galérius Maximus, proconsul d'Afrique, tenait dans ces Jours-là ses assises à Utique; il ordonna d'v amener Thascius Cyprien. Mais l'évêqué refusa de laisser « mutiler l'honneur de son Eglise », en consentant à mourir sur un territoire autre que

2S'-j Le Temps après la Pentecôte.

celui de sa ville*. 11 attendit que le proconsul rentrât dans Carthage pour se livrer, en y rentrant publiquement îui-même.

Dans la maison qui lui servit de prison quelques heures, Cyprien, toujours égal et l'âme tranquille, réunit une dernière fois à sa table ses familiers ordinaires Au dehors, les chrétiens accourus ne voulurent pas de toute la nuit s'éloigner du maître et du père ; c'était, lui vivant, la première veille de la fcte qui chaque année devait célébrer son triomphe. Conduit au matin chez le proconsul, il se trouva qu'on lui donna pour siège un fauteuil paré comme les chaires épisco'pales. C'était bien, en effet, une fonction épiscopale qui commençait, l'office pontifical par excellence de donner sa vie pour l'Eglise en union du Pontife éternel. L'interrogatoire fut court, on n'espérait pas ébranler Cyprien. Le juge rendit sa sentence : elle portait que Thascius Cyprien serait frappé du glaive. On gagna le lieu où elle devait s'accomplir. Les soldats semblaient former à l'évéque un cortège d'honneur : lui s'avançait paisible, entouré de ses clercs comme aux jours des solennités. Une émotion profonde régnait dans la foule immense d'amis et d'ennemis venus pour assister au sacrifice. L'heure était arrivée. Le pontife pria, prosterné en terre. Puis, se relevant, il fit donner vingt-cinq pièces d'or à l'exécuteur, et enleva sa tunique qu'il remit aux diacres; lui-même se banda les yeux; un prêtre aidé d'un sousdiacre lui lia les mains, tandis que le peuple étendait autour de lui des linges pour reI. Epist. tiltima, i.xwiii, AJ olcriim et pichcni.

Saint Corneille et Saint Cyp'rien. 2 83

cueillir son sang. Ce fut seulement à la demande de révèque, et comme sur son ordre, que le bourreau tremblant abattit son glaive. Le soir, les fidèles vinrent avec des flamoeaux et des hymnes ensevelir Cyprien. On était au

14 septembre de Tannée 2 38.

Lisons d'abord les lignes consacrées par la sainte Liturgie à l'évêque de TEglise mère.

CORNEILLE, romain d'origine, fut souverain pontife au temps des empereurs Gallus et Volusien. De concert avec une très sainte matrone du nom de Lucine, il transporta des catacombes en un lieu plus convenable les corps des Apôtres Pierre et Paul. Celui de Paul fut placé par Lucine dans un terrain ou'elle possédait sur la voie d'Ostie, près du lieu où il avait été frappé du glaive ; Corneille déposa celui du Prince des Apôtres non loin également de l'endroit où on l'avait crucifié. Ce fait, comme celui de la conversion d'un grand nombre de personnes nu Christ par ses soins, étant dénoncé aux empereurs, on l'envoya en exil à Centumcelles, où vinrent le consoler les lettres de saint Cyprien, évêque de Carthage.

LE commerce de charité chrétienne qui s'établit entre eux de cette manière

^'"" ORNELU s Romanus, ^-- Gallo et Volusiano impcratoribus, pontificatum gerens, cum Lucina femina sanctissima, corpora Apostolorum Pétri et Pauli e catacumbis in opportuniorem locum transtulit : ac Pauli corpus Lucina in suo pra?dio via Ostiensi, prope eum locum, ubi fuerat gladio percussus collocavit ; Cornélius Principis Apostolorum corpus non longe indc, ubi crucifixus fuerat, reposuit. Quod cum ad imperatores delntum esset, et Pontifice auctore multos feri Christianos, mittitur is in exsilium ad Centum cellas : ubi eum sanctus Cvprianus episcopus Carthaginiensis pcr litteras est consolatus.

Hoc autem christianœ caritatis o f f i ci u m cum frequens alter al -

2S4 ^^ Temps après la Pentecôte.

teri persolveret, dcteriorem in partem id accipientes imperatores, accersitum Romam Cornelium, tamquam de majestate reuin plumbaiis caedi, rapturaque ad Martis simulacrum ei saciificare jubent. Quam impietatem cum ille detestaretur, ei capui abscissumest decimo octavo calendas octobris : cujus corpus beata Lucina clericis adjutoribus humavit in arenaria prasdii sui prope cœ- meterium G a 1 1 i s t i . Vixit in pontificatu annos circiter duos.

ayant par sa fréquence irrité les empereurs, Corneille fut rappelé à Rome. On le frappa comme criminel de lèsemajesté avec des fouets armés de plomb, et on l'entraîna pour sacrifier à l'idole de Mars. Sur son refus dj se prêter à une impiété aussi détestable, il fut décapité le dix-huit des calendes d'octobre. La bienheureuse Lucine, aidée des clercs, ensevelit son corps dans un arénaire qui lui appartenait près du cimetière de Calliste. Son pontificat fut environ de deux années.

L'Eglise emprunte à saint Jérôme Tcloge quelle fait aujoui-d'hui de saint Cyprien.

lix libro sancti Hieronvmi Presbyteri de Scriptoribus ecclesiasticis.

^YPRIANUS Afer, pri^ " mum gloriose rhetoricam docuit : -exinde. suadente presbytero Cxcilio, a quo et cognomentum sortitus est, Christianus factus, omnem substantiam suam pauperibus eros^avit. Ac posi non multum temporis electus in presbyterum, etiam episcopus (^arthatjiniensis constiDu livre de saint Jérôme, Prêtre, sur les Ecrivains ecclésiastiques.

^ VPRIEX enseigna d'abord ^-^ la rhétorique avec i^loire dans 1 Afrique, sa patrie, l.e prêtre Cxcilius, dont il prit son surnom, l'ayant ensuite pjrsuadé de se faire chrétien, il distribua tous ses biens aux pauvres. Bientôt appelé au presbvtérat, il fut aussi fait évêque de Carthaije. Il serait superllu de relever son génie uu d'en énumcrer les fruits, ses œuSaint Corneille et Saint Cyprien. 2 85

vres étant plus éclatantes que le soleil. Il souffrit sous les empereurs Valérien et Gallien, dans la huitième persécution, le même jour que Corneille à Rome, non cependant la même année.

tutus est. Hujus in^enii superfluum est indicem texcre, cum sole clariora sint ejus opéra. Passuscst sub Valeriano et Gallieno principibus, persecutione octava, eodem die quo Romae Cornélius, sed non eodem anno.

AiNTs Pontifes, unis dans la gloire comme vous le fûtes par l'amitié et le martyre, gardez en nous le fruit de vos exemples et de votre enseignement. Votre vie nous montre à mépriser pour le Christ la fortune et les honneurs, à réserver pour son Eglise un dévouement dont le monde n'est pas digne. Puissentils le comprendre, ces descendants de tant de races illustres qu'écarte comme en vos temps la défiance d'une société dévoyée ; puissent-ils comme vous déjouer la conjuration qui s'est promis de les éteindre dans l'ignominieux oubli d'une oisiveté inféconde. Si bien méritants de l'humanité qu'aient été leurs pères, des mérites nouveaux s'offrent à eux dans une sphère plus haute où la déchéance est inconnue, où le bien produit dure toujours.

Aux plus petits comme aux premiers de la cité sainte, rappelez que la paix et la guerre ont également leurs fleurs, dont se forme le diadème glorieux du soldat du Christ : la blanche couronne des œuvres s'oftre à quiconque ne saurait espérer la couronne empourprée du martyre *.

Veillez, ô Cyprien, sur votre Eglise de CarI. CvTR. Epist. vni, Ad martyres et confessorcs.

•2 s fi Le Temps après (a Pentecôte.

thagc renaissant après tant d'années. Rendez à Rome, ô Corneille, son glorieux passé; chassez d'elle l'étranger qui se dit son maître : souveraine du monde, elle n'est point faite pour obéir à d'autres qu'au Roi des rois dans sou Vicaire sur terre. Puisse la délivrance être prochaine, et devenir pour les peuples le signal d'un relèvement qui ne sauvait plus tarder, si l'univers n'a pas achevé ses destinées.

p NTRE les vierges, Euphémie de Chalcédoine eut l'honneur de voir assembler le quatrième concile œcuménique dans l'église dédiée à son nom; c'est sur sa tombe que fut promulguée la condamnation de l'impie Eutychès, et vengée l'intégralité de la double nature de l'Epoux, homme et Dieu, ha grande martyre sembla conserver d'un si auguste souvenir une prédilection pour les hautes études concernant la doctrine sacrée ; à Paris, la faculté de théologie l'honorait comme patronne spéciale, et Euphémie avait comme élu domicile dans l'antique Sorbonne, où l'on gardait en singulière vénération une part importante de ses reliques saintes. Recommandons-nous de son puissant crédit auprès du Seigneur, sans oublier la sainte veuve Lucie, ni le noble personnage du nom de Géminien que Rome honore avec elle en ce jour.

PR.Ksr.A, Domine, pic- I <? kkinkir, donnez pour cibus nostriscum ex- | *•■* notre joie ellicacite h nos

Mém des SS.Eiipliémie, Lucie, Géminicn. 28 j

prières ; nous rendons le tribut annuel de notre dévotion au jour où souffrirent vos saints MartvrsEuphéraie, I-ucie et Géminien : puissions-nous en plus imiter la constance de leur foi. Par Jésus-Christ.

sultatione proventum : ut sanctorum Martyrum Euphemiae , Lucice et Geminiani, quorum diem passionis annua devotione recolimus, etiam fidei constantiam subsequamur. Per Dominum.

iKNTÔT la m'ande figure du patriarche d'Assise reparaîtra au ciel de la sainte Liturgie; nous aurons alors à louer Dieu pour les merveilles que sa grâce opéra en lui. Aujourd'hui, si p^ersonnel que soit à François le glorieux épisode, objet de la fête, il le dépasse pourtant par ce qu'il exprime.

L'Homnie-Dieu vit toujours dans son Eglise; la reproduction de ses mvstères en cette Epouse qu'il se veut semblable, est l'explication de l'histoire. Or, au xiii* siècle, on dirait que la charité, rebutée par plusieurs, concentre en quelques-uns les feux qui suffisaient jadis à embraser des multitudes; autant que jamais la sainteté resplendit, et cependant l'heure du refroidissement a sonné pour les peuples. C'est aujourd'hui même l'affirmation de l'Eglise L pour laquelle, en effet, commence'^la série des défections sociales avec leurs reniements, leurs trahisons, leurs dérisions, soufflets, crachats du prétoire, aboutissant à la mise hors la loi dont nous sommes témoins. L'ère de la Passion est ouverte , l'exaltation delà sainte Croix, jusqu'ici triomphante aux yeux des nations, prend du ciel,

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