L'Année liturgique — Le Temps après la Pentecôte (t. 10-15) (page 55)
I. Collecte de la fête.
Les Stigmates de Saint François. -jSq
d'où regardent les Anges, un aspect d'adaptation plus intime de L'Ëpouse aux souffrances de l'Epoux crucifié.
Ne soyons pas étonnés si, comme fait Tartiste en présence d'un marbre précieux, l'Esprit choisit la chair du séraphin d'Assise pour y rendre pleinement sa divine pensée. Il manifeste ainsi au monde la direction plus spéciale qu'il entend niaintenant donner aux âmes ; il offre au ciel un premier exemplaire, un exemplaire complet de l'ouvrage nouveau qu'il médite : l'union plénière, sur la Croix même, du corps mystique au Chef divin. François est le premier qu'honore l'élection d'en haut; mais après lui le signe sacré sera recueilli par d'autres, qui personnifieront également l'Eglise; les Stigmates du Seigneur Jésus seront toujours ici ou là, désormais, visibles sur terre.
Lisons dans ces pensées l'admirable récit composé par le Docteur séraphique à l'honneur de son Père saint François.
LE ministre el vraiment fi- déle serviteur du Christ, François, deux ans avant de rendre son esprit au ciel, s'était retire loin des hommes sur les hauteurs du mont qu'on nomme Alverne, pour y jeûner quarante jours en l'honneur de l'Archange Michel. Plongé plus avant que de coutume dans l'abondance des douceurs de la contemplation, embrasé d'une flamme croissante de célestes
ipiDiîLls rêvera famulus
I et minister Ghristi
Franciscus, biennio antequam spiritura redderet cœlo, cum in loco excclso seorsum, qui mons Alvernire dicitur,' quadragenarium ad honorem " Archangoli Michaelis jeiunium inchoasset, supernje contemplationis dulcedine abundantius solito superfusus, ac:>ccelestium desi2(}o Le Temps après la Pentecôte.
dcriorum ardentiori ilamma succensus. supernarum cœpit immissionum cumulatius dona sentire. Dum igitur seraphicis desideriorum ardoribus sursum ageretur in Deum, et affectus compassiva teneritiidine in eum transformaretur, cui ex caritate nimia crucifigi complacuit : quodam mane circa festum Exaltationi» sanctaî Criicis, in latere montis orans, vidit qua^i speciera uniiis Seraphim sex alas lam f u 1 g i d a s quatn ignitas habeniem de cœlorum sublimiiale descendere : qui volatil celerrimo ad aeris locum viro Dei propinquum perveniens, non solum alatus, sed et crucifixus apparuit : manus quidem et pedes habens extensos, et cruci ailixos. alas vero sic miro modo hinc inda dispositas, ut duas supra caput erigeret, duas ad volandum extenderet, duabus vero reliquis totum corpus circumplectendo velaret. Hoc videns, vehementer obstupuit, mixtumquc dolon gaudium mens e)U^ incurrit. dum et in gratioso ejus aspeciu sibi tam mirabiliier quam Janiiliariter appareniis ex
désirs, il éprouvait comme un débordement sur lui des divines influences. Dans ces ardeurs séraphiquesqui l'emportaient vers Dieu, tandis que par la tendre compassion Je son cœur il s'identifiait à celui que cloua au bois un excès d'amour : un matin, vers la fête de 1 Exaltation de la sainte Croix, priant sur la pente du mont, il vit comme une apparence de Séraphin aux six ailes brillantes ej embrasées descendre des cieux. Son vol rapide layanl porté dans la région de 1 air voisine de l'homme de Dieu, il apparut non seulement ailé, mais aussi crucifié, les mains étendues et fixées à la croix ainsi que les pieds, tandis que de ses ailes admirablement distribuées, deux s'élevaient audessus de sa tête, deux éployées soutenaient son vol. deux enfin se croisant voilaient son corps. A cette vue. interdit, François sentit ensemble la joie et la douleur envahir son âme : car il concevait une allégresse extrême à l'aspect plein de griices de celui qui se manifestait d'une manière si merveilleuse à la fois et si familière : mais la compassion que lui inspirait ce cruel criicitiemcnl transperçait >-on àine d un glaive de douleur, cessivani quamdam concipieLes Stigmates de Saint François. 2Q1
bat la?titiam,ct dira conspecta crucis aflixio ipsius animam compassivi doloris gladio pertransivit.
Ç ANS doute il n'ignorait pas *-5 que l'infirmité de la souffrance ne pouvait aucunement s'accorder avec l'immortalité d un esprit Séraphique ; mais instruit au dedans par celui qui apparaissait au dehors, il comprenait à cela même pourquoi pareille vision lui était octroyée : l'ami du Christ v apprenait que sa transformation à la pleine ressem'blance de Jésus-Christ en croix devait s'accomplir par l'incendie de l'âme, non par le martvre de la chair. C'est pourquoi la vision, disparaissant après un entretien aussi familier que mystérieux, laissa au dedans son âme embrasée de la flamme des Séraphins, tandis que sa chair au dehors était marquée à l'image ressemblante du Crucifié; comme si liquéfiée par la vertu de ce feu préparant le prodige, un sceau y avait frappé son empreinte. Car aussitôt se montrèrent à ses mains et ses pieds comme des clous, dont la tête était visible aux paumes des mains et à la partie supérieure des pieds, tandis que le!> pointe? apparaissaient à i opposé. Le côté droit également, comme traversé par la lance, préscnT NTELLEXIT quidem illo i docente interius, qui et apparebat exterius : quod licet passionis iniirmitas cum immortalitate spiritus Seraphici nullatenus conveniret, ideo tamen hujusmodi visio suis fuerat praesentata conspectibus ; ut amicus ipse Christi pra?- nosceretjse nonpermartyrium carnis, sed per incendium mentis totum in Christi Jesu crucifixi expressam similitudinem transformandum . Disparens ilaque visio post arcanumac familiare colloquium mentem ipsius seraphico interius intfammavit ardore ; carnem vero Crucifixo conformi exterius insignivit effigie, tamquam si ad ignis liquefactivam virtutem prœambulam sigillativa quaedam esset impressio subsecuta. Statim namque in manibus et pedibus ejus apparere cœ- perunt signa clavorum, ipsorum capitibus in inferiori parle manuum et superiori pedum apparentibus, et eorum acuminibus exsistentibus ex adverso. Dextrum quoque latus quasi lancea
2Q2 Le Temps après la Pentecôte.
transfixum rubra cicatrice obductum erat : quod sœpe sanguinem sacrum efifundens, tunicam et femoralia respergebat.
POSTQUAM igitur novus homo Franciscus novo et stupendo miraculo claruit, cum singulari privilégie retroactis saeculis non concesso insignitus apparuit, sacris videlicet stigmatibus decoralus, descendit de monte secumferens Crucifixi elîigiem, non in tabulis lapideis val lignais manu figuratam artificis, sed in carneis membris descriptam digito Dei vivi : quoniam sacramentum régis Seraphicus vir abscondere bonum esse optime norat, secreti regalis conscius, signaculailla sacra pro viribus occultabat. Verum quia Dei est ad gloriam suam magna revelare, quae facit Dominus ipse, qui signacula ilia secrète impresserat, miracula quidam aperte per ipsamonstravit.ut illûrum occulta et mira vis stigmatum, manifesta pateret claritate signorum. Porro rem admirahilem, ac lantopere tesiatam. atquc in pontificiis diplomatibu>> prœcipuis lauditait une cicatrice rouge par laquelle fréquemment le sang s'échappait, traversant la tunique et le caleçon du Saint.
l PRIVILÈGE tout à part, non ' concédé aux siècles qui précédèrent ; miracle nouveau qui jette dans la stupeur 1 François donc, homme nouveau lui-même, décoré de linsigne des Stigmates sacrés, descendit de la montagne portant avec lui limage du Crucifié, non figurée sur des tables de pierre ou de bois par la main d'un artiste mortel, mais inscrite dans ses membres de chair par le doigt du Dieu vivant. Sachant qu'il est bon de cacher le secret du prince, l'homme séraphique, confident de ce royal secret, dérobait autant qu'il le pouvait à la vue les saintes marques. Mais Dieu se réserve de révéler pour sa gloire les grandes choses dont lui-même est l'auteur ; lui donc qui avait imprime ces marques dans le secret, faisait par elles publiquement des miracles qui manifestaient par l'éclat du prodige la vertu admirable et cachée des Stigmates. C'est cette merveille si pleinement attestée, relevée dans les diplômes pontificaux par toutes sortes de louanges et de faveur-N. que le
■Les Stif^mates de Saint François. •2g3
Pape Benoît XI voulut voir honorée par une solennité anniversaire : fête que le Souverain Pontife Paul V, désirant exciter les cœurs des fidèles à l'amour du Christ en croix, étendit par la suite à toute l'Eglise.
bus et favoribus exaltatam, Bencdictus Papa Undecimus annivcrsaria solcmnitate celebrarivoluit : quam postea Paulus Quintus Pontifex Maximus, ut corda fidelium in Christi crucifixi accendcrentur amorem, ad universam Ecclesiam propagavit.
poRTK-ÉTENDARD du Clirist ct dc son Eglise, nous ne voulons , comme l'Apôtre et comme vous, placer notre gloire que dans la Croix du Seigneur Jésus *. Nous voulons porter dans nos âmes les Stigmates sacrés qui honorèrent votre chair sanctifiée. Toute souffrance est un gain pour qui n"a d'autre ambition que de rendre amour pour amour; nulle persécution ne le déconcerte ; en effet, persécutions et souffrances ont pour résultat de l'assimiler, avec l'Eglise sa mère, au Christ persécuté, flagellé, crucifié.
Avec l'Eglise donc, c'est de tout cœur que nous disons en ce )Our : « Seigneur JésusChrist , au temps du refroidissement du monde, vous avez, pour enflammer iios cœurs du feu de votre amour, renouvelé dans la chair du bienheureux F'rançois les Stigmates sacrés de votre Passion ; dans votre bonté, nous vous en supplions, faites que par ses mérites et prières nous portions avec persévérance la Croix, et produisions de dignes fruits de pénitence : Vous qui vivez et régnez avec Dieu le Père en l'unité du Saint-Esprit,
2(f4 ^^ Temps après la Pentecôte.
Dieu vous-même, dans les siècles des siècles. Amen i. »
A BiNGEN, au diocèse de Mayence, sainte Hildegarde, vierge -. Saluons « la grande prophétesse du Nouveau Testament ^ », L'influence d'Hildegarde sur ses contemporains ne peut être comparée qu'à celle de saint Bernard dans la première moitié de ce xii* siècle, dont la seconde partie se renvoie les échos des oracles transmis par l'humble vierge aux papes, aux empereurs, aux princes et prélats de tout ordre. Des plus lointaines régions, les foules accourent à Mont-Saint-Rupèrt, où se résolvent les doutes de la vie comme les difficultés des maîtres de la doctrine. Elle-même bientôt, sous l'impulsion divine, Hildegarde doit aller au-devant des peuples et porter à tous, aux moines, aux séculiers clercs ou laïques, la parole d'amendement et de salut.
L'Esprit souffle donc bien véritablement ail il veut ^ ! « Aux colonnes puissantes soutenant son royal palais. Dieu préférait, la pauvre plume que soulève le vent et qu'il mène et ramène à son gré dans la lumière •'. » La vie de la sainte Xbbesse, à laquelle ne manquèrent ni travaux, comme on le voit, ni maladies, ni épreuves, se prolongea quatrevingt-deux ans dans l'ombre de la lumière vi)'ànte '•. Eibingen possède aujourd'hui ses
1. Collecte de la fctc. — 2. Martyrologe, à ce jour.
— 3.Vita S. Gcriaci coa^va. — 4. .Iohan. m, 8. — î>. Hii.DEGARD. Epist. I, Ad Euo'cnium Pontificem. —
6. GnBEUi. Viia Hildcg^rdis, iv.
Sainte Hilde garde. Vierge. 2q5
reliques précieuses. Les livres qui nous restent de cette illettrée -^ conduisent l'homme de la création du monde à la consommation de toutes choses ; ils embrassent, dans l'encadrement de sublimes visions, tout l'ensemble de la science théologique ou physique de son temps. Daigne Hildegarde nous donner de ses œuvres et de sa vie 1 interprète et l'historien qu'elles méritent.
DIEU qui avez orné de célestes dons votre Vierge la bienheureuse Hildegarde, donnez à nous qui vous en prions de marcher sur ses traces et de vivre conformément à ses instructions, pour mériter de passer de la nuit de ce présent monde à votre délectable lumière. I^ar Jésus-Christ.
i~ EUS. qui bcatam Hil1-' degardem, Virginem tuam, donis cœlestibus decorasti : tribue, quœsumus ; ut ejus vestigiis et documentis insislentcs, a prœsentis hujus sœculi caligine ad lucem tuam dclectabilem transire mcreamur. Per Dominum.
I. Scivias ; Lib. Vitae meritorum; Lib. Divinorum operum; etc .
ANDis qu'en France le jansénisme naissant reléguait Dieu par delà d'inexorables barrières, un humble fils du patriarche d'Assise montrait aux foules de l'Italie méridionale combien peu la terre est distante du ciel pour qui sait aimer. Quand je serai élevé de terre, f attirerai tout à moi, disait le Seigneur *. De toutes les prophéties, ce fut la plus universelle ; les siècles l'ont vérifiée. Nous l'avons vu dans le domaine même des revendications politiques et sociales, au )Our encore récent de l'Exaltation de la Croix sainte. Nous l'éprouverons jusque dans nos corps, au jour de la grande espérance dont il est dit que nous y serons ravis sur les nuées, à travers les airs, au-devant du Christ -. iMais Joseph de Copertino n'attend pas la résurrection pour en faire la preuve • preuve de fait, dont les garants sont les innombrables témoins de cette vie d'extases aériennes qui se passe dans ce qu'on aime à nommer le plein )our de l'histoire.
Lisons le récit que nous en donne la sainte Eglise.
I Th css IV, lO.
T OSEPH naquit de parents J pieux à Copertino, viHc du territoire de Salente. au diocèse de Nardo, l'an du salut mil six cent trois. Prévenu de l'amour de Dieu, il y passa en grande simplicité et innocence de mœurs les années de l'enfance et de l'adolescence. La Vierge Mère de Dieu l'ayant délivré d'une opiniâtre et cruelle maladie patiemment supportée, il se donna tout entier à la pratique de la piété et des vertus. Dieu l'appelait à une voie supérieure, et pour s'unir plus intimement à lui. il résolut de donner son nom à l'Ordre séraphique. Après divers incidents, ses désirs furent enfin exaucés au couvent de la Grotella des Mineurs Conventuels. D'abord rangé parmi les frères lais pour son ignorance des lettres, une disposition d'en haut le fit ensuite admettre au nombre des clercs. Après ses vœux solennels on l'éleva au sacerdoce, et ce fut pour lui le point de départ d'une vie plus parfaite encore. Brisant dès lors toutes les attaches du monde et se dépouillant pour ainsi dire du nécessaire même, il affligea son corps par les cilices, les chaînes, les disciplines, par tous les genres de châtiments et de tourments, tandis qu'il nourrissait assidûment son
] OSEPHUS a Cupertino, • oppido in Salentinis diœcesis Neritonensis, anno reparatœ salutis millesimo sexcentesimo tertio, piis ibidem parentibus ortus, Deique amore praeventus, pueritiam atque adolescentiam summa cum simplicitate morumquc innocentia transegit. A diuturno molestoque morbo patientissime tolerato, Deipara; ^^irginis ope liberatus, se totum pietatis operibus ac cxcolendis virtutibus dédit utque Deo ad majora vocanti se intimius conjungeret, Ordini seraphico nomen dare constituit. Post varios evcntus voti tandem compos factus, apud Minores Conventuales in cœnobio Cryptulœ, inter laicos primum ob litterarum imperitiam, deinde inter clericos divina dispositione connumeratus est Sacerdotio post solemnia vota initiatus, perfectius sibi vitae institutum propos uit. Quamobrem mundanis quibuscumque affectibus, terrenisque rébus pêne ad vitam necessariis illico a se abdicatis, ciliciis, flagellis, catenis, omni demum asperitatum ac pœnarum
2f)S Le Temps après la Pentecôte.
génère corpus afflixit : spiritum vero saricta; orationis altissimneque contemplationis assiduitate dulciter enutrlvit. Hinc factura est, ut caritas Dei, quœ jam erat in ejus corde a prima aetate diffusa, miro planeque singulari modo in dies coruscaverit.
ELUxiT praecipue ardentissima ejus caritas inextasibus ad Deum suavissimis. stupendisque raptibus, quibus fréquenter afficiebatur. Mirum autem.quod alienato a sensibus animo statim ab extasi eum rcvocabat sola obedientia. Hanc quippe virtutcm cximio studio prosequebatur, dicere solitus. se ab ca veluti crpcum circumduci, et mori potius velle, quam non obedire. l*aupertatem vero seraphici patriarchœ ita œ- mulatus est, ut mort! proximus prœlato suo assererc vere potucrit. se nihil habere, quod more religiosoruni resignaret. Itaquc mundo sibiquc mortuus. vitam Jesu manifestabat in carne sua. qu3C diim in aliquibus ex îurpitudine obsciL-num llagitium scntiebat. pr<»- dieiosum de se olllabat
esprit des saintes douceur.s de la prière dans la plus haute contemplation. Aussi la divine chanté, qui dès le plus jeune âge était déjà répandue dans son cœur, prenait-elle en lui chaque jour d'admirables et tout extraordinaires accroissements
L'ardeur de son très grand amour parut spécialement dans les très suaves extases qui l'emportaient vers Dieu et les ravissements prodigieux qui lui étaient ordinaires. Chose admirable 1 si prononcée que fût 1 extase, la seule obéissance le rappelait à lui aussitôt. Il se distinguait en etfel par son zèle pour la pratique de cette vertu, ayant coutume de dire quelle le menait et ramenait comme un aveugle, et qu il eût préféré mourir plutôt que de ne pas obéir. I,a pauvreté du patriarche séraphique l'avait pour imitateur SI fidèle que, pré;, dc mourir. il put en toute vérité déclarer à son supérieur qu'il n'avait rien à résigner comme font d'autres religieux. Mort donc au monde comme à lui-même, il manifestait dans sa chair la vie du Seigneur .lésus. Lui qui sentait en quelques-uns la honteuse odeur du vice impur, exhalait de son corps un parfum miraculeux ; c'était, le signe de cette pureté resplendissante que, malo^ré les efforts prolongés de l'esprit immonde pour l'obscurcir, il avait conservée sans une tache, opposant à la violence des assauts une garde étroite de ses sens, une macération continuelle de son corps. Mais cette victoire, il la devait encore à la particulière protection de la très pure Vierge Marie, qu'il avait coutume d'appeler sa mère, qu'il entourait en effet comme une très douce mère de sa vénération et des plus tendres sentiments de son cœur. Combien grand n'était pas son désir de la voir aussi vénérer par d'autres, pour qu'avec son patronage , comme il disait, ils trouvassent tous les biens !
CETTE sollicitude du bienheureux provenait de sa très ardente charité pour le prochain ; le zèle des âmes qui le pressait lui faisait chercher par tous les moyens h procurer le salut de tous. Sa charité s'étendait aussi aux besoins des pauvres, des malades, des aliligés de toutes sortes, qu'il soulageait au, tant qu'il était en lui. 11 n'en excluait pas ceux qui le poursuivaient de reproches, d'injures, d'outrages de tout
odorem, indicium nitidissimœ illius puritatis, quam, immundo spiritu vehementissimis tentationibus frustra obnubilare diu conante, servavit illaesam, tum arcta sensuum custodia. tum jugi corporis maceratione tum denique spécial! protectione purissimœ Virginis Mariae, quam matrem suam appellare consuevit, acveluti Matrem dulcissimam intimo cordis affectu venerabatur, eamque ab aliis venerari exoptabat, ut cum ejusdem patrocinio, sicut ipse aiebat, omnia bona consequercntur.
H .F. r bcati .1 o sephi sollicitudo a sua erga proximos caritatc prodibat : tanto enim animarum zelo exardebat, ut omnium salutem modis omnibus instant i s s i m e procuraret. Extendens pariter caritatem suam in proximum sivc pauperem. sive infirmum, sive quacumque alia tribulatione vexatum. quantum in ipso crat, illum rccreabat.
.^0 0 Le Temps après la Pentecôte.
^cc alieni crant ab ejus caritate, qui objurgalionibus. prooris, oranisque gencris injuriis ip'^um appelèrent ; nam eadem patientia, mansuetudinc. vultusque hilaritate talia cxcipiebat, qua tôt inter ac tantas vicissitudines resplenduit. dum vcl moderatorum Ordinis. vel sacrae Inqulsitionis jussu hac illac crrare versarique coactus est. Quamquam vero populi non solum. sed viri principes eximiam ejus sanctitatem et superna charismata admirarentur. ea nihilominus erat humilitate. ut magnum se peccatorem reputans Deum enixe deprecaretur, ut sua ab eo illustria dona removeret. homines vero exoraret. ut in eum locum mortuum e)us corpus injicerent, ubi memoria sui esset
Êrorsus oblitterata At 'eus, qui ponit humiles in sublime, quique servum suum, dura viveret. cœlesti sapientia, prophetia, cordium perscrutatione, curationum gratia. ceterisque donis cumulatissime e x ot naverat, ejus quoque mortcm iis, quibus ipse antea praedixcrat. loco ne temporc, anno aetatis
I ijenre ", il les supportait avec i cette même patience, cette même douceur, cette même affabilité joveusc qu'on vit briller en lui au milieu des vicissitudes infinies de ces changfements de résidence que lui imposèrent les supérieurs de rOrdre ou la sainte Inquisition. Non seulement les peuples, mais aussi lc> princes admiraient son éminente sainteté, ses dons surnaturels ; telle était cependant son humilité, que s'estimant un ijrand pécheur, il priait Dieu instamment d éloigner de lui le? îjrâces extraordinaires, et suppliait les hommes de jeter son corps après trépas en un lieu où sa mémoire fût entièrement effacée. Mais Dieu exalte les humbles : il avait durant la vie comblé son serviteur, l'enrichissant de la sagesse du ciel, de lesprit de prophétie et de discernement des coeurs, de la puissance des miracles, de tous les dons ; il rendit aussi sa mort précieuse et son sépulcre glorieux. Joseph mourut aux temps et lieu qu'il avait auparavant prédits, en la soixante et unième année de son âge, h Osimo dans le Picénum. Ses miracles continuant après sa mort de le meure en lumière. Benoit
XIV l'inscrivit dans les fastes des Bienheureux, Clés. Joseph de Copertino, Confesseur. Soi
ment XIII dans ceux des
Saints ; Clément XIV, quiétait du même Ordre, en
étendit l'Odice et la Messe à
toute l'Eglise. *w^..^ ^^.,.^^^ ^^.^.x. j.,^.,i
obitum miraculis coruscantem Benedictus Quartusdecimus Beatorum, Clemens Tertiusdecimus Sanctorum fastis adscripsit. Ejus autem Oiïicium et Missam
Clemens Quartusdecimus ejusdem Ordinis ad universam Ecclesiam extendit.
suœ sexagesimo primo, Auximi in Piceno pretiosam reddidit. sepulchrumque gloriosum. Illum denique etiampost
ous louons Dieu pour les dons prodigieux qu'il daigna vous faire; mais vos vertus sont merveilles plus grandes. Sans elles, les premiers demeuraient suspects à l'Eglise, à l'Eglise défiante encore, le plus souvent, lorsque depuis longtemps déjà le monde applaudit et admire. "L'obéissance, la patience, la charité croissant dans l'épreuve, donnèrent en vous leur cachet d'authenticité divine incontestable à ces faits extraordinaires, dont une contre-façon grimaçante ne dépasse pas le pouvoir naturel de lennemi. Satan peut promener Simon dans les airs : il ne saurait faire un homme humble. Digne fils du séraphin d'Assise, puissions-nous à votre suite nous envoler, non par les airs, mais dans les régions de la lumière véritable où, loin de la terre et de ses passions, notre vie soit cachée comme la vôtre avec le Christ en Dieu *.
I. Collecte et Ant. propres de la fête. Col. lu, 3.
ANviER ne cesse pas d'annoncer l'K- vangile à toute créature ; son sang miraculeux perpétue le témoignage qu'il rendit au Christ. Où sont tant dhommes qui, pour croire, disent qu'ils voudraient avoir vu ? Naples aujourd'hui les appelle ; ils v verront le sang du martyr, mis en présence de sa tète tranchée pour Dieu il v a seize cents ans, bouillonner comme à l'heure où il s'échappa de ses veines sacrées. Non ; les miracles ne font pas défaut en nos temps à l'Eglise. Dieu, sans doute, ne saurait se prêter aux exigences fantaisistes d'un orgueil prétendant ciicter les conditions des prodiges qu'il réclame pour s'incliner devant la Majesté infinie. Mais l'intervention du Seigneur, se manifestant par l'interruption des H)is de nature que lui-même a posées, que lui seul peut suspendre, n'a manqué pour nul homme de bonne foi à aucune époque de l'histoire ; elle manque aujourd'hui moins que jamais.
Voici la Légende de saint Janvier et des compagnons de son glorieux martyre.
JANl'ARU'S, Rencventi 1 \ V temps où Diocléticn et episcopus, Iïicicle-|i'A Maximien persccutaicnt
s. Janvier et ses Compagnons, Mart. 3n3
les chrétiens, Janvier, cvcquc de Bénévent, fut condui't à Noie pour v répondre de sa toi devant Timothée préfet de Campanie. Là, sa constance eut à subir divers assauts. Jeté dans une fournaise ardente, il en sortit sans nul dommage, sans même que la flamme eût consumé ses vêtements ni un seul de ses cheveux. En suite de quoi, le préfet furieux commanda que l'on disloquât le Martyr, d* telle sorte que les nerfs par tout son corps fussent arrachés de leurs jointures. Cependant on avait saisi son diacre Festus et le lecteur Didier ; on les charge de chaînes, et on les traîne avec l'évêque devant le char du préfet jusqu'à Pouzzoles. Ils y sont jetés dans le même cachot où se trouvaient déjà Sosie et Proculus, diacres, le premier de Misène, le second de Pouzzoles, ainsi que les laïques Eutychès et Acutius, comme eux condamnés aux bctes.
Lv. lendemain, tous furent exposés dans l'amphithéâtre ; mais les bêtes, oubliant leur férocité naturelle, se couchèrent aux pieds de Janvier. Ce qu'attribuant à des enchantements magiques, Timothée condamna les Martyrs à la décapitation ;
tiano et Maximiano in christianos saevientibus, ad Timotheum Campaniœ prœsidem ob christianœ fidei professionem Nolam perducitur. Ibi ejus constantia varie tentata, in ardentem fornacem conjcctus, itaillœ- sus evasit, ut ne vestimentum aut capillum quidem flamma violaverit. Hinc praeses acccnsus iracundia, Martyris corpus imperat usque eo distrahi, quoad nervorum compagcs artuumque solvantur. Festus interea ejus diaconus, et Desiderius lector comprchensi, vinctique, una cum episcopo ante rhedam prassidis Puteolos pertrahuntur, et in eumdem carcerem, in quo Sosius Misenas, et Pr o eu 1 u s Puteolanus diaconus, Eutychès et Acutius laici ad bestias damnati detinehantur, simul conjiciuutur.
r> OSTERO die omnes ' in amphitheatro feris objecti sunt : quœ naturalisoblitse feritatis, ad Januarii pedes seprostravere. Id Tim.otneus magicis cantionibus tribuens, cum sententiam capitis in Christ' Mar3 04 Le Temps après la Pentecôte.
lyres pronuntiasset, oculis repente captus.orante mox beato Januario, lumen recepit : quo miraculo hominum millia fere quinque Christi tidem susceperunt. V^erum ingratus judex nihilo placatior factus beneficio, sed conversione tantae multitudinis actus in rabiem ; veritus maxime principum décréta, sanct u m episcopum c u m sociis gladio p e r c u t i jussit.
HORU.M corpora finitimae urbes, pro suo q^uaîque studio certum sibi patronum ex iisapud Deum aJoptandi, sepelienda curarunt. Januarii corpus Xeapolitani divine admonitu extulere : quod primo Beneventum, indc ad monasterium montis Virginis, postremo N e a p o I i m translaium, et in majori ecclesia condiium, multis miraculis claruit. Sed illud in primis mémorandum, quod erumpentes olim e monte \'esuvio flammarum ijlûbos, nec vicinis modo, sed longinquis etiam regionibus vastitatis melum afférentes, exsîinxit. Pr.tclarum iiludquoque, quod ejus sanguin, qui
mais soudain il perdit la vue, pour ne la recouvrer peu après qu à la prière du bienheureux Janvier. A ce miracle, environ cinq mille hommes crurent au Christ. Un tel bienfait eût dû adoucir le juge ; mais mis en rage par la conversion d'une telle multitude, et craignant par-dessus tout les édits des princes, il fit frapper du glaive le saint évêque avec ses compagnons.
DANS le désir de s'assurer parmi eux des patrons près de Dieu, les villes voisines eurent soin de leur sépulture. Les Napolitains, avertis d'en haut, prirent le corps de Janvier, qui, porté d'abord à Bénévent, puis au monastère du Mont-Vierge, fut enfin transféré à Naples et placé dans la principale église. Il v brilla par beaucoup de miracles. L'un des plus mémorables est celui par lequel il éteignit dans une éruption les flammes du \'ésuve, dont les tourbillons menaçaient de ruine, non seulement les alentoiirs, mais encore de lointaines contrées. Célèbre encore est celui-ci : le sang coagulé du Martyr est conservé dan^ une hole de verre ; or. quand on le met en présence de la
s. Janvier et ses Compagnons, M art. 3o5
tête de Janvier, on le voit se liquéfier et bouillonner d'une manière merveilleuse comme s'il venait d'être répandu ; ce prodige continue de no> jours.
in ampulla vitrea concretus asservatur, cum in conspectu capitis ejusdem Martyris ponitur. admirandum in modum •^rolliquefieri et ebullire, perinJe atque recens ell'usus, ad hac usque tempora cernitur.
SAINTS Martyrs, et vous surtout, Janvier, qui fûtes leur chef par le courage autant que par la dignité du pontificat, votre gloire présente accroît notre désir du ciel : vos luttes passées nous animent pour le combat de la vie; vos miracles permanents nous confirment dans la foi. Louange et reconnaissance vous sont par suite bien dues en ce jour de trioniphe. Nous en acquittons le tribut dans l'allégresse de nos coeurs.
Daignez, en retour, étendre jusqu'à nous la protection dont se montrent justement rières les heureuses cités qui vivent sous votre puissant patronage. Gardez ces villes croyantes dans les assauts que leur livre l'enfer. Puissiez-vous, à rencontre des défaillances sociales, offrir au Christ roi la fidélité grandissante de ceux qui de près ou de loin vous honorent !
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iNGT SEPTEMBRE ! Date qui marque Tun des plus sombres jalons de l'histoire. A l'apogée de sa puissance, aux grands jours de Pépin ei de Charlemagne, la lirie aînée de l'Eglise avaii couronné sa nicre ; reine de fait comme de droit parmi les rois de la terre, l'Eglise, dans son chef, régna jusqu'à l'heure où, après mille ans, Satan mit à profit la ruine de la France tombée, pour dépouiller Pierre du patrimoine qui assurait son indépendance. L'Exaltation de la sainte Croix projette bien toujours sur nous ses rayons.
Comme hier, un groupe de Martyrs, une famille entière, le père, la mère, les'hls, forment à l'étendard du salut un rempart glorieux. Rien de mieux attesté que l'antiquité de leur culte, en Orient comme en Occident. Moins assurés sont les détails de leur vie. Placide le tribun, dont Josèphe énumère les exploits dans sa Guerre des Juifs *, aurait-il quelque rapport avec Eustache célébré en ce jour .'' La généalogie de notre Saint le rattacherait-elle à la famille Octavia, d'où sortit Auguste.' Et faut-il voir son direct héritier
I Jos. Debello jud. III, 3, 4, i3; IV, a; V. 3.
s. Eustache et ses Compag>ions, Mari. 3o-/
dans le noble TertuUus contiant à saint Benoît son fils Placide, Tentant bien-aimé du patriarche, le protomartyr de l'Ordre bénédictin ' ? Subiaco posséda longtemps la montagne où d'antiques traditions placent le lieu de l'apparition du cerf mystérieux; Tertullus l'aurait léguée comme héritage patrimonial au monastère auquel il donnait son fils. Mais le temps nous permet à peine de rappeler du moins que ces questions furent posées ~.
Il est peu de Légendes aussi touchantes que celle de nos Martyrs.
Ei'STACHE. appelé aussi Placide, illustre entre les Romains par la naissance, les richesses et la gloire des armes, mérita sous l'empereur Trajan le titre de maître de la milice. Or, un jour que, chassant, il poursuivait un cerf de grandeur extraordinaire, l'animal s'arrêta soudain, et il vit entre ses cornes se dresser brillante l'image du Seigneur crucifié ; il entendit le Christ l'inviter à courir la proie de l'immortelle vie. Tnéopista, son épouse, et ses deux nls en bas âge, Agapit et Théopiste, entrèrent avec lui dans la milice chrétienne.
r VSTACHius, qui et '- Placidus, génère, opibus et militari gloria inter Romanos insignis, sub Trajano imperatore magistri militum titulum meruit. Cum vero scse aliquando in venatione exerceret, ac fugientem mirae magnitudinis cervum insequeretur, vidit repente inier consistentis ferae cornua excelsam atque fulgentem Christi Do mini e cruce pendentis imaginem, cujus voce ad immortalis vitœ prœdam invitatus, unacum uxore Theopista, ac duobus parvulis filiis Agapito et Theopisto, christianaî militix nomen dédit.
T. Greg. Dial. II. 3. — 2. KiRCHER, Historia Eustachio-Mariana, P. Il, III.
.Vo,s' Le Temps après la Pentecôte.
MX ad visionis pristin» locum, sicut ei Dominus prœceperat, regressus, illumprasnuntiantem audivit, quanta sibi deinccps pro ejus gloria perferenda essent. Quocirca incrcdihiles calamitates mira patientia perpessus, brevi in summam egestatem redactus est. Cumque clam se subducere cogeretur, in itinere conjugem primum, deinde etiam libcros sibi miserabiliter ereptos ingemuit. Tantis obvolutus «rumnis, in regione longinqua villicum agens, longo tempore delituit, donec cœlesti voce recreatus, ac nova occasione a Trajano conquisitus, iterum bello praeiicitur.
JLLA in expeditione, liber is simul cum uxore insperato receptis, victor Urbem ingenti omnium gratulatione ingreditur. Sed paulo post inanibus diis pro parla Victoria sacrincare jussus, constantissime renuit. Cumque variis artibus ad Christi fidem ejurandam frustra tentaretur, una cum uxore et liberis leonibus objicitur. Horum
BIENTÔT, de retour au lieu où la vision lui était apparue, selon l'ordre qu'il en avait reCfU du Seigneur, il l'entendit lui annoncer combien il aurait à souflrir désormais pour sa gloire. D incrovables calamités fondirent, en effet, sur lui, et firent briller son admirable patience. Réduit bientôt à l'indigence la plus extrême, il est contraint de se retirer secrètement. Mais en route, son épouse dabord, ensuite ses fils, lui sont enlevés dans les plus lamentables circonstances. Longtemps, sous le poids ai ses malheurs, il demeura caché dans une contrée lointaine, travaillant aux champs. Enfin une voix du ciel releva son âme; et les conjonctures devinrent telles que Trajan l'ayant fait chercher, lui confia de nouveau la conduite de la guerre.
DANS cette expédition, il letrouva d'une manière inespérée ses enfants et leur mère. Grande.s furent les félicitations de tous, au jour où, vainqueur, il rentra dans Rome. Mais, peu après, l'ordre arriva de sacrifier aux faux dieux en reconnaissance de la victoire. Eustache s'\ refusa constamment ; ce fut en, vain qu on chercha par tous les moyens à lui faire abjurer sa fut au Christ.
s. FAistache et ses Compagnons, M art. 3 or)
Avec sa femme et ses fils, on le jeta aux lions dont "la douceur rendit l'empereur furieux. II commanda qu'on enfermât les martyrs dans un taureau d'airain rougi au feu. Ce fut de là qu'ayant consommé leur victoire en glorifiant Dieu, ils s'envolèrent ensemble à l'éternelle félicité le douze des calendes d'octobre. Leurs corps, retrouvés intacts, furent ensevelis pieusement par les fidèles ; on les porta dans la suite avec honneur à l'église bâtie sous leur nom.
mansuetudine concitatus imperator, aeneum in taurumsubjectis flammis candentem eos immitti jubet, ubi divinis in laudibus consummato martyrio, duodecimo calendas octobris a sempiternam felicitatem convolarunt. Quorum illassa corpora religiose a fidelibus sepulta, postmodum ad ecclesiam, eorum nomine crectam, honorifice translata sunt.
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[OS épreuves sont légères près des vôtres, ô Martyrs! Obtene"z-nous de ne point tromper la confiance du Seigneur, quand il nous appelle à souffrir pour lui dans ce monde. La gloire au ciel est à ce prix. Comment triompher avec le Dieu des armées, si nous n'avons marché sous son enseigne ? or, cette enseigne est la Croix. L'Eglise le sait, et nulles extrémités ne la troublent. Llle n'ignore pas que TEpoux veille, même quand il semble dormir; elle compte que ses fils déjà glorifiés la protègent... O Martyrs, depuis combien d'années pourtant l'invasion sacrilège assombrit ce jour de votre victoire! Rome vous gardait avec tant d'amour ! Vengez-vous des audaces de l'enfer, et délivrez-la.'
apôtrp: i:t évangkliste.
ÉNKALOGu: de Jésus-Christ fils de David, fils d'Abraham *. A la suite de TAi^le et du Lion, levés les premiers au ciel de la sainte Liturgie, l'Homme parait, en attendant c]ue se complète, au mois prochain, le glorieux quadrige promenant le char de Dieu par le monde ^, entourant son trône dans les cieux 3. Etres mystérieux, aux six ailes de séraphins, dont les yeux sans nombre hxcnt TAgneau debout sur le trône et comme immole ^, dont la voix répète jour et nuit : Saint, Saint, Saint est le Seigneur Dieu tout-puissant, qui était, et qui est, Cl qui doit venir ■'*. Jean les voit donnant le signal de l'acclamation des élus au Créateur 6 et Rédempteur 7; et quand toute créature, au ciel, sur la terre, sous la terre, a reconnu prosternée les titres de l'Agneau vain3ueur à la divinité, à la gloire, à l'empire ans les siècles sans fin ^, c'est encore eux qui scellent de leur témoignage pour l'éternité l'hommage du monde,' disant : Amen ! il est ainsi '-♦ !
7. Ihid. V, K-12. — K. Ihid. r:>. — «) Ihid. l |.
s. Matthieu, Apôtre et Évangéliste. .^ 1 1
Il est donc grand et -tout insigne l'honneur des Evangélistes. Matthieu, le donné, mérita son beau nom du jour où, à la parole de Jésus : Suis-moi, il se leva et le suivit ^ ; mais le don de Dieu au publicain des bords du lac de Tibériade dépassa celui qu'il faisait luimême. Le Très-Haut, dont les regards atteignent d'au delà des cieux ce qu'il y a de plus fcas sur la terre, aime à choisir parmi les humbles les princes de son peuple 2. Au plus bas rang social, Lévi l'était par sa profession, décriée du juif, méprisée du gentil ; mais plus humble encore apparut-il en son cœur, lorsque, n'imitant pas la délicate réserve à son endroit des autres narrateurs sacrés, il inscrivit devant l'Eglise son titre honni d'autrefois à côté de celui d'apôtre -K
C'était relever la miséricordieuse magnificence de Celui qui est venu pour guérir les malades et non les forts, pour appeler, non les justes, mais les pécheurs * : c'était, en exaltant l'abondance de ses grâces, en provoquer la surabondance : Mattnieu fut appelé à écrire le premier Evangile. Sous le souffle de l'Esprit, il écrivit, dans cette inimitable simplicité qui parle au cœur, l'Evangile du Messie attendu d'Israël et que les Prophètes avaient annoncé ; du Messie docteur et sauveur de son peuple, descendant de ses rois, roi lui-même de la fille de Sion ; du Messie enfin venu, non pour détruire la Loi ^, mais pour la conduire au plein épanouissement de l'alliance universelle et éternelle.
I . Matth. IX. Q. — 2. Psalm cxii. 4-8. — 3. Matth.
X; 3. — 4. IbiJ. "ix. 12-1 3. — 5. IbiJ. V, 17.
3i2 Le Temps après la Pentecôte.
Ce fut à l'occasion du banquet offert par la simplicité de sa reconnaissance au bienfaiteur divin, qu'on entendit Jésus, prenant la défense de Lévi autant que la sienne, répondre au scandale qu'y cherchaient plusieurs : Est-ce que les fils de l'Epoux peuvent gémir, tant que lEpoux est avec eux ? Mais viendront des jours oii lEpoux leur sera enlevé, et alors ils jeûneront i. Clément d'Alexandrie atteste par la suite, en effet, Taustérité de TA- Çôtre qui ne vivait que de légumes et de fruits sauvages 2. Mais la Légende nous dira aussi son zète pour Celui qui s'était si suavement révélé à son cœur, sa fidélité à lui garder les âmes enivrées du vin qui fait gerrner les vierges K Ce fut son martyre; le témoignage du sang fut pour lui d'afrirmer les devoirs et les droits de la virginité sainte. Aussi, jusqu'à la tin des temps*", l'Eglise, consacrant ses vierges, reprendra pour chacune la bénédiction qu'il prononça sur l'Ethiopienne, et que le sang de TApôtre-Evangéliste a pénétrée de sa vertu pour jamais *.
L'Eglise nous donne ce court récit d'une vie moins connue des hommes que de Dieu,
MArrH.tus, qui ci l.ovi. Aposioliis et Kvangelista, Gapliarnal cum ad tclonium sedcret, a Christo vocatus.
MA I THlEtT. nomme encore Lévi, fui Apolre et Evanpélistc. Le (Christ l'appela comme il était assis à son bureau de collecteur
3. Zach. IX, 17. — 4. Pontificale roin. De bcnedict. et consccrat Virijinuin t Dciis plasinator corporuin, alllator animarum.
s. Matthieu, Apôtre et Evangélistc. 3 13
d'impôts, et aussitôt il le suivit ; c'était à Capharnaûm. Il fit à' cette occasion un festin au Maître et à ses autres disciples. Après la résurrection du Seigneur, Matthieu fut le premier qui écrivit l'Evangile de JésusChrist; il le fit en hébreu, pour les fidèles venus de la circoncision, étant encore en Judée et avant de se rendre dans la province échue h son apostolat. Gagnant bientôt après cette province, qui était l'Ethiopie, il y prêcha l'Evangile et confirma sa prédication par beaucoup de miracles.
LE moindre ne fut pas celui par lequel il ressuscita la fille du roi d'entre les morts, prodige qui fit embrasser la foi du Christ au roi son père, à l'épouse de celui-ci, à tout le pays. Mais le roi mort, Hirtacus. son successeur, prétendant à la main d'Iphigénie la princesse royale, et celle-ci, qui avait consacré à Dieu sa virginité entre les mains de i'Apôtrc, persévérant grâce à lui dans sa résolution sainte, le prince le fit tuer à l'autel ou il célébrait les Mystères. Ce fut le onze des calendes d'octobre qu'il couronna son apostolat de la gloire du martyre. Son corps, transporté à Salerne, y fut
statim secutus est ipsum : quem etiam cum reliquis discipulis convivio e X c e p i t. Post Christi resurrectionem, antequam in provinciam proficisceretur, quai ei ad prœdicandum obtigerat, primus in Judaea, propter eos qui ex circumcisione crediderant, Evangelium Jesu Christi hebraice scripsit. Mox in .-Ethiopiam profectus, Evangelium praedicavit, ac pra:dicationem multis miraculis confirmavit.
ILLO igitur in primis ^ miraculo, quo régis fillam a mortuis excitavit, regem patrem, et uxorem ejus, cum universaprovinciaad Christi fidem convertit. Rege mortuo, Hirtacus, ejus successor, cum Iphigeniam, regiam filiam, vellet sibi dari in matrimonium, Matthaeum, cujus opéra illa virginitatem Deo voverat, et in sancto proposito perseverabat, adaltare mysterium celebrantem jussit occidi. Qui undecimo calendas octobris munus apostolicum martyrii gloria cumulavit. Cujus corpus Salernum trans3r4 l^e Temps après la Pentecôte.
latum. ac posimodum in ccclcsia ejus nomine tlcdicata. Gregorio Septimo Summo Pontificc conditum, ibidem magno lîominiim concursu ac pietatc colitur.
plus tard, au temps du Souverain Pontife Grégoire V'II, placé dans une église dédiée sous son nom ; il y est honoré pieusement par un grand concours de peuple.
/"^OMBIEN votre humilité plut au Seigneur 1 "^ C'est elle qui vous mérite d'être aujourd'hui si grand dans le royaume des cieux ^ ; c'est elle qui tit de vous le confident de l'éternelle Sagesse incarnée. Cette Sagesse du Père qui se détourne des prudents et se révèle aux petits -, renouvela votre âme dans sa divine intimité et la remplit du vin nouveau de sa céleste doctrine s. Si pleinement vous aviez compris son amour, qu'elle vous choisit pour premier historien de sa vie terrestre et mortelle. Par vous, l'Homme-Dieu se révélait à l'Eglise. Magnifiques enseignements que les vôtres ^, ne se tient pas de dire l'Epouse dans l'auguste secret des Mystères, ou clic recueille Ihéritage de celle qui ne sut comprendre ni le Maître adoré, ni les Prophètes; qui l'annoncèrent !
Mais il est une parole entre toutes que ceux-là seuls comprennent, des élus mômes, à qui est donné de la comprendre ^ ; de même qu'au ciel tous ne suivent point l'Agneau partout où il va 6, que tous non plus ne chantent pas le cantique réservé à ceux-là seuls dont les affections ici-bas ne furent point
ix, 17. — 4 Secrète de la foie. —
s. Alatthieii, Apôtre et Evangélistc. 3 15
divisées ^ Evangéliste de la virginité ^ comme vous en fûtes l'hostie, veillez sur la portion choisie du troupeau du Seigneur.
N'oubliez cependant, ô Lévi, nul de ceux pour qui vous nous apprenez que l'Emmanuel a reçu son beau nom de Sauveur 3. Le peuple entier des rachetés vous vénère et vous prie. Par la voie qui nous reste tracée grâce à vous dans l'admirable Sermon sur la montagne '*, conduisez-nous tous à ce royaume des cieux dont la mention revient sans tin sous votre plume inspirée.
I. I Cor. VII, 33. — 2. Matth. XXV, i-i3. — 3. Ibid.
I, 21, 23. — 4. Ibid. v-vil.
N iTiy, une épreuve douloureuse frappait la grande famille des Augustins : Luther, sorti d'elle, lançait Te cri de révolte auquel toutes les convoitises allaient faire écho pour des siècles. Mais rOrdrc illustre qui, sans le savoir, avait nourri ce rejeton du serpent, était resté bien méritant du Seigneur ; pour la consolation des instituts dont ^excellence même expose à de plus lourdes chutes les sujets parjures, le ciel en donnait sans tarder la preuve C'était aux premières v^êpres de la Toussaint que l'hérésiarque affichait dans Wittemberg ses thèses fameuses contre les Indulgences et'l'autorité du Pontife romain ; or, un mois ne s'était pas écfulc que, le 25» novembre de cette même aînée ôiy, Salamanque voyait Thomas de Villeneuve s'engager à nicii et prendre parmi les Augusti'ns la place qu y laissait Luthei. Dans les tempêtes sociales, sous le fracas ces bouleversements du monde, un saint glortîe plus la tranquille rrinitc que tout l'enfei ne saurait l'atteindre.
A la lumière de ces pensées, nous comprt'ns. Thomas de Vïileneiive, Ev. et Conf. ^ij
drons mieux l'opportunité de la fête de ce jour et du récit qui va suivre.
'"jHOMAs naquit i S'neur mil
l'an du Seigneur mil quatre cent quatre-vingt-huit, au bourg de Fuenllana du diocèse de Tolède en Espagne. Dès le début de la vie, il fut initié par ses saints parents à la jjiété et à cette miséricorde extraordinaire pour les pauvres dont il donna, encore enfant, nombre de preuves, au point que même, plus d'une fois, il se dépouilla de ses propres vêtements pour couvrir ceux qui étaient nus. Sorti du premier âge, on lenvova à Alcala pour étudier les lettres au grand collège de saint Ildefonse. Rappelé parla mort de son père, il consacra tout l'héritage qui lui revenait à l'entretien des vierges sans fortune, et revint aussitôt continuer ses études. Après avoir achevé le cours de théologie, sa doctrine parut si érainente qu'on lui donna une chaire dans cette Université. Il y traita des questions philosophiques et théologiques avec un succès admirable. Cependant il implorait du Seigneur, en d'assidues et instantes prières, la science des saints et un genre de vie conforme à ses aspirations de droiture. Dieu donc lui inspira d embrasser 1 institut des ErPho .m -V s in oppido ' Fontisplani Tolelanre diœceseos in Hispania natus anno Domini millesimo quadringentesimo octogesimo octavo, ab optimis parentibus ineunte vita pietatem et singularem in paupcres mis^ricordiam accepit : cujus adhuc puer complura dédit exempla ; sed illud in p r i m i s nobile, quod ut nudos operiret, propriis vestibus non semel seipsum exuit. Exacta pucritia, Compluto, quo missus fuerat, ut alumnus in collegio majori sancti Ildefonsi litteris operam daret, patris obitu revocatus, universam haereditatem egenis virginibus alendis dicavit ; codemque statim reversus est, et sacrae theologiae cursu confecto, adeo doctrina excelluit, ut in eadem Universitate cathedram ascendere jussus, philosophicas theologicasquequasstiones mirabiliter explanavertt : intérim assiduis precibus scientiam sanctorum, et rectam vitae morumque normam a Domino vehementis3i8 Le Temps après la Pentecôte.
simc postulans. Quarc divino instinctu Eremitarum sancti Augustin' amplexus eslinstitutum.
RELIGIONEM professas, omnibus r el i g ios i hominis virtutibus et ornamentis excelluit.humilitate, patientia, continentia, sed ardentissima caritate summe conspicuus : inter varies et as>iduos labores orationi rerumque divinarum meditalioni invicto spiritu semper intentas, f^raedicandi onus, utpote sanctiraonia et doctrina praestans, subire jussus, cœlesti aspirante gratia, innumerabiles e vitiorum cœno in viam salutis eduxit. Regendis deinde fratribus admotus, prudentiam, ctqiiitatcm et mansuetudinem pari sedulitatc ac severitate conjunxit : adeo ut priscam sui Ordinis disciplinam multis in locis vel tirmaverit, vel reslitucrit.
(^RANATENSis archicJ piscopus designatus, mira humilitate et constantia insigne munus rejecit. Verum non multo post \'alenlinam ecclesiam. superiorumauctoritaïc coacuis, "ubcrmiies de Saint -Augustin.
I ) ROFÈs, on vit briller en
' lui excellemment toutes les vertus qui parent le religieux, l'humilité, la patience, la pureté, l'ardente charité surtout qui le caractérise. La diversité ni la continuité de ses travaux ne purent jamais distraire son âme persévéramment fixée dans la prière et la méditation des choses divines. Sa sainteté et sa science, également supérieures, lui tirent imposer le fardeau de la prédication ; innombrables furent ceux que sa parole, animée par la grâce céleste, ramena du bourbier des vices à la voie du salut. Appelé ensuite à conduire ses frères, il sut allier avec un zèle sévère la prudence, l'équité, la douceur; d'où advint que la discipline primitive de son Ordre se trouva par lui soit affermie, soit rétablie, en beaucoup de lieux.
T OM.MÉ à l'archevêché de Grenade, son admirable humilité refusa invinciblement cet insigne honneur. Mais peu après, l'ordre de ses supérieur» le contraignit d accepter le gouvernement de l'église de \ alence ; il s'v
s. Thomas de Villeneuve, Kv. et Couf. 3iQ
montra, pr.ls dj onze années, le plus saint et le plus vigilant des pasteurs. Sans rien changer aucunement à sa manière de vivre antérieure, il donna seulement plus libre carrière à son insatiable charité, grâce aux riches revenus de son église qu'il distribuait aux pauvres, sans se réserver même un lit ; car le lit d où il s'envola au ciel lui fut prêté par celui auquel il l'avaiidonné en aumône peu auparavant. Ce fut le six des ides de septembre, à l'âge de soixante-huit ans, qu'il s'endormit dans le Seigneur. Dieu voulut attester la sainteté de son serviteur par des prodiges, après comme avant sa mort ; un grenier complètement épuisé par les distributions faites aux pauvres, se trouva rempli de blé subitement ; un enfant ressuscita à son tombeau. Ces grands miracles, et beaucoup d'autres qui le mettaient en lumière, amenèrent le Souverain Pontife Alexandre VII à l'inscrire au nombre des Saints ; il fixa au quatorze des calendes d'octobre le jour où serait célébrée sa mémoire.
nandam susccpit : quam annis ferme undecim ita rexit, ut sanctissimi et vigilantissimi pastoris partes expleverit. Ceterum consueta vivcndi ratione nihil admodum immutata. inexplebili caritati multo magis induisit, cum amplos ecclesia? reditus in egenos dispersit, ne lectulo quidem sibi relicto : nam cum, in quo decumbebat. cum in cœlum cvocaretur, ab eodem commodatum habuit, cui paulo ante eleemosynœ ioco donaverat. Obdormivit in Domino sexto idus septembris, annos natus octo et sexaginta. Servi sui sanctitatem adhuc viventis, et exinde
Ëost mortem, miraculis • eus testatam voluit ; prœsertim, cum horreum, frumento pauperibus distributo, penitus vacuum, repente plénum inventum est, et cura ad cjus sepulchrum puer mortuus revixit. Quibus aliisque non paucis fulgentem signis Alexander Septimus Pontifex
M a X i m u s Sanctorum numéro adscripsit, atque ejus memoriam quarto decimo calendas octobris celebrari mandavit.
320 Le Temps après la Pentecôte.
•\«DTRE nom comme votre justice demeureront à jamais ; car vous avez, ô Thomas, répandu les bienfaits avec profusion sur le pauvre *, et toute l'assemblée des saints publie vos aumônes '^. Enseignez-nous la miséricorde envers nos frères, pour obtenir nous-mêmes, votre prière aidant, miséricorde auprès de Dieu.
\'ous êtes puissant près de la Reine des cieux, dont vous aimiez à publier les louanges en cette terre de l'exil. Le jour de sa bénie nativité fut celui de votre entrée dans la vraie patrie. Apprenez-nous à la connaître toujours plus; faites-nous croître en son amour.
Protégez TEspagne dont vous êtes l'honneur, votre Eglise de Valence, l'Ordre où vous précédèrent dans les voies de la sainteté Nicolas de Tolentino et Jean de Sahagun. Bénissez, au pays de F'rance, ces héritières de votre charité dont la pieuse milice, depuis trois siècles bientôt, tait bénir le nom de saiht Thomas de \'illeneuve et celui de saint Augustin votre père.
Puissent, dans le monde entier, les prédicateurs de la parole sainte mettre à profit les monuments neureusement conservés d'une éloquence qui vous rendit l'oracle des princes et la lumière du pauvre, qui vous tit proclamer l'organe de l'Esprit-Saint ^.
I. Psalm. CXI, 9 ; Ant. de Maf;nificat. — 2. Eccli.
xxxi, II ; Ant. de Benedictiis. — 3. Alexand. Vil, Bulla canunizat.
Mém. de S. Maurice et ses comp , Mart. 3-2 1
SioN en Valais, aii lieu dit Agaune, le natal des saints Martyrs Maurice, Exiipère, Candide, Victor, Innocent et Vital, avec leurs compagnons de la légion Thébèenne, qui, massacrés sous Maximien pour le Christ, ont rempli le monde de la renommée de leur mort 1. Avec Rome, ayons un souvenir pour ces vaillants dont le patronage fait la gloire des armées chrétiennes et d'Eglises sans nombre. « Empereur, nous sommes vos soldats, disaient-ils ; nous sommes aussi pourtant les serviteurs de Dieu. Pour lui turent nos premiers serments; si nous violons ceux-là, quelle confiance aurez-vous dans les autres 2 ? » Il n'est consigne ou discipline qui l'emporte sur rengagement du baptême. Quand s'affirme en race des princes le Dieu des armées, l'honneur et la conscience font un devoir à tout soldat de préférer l'ordre du Chef à celui des subalternes.
DIEU tout-puissant, daignez nous entendre : que la solennité festive de vos saints Martyrs Maurice et ses compagnons soit pour nous source d'allégresse ; comme leur suffrage est notre appui, que leur naissance au ciel soit notre gloire. Par Jésus-Christ.
AN'NUE, qujesumusomnipotens Deus : ut sanctorum M a r t y r u m tuorum Mauritii et Sociorum ejus nos lœtificel festiva solemnitas ; ut quorum suffragiis nitimur, corum natalitiis gloriemur. Per Dominum.
l. Martyrologe, à ce jour. vium.
2. EuCHEH. ad Syl- j
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• NE obscurité mystérieuse entoure la vie des premiers Vicaires de THomme-Dieu ; ainsi se dérobent aux yeux les premières assises d'un monument fait pour défier la durée. Porter TEglise éternelle, est assez pour leur gloire ; assez pour justifier notre confiance, animer notre gratitude. Laissons disserter les doctes sur tel ou tel point de la courte Légende qui va suivre ; cette fête était réclamée par le cœur de TEpouse : elle est le témoignage de sa vénération émue pour Thumble et doux Pontife qui, le premier, rejoignit Pierre aux cryptes Vaticancs.
LINUS Pontifex, Volaterris in Etruria natus, primus post Petrum gubernavit Ecclesiam. Cujus tanta fides et sanctitas luit, ut non solum dacmones ejiceret, scd cliam mortuos revocaret ad vitam. Scripsit res gcstas beati Petri, et ca maxime qu3 ah illo acia siint contra Simonem maj^um. Sancivit, ne qiia mulier. nisi veLIN, Pape, né en Toscane à Volterra, gouverna le premier l'Eglise à la suite de Pierre. Si grandes étaient sa foi et sa sainteté que non seulement il chassait les démons, mais ressuscitait aussi les morts. Il écrivit les actes du bienheureux Pierre, et spécialement ce qu'il avait fait contre Simon le magicien. 11 décréta qu'aucune femme n'entrerait dans l'église sans voile sur sa tète.
Saint Lin, Pape et Martyr.
La consiance de sa foi chrétienne valut au Pontife une sentence de décapitation de la part de Saturninus, consulaire impie et ingrat, dont il avait délivré la fille que tourmentaient les démons. On l'ensevelit au Vatican près du tombeau du prince des Apôtres, le neuf des calendes d'octobre. Il siégea onze ans, deux mois, vingttrois jours ; en deux fois, au mois de décembre, il créa quinze évéques et dix-huit prêtres.
lato capite in ecclesiam introiret. Huic Pontifici caput amputatum est ob constantiam christianae fidei, jussu Saturnini impii et ingratissimi consularis, cujus filiam a daemonum vexatione liberaverat. Sepultus est in Vaticano prope sepulchrum principis Apostolorum, nono calendas octobris. Sedit annos undecim, menses duos, dies viginti très, creatis bis mense decembri episcopis quindecim, presbyterisdecem et octo.
r^ E fut personnellement et à la vue de tous, ^ que le Seigneur investit Simon tils de Jean du pontificat suprême ; non moins directement, bienheureux Pontife, mais invisiblement, vous reçûtes de Jésus les clefs du royaume des cieux. A vous commence ce règne complet de la foi pure où l'Eglise, sans ouïr derechef l'Homme-Dieu dire à Pierre : Pais mes brebis, s'incline pourtant devant la permanence de son autorité en l'homme dûment désigné comme représentant de l'Epoux. Obtenez que les ombres d'icibas ne rendent jamais incertaine notre obéissance ; faites qu'au jour de l'éternité, nous méritions de contempler avec vous le Chef divin dans la lumière .
324 I^c Temps après la Pentecôte.
OME associe aux honneurs du premier successeur de Pierre la mémoire sainte de Thècle la protomartyre Faisons comme elle écho en ce jour au concert unanime des Pères de TOrient et de i"Occidcnt. Lorsque, sur la fin du m® siècle de notre ère, Méthodius, le Pontife Martyr, donnait à l'Eglise son Banquet des vierges, û plaçait au front de la vierge d'Icône la plus belle des couronnes distribuées aux convives de TEpoux i. C'était justice pour celle que Paul avait formée, la rendant plus supérieure encore dans l'Evangile qu'elle ne l'était dans la philosophie et toute science -. L'héroïsme avait en elle suivi la lumière ; la force de l'àme y soutint la magnanimité des résolutions ; la gloire d'un multiple martyre fut acquise à celle dont le corps, aussi ferme que l'àme en sa blancheur virginale 3, triompha du feu, des fauves, des monstres marins.
C'est elle qui triomphe encore au B.inqiiet mystérieux. La Sagesse est en elle, cithare divine harmonisant son âme, résonnant, sur ses lèvres en accents d'admirable éloquence *•, en sublime poésie. Quand, le festin achevé, les vierges debout rendent grâces au Seigneur, c'est elle qui préside le chœur, et elle chante :
« Pour vous. Epoux , je me garde pure ; je viens à vous, ma lampe allumée.
« j'ai fui les délices de la vie, l'amère félicité des humains ; j'aspire à voir toujours votre
1. Method. Conviv. dec. virg. XI. !. — 2. IhiA.
VII, IX. — 3 ./*ii. VIII, XVII.— 4. Ibid. Vil, IX ; VIU.
Mémoire de Sainte TJicclc, Martyre. 3^5
beauté. — Pour vous^ Epoux, je me garde pure ; )"c viens à vous, ma lampe allumée.
« J'ai dédaigné l'union d'un mortel, j'ai quitté la maison remplie d'or; recevez-moi au bienheureux secret de votre amour. — Pour vous, Epoux, je me garde pure; je viens à vous, ma lampe allumée.
« Du dragon j'ai déjoué les ruses, du feu j'ai bravé la'flamme, des animaux féroces j'ai subi les assauts; je vous attends des cieux. — Pour vous. Epoux, je me garde pure ; je viens à vous, ma lampe allumée.
« O Verbe, éprise de vous, j'ai oublié la terre de ma naissance, j'ai oublié les jeux des compagnes de mon âge, et ma mère, et mes nobles'aïeux ; car vous m'êtes tout, ô Christ. — Pour vous, Epoux, je me garde pure ; je viens à vous, ma lampe allumée *. »
DIEU tout-puissant, nous célébrons le jour natal de la bienheureuse Thécle, votre Vicra;e et Martyre : que cette solennité annuelle soit notre joie ; que l'exemple d'une si grande foi nous soit profitable : c'est la prière que nous vous adressons. Par Jésus-Christ.
DA, quœsumus omnipotens Deus: ut qui beatœ Theclœ Virginis et Martvris tuas natalitia colimus, et annua solemnitate lœtemur, et tanta; fidei proficiamus exemplo. Per Dominum.
I. ^Tethod. Conviv. dec. virg. XI, ii.
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i i\ i:.-Lj.\M i-, LJ[ IV <J .
EPTRMBRE sc termine avec la lecture du livre de Judith et de celui d'Esther en TOffice du Temps. Libératrices glorieuses, qui tigurèrent Marie dont la naissance illumine ce mois d'un éclat si pur, dont, sans plus tarder, le secours est acquis au monde.
Adoyiaï, Seigneur, vous êtes grand ; nous vous admirons, Dieu qui remette^ le salut aux mains de la femme i : ainsi l'Eglise ouvre l'histoire de l'héroïne qui sauva Béthulie par le glaive, tandis que, pour arracher son peuple à la mort, la nièce de Mardochée n'employa qu'attraits et prières. Douceur de l'une, vaillance de l'autre, beauté des deux, la Reine que s'est choisie le Roi des rois éclipse tout dans sa perfection sans rivale; or, la fête présente est un monument de la puissance qu'elle déploie pour délivrer, elle aussi, les siens.
Le Croissant ne grandissait plus. Refoulé sur la terre des Espkgnes, contenu en Orient par le royaume latin cle Jérusalem, on le vit, dans le cours du xn* siècle, demander plus que jamais à la piraterie les esclaves que la conquête avait cessé de lui fournir. Moins
I. Ant, ad Magnificat in i'» "Vesp. Dom. iv scp-j tembr.
Notre-Dame de la Merci. 327
inquiétée par les croisés d'alors, l'Afrique sarrasine courut la mer pour alimenter le marché musulman. L'âme frémit à la pensée des innombrables infortunés de toute condition, de tout sexe, de tout âge, enlevés sur les côtes des pays chrétiens ou capturés sur les flots, et subitement distribués entre le harem ou le bagne. Il y eut là pourtant, sous l'affreux secret de geôles sans histoire, d'admirables héroïsmes''où Dieu ne fut pas moins honoré que dans les luttes des anciens martyrs remplissant à bon droit le monde de leur renommée ; sous l'oeil surpris des Anges, après douze siècles, il y eut là pour Marie l'occasion d'ouvrir, dans le domame de la charité, des horizons nouveaux où les chrétiens restés libres, se dévouant à sauver leurs frères, feraient preuve eux-mêmes dhéroïsmes encore inconnus. Et n'est-ce point là, amplement justifiée, la raison qui permet le mal passager de cette terre ? sans lui, le ciel, qui doit durer toujours, eût été moins beau à jamais.
Lorsque, en 1696, Innocent XII étendit la fête de ce jour à" l'Eglise entière, il ne fit qu'offrir à la reconnaissance du monde le moyen de s'exprimer dans un témoignage aussi universel que l'était le bienfait.
A la différence de l'Ordre de la Très Sainte Trinité qui l'avait précédé de vingt ans, celui de la Merci, fondé pour ainsi dire en plein champ de bataille contre les Maures, compta plus de chevaliers que de clercs à son origine. On le nomma l'Ordre royal, militaire et religieux de Notre-Dame de la Merci pour la rédemption descaptifs. Ses clercs vaquaient plus spécialement à l'accomplissement de l'Office
.?rî.V Le Temps après la Pentecôte.
du chœur dans les commandcrics ; les chevaliers surveillaient les cotes, et s'acquittaient de la mission périlleuse du rachat des prisonniers chrétiens. Saint Pierre Nolasque fut le premier Commandeur ou grand Maître de l'Ordre; on le retrouva, lors cie l'invention de ses précieux restes, armé encore de la cuirasse et de Vàpéc.
Lisons les lignes suivantes où l'Eglise, rappelant des faits déjà connus ', nous donne aujourd'hui sa pensée.
Ouo icinpore major fcliciorque Hispaniarum pars diro Saracenorum opprimebatur jugo, innumerique fidèles sub immani servitute, maximo cum periculû christianse 6dei abjurandae amittendjeque salutis aeternaï, infeliciter detinebantur, beatissima cœlorum Regina, tôt tanlisque beniçniter occurrcns malis, nimiam caritatem suam in iis rcdimendis ostendit. Nam sancto Petro Xolasco, pietate et opibus florenti, qui sanctis vacans mcditalionibus juîfiter animo rccogitabat qua ratione tt>t Ghristianorum œrumnis sub
A f temps où le joug du ^ Sarrasin pesait de tout son poids sur la plus grande et la plus fortunée partie des Espagnes. lorsquinnombrables étaient les malheureux fidèles exposés sous une affreuse servitude au danger imminent de renier la foi et d'oublier leur salut éternel, la Reine bienheureuse des cieux, subvenant dans sa bonté à tant de maux, mi ntra sa grande charité pour racheter les siens. Elle apparut à saint Pierre X ;- lasque, dont la pi.'té égalait la fortune et qui, dans ses méditations devant Dieu, songeait sans cesse au moyen de secourir tant d'infortunés chrétiens prisonniers des Maures; douce et propice,
1. Fêtes des S. S. Pierre Nolasque et Raymond de i'egnafort, 3i et 2? janvier.
Notre-Dame de la Merci.
32q
la Vierge bienheureuse daigna dire qu'elle aurait pour très agréable, ainsi que son unique- Fils, que fût fondé en son honneur un Ordre religieux auquel incomberait la tâche de délivrer les captifs de la tyranfiie des Turcs. Animé par cette vision du ciel, on ne saurait dire de quelle ardeur de charité ne fut pas embrasé
1 homme de Dieu ; il n'eut plus qu'une pensée au cœur : se dévouer, lui et l'Ordrj qu'il devait établir, à la pratique de cette très haute charité qui consiste à livrer sa vie pour ses amis et son prochain.
OR, en cette même nuit, la Vierge très sainte s'était révélée au bienheureux Raymond de Pegnafort et au roi .Jacques d'Aragon, leu. signifiant également son désir au sujet desdits religieux et les priant de s'employer pour une œuvre de telle importance. Pierre donc étant de suite accouru aux pieds de Raymond, qui était son confesseur, pour lui raconter toute chose, le trouva lui-même instruit d'en haut, et se soumit humMaurorum captivitate degenlium succurri posset, ipsamet beatissima Virgo serena fronte se conspiciendam dédit, et acceptissimum sibi ac unigenito suo Filio fore dixit, si suum in honorera institueretur Ordo religiosorum, quibus cura incumberet captivos e Turcaruin tvrannide libcrandi. (Jua cœlesti visione vir Dei recreatus, mirum est, que caritatis ardore flagrare ciL-perit, hoc unum servans in corde suo, ut ipse, ac instituenda ab eo religio maximam illam caritatem sedulo exercèrent, ut quisque animam suam poneret pro amicis et proximis suis.
A ipsa nocte eadem Virgo sanctissima beato Raymundo de Pennafort, et Jacobo Aragoniœ régi apparuit, idipsum de religiosis instituendis aJmonens, suadensque, ut opem pro constructione tanti operis ferrent. Petrus autem statim ad Raymundi pedes, qui ipsi erat a sacris confessionibus, advolans, ci rem omnem aperuit : qucm etiam cœlitus instruclum reperit, ejusque directioni se humillime subjecit. At superveniens J a c o b u s rex, quam et ipse acceperat a beatissima Virgine, revelationem exsequi statuit. Unde collatis inter se consiliis, et consentientibus animis, in honorera ejusdem Virginis Matris Ordinem instituere aggressi sunt. sub invocationc sanctaî Marias de Mercede Redempt i o n i s captivorum.
r\ lE igitur décima au*-' gusti anno Domini millesimo ducentesimo decimo octave, rex idem Jacobus eam institutionem jampridem ab iisdem sanctis viris conceptam exsequi statuit, sodalibus quarto voto adstrictis, manendi in pignus sub paganorum potestate, si pro christianorum liberatione opus fuerit. Quibus rex ipse arma sua regia in pectore déferre conccssit, et a Gregorio Nono illud tam praecellentis erga proximum caritatis institutum et religionem confirmari curavit.Scd et ipse Deus per Virginem Mat rem incrementum dédit, ut talis institutio celerius acfelicius totum
blement à sa direction. Le roi Jacques survint alors, honoré lui aussi des révélations de la bienheureuse Vierge, et résolu de leur donner suite. C'est pourquoi, après en avoir conféré entre eux, d'un commun accord, ils entreprirent d'instituer en l'honneur de la Vierge Mère l'Ordre auquel serait donné le nom de Sainte-Marie de la Merci pour la Rédemption des captifs.
LE dix août donc de l'an du Seigneur douze cent dix-huit , le roi Jacques exécuta le dessein précédemment mûri par ces saints personnages ; par un quatrième vœu, les nouveaux religieux s'obligeaient à rester en gage sous puissance des païens, s il était nécessaire pour la délivrance des chrétiens. Le roi leur accorda de porter sur la poitrine ses propres armes ; il prit soin d obtenir de Grégoire IX la confirmation d'un institut religieux que recommandait une charité si éminente envers le prochain. Mais lui aussi Dieu même, par la Vierge Mère, donna tels accroissements à l'œuvre qu'elle fut bientôt heureusement connue dans le monde entier : elle
Notre-Dame de la Merci. 33 1
compta nombre de sujets remarquables en sainteté, piété, charité, recueillant les aumônes des fidèles du Christ et les employant au rachat du prochain, se livrant euxmêmes plus d'une fois pour la délivrance dun grand nombre. Il convenait que pour une telle institution, pour tant de bienfaits, de dignes actions de grâces fussent rendues à Dieu et à la Vierge Mère ; et c'est pourquoi le Siège apostolique, après mille autres privilèges dont il avait comblé cet Ordre, accorda la célébration de cette fête particulière et de son Office.
per orbem divulgaretur, sanctisque viiis floruerit caritate ac pietate insignibus, qui eleemosvnas a Christi fidelibus collectas in pretium redemptionis suorum proximorum expenderent, seque ipsùs interdum darent in redemptionem multorum. Ut autem tanti beneficii et institutionis debitae Deo et Virgini Matri referantur gratia?, Sedes apostolica hanc peculiarem festivitatem celebrari, et Officium recitari induisit, cum alia fera innumera eidem Ordini privilégia pariter contulisset.
SOYEZ bénie, ô vous, rhonneur de votre peuple et notre joie ^ ! Au jour de votre Assomption glorieuse, c'était bien pour nous que vous montiez prendre possession de votre titre de Reine - ; les annales de l'humanité sont pleines de vos interventions miséricordieuses. Ils se comptent par millions ceux dont vous fîtes tomber les chaînes, les captifs arrachés par vous à l'enfer du Sarrasin, vestibule de celui de Satan. En ce monde qui tressaille au souvenir récemment renouvelé de votre bénie naissance, votre sourire a suffi toujours pour dissiper les nuages, pour sécher les pleurs. Que de douleurs encore cependant sur cette terre où, dans les jours de votre mor-?.?2 L.e Temps après la Pentecôte.
talité, vous-même voulûtes goûter à si longs traits au calice des souffrances! Douleurs sanctifiantes pour quelques-uns , douleurs fécondes; hélas! aussi, douleurs stériles et pernicieuses d'infortunés qu'aigrit l'injustice sociale, pour qui l'asservissement de l'usine, l'exploitation aux mille formes du faible par le tort, apparaît bientôt pire que n'eût été l'esclavage d'Alger ou de Tunis. \'ous seule, ô Marie, pouvez dénouer ces inextricables liens dont l'ironie du prince du monde enserre une société qu'il a dévoyée au nom des grands mots d'égalité et de liberté. Daignez intervenir ; montrez que vous êtes Reiiie. La terre entière, l'humanité vous dit comme Mardochéc à celle qu'il avait nourrie : Parle^ au Roi pour }Wiis, et dé livre :{- nous de la mort i.
ui que VOUS soyez que séduisent les mystères des démons, nul de vous ne surpassera mon zèle pour ces faux dieux, ni mes recherches à leur sujet, ni la vaine puissance qu'ils m'avaient communiquée, moi, Cyprien, dès l'enfance au service du dragon dans la citadelle Palladique. Apprenez de moi la tromperie de leurs illusions. Une vierge m'a montré que leur pouvoir n'est que "fumée. Le roi des démons s'est arrêté à la porte d'une enfant, sans pouvoir la franchir. Celui qui tant promet, n'est que menteur. Une femme se joue de celui qui se vante d'agiter la terre et les cieux. Le lion rugissant n'est qu'un moucheron qui se dérobe, devant Justine la chrétienne et la vierse i. »
CYPRIEX fut d'abord adonné à la magie. Martyr ensuite. Justine était une vierge chrétienne, qu'il avait entrepris d'amener par enchantements et sortilèges à consentir à la passion d'un
CY P R ï A N U s p r i - mum m a g u s, postea Martyr, cum Justinam, christianam virginem, quam juvenis quidam ardenter amabat, cantionibus ac veI. Confessio Cypriaxi Antiochem, i, ii.
neficiis ad ejus libidinis assensum allicerc conaretur, dœmonem consuluit quanam id re consequi posset. Cuidaîmon respondit, nullam illi artem processuram adversus eos, qui vere Christum colerent. Quo responso coramotus Cyfrianus, vehementer doere cœpit vitre superioris institutum. Itaque relictis magicis artibus, se totum aJ Christi Doraini fidem convertit. Quam ob causam una cum virgine Justina comprehensus est, et ambo colaphis flagellisque cassi sunt : mox in carcerem conjecti, si forte sententiam commutarent. V e r u m inde postea emissi, cum in christiana religione constantissimi reperirentur. in sartaginem plenam ferventis picis adipis et cerae injecti sunt. Demum Nicomediœ securi feriuntur. Quorum projecta corpora, cum sex dies inhumata jacuissent. noctu quidam naut:c clam ea in navem imposita Romam portaverunt : ac primum in praedio Rufinse nobilis fcminje sepulta sunt : postea translata in Urbe condita sunt prupe bapt
jeune homme. Mais le démon, consulté, ayant répondu qu'aucun procédé ne lui réussirait contre de vrais disciples du Christ, cette réponse frappa tellement Cyprien que, déplorant amèrement son genre de vie passé, il dit adieu aux arts magiques et se convertit sans réserve à la foi du Seigneur Christ. Saisi de ce chef avec la vierge Justine, ils furent tous deux souffletés et battus de verges, puis jetés en prison pour éprouver la fermeté de leur résolution. Mais comme, tirés de là, ils affirmaient leur inébranlable attachement à la religion chrétienne, on les précipita dans une chaudière remplie de poix, dégraisse et de cire embrasées. Enfin ils moururent sous la hache à Nicomédie. Leurs corps, jetés à la voirie, restèrent six jours sans sépulture ; jusqu'à, ce qu'une nuit, des matelots, les ayant enlevés secrètement sur leur barque, les portèrent à Rome ; ils y furent d'abord ensevelis sur le domaine d'une noble femme appelée Rufine ; transportes plus tard à l'intérieur de la X'^ille, on les déposa dans la basilique Constantinicnne de Latran, près du baptistère. m. in basilica Constanliniana istcrium.
S.Cyprien, AI art., Ste Justine, V. et M art. 335
VIERGE, celui-là même qui tentait de vous perdre est aujourd'hui votre vivant trophée de victoire. O Cyprien, la carrière du crime est devenue pour vous l'entrée du salut. Puissiez-vous triompher ensemble à nouveau de Satan, dans ce siècle où les sciences occultes recommencent à séduire tant d'âmes, déséquilibrées par la perte de la foi. Contre un danger si grand, contre tout péril, puissent les chrétiens s'armer comme vous du signe de la Croix; et l'ennemi sera contraint de redire : « J'ai vu un signe terrible, et j'ai tremblé ; j"ai vu le signe du Crucifié, et ma force a fondu comme la cire ^. »
Li-:s SAJNJS co.\ib: i; r damii-:n.
ONOREZ le médecin ; car sa mission n'est pas superflue. Le Très-Haut Ta créé; il a créé les médicaments: les repousser n'est pas d"un sage.
« Les" plantes ont leurs vertus ; Thomme à qui la science en est donnée glorifie Dieu, admirable en ce qu'il fait. La douleur est par elles adoucie ; l'art en fait des compositions sans nombre, où réside la santé.
« Malade, ô mon fils, ne te néglige pas. Prie le Seigneur qu'il te guérisse ; eloigne-toi du péché, purifie ton cœur; otî're tes dons à l'autel ; puis, au médecin d'agir. Son intervention s'impose ; à une heure ou à l'autre, ne compte pas l'éviter.
« Mais lui aussi doit prier le Seigneur de diriger ses soins pour apaiser la souffrance, écarier le mal, rendre les forces à celui qui l'appelle '. »
Paroles de la Sagesse, qu'il était bon de citer en cette fête. Fidèle la première au précepte divin, l'Eglise honore aujourd'hui dans Côme et Damien cette carrière médicale où beaucoup d'autres acquirent la sainteté '^, où
I. Eccli. xxxviii i-i3. — 2. DoM A. -M. Fournier,
Notices sur les Saints médecins.
Les Saints Corne et Damien, Martyrs. 33 y
nul cependant ne personnifia comme eux ia grandeur du rôle qui s'offre au médecin dans ia société baptisée.
Chrétiens dès l'enfance, l'étude d'Hippocrate et de Galien développa en eux l'amour du Dieu qui révèle ses perfections invisibles dans les magnificences de la création i, dans ce palais surtout, dans ce temple du corps de l'homme 2 qu'il se propose d'habiter à jamais. Leur science fut un hymne à la gloire du Créateur, leur art un ministère sacré : service de Dieu dans leurs frères souffrants; rôle du gardien veillant sur le sanctuaire pour éloigner tout désordre de ses abords, pour au esoin en réparer les ruines. Vie de religion comme de charité, que ces deux reines des vertus amenèrent dans nos Saints jusqu'au martyre, sommet privilégié de l'une et de l'autre, consommation du sacrifice et de l'amour.
L'Orient et l'Occident rivalisèrent d'hommages envers les Aiiargyres 3 : appellation que leur avait value la gratuité de leurs soins. Partout des églises s'élevèrent sous leurs noms. Dans sa vénération pour eux, l'empereur Justinie» embellissait et fortifiait l'obscure ville de Cyre, qui renfermait leurs reliques sacrées En plein forum romain, dans le même temps, le Souverain Pontife Félix IV substituait la mémoire sainte des Martyrs jumeaux au souvenir moins heureusement fraternel que rappelait l'ancien temj^le de Romulus et de Rémus. Peu d'années s'étaient écoulées depuis le jour où Benoît, inaugurant
338 Le Temps après la Pentecô'e.
sa mission de patriarche des moines, dédiait aux saints Côme et Damien le premier des monastères qu'il fondait à l'entour de sa grotte bénie de Sublac, celui-là mèm^e qui, sous le nom de sainte Scholastique, a subsisté jusqu'à nous. Mais, une fois de plus véritablement Maîtresse et Mère universelle, combien l'Eglise Romaine n'a-t-elle pas dépassé ces honneurs en inscrivant les deux saints frères arabes, de préférence à tant de milliers de ses propres héros, dans ses Litanies solennelles et au diptvque sacré des Mystères !
On sait comment, au moyen âge, médecins et chirurgiens s'organisèrent en confréries chargées de promouvoir la sanctitication de leurs membres par la prière commune, la charité envers les délaissés, l'accomplissement de tous les devoirs de leur importante vocation pour la plus grande gloire de Dieu et le plus grand bien de" l'humanité soutfrante Aux applaudissements de la société chrétienne, après un siècle d'interruption, la Société de Saint-Luc ^ Saint-Côme et SaintDamien a pris chez nous à tâche de rattacher le présent aux traditions du pa«sc.
Voici les lignes consacrées par TEglise aux deux frères :
COSMAS et Daminnus. fratres Arabes, in .'Egea urbc nati, nubiles medici, imperatoribus Diocletiano et Maximiano, non magis medicinae scientia quam Christ!
/ ^ ÙME et Damien étaient fre-^ rcs. Arabes d'origine, cl de noble extraction, ils naquirent dans la ville d'Eges. Médecins de profession, ils guérissaient les maladies même incurables, autant par la
puissance de Jésus-Chrisl que grâce à leur science. Or, sous les empereurs Dioclétien et Maximien, le préfet Lysias ayant eu connaissance de leur religion, se les fit amener pour les interroger sur leur foi et leur genre de vie. Comme ils s'avouaient hautement chrétiens et proclamaient que la foi chrétienne était nécessaire au salut, Lysias leur ordonne d'adorer les dieux; sinon, des supplices et une mort cruelle les attendent.
^* Aïs, comprenant bientôt 'l l'inutilité de ses menaces : Pieds et poings liés, s'écrie-t-il, qu'on les torture par les pliis raffinés tourments. L'ordre s'exécute, et Côme et Damien cependant restent fermes. Toujours enchaînés, on les précipite au fond de la mer ; ils en sortent sains et saufs et déliés. Ce qu'attribuant à la magie, le préfet ordonne de les conduire en prison, d'où, tirés le lendemain, il les fait jeter sur un bûcher en feu ; mais la flamme s'écarte des Saints. Après donc divers autres essais cruels, il commande qu'on les frappe de la hache. Ainsi leur fut acquise, dans la confession de Jésus-Christ, la palme du martyre.
virtutc, morbis etiam insanabilibus medcbantur. Quorum religionem cum Lysias prasfectus cognovisset, adduci eos ad se jubet, ac de vivendi ins— tituto et de fidci professione interrogatos, cum se et Christianos esse, et christianam fidem esse ad salutem necessariam, libère praedicarent, deos ventrari imperat ; et si id récusent, minaturcruciatus et necem acerbissimam.
T /ERU.M ut se frustra \ hœc illis proponere intelligit : Colligate. inquit, manus et pedes istorum, eosquc exquisitis torquete suppliciis. Quibus jussa exsequentibus, nihilominus Cosm s et Damianus in sententia persistebant. Quare ut erant vincti, in profundum mare jaciuntur : unde cum salvi ac soluti essent egressi, magicis artibus prîefectus factum assignans, in carcerem tradit, ac postridie eductos, in ardentem rogum injici jubet : ubi cum ab ipsis flamma refugeret, varie et crudeliter tortos securi percuti voluit. Itaqiie in Jesu Christi confessionemartyrii palraam acceperunt.
340 Le Temps après la Pentecôte.
] LLUSTRES frères, voici donc accomplie en ^ vous la divine parole : La science du mêdc' cin relèvera en gloire, et il sera loné en présence des grands ^. Les grands sont les princes des célestes hiérarchies, témoins en ce jour des hommages reconnaissants de TEglise de la terre ; la gloire composant l'auréole de vos tètes fortunées est celle de Dieu même, de ce roi magnifique dont parle au même lieu l'Ecriture -, et qui rémunère votre désintéressement d'autrefois par le don de sa propre vie bienheureuse.
Au foyer de l'amour éternel, votre charité ne saurait s'être amoindrie : secourez-nous toujours. Justifiez la confiance des malades qui recourent à vous. Maintenez la santé des enfants de Dieu ; qu'ils puissent faire honneur à leurs obligations de ce monde, et porter vaillamment le joug léger des préceptes de notre Mère l'Eglise. Bénissez les médecins fidèles à leur baptême, et qui se recommandent de votre patronage ; augmentez leur nombre.
Voyez les études médicales s'égarer dans nos temps sur les pentes du matérialisme et du fatalisme, au grand détriment de la science et de l'humanité. Il est faux que la nature soit pour rhomme toute l'explication de la souffrance et de la mort ^ ; malheur à ceux dont le médecin ne voit en ses clients que le sang et la chair ! C'était plus haut, qu'elle même l'école païenne cherchait le dernier mot de
Les Saints Corne et Damieyi, Martyrs. .^41
toute chose ; c'est de plus haut que s'inspirait le respect religieux qui transformait votre art. Par la vertu de votre mort glorieuse, ô témoins du Seigneur, obtenez dans notre société si malade le retour de la foi, de la pensée de Dieu, de cette piété utile à tout et à tous, qui a les promesses de la vie présente comme de léterjiité *.
•Cs>;x.-^
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ENCESLAs nous rappelle, au Cycle sacre, rentrée d'une valeureuse nation dans l'Eglise. Boulevard avancé du monde slave au milieu de la Germanie, les Tchèques en furent de tout temps la tribu la plus résistante. On sait quel caractère de périlleuse âpreté, mais aussi d'énergie féconde, revêtent en nos jours les revendications sociales de ce peuple, affermi, semble-t-il, contre toute épreuve par la lutte pour la vie des premiers siècles de son histoire La foi de ses apôtres et de ses martvrs, la foi romaine, sera le salut comme elle est l'union des pays de la couronne de saint Wcnceslas. L'hérésie, qu'elle naisse du sol avec les Hussites, qu'elle soit importée d'Allemagne avec les Réformés de la guerre de trente ans, ne sait que mener la nation aux abîmes; puissent les avances du schisme et ses flatteries intéressées ne jamais lui devenir funestes ! Le petit-hls de la sainte martyre Ludmilla, le grand-oncle de l'évcque moine et martyr Adalbert, Wenceslas, lui aussi martyr, convie ses fidèles à s'attacher a lui dans l'unique voie où se trouvent l'honneur et la sécurité de ce monde et de l'autre.
Lisons !e récit de la s.iinte Eglise. La couSai)it W'cnceslas, Duc et Martyr. 343
version de la Bohême remonte aux dernières annéesdu ix® siècle, où saint Méthodiu s baptisa Borzivoi, premier duc chrétien de la descendance de Prémysl. et son épouse sainte Ludmilla. La réaction païenne autant que fratricide qui valut en 986 la couronne du martyre à saint Wenceslas ne se soutint pas.
AV ' EN'CESLAS, duc de Bohè\> me, naquit de Wratislas et de Drahomira, celle-ci païenne, celui-là chrétien. Il fut élevé dans la piété par sa très sainte aïeule Ludmilla ; toutes les vertus brillaient en lui; il garda précieusement toute sa vie la virginité. Or, sa mère ayant criminellement fait mourir Ludmilla, s'empara de l'administration du royaume, et elle vivait dans l'impiété avec son plus jeune fils Boleslas ; d'où indignation des grands, qui, fatigués de ce gouvernement tyrannique et impie, secouèrent le joug de l'un et de l'autre, et sa luèrent Wenceslas comme roi dans la ville de Prague.
i'^ONDiiis.4NT le rovaume V-- plus par la bonté que par l'autorité, telle était sa grande charité pour les orphelins, les veuves, les nécessiteux,que quelquefois il portait de nuit aux indigents du bois sur ses épaules, que souvent il assistait à la sépulture des
VVy ENCESLAUS Bohé>' mias dux, Wratislao pâtre christiano, Drahomira matre gentili natus, ab avia Ludmilla fcmina sanctissima, pie educatus, omni virtutum génère insignis, summo studio virginitatem per omnem vitam servavil illibatam. Mater per nefariam Ludmillœ necem regni administrationem assecuta, impie cum juniore filio Boleslao vivens, concitavit in se procerum indignationem : quare tyrannici et impii regiminis pertaesi, utriusque excusso jugo, Wenceslaum in urbe Pragensi regem salutarunt.
ILLE regnum pietate ' magis quam imperio regens, orphanis, viduis, egcnis tanta caritate subvenit, ut propriis humeris aliquando ligna indigentibus noctu comporlarit, pauperibushumanI dis fréquenter adfuerit,
344 ^^ Temps après la Pentecôte.
captivos liberarit, carccribus detentos nocte inTempesta visitarit, pecuniis et consilio saspissime consolatus. Miti animo princeps vehementer dolebat quempiam, etsi reum, morti adjudicari. Summa religione saccrdotes veneratus, suis manibus triticum serebat, et vinum exprimebat, quibus in Missje sacrificio uterentur. Nocte nudis pedibus super nivem et glaciem circuibat ecclesias, sanguinea et terrain calefacientia post se relinquens vestigia.
ANGELOS habuit sui corporis custodes. Cum enim ad singulare certamen adversus Ra dislaum, ducem Curiraensem, eo fine accedcret, ut suorum saluti prospiceret, visi sunt Angeli arma ministrasse, et dixisse adversario, \e ferias. Perterritus h o s t i s , venerabundus procidens veniam exora\'\X. Cum in Germaniam profcctus esset, imperator, conspcctis duobus Angelisaureacrucc ad se accedentem ornantibus, e solio prosiliens brachiis excepit, regiis insignibus decoravit, eique
pauvres; il délivrait les captifs, visitait au milieu de la nuit les prisonniers, les aidant fréquement de ses dons et de ses conseils. Toute condamnation à mort, si méritée qu'elle fût, atteignait cruellement lame du très doux prince. Souveraine était sa religieuse vénération pour les prêtres; de ses mains il semait le blé et pressait le vin destinés au sacrifice de l'autel. La nuit, nu-pieds sur la neige et la glace, il faisait le tour des églises, laissant après lui des traces sanglantes sur \:\ terre réchr.ua'jc.
T ES Anges veillaient sur sa ^- vie. Comme, pour épargner le sang des siens, il s'avançait en combat singulier contre Radislas, duc de Gurim, on vit ces esprits célestes lui fourn' des armes et dire à l'advti-aire : Ne frappe pas ; épouvanté, celuici tomba à ses pieds, demandant grâce. Dans un voyage qu'il ht en Germanie, l'empereur aperçut, au moment où il se présentait à lui, deux Anges qui l'ornaient d'une croix d'or ; s'élançant aussitôt de son trône, il reçut le Saint dan? ses bras, le décora des insignes royaux et lui lit don du bras de saint Vile. Cependant, poussé par sa mère,
l'impie Boleslas. ayant invité son frère à un festin, le tua, avec l'aide de complices. comme il priait ensuite à l'église, n'ignorant point la mort qu'on lui préparait. Son sang jaillit sur les murs. et on l'y voit encore. Dieu le vengea : la terre engloutit l'ignoble mère ; les meurtriers périrent misérablement de diverses sortes.
sancti Viti brachium donavit. Nihilominus irapius f r a t e r, matre hortante, convivio e.\- ceptum, et postea in ecclesia orantem. parata? sibi mortis praescium, adhibitis sceleris comitibus, interfecit. Sanguis per parietes aspersus adhuc conspicitur : et, Deo vindice, matrem inhumanam terra absorbuit ; interfectores variis modis misère perierunt.
/^ ETTE église où vous fûtes couronné, ô ^ Martyr, était celle des saints Côme et Damien, dont la fête vous avait attiré vousmême au lieu du triomphe ^. Comme vous les honoriez, nous vous honorons à votre tour. Comme vous encore, nous saluons l'approche de cette autre solennité qu'annonçaient vos dernières paroles, au festin fratricide : « En l'honneur du bienheureux Archange Michel, buvons cette coupe, et prions-le qu'il daigne introduire nos âmes dans la paix de l'allégresse éternelle =^. » Toast sublime, quand déjà vous teniez en mains le calice du sang ! O Wenceslas, pénétrez-nous de cette intrépidité dont l'humble douceur ne dévie jamais, simple comme Dieu à qui elle tend, calme comme les Anges à qui elle se contie. Secourez