L'Année liturgique — Le Temps après la Pentecôte (t. 10-15) (page 56)

Dom Prosper Guéranger · Vie de piété

Texte français, domaine public · Source : archive.org — L'Année liturgique t. 10-15, éd. 1911 (OCR) · 70 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

I. Christian de Scala, fils du fratricide Boleslas le Cruel, et neveu du Saint, qui, devenu moine, écrivit la vie de saint Wenccslas avec celle Je sainte Ludmilla. — 2. Ibid.

34^ ^^ Temps après la Pentecôte.

l'Eglise en nos jours malheureux : tout entière, elle vous glorifie ; tout entière, elle a droit de compter sur vous. Mais, spécialement, gardez-lui le peuple dont vous êtes la gloire ; fidèle comme il Test à votre mémoire sainte, se réclamant de votre couronne en toutes ses luttes de la terre, les écarts pour lui ne sauraient être mortels.

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EST à la tète de sa glorieuse armée qu'apparaît aujourd'hui l'Archange: // y eut lin grand combat dans le ciel; Michel et ses Anges combattaient le dragon, et le dragon et ses anges combattaient contre hii L Au vî" siècle, la dédicace des églises du mont Gargan et du Cirque romain sous le nom de saint "Michel accrut la gloire de ce jour ; mais il ne fut choisi pour cet honneur, dont il garde à jamais le souvenir, qu'en raison de la fête plus ancienne déjà consacrée par Rome à cette date aux ^'ertus des cieux.

L'Orient, qui célèbre au six du présent mois l'apparition personnelle du vainqueur de Satan à Chône en Phrvgie, renvoie au huit novembre, sous le titre qui suit, la solennité plus générale correspondant à la fête de ce jour ": Synaxe de Michel, le prince de la milice, et des antres puissances incorporelles. Or, bien que ce terme de synaxe s'applique d'ordinaire aux assemblées liturgiques d'icibas, nous soinmes avertis que, dans la circonstance, il exprime encore le ralliement des Anges lidèies au cri de leur chef, leur union pour toujours affermie par la victoire 2.

1 . Apoc. XII. 7, — 2. Menolog. Basilii,

34'^ Le Temps après la Pentecôte.

Quelles sont donc ces puissances des cieux, dont la lutte mystérieuse ouvre l'histoire ? Les traditions de' tous les peuples, aussi bien que l'autorité de nos Écritures révélées, attestent leur existence. Si, en effet, nous interrogeons l'Eglise, elle nous enseigne qu'au commencement Dieu créa simultanément deux natures, la spirituelle et la corporelle, puis l'homme, unissant l'une et l'autre *. Ordre grandiose, graduant l'être et la vie du voisinage de la cause suprême aux confins du néant. De ces lointaines frontières, la création remonte vers Dieu par ces mêmes degrés.

Dieu, infini : sans limitation aucune, intelligence et amour. La créature, à jamais finie : mais s'élevantdans Ihomme jusqu'à la raison discursive, dans l'ange jusqu'à l'intuition directe de la vérité ; dans chacun d'eux, reculant par la purification incessante de son être initial les bornes provenant de l'imperfection de sa nature, pour arriver par plus de lumière à la perfection d'un plus grand amour.

Car Dieu seul est simple, de cette simplicité immuable et féconde qui est la perfection absolue excluant tout progrès : acte pur, en qui substance, puissance, opération, ne diffèrent pas. L'ange, si dégage qu'il soit de la matière, n'échappe pas à la faiblesse native résultant pour tout être créé de la composi- | tion qui nous montre en lui l'action distincte j de la puissance, et celle-ci de l'essence ^. Autre encore est chez l'homme l'infirmité de \ sa nature mixte, avec les sens pour introI. Concil Lateran. iv, cap. Firuiilcr. — 2. Thom. Aqu. Summ. thcol. I* P. qii. i.iv, art. 1-3.

La Dédicace de S. Michel, Archange. 34g

ducteurs obligés aux régions de rintelligible !

Près de la nôtre, dit un des plus lumineux frères du Docteur angélique, « comme elle est tranquille et lumineuse la science des purs esprits ! Ils ne sont pas condamnés à ces pénibles chevauchées de la raison qui court après la vérité, compose, divise, et arrache péniblement les conclusions aux principes. Ils saisissent d'un seul coup d'œil toute la portée des vérités premières. Leur intuition est si prompte, si vive, si profonde qu'il leur est impossiole d'être, comme nous, surpris par l'erreur. S'ils se trompent, c'est qu'ils le " veulent bien. — La perfection de la volonté est en eux égale à la perfection de l'intelligence. Ils ne savent pas ce que c'est que d'être i troublés parla violence des appétits. Leur . amour ne les agite point. Tranquille et sage- \ ment mesurée comme leur amour est leur 3 haine du mal. Une volonté ainsi dégagée ne | peut connaître ni la perplexité des desseins, ; ni l'inconstance des résolutions. Tandis qu'il • nous faut de longues et anxieuses médita- \ tions avant de nous décider, le propre des ' anges est de se fixer par un seul acte à l'objet \ de leur choix. Dieu leur a proposé comme à nous une béatitude infinie dans la vision de son essence, et pour les égaler à une si grande fin il leur a donné la grâce en même temps qu'il leur donnait l'être. En un instant ils ont dit oui ou non, en un instant ils ont librement déterminé leur sort i. »

Ne soyons point envieux. Par sa nature,

35 0 Le Temps après la Pentecôte.

l'ange nous est supérieur. A qui des anges pourtant fut-il dit jamais: Vous êtes mon fils ^ ': l^e premier-né ~ n'a point choisi pour lui la nature des anges 3. Sur terre, lui-même reconnut la subordination qui soumet dans le temps l'humaine faiblesse à ces purs esprits; il reçut d'eux, comme ses frères dans la chair et le sang *, notification des décrets divins •', secours et reconfort ^ ; mais ce n'est point aux anges qu'est soumis le monde de Véternité, dit l'Apôtre ". Attrait de Dieu pour ce qu'il v a de plus faible, comment vous comprendre sans l'humble acquiescement de la fois'inclinant dans l'amour? Vous fûtes, au jour du grand combat, l'écueil de Lucifer. Mais se relevant de leur adoration joyeuse aux pieds de l'Enfant-Dieu, qui d'avance leur était montré sur le trône des genoux de Marie ^, les Anges fidèles chantèrent : Gloire a Dieu au plus haut des deux, et, sur la terre, paix aux hommes de bonne volonté ^.

O Christ, mon Christ, ainsi vous nomme l'Aigle d'Athènes lo ; l'Eglise, ravie, vous proclame en cette fête la -beauté des saints Anges **. Vous êtes l'humain et divin sommet d'où pureté, lumière, amour, s'épanchent sur la triple hiérarchie des neuf chœurs Hiérarque suprême, unité des mondes, vous présidez aux mystères déifiants de la fête éternelle.

21. — 6. Lie. xxn, 43.-7. Heb. 11, b. — S. Ihid. ' i,

6; ex I^salm. xcvi. — o. Luc. M, 14. — 10. Dionvs, De cœlesti lierarchia, H, 5. — II. Hymne dts Laudes.

La Dédicace de S. Michel, Archange. 35 j

Séraphins embrasés, étincelants Chérubins, inébranlables Trônes": noble cour du TrèsHaut, possesseurs de la meilleure part : au témoignage du sublime Aréopagite, cest dans "une communion plus immédiate aux vertus du Sauveur ^ que s'alimentent votre justice, vos splendeurs et vos feux. De lui, par vous, déborde toute grâce sur la cité sainte.

Dominations*^ Vertus. Puissances; ordonnateurs souverains, moteurs premiers, régulateurs des mondes ^ : pour qui gouvernezvous cet univers ? Pour celui, sans'nul doute, dont il est l'apanage : le Roi de gloire, l'Homme-Dieu, le Seigneur fort et puissant, le Seigneur des vertus 3.

Anges, Archanges, Principautés; messagers, ambassadeurs, surintendants du ciel ici-bas : tous aussi, n'êtes-vous pas. au dire de l'Apôtre *, les ministres du salut accompli sur terre par Jésus le Pontife des cieux ?

Nous aussi, par ce même Jésus ^, Trinité sainte, nous vous glorifions av2C ces trois augustes hiérarchies dont les neuf cercles immatériels entourent votre Majesté comme un multiple rempart. Tendre à vous et vous ramener toutes choses est leur commune loi. Purification, illumination, union : voies successives ou simultanées, par lesquelles leurs nobles essences, attirées vers Dieu, attirent celles qui les suivent. Sublimes esprits, c'est le regard en haut que vous agissez au-dessous de vous comme à l'entour. Pour vous et pour

352 Le Temps après la Pentecôte.

nous, puisez largement au foyer divin : purifiez-nous, non point seulement, hélas ! de l'involontaire défectuosité de notre nature ; éclairez-nous ; embrasez-nous des célestes flammes. Pour la même raison que Satan nous déteste, vous nous aimez ; protégez contre Tennemi commun la race du Verbe fait chair. Gardez-nous dignes d'occuper parmi vous les places laissées vides par ceux que perdit Torgueil.

DAM de Saint-Victor chante dans sa plénitude le mystère de ce jour.

LAUS crumpat ex affectu, Psallat chorus in conspectu Supernorum civium : Laus jocunda, laus décora, Quando laudi concanora Puritas est cordium.

Michaelcin cuncti laudent. Nec ab hujiis se defraudent Diei Iretitia : Félix dies qua sanctorum Recensetur AnQclorum Solemnis Victoria.

Draco vêtus e.\turb;iliir Et draconis ciVuqaïur

EMPRESSÉE soit la louange; que notre chœur , du fond de l'âme, chante en présence des citoyens des cieux : agréée sera-t-elle et convenable, cette louange, si la pureté des âmes qui cnantent est à lunisson de la mélodie.

Que Michaël soit célébré par tous ; que nul ne s'excommunie de la joie de ce jour : fortuné jour, où des saints Ances est rappelée la

ppcJ

solennelle victoire '

1. ancien ui agi'H ol (.liasse, et son odieuse légion mise

La Dédicace de S. Michel, Archange. 35!^

en fuite avec lui ; le trouInimica legio :

bleur est troublé à son

Exturbatus est turbator

tour, l'accusateur est préciEt projectus accusator

pité du sommet du ciel.

A cœli fastigio.

Sous l'égide de Michel,

Sub tuiela Michaelis

paix sur la terre, paix dans

Pax in terra, pax in

les cieux , allégresse et

cœlis.

louange ; puissant et fort, il

Lauset jubilatio :

s'est levé pour le salut de

Cumsit potens hic virtous, il sort triomphant du

lute,

combat.

Pro communi sttins salute. Triumphat in prîelio.

Banni des éternelles colliSuggestor sceleris,

nes, le conseiller du crime

Pulsus a sliperis,

parcourt les airs, dressant

Per h'jjus aeris

ses pièges, dardant ses poiOberrat spatia :

sons ; mais les Anges qui

Dolis invigilat.

nous gardent réduisent à

Virus insibilat.

néant ses embûches.

Sed hune annihilât Praesens custodia.

Leurs trois distinctes hiéTrès distinctœ hiérarrarchies sans cesse contemchise

plent Dieu et sans cesse le

Jugi vacant théorise

célèbrent en leuçs chants; ni

Jugique psallentio :

cette contemplation, ni cette

Nec ùbsistit theoria

perpétuelle harmonie ne font

Sive jugis harmonia

tort à leur incessant minisJugi ministerio.

tère.

O combien admirable est

0 quam mirre caritatis dans la céleste cité la chaEst siipernse civitatis

rité des neuf chœurs! ,11s

Ter terna distinctio :

nous aiment et ils nous défenQuœ nos amat et tuetur,

dent, comme destinés à remUt ex nobis restauretur

plir leurs vides.

Ejus diminutio.

Entre les hommes, diverse

Sicut sunt hominum

est la grâce ici-bas; entre

Divisse gratis,

Sic erunt ordinum Distincta? gloriae Juslis in praemio : Solis est alia Quam lunae dignitas, Stellarum varia Relucet claritas : Sic resurrectio.

Vêtus homo novitati, Se terrenus puritati

Conformet cœlestium : Coaequalis his futuru'^, Licet nondum plene purus,

Spe prsesumat prreUtab ipsis adjuvemur, Hos dévote veneremur Instantes obsequio : Deo nos conciliât Angelisque social Sincera devotio.

De secrctis réticentes Intérim cœlestibus, Erigamus puras mentes In cœlum cum manibus ;

Ut superna nos dignctur Cohaeredes curia, El divina collaudetur Ab utrisque gratia.

Capiti sit gloria Membrisque concordia. Amen.

les justes, divers seront les ordres dans la gloire au jour de la récompense. Autre est la beauté du soleil, autre celle de la lune ; et les étoiles diffèrent en leur clarté : ainsi sera la résurrection.

Que le vieil homme se renouvelle, que terrestre il s'adapte à la pureté des habitants des cieux : il doit leur être égal un jour ; bien que non pleinement pur encore, qu'il envisage ce qui l'attend.

Pour mériter le secours de ces glorieux esprits, vénérons-les dévotement, multipliant envers eux nos hommages ; un culte sincère rend Dieu favorable et associe aux Anges.

Taisons-nous des secrets du ciel, en haut cependant élevons et nos mains et nos âmes purifiées ;

Ainsi daigne l'auguslc sénat voir en nous ses cohéritiers; ainsi puisse la divine gryce cire célébrée par le concert de l'angclique et de l'humaine nature.

Au Chef soit la gloire, aux membres l'harmonie \ Ameti.

iTAL m'est inconnu, je ne veux point de Mélèce, et Paulin, je l'ignore ^ ; celui-là est mien qui adhère à la chaire de Pierre 2. » Ainsi, vers l'an ^76, des solitudes de Syrie troublées par les compétitions épiscopales qui d'Antioche agitaient tout l'Orient, un moine inconnu s'adressait au pontife Damase, implorant lumière pour son âme rachetée du sang du Seigneur 3. C'était Jérôme, originaire de Dalmatie

Loin de Stridon, terre à demi barbare de sa naissance, dont il gardait l'âpreté comme la sève vigoureuse ; loin de Rome, où l'étude des belles-lettres' et de la philosophie s'était montrée impuissante à le préserver des plus tristes chutes : la crainte des jugements de Dieu l'avait conduit au désert de Chalcis. Sous un ciel de feu, en la compagnie des fauves, il y devait, quatre années durant, mater son corps par d'effrayantes macérations ; remède plus efficace, plus méritante austérité pour son âme passionnée des beautés classiI. HiERON Epist. XV. al. i.vn, adD:^mas. — 2.Epist

356 Le Temps après la Pentecôte.

ques, il entreprit d'y sacrifier ses goûts cicéroniens à Tétude de la langue primitive des saints Livres Labeur autrement dur que de nos jours, en lesquels lexiques, grammaires, travaux de toute sorte, ont aplani les voies de la science. Que de fois, rebuté, Jérôme désespéra du succès ! Mais il avait éprouvé la vérité de cette sentence qu'il formulait plus tard : ce Aimez la science des Ecritures, et vous n'aimerez pas les vices de la chair ^. » Revenant donc à l'alphabet hébreu, il épelait sans fin ces svllabes sirflantes et haletantes - dont l'héroïque conquête rappela toujours le prix qu'elles lui avaient coûté, par la rugosité imprimée depuis lors, disait-il, à sa prononciation du latin lui-même ^. Toute l'énergie de sa fougueuse nature était passée dans cette œuvre ; elle s'y consacra, s'y endigua pour la vie ^.

Dieu reconnut magnifiquement l'hommage ainsi rendu à sa divine parole : du simple assainissement moral que Jérôme en avait espéré, il était parvenu à la sainteté supérieure que nous honorons aujourd'hui en lui ; de ces luttes du désert, en apparence stériles pour d'autres, sortait un de ceux auxquels il est dit : Vous êtes le sel de la terre, vous êtes la lumière du monde-'. Et cette lumière. Dieu la plaçait sur le chandelier à son heure, pour éclairer tous ceux qui sont dans la maison ^.

3. Epist. XXIX, al. cxxx, ad Marccllam. — 4. Hcbrncam lingiiam, quam c^n ab adolesjcntia multo labore ac sudore ex parte didici, et infatigabili meditalionc non desero, ne ipsc ab ea deserar, Epist. c.vui. al. xxvil, ad Kustochiiiin. — 5..Mathi. v, i'.\ 14.— 6. JbiJ. i:>.

s. Jérôme, Prêtre et Doct. de l'Église, ."^.^j

Rome revoyait, mais combien transformé, le brillant étudiant d'autrefois ; • sainteté, science, humilité le faisaient proclamer par tous digne du suprême sacerdoce ^ Damase, docteur vierge de l'Eglise vierge 2, le chargeait de répondre'en son liom aux consultations de l'Orient comme de l'Occident 3, et obtenait qu'il commençât par la revision du Nouveau Testament latin, sur le texte grec original, les grands travaux scripturaires qui devaient immortaliser son nom dans la reconnaissance du peuple chrétien. Sur ces entrefaites, la réfutation d'Helvidius, qui osait mettre en doute la perpétuelle virginité de la Mère de Dieu, révéla en Jérôme le polémiste incomparable dont Jovinien. Vigilance, Pelage, d'autres encore, par la suite, auraient à éprouver la vigueur. Récompense cependant de son honneur vengé, Marie amenait à lui toutes les nobles âmes : il les conduirait dans la voie des vertus qui sont l'honneur de la terre ; par le sel des Ecritures, il les préserverait de la corruption dont mourait l'empire.

Etrange phénomène pour l'historien sans foi : voici qu'autour de ce Dalmatc, à l'heure où la Rome des Césars agonise, rayonnent soudain les plus beaux noms de Rome antique. On les croyait éteints depuis le jour où s'asso^iibrit entre les mains des parvenus la gloire de la cité rei;:e ; au temps critique où, purifiée par les flammes qu'allumeront les Barbares, la capitale qu'ils donnèrent au

358 Le Temps après la Pentecôte.

monde va reprendre ses destinées, ils reparaissent corr. me par le droit de leur naissance pour la fondera nouveau danssa véritable éternité. Autre est devenue la lutte ; mais leur place demeure en tète de l'armée qui sauvera le monde. Rares sont parmi nous les sages, les puissants, les nobles, disait TApôtre quatre siècles plus tôt ^ : nombreux ils sont en nos temps, proteste Jérôme, nombreux parmi les moines 2.

La phalange patricienne constitue le meilleur de larmée monastique en CCS temps de son origine occidentale ; elle lui laissera pour toujours son caractère d'antique grandeur ; mais dans ses rangs, à titre égal à celui de leurs pères et de leurs frères, se voient aussi la vierge et la veuve, parfois l'épouse en même temps que l'époux. C'est iMarcella, qui la première, de son palais de lAventin, lève l'étendard monastique sur les sept collines, et en retour obtient que la direction de Jérôme ne soit pas refusée au sexe qu'honore pareille initiative ; Marcella qui, le maître disparu, sera, quoi qu'en ait son humilité, l'oracle consulté par tous dans les difficultés des Ecritures 3. C'est comme elle Furia, Fabiola, Paula, rappelant leurs grands aïeux les Camille, les Fabii, les Scipions. C'en est trop pour le prince du monde. Satan *, qui croyait

I. I Cor. I, 26. — 2. Hier. Epist. lxvi, al. xxvi, ad

Pammnchium. — 3. Lpist. cxxvii, al. xvi. ad Principiam. lu quia va!de pruJens erat, sic ad intcrrot;ala rcspondebat, ut etiam sua non sua diceret,... ne virili sexui, et interdum sacerdotihus, de obscuris et amb[guis scisciantibus, faccrc vidcretur injuriam. — 4. Johan. XIV, 3o.

s. Jérôme, Prêtre et Doct. de l'Église. 35q

siennes à jamais les gloires de la vieille cité de Romulus ; les heures du Saint à Rome sont com.ptées.

Fille de Paula, Eustochium a mérité de se voir adresser le manifeste sublime, mais plein de tempêtes, où Jérôme, exaltant la virginité, ne craint pas de soulever contre lui par sa verve mordante la conjuration des faux moines, des vierges, folles et des clercs indignes 1. Vainement la prudente Marcella prédit l'orage ; Jérôme écarte le doigt tilial qui voudrait se poser sur sa bouche, et prétend oser dire ce que d'autres peuvent bien oser faire ^. Il a compté sans la mort de Damase survenue à l'heure même, sans la faction des ignorants jaloux 3 qui, pareillement, n'attendaient que ! cette mort pour changer en morsures de j vipères leurs hypocrites'démonstrations d'au- j trefois *. ' j

Emporté par le tourbillon, le justicier l retourne au désert: non plus Chalcis, mais la j paisible Bethléhem, où les souvenirs de l'en- ? fance du Sauveur attirent ce fort entre les i forts ; où Paula et sa tille viennent ellesmêmes se lixer pour ne point perdre ses leçons qu'elles préfèrent à tout le reste au monde, pour adoucir son amertume, panser les blessures du lion dont la puissante voix ne cessera pomt de tenir en éveil les échos de l'Occident. Honneur à ces vaillantes ! leur fidélité, leur ambition de savoir, leurs pieuses importunités

I. Hier. Epist. xxii, ad Eustochium, de custodia vir^initatis. — 2. Epist. xxvn, al. cxx, ad Marcellam. — b. Prsetatio vcrsionis Didvmi de Spiritu sancto. —

4. Epist. XLV, al. xcix, ad Ascllara.

J'6'o Le Temps après la Pentecôte.

vaudront au monde un trésor sans prix : la traduction authentique ^ des Livres saints, que l'imperfection de Tancienne version Italique, et ses variantes devenues sans nombre, ont nécessitée en face des Juifs traitant l'Eglise de faussaire 2.

« Paula et Eustochium, puisse le travail de ma pauvre vie vous être agréable, utile aussi à l'Eglise, et digue delà postérité: quant aux contemporains^ leur jugement me touche peu 3. » Ainsi disait le solitaire ; mais les attaques envieuses d'irréductibles ennemis rémeuvent plus qu'il ne se l'avoue : « Servantes du Christ, insiste-t-il, opposez le bouclier de vos prières à mes aboyeurs *•. »

Or, chaque livre nouvellement traduit amenait critique nouvelle, et non toujours haineuse : réserves des craintifs, qui s'alarmaient pour l'autorité des Septante, si grande dans la Synagogue et dans l'Eglise '' ; retours intéressés" des possesseurs de manuscrits aux pages de pourpre, aux splendides onciales, aux lettres d'argent et d'or, qu'il faudrait donc voir déprécier maintenant. « Eh ! qu'ils gardent leur niétallurgie, et nous laissent nos pauvres cahiers, » s'écrie Jérôme exaspéré •'• « C'est pourtant vous qui me forcez à subir tant d'inepties comme tant d'injures, dit il aux inspiratrices de ses travaux ; pour couper court au mal, mieux vaudrait m'imposer silence '. »

I. Conc. Trid Sess. iv. — 2. Hier. Praîfatio in

Isaiam, ad Paulam et Eustochium. — 3. Prncfat. in Daniel. — 4. Pr.-çfat. in Reg. — 5. Al;g. ad Hier. Kpist i.vi, iil. i.xxxvi. — 6. Hier. Pricfat. in Job, ad easdem. — 7. PrxFat. in Jcrem.

5. Jérôme, Prêtre et Doct. de Vr^gUse. 36 1

Ni la mère, ni la fille ne Tentendaient ainsi ; et Jérôme se laissait- contraindre *. Ayant observé qu'une première revision faite par lui du Psautier - sur le grec des Septante n'avait pas suffi à taxer le texte, elles en obtinrent une seconde •^, celle-là même que devait adopter notre Vulgate, au même titré que sa version des autres livres de l'Ancien Testament sur l'hébreu ou le chaldéen •^ Nobles auxiliaires, à la science desquelles lui-même en appelait comme garantie de son exactitude, et qu'il priait de collationner ses traductions mot par mot avec l'original s.

Toutes les saintes amitiés de jadis gardaient de loin leur part dans ce commerce "studieux. Jérôme ne refusait à personne le concours de sa science, et il s'excusait agréablement de ce qu'une moitié du genre humain y semblât plus privilégiée : «"Principia, ma fille en Jésus-Christ, je sais que plusieurs trouvent mauvais qu'il m'arrive parfois d'écrire aux femmes ; qu'on me laisse donc dire à mes détracteurs : Si les hommes m'interrogeaient sur l'Ecriture, ce n'est point à celles-là que je répondrais ^\ »

Mais voici qu un message d'allégresse fait tressaillir les monastères tondes eii^Ephrata . d'un frère d'Eustochium, et de Lasta, fille chrétienne du pontife des faux dieux Albinus,

2. Psalterium romiinum. — 3. Psaherium gallicanum.

Hier. Pr.Tfat. in Psalmos. — 4. Sauf Baruch, la Sagesse, l'Ecclésiastique, les Machabées, plus quelques fragments, conservés de l'ancienne Italique. — 5. Hier. Prœfat. in Esther. — 6. Epist. lxv, al. cxl, ad Principiam.

302 Le Temps après la Pentecôte.

une autre Paule est née dans Rome. S'ouée à l'Epoux dès avant sa naissance, elle balbutie au COQ du prêtre de Jupiter l'AUeluia des chrétiens; elle sait que par delà les monts et les flots, elle a une autre aïeule, une tante elle aussi toute à Dieu ; de sa mutine voix la promise du Seigneur menace d'aller les trouver bientôt. « Envoyez-la, écrit Jérôme à la mère dans son ravissement; je me ferai son maître et son nourricier. Je la porterai sur mes vieilles épaules ; j'aiderai sa bouche bégayante àformer ses mots, plus fier en celaqu'Aristote; car lui n'élevait qu'un roi de Macédoine ; mais moi je préparerai au Christ une servante, une épouse, une reine destinée à siéger dans les cieux i. »

Bethléhem vit, en effet, la douce entant. Elle devait, bien jeune encore, assumer la responsabilité d'y continuer l'œuvre des siens Elle fut, près du vieillard mourant, l'ange du passage de ce monde à l'éternité

L'heure des profonds déchirements avait précédé pour lui le moment suprême. Ce fut Paula l'ancienne qui partit la première, chantant : J'ai mieux aimé être humble en la maison de Dieu, que d'habiter les pavillons des pécheurs 2. Devant l'affaissement mortel où Jérôme parut devoir s'annihiler pour toulours^ Eustochium brisée refoula ses larmes, ^ur les instances de la fille, il se reprit à vivre afin de dégager ses promesses à la mère. C'est ainsi que nous le voyons achever alors ses

I. Epist. cvii,a/. vu, ad Lœtam. — S.Psalm. i.xxxiil, îi. Hier. Epist. cvni, .1/. xxvii. ad Eustochium. — '3. Epist. xcix, j/. XXXI, ad 'l'hcophilum.

5. Jérôme, Prêtre et Doct. de l'Eglise. 363 traductions ^, reprendre aussi ses commentaires du texte ; il va passer dlsaïe 2 au prophète Ezéchiel, quand fond soudain sur le monde et sur lui l'inexprimable douleur de ces temps : « Rome est tombée ; elle est éteinte la lumière de la terre ; dans une seule ville, tout l'univers a succombé. Que faire, que se taire et penser aux morts ^ r »

Il fallait penser de plus aux innombrables fugitifs qui aftiuaient. dénués de tout, vers les samts Lieux; et Jérôme, l'implacable lutteur, ne savait refuser à aucun malheureux son cœur et ses larmes ^. Aimant encore mieux pratiquer qu'enseigner l'Ecriture s, il donnait aux devoirs de l'hospitalité ses journées. La nuit seule restait pour l'étude à ses yeux presque aveugles ". Etudes pourtant demeurées bien chères, où il oubliait les misères du jour ">, et se réjouissait de répondre aux désirs de la îille que Dieu lui avait donnée. Qu'on lise Tavant-propos de chacun des quatorze Livres sur Ezéchiel, et l'on verra quelle part fut celle de la vierge du Christ en cette œuvre disputée aux angoisses du temps, aux inhrmités de Jérôme,"à ses luttes dernières contre l'hérésie *5.

Car on eût dit que l'hérésie prenait du bouleversement du monde l'occasion de nouvelles audaces. Forts de l'appui que leur prêtait i'évèque Jean de Jérusalem, les Pélagiens

I . Pr^fat. in Josue, Judices, et Ruth. — 2. Comment, in Isaiam, Prologus : Coi^is me, virgo Christi Eustochium, transite ad Isaiam, et quod sanctœ matri tuas Paula:, dum viveret, pollicitus sum, tibi reddere. —

X Comment, in Ezech. I, Prolog. — 4. Ibid. III. — s.//v'i. — 6. Ibid. VIL— :7. Ibid'. vni. —s.Uid. vl

31)4 Le Temps après la Pentecôte.

s'armèrent une nuit de la torche et du glaive , ils se jetèrent, promenant le meurtre et Tincendie, sur le monastère de Jérôme et sur ceux des vierges qui, depuis la mort de Paula, reconnaissaient Eustochium pour mère. Virilement secondée par sa nièce Paule la jeune, la sainte rallia ses tilles et parvint à se frayer passage au milieu des ilammes. Mais l'anxiété de cette nuit terrible avait achevé de consumer ses forces épuisées. Jérôme l'ensevelit près de la crèche de TEnfant-Dieu comme il avait fait la mère, et, laissant inachevé son commentaire sur Jérémie, se disposa lui-même à mourir.

Voici le récit liturgique de sa vie.

1^ T lEROXVMls, Eusebii Il filius. Stridone in Dalmatia Gonstantio imperatorc natus, Romœ adolescens est baptizatus, et in liberalibus disciplinis a Donato et aliis viris doctissimis eruditus. Tum discendi studio Galliam pcrat^^ravit : ubi pios aliquot. et in divinis litteris eniditos viros coluit, niultosque sacros libres sua manu descripsit. Mox se in Gra;ciamconferens, philosophia et eloquentia instruclus. surnmorum iheoloîjorum consuetudine floruit : in primis vcro Grcgorio Nazianzcno Constantiiiopoli

j ÉRo.ME. fils d'Eusèbe, naJ quit à Stridon en Dalmatie, sous l'empereur Constance. Venu à Rome dans sa jeunesse, il v fut baptisé, et s'adonna aux études libérales sous Donatus et d'autres doctes professeurs. Son dçsir de savoir le conduisit en Gaule, où ses pérégrinations lui firent lier connaissance avec de pieux personnaijcs versés dans les Lettres divines ; il y copia de sa main plusieurs livres sacrés. Passé en Grèce peu après, il s'y perfectionna dans la philosophie et l'éloquence. Des princes de la thcolojjie 1 honorèrent de leur intimité, spécialement Grégoire de Na/ianze, à Constantinople,

qui fut, dit Jérôme, son véritable initiateur dans les saintes Lettres. La religion de notre Saint lui inspira ensuite de visiter le berceau du Seigneur et la Palestine entière; il Ht ce pèlerinage en consultant les plus savants rabbins juifs, et il témoigne en avoir tiré grand profit pour l'intelligence de la sainte Ecriture.

APRÈS quoi, retiré dans le désert de Syrie, il y resta plongé quatre années dans la lecture des livres saints et la contemplation de la béatitude céleste, se macérant dans les larmes par une abstinence rigoureuse et toutes sortes de pénitences. Paulin, évéque d'Antioche, l'ordonna prêtre ; ce fut en sa compagnie et celle d'Epiphane. qu'à l'occasion de certaines controverses entre évéques il revint à Rome, où Damase, souverain Pontife, se l'attacha comme secrétaire dans la rédaction de ses lettres aux Eglises. Mais regrettant la solitude dont il jouissait auparavant, il reprit le chemin de la Pales - tine, et se fixa à Bethléhem près de la crèche du Sauveur. Il y menait une vie toute céleste dans le monastère que Paula de Rome avait bâti ; et bien qu'éprouvé par diverses maladies et soufoperam dédit : quo doctore se sacras litteras didicisse profitctur. Tum religionis causa visit Christi Domini incunabula. lotamque lustravit PaL-pstinam : quam peregrinationem. adhibitis Hebriforum eruditissimis, ad sacrœ Scriptura? intelligentiam sibi multum profuisse testatur.

r~\ EINDE secessit in i^ vastam Syrice solitudinem : ubi quadriennium in lecîione divinorum librorum, cœlestisque beatitudinis contemplatione consumpsiî , assidua se abstinentia. vi lacrvmarum. et corporis alïlictatione discrucians. Presbyter a Paulino episcopo Antiochia; factus, Romam de controversiis quorumdam episcoporum cum Paulino et Epiphanio ad Damasum Pontificem profectus, cjus ecclesiasticis epistolis scribendis adjutorfuit. Verum cum pristina? solitudinis desiderio teneretur, in Palaestinam reversus. Bethléhem ad Christi Domini prœsepe in monasterio, quod a Paula Romana exstructum erat, cœlestem quamdam vitîe rationem instiluit ; et

366 Le Temps après la Pentecôte.

quamquam varie morbis doloribusque tentarctur, tamen corporis incommoda piis laboribus et perpétua lectione ac scriptione superabat.

TAMQUA.V adoraculum, ex omnibus terrae partibus, ad ipsum divinœ Scripturre quœstiunes explicandae referebantur. Illum Damasus Pontifex, illum sanctus Aupustinus de locis Scripturae difficillimis saîpe consuluit, propter ejus singularcm doctrinam, et linguje non solum latinae et graecae, sed hebraicœ etiam et chaldaicae intelligentiam : et quod omnes pêne scriptores, ejusdem Augustin! testimonio, legerat. Hœ- reticos acerrimis scriptis exagitavit : piorum et catholicorum patroci - nium semper suscepit. Vêtus Tcstamentum ex hebrœo convertit : novum, jiKsu Damasi, Graecae fidei rcddidit, magna etiam ex parte explicavit. Multa prccterea latine rcddidit scripta doctorum virorum, et ipse aliis proprri ingenii monumentis christianam disciplmam illustravit. Qui ad summam scnectutem petvenicns, sancfrances, son pieux labeur d'étude et d écriture sans fin avait raison de l'infirmité du corps.

ON recourait à lui de toutes parts comme à un oracle, dans les questions d'Ecriture sainte. Le Pape Damase, saint Augustin, le consultèrent souvent sur les endroits difficiles, à cause de sa science éminente et de la connaissance qu'il avait, non seulement des langues latine et grecque, mais aussi de Ihébreu et du chaldéen ; au témoignage du même saint Augustin, il avait lu presque tous les auteurs. La vigueur de ses écrits en faisait le rétiques, tandis ui fut toujours assuré aux catholiques fidèles. 11 traduisit de l'hébreu l'ancien Testament ; par ordre de Damase, il révisa le nouveau sur l'original grec ; il commenta une grande partie de l'Ecriture. Il traduisit encore en latin plusieurs savants ouvrages; lui-même enrichit la science chrétienne d'autres monuments de son propre génie. Ce fut sous l'empire d Hunorius, qu'ayant atteint une vieillesse extrême, illuslr:- autant par la sainteté que par la doctrine, il p:i~-:i au

fléau des hérétiques, tandis que son appui fut touj<:

s. Jérôme, Prêtre et Doct. de VEfçlise. 36~

ciel. Son corps, enseveli à Bethléhem, fut par la suite transporté à Rome dans la basilique de Sainie-Mariede-la-Créche.

titate et doctrina illustris, Honorio imperatore migravit in cœlum. Cujus corpus ad Bethléhem sepultum, postea Romam in basilicam sanctae Marias ad Praesepe translatum est.

ous complétez, illustre Saint, la brillante constellation des Docteurs au ciel de la sainte Eglise. Voici que se lèvent, au Cycle sacré, les derniers astres manquant encore à sa gloire Déjà s'annonce l'aurore du jour éternel; le Soleil de justice apparaîtra bientôt sur la vallée du jugement. Modèle de pénitence, enseignez-nous la crainte qui préserve ou répare, dirigez-nous dans les voies aus tèresde l'expiation. Moine, historien de grands moines ^ père des solitaires attirés c'omme vous en Ephrata par les parfums de la divine Enfance, maintenez l'esprit de travail et de prière en cet Ordre monastique dont plusieurs familles ont pris de vous leur nom. Fléau des hérétiques, attachez-nous à la foi Romaine ; zélateur du troupeau, préservez-nous des loups et des mercenaires ; vengeur de Marie, obtenez que fleurisse toujours plus sur terre l'angélique vertu.

O Jérôme, votre gloire participe surtout de la gloire de l'Agneau ouvrant pour les habitants des cieux le livre plein de mystères ^. La clef de David ^' vous fut aussi doiinée pour ouvrir les sceaux multiples des Ecritures, et

3. Ibid. ni, 7.

."^6 s Le Temps après la Pentecôte.

nous montrer Jésus enferme sous la lettre ^ . C'est pourquoi l'Eglise de la terre chante aujourd'hui vos louanges, et vous présente à ses lils comme l'interprète officiel du Livre inspiré qui la conduit à ses destinées. En même temps que l'hommage de l'Epouse et de la Mère, daignez agréer notre personnelle gratitude. Puisse le Seigneur, à votre prière, nous renouveler dans le respect et l'amour que mérite sa divine parole. Par vos mérites, puissent, autour du dépôt sacré, se multiplier les doctes et leurs recherches savantes. Mais que nul ne l'oublie: c'est à genoux qu'on doit écouter Dieu, si l'on veut le" comprendre. 11 s'impose, et ne se discute pas : bien qu'entre les interprétations diverses auxquelles peuvent donner lieu ses divins messages, il soit permis de chercher, sous le contrôle de son Eglise, à dégager la vraie ; bien qu'il soit louable d'en scruter sans tin les augustes profondeurs. Heureux qui vous suit dans ces études saintes! "Vous le disiez : « vivre au milieu de pareils trésors, s'y absorber, ne savoir, ne chercher rien autre, n'est-ce pas habiter déjà plus aux cieux qu'en terre ? Apprenons dans le temps ce dont la science doit nous demeurer toujours -. ))

1. Hier. Epist. Lni,j/. cni, ad Paulinum. — 2.1bid.

^Itf

r asoi [^nmtl:l.utrhssaint ron aire

|ES fils du siècle ont coutume, à la fin d'une année, de récapituler leurs profits. Ainsi s'apprête à faire aussi TEglise. Bientôt nous la verrons dénombrer solennellement ses élus, inventorier leurs reliques saintes et parcourir les tombes de ceux qui dorment dans le Seigneur, rappeler la consécration à l'Epoux de sanctuaires anciens et nouveaux. Aujourd'hui, c'est d'un résumé plus auguste encore, d'un profit plus grand qu'il s'agit : l'Eglise inscrit en tète du l^ilan sacré le gain provenu à Notre-Dame des mystères qui composent le Cycle. Noël, la Croix, le triomphe de Jésus, c'est notre sainteté à tous ; c'est aussi, mais combien mieux, et tout d'abord, celle de Marie. Otîrant donc premièrement à l'auguste Souveraine du monde le diadème qui lui revient avant tous, l'Eglise le compose à bon droit de la triple couronne des mystères sancJi jn Le Temps après la Pentecôte.

titiants qui furent pour elle toute joie, toute douleur et toute gloire.

Mystères joyeux, qui nous redisent l'Annonciation, la V'isitation, la Nativité de Jésus, la Purirication de Marie, Jésus retrouvé au temple. Mystères douloureux d'agonie, de flagellation, de co.ironnement d'épines, de portement de croix, de crucifiement. Mystères glorieux : Résurrection, Ascension du Sauveur, Pentecôte, Assomption, couronnement de la Mère de Dieu C'est le Rosaire de Marie; plant fécond dont le salut de Gabriel fit épanouir les fleurs, dont les guirlandes parfumées relient de Nazareth notre terre au sommet des cicux.

Sous su forme présente, Dominique le révéla au monde au temps de la crise albii^coise, vraie guerre sociale, laissant trop prévoir ce que serait désormais l'histoire pour la cité sainte. 11 fit plus alors que la lutte armée pour la défaite de Satan. 11 est aujourd'hui la ressource suprême de l'Eglise Sommaire facile, toujours présent, du Cycle liturgique, on dirait que les antiques Formes de ia prière sociale n'étant plus à la taille des peuples, l'Esprit-Saint veut par lui sauvegarder pour les isolés de nos tristes temps l'essentiel de cette vie d'oraison, de foi, de vertu chrétienne, que la célébration publique du grand Oflice entretenait jadis parmi les nations. Dès avant le xiiie siècle, la piété populaire connaissait l'usage de ce qu'elle se plut ji nommer le psautier laïque, à savoir la Salutation angélique cent cinquante fois répétée ; mais ce fut le partage de ces Ave Maria en dizaines, attribuées à^a considération d'un

La Solennité du Très Saint Rosaire.

mystère particulier pour chacune, qui constitua le Rosaire. Di\Tn expédient, simple comme l'éternelle Sagesse qui l'avait conçu, et dont la portée fut grande ; car en même temps qu'il amenait à la Reine de miséricorde l'humanité dévoyée, il écartait d'elle l'ignorance, nourricière d'hérésie, et lui réapprenait « les sentiers consacrés par le sang de l'Homme-Dieu et les larmes de sa Mère"*. »

C'est l'expression du grand Pontife qui sous l'angoisse universelle, naguère encore, indiquait le salutoù plus d'une fois déjà l'onttrouvc nos pères. Les Encycliques de Léon XIII 2 ont consacré le présent mois à cette dévotion chérie du ciel ; il a honoré Notre-Dame en ses Litanies d'une invocation nouvelle à la Reine du très saint Rosaire ^ ; il a donné son dernier développement à la solennité de ce jour *. Elevée désormais à la dignité de seconde classe, riche d'un Office propre exprimant son objet permanent, cette fête est deux fois en outre le monument d'insignes victoires, honneur du nom chrétien.

Soliman II, le plus grand des sultans, avait mis à profit la dislocation de l'Occident par Luther, et rempli le xvi« siècle de^ la terreur de ses exploits. Il laissait à son fils, Sélim II, l'espoir fondé enfin de réaliser le programme de sa race : l'humiliation sous le Croissant de Rom.e et de Vienne, sièges de

1 . Léon. XIII, Epist. encycl. Magrne Dei Matris, de

Rosario Mariali, 8 Sept. 1892. — 2. Encyc. Suprani Ayostolatus, l Sept. l883; Superiore auno, 3o Aug. 1884: etc. — 3. Litterœ Salutaris, 24 Dec. l883. —

4. Décret. 11 Sept. 1887, 5 Aug. 1888.

,^7 2 La Solenniti' du Très Saint Rosaire.

la papauté et de l'cnipire. La flotte turque, maîtresse de la Méditerranée presque entière, menaçait d'aborder bientôt l'Italie, quand, le

7 octobre iSyi, eut lieu sa rencontre, au golfe de Lépante. avec les galères pontificales soutenues des forces de l'Espagne et de 'Venise. C'était un dimanche : par tout le monde, les confréries du Rosaire accomplissaient leur œuvre de supplication ; l'œil éclairé d'en haut, saint Pie V suivait du Vatican l'action engagée par le chef de son choix, don Juan d'Autriche, contre les trois cents vaisseaux de rislam. Journée mémorable, où la puissance navale des Ottomans fut anéantie ! L'illustre Pontife, dont l'œuvre était achevée, ne devait point célébrer ici-bas l'anniversaire du triomphe ; mais il voulut toutefois en immortaliser le souvenir par une commémoration annuelle de Sainte- Marie de la Victoire. Son successeur, Grégoire XIII, changea ce titre en celui de Sainte-Marie du Rosaire, et désigna le premier dimanche d'octobre pour la' fête nouvelle, autorisant à la célébrer les églises qui posséderaient un autel cous la même invocation.

Cette concession restreinte devait se généraliser un siècle et demi plus tard. Innocent XI avait, en mémoire de la délivrance de Vienne par Sobieski, étendu la fètc du Très Saint Nom de Marie à toute l'Eglise *. En 1716, Clément XI voulut de même reconnaître par l'inscription de la fête du Rosaire au calendrier universel la victoire que le prince Eugène venait de remporter, sous

I. Voir plus haut, p. 2 l 5 et 2?q.

A la Messe.

les auspices de Notre-Dame des Neiges à Péterwardin, au cinq -août de cette année; victoire suivie de la levée du siège de Corfou, et que devait compléter, Tannée d'après, la prise de ' '

Belgrade.

ES joies goûtées aux jours des différentes solennités de la Mère de Dieu se retrouvent dans celle-ci, qui les résume toutes pour i nous, pour les Anges, pour Notre-Dame elle! même. Comme les Anges, offrons donc avec i elle l'hommage de notre bien juste allégresse au Fils de Dieu, son tils, son roi et le nôtre.

dans le Seiij^neur, et taisons fête en l'honneur de la bienheureuse Vierge Marie ; de sa solennité se réjouissent les Anges, et ils louent à l'envi le Fils de Dieu.

Ps. Mon cœur a proféré une parole excellente , cest au Roi que je dédie mes chants. Gloire au Père. Réjouissons-nous.

Les mystères du Fils et de la Mère sont notre enseignement et notre espérance. Qu'ils soient la règle de notre vie mortelle, pour être la garantie de notre éternité : c'est ce que demande l'Eglise dans la CoUectCc

AUDEAMUS omnes in J Domino, diem festum célébrantes sub honore beatcE Maria- Virginis: de cujus solemnitate gaudent Angeli. et collaudant Filium Dei. Ps. Eructavit cor meum verbum bonum : dico ego opéra mea Régi. Gloria Patri. Gaudeamus.

3-J4 ^^ Solennité du Trcs Saint Rosaire.

DEUS, cujusUnigenitus per viiam, mortem, et resurrectionem suam nobis salutis œternrs pr.Tmia coinparavit : concède quaesumus ; ut hxc mysteria sanctissimo beaTae .Mariae Virginia Rosario recolentes, et imitemur quod continent, et quod promittunt, assequamur. Per eumdem Dominum.

ODlEU dont le Fils unique nous a par sa vie, sa mort et sa résurrection mérité les récompenses éternelles, nous honorons par le trcs saint Rosaire de la bienheureuse Vierge Marie ces mystères : accordez-nous d'imiter les exemples qu'ils nous donnent, d'obtenir ce dont ils sont pour nous la promesse. Par le même JésusChrist.

On fait mémoire du Dimanche correspondant par la Collecte de ce Dimanche.

Lectio libri S"pientix. Puov. vni.

DO.MINUS possedit nie in initio viarum suarum antequam quidquam faccrct a principio. Ab aeterno ordinata sum, el ex antiquis, antequam terra fieret. Nondum erant abyssi, et ego jam concepta eram. Nunc ergo, filii, audite me : Be ti qui custodiunt vins meas. Audite disciplinam, et estote sapicntcs, et noiile abjicere eam. Bcatus homo qui audit me, et qui vigilat ad fores meas quotidie, et ol^scrval ad poites ostii

Lecture du livre de la Sagesse. Prov. VMl.

LE Seigneur m'a possédée . au commencement de ses voies, avant qu'il créât aucune chose au commencement. J'ai été établie dèi> l'éternité et de toute antiquité, avant que la terre fût créée. Les abîmes n'étaient puinl encore, et déjà j'étais conçue. Maintenant donc, ô mes enfants, écoutez-moi : Heureux ceux qui gardent mes vuics ! Ecoutez mes instruction^■, soyez sages, et ne les rejeté/ pas. Heureux celui qui m'écou'e. qui veille tous les jours à l'entrée de ma maison, et qui se tient tout prêt à ma

A la Messe. .^7 5

porte 1 Celui qui m'aura trouvée trouvera la vie, et il puisera le salut dans le Seigneur.

tnci. Qui me invenerit, inveniet vitam, et hauriet salutem a Domino.

j ES mystères de Notre-Dame sont, au regard

L de Dieu, avant tous les temps, comme ceux du Fils qui naquit d'elle; comme eux encore, ils rempliront rétcrnité ; comme eux ils régissent les siècles, qui s'harn^.onisent sur le \'erbe et Marie, préparant au temps des figures le Fils et la Mère, les continuant depuis par rincessante glorification de la Trinité sainte en laquellc'sont baptisées les nations. Or, c'est la suite de ces mystères qu'honore le Rosaire de Marie; c'est la vue d'ensemble que nous donne sur le Cycle à son déclin la solennité de ce jour. Dé cette suite, de cette vue, reste à déduire la conclusion formulée par Notre-Dame elle-même en ce passage des Livres Sapientiaux que lui applique l'Eglise : « Maintenant donc, ô mes fils., considéj'e^ mes sentiers, imitez-moi, pour trouver le bonheur, j

Heureux qui veille à sa porte ! nous dit le texte sacré. Rosaire ou chapelet en mains, la priant, l'observant à la fois, méditant sa vie et ses grandeurs, prélevons ne fût-ce qu'un quart d'heure de garde, chaque jour, à l'entrée du palais de "cette Reine incomparable. Notre progrès dans la vraie vie, notre salut, seront d'autant dIus assurés que nous y demeurerons plus fit^èles.

Au Graduel, félicitons la Reine du très saint Rosaire pour cette conduite merveilleuse, toute de vérité, de justice, de douceur,

.?7^ La Solennité du Très Saint Rosaire.

qui lui a valu Tamourdu Roi suprême. Chantons au \'erset la noblesse de sa race, sans pareille au monde.

PROPTER vcntatem, et mansuetudinem, et justitiam, et deducet te mirabiliter dextera tua.

f. Audi filia, et vide, et inclina aurem tuam : quia concupivit Rexspeciem tuam.

Alléluia, aileluia.

■y.Solemnitas gloriosae Virginis Marias ex semine Abrahae, ortae de tribu Juda, clara ex stirpe David. Alléluia.

PAR la vérité, par la douceur et la justice, régnez ; vos œuvres nous révèlent une conduite merveilleuse.

j^. Ecoutez, ô ma fille 1 voyez et prêtez l'oreille; car le Roi est épris de votre beauté.

Alléluia, alléluia.

f. C'est la solennité de la glorieuse \'ierge Marie, issue de la race d'Abraham, de la tribu de Juda. de la noble souche de David Alléluia.

T 'Evangile est le même qu'en la fête du saint ■*" Nom de Marie (ci-dessus, page 219 . « En ce temps-là, l'Ange Gabriel fat envoyé de Dieu dans une ville de Galilée appelée Nazareth, à une vierge mariée à un homme de la maison de David, nommé Joseph; et le nom de la vierge était Marie. Et l'Ange, étant entré où elle était, lui dit : Salut, ô pleine de grâce ! le Seigneur est avec vous; vous êtes bénie entre tes femmes. » — T'ons êtes bénie entre les femmes, reprenait quelques jours plus tard Elisabeth, et le fruit de vos entrailles est béni. — Les deux salutations réunies, le nom de Marie ajouté au salut de l'Ange, celui de Jésus au salut d'Elisabeth, c'est tout l'AvE Marl\ du temps de saint Dominique, instituteur du Rosaire. La prière Sainte

A la Messe,

Sjj

Marie, Mère de Dieu, qui complète aujourd'hui très heureusement cette formule de louante, ne reçut qu'au xvi« siècle la sanction de l'Ëglise. On ne pouvait donc mieux choisir l'Evangile du jour ; car il nous donne le Rosaire à la fois dans son texte originel et dans son point de départ, l'Annonciation, premier des mystères qu'il rappelle à l'honneur de la bienheureuse \^ierge.

En Notre-Dame se rencontrent toute grâce, toute lumière, toute vie ; par son très'saint Rosaire, elle a multiplie les fleurs et les fruits dans le jardin de la sainte Eglise. C'est ce que chante l'Offertoire : avec et par Jésus, nulle offrande agréée de Dieu qui ne provienne de Marie.

EN moi réside toute grâce de conduite et de vérité, toute espérance de vie et de vertu ; j'ai donné des fleurs comme le rosier piantc au bord des eaux.

1 et veritatis ; in me omnis spes vitae et virtutis : ego quasi rosa plantata super rivos aquarum fructificavi.

Comme l'indique la Secrète, le Rosaire pieusement médité nous prépare dignement au Sacrifice de l'autel, mémorial auguste et suréminent des mystères dont il a pour but d'entretenir la pensée au cœur du chrétien.

SEIGNEI'R, nous vous prions de faire que cette oblation nous trouve convenablement préparés ; puissions-nous ,

p AC nos, qusesumus X. Domine, his muneribus offerendis convenienter aptari : et pcr sanc3-8 La Solennité du Ttùs Saint Rosaire.

tissimi Ri^sarii mysteria sic vitam, passionetn, et gloriam Unigeniti tui recolere, ut ejus digni promissionibus eiïiciamiir. Qui tecum.

par les mysicres du très saint Rosaire, être rendus dignes des promesses de vo re Fils unique, en nous remémorant sa vie, sa passion et sa gloire. Lui qui vit cl règne . avec vous.

On fait mé77ioii-e du Dimanche.

La Préface est la même que celle du vin septembre (page 202), si ce n"est qu'au lieu de in Xativitate, en la Nativité, on dit in solemnitate, en la solennité de la bienheureuse Marie toujours vierge.

Notre àme, au sortir du banquet sacré, ne saurait demeurer stérile. A l'exemple de Marie, fleurs et parfums des vertus doivent assainir autour d'elle la terre, prouver à l'Epoux que sa visite n'a pas été mfécondc.

F'LORETK flores quasi lilium.. et date odorem. et frondete in gratiam, collaudate canticum, et benediciteDominum in operibus suis.

COMME le lis portez «jj-^ fleurs, exhalez des parfums, revêtez - vous d'un feuillage de grâces, multipliez les chants de louang.-. et bénissez le Seigneur danses ouvrages.

Puisse Notre-Dame . intercédant près de Dieu, aider en nous l'effet de ce Sacrihce et des mystères auxquels elle a eu part si grande ! LTglisc le demande dans la Posicommunion.

ANcrissiM.tGenitricis

SAN(.ri>MAi.t.\jciiiiritis I A tuje, cujus Rosarium ) i\ gneur, d'ct

secouru.1 \'cprcs. 3jq

par les prières de votre Mère 1 celebramus. quirsumus très sainte dont nous célc- Domine, precibus ad brons le Rosaire : ainsi éprouverons-nous la vertu des mystères que nous honorons par lui ; ainsi obtiendronsnous l'effet du Sacrifice auquel nous venons de participer. Vous qui vivez.

juvemur : ut et mysteriorum, qucc colimus, virtus percipiatur, et s a c r a m e n t o r u m , quœ ^umpsimus, obtincatur cffectus. Qui vivis.

On ajoute la Postcommuniou du Diuiaiiche correspondant, et l'Evangile de ce même Dimanche tient lieu, à la tin de la Messe, de celui de saint Jean.

i 'Eglise empruntait, il y a peu de jours, '^' aux Servites de Marie" l'Office des Sept Douleurs ; elle demande aujourd'hui ses Répons, ses Hvmnes et ses Antiennes à l'illustre famille dont le Rosaire fut comme l'apanage d'origine. Les tils de saint Dominique possèdent un titre nouveau à la reconnaissance du peuple chrétien, depuis que ce bel ensemble liturgique est devenu la richesse de tous. Cependant, l'usage des Frères Prêcheurs ne comportant pas en ce qui touche les Psaumes aux Vêpres des Saints la multiplicité des Antiennes, on a dû selon le rit romain ajouter celles qui suivent. L'Hymne, dont la concision gracieuse résume suavement la triple série des mystères du Rosaire, est la quatrième de l'Office entier: la première célébrant, aux premières \'êpres, les mystères

JiHo La Solennité du Très Saint Rosaire.

joyeux ; la deuxième, à Matines, les mystères douloureux ; la troisième, à Laudes, les mystères glorieux. « Sur ces mystères, cueillons des roses ; tressons des couronnes à la Mère du bel amour, »

^-<. ista,speciosa sicut columba ,

quasi rosa plantata super

rivos aquarum ?

. f~\ L' E L L E est

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